Le début de la délocalisation industrielle de l’Allemagne

26 novembre 2022

BASF est le plus important groupe chimique au monde.

En juillet dernier, alors que le ministère allemand de l’Industrie effectuait des consultations pour déterminer quels secteurs industriels seraient autorisés à fonctionner cet hiver en cas de pénurie énergétique, le Conseil d’administration de BASF décidait, devant cette incertitude, d’effectuer à l’Étranger le plus important investissement de l’histoire de cette compagnie.

Dix-milliards d’euros : c’est la somme que BASF a décidé d’investir d’ici 2028 à son complexe industriel de Zhanjiang, une ville portuaire située dans le sud de la Chine.

Moins de deux mois plus tard, on procédait déjà à l’inauguration de la première usine de ce complexe. Celle-ci produira annuellement 60 000 tonnes métriques de matières plastiques à des fins électroniques ou destinées à l’industrie automobile.

BASF a choisi d’investir en Chine parce que la main-d’œuvre y est relativement économique, que les droits des travailleurs sont presque inexistants et surtout parce que ce pays s’assure de l’approvisionnement énergétique des entreprises sur son territoire (au contraire de l’Allemagne).

À l’occasion de la guerre en Ukraine, le harakiri économique des pays d’Europe occidentale accélère le déplacement du centre de gravité du développement économique mondial vers la région indopacifique (que vise justement à alimenter le complexe de Zhanjiang).

Références :
BASF inaugurates the first plant of its new Zhanjiang Verbund site
Germany Plans for a Winter Without Gas from Russia

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Écrit par Jean-Pierre Martel


L’Âge des Révoltes-II

25 novembre 2022

La levée du couvercle

Il y a une décennie, d’importantes émeutes avaient éclaté à Londres à la suite des mesures d’austérité décrétées pour renflouer The City — le district financier de la capitale britannique — à la suite de l’éclatement de la bulle spéculative des actifs adossés à des créances immobilières douteuses.

On pigeait alors dans la poche des travailleurs pour sortir les riches financiers londoniens du pétrin dans lequel ils s’étaient mis.

Au même moment, le Québec vivait son Printemps érable, lui-même consécutif au Printemps arabe déclenché en Tunisie.

Ont suivi des révoltes en Bolivie et au Liban, de même que celle des Gilets jaunes en France.

Puis est arrivé le Grand confinement planétaire destiné à limiter la progression de la plus redoutable pandémie depuis un siècle. Financé par la planche à billets des États, ce confinement a eu pour effet de mettre le couvercle sur la marmite des révoltes sociales.

Le monde s’en va chez le diable

La promesse du néolibéralisme, c’est que libérées de taxes et d’impôts, les entreprises auraient toute la liberté de créer des emplois et de la richesse pour tous. Du coup, l’avènement de ce monde promis par le néolibéralisme devait coïncider avec une période d’aisance et de prospérité inégalée dans l’histoire de l’humanité.

Effectivement, jamais la misère dans le monde n’a autant reculé qu’au cours des dernières décennies.

Toutefois, dans les pays riches, le cycle sans fin des réductions de taxes et d’impôts (lorsque les gouvernements disposent de surplus budgétaires) suivies d’une réduction des dépenses publiques (lorsque le ciel s’assombrit) a considérablement handicapé l’aptitude des États à s’acquitter de leurs responsabilités.

Avec comme résultat :
• les urgences des hôpitaux débordent,
• l’attente pour certaines interventions chirurgicales se compte en années,
• les écoles manquent d’enseignants,
• aucun projet majeur de logement social n’a vu le jour depuis des décennies,
• les rues sont cicatrisées de crevasses mal calfeutrées,
• les usines d’épuration arrivent à leur fin de vie,
• les douaniers peinent à empêcher le trafic transfrontalier des armes,
• les poursuites contre des criminels sont abandonnées en raison des délais excessifs à les juger,
• des dizaines de milliers de requérants au statut d’immigrant attendent l’examen de leur dossier,
• l’informatisation du système de paie des fonctionnaires fédéraux est un désastre, et
• les tablettes de nos pharmaciens se vident de certains médicaments essentiels (rappelant les pénuries en Europe de l’Est avant la chute du communisme).

Y a-t-il une seule personne au monde qui estime que tout cela est normal ?

Le creux du creux, ce sont ces semaines où le Canada s’est transformé en grande prison à ciel ouvert alors que des milliers de ses citoyens ne pouvaient plus quitter le pays, faute de passeports.

Il aurait suffi d’aviser les compagnies aériennes et les douaniers aux frontières que la date d’échéance des passeports émis était prolongée jusqu’à la fin de l’année — et de prioriser l’émission des passeports à ceux qui n’en ont jamais eu — pour que cette crise se résolve du jour au lendemain.

Mais apparemment, aucun des crétins qui nous dirigent à Ottawa n’y a pensé…

La rupture d’un contrat social

Toutes les assurances reposent sur la répartition du risque. L’assuré auquel aucun incident ne justifie une réclamation paie pour le malchanceux auquel un malheur est arrivé. En contrepartie, le premier des deux devient bénéficiaire de son assurance le jour où c’est lui qui est frappé par la malheur.

