Le 325e anniversaire du traité de la Grande Paix de Montréal

Publié le 4 août 2026 | Temps de lecture : 3 minutes

Un évènement historique majeur

À l’issue d’une décennie de négociations, c’est le 4 aout 1701 que fut signé à Montréal un accord de paix conclu entre les autorités coloniales françaises et les représentants de 39 peuples autochtones d’Amérique du Nord.

Pour l’occasion, 1 300 délégués étaient venus à Montréal d’aussi loin que l’Acadie, les Grands Lacs et la vallée du Mississippi.

Grâce à ce traité, les peuples autochtones furent nos alliés militaires et nos partenaires d’affaires jusqu’à la conquête anglaise.

C’est en cela que la colonisation française en Amérique du Nord se distingue de toutes les autres entreprises coloniales à travers le monde.

Lorsque le Québec sera indépendant, il serait souhaitable que le 4 aout soit un jour férié, compensant pour la disparition du 1er juillet de la liste des jours fériés au Québec.

Renommer la rue Sherbrooke

Il y a moins de deux semaines, j’ai fait parvenir à la mairesse de Montréal la suggestion suivante :

Le 4 aout prochain marquera le 325e anniversaire de la signature du traité de la Grande Paix de Montréal.

Qu’a prévu la ville de Montréal pour célébrer cet événement majeur de l’histoire du Québec ?

Si, comme je le présume, on n’a pas prévu grand-chose, puis-je suggérer de masquer cette négligence par une annonce majeure; le changement de nom de la rue Sherbrooke pour celui de ‘rue de la Grande-Paix’ (…de Montréal étant sous-entendu).

Un tel changement sera controversé. Voilà pourquoi je suggère de procéder ‘à la parisienne’, c’est-à-dire en faisant en sorte que la rue Sherbrooke porte, pour cinq ans, le nom ‘rue Sherbrooke – rue de la Grande-Paix’ (où l’une ou l’autre dénomination sera acceptable). À l’issue de cette période, le nom deviendra ‘rue de la Grande-Paix – rue Sherbrooke’ pour une autre période de cinq ans.

À l’issue de quoi (c’est-à-dire dans dix ans), le nom sera ‘rue de la Grande-Paix’. Ce qui laissera amplement de temps aux commerces et entreprises de s’adapter à ce changement.

Réponse de la mairie de Montréal

Au nom de la mairesse de Montréal, Mme Nadia Bastien m’a fait parvenir la réponse suivante :

Conclusion

Contrairement au gouvernement de la CAQ et du fédéral, la ville, à juste titre, a organisé plusieurs évènements pour célébrer ce 325e anniversaire. Nous devons l’en féliciter.

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le Grand Séminaire de Montréal

Publié le 1 août 2026 | Temps de lecture : 2 minutes





 
C’est en 1680 que le Sulpicien François Vachon de Belmont fit construire le fort de la Montagne. Fermé en 1705, il fut démoli en 1854 à l’exception de ses deux tours sud.

Ce fort protégeait les Sulpiciens des attaques iroquoises.

C’est dans sa tour ouest (aujourd’hui disparue) que Marguerite Bourgeois avait aménagé l’école qui servait à l’évangélisation volontaire des Autochtones.

En 1840, soit quatorze ans avant la démolition presque totale du fort, on construisit à l’arrière le Grand Séminaire de Montréal.

Les deux tours qui subsistent (les tours sud) comptent parmi les plus anciens ouvrages à subsister sur l’ile de Montréal. Elles sont même antérieures au Vieux séminaire de Saint-Sulpice, situé dans le Vieux-Montréal, construit à partir de 1684.

Jusqu’en 2020, le Grand Séminaire de Montréal fut le lieu de la formation sacerdotale du diocèse de Montréal.

De nos jours, son aile occidentale abrite l’académie Centennial alors que le reste de l’édifice loge le Collège de Montréal.

À l’arrière, un trouve un bassin charmant où les canards viennent barboter.

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le fleuve aux mille sources
par Marc-Olivier Caffier, romancier et philosophe

Publié le 18 juillet 2026 | Temps de lecture : 3 minutes

La France n’est pas née d’un seul peuple, d’une seule langue, ni d’un seul visage; elle est un fleuve patient alimenté par d’innombrables ruisseaux.

