Du Parc olympique au parc Maisonneuve

Publié le 3 mars 2024 | Temps de lecture : 1 minute
Statue de Nicolas Copernic devant le planétarium Rio Tinto Alcan
Cheminées de la Centrale thermique souterraine du Parc olympique


Au parc Maisonneuve

Au moment où ces lignes sont écrites — alors que le redoux a fait disparaitre presque toute la neige – on a peine à croire que ces photos ont été prises le 21 février, soit à peine il y a onze jours.

Détails techniques : Sigma DP1 infrarouge à spectre complet.
Pré-traitement : filtres Fuchsia pour Foveon (filtre bleu B+W KB20 + filtre vert jaunâtre B+W 061 + filtre bleu LBC8 de Kenko + filtre anti-infrarouge partiel GRB3/KG3 [1mm d’épaisseur]).
Post-traitement léger.
1re photo : 1/60 sec. — F/4,5 — ISO 100 — 16,6 mm
2e  photo : 1/80 sec. — F/4,5 — ISO 100 — 16,6 mm
3e  photo : 1/100 sec. — F/4,5 — ISO 100 — 16,6 mm
4e  photo : 1/80 sec. — F/4,5 — ISO 100 — 16,6 mm

Pour consulter tous les textes de ce blogue consacrés à l’infrarouge couleur, veuillez cliquer sur ceci.

Laissez un commentaire »

| Infrarouge couleur, Photo infrarouge, Photos de Montréal, Photos de voyage, Photos du Canada | Mots-clés : , , , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Le wokisme et la paix

Publié le 2 mars 2024 | Temps de lecture : 2 minutes

Le 23 février dernier, Ottawa annonçait une série de mesures d’aide à l’Ukraine.

Parmi elles, un montant de quatre-millions de dollars sera accordé à des « activités de déminage tenant compte des sexospécificités pour un avenir durable en Ukraine. [Cela comprend] la création d’un groupe de travail sur l’égalité des sexes et la diversité afin de promouvoir une action antimines transformatrice en matière de genre.»

La ‘sexospécificité’ (en anglais : ‘gender specificity’) est l’ensemble des caractéristiques spécifiques à chaque sexe. Ces caractéristiques peuvent être physiques, physiologiques ou comportementales.

Le gouvernement fédéral a raison; dans les activités de déminage, on voit excessivement d’hommes hétérosexuels blancs.

De la même manière, en Ukraine comme dans trop de pays, les régiments portent une lourde charge symbolique patriarcale, hétéronormative et cisnormative où des supérieurs machos utilisent la violence verbale pour se faire obéir.

Voilà pourquoi les tranchées ne sont pas des lieux sécuritaires (safe spaces) pour les minorités de genre. S’il est normal d’y être bombardé, il est néanmoins inacceptable qu’il y soit mal vu pour un homme de porter une robe, des talons hauts, des faux cils et une sacoche lorsqu’on donne l’assaut sur des positions ennemies.

Cela doit changer.

Quand vient le temps de tirer des obus contre les envahisseurs russes, la personne qui appuie sur le bouton devrait être, dans la moitié des cas, une femme ou, à défaut, quelqu’un qui prétend l’être. Ce qui revient au même.

De plus, dans l’accomplissement de cette tâche, on devrait donner la priorité aux Ukrainiens racisés, aux minorités sexuelles et aux minorités de genre.

Nous pouvons tous être fiers de notre pays, le Canada. Un pays à l’avant-garde dans la défense des personnes vulnérables et des opprimés. Un pays qui travaille jour et nuit pour un avenir durable en Ukraine… comme si l’avenir pouvait faire autrement qu’être durable.

Références :
Aide prévue par l’Accord de coopération en matière de sécurité entre le Canada et l’Ukraine
Justin et les LGBTQ++ au secours de l’Ukraine!!!

Un commentaire

| Politique canadienne, Sociologie | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Ukraine : l’histoire secrète de la révolution de Maïdan

Publié le 1 mars 2024 | Temps de lecture : 12 minutes

Introduction

Au moment de l’éclatement de l’URSS et de l’indépendance ukrainienne, en 1991, l’Ukraine était alors un pays relativement harmonieux.

De 1991 à 2014, le pays fut gouverné alternativement par des gouvernements pro-russes et pro-occidentaux, rappelant l’alternance au Québec entre le PLQ et le PQ.

L’élection de 2004 provoquera d’immenses manifestations auxquelles participèrent plus d’un demi-million de personnes et qui aboutirent au renversement du président élu frauduleusement et l’adoption d’une nouvelle constitution.

Les années qui suivirent marquèrent le retour de la paix sociale. Mais tout bascula définitivement en 2014.

Le contexte politique en 2014

En Ukraine, les élus le sont pour une durée de cinq ans.

À l’élection présidentielle de 2010, le candidat pro-russe — sous la bannière du Parti des Régions — avait été élu de justesse avec 48,95 % des votes (contre 45,47 % pour sa rivale pro-occidentale).

Deux ans plus tard, à l’élection législative de 2012, c’est également le Parti des régions qui obtint plus de sièges au parlement, sans toutefois en obtenir la majorité. La répartition des sièges fut la suivante :
Parti des Régions : 187 sièges,
Union panukrainienne ‘Patrie’ : 101 sièges,
Alliance démocratique ukrainienne pour la réforme : 40 sièges,
Parti communiste d’Ukraine : 32 sièges,
Svoboda (Liberté) : 37 sièges.

Pour redonner un second souffle au mouvement pro-occidental, l’Europe avait proposé à l’Ukraine un accord qui visait, à long terme, à paver la voie à son adhésion en bonne et due forme.

En 2013, au moment où l’Ukraine s’apprête signer cet accord, le pays est au bord de la faillite.

En novembre de cette année-là, il lui reste 18,79 milliards de dollars de réserves de change alors qu’elle doit bientôt rembourser sept-milliards de dollars à ses créanciers, dont la Russie (à qui elle doit dix-sept-milliards de dollars de gaz fossile impayé).