Pendant toute leur vie, des millions de Québécois en bonne santé ont payé pour les soins médicaux et hospitaliers prodigués aux malades.

Mais devenus vieux, beaucoup d’entre eux sont incapables d’obtenir ce retour d’ascenseur promis. En effet, les listes d’attente sont telles que ces patients risquent de décéder avant d’avoir reçu les soins que leur promettait le régime public d’assurance-maladie.

Si l’État était une compagnie privée, elle serait sujette à une condamnation par les tribunaux pour rupture de contrat et serait obligée de rembourser les primes annuelles payées inutilement depuis des décennies.

En privant les citoyens du filet de protection sociale auquel ils ont droit, l’État fait office de fraudeur contre lequel la colère populaire est justifiée.

Favoriser la mortalité du Covid-19

Pendant la première année de la pandémie au Covid-19, alors que des vaccins n’étaient pas encore disponibles, la Santé publique du Québec a favorisé la contamination de la population en faisant campagne contre le port du masque et, dans le cas précis de nos hospices, en menaçant de sanction les employés qui le portaient. Et ce, bien après la fin des pénuries à leur sujet.

Ce faisant, l’État québécois porte une lourde responsabilité au sujet des milliers de morts prématurées survenus dans nos hospices.

La trahison des élites européennes

En 2003, le président français Jacques Chirac avait provoqué la colère des États-Unis en refusant de cautionner la guerre que ce pays s’apprêtait à livrer en Irak. Les Américains s’étaient alors déchainés contre les intérêts français.

Par crainte des représailles américaines, plus tôt cette année, les dirigeants d’Europe de l’Ouest ont adopté une série de sanctions économiques contre la Russie, parmi lesquelles l’interruption volontaire de leurs approvisionnements en hydrocarbures en provenance de ce pays.

Ce faisant, ils ont forcé leurs industries lourdes à se sevrer brutalement d’une ressource à bon marché qui leur conférait un avantage compétitif face à leurs concurrents américains.

La perte de cet avantage est une incitation à délocaliser leur production vers les pays où les ressources énergétiques sont abondantes et peu couteuses. Soit parce que ces pays sont des producteurs d’énergie, ou soit parce que leurs dirigeants ont eu la sagesse de résister aux pressions américaines et, au contraire, de sécuriser leur approvisionnement.

Le résultat, c’est que des millions de travailleurs européens perdront leur emploi au cours des cinq prochaines années.

Le jeu de dominos

La Russie est un des principaux exportateurs mondiaux d’acier, d’aluminium, d’ammoniac, de fer, de nickel, de néon brut, de palladium, de céréales et d’engrais chimiques.

En brisant des milliers de chaines d’approvisionnement, le boycottage de la Russie par les pays occidentaux provoque une couteuse remondialisation qui se répercute auprès du consommateur sous forme de hausses de prix.

Et pour combattre l’inflation qu’ils ont causée, ces pays haussent leurs taux d’intérêt.

Même s’ils s’en défendent, il y a lieu de croire que cette hausse vise également à provoquer une récession économique qui diminuera la consommation mondiale d’hydrocarbures. Ce qui devrait entrainer une baisse des cours mondiaux et ainsi priver la Russie des revenus dont elle a besoin pour financer sa guerre en Ukraine.

Tant que la croisade occidentale contre Moscou n’entrainait pas d’inconvénients pour nous, elle suscitait l’adhésion de l’immense majorité des Occidentaux.

Mais après des décennies où on a cultivé la recherche du plaisir, valorisé l’amour-propre, et incité les adeptes des médias sociaux à mettre en scène leur bonheur (réel ou factice), faire appel à l’esprit de sacrifice ne suscite pas un enthousiasme généralisé…

Ceux qui refusaient hier de se sacrifier à porter un masque pour protéger ceux chez qui le Covid-19 est mortel sont ceux qui aujourd’hui refusent de se sacrifier pour punir ce méchant Poutine qui persécute les gentils Ukrainiens.

Déjà, le 3 septembre dernier, des dizaines de milliers de personnes protestaient à Prague contre l’inflation, contre l’Union européenne et contre l’Otan dont on critique l’expansionnisme toxique.

Depuis, la hausse substantielle des couts du chauffage hivernal a provoqué des manifestations en Allemagne et dans plusieurs pays d’Europe centrale (en Autriche, en République tchèque et en Slovaquie, notamment).

Le reste est prévisible; au fur et à mesure que le déclin économique de l’Europe se fera sentir, les pays d’Europe occidentale — déjà très endettés — devront pratiquer une rigueur budgétaire qui, selon sa sévérité, suscitera la grogne, les protestations ou la révolte.