Bien avant qu’un royaume ne dessine ses frontières, les tribus gauloises formaient déjà une mosaïque de peuples. Les Arvernes, Éduens, Parisii, Vénètes, Séquanes… Chacune portait ses coutumes, ses croyances, son génie propre.

Leur unité ne résidait pas dans l’uniformité, mais dans leur capacité à cohabiter malgré leurs différences.

Puis vinrent les Romains, apportant le droit, les routes et les villes. Les Francs offrirent leur nom au pays. Les Visigoths, les Burgondes, les Bretons, les Normands, les Flamands, les Italiens, les Espagnols, les Polonais, les Arméniens, les Portugais, les Magrébins, les Africains, les Asiatiques. Chacun ajouta une pierre à cette cathédrale invisible que l’on appelle aujourd’hui la France.

Nous oublions parfois que la richesse ne nait jamais de la répétition; une forêt où ne pousserait qu’une seule essence deviendrait fragile face aux maladies et aux tempêtes.

La biodiversité est la condition de la résilience du vivant. Il en va de même des civilisations. Une culture qui cesse de rencontrer l’autre se dessèche peu à peu, prisonnière de ses certitudes. À l’inverse, la rencontre oblige à penser autrement. Elle crée, invente, transforme.

L’identité française n’est donc pas un bloc de pierre gravé une fois pour toutes. Elle ressemble davantage à une tapisserie dont chaque génération tisse un nouveau fil sans effacer les précédents.

Les fils celtes demeurent visibles sous ceux de Rome. Ceux du Moyen Âge dialoguent avec ceux des Lumières. Ceux des migrations contemporaines prolongent une histoire qui, depuis plus de deux-mille ans, ne cesse de s’écrire.

Confondre identité et immobilité est sans doute l’une des grandes illusions de notre époque.

Ce qui demeure n’est pas la matière, mais la forme; non les visages mais les valeurs qui permettent à des visages différents de bâtir un destin commun.

Une nation ne s’affaiblit pas parce qu’elle accueille; elle s’affaiblit lorsqu’elle renonce à transmettre ce qui la rassemble : la langue, le droit, la liberté, la fraternité, la laïcité, la volonté de faire société.

La véritable menace n’est donc pas dans la diversité; elle est dans la fragmentation lorsque chacun cesse de reconnaitre l’autre comme un compagnon de route.

La diversité est une promesse. La division est un renoncement.

Depuis les tribus gauloises jusqu’à la République, la France avance comme un fleuve qui ne cesse de recevoir de nouvelles eaux sans perdre son nom. Et précisément parce qu’il accueille tant de sources qu’il demeure un fleuve vivant.

Car la plus grande richesse d’une civilisation n’est jamais la pureté de ses origines, mais la fécondité de ses rencontres.

Complément de lecture : La convergence culturelle : communion et symbiose

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Écrit par Jean-Pierre Martel


La statue de Champlain à Orillia

Publié le 15 juillet 2026 | Temps de lecture : 6 minutes

Histoire et description

Le premier juillet 1925, dans la ville ontarienne d’Orillia, les célébrations du Jour de la Confédération furent toutes spéciales.

Dans cette ville située au cœur de ce qui a été la Huronie (avant sa destruction par les Iroquois entre 1646 et 1653), on inaugurait ce jour-là un monument en honneur de Samuel de Champlain.

Commandé par le gouvernement canadien et réalisé par le sculpteur britannique Vernon March, le monument comprenait à son sommet une statue de Samuel de Champlain.

Plus bas, de chaque côté, on trouvait deux groupes.

À droite, l’un montrait un missionnaire récollet dans une pause aussi théâtrale que dominatrice à l’égard de deux Autochtones à ses pieds.

Le deuxième groupe représentait un coureur des bois évaluant les fourrures que deux autres Autochtones, assis eux aussi, lui apportent.

Au centre du piédestal, une plaque de bronze portait un texte anglais dont la traduction est la suivante :

« Ce monument est érigé pour commémorer l’arrivée en Ontario de la race blanche sous la direction de Samuel de Champlain.

L’intrépide explorateur et colonisateur français, accompagné de ses hommes, arriva dans nos contrées durant l’été de 1615 et passa l’hiver suivant auprès des Indiens, établissant ses quartiers au village huron situé près d’ici.