Depuis quelques mois, Vladimir Poutine offrait secrètement au gouvernement ukrainien la levée des barrières tarifaires entre l’Ukraine et la Russie, une baisse du prix de son gaz fossile, de même qu’un prêt de quinze-milliards de dollars. L’offre est irrésistible.

Le premier ministre ukrainien (désigné par le président) se tourne alors vers Bruxelles pour lui demander un prêt de vingt-milliards d’euros. Ce qui lui est refusé. En contrepartie, on lui promet vaguement une aide financière. Bref, rien de concret.

Conséquemment, le 21 novembre 2013, le président pro-russe annonce son refus de signer l’accord d’association avec l’Union européenne. Ce qui déclenche des manifestations dès ce jour-là sur la place de l’Indépendance (ou Maïdan), la plus importante place publique de Kyiv.

D’abord pacifiques, celles-ci dégénèrent entre le 30 novembre et le 8 décembre. Elles atteignent le maximum de leur violence entre le 18 et le 21 février 2014.

Jusque là, tant du côté des manifestants que celui des escouades anti-émeutes, personne n’utilise d’armes mortelles.

Pour éviter qu’au sein des forces de l’ordre, un policier pris de panique dégaine son arme et ne tue quelqu’un, ces escouades (en Ukraine comme en France et au Québec) sont équipées de canons à eau, de bombes assourdissantes, de matraques et d’armes à projectiles à mortalité réduite.

Ces dernières ont une force d’impact suffisante pour casser des dents ou des mâchoires, crever des yeux, et provoquer des commotions cérébrales. Mais elles tuent rarement.

Le 20 février, des manifestants et des policiers sont blessés ou tués par balles pour la première fois. Que s’est-il passé ?

L’opération du 20 février 2014

Traversée par un boulevard, Maïdan est une place allongée, aux extrémités arrondies, qui est bordée par des immeubles de prestige, dont des hôtels de luxe et des édifices gouvernementaux.

C’est sur cette place que depuis trois mois se réunissent quotidiennement des manifestants qui réclament le départ du président pro-russe.

Mais ce jour du 20 février fut différent des autres.

Place de l’Indépendance et hôtel Ukraina à l’arrière-plan

Venus surtout de l’ouest de l’Ukraine, c’est à l’hôtel Ukraina que logent les députés du parti Svoboda quand ils siègent au parlement.

Afin d’assurer la sécurité de ses députés dans le contexte insurrectionnel ambiant, ce parti avait confisqué l’hôtel le 25 janvier et en assurait la garde depuis.

Le hall de l’hôtel servait d’infirmerie pour les manifestants blessés.

Contrairement aux hôtels plus modernes dont les fenêtres sont scellées, les fenêtres à guillotine de l’hôtel Ukraina peuvent s’ouvrir afin de mieux admirer la vue sur la ville.

Simple manifestant (et non député), Ivan Bubenchik avait fait monter à sa chambre plusieurs caisses de balles de Kalachnikov la veille du 20 février.

Au 11e niveau de l’hôtel — le 10e étage au sens français du terme, c’est-à-dire en excluant le rez-de-chaussée — plusieurs tireurs avaient pris position dans des chambres réservées à des dirigeants du parti Svoboda.

De nombreux sympathisants néo-nazis, recrutés par ce parti dans son fief de l’ouest de l’Ukraine, avaient convergé armés vers cet hôtel la veille. Le lendemain, ils se posteront un peu partout dans des chambres en hauteur qui donnent sur la place de l’Indépendance.

Postés derrière la balustrade de l’Académie de musique (à droite sur la photo ci-dessus), des tireurs ont une vue encore plus dégagée sur la place. Ceux-ci proviennent principalement de Galicie orientale.

Tout comme l’Académie de musique, le Bureau de poste central de Kyiv est situé du côté ouest de la place de l’Indépendance, immédiatement de l’autre côté du boulevard qui la traverse. Or à l’époque, cet édifice est le quartier général du mouvement ultranationaliste Secteur Droit (Прáвий сéктор). Sur son toit, d’autres tireurs sont postés.

Pour terminer, au nord de la place, des tireurs étaient montés sur le toit de l’hôtel Kozatsky. Or cet hôtel est le poste de commandement des Patriotes d’Ukraine, un mouvement paramilitaire néo-nazi qui, plus tard en 2014, sera incorporé dans le bataillon Azov, principal responsable des exactions qui seront commises contre la minorité russe de l’Est de l’Ukraine.

Mais il y a plus. Parmi ces tireurs postés çà et là, on trouve des mercenaires provenant de Géorgie et de quelques pays baltes.

Lors du procès tenu en novembre 2021, ceux-ci témoigneront que les dirigeants de l’Union panukrainienne ‘Patrie’ et certains des chefs du mouvement de protestation leur avaient donné l’ordre de massacrer des manifestants et des policiers — en fait, de les dresser les uns contre les autres — afin d’empêcher le parlement ukrainien d’entériner l’entente intervenue entre le gouvernement minoritaire pro-russe et la Russie.

Toujours au cours de ce procès, d’autres témoins ont déclaré qu’ils avaient capturé des tireurs d’élite, mais que les organisateurs des manifestations avaient choisi de les libérer aussitôt sans donner de raison.

On peut s’étonner d’apprendre aujourd’hui que certains des chefs du mouvement de contestation étaient complices du massacre de la place de l’Indépendance.

Ceux-ci étaient des organisateurs politiques. Des gens habitués d’organiser des marches de protestation, des campagnes de financement, et de la mobilisation sur des réseaux sociaux.

Ces gens n’auraient jamais entrepris la contestation contre le régime du président pro-russe s’ils avaient su dès le départ que cela finirait par un bain de sang commis grâce à leur complicité.