Références :
BASF inaugurates the first plant of its new Zhanjiang Verbund site
Gaz, armes, céréales, Otan… Les Etats-Unis, grands gagnants de la guerre en Ukraine
L’expansionnisme toxique de l’Otan
Vaste manifestation à Prague contre l’inflation, l’UE et l’Otan

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Transferts technologiques militaires vers l’Iran

13 novembre 2022

Introduction

Les États-Unis et la Grande-Bretagne fabriquent les missiles autopropulsés les plus précis au monde.

Ceux qu’ils livrent à l’Ukraine sont des missiles dont la distance maximale est limitée à quelques dizaines de kilomètres et donc, qui ne pourraient pas frapper Moscou, par exemple.

À l’exclusion de la taille de leur réserve de carburant solide, ces missiles sont dotés des mêmes technologies que celles qu’on retrouve dans les missiles les plus sophistiqués de l’arsenal occidental.
 

 
De son côté, l’Iran fabrique des missiles capables d’atteindre une cible située à 2 000 km… mais qui la rate habituellement à cause de leur imprécision.

Cette lacune est en voie d’être corrigée.

Le cadeau technologique russe

Afin de détruire les infrastructures électriques ukrainiennes, l’armée russe a utilisé, entre autres, des drones Shahed-136 iraniens. Cent-soixante d’entre eux ont été livrés à la Russie cet été.

Le cout d’un drone Shahed-136 est estimé à environ vingt-mille dollars. C’est beaucoup moins que les missiles occidentaux dont se sert l’armée ukrainienne pour les abattre (et qui réussissent dans la grande majorité des cas).

L’armée russe utilise donc des missiles iraniens de faible qualité dans le but de détruire les installations électriques sur lesquelles compte l’armée ukrainienne pour fonctionner. Mais également, la Russie s’en sert pour épuiser l’arsenal militaire défensif de l’Ukraine.

En contrepartie des drones iraniens, Moscou a expédié à l’Iran trois missiles occidentaux originellement destinés à l’Ukraine, mais qui ont été interceptés par ses soldats.

Il s’agit d’un missile sol-sol Javelin et d’un missile sol-air Stinger, tous deux de construction américaine. Le troisième était un missile sol-sol NLAW de fabrication britannique.

Le but est de permettre à l’Iran de copier la technologie occidentale et d’améliorer la précision de ses propres missiles.

Le salaire de la peur

Démanteler un engin explosif est toujours risqué.

De plus, les missiles occidentaux étant dotés d’un module de géolocalisation, dès qu’on démarre leur système d’exploitation, ces missiles transmettent leur position exacte aux satellites-espions américains (comme le fait chacun des téléphones multifonctionnels que nous utilisons).

Pour éviter que ses laboratoires deviennent des cibles militaires américaines ou israéliennes, l’Iran devra donc espionner le fonctionnement de ces missiles dans un lieu duquel aucune communication électronique ne peut s’échapper.

Pour pallier ces risques, l’avion-cargo qui acheminait les missiles occidentaux à l’Iran transportait également 140 millions d’euros en argent comptant (afin de contourner les sanctions occidentales).

Depuis 2019, les plus grosses coupures de monnaie européenne sont des billets de 200€. Cela signifie que l’avion en question transportait près de trois quarts de tonne de billets de banque.

Références :
Missiles iraniens : une dangerosité surfaite ?
Russia flew €140m in cash and captured Western weapons to Iran in return for deadly drones, source claims

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Guerre russo-ukrainienne : Nissan jette l’éponge

23 octobre 2022

Introduction

Par analogie avec le monde de la boxe, l’expression ‘jeter l’éponge’ veut dire abandonner la partie. Au Québec, on dit plus souvent ‘jeter la serviette’, calque de l’anglais throw the towel.

La déconvenue de Nissan

En juin 2009, le constructeur automobile Nissan inaugurait sa première usine russe. Douze ans plus tard, celle-ci en produisait près de cent-mille (sa capacité maximale).

Mais dès le 14 mars dernier, Nissan interrompait sa production, invoquant des problèmes d’approvisionnement. Le constructeur aurait pu s’approvisionner ailleurs, mais il a préféré suspendre sa production par crainte de sanctions occidentales.

Entretemps, ses deux-mille salariés étaient payés quand même au cas où la production aurait eu à reprendre.

Puisque la guerre russo-ukrainienne se prolongeait, les dirigeants de la compagnie en sont venus à la conclusion qu’il était préférable de fermer l’usine, une décision annoncée le mois dernier.

Toutefois, le 11 octobre, l’usine et le centre de recherche de Nissan à Saint-Pétersbourg étaient achetés pour un euro par l’État russe.

C’est le même prix que pour l’achat de l’usine russe de Renault survenue il y a plusieurs mois. Dans un cas comme dans l’autre, c’est une perte d’environ un milliard de dollars canadiens pour la multinationale.

La production (sous un autre nom) devrait reprendre avec la participation d’un constructeur automobile chinois. Ce qui permettra à l’usine de s’approvisionner indirectement en semi-conducteurs taïwanais puisque la Russie ne peut pas les acheter directement.

Selon la législation russe, les employés licenciés d’une usine doivent continuer de recevoir leur salaire pendant les douze mois qui suivent sa fermeture… une mesure dont nos travailleurs à nous aimeraient sans doute profiter.