Ce monument est un symbole de la bonne volonté entre les peuples francophones et anglophones du Canada.»

La controverse

En 2017, la statue de Champlain a été déboulonnée en raison de l’érosion de son socle. Cette année-là, Ghislain Picard, chef de l’Assemblée des Premières nations du Québec et du Labrador s’était rendu à Orillia. À cette occasion, il avait exprimé le souhait qu’on remette en place la statue de Champlain sans la plaque et les sculptures secondaires qui l’accompagnaient.

De nos jours, lorsqu’on lit les commentaires des citoyens d’Orillia aux articles publiés dans le média local de la ville, il ne semble pas que la population de cette ville soit hostile à Samuel de Champlain.

De manière générale, les gens sont partagés entre ceux qui se désolent que la ville se prive d’un œuvre d’art et ceux qui, excédés par le vandalisme dont elle est la cible, préfèrent qu’on la vende plutôt que de débourser les 250 000$ que sa restauration couterait.

Bref, on aurait tort de penser que le vandalisme de la statue de Champlain à Orillia ressemble de près ou de loin à une hostilité généralisée envers le Québec.

Mais elle suscite la violente opposition d’une poignée de militants wokes pour qui la statue de Champlain est offensante parce que le fondateur de la ville de Québec est, à leurs yeux, une ‘figure coloniale’.

En effet, Champlain est une figure coloniale comme le sont tous les personnages célèbres de Nouvelle-France. C’est ainsi qu’une bonne partie des femmes auxquelles on rend hommage à la Place des Montréalaises sont des figures coloniales.

Quand le wokisme est l’allié d’Ottawa

Au début des années 2010, un mouvement anticolonial et antiraciste a déferlé dans les facultés de sciences sociales des campus américains. Ce mouvement fut ultérieurement appelé ‘mouvement woke’.

À juste titre, ce mouvement considère que l’histoire des États-Unis se résume à la dépossession violente du territoire étatsunien peuplé originellement par les Autochtones, et la tentative de les exterminer par la famine, la guerre ou par des épidémies volontairement provoquées.

C’est grâce aux politiques d’ÉDI (Équité, diversité et inclusion), jugées réparatrices aux yeux du mouvement woke, que Washington et Ottawa en ont fait un allié.

Le peuple américain ayant tendance à juger le monde à partir d’eux-mêmes, on en vint à considérer que tous les colonialismes à travers le monde sont comme celui duquel les États-Unis sont nés.

Mais il y a une exception; c’est le colonialisme français en Amérique du Nord.

Contrairement à l’Angleterre (qui cherchait à peupler cette partie du monde), la France cherchait plutôt à y développer le commerce des fourrures.

Ce qui impliquait que Paris envoie au Canada des commis-voyageurs — appelés ‘coureurs des bois’ — partis à la rencontre des peuples autochtones afin de développer des amitiés et d’y tisser des liens d’affaires dans le but de les inciter à ‘récolter’ des fourrures pour le compte, au final, de compagnies exportatrices françaises

À l’exception de quelques accidents maladroits dans les relations entre la France et la presque totalité des peuples autochtones d’Amérique du Nord, ces derniers étaient des alliés militaires et des partenaires d’affaires.

C’est ce que le wokisme canadien s’entête à ne pas voir, un entêtement encouragé par Ottawa.

Lorsqu’Ottawa prétend que le Canada est en 1867 alors que la naissance du Canada (en tant qu’entité politique) remonte à la Renaissance, il insinue que tout ce qui s’est passé avant 1867 est de moindre importance.

De plus, il masque le fait que les descendants de colons français ont plus de légitimité que d’autres à occuper ce territoire parce que nos ancêtres sont arrivés dans cette partie du monde des siècles plus tôt. Tout comme la légitimité des peuples autochtones est indiscutable.

D’autre part, tout colonialisme visant à l’extinction d’un peuple s’accompagne d’une propagande destinée à convaincre ce peuple qu’il ne mérite pas d’exister, soit physiquement soit culturellement.

Quand le ministre fédéral Marc Miller se déclare favorable à ce que la statue de Champlain retrouve sa place à Orillia, il prend bien soin de ne pas expliquer pourquoi. Parce qu’il devrait alors s’attaquer aux préjugés wokes qui sont à la base de la contestation dont cette statue est l’objet.

L’extinction du peuple francoQuébécois par le biais, entre autres d’une immigration massive, s’accompagne d’une propagande qui vise à inculquer la honte de ce que nous sommes.

Une honte à l’œuvre auprès des jeunes francophones qui fréquentent les cégeps et universités anglophones du Québec où sévit le wokisme canadien et conséquemment, le mépris à l’égard de nos ancêtres, accusés de partager les torts du colonialisme génocidaire anglo-saxon. Ce qui est faux.

Faire disparaitre de l’espace public les hommages mérités qui sont rendus aux grands bâtisseurs de notre nation, c’est condamner à l’oubli la grandeur de notre histoire.

Références :
La statue controversée de Samuel de Champlain à Orillia: avec une seule photo, l’histoire se moque d’elle-même
Le ministre Miller souhaite la réinstallation de la statue de Champlain à Orillia
Massacre des Hurons
Sauver ou cacher Samuel de Champlain?
Suitors line up with offers for Orillia’s Champlain Monument

Compléments de lecture :
Gabriel Sagard en Huronie
Les Sauvages

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le parc Beaubien d’Outremont

Publié le 29 juin 2026 | Temps de lecture : 2 minutes





 
Le parc Beaubien doit son nom au docteur Pierre Beaubien (1796-1881). Celui-ci est le premier Québécois à être diplômé de la faculté de médecine de Paris.

En 1849, il cofonde l’École de médecine et de chirurgie de Montréal afin de permettre aux Montréalais francophones d’apprendre la médecine sans avoir à le faire en anglais à McGill.

Il participe également à la fondation de la Banque du Peuple afin que les entrepreneurs francophones puissent obtenir du financement. Ce que ne permettait pas, à l’époque, la Banque de Montréal, dominée par l’élite financière anglophone de Montréal.

Médecin de la famille de Louis-Joseph Papineau, il fera partie de la quinzaine de patriotes armés qui, le 6 novembre 1837, défendront la maison de ce dernier (située dans le Vieux-Montréal), attaquée par les terroristes anglo-montréalais du Doric Club (un groupe paramilitaire loyaliste tolérée par le régime colonial britannique).

C’est une partie de son immense territoire agricole au nord du mont Royal qui servira à créer le cimetière Notre-Dame-des-Neiges.

Une autre partie de ce territoire sera donnée à la municipalité d’Outremont par son petit-fils afin que soit créé le parc Beaubien.

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Promutuel et le grand manège du Canada

Publié le 12 mai 2026 | Temps de lecture : 2 minutes

Ces jours-ci, l’assureur Promutuel fait diffuser une réclame que probablement tout le monde a vue au Québec. Nous la publions sur ce blogue au bénéfice de nos lecteurs qui demeurent à l’Étranger.

Pendant que nous y sommes, voici quelques mots au sujet de cette compagnie.

À Huntington, en Montérégie, un groupe d’agriculteurs et de notables fondèrent en 1852 une mutuelle d’assurance contre le feu. Parmi ses fondateurs, on comptait le notaire Louis Hainault et le docteur Luc-Hyacinthe Masson qui, tous deux, avaient été impliqués quinze ans plus tôt dans la rébellion des Patriotes de 1837-1838.

Le premier avait été relâché après son arrestation en raison du rôle mineur qu’il avait joué dans les évènements. Alors que le second avait d’abord été exilé aux Bermudes (par ordre de lord Durham) pour finalement revenir au Québec en 1842 et ouvrir un magasin général à Saint-Anicet.

La rubrique de Wikipédia consacrée à Promutuel Assurances précise le rôle majeur du Dr Masson dans la mise sur pied de cet assureur.

Tout comme le mouvement des Patriotes, le Conseil d’administration de l’entreprise réunissait à l’origine des Francophones et des Anglophones dans le but, sans doute, de combattre le monopole des compagnies d’assurances britanniques au Bas-Canada (c’est-à-dire au Québec).

Au cours de ses 174 ans d’activités, l’entreprise a étendu sa protection contre l’ensemble des dommages matériels. Si bien que Promutuel emploie aujourd’hui 2 200 personnes et possède un chiffre d’affaires dépassant le milliard de dollars.

La publicité de Promutuel montre des personnes entrainées contre leur gré dans un manège, comme l’étaient sans doute les Patriotes dans le grand tourbillon de l’Histoire.

Références :
Le Dr Luc-Hyacinthe Masson (1811-1880)
Promutuel Assurance

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le plan de Turgot

Publié le 4 mai 2026 | Temps de lecture : 1 minute

Louis Bretez — professeur de perspective à l’Académie royale de peinture et de sculpture — réalisa le plan de Turgot entre 1734 et 1739. Cette gravure doit son nom à Michel-Étienne Turgot, prévôt des marchands, qui lui en avait fait la commande.

Ce plan à vol d’oiseau représente Paris à l’échelle approximative de 1/400, ce qui entraîne une taille de 2,49 m × 3,18 m.

Pour télécharger ce plan ou en acheter une copie, on cliquera sur ceci

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Il y a vingt ans, le référendum français du 29 mai 2005

Publié le 29 mai 2025 | Temps de lecture : 4 minutes


 
Le peuple français fut appelé trois fois, par voie de référendum, à se prononcer au sujet de l’élargissement ou de la constitution de l’Union européenne.

En 1972, il approuvait l’adhésion de quatre nouveaux pays membres (dont la Grande-Bretagne) à la Communauté économique européenne (CEE).

Puis, en 1992, il approuve, également par voie de référendum, le traité de Maastricht. Celui-ci transformait la CEE, de simple union économique, en un rudiment de gouvernement supranational.

Le 25 mai 2005, le peuple français est invité par le gouvernement de Jacques Chirac à se prononcer en faveur du Traité de Rome-II.

Faisant office de constitution, ce traité élargissait considérablement les pouvoirs du parlement européen en érigeant l’Union européenne au rang d’État souverain dont le droit a préséance sur celui des pays membres, une primauté qui s’étend même sur leurs propres constitutions.

À la surprise des élites politiques et économiques du pays, le référendum fut battu par 54,7 % des voix exprimées. Et ce, avec un taux de participation plus élevé qu’au cours de la moyenne des scrutins français.

Ce rejet, suivi trois jours plus tard par celui des Pays-Bas, sonna le glas du Traité de Rome-II.

En conséquence, le parlement européen continua d’être régi par le Traité de Nice, entré en vigueur deux ans plus tôt.

Le 16 mai 2007, Nicolas Sarkosy succède à Jacques Chirac à la tête de la France.

Alors que la construction d’une Europe fédérale suscitait l’opposition d’une partie des peuples européens, elle recueillait au contraire un large consensus au sein de leurs dirigeants politiques. Ces derniers y voyaient un moyen pour l’Europe de faire contrepoids à l’influence hégémonique de Washington et de Pékin.

Pour pallier le refus des Français, Nicolas Sarkosy participe à une conférence intergouvernementale européenne au cours du second trimestre de 2007 dans le but d’élaborer un nouveau traité, celui de Lisbonne.

Au lieu d’instaurer une nouvelle constitution (comme le faisait le Traité de Rome-II), le Traité de Lisbonne n’était qu’une série d’amendements destinés, officiellement, à améliorer le Traité de Nice.

En réalité, le Traité de Lisbonne reprenait tous les éléments du défunt Traité de Rome-II et les ajoutait, un à un, aux traités antérieurs sous forme d’amendements. En somme, le Traité de Nice ‘amélioré’ devenait le Traité de Rome-II rédigé autrement.

Prétextant que le Traité de Lisbonne n’était pas formellement un projet de constitution européenne, Nicolas Sarkosy refusa de consulter le peuple français à son sujet.

Une révision de la Constitution française, effectuée le 4 février 2008, permit aux élus français de ratifier le Traité de Lisbonne le 8 février 2008 sans passer par un référendum.

Sous l’ancien régime, la souveraineté de la France appartenait à son monarque. Celui-ci était le détenteur exclusif des pouvoirs régaliens. Mais, depuis la Révolution française, la souveraineté de la France appartient à son peuple, qui mandate ses élus à l’exercer en son nom.

Voilà ce que le peuple français a acquis par le biais d’une révolution.

La classe politique française ne peut donc pas se donner la compétence constitutionnelle de céder à une entité supranationale les pouvoirs souverains du peuple sans son consentement.

En résumé, la transformation de l’Union européenne en institution résolument supranationale n’a été possible que grâce à la forfaiture de la classe politique française en 2008.

Références :
Référendum français sur le traité établissant une Constitution pour l’Europe
Référendum de 2005 : comment l’élite a définitivement trahi le peuple ! (vidéo)
Traité de Lisbonne
Traité de Nice

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Quand l’histoire du Québec débute-t-elle ?

Publié le 14 mai 2024 | Temps de lecture : 3 minutes

Par définition, l’histoire de l’Humanité débute avec l’invention de l’écriture. Avant, on parle de préhistoire.

Pourtant, peut-on imaginer une histoire de la France qui débuterait avec la conquête romaine des Gaules sous le prétexte que les Romains ont laissé des écrits alors que les Gaulois, illettrés, n’ont laissé aucun document antérieur à cette conquête ?

Pour pallier cette lacune, on a créé le concept (controversé) de ‘protohistoire’. Celle-ci se situe entre la préhistoire et l’histoire. Elle couvre l’histoire des peuples illettrés telle que racontée à la même époque par des peuples dotés d’une écriture.

Dans sa rubrique consacrée à l’histoire de France, Wikipédia la divise en quatre époques :
• la préhistoire,
• la protohistoire et l’antiquité,
• du Moyen-Âge à la Révolution, et
• depuis la Révolution.

De la même manière, l’histoire du Québec (au sens général du terme) comprend évidemment l’histoire de nos peuples autochtones. Mais l’histoire proprement dite débute avec la colonisation française au Québec, c’est-à-dire avec l’arrivée chez nous de Samuel de Champlain.

Dernièrement, le premier ministre du Québec annonçait l’intention de son gouvernement de créer un musée national consacré à l’histoire proprement dite du Québec.

Cette décision a aussitôt suscité la controverse. On reproche à ce projet d’ignorer notre préhistoire, celle des peuples autochtones qui occupaient ce territoire depuis des siècles, voire depuis plus d’un millénaire.

Toutefois, selon le dicton, qui trop embrasse mal étreint. En d’autres mots, le premier ministre a sans doute raison de limiter dès le départ l’ambition de ce nouveau musée, quitte à en élargir la portée lorsqu’il atteindra sa maturité.

Ceci étant dit, il serait peut-être avantageux que ce musée présente également notre protohistoire, c’est-à-dire l’époque des voyages infructueux de Jacques Cartier.

En comparant Cartier à Champlain, cela permettrait d’expliquer l’échec du premier (qui s’est mis tous les peuples autochtones à dos), et de comprendre pourquoi le doigté et la diplomatie du second ont rendu possible une présence française en Amérique, une présence qui s’est poursuivie jusqu’à maintenant, en dépit des difficultés qu’elle a rencontrées.

À une époque où le militantisme idéologique de certains tend à gommer les différences fondamentales entre la colonisation française en Amérique et les autres, notre passé (unique dans l’histoire de l’Humanité) mérite d’être présenté.

Or, pour éviter l’appropriation culturelle — si condamnable aux yeux du mouvement woke — cette histoire ne peut être racontée que par nous, quitte à laisser aux peuples autochtones le soin de raconter la leur (aidés par le financement de l’État).

Compléments de lecture :
Colonisation et esclavage en Nouvelle-France
Gabriel Sagard en Huronie
L’époque troublée du premier Irlandais au Canada
Les Sauvages
L’histoire de la Fleur de Lys

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Écrit par Jean-Pierre Martel


1653, l’année où Jeanne Mance sauva le Canada

Publié le 8 mars 2024 | Temps de lecture : 5 minutes


Avant-propos : Depuis quelques années, pour célébrer la Journée internationale des femmes (le 8 mars), ce blogue inverse ce jour-là la règle grammaticale selon laquelle le genre masculin l’emporte sur le genre féminin.

Mais comme dans le texte qui suit, il n’y a pas grand-chose à inverser, on retiendra l’à-propos de célébrer aujourd’hui la mémoire d’une géante de notre histoire.

À juste titre, Jeanne Mance est considérée comme co-fondatrice de Montréal, une ville où elle a œuvré et où elle est décédée en 1673.

Née en 1606, Jeanne Mance est issue de la bourgeoisie de robe; son père était procureur du roi à Langres (en Champagne). Il avait épousé la fille d’un confrère.

À l’époque, la population de la France était environ le double de la population actuelle du Québec. Si bien que dans le petit monde de la noblesse et la haute bourgeoisie, tout le monde connaissait à peu près tout le monde.

N’ayant peu d’inclinaison pour la vie religieuse ni pour le mariage, Jeanne Mance avait choisi de se consacrer aux soins des malades. Pour ce faire, elle s’occupait d’œuvres charitables.

Or sa famille dévote comptait plusieurs ecclésiastiques qui avaient séjourné en Nouvelle-France. Si bien qu’à leur retour, ils racontaient leur pénible traversée, les immenses paysages sauvages qu’ils ont vus, et les peuples étranges qu’ils ont rencontrés et qu’on appelait les ‘Sauvages’ (ce qui, à l’époque, qualifie les gens qui vivent dans les forêts).

Alors que l’élan missionnaire s’empare du milieu catholique français, Jeanne Mance décide elle aussi de tenter l’aventure.

Elle se rend à Paris en 1630 où elle rencontre, entre autres, Angélique de Bullion, veuve du surintendant des finances de France dont elle avait hérité de l’immense fortune.

Or cette dernière caressait l’idée d’établir un hôpital quelque part au Canada (le nom donné au XVIIe siècle à la vallée du Saint-Laurent).

À leur quatrième rencontre, Madame de Bullion demande à Jeanne Mance si elle souhaiterait réaliser son projet. Une proposition que celle-ci accepte.

À cette fin, elle se rend en 1641 à La Rochelle. C’est de ce port que partaient les bateaux pour la Nouvelle-France. Mais avant de partir, elle rencontre Paul de Chomedey de Maisonneuve, chef d’une expédition qui doit fonder une colonie sur l’ile du mont Royal (alors inhabitée).

Celui-ci se cherche une femme vertueuse et compétente pour gérer cette colonie. Enthousiaste, Jeanne Mance accepte cette responsabilité.

Cette rencontre détermine donc le lieu où Jeanne Mance œuvrera: Ville-Marie (soit, de nos jours, Montréal).

Après la construction d’une palissade et des cabanes en rondins (qui bientôt cèdent leur place à des maisons de bois plus confortables), Ville-Marie prend l’aspect d’un fort en bois.

Toutefois, en 1653, la situation de Ville-Marie devient précaire.

Quatre ans plus tôt, les Iroquois avaient détruit la Huronie (qui était située sur une péninsule au milieu des Grands Lacs).

Ces vastes étendues d’eau permettaient de transporter des marchandises sur de grandes distances en se fatiguant beaucoup moins que par voie terrestre.

En tant que peuple sédentaire et exportateur de maïs, les Hurons-Wendats jouissaient de l’amitié de nombreux autres peuples autochtones qui eux étaient nomades. Ce sont les fourrures obtenues en échange de maïs qui permettaient aux Hurons-Wendats d’être impliqués dans leur commerce.

La Huronie occupait donc une position stratégique dans ce commerce.

Rapidement, les Hurons-Wendats en étaient venus à fournir entre 50 % et 60 % des peaux de castor exportées vers la France.

Alors que l’étau se resserre sur Ville-Marie, menacée par les Iroquois, la population du fort n’est pas suffisante pour résister à une attaque de grande ampleur que les Iroquois pourraient déclencher.

Voilà pourquoi Jeanne Mance s’adresse à sa mécène pour lui demander de financer la venue d’une centaine d’hommes à Ville-Marie. Ce que Madame de Bullion accepte.

Jeanne Mance offre alors à De Maisonneuve la somme de 22 000 livres, correspondant littéralement à la valeur de 22 000 livres d’argent. Cette somme équivaut, de nos jours, à un million de dollars.

L’arrivée à Ville-Marie d’un grand nombre de personnes — parmi lesquelles Marguerite Bourgeoys — relancera la vigueur de la colonie et l’empêchera de connaitre le même sort que la Huronie.

Référence : La découverte de nouvelles archives révèle que Jeanne Mance a donné l’équivalent d’un million de dollars pour sauver Montréal en 1653

Compléments de lecture :
Gabriel Sagard en Huronie
Les Sauvages

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Écrit par Jean-Pierre Martel