Mais de fil en aiguille, on finit par consentir à des actes désespérés lorsqu’on les présente comme un sacrifice destiné à sauver la patrie.

Le massacre

Après avoir été chassés de la place de l’Indépendance dans la nuit du 29 au 30 novembre 2013, les manifestants y étaient revenus plus nombreux et décidés de l’occuper jour et nuit.

Quand le jour du 20 février se lève sur cette place, des camps de fortune et des barricades ont été érigés un peu partout. Et depuis plusieurs semaines, ceux qui s’y trouvent effectuent un va-et-vient entre leur logement et la place afin de se laver et d’apporter des vivres.

Dès le lever du jour, les tireurs postés sur l’un ou l’autre des dix-huit édifices contrôlés par les forces de l’opposition se mettent à tirer à la fois sur les manifestants et les policiers.

Or ces derniers n’ont pas la permission de tirer avec des balles réelles. Ils répliquent avec ce qu’ils ont.

Il faudra un certain temps aux manifestants pour réaliser que les claquements qu’ils entendent ne sont pas ceux émis par l’arsenal habituel des escouades antiémeutes et que les tirs proviennent d’ennemis retranchés dans les hauteurs de la place. Mais pour ces manifestants, c’est du pareil au même; ils présument que ces tireurs sont de l’escouade antiémeute.

Pris au piège, policiers et protestataires tentent séparément de se protéger comme ils peuvent.

Entre 5h30 et le retrait des policiers (de 8h50 à 9h00), 4 policiers avaient été tués et 39 autres avaient été blessés.

Après le retrait des policiers, un autobus transportant des renforts (15 à 20 policiers équipés entre autres de Kalachnikovs) est venu permettre l’évacuation des policiers coincés à l’hôtel Zhovtnevyi.

Au cours de cette opération de sauvetage, trois manifestants ont été tués. Toutefois, l’examen des vidéos démontre que les moments où les manifestants ont été tués ou blessés ne coïncident pas avec les moments où ces armes étaient pointées vers eux par les policiers.

C’est seulement à 10h37 que les policiers reçurent la permission de tirer avec des balles réelles. Bien après que l’immense majorité d’entre eux eurent quitté les lieux.

Chez les protestataires, le bilan du massacre du 20 février se solde par 49 tués et 157 blessés.

Conséquences politiques du massacre

Le massacre de la place de l’Indépendance a enlevé toute légitimité au pouvoir du président Yanukovych (le président pro-russe dont on parle depuis le début).

Interdire des manifestations, cela s’est vu récemment en France et, à l’occasion, dans bien d’autres pays démocratiques. Mais massacrer son propre peuple, c’est la caractéristique des tyrans.

Si bien que même des députés de son propre parti (le Parti des Régions) se joignirent aux partis de l’opposition pour exiger sa démission.

Le soir du 21 février, le commandant des tireurs de l’hôtel Ukraina adresse par vidéo au président pro-russe l’ordre de démissionner d’ici 10h le lendemain matin. À défaut de quoi il lancera un assaut contre lui.

Le lendemain, le président pro-russe avait quitté le pays.

Une opération orchestrée par qui ?

Tôt le matin du 20 février, un dispositif meurtrier de grande envergure s’est déployé, préparé de longue date, et qui nécessitait la concertation d’un grand nombre d’acteurs d’idéologie apparentée.

Ceux-ci ont été convaincus de mettre de côté leurs rivalités politiques et leurs conflits de personnalités afin de servir une grande cause; un coup d’État destiné à empêcher un accord économique avec la Russie.

Dans leur témoignage lors du procès de novembre 2021, les mercenaires géorgiens ont non seulement incriminé les dirigeants du principal parti d’opposition et les organisateurs des manifestations sur la place de l’Indépendance, mais également d’anciens dirigeants anticommunistes de leur pays, la Géorgie.

Un seul organisme est capable de fédérer tous les grands partis d’opposition et recruter, directement ou indirectement, un grand nombre de tireurs d’élite provenant d’un territoire s’étendant de l’ouest de l’Ukraine à la Géorgie, en passant par les pays baltes.

Cet organisme est la CIA. Tout, ici, porte sa griffe. C’est le même mode opératoire que le recours aux Contras pour renverser le régime sandiniste au Nicaragua.

Depuis 2004, les États-Unis n’ont eu de cesse que de manipuler le peuple ukrainien afin de le convaincre de devenir un ennemi militaire de son puissant voisin et de faire fi de l’avertissement de Poutine selon lequel entreprendre une démarche visant à l’adhésion de l’Ukraine à l’Otan serait un casus belli.

S’appuyant sur les partis politiques et les mouvements les plus racistes d’Ukraine, les États-Unis ont mené ce pays à la ruine en le poussant à la guerre dans le dessein d’affaiblir l’armée russe.

Maintenant que l’Ukraine est à bout de souffle, les États-Unis laissent tomber ce pays comme un citron pressé…

Références :
Élections législatives ukrainiennes de 2012
La nostalgie nazie en Ukraine
L’engrenage ukrainien
Le problème du nazisme en Ukraine
The “snipers’ massacre” on the Maidan in Ukraine
Tirs de balles de plastique : attend-on de tuer quelqu’un ?

Paru depuis : Ukraine war briefing: Washington clears Azov brigade for US weapons and training (2024-06-12)

Complément de lecture : Ukraine et Russie : l’échec cuisant de Victoria Nuland

Pour consulter tous les textes de ce blogue consacrés à la guerre russo-ukrainienne, veuillez cliquer sur ceci.

5 commentaires

| Géopolitique, Guerre russo-ukrainienne, Histoire | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Ukraine : des dizaines de milliers de morts de trop

Publié le 26 février 2024 | Temps de lecture : 4 minutes

Le président Zelensky déclarait hier qu’en deux ans de guerre, 31 000 soldats ukrainiens étaient morts au combat. Cela ne comprend pas les pertes civiles. Ni les blessés.