Le doute américain s’installe

Les pertes occasionnées par la fermeture de cette usine ne seront pas payées par la Russie; elles se répercuteront sur le prix que paieront les consommateurs ailleurs dans le monde pour les produits du constructeur japonais.

Après avoir appuyé massivement l’adoption de sanctions contre la Russie, les Américains en réalisent les conséquences.

Selon un sondage de la firme Pew réalisé entre le 13 et le 18 septembre dernier, 20 % des Américains estiment maintenant que leur pays s’est trop engagé à soutenir l’Ukraine. Six mois plus tôt, ce pourcentage n’était que de 7 %.

Actuellement, cette proportion atteint même près du tiers de l’électorat républicain.

Pendant ce temps, Donald Trump clame que tout ce gâchis ne serait pas arrivé s’il avait été au pouvoir…

Références :
Guerre russo-ukrainienne et désindustrialisation de l’Europe
McDonald’s et la culture du bannissement
Nissan inaugure sa première usine russe à St-Petersbourg
Nissan quitte le marché russe et vend son usine de Saint-Pétersbourg

Compléments de lecture :
L’engrenage ukrainien
L’épouvantail russe

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le Pakistan et le gaz fossile liquide

14 octobre 2022

Au cours de l’occupation américaine de l’Afghanistan, le Pakistan — situé au sud — servait à la fois de refuge aux ennemis des Américains (dont Oussama ben Laden) et de base militaire à partir de laquelle l’armée d’occupation était ravitaillée.

Le Pakistan a joué ce double jeu pendant vingt ans.

Bien avant les attentats du 11 septembre, les États-Unis s’intéressaient à l’Afghanistan et au Pakistan parce que la Russie prévoyait y faire traverser un oléoduc qui aurait relié des républiques soviétiques situées au nord de ces deux pays, à la mer d’Arabie située au sud.

Les États-Unis ont dépensé des milliards de dollars pour empêcher la réalisation de ce projet.

Maintenant que les États-Unis ont perdu la guerre en Afghanistan, leur ‘allié’ pakistanais ne leur sont plus d’aucune utilité.

Ce pays se retrouve donc privé non seulement des droits qu’on lui paierait si un oléoduc traversait son territoire, mais également des hydrocarbures qu’il lui aurait apportés.

Privé de ressources énergétiques, ce pays a donc choisi d’utiliser du gaz fossile liquide (GFL).

Dans un premier temps, le Pakistan a signé un contrat à long terme avec le Qatar. Puis, à son échéance, le pays a trouvé un moyen d’obtenir du GFL de manière encore plus économique; acheter son gaz d’un courtier italien qui était libre d’obtenir le GFL au cout le plus bas possible.

Et pour s’assurer que ce courtier respecterait ses engagements, le contrat prévoyait d’importantes pénalités s’il ne les respectait pas.

Mais voilà qu’avec le déclenchement de la guerre en Ukraine, on se dispute le GFL comme on se disputait les masques chirurgicaux au début de la pandémie.

Mais au lieu qu’une cargaison de masques soit achetée à prix d’or sur le tarmac d’un aéroport chinois change de destination, ce sont les méthaniers qui sont détournés vers l’Europe.

Quant aux pénalités, elles sont devenues risibles en comparaison avec l’augmentation phénoménale du GFL sur le marché libre.

Strictement parlant, aucun pays occidental n’est coupable de cette piraterie. Le coupable, c’est la ‘main invisible du marché’.

Justement en raison de son invisibilité, beaucoup de ces peuples se demandent pourquoi ils doivent payer le prix de nos chicanes domestiques entre Occidentaux.

D’autant plus que lorsque des conflits armés les affectent eux, ils ne suscitent pas le même élan de solidarité…

Référence : LNG: European thirst for natural gas puts Bangladesh and Pakistan in the dark

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Guerre russo-ukrainienne et désindustrialisation de l’Europe

12 octobre 2022

Depuis des décennies, la mondialisation repose sur un réseau extrêmement complexe d’échanges internationaux régis par des contrats à long terme. Conclus au prix le plus bas, ces contrats assurent à la grande entreprise la stabilité de ses approvisionnements.

La Russie est un important exportateur d’hydrocarbures, de charbon, de blé, d’engrais chimiques, d’acier, d’aluminium, de palladium, de néon, etc.

En décidant, à la demande de Washington, de rompre brutalement leurs relations commerciales avec la Russie, les pays occidentaux ont provoqué la rupture de milliers de chaines d’approvisionnement.

Afin de maintenir leur production, les géants industriels ont dû se tourner vers le marché libre, où les prix sont substantiellement plus élevés. Voilà pourquoi cette remondialisation, opérée en catastrophe, s’avère extrêmement couteuse.


 
Cela se répercute sur les consommateurs par une accélération marquée de l’inflation. Une inflation qui devrait s’aggraver cet hiver.

Avec la destruction des gazoducs Nord Stream I et II, le divorce économique russo-européen est consommé.