Normalement, en temps de guerre, on évite de préciser le cout humain du conflit afin de ne pas nuire au moral de la population.

Le président ukrainien l’a probablement fait pour atténuer le jusqu’au-boutisme qui prévaut dans les régions les moins affectées par la guerre et pour préparer la population du pays à des choix difficiles.

De nos jours, un nombre croissant d’Occidentaux croient que les milliards de dollars donnés à l’Ukraine ne font que prolonger les souffrances de son peuple.

La réalité crue est évidente; la Russie gagnera la guerre.

En mars 2022, quelques semaines après le début du conflit, les pourparlers entrepris à l’initiative de la Turquie étaient sur le point d’aboutir; les négociateurs russes et ukrainiens en étaient venus à une entente.

Dès que la rumeur s’est répandue, Boris Johnson (alors premier ministre britannique) s’était précipité à Kyiv pour convaincre le cabinet de Zelensky de ne pas signer cet accord, que grâce à l’appui de la machine de guerre occidentale, l’Ukraine serait victorieuse et qu’auréolé de gloire, ce pays serait accueilli triomphalement dans l’Otan.

Des dizaines de milliers de morts plus tard, les États-Unis réalisent qu’ils n’ont plus besoin de l’Ukraine.

Ils ont affaibli l’armée russe en versant le sang des autres.

Ils ont eu deux ans pour faire tester leur armement dans les conditions réelles d’une guerre et découvert l’usage qu’on peut en faire des nouvelles technologiques (les drones et les données de géolocalisation).

L’Allemagne s’est sevrée des hydrocarbures russes et conséquemment, a perdu son plus important avantage concurrentiel face aux États-Unis. Elle a même consenti (stupidement) à la destruction des gazoducs Nord Stream I et II. Ce qui consomme le divorce économique russo-européen.

De plus, Washington n’a plus besoin de l’Ukraine pour y déployer au plus près ses missiles nucléaires contre la Russie puisque cela est maintenant possible à partir de la Finlande (depuis son adhésion récente à l’Otan).

À moins qu’ils soient chassés du pouvoir à l’occasion des élections prévues cette année, les gouvernements européens sont actuellement convaincus d’une nouvelle version de la théorie des dominos.

En vertu de cette théorie, si l’Ukraine tombe, la Russie victorieuse se lancera aussitôt (ou dans quelques années) à la conquête du reste de l’Europe. Et le monde libre tombera alors entre les ‘griffes du communisme’.

Après que la Russie ait péniblement gagné la guerre contre un pays d’environ 44 millions d’habitants, on veut nous faire croire qu’elle lancerait ses troupes contre l’Occident, peuplé de 880 millions d’habitants (vingt fois plus).

Du coup, on voit l’Europe se précipiter pour acheter de l’armement américain pendant que nous, en Amérique du Nord, accueillons à bras ouverts la délocalisation de son industrie lourde.

Grâce au narratif des agences de presse inféodées à Washington, les Européens ont consentis à la plus vaste opération de pillage industriel depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale.

Pendant ce temps, l’Ukraine compte ses morts.

Bref, à l’heure où les peuples d’Europe, appauvris par la pandémie au Covid-19 et le cout des sanctions contre la Russie, prennent conscience de leur appauvrissement, on tente de leur faire croire qu’il leur faut maintenant se serrer la ceinture et consentir à des investissements colossaux en matière de défense…

En 2011, j’ai écrit que l’Humanité était entrée dans l’Âge des révoltes. Il est douteux que les années qui viennent fassent la démonstration du contraire…

Références :
Guerre en Ukraine : environ 31 000 soldats ukrainiens sont morts depuis le début de la guerre, déclare Volodymyr Zelensky
Guerre russo-ukrainienne et désindustrialisation de l’Europe
La guerre russo-ukrainienne et la vassalisation de l’Europe
Le sabotage des gazoducs Nord Stream par les États-Unis

Complément de lecture : L’engrenage ukrainien

Pour consulter tous les textes de ce blogue consacrés à la guerre russo-ukrainienne, veuillez cliquer sur ceci.

2 commentaires

| Géopolitique, Guerre russo-ukrainienne | Mots-clés : , , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


La basilique-cathédrale Notre-Dame de Québec

Publié le 25 février 2024 | Temps de lecture : 2 minutes
Façade

C’est en 1647 que fut construite une église qui allait devenir la basilique-cathédrale Notre-Dame de Québec.

En 1674, son diocèse s’étendait sur toute la Nouvelle-France, soit l’Acadie, le Canada (la vallée du Saint-Laurent), les Pays-d’en-Haut (qui, à l’époque désignait la région des Grands Lacs et le sud du Manitoba actuel) et la Louisiane (soit le bassin versant du Mississippi).

Elle sera incendiée deux fois, en 1759 et en 1922. Comme un phénix, elle sera agrandie et embellie après chacune de ses épreuves.

À partir des plans originaux, des gravures anciennes et de vieilles photographies, l’église prendra son aspect actuel au cours de sa reconstruction et restauration finale, de 1923 à 1930.

Au moment de l’incendie de 1922, on avait sorti en catastrophe quelques œuvres d’Art et vidé des sacristies le trésor qui s’y trouvait, de même que les archives. Or parmi les documents sauvés, il y avait les plus vieux registres d’Amérique française (une mine d’or pour les historiens et les généalogistes).

De manière générale, le feu n’avait laissé que la maçonnerie, à l’exception, dans un bas-côté, de l’autel de la Sainte-Famille, épargnée du brasier.

La décoration des voutes est un embellissement créé lors de la dernière restauration puisqu’elle n’existait pas au XIXe siècle.

À l’occasion du Jour du drapeau, le 21 janvier dernier, je me suis rendu dans ce lieu chargé d’histoire et j’en ai rapporté les photos suivantes.

Boutique
Nef
Chaire
Pilier entre la nef et le bas-côté gauche
Chapelle du bas-côté gauche
Pilier entre la nef et le bas-côté droit
Chapelle du bas-côté droit

Détails techniques : Olympus OM-D e-m5 mark II + objectif PanLeica 8-18mm
1re photo : 1/1000 sec. — F/3,1 — ISO 200 — 9 mm
2e  photo : 1/80 sec. — F/3,3 — ISO 640 — 11 mm
3e  photo : 1/60 sec. — F/4,0 — ISO 1000 — 8 mm
4e  photo : 1/60 sec. — F/3,6 — ISO 1600 — 14 mm
5e  photo : 1/80 sec. — F/3,3 — ISO 2000 — 11 mm
6e  photo : 1/60 sec. — F/3,6 — ISO 5000 — 14 mm
7e  photo : 1/80 sec. — F/3,6 — ISO 2000 — 14 mm
8e  photo : 1/80 sec. — F/3,6 — ISO 2000 — 14 mm

Un commentaire

| Photos de Québec, Photos de voyage, Photos du Canada | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Pour un durcissement du financement des études universitaires

Publié le 24 février 2024 | Temps de lecture : 7 minutes

Introduction

On apprenait hier la décision des universités McGill et Concordia de poursuivre le gouvernement Legault afin de s’opposer à sa décision de hausser les frais de scolarité imposés aux étudiants étrangers qui fréquentent les universités du Québec.

Rappel de la situation

Les étudiants qui proviennent des provinces anglophones du pays bénéficient d’une subvention de Québec pour venir effectuer ici leur formation universitaire. À la fin de quoi, ils repartent chez eux avec leur diplôme en poche.

Essentiellement, ils payent la moitié du cout réel de cette formation (8 992$ sur 17 000$). L’autre moitié est assumée par les contribuables québécois.

Pendant qu’ils font leurs études, leurs dépenses courantes constituent des retombées économiques intéressantes pour la région montréalaise. C’est le bon côté.

Mais de l’autre, ils contribuent à l’anglicisation de Montréal. À la fois en tant que consommateurs unilingues anglais et en tant que travailleurs à temps partiel, incapables de nous servir en français.

De plus, ces milliers de locataires exercent une pression significative sur le marché locatif et concourent donc à la pénurie des logements, principalement dans le centre-ville de Montréal.

Les accommodements de la CAQ

Face à la levée de boucliers des universités anglophones, le gouvernement de la CAQ s’est empressé d’offrir des accommodements qui ne les ont pas satisfaites. Voilà pourquoi, celles-ci viennent de s’adresser aux tribunaux.

Il est toujours hasardeux d’essayer de prévoir comment les tribunaux d’Ottawa pourraient trancher dans un cas comme celui-ci. Mais il est clair que plus une politique possède d’exceptions, plus il est facile de démontrer qu’elle est discriminatoire.

Il serait donc préférable que la CAQ simplifie sa politique à ce sujet.

L’exemption pour Bishop

Privée de ses étudiants étrangers, l’université Bishop estime qu’elle n’est plus rentable.

Toutefois, elle semblait l’être avant que le gouvernement libéral dérèglemente le financement des études post-secondaires en 2018.

Privée de cette manne, l’université Bishop devra s’astreindre à une certaine rigueur budgétaire comme le font des centaines d’entreprises québécoises.

La ‘péréquation’ en faveur des universités francophones

Pour vendre sa réforme, la CAQ faisait miroiter la promesse de redistribuer aux universités francophones les revenus occasionnés par la hausse des frais de scolarité dans les universités anglophones.

L’idée de dépouiller Pierre pour habiller Paul n’a séduit personne. Tout simplement parce qu’une chute brutale (et probable) des inscriptions ne laisserait pas grand-chose à redistribuer.

Aussi important que soit le financement de nos institutions universitaires, il constitue une considération mineure face au caractère fondamental de l’anglicisation de Montréal et de la crise du logement.

Voilà pourquoi, j’invite la CAQ à renoncer à l’idée d’une ‘péréquation’ qui ne fera qu’alimenter l’argumentaire de McGill et de Concordia, victimes de discrimination selon leurs avocats.

Le prix plancher de 20 000$

Des frais d’inscription minimaux de 20 000$ seront imposés aux étudiants qui ne sont pas des Canadiens.

Cela ne s’applique pas aux étudiants français ou belges puisque leurs pays ont conclu des accords de réciprocité avec le Québec.

En dépit du fait que les provinces anglophones du Canada ont refusé de conclure de tels accords, on a vu plus tôt que ce prix plancher ne s’applique pas aux étudiants des autres provinces, frappés dans leur cas d’une hausse moindre.

Cette discrimination devait également être supprimée, pour les mêmes raisons. En d’autres mots, tous les étudiants étrangers (angloCanadiens ou non) devraient payer le même prix.

Toutefois, le gouvernement de la CAQ devait être prêt à revenir à une tarification moindre… si les universités anglophones abandonnent l’idée de contester les décisions de Québec devant les tribunaux.

Comme quoi une belle carotte vaut mieux qu’un petit bâton.

Les arguments de McGill et de Concordia

L’Université Concordia estime que l’augmentation les tarifs imposés aux étudiants hors Québec contrevient à la Canadian Constitution de 1982.

En premier lieu, l’obligation constitutionnelle qui garantit l’enseignement dans leur langue au peuple angloQuébécois n’est valide que pour l’enseignement au niveau des écoles primaires et secondaires.

Cela ne s’applique pas à l’enseignement post-secondaire (Cégeps et universités).

En deuxième lieu, aucun étranger n’a droit au filet de protection sociale du Québec; on ne peut pas descendre de l’avion pour se faire soigner gratuitement dans un de nos hôpitaux.

Ce n’est donc pas vrai que le contribuable de Rimouski, par exemple, est obligé de subventionner la formation universitaire en anglais des étudiants étrangers. On est cave, mais pas à ce point-là.