Ne pouvant plus compter sur les hydrocarbures bon marché en provenance de Russie, le prix de l’énergie dans l’Union européenne sera plus élevé que dans la plupart des pays concurrents de l’Europe. Et ce, pour quelques années.

On peut donc anticiper que cette remondialisation s’accompagne d’une délocalisation industrielle.

En effet, les unes après les autres, les industries lourdes européennes — grandes consommatrices d’énergie — seront incitées à délocaliser leur production si elles veulent demeurer compétitives.

D’autre part, après deux ans de contraintes sanitaires, les peuples occidentaux ont la mèche courte.

Avant même que cette désindustrialisation soit amorcée, on assiste déjà à une augmentation de l’instabilité sociale en Europe en raison de l’inflation.

Au cours des années qui viennent, cette désindustrialisation accélérée provoquera la perte de millions d’emplois chez des travailleurs syndiqués, c’est-à-dire chez des gens dont la colère organisée peut facilement dégénérer.

Pour préserver la paix sociale, ces pays devront compter sur des gouvernements et des chefs d’État dont l’autorité morale aura été sapée par leur consentement au déclin économique de leur pays et de ce fait, leur trahison à l’intérêt national.

Références :
En Belgique, la colère sociale gronde face à l’explosion des factures énergétiques
La guerre russo-ukrainienne et la vassalisation de l’Europe
Le cout de la dé-Merkellisation de l’Allemagne
The Energy Shock — Germany Plans for a Winter Without Gas from Russia
Au Royaume-Uni, nouvel épisode des grèves de la colère face à l’inflation

Parus depuis :
Le Canada en voie de devenir une puissance de l’électrification automobile (2022-10-17)
Hauts-fourneaux à l’arrêt : « La flambée des prix de l’énergie n’est pas seule en cause » (2022-11-04)
Gaz, armes, céréales, Otan… Les Etats-Unis, grands gagnants de la guerre en Ukraine (2022-11-22)

Compléments de lecture :
L’engrenage ukrainien
L’épouvantail russe

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Guerre en Ukraine : la levée des blocus céréaliers ?

8 octobre 2022


 
Le blocus maritime russe contre l’Ukraine

Dans n’importe quelle guerre, les belligérants tentent de tarir le financement de l’armée ennemie et de nuire à son accès aux ressources dont elle a besoin pour fonctionner.

Il fallait donc s’attendre à ce que la Russie impose à l’Ukraine un blocus maritime en mer Noire de manière à l’empêcher d’écouler sa production agricole puisque les revenus qu’elle en tire servent, entre autres, à soutenir l’économie de guerre.

On estime que 12 % de toutes les calories alimentaires sur Terre — blé, orge, betterave sucrière, pommes de terre, soja, maïs, huile de tournesol, etc.— sont produites à partir des sols fertiles d’Ukraine et de Russie.

Dès le début du conflit, l’Onu a exprimé ses plus vives inquiétudes quant au risque d’effondrement du système alimentaire mondial.

Jusqu’à maintenant, la situation semblait être claire.

D’une part, l’Ukraine était prisonnière d’un blocus maritime russe en mer Noire (par laquelle elle exporte normalement ses denrées).

Par contre, la Russie était libre d’exporter sa propre production agricole en plus de la production ukrainienne confisquée dans les villes conquises puisque les sanctions occidentales évitaient expressément, disait-on, de s’appliquer au secteur agricole.

En somme, si on se retrouvait avec des famines dans le Tiers-Monde, ce serait la faute de la Russie. Cela explique peut-être pourquoi, dans les pays du Tiers-Monde, la majorité de la population est hostile à la rupture des liens économiques avec ce pays.

Le blocus maritime officieux contre la Russie

Fruit de la diplomatie turque, l’accord sur l’exportation des céréales ukrainiennes en mer Noire a été signé par les belligérants le 22 juillet dernier.

Cet accord prévoit que les navires marchands responsables du transport des céréales ukrainiennes seront inspectés à l’aller et au retour à Istanbul par un centre de coordination sur lequel toutes les parties impliquées sont représentées.

Si l’intérêt ukrainien pour cet accord est évident, on se demande pourquoi la Russie y a consenti.

C’est que contrairement à ce que répétait la propagande occidentale, le transport céréalier russe était l’objet d’un blocus économique clandestin.

Officiellement, le système SWIFT — qui facilite les flux financiers — permettait aux banques russes d’encaisser le paiement d’achats de céréales par des pays étrangers et de verser cet argent aux producteurs agricoles.

Toutefois, lorsqu’il s’agissait d’expédier les millions de tonnes de céréales achetées, la marine marchande internationale pouvait difficilement se faire payer. En fait, elle le pouvait, mais hors du système SWIFT.

De plus, par le biais des primes, les compagnies d’assurance occidentales rendaient le transport maritime des céréales russes tellement onéreux qu’il valait mieux que les pays du Tiers-Monde tentent de s’approvisionner ailleurs.

Selon le quotidien Le Monde, l’argument ultime qui a convaincu la Russie de signer est que les États-Unis auraient accepté de lever leur opposition à ce que des bateaux à gros tonnage soient fournis à la Russie pour faciliter l’exportation de ses céréales.

Références :
Democracy Perception Index 2022
L’accord sur les céréales ukrainiennes signé à Istanbul
Le chef de l’ONU met en garde contre « un ouragan de famines » dans le monde
Negative views of Russia mainly limited to western liberal democracies, poll shows
Ports de la mer Noire bloqués : Washington accuse Moscou d’utiliser la faim comme une arme
Quelle récolte pour les fermiers ukrainiens (vidéo)
Sanctions contre la Russie : les impairs d’Ursula von der Leyen

Compléments de lecture :
L’engrenage ukrainien
L’épouvantail russe

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Écrit par Jean-Pierre Martel


La contre-offensive ukrainienne, début de la fin de la guerre ?

15 septembre 2022

Introduction

La contre-offensive de l’armée ukrainienne déclenchée le 24 aout dernier dans le nord-est du pays l’a amené à reconquérir environ six-mille kilomètres carrés de territoire.

Certains analystes occidentaux y voient l’espoir d’une victoire complète de l’Ukraine contre la Russie. Qu’en est-il ?

La justification russe de cette guerre

Déclenchée par la Russie, la guerre en Ukraine a néanmoins été rendue inévitable par les États-Unis.

En incluant l’Ukraine dans leur objectif d’encerclement militaire de la Russie par l’Otan, les États-Unis menacent les intérêts géostratégiques essentiels de la Russie; celle-ci ne peut pas tolérer que des missiles nucléaires américains se retrouvent à 500 km de Moscou.

Pas plus que les États-Unis eux-mêmes ne pouvaient tolérer que la Russie installe des missiles pointés contre eux à Cuba en 1962, à 1500 km de Washington.

Autrefois, le plus grand nombre de missiles nucléaires américains hors des États-Unis étaient stationnés en Turquie.

En 2016, en déplaçant une partie de leur arsenal nucléaire de leur base turque d’Incirlik à leur base roumaine de Deveselu, les États-Unis ont réduit la distance de leurs ogives nucléaires de Moscou de 2 000 km à 1 488 km.

Dans les années qui suivraient une adhésion hypothétique de l’Ukraine à l’Otan, les États-Unis seraient en mesure de les rapprocher considérablement de Moscou, ce qui est totalement inacceptable pour n’importe quel dirigeant russe.

Les deux véritables ennemis

Dans les faits, la guerre russo-ukrainienne est une guerre américano-russe par Ukraine interposée.

Les États-Unis sont de loin le principal fournisseur d’armes sophistiquées à l’Ukraine. Et c’est par le biais de la fourniture de renseignements de géolocalisation que les États-Unis permettent à l’armée ukrainienne d’obtenir ses plus grands succès militaires.

Les États-Unis ont livré à l’Ukraine des missiles autopropulsés d’une remarquable précision. Mais pour chaque tir, on doit programmer la géolocalisation des cibles à atteindre. Ces coordonnées sont fournies à l’armée ukrainienne par les États-Unis.

Les satellites-espions américains surveillent le déplacement des camions de ravitaillement de l’armée russe. Leurs va-et-vient permettent de découvrir où se trouvent les entrepôts de matériel militaire russe.

Une fois en possession de cette information, il ne reste plus à l’armée ukrainienne qu’à communiquer à une équipe de fantassins la position exacte de ce dépôt pour que ceux-ci programment le logiciel du lance-roquette qui transfert l’information au système de guidage du missile immédiatement avant sa mise à feu.

À partir du succès de la contre-offensive ukrainienne, prédire une victoire totale de l’Ukraine contre la Russie, c’est oublier le deuxième objectif poursuivi par les États-Unis.

Affaiblir l’armée russe

La Russie ne constitue pas la pire menace à l’hégémonie mondiale des États-Unis. À environ 1 500 milliards$, le PIB russe est le septième de celui des États-Unis.

Par contre, la puissance économique de la Chine est environ les trois quarts de la puissance américaine.

Les États-Unis voient dans la perspective où la Chine deviendrait la première puissance mondiale, une menace fondamentale.

Depuis l’invention de la machine à vapeur, la suprématie du monde (telle que perçue par l’Occident) appartient à des peuples anglo-saxons.

Lorsqu’on passe d’une production industrielle basée sur charbon à celle basée sur le pétrole, le flambeau de la suprématie occidentale passe du Royaume-Uni aux États-Unis.

Dès lors que l’accès aux ressources énergétiques (fossiles, solaire et éolienne) cesse d’être le facteur limitant de la croissance industrielle et est remplacé par l’accès à des ressources minières contrôlées par la Chine — notamment les terres rares sur lesquelles repose la haute technologie — l’émergence de ce pays représente un saut vers l’inconnu pour les peuples qui contrôlaient depuis des siècles l’ordre mondial.