Toujours selon Concordia, le gouvernement du Québec n’a pas pris ses responsabilités quant au fait de protéger les établissements ‘minoritaires’.

Le peuple angloQuébécois peut être vu comme une minorité au Québec. Ou il peut être considéré comme l’annexe québécoise de la majorité anglo-canadienne.

Appelé à se prononcer à ce sujet, le Comite des droits de la Personne de l’ONU statuait en 1993 :

To summarize, the United Nations Human Rights Committee ruled […] that Quebec’s English community does not qualify for protection as a minority language group, because it forms part of the Canadian English-speaking majority.

En d’autres mots, les Canadiens anglophones ne peuvent pas être considérés comme une minorité linguistique dans le contexte canadien où ils sont majoritaires.

À mon avis, il serait temps que nos amis angloQuébécois cessent de jouer à la victime; c’est le français et non l’anglais qui est menacé au Québec.

Quant à McGill, ses avocats font valoir que les mesures annoncées par Québec sont discriminatoires et qu’elles résultent d’un exercice déraisonnable de la ministre de l’Enseignement supérieur.

Pour ce qui est de son aspect discriminatoire, il y a certainement matière à débat (comme nous l’avons vu précédemment). C’est peut-être le talon d’Achille des mesures de la CAQ.

Ce parti serait donc avisé de simplifier tout cela. Ou, à défaut, d’invoquer dès maintenant la clause dérogatoire de la Canadian Constitution de 1982 afin de rendre ses politiques conformes à celle-ci.

Ce qui éviterait des années de procédures judiciaires au cours desquelles l’anglais continuera de progresser au Québec.

Conclusion

La CAQ est au pouvoir depuis six ans.

Quand on regarde son bilan nul en matière de défense du français et les mesures timides qu’elle a prises pour lutter contre la crise du logement — deux domaines impactés par la venue de milliers d’étudiants unilingues anglais — on comprend l’inquiétude des stratèges de la CAQ devant la remontée irrésistible du Parti Québécois.

Tant que le Québec n’aura pas accédé à son indépendance, la communauté anglaise du Québec confondra toujours ses privilèges avec des droits fondamentaux. Et les partis fédéralistes ou mollement nationalistes seront toujours prêts à tergiverser au lieu d’agir.

Références :
Décision de l’Onu
Droits de scolarité des étudiants non résidents : Concordia et McGill poursuivent Québec
Financement universitaire: un déséquilibre à corriger
Francisation des étudiants de McGill : La CAQ a raison
La ministre Déry revoit son annonce sur les droits de scolarité des non-Québécois de fond en comble
L’anglicisation du Québec et la Caisse de dépôt et placement
Le Québec, Dollarama des études postsecondaires ?
Les universités anglophones du Québec proposent de franciser 40 % de leurs étudiants
Principaux pays d’où proviennent les étudiants internationaux à l’université McGill

Pour consulter tous les textes de ce blogue consacrés au prix que nous payons pour appartenir au Canada, veuillez cliquer sur ceci.

Laissez un commentaire »

| 2018-202X (années Legault), Anglicisation du Québec, Politique québécoise | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


États-Unis : l’importance politique des sionistes chrétiens

Publié le 23 février 2024 | Temps de lecture : 4 minutes

De 1948 (l’année de la création de l’État d’Israël) à 2023, les États-Unis lui ont versé environ 260 milliards$US, majoritairement sous forme d’armement. Ce qui fait de ce pays, de loin, le principal bénéficiaire de l’aide américaine.

À l’Onu, les États-Unis ont principalement utilisé leur droit de véto au Conseil de sécurité pour protéger Israël des critiques et des sanctions internationales.

De nos jours, qu’est-ce qui explique l’appui inconditionnel des États-Unis à l’égard de ce pays ?

Au début de son témoignage de la semaine dernière devant la Commission des affaires étrangères et de la défense du Sénat français, le spécialiste Jean-Pierre Filiu souligne (de 8:34 à 21:14) l’importance capitale que joue le sionisme chrétien dans la politique des États-Unis à l’égard d’Israël.

Qu’est-ce que le sionisme et en quoi le sionisme chrétien se distingue-t-il ?

Dans la Bible hébraïque, ‘fille de Sion’ est la désignation poétique de la ville de Jérusalem et de sa population. Par extension, cela désigne l’ensemble du peuple juif.

À sa naissance en Europe au XIXe siècle, le sionisme était l’aspiration du peuple juif à posséder un pays qui lui serait propre en Palestine. Cette aspiration mènera à la formation de l’État d’Israël en 1948.

Apparu des siècles plus tôt, le sionisme chrétien est un dogme religieux créé par des théologiens protestants.

De nos jours, sans nécessairement savoir que cela porte le nom de ‘sionisme chrétien’ — puisqu’on l’appelle également ‘évangélisme’ — environ le quart de la population américaine et environ la moitié de l’électorat républicain croit en ce dogme. Que dit-il ?

Ce dogme proclame que la Terre promise par Dieu à Abraham et à sa descendance est inaliénable, c’est-à-dire qu’elle ne peut être partagée avec d’autres peuples.

De plus, cette Terre sainte s’étend de la Méditerranée au Jourdain. Ce qui signifie que les Arabes doivent en être chassés.

La reconstitution de l’Israël biblique (le Grand Israël) est la première étape d’un processus apocalyptique qui mènera bientôt au retour du Christ et à l’établissement définitif du Royaume de Dieu sur Terre.

Toutefois, pour ce faire, les Israéliens devront reconnaitre Jésus de Nazareth comme étant leur Messie. En d’autres mots, ils devront se convertir au christianisme, croient les Sionistes chrétiens.

C’est pour cette raison que les Juifs américains (qui votent majoritairement pour le parti Démocrate) se méfient des Sionistes chrétiens (qui votent massivement pour le parti Républicain).