Ce qui explique que les pays à majorité anglo-saxonne — les États-Unis, le Royaume-Uni, le Canada, l’Australie et la Nouvelle-Zélande — ont mis sur pied le plus vaste réseau d’espionnage au monde. Et ils ont créé une intégration militaire en vase clos qui exclut toute participation étrangère, comme en témoigne l’annulation du contrat d’approvisionnement des sous-marins australiens auprès de la France.

Ces pays se sont construits soit sur l’épuration ethnique des peuples autochtones qui habitaient leur territoire ou, dans le cas de l’Angleterre sur des guerres séculaires contre les Celtes d’Écosse et deux tentatives d’extermination contre les Celtes d’Irlande.

Bref, ce sont des peuples hyper-racistes aux yeux desquels la perspective d’une suprématie mondiale chinoise est totalement inacceptable.

Voilà pourquoi l’idée d’une guerre ‘préventive’ contre la Chine percole depuis des années dans les milieux militaires américains et les groupes de réflexion qui les alimentent d’idées.

En vue d’une telle guerre pour l’instant hypothétique, le conflit russo-ukrainien est une occasion de saper l’économie d’un allié éventuel de la Chine et de forcer l’Europe à couper dès maintenant ses liens économiques avec la Russie, ce qui rendra le Vieux Continent plus apte à participer à une Troisième Guerre mondiale sous commandement américain.

Mais pour saper l’économie russe, les États-Unis ont besoin d’une guerre prolongée en Ukraine. Plus elle sera longue, plus la Russie en sortira affaiblie.

Il est donc hors de question que l’Ukraine poursuive une reconquête rapide de son territoire.

Le jeu de bascule américain

Avant l’attaque japonaise de Pearl Harbor en 1941, les États-Unis vendaient des armes à la fois aux Alliés et à l’Allemagne nazie (qui recueillait la sympathie de la Droite américaine).

Il en fut de même lors de la guerre Iran-Irak qui se déroula de 1980 à 1988. Au cours de ce conflit, les États-Unis ont été un fournisseur secondaire d’armement.

Il faut toutefois souligner qu’à cette occasion, la livraison des armes américaines alternait d’un belligérant à l’autre, de manière à toujours soutenir celui qui semblait en train de perdre, et à changer de camp quand la situation s’inversait.

En étirant cette guerre, celle-ci dura huit ans et fit entre 680 000 et 1,2 million de morts.

Dans nos médias, on a fait peu de cas de cette guerre, puisque du point de vue occidental, plus les Musulmans s’entretuent, moins il en reste…

Il ne serait pas donc étonnant que le rythme des livraisons d’armement américain à l’Ukraine ralentisse afin de prolonger cette guerre puisque toute paix entre les belligérants marquerait la fin de l’hémorragie voulue des stocks militaires russes.

Conclusion

En 1945, en décidant de larguer deux bombes nucléaires sur la population civile d’Hiroshima et de Nagasaki, les États-Unis savaient sciemment qu’ils commettaient le plus grave ‘crime de guerre’ de l’histoire de l’Humanité.

Cette décision était rendue nécessaire pour faire réaliser au commandement militaire japonais que leur empereur n’était pas un demi-dieu et qu’il devait capituler.

La Russie croit à la nécessité existentielle d’empêcher l’Ukraine d’adhérer à l’Otan. Autant que les soldats ukrainiens ont été convaincus — par les déclarations stupides de Poutine lui-même — que toute victoire russe marquerait la disparition de leur pays.

Si la Russie ne peut gagner cette guerre par des moyens conventionnels, elle n’hésitera pas à prendre, en désespoir de cause, les mêmes moyens que ceux auxquels les États-Unis ont eu recours en 1945.

Fragilisé par les séquelles de la crise sanitaire (qui a fait un million de morts aux États-Unis) et par les pénuries d’approvisionnement liées à la remondialisation rendue nécessaire par les sanctions économiques contre la Russie, l’Occident n’est pas prêt à soutenir dès maintenant un effort de guerre.

D’autant plus que l’affaiblissement des démocraties libérales par le néolibéralisme les a rendues vulnérables à l’insurrection armée de leur propre population.

Voilà pourquoi les États-Unis devront laisser à la Russie la foi en son succès par des moyens conventionnels.

D’autre part, le succès militaire des soldats ukrainiens dépend évidemment de leur courage, mais surtout de l’équipement que les États-Unis leur fournissent.

Véritables maitres du jeu de bascule, les États-Unis n’ont pas d’autres choix que de maintenir l’espoir russe, tout en différant le plus possible une victoire décisive de la Russie.

Références :
Bombardements atomiques d’Hiroshima et de Nagasaki
Crise des missiles de Cuba
Guerre Iran-Irak
L’engrenage ukrainien
Les conséquences géostratégiques du basculement vers les énergies vertes
L’Ukraine contre-attaque… jusqu’où ?
Résumé de géopolitique mondiale (1re partie)
Satellites-espions et guerre de précision

Parus depuis :
Menace nucléaire russe : « Ce n’est pas du bluff », dit Vladimir Poutine (2022-09-21)
US Ammunition Supplies Dwindle as Ukraine War Drains Stockpiles (2022-10-09)

Complément de lecture : L’épouvantail russe

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Les baisses d’impôts, l’inflation et la guerre

30 août 2022

Au début de la pandémie au Covid-19, Ottawa et Washington ont soutenu financièrement les ménages afin de compenser les pertes de revenus qu’ils subissaient lors du confinement obligatoire.

De nos jours, il est fréquent d’entendre les milieux conservateurs accuser ces mesures d’avoir causé de l’inflation.

Ce qu’ils veulent dire par là, c’est que ces mesures ont été trop efficaces à stimuler l’économie. Au point d’avoir créé un déséquilibre entre l’offre (devenue insuffisante) et cette forte demande des consommateurs. Ce qui a incité des fabricants à hausser leurs prix, causant ainsi de l’inflation.

Multicausale, l’inflation a connu plusieurs vagues.

La première est apparue lors de la reprise économique consécutive à la levée des mesures sanitaires. La brutale augmentation de la demande qui en a résulté a provoqué la rupture des chaines d’approvisionnement avec l’Asie et l’engorgement des ports américains qui donnent sur l’océan Pacifique.

À cette inflation d’environ 3 %, s’est ajouté depuis l’effet des sanctions occidentales contre la Russie.


 
La Russie étant un important fournisseur d’hydrocarbures et de matières premières, les pays qui ont provoqué la rupture de leurs relations commerciales avec elle ont dû, en catastrophe, essayer de s’approvisionner ailleurs.

Ne disposant pas de contrats à long terme, ils ont été forcés de payer le gros prix pour trouver des produits de substitution. C’est la cause de la deuxième vague inflationniste, beaucoup plus importante que la première.

Malheureusement, tous les experts s’entendent pour dire que l’inflation actuelle n’est qu’un aperçu de ce qui nous attend l’hiver prochain si la guerre russo-ukrainienne n’est pas terminée.

Les sanctions économiques contre la Russie s’étant avérées inefficaces, les généraux à la retraite et les va-t-en-guerre anglo-saxons qui se succèdent aux chaines de nouvelles en continu plaident en faveur d’une récession économique.

À leur avis, celle-ci entrainerait une diminution de la consommation mondiale des hydrocarbures, d’où une chute des revenus d’exportation de la Russie et une diminution du financement de sa guerre en Ukraine.

L’augmentation rapide des taux d’intérêt vise donc deux objectifs. Un objectif officiel qui est de réduire l’inflation. Et un objectif inavoué, soit de provoquer volontairement une récession économique.

D’autre part, en ce début de campagne électorale, nous assistons à la surenchère des promesses de réduction de taxes et d’impôts. Ces mesures ont pour but d’aider les ménages à faire face à l’augmentation des prix.

Ici et ailleurs, les politiciens promettent des remises d’impôt et des allocations pour faire face à l’inflation. Quand ce n’est pas carrément la promesse d’une diminution des taxes sur l’essence.

Plutôt que de laisser les peuples occidentaux assumer les conséquences des sanctions économiques décidées par leurs gouvernements, on adoptera des mesures de mitigation qui rendront nécessaires des hausses encore plus importantes des taux d’intérêt.

Comme un pompier qui tente d’éteindre un feu en l’aspergeant de combustible, on compte combattre l’inflation par des mesures inflationnistes.

En dépit du fait que leur filet de protection sociale est en lambeaux, nos gouvernements ajoutent la lutte à l’augmentation du prix de l’essence parmi leurs mesures sociales, au même titre que l’assurance maladie, l’éducation gratuite ou les garderies. Comme si c’était le rôle de l’État de protéger le marché de l’automobile.

En réalité, plus on combattra l’inflation par des mesures inflationnistes, plus les banques centrales augmenteront leurs taux d’intérêt afin de provoquer la récession mondiale qu’elles estiment nécessaire.

Bref, on n’est pas sorti du bois…

Références :
German inflation hits 40-year high as calls mount for bigger ECB rate rises
La CAQ et les libéraux promettent des baisses d’impôt
Putin to blame for UK’s high energy bills, says Johnson on surprise visit to Kyiv
Quand Macron exhorte les Français à accepter de payer «le prix de la liberté» pour l’Ukraine

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Écrit par Jean-Pierre Martel


L’inflation européenne en juillet 2022

20 août 2022


 
Devant acheter à prix fort sur les marchés internationaux l’énergie dont elles ont besoin, les trois républiques baltes connaissent un taux d’inflation record.

Celui qui a cours au Royaume-Uni est le plus élevé depuis février 1982.

Au sein de la Zone euro, la France est le pays où l’inflation est la moindre. Toutefois, le cout de l’énergie pourrait y augmenter d’ici peu puisque la sècheresse actuelle a fait dangereusement baisser le niveau des cours d’eau qui normalement refroidissent ses réacteurs nucléaires.

Référence : ‘I am not blaming anyone’: Estonians shrug off 23% inflation

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Écrit par Jean-Pierre Martel


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