En outre, le soutien de ces derniers en faveur de la politique coloniale d’Israël en Palestine est insensible aux considérations humanitaires puisqu’il trouve sa source dans la lecture littérale de la Bible. Pour eux, même si Dieu semble parfois cruel, ils n’ont d’autre choix que de s’incliner devant Sa Volonté.

En somme, aimer et apporter son soutien inconditionnel à Israël ne relève pas d’un choix car il s’agit d’un Ordre Divin.

En raison de leur importance démographique, les Sionistes chrétiens exercent dans le Bible Belt (ci-contre, en rouge) une influence politique considérable.

Peu importe les résolutions de l’Onu et les décisions éventuelles de la Cour pénale internationale, Washington soutiendra pendant encore longtemps la colonisation israélienne dans les territoires occupés.

Tout au plus, peut-on s’attendre à ce que le gouvernement américain condamne ses excès du bout des lèvres. À défaut de quoi, il pourrait en payer un prix politique élevé…

Références :
Bible Belt
Les chrétiens sionistes aux États-Unis
Moyen-Orient : l’embrasement (vidéo)
Pourquoi les États-Unis soutiennent-ils Israël ?
Sionisme
Sionisme chrétien

Parus depuis :
Aux sources de la ferveur des chrétiens évangéliques envers Israël (2024-03-17)
L’église vidée par Trump (2024-06-15)
‘Standing up for Christian values’: US evangelicals keep the faith with Trump (2025-04-28)

Un commentaire

| Géopolitique, Guerre en Palestine, Politique internationale | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


L’impossibilité pour l’Ukraine de gagner la guerre

Publié le 22 février 2024 | Temps de lecture : 1 minute
Cliquez sur l’image pour démarrer

Du 16 au 18 février se tenait à Munich la Conférence internationale annuelle sur les politiques de défense et sur la sécurité mondiale.

À cette occasion, le général à la retraite Harald Kujat — ex-chef des armées de l’air allemandes et ex-président du Comité militaire de l’Otan — a prononcé une conférence intitulée : « La guerre en Ukraine: rivalité des grandes puissances et affirmation de l’Europe ».

Cette conférence, prononcée en allemand, est présentée ici dans une version accompagnée d’une traduction simultanée en français d’excellente qualité.

Elle permet de comprendre pourquoi, ces jours-ci, certains dirigeants occidentaux tiennent le langage des mauvais perdants face à Vladimir Poutine.

Pour consulter tous les textes de ce blogue consacrés à la guerre russo-ukrainienne, veuillez cliquer sur ceci.

Un commentaire

| Géopolitique, Guerre russo-ukrainienne | Mots-clés : , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Les accords de libre-échange avec l’Ukraine

Publié le 21 février 2024 | Temps de lecture : 5 minutes

Après un premier accord de libre-échange conclu en 2016, le Canada et l’Ukraine en ont signé une deuxième version le 23 septembre dernier.

Selon Ottawa, cet accord permettra aux entreprises canadiennes de participer plus activement à la reconstruction de l’Ukraine. Ce qui n’est pas pour demain.

Pour l’instant, l’entente fait que le Canada a éliminé ses droits de douane sur 99,9 % de ses importations provenant d’Ukraine et qu’en retour, celle-ci a fait de même pour 86 % de ses importations canadiennes.

Le commerce international a subi d’importants bouleversements depuis quelques années en raison de la pandémie au Covid-19 et des sanctions occidentales contre la Russie.

On peut soupçonner que ces bouleversements ont empêché l’Ukraine de profiter pleinement de la libération de ses échanges avec le Canada et donc, que ce pays est demeuré un partenaire commercial très secondaire pour notre pays.

Il en est autrement en Europe.

Au début de la guerre russo-ukrainienne, le peuple polonais a fait preuve d’une hospitalité exemplaire à l’égard des réfugiés ukrainiens qui fuyaient le théâtre de la guerre.

Toutefois, l’opinion publique s’est retournée contre eux lorsque cette immigration massive y a provoqué une grave pénurie de logements.

Après avoir écoulé en l’Ukraine son important arsenal militaire qui datait de l’époque soviétique, le gouvernement polonais est maintenant ulcéré de voir qu’on organise dans ce pays des processions qui célèbrent annuellement la mémoire des milices pro-nazies ukrainiennes qui, sur ordre SS, ont massacré des dizaines de milliers de Polonais au cours de la Deuxième Guerre mondiale.

Pour aider l’économie ukrainienne en favorisant ses exportations, l’Union européenne a décidé de dispenser les camionneurs ukrainiens de l’obligation de posséder le permis couteux qui est normalement exigé pour transporter des marchandises au sein du marché commun.

En décembre dernier, les camionneurs polonais bloquaient la frontière ukrainienne afin de protester contre cette concurrence déloyale puisqu’eux sont obligés de posséder ce permis.

D’autre part, depuis deux décennies, l’Union européenne et l’Ukraine signent des ententes économiques qui visent progressivement à une intégration règlementaire et économique préparatoire à une adhésion formelle (et lointaine) de l’Ukraine au marché commun.

À terme, l’agriculture ukrainienne bannira les mêmes pesticides et les mêmes insecticides que ceux interdits dans l’Union européenne et appliquera les mêmes normes quant au bien-être animal.

D’ici là, le parlement européen adopte un certain nombre de mesures d’exception qui visent à aider dès maintenant l’économie de ce pays.

La plus récente de ces mesures est le règlement 2013/1077, en vigueur pour un an à partir du 6 juin 2023.

Il prévoit que les droits antidumpings appliqués normalement aux importations ukrainiennes ne seront pas perçus au cours de cette période et, de manière générale, toutes les mesures de défense commerciales actuelles seront suspendues.

Récemment, les agriculteurs polonais ont bloqué une centaine de routes et de voies ferrées à la frontière ukrainienne afin de protester contre les importations agroalimentaires ukrainiennes jugées incontrôlées.

Parallèlement, les agriculteurs français érigent depuis trois semaines des barricades pour protester contre les importations massives de poulet ukrainien.

Dispensée des normes de production européennes, l’industrie de la volaille est dominée en Ukraine par un oligarque dont l’entreprise est enregistrée dans un paradis fiscal et qui est dirigée à partir d’une pétromonarchie. Cette entreprise réussit à vendre du poulet à trois euros du kilo alors que le prix coutant des éleveurs français est de sept euros du kilo.

En réalité, la France importe moins de poulet frais ou congelé d’Ukraine que la plupart des autres pays européens. Mais le poulet ukrainien se retrouve dans les produits dérivés (ex.: les croquettes congelées de poulet) qui inondent l’Europe, dont le marché français.

Face à ces protestations, le gouvernement Macron s’est engagé à défendre bec et ongles les agriculteurs français. Ce qui ne fait pas oublier que les représentants de la France ont consenti aux mesures adoptées par l’Union européenne en guise de solidarité avec l’Ukraine sans en prévoir les conséquences.

Références :
Accueil des réfugiés : l’usure de la bonne volonté
Frontière polonaise bloquée : « La situation est catastrophique » pour l’Ukraine
La Chambre des communes adopte un accord de libre-échange avec l’Ukraine
La nostalgie nazie en Ukraine
La Pologne ne fournit plus d’armes à l’Ukraine pour se concentrer sur son armement
Le loup dans le poulailler de l’Europe
Les agriculteurs polonais déversent des céréales ukrainiennes, Kyiv en colère
Règlement 2023/1077 du Parlement européen
Trudeau signe l’accord de libre-échange Canada-Ukraine

Parus depuis :
UK urged to protect Ukraine from legal action over private debt default (2024-07-07)
‘Teach your daughter to speak Polish’: Ukrainians in Poland face growing resentment (2025-12-22)

Laissez un commentaire »

| Agriculture, Économie, Guerre russo-ukrainienne, Politique internationale | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


La cervelle inclusive

Publié le 18 février 2024 | Temps de lecture : 4 minutes

Le site de Radio-Canada publie aujourd’hui le texte ‘L’écriture inclusive sous la loupe de la science’ dont l’ambition est de présenter de manière factuelle les effets de l’écriture inclusive sur le cerveau.

Le texte soutient vaguement qu’en français, la règle selon laquelle le genre masculin l’emporte sur le genre féminin entraine des effets ‘cognitifs’.

Il est indéniable qu’en parlant constamment des camionneurs au masculin, on contribue au préjugé selon lequel il s’agit d’un métier d’hommes.

Toutefois, pour affirmer que l’écriture inclusive pallierait ce préjugé, il faut prouver, par exemple, que dans les pays anglophones (où la suprématie grammaticale du genre masculin n’existe pas), plus de femmes y font ce choix de carrière qu’au Québec. Malheureusement, cette preuve n’existe pas.


 
La majorité des gens parcourent un texte en le faisant lire silencieusement par leur petite voix intérieure. Conséquemment, certains procédés de l’écriture inclusive — exemples : les camionneur.euse.s ou les auteur.trice.s — nuisent à la lisibilité du français.

Si tous les manuels scolaires utilisaient ce procédé d’écriture, la réussite scolaire chuterait.

Il ne faut pas exagérer le pouvoir de la grammaire. Entre la représentation physique de la personne type qui exerce un métier et la manière d’écrire collectivement ses praticiens, il est probable que l’influence du cliché visuel l’emporte largement sur l’influence de l’écrit.

En conclusion, si on l’avait appelé autrement, l’écriture inclusive aurait rencontré beaucoup moins de succès. Mais à une époque où il est bon de paraitre bienveillant, l’écriture inclusive permet au loup de se présenter sous la toison de la brebis.

Complément de lecture : L’écriture inclusive

Postscriptum du 20 février 2024 : À la suite des commentaires très pertinents de madame Marsolais, je me rends compte que j’ai manqué de clarté au sujet de ma position au sujet de l’écriture inclusive.

Celle-ci est composée de différents procédés d’écriture auxquels j’adhère sauf quant au plus ostentatoire d’entre eux, soit l’écriture woke (ex.: ‘Les bâtisseur·euse·s culturel·le·s montréalais·e·s’).

Or c’est précisément sur ce procédé (le plus controversé) que l’article paru sur le site de Radio-Canada a le plus insisté comme exemple modèle d’écriture inclusive.

Dans une émission qui se voulait la synthèse scientifique des études à ce sujet, comment a-t-on pu passer sous silence l’effet de l’écriture woke sur la lisibilité du français.

La sociologie est une science molle. Ce qui signifie que les études effectuées dans cette discipline n’ont pas la rigueur d’une expérience de chimie ou de physique qui, répétée par d’autres chercheurs, donne toujours les mêmes résultats.

Prenant fait et cause pour les travaux du professeur Gygax, l’émission prétend que l’emploi de l’écriture inclusive est nécessaire afin d’éviter des biais cognitifs, notamment « l’activation de la représentation androcentrique du monde par le cerveau.»

Jamais une étude scientifique rigoureuse n’a mis en évidence l’existence, au niveau du cerveau, d’un centre de la représentation androcentrique du monde dont l’activation (sic) conduirait à des problèmes cognitifs.

Bref, les travaux du professeur Gyrax n’ont aucune valeur scientifique. C’est de la fumisterie.

Ceci étant dit, peut-on comprendre le découragement du néoQuébécois confronté aux textes écrits de la sorte, lui qui aimerait apprendre le français, mais dont tout l’entourage répète que l’anglais est tellement plus facile à apprendre ?

Si on craint pour la pérennité du français au Québec, il faudrait cesser de creuser notre propre tombe. Ce n’est pas l’écriture woke seule qui y parviendra, mais c’est une pelleté de terre de trop.

Complément de lecture : L’écriture woke et la lisibilité du français

4 commentaires

| Grammaire et orthographe, Langue française | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel