La guerre russo-ukrainienne et la vassalisation de l’Europe

23 juin 2022

Introduction

On attribue à Montesquieu la maxime suivante : « Les responsables des guerres ne sont pas ceux qui les déclenchent, mais ceux qui les ont rendues inévitables.»

Depuis la nuit des temps, le sort d’un pays faible qui est voisin d’un pays puissant, c’est d’être son vassal. Le Canada en est un exemple.

Dans le texte L’engrenage ukrainien, nous avons vu que les organisations non gouvernementales américaines (financées par Washington) ont dépensé des milliards de dollars pour amener le peuple ukrainien à croire qu’il était dans son intérêt de devenir l’ennemi militaire de son puissant voisin.

Ce qui rendait inévitable la guerre entre eux.

Guerres courtes vs guerres longues

Les guerres les moins pénibles — autant pour l’agresseur que pour l’agressé — sont celles qui sont courtes.

Si la France n’avait pas capitulé à l’Allemagne dès 1940, on admirerait aujourd’hui la copie de la tour Eiffel et de l’Arc de Triomphe, l’une et l’autre reconstruits à l’identique.

L’armement sophistiqué que les États-Unis fournissent à l’Ukraine a pour but de transformer cette guerre en entreprise ruineuse pour la Russie. En vain jusqu’ici.

Mais cela ne changera pas l’issue de la guerre, connue d’avance. Tout cela ne fait que prolonger les souffrances du peuple ukrainien.

Ceci étant dit, la victoire militaire de l’Ukraine demeure possible. Mais seulement à l’issue d’une guerre d’usure s’échelonnant sur de très longues années.

À titre d’exemple, en Afghanistan, les Talibans ont vaincu l’armée américaine après vingt ans de lutte armée. Et au Vietnam, le Viêt Cong a fait de même après une décennie de guérilla.

Une guerre d’usure qui n’est pas qu’une suite de petites escarmouches transforme inévitablement le théâtre de la guerre en champ de ruines.

Depuis 2011, la guerre en Syrie a détruit 98 % de son économie, de la raffinerie de pétrole à la petite boulangerie de quartier.

C’est ce qui attend l’Ukraine si ce pays ne renonce pas définitivement à son intention d’adhérer à l’Otan.

La vassalisation de l’Europe

En participant à la croisade américaine contre la Russie, l’Europe occidentale se tire dans le pied.

Contrairement à ce qu’on tente de nous faire croire, la Russie a toujours été un fournisseur fiable d’hydrocarbures.

Toutefois, en bannissant les banques russes du système SWIFT — qui facilite les flux financiers — les pays européens ne pouvaient pas s’attendre à ce que la Russie leur livre du pétrole et du gaz naturel sans être payée en retour.

Ce pays a donc exigé d’être payé en roubles. Seuls les pays qui se sont entêtés à ne pas payer leur gaz ont été pénalisés.

L’Allemagne a accepté. Malheureusement, ce pays a commis deux imprudences.

Premièrement, dans le cadre de ses sanctions contre la Russie, il a refusé en février dernier d’homologuer la mise en service du gazoduc Nord Stream 2, prolongeant l’exclusivité de son approvisionnement par Nord Stream 1.

Deuxièmement, alors que les turbines et les compresseurs de ce gazoduc plus ancien ont une importance stratégique, l’Allemagne a accepté que le conglomérat allemand Siemens confie leur entretien à sa filiale canadienne.

Ces appareils hautement spécialisés doivent être régulièrement entretenus et réparés. Malheureusement, une partie d’entre eux sont bloqués à Montréal puisque le Canada refuse leur sortie du pays, invoquant ses sanctions économiques contre la Russie.

Du coup, le gouvernement allemand annonce aujourd’hui qu’il se voit dans l’obligation d’envisager sérieusement le rationnement du gaz naturel.

On ne devrait pas être surpris d’apprendre que le zèle canadien s’explique par des directives secrètes reçues de Washington dans le but de forcer l’Allemagne à se sevrer dès maintenant du gaz russe, peu importe les conséquences immédiates pour ce pays.

En 2017, on comptait 511 méthaniers en service à travers le monde. Il en faut peu puisque le mode de transport idéal du gaz naturel, c’est par gazoduc.

Mais si du jour au lendemain, les pays européens voulaient s’approvisionner en gaz naturel auprès du Qatar ou de l’Amérique du Nord, il faudrait construire immédiatement cinq-mille méthaniers et équiper des dizaines de ports européens des installations nécessaires.

Voilà un aperçu de ce signifie concrètement le sevrage immédiat au gaz naturel russe.

Compte tenu de tout cela, pourquoi l’Europe a-t-elle accepté de dépendre des hydrocarbures russes ?

C’est que les contrats d’approvisionnement avec la Russie sont libellés en euros, une devise dont l’Europe contrôle l’émission et, par ricochet, la valeur.

Dans l’éventualité d’une très grave crise économique, il suffit à l’Europe de dévaluer sa monnaie pour payer ses hydrocarbures moins chers.

En achetant plutôt son gaz naturel du Qatar ou son pétrole d’Arabie saoudite, les contrats d’approvisionnement seront en dollars américains.

En vertu de l’extraterritorialité du droit américain, cela signifie que l’Europe devient complètement vassalisée aux États-Unis. Il suffit alors à Washington d’interdire tout commerce avec un pays fournisseur pour que l’Europe soit obligée d’obéir.

Références :
Extraterritorialité et pétainisme
Guerre russo-ukrainienne : ces sanctions qui font du bien
L’Allemagne contourne les termes de sa Constitution pour renforcer son armée
L’Allemagne passe en niveau d’alerte face au tarissement du gaz russe
La Russie va suspendre samedi ses exportations de gaz vers la Finlande
Les Sanctions canadiennes contraignent Nord Stream 1
Moscou coupe le gaz à la Pologne et à la Bulgarie
Ukraine : l’opérateur du gazoduc Nord Stream 2 acculé à la faillite

Paru depuis :
The Energy Shock — Germany Plans for a Winter Without Gas from Russia (2022-07-29)

Complément de lecture : L’épouvantail russe

Pour consulter tous les textes de ce blogue consacrés à la guerre russo-ukrainienne, veuillez cliquer sur ceci.

Laissez un commentaire »

| Géopolitique, Guerre russo-ukrainienne | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Guerre russo-ukrainienne : ces sanctions qui font du bien

22 juin 2022

En mars dernier, je prédisais que le retrait de certaines sociétés occidentales de Russie provoquerait la russification de son économie.

C’est exactement ce qui est en train de se produire. Par exemple, en fermant tous ses restaurants russes, MacDonald’s a perdu un milliard de dollars. Et l’investisseur qui s’en est porté acquéreur pour une bouchée de pain fait depuis des affaires d’or.

Les choses s’avèrent parfois plus compliquées que prévu.

Pour pallier l’accusation de financer indirectement l’invasion russe en Ukraine, les pays d’Europe occidentale ont annoncé leur intention de cesser, d’ici la fin de l’année, leurs achats d’hydrocarbures russes.

La distribution mondiale de pétrole et de gaz naturel s’opère par une série de vases communicants. Ce que la Russie ne vend pas à l’Europe, elle le vend là où la consommation est croissante.

Les États-Unis peuvent bien interdire à la Chine ou à l’Inde d’en acheter; tant que les oléoducs ne seront pas équipés de compteurs américains, c’est peine perdue.

En annonçant leur résolution pieuse, les pays européens ont déclenché de l’insécurité sur les marchés mondiaux.

Cette ‘insécurité’ est bien relative. Au lieu de décharger sa cargaison à sa destination prévue, un méthanier la déchargera ailleurs. Et ce qui ne sera pas acheminé ailleurs le sera autrement.

Le mot ‘insécurité’ est le signal qu’attendent toutes les pétrolières pour hausser leurs prix. C’est l’équivalent de la cloche qui annonce aux écoliers le début de la récréation.

Depuis le déclenchement de la guerre russo-ukrainienne, le prix du pétrole s’est accru de manière importante. Si bien que les revenus que la Russie en tire sont 60 % supérieurs cette année en comparaison avec ceux de l’an dernier.

C’est plus que tout le matériel militaire russe détruit depuis le début de la guerre.

Et ce, en dépit du fait que ce pays écoule son pétrole à 30 % en dessous du prix courant.

Ce prix d’ami est une des conséquences de l’appréciation de la valeur du rouble.

En bannissant les banques russes du système SWIFT — qui facilite les flux financiers — les pays européens ne pouvaient pas s’attendre à ce que la Russie leur livre du pétrole et du gaz naturel sans être payée en retour.

Ce pays a donc exigé d’être payé en roubles. Hypocritement, les dirigeants de l’Union européenne l’ont accusé de violer les termes des contrats d’approvisionnement, libellés en euros.

Imaginez un locataire qui paierait son loyer avec un chèque postdaté. Il aurait beau dire qu’il a payé; si le propriétaire est incapable de toucher cet argent, c’est comme si le paiement n’avait jamais été effectué.

Donc il était normal que la Russie impose le paiement en roubles.

Bref, après les protestations d’usage, les pays concernés (dont l’Allemagne) ont secrètement cédé à cette exigence.

En temps normal, la Russie est payée en devises fortes, dont le dollar américain et l’euro. Ce qui lui permet de payer ses importations.

En somme, il est rare que d’importants contrats internationaux soient conclus en devise russe.

La demande soudaine pour cette dernière par les pays acheteurs d’hydrocarbures russes augmente sa valeur.

Tout au début de l’invasion russe, cette devise s’est effondrée, passant de 78 à un creux de 138 roubles pour un dollar américain.

Depuis le contournement des sanctions occidentales, cette devise a repris de la vigueur. Ces jours-ci, elle vaut plus qu’avant le début de la guerre, soit 57 roubles pour un dollar.

Toutefois, quand la monnaie d’un pays vaut plus cher, cela nuit à ses exportations. Pour compenser, la Russie diminue donc le prix de ses hydrocarbures à des pays amis. Ce qui lui permet de demeurer compétitive.

Références :
La Russie inonde la Chine avec son pétrole
Malgré les sanctions, la monnaie russe est aujourd’hui plus forte qu’avant la guerre
Malgré les sanctions, les revenus pétroliers de la Russie augmentent
McDonald’s et la culture du bannissement

Paru depuis :
Sanctions occidentales en Russie : pas le choc auquel on s’attendait (2022-07-01)

Pour consulter tous les textes de ce blogue consacrés à la guerre russo-ukrainienne, veuillez cliquer sur ceci.

Laissez un commentaire »

| Géopolitique, Guerre russo-ukrainienne | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Mer Noire : vers une Troisième Guerre mondiale ?

22 mai 2022


 
Introduction

Les guerres entre deux belligérants sont toujours des occasions d’affaires pour des pays tiers.

Afin de ne pas être considérés comme des cobelligérants, les pays fournisseurs évitent de faire en sorte que leurs soldats à eux soient directement impliqués dans les opérations.

L’exemple afghan

De 1979 à 1989, la première phase de la guerre en Afghanistan opposa les Moudjahidines — en gros, les ‘ancêtres’ des Talibans — soutenus par les États-Unis, le Royaume-Uni, le Pakistan et l’Arabie saoudite, au régime communiste afghan soutenu par l’URSS.

Pour les Américains, il s’agissait d’attirer l’URSS dans un piège similaire à celui dans lequel les États-Unis étaient tombés au Vietnam; faire de cette guerre un gouffre financier qui affaiblit l’envahisseur.

Débutée sous le président Jimmy Carter et renforcée sous Reagan, cette stratégie fonctionna tellement bien qu’elle entraina en 1991 l’effondrement de l’URSS. Le facteur déclenchant fut la révolte du Mouvement Solidarité en Pologne. Mais la cause profonde fut l’implication militaire ruineuse de la Russie en Afghanistan.

Tout cela est admis publiquement aujourd’hui. Mais à l’époque, l’appui de la CIA à la guérilla afghane était ultrasecrète. Par exemple, les armes fournies par les États-Unis étaient principalement de modèle soviétique (achetées de Chine, d’Égypte et de pays de l’Est) afin de ne pas prouver l’implication des États-Unis.

Pour les Américains, le cout annuel de l’opération passa d’environ 25 millions de dollars en 1980 à 630 millions en 1987, pour un cout total compris entre trois et vingt-milliards de dollars.

La guerre russo-ukrainienne

Après avoir décrété un blocus financier contre la Russie, les États-Unis ont officiellement offert une aide militaire de quarante-milliards de dollars à l’Ukraine.

L’armement américain n’est pas acheminé directement, mais passe par des pays de l’Otan limitrophes de l’Ukraine.

De plus, même si c’est un secret de Polichinelle, les États-Unis nient fournir à l’Ukraine des données de géolocalisation destinées à suivre à la trace des troupes russes au sol. Ce qui permet aux Ukrainiens de monter des opérations militaires d’une redoutable précision.

Toutefois, jusqu’ici, l’Otan a soigneusement évité que des militaires de l’alliance atlantique participent sur le terrain à des opérations aux côtés des forces ukrainiennes.

De manière à éviter un casus belli, c’est-à-dire à un incident justifiant une déclaration de guerre. Comme ce fut le cas en 1914 lors de l’attentat de l’héritier de l’Empire austro-hongrois à Sarajevo.

Ce fait divers entraina l’entrée en guerre de presque tous les pays européens. Et ce, en raison de tout un réseau d’alliances militaires qui, tel un jeu de dominos, les fit entrer en guerre les uns contre les autres.

La prudence de l’Otan jusqu’ici tire à sa fin puisque l’alliance atlantique a décidé de déployer des navires de guerre en mer Noire. Ce qui augmente considérablement le risque de déclenchement d’une Troisième Guerre mondiale.

La mer Noire et l’ordre mondial

On estime que 12 % de toutes les calories alimentaires sur Terre — blé, orge, betterave sucrière, pommes de terre, soja, maïs, huile de tournesol, etc.— sont produites à partir des sols fertiles d’Ukraine et de Russie.

L’agriculture russe n’est pas affectée par la guerre. Il en est autrement en Ukraine, un pays qui importe ses engrais chimiques de Russie.

Non seulement la mobilisation générale en Ukraine diminue d’autant la main-d’œuvre agricole et compromet les récoltes à venir, mais le blocus maritime de la Russie en mer Noire empêche l’Ukraine d’écouler ses réserves de grains récolés antérieurement.

C’est par les ports d’Odessa (en mer Noire) et de Marioupol (en mer d’Azov) que l’Ukraine exportait une bonne partie de ses produits agricoles et de sa production industrielle.

Leur importance s’est accrue depuis la perte de la Crimée, où se trouvait environ le tiers des terminaux de conteneurs du pays.

L’Ukraine exportait cinq-millions de tonnes de céréales par mois avant la guerre. Elle n’en exportait plus que 200 000 tonnes en mars 2022, puis 1,1 million de tonnes le mois dernier. C’est par bateau que l’Ukraine exporte 90 % de ses céréales.

Ce pays ne peut pas les exporter autrement parce que les chemins de fer en Ukraine — tout comme ceux en Finlande, ancien duché russe — ont un écartement différent du standard occidental. Ce qui signifie qu’aux frontières vers l’Europe, on doit transborder le grain dans des trains différents.

D’autre part, lorsque les navires de guerre russes confisquent le blé que l’Ukraine tente d’exporter d’Odessa, et lorsque l’armée russe vide les silos de céréales des villes ukrainiennes conquises, ce n’est pas parce que la Russie craint de ne pouvoir nourrir sa propre population; c’est pour servir de monnaie d’échange avec les pays sous-développés qui, privés des produits alimentaires ukrainiens, pourraient connaitre des famines, des révoltes et probablement des renversements de gouvernement.

En somme, le blocus maritime de la Russie en mer Noire compromet l’ordre mondial.

C’est ce qui explique que la croisade américaine contre la Russie a suscité l’adhésion des pays riches d’Occident, mais a été accueillie très froidement ailleurs.

Transformer la mer Noire en poudrière

Le désir de l’Otan de faire lever ce blocus et de protéger l’ordre mondial est donc parfaitement légitime.

On peut y arriver par deux moyens.

Le moyen le plus sage aurait été d’utiliser des moyens diplomatiques pour faire cesser cette guerre.

Ce qui signifie enlever à la Russie sa motivation principale à la déclencher, soit la crainte que l’Ukraine se dote de missiles nucléaires dirigés contre Moscou.

Le texte ‘L’engrenage ukrainien’ explique les mécanismes qui ont conduit à la guerre russo-ukrainienne.

En résumé, de la même manière que la décision cubaine de se doter de missiles hostiles envers les États-Unis a déclenché la guerre des missiles de 1962, l’adoption en septembre 2020 de la stratégie ukrainienne de sécurité nationale qui prévoyait le développement d’un partenariat en vue de l’adhésion de ce pays à l’Otan est la cause directe de la guerre avec la Russie.

Signalons que la guerre russo-géorgienne a cessé quand la Géorgie a renoncé à son intention d’adhérer à l’Otan.

Apparemment, les États-Unis ont choisi une stratégie beaucoup plus risquée; s’attaquer au blocus maritime russe.

Depuis des années, l’Otan se livre à des exercices militaires dans les eaux territoriales des trois pays membres qui bordent la mer Noire : la Roumanie, la Bulgarie et la Turquie.

Ces jours-ci, des navires de l’Otan se trouvent stationnés à la base roumaine de Constanța — à 150 km des frontières ukrainiennes — où des soldats alliés se préparent à un conflit direct avec la Russie.

Afin de casser le blocus maritime russe, les États-Unis veulent fournir aux Ukrainiens certains des plus puissants missiles antinavires.

Or ceux-ci ne peuvent être tirés du rivage. En d’autres mots, ils doivent être lancés à partir de navires ukrainiens.

De plus, il ne s’agit pas d’un équipement qu’on peut expédier accompagné d’un manuel d’instruction; des techniciens américains devront installer eux-mêmes ces missiles à bord des navires ukrainiens.

En supposant que les États-Unis prennent soin de faire en sorte que l’installation se fasse en Roumanie, le chemin que devront emprunter les navires ukrainiens pour s’y rendre sera surveillé par les sous-marins russes.

Puisque la Roumanie et l’Ukraine sont des pays limitrophes, si une erreur de géolocalisation amène un sous-marin russe à torpiller un de ces navires dans les eaux territoriales de la Roumanie, nous sommes alors en présence d’un casus belli, susceptible donc de déclencher une guerre mondiale.

Pour parler simplement, quand un couple est en train de se quereller, ce n’est pas le temps d’aller jouer aux cartes à côté d’eux; on risque de recevoir une taloche par mégarde.

Conclusion

Ceux qui croient que nous sommes déjà entrés dans une nouvelle guerre mondiale ne savent pas de quoi ils parlent.

Une Troisième guerre mondiale, c’est une guerre russo-ukrainienne sur les stéroïdes. La Deuxième Guerre mondiale s’est soldée par la mort 70 millions de personnes. En Ukraine, nous en sommes très loin.

Depuis 1945, plusieurs pays se sont dotés de l’arme nucléaire.

On peut estimer qu’une Troisième Guerre mondiale pourrait amener l’espèce humaine au bord de l’extinction, non seulement en raison des pertes occasionnées par l’explosion de milliers d’ogives nucléaires, mais également à cause de l’augmentation des cas de cancer là où la radioactivité rendrait certains territoires impropres à la vie humaine.

Bref, que vaut la Démocratie si les gens qu’on élit laissent aux va-t-en-guerre de l’Otan toute la liberté de nous entrainer en guerre sans que nous ayons un seul mot à dire ?

Références :
Aide de Washington à l’Ukraine : l’industrie militaire américaine craint la surchauffe
Attentat de Sarajevo
Briefing militaire: l’Ukraine cherche un moyen de briser le blocus russe de la mer Noire
Exclusive: U.S. aims to arm Ukraine with advanced anti-ship missiles to fight Russian blockade
Face à la Russie, la mer Noire reste le “maillon faible” de l’Otan
Guerre en Ukraine : quand les États-Unis dégainent l’arme du renseignement militaire
Les États-Unis prévoient d’aider à « détruire » la flotte russe – un responsable ukrainien – News 24
L’OTAN se tient prêt à une attaque de la Russie avec des exercices dans la Mer Noire
Ports de la mer Noire bloqués : Washington accuse Moscou d’utiliser la faim comme une arme
Programme afghan
Qu’est-ce que le système financier SWIFT?
Un deuxième navire canadien déployé dans le cadre d’une mission d’appui à l’OTAN

Pour consulter tous les textes de ce blogue consacrés à la guerre russo-ukrainienne, veuillez cliquer sur ceci.

Laissez un commentaire »

| Géopolitique, Guerre russo-ukrainienne | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


La saisie fictive des avoirs d’oligarques russes au Canada

10 mai 2022
Mélanie Joly, ministre des Affaires étrangères du Canada

Introduction

Par le biais de son ministère de l’Économie, la France a gelé pour 32 milliards$ d’avoirs russes dans l’Hexagone. La Belgique, pour 13,6 milliards$ sur son territoire. La Suisse, 8 milliards$. L’Italie, 1,4 milliard$. Le Canada, lui, ne le sait pas.

Non seulement on ne connait pas la valeur précise de ce qui aurait été gelé, mais la ministre des Affaires étrangères du Canada est incapable d’en donner une estimation grossière, une liste, ni même un seul exemple.

Le gouvernement fédéral possède sa propre police; c’est la Gendarmerie royale du Canada (GRC). Interrogé par Radio-Canada, le porte-parole de la GRC a déclaré :

[il incombe à] tous les Canadiens de geler les avoirs et de suspendre des transactions en lien avec les personnes désignées par les sanctions économiques.

Autrement dit, la GRC s’en lave les mains. Alors les sanctions, cela concerne qui, au juste ?

Gel vs saisie

Lors que des avoirs sont gelés, leur détenteur en perd temporairement l’accès. Mais il en demeure le propriétaire.

Par le biais de pouvoirs conférés par une loi à un ministre — celui de la Justice ou celui de l’Économie, par exemple — l’État peut saisir des biens sans avoir à obtenir l’autorisation préalable d’un tribunal.

Toutefois, si ce bien nécessite des soins particuliers — comme c’est le cas d’un yacht de luxe — son entretien devient à la charge de l’État au cours de la période de saisie.

De plus, s’il s’avère que le ministre a abusé de ses pouvoirs, non seulement le bien sera restitué à son propriétaire, mais ce dernier pourra s’adresser aux tribunaux pour que l’État paie les dommages causés à sa propriété, le cas échéant.

En pareil cas, le propriétaire ne sera pas l’oligarque visé par la saisie. Ce sera son propriétaire légal.

Et ce propriétaire légal sera une société-écran située dans un paradis fiscal. Elle-même détenue par une constellation de compagnies à numéro appartenant à des personnes dont l’identité est protégée par le secret professionnel d’avocats véreux qui exercent un droit de fiducie en leur nom.

À l’opposé, la saisie d’un bien est une confiscation; en d’autres mots, son détenteur en perd la propriété.

Sans autorisation préalable d’un tribunal, il est impossible pour l’État de saisir un bien; les tribunaux n’autorisent les saisies qu’à la suite d’une condamnation. Et on ne peut être condamné au Canada que pour des crimes ou des délits commis au pays.

Les assisses légales des sanctions canadiennes

Normalement, les tribunaux canadiens ne sanctionnent que des infractions qui répondent aux deux critères suivants. Premièrement, il doit s’agir d’infractions à des dispositions législatives en vigueur au pays. Et deuxièmement, l’infraction doit avoir été commise en sol canadien.

Toutefois, en 1992, le gouvernement canadien a adopté une loi d’exception appelée Loi sur les mesures économiques spéciales.

Celle-ci donne au fédéral le pouvoir de décréter la saisie en sol canadien de tout bien détenu par un État étranger ou une personne qui ne réside pas habituellement au Canada.

Ces jours-ci, le parlement canadien étudie deux projets de loi qui visent à étendre la portée de cette loi en y ajoutant un droit fédéral de confiscation et de liquidation (c’est-à-dire de revente).

L’adoption de ces amendements devrait se faire assez facilement.

Reste à savoir si tout cela résistera à l’épreuve des tribunaux.

Plus tôt, nous avons vu qu’en vertu du droit, on ne peut saisir des biens qu’à la suite d’une condamnation. Or la Loi sur les mesures économiques spéciales considère qu’un blâme adopté par l’Onu fait office de condamnation.

Puisqu’à l’Onu tout s’achète, est-ce que les tribunaux canadiens estimeront qu’une résolution non contraignante adoptée majoritairement par l’Assemblée générale fait office de droit international ?

C’est très douteux.

Conclusion

La ministre des Affaires étrangères, Mme Mélanie Joly, est incapable de dire la valeur des biens saisis par le Canada parce que rien n’a été saisi.

En tant que vassal des États-Unis, le Canada a raison de se faire l’écho de la surenchère verbale de Washington contre la Russie.

Mais derrière des portes closes, si les conseillers juridiques du gouvernement canadien sont d’avis qu’il existe de fortes probabilités que toutes les mesures entreprises contre des oligarques russes tombent à l’eau, la ministre a raison de bluffer et de se trainer les pieds.

Références :
Combien de biens russes saisis au Canada? Ottawa est avare de commentaires
La liste des biens immobiliers des oligarques russes gelés en France
L’Assemblée générale de l’ONU condamne l’invasion de l’Ukraine
L’engrenage ukrainien
Loi sur les mesures économiques spéciales
L’Ukraine doit s’inspirer du Canada
Ottawa veut liquider des biens russes pour aider l’Ukraine
Projet de loi sénatorial S-217

Pour consulter tous les textes de ce blogue consacrés à la guerre russo-ukrainienne, veuillez cliquer sur ceci.

Laissez un commentaire »

| Guerre russo-ukrainienne, Politique canadienne | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


L’enlisement actuel de l’armée russe en Ukraine

2 mai 2022
Cliquez sur l’image pour démarrer

Il est un peu tôt pour conclure que la Russie a échoué en Ukraine. Mais il est clair que son invasion, jusqu’ici, est un demi-succès.

À ajouter aux causes de cet enlisement : la probabilité que les services de renseignements américains réussissent le déchiffrement en direct des communications secrètes de l’armée russe et transmettent la géolocalisation des officiers aux forces ukrainiennes (qui s’empressent de les abattre).

Référence :
Guerre en Ukraine : quand les États-Unis dégainent l’arme du renseignement militaire

Paru depuis :
Guerre en Ukraine : les renseignements des É.-U. ont permis de tuer des généraux russes (2022-05-05)

Pour consulter tous les textes de ce blogue consacrés à la guerre russo-ukrainienne, veuillez cliquer sur ceci.

Un commentaire

| Géopolitique, Guerre russo-ukrainienne | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


L’Ukraine doit s’inspirer du Canada

22 avril 2022

Depuis la nuit des temps, le sort de tout pays faible qui voisine un pays puissant, c’est d’être son vassal.

C’est le rôle qu’assume pleinement le Canada.

Quand le président américain dit que Vladimir Poutine est un tyran, Justin Trudeau répète que Vladimir Poutine est un tyran.

Quand Joe Biden déclare que la Russie commet des crimes de guerre, Trudeau accuse la Russie de commettre des crimes de guerre.

Quand Biden accuse la Russie de génocide, notre ministre des Affaires étrangères dit la même chose.

Rappelez-vous quand le président de la République française, Jacques Chirac, avait refusé de croire les accusations américaines selon lesquelles l’Irak possédait des armes de destruction massive.

Souvenez-vous du tollé que cela avait provoqué. Les Américains avaient boycotté les vins français. Au Capitole américain, on avait renommé les frites (qui se disent French fries en anglais) à Freedom fries. Etc.

Notre pays est trop dépendant du marché américain pour se permettre d’indisposer notre puissant voisin.

Il est donc du devoir de Justin Trudeau et de ses ministres d’être les perroquets de Washington.

Justin Trudeau n’est pas obligé de penser ce qu’il dit; s’il n’est pas d’accord, il doit simplement faire semblant. On ne lui en demande pas plus.

Or il le fait admirablement bien.

Au petit déjeuner, quand l’ambassadeur américain lit les manchettes des journaux canadiens, il est heureux. Et quand il est heureux, l’administration américaine est heureuse. Et quand celle-ci est heureuse, nos entreprises sont rassurées.

Tout comme le Canada, l’Ukraine doit réaliser que sa vassalisation à son puissant voisin est dans son intérêt.

Malheureusement, depuis 2004, les organisations non gouvernementales américaines (financées par Washington) ont dépensé cinq-milliards de dollars pour convaincre le peuple ukrainien qu’il était dans son intérêt de devenir, au contraire, un ennemi militaire de la Russie.

De la même manière que la crise des missiles à Cuba en 1962 a été provoquée par l’intention de La Havane d’acheter des missiles russes menaçant les États-Unis, la décision de l’Ukraine de rejoindre l’Otan est à l’origine de la guerre russo-ukrainienne.

Plus vite l’Ukraine renoncera à cette idée, plus vite cesseront les destructions dans ce pays.

Si Paris n’a pas été détruite en 1940, c’est parce que la France a capitulé cette année-là. Sinon, on admirerait aujourd’hui la copie de la tour Eiffel ou de l’Arc de Triomphe, l’une et l’autre reconstruits à l’identique.

De nos jours, en Occident, la guerre russo-ukrainienne est un sujet d’indignation. Mais c’est aussi un divertissement télévisuel d’autant plus captivant qu’il est vrai.

Le courage des Ukrainiens est salué comme on admirait celui des Chrétiens dévorés par les lions dans les arènes romaines.

Le meilleur service qu’on peut rendre au peuple ukrainien, c’est de lui envoyer du matériel médical (des pansements et des médicaments) et non des armes qui ne feront que prolonger ses souffrances.

Paru depuis : Guerre en Ukraine : des centaines de millions de dollars d’équipement militaire pour Kiev (2022-04-23)

Complément de lecture : L’engrenage ukrainien

Pour consulter tous les textes de ce blogue consacrés à la guerre russo-ukrainienne, veuillez cliquer sur ceci.

Laissez un commentaire »

| Géopolitique, Guerre russo-ukrainienne, Politique canadienne | Mots-clés : , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


L’épouvantail russe

15 avril 2022


 
Une guerre inévitable

Toute alliance militaire repose sur la crainte d’un ennemi commun.

Depuis l’effondrement du bloc soviétique, l’Otan se cherchait une vocation.

En février 2014, l’annonce par l’Ukraine qu’elle retirera au russe son statut de langue officielle en Crimée — très majoritairement peuplée de Russophones — provoque son indépendance et son rattachement à la Russie.

Pour l’Otan, cette annexion est une aubaine; c’est la preuve de l’expansionnisme russe.

Du coup, en septembre de cette année-là, les pays membres de l’Otan se sont engagés à ce qu’en 2024, le niveau de leurs dépenses atteigne un minimum de 2 % de leur produit intérieur brut (PIB).

Cette nouvelle course aux armements a été déclenchée alors la puissance militaire américaine était déjà cinq à dix fois supérieure à celle de la Russie. En d’autres mots, alors que toute déclaration de guerre de la Russie à l’Occident aurait été suicidaire.

D’autre part, en réaction à l’annexion russe de la Crimée, le président Zelensky adopte en septembre 2020 une nouvelle stratégie de sécurité nationale qui prévoit le développement d’un partenariat en vue de l’adhésion de ce pays à l’Otan.

Pour la Russie, Zelensky venait de franchir la ligne rouge.

La Russie ne peut tolérer la présence d’un ennemi militaire dans sa cour arrière. Tout comme les États-Unis ne pouvaient pas tolérer la présence de missiles russes à Cuba (d’où la Crise des missiles de 1962).

En 2021, pendant des mois, la Russie a amassé ses troupes à la frontière ukrainienne. Plutôt que d’y voir là une matière à réflexion, l’Ukraine s’est entêtée à croire que tout cela n’était qu’un bluff.

Jamais il n’est venu à l’esprit des dirigeants ukrainiens que toutes les sanctions occidentales appliquées dès le lendemain d’une invasion de la Russie n’étaient rien pour elle en comparaison avec la possibilité d’un anéantissement nucléaire de ce pays par des missiles de l’Otan une fois déployés en Ukraine.

Bref, pour la Russie, la neutralité militaire ukrainienne correspond à un objectif géostratégique crucial.

D’autant plus que l’anéantissement de l’Ukraine par la guerre est de nature à faire réfléchir la Finlande, elle aussi tentée ces jours-ci de rejoindre formellement l’Otan.

David contre Goliath

Maintenant que la guerre russo-ukrainienne est déclenchée, les Ukrainiens sont seuls à affronter la tempête.

Les appels désespérés du président Zelensky n’y changent rien; la fourniture d’armes américaines à l’Ukraine affaiblira incontestablement l’armée russe, mais ne changera pas l’issue de la guerre, connue d’avance.

Plus tôt l’Ukraine capitulera, plus elle limitera la souffrance de son peuple et le tribut de guerre qu’elle aura à payer à la Russie pour les dommages causés à son armée. Parce que les perdants paient toujours un tribut de guerre au gagnant.

À partir du moment où Vladimir Poutine confie l’armée russe au général Dvornikov (qui ne fait pas dans la dentelle), on doit s’attendre à assister à la méticuleuse destruction de l’économie ukrainienne au cours des semaines ou des mois qui viennent.

Ce qui permettra aux États-Unis de susciter l’indignation et d’agiter l’épouvantail russe.

Une occasion d’affaires

Déjà, tous les pays de l’Otan sont plus déterminés que jamais à s’armer en dépit de leur incontestable supériorité militaire. En bonne partie, cette augmentation des budgets de la Défense sera constituée d’achats de matériel militaire américain.

Pourtant, la Russie rencontre des difficultés à s’emparer de l’Ukraine, un pays adjacent de 44 millions d’habitants. Comment peut-on s’imaginer qu’elle partirait à la conquête des 880 millions de personnes qui peuplent l’Union européenne, la Grande-Bretagne, le Canada et les États-Unis ?

Ce danger est tellement invraisemblable qu’on demeure médusé devant l’extraordinaire pouvoir de conviction de la propagande américaine et devant l’empressement de nos journalistes à la répéter comme des perroquets.

En rendant toxique toute relation commerciale avec la Russie, les États-Unis espèrent remplacer ce pays comme fournisseur important de pétrole et de gaz naturel à l’Europe.

S’ils devaient réussir, cela donnerait aux entreprises américaines un avantage concurrentiel puisque les hydrocarbures américains seront toujours moins chers lorsqu’achetés aux États-Unis plutôt qu’une fois transportés en Europe, à des milliers de kilomètres.

En d’autres mots, la campagne américaine pour inciter les Européens à s’affranchir des hydrocarbures russes vise à assujettir davantage l’Europe à la puissance hégémonique des États-Unis.

Les conséquences mondiales du conflit

Si cette guerre se prolonge, elle entrainera des révoltes dans les pays qui dépendent de l’approvisionnement en céréales d’Ukraine et de Russie, de même que dans ceux où les agriculteurs ont besoin des engrais chimiques russes. Dans un cas comme dans l’autre, guerre égale famine égale révolte.

Le boycottage de l’économie russe provoque artificiellement la pénurie de tous ses produits d’exportation. Ce qui veut dire que l’inflation, déjà évidente avant le conflit, sera propulsée à des niveaux imprévisibles.

Cela obligera les banques centrales à relever leurs taux d’intérêt de base. Ce qui provoquera un ralentissement économique. Or toute diminution de la consommation entraine parallèlement une diminution des sommes perçues sous forme de taxes à la consommation (TVA, taxes de vente, etc.).

Lorsque les États sont peu endettés, ils peuvent entreprendre de grands chantiers pour soutenir l’économie lorsque survient un ralentissement.


 
Malheureusement, de nombreux pays se sont fortement endettés au cours du confinement décrété en début de pandémie. Dans le cas de la France, sa dette actuelle équivaut maintenant à 116,3 % de son PIB (comparativement à un peu plus de vingt pour cent pour la Russie).

Le ralentissement économique et l’augmentation des couts de la dette obligeront les États à remettre à plus tard les projets colossaux qui sont nécessaires à combattre le réchauffement climatique.

La seule issue budgétaire pour eux sera d’adopter des mesures d’austérité.

Entre autres, cela signifie moins d’argent pour nos hôpitaux, moins pour nos écoles, moins pour le transport en commun, et moins pour le logement social.

Tout cela parce que la priorité budgétaire sera l’accroissement futile de nos dépenses militaires. Au Canada, l’armée sera une vache sacrée qui bouffera annuellement 34,5 milliards$, soit deux pour cent du PIB.

Pour une famille canadienne de deux parents et de deux enfants, c’est 3 681 $ qu’on prélèvera chaque année dans ses poches.

Ceux qui applaudissent aujourd’hui ces augmentations seront les premiers à protester contre l’appauvrissement que cela entrainera.

Après le fiasco de la lutte sanitaire en Occident, les gouvernements qui ont si mal protégé leur population contre la pandémie peuvent s’attendre à la montée de la colère du peuple quand ils entreprendront de le faire souffrir davantage par des mesures d’austérité.

Références :
À la fin du troisième trimestre 2021, la dette publique s’établit à 2 834,3 Md€
Aleksandr Dvornikov: Russian general who helped turn tide of Syrian war
Crise des missiles de Cuba
Dépenses militaires : le Canada s’éloignerait de la cible de 2 % de son PIB
Des budgets militaires en expansion
Doubler les dépenses militaires et la dénaturation du Canada
Guerre en Ukraine : Egypte, Liban, Soudan… Ces pays menacés par des pénuries alimentaires à cause du conflit
La dépendance du marché des engrais à la Russie met à risque la production céréalière
La Finlande décidera « d’ici quelques semaines » de son adhésion à l’OTAN
Le budget fédéral prévoit une aide militaire de 500 M$ de plus à l’Ukraine
Le Canada a formé des éléments d’un régiment ukrainien lié à l’extrême droite
Le coût des engrais devrait continuer d’augmenter en raison de la guerre en Ukraine
Pas de retombées furtives pour le F-35
Théorie des dominos
Ukraine economy to shrink by almost half this year, World Bank forecasts

Paru depuis :
The Energy Shock — Germany Plans for a Winter Without Gas from Russia (2022-07-29)

Complément de lecture : L’engrenage ukrainien

Pour consulter tous les textes de ce blogue consacrés à la guerre russo-ukrainienne, veuillez cliquer sur ceci.

Laissez un commentaire »

| Géopolitique, Guerre russo-ukrainienne, Politique internationale | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Le multiculturalisme et la guerre

31 mars 2022

L’intolérance ethnique

Le multiculturalisme est le tribalisme des sociétés anglo-saxonnes. Ce que ces sociétés voient en premier lieu dans le citoyen, ce n’est pas la personne, mais son appartenance ethnique ou raciale; d’abord et avant tout, il y est vu comme le représentant plus ou moins fidèle de son ethnie.

De nos jours, partout en Amérique du Nord, les commerces qui vendent des produits russes ou ukrainiens sont la cible de menaces et de vandalisme.

Au début du mois, l’Orchestre symphonique de Montréal a annulé tous les concerts du pianiste russe Alexander Malofeev, âgé de vingt ans.

Non pas parce qu’il utiliserait ses concerts pour faire de la propagande russe (ce qu’il ne fait pas). Ni parce qu’à titre privé, il utiliserait les médias sociaux pour défendre la guerre de la Russie en Ukraine (ce qu’il ne fait pas non plus).

Non; on a annulé ses concerts parce qu’il appartient à la ‘mauvaise ethnie’, à celle qu’on veut punir pour l’inciter à renverser des dirigeants que nous n’aimons pas.

À Vancouver, ses concerts ont été annulés en raison des craintes de manifestations de la part de partisans de la culture de l’annulation.

Déjà, un peu partout au Canada, on hésite à programmer des œuvres de compositeurs russes par peur des réactions d’internautes qui, de toute manière, n’assistent jamais à ces concerts de musique classique, jugée ennuyeuse.

La culture étatique de l’annulation

Dans notre pays, la culture est un domaine de compétence constitutionnelle exclusive des provinces. Pour contourner la Canadian constitution, Ottawa utilise son pouvoir de dépenser pour régenter la vie culturelle du pays.

Ce matin, on apprend que le ministre du Patrimoine canadien — c’est le nom du ministre de la Culture au fédéral — mettra fin aux subventions et contributions versées à tous ceux qui collaborent avec des artistes liés à la Russie et à la Biélorussie.

La directive ministérielle précise : “Nous vous demandons d’examiner et d’évaluer vos programmes actuels et vos liens possibles avec des partenaires étatiques russes ou bélarusses (sic).

Le problème, c’est qu’en Russie comme partout en Occident, les entreprises culturelles importantes sont habituellement subventionnées par l’État. Et lorsqu’elles ne le sont pas, c’est qu’elles dépendent financièrement d’oligarques amis du régime.

Hésitant à saisir les entreprises pétrolières canadiennes qui sont totalement ou partiellement la propriété de milliardaires russes, le Canada s’empresse de sévir contre des artistes, c’est-à-dire des gens qui, en Russie comme ailleurs, crèvent généralement de faim.

Se préparer à la guerre contre la Russie

Dans les années 1930, c’est seulement après qu’on ait fait disparaitre l’art ‘dégénéré’ juif des bibliothèques, des musées et des salles de spectacles allemands, qu’on a pu entreprendre la Solution finale; éradiquer les Juifs de la surface du globe.

Car la première étape de toute guerre, c’est la propagande haineuse; il faut diaboliser l’ennemi afin de supprimer toute hésitation à le tuer.

Voilà pourquoi toute campagne de détestation à l’égard d’un pays est le signe prémonitoire d’une guerre.

Après une première course à l’armement déclenchée par l’Otan en 2014, cette organisation de coopération militaire en débute une deuxième à la faveur de la guerre russo-ukrainienne.

Pourtant, la puissance militaire de l’Otan est déjà douze à quinze fois supérieure à la puissance militaire russe. Du coup, le risque de voir la Russie déclarer la guerre à l’Occident est nul à court et à moyen terme.

Par ailleurs, l’Histoire nous enseigne que la rivalité entre deux puissances hégémoniques les conduit inéluctablement à la guerre, déclenchée par celle qui croit avoir plus de chances de l’emporter.

C’est seulement à l’issue de la Deuxième Guerre mondiale que la France et l’Allemagne ont découvert le moyen efficace de prévenir leurs conflits; par l’intégration économique.

Au contraire, en s’engageant à couper à moyen terme toutes les relations économiques avec la Russie, on s’assure qu’une guerre qui aurait lieu à partir de ce moment-là entrainerait le moins possible d’inconvénients pour nous.

Et en supprimant l’exposition des populations occidentales à la culture russe, on prépare leur consentement à une telle guerre qui, dans leur esprit, tuerait un peuple qui ne mérite pas d’exister.

À l’exclusion des belligérants, les pays qui ont recours ces jours-ci à la rhétorique la plus violente sont les pays anglo-saxons.

Cela n’est pas surprenant; le multiculturalisme, idéologie officielle de ces pays, facilite le racisme et l’intolérance ethnique puisque leur vision du monde passe par le prisme de la race et de l’ethnie.

Références :
Doubler les dépenses militaires et la dénaturation du Canada
Guerre en Ukraine : l’OSM ne fera pas jouer le pianiste russe Alexander Malofeev
La guerre en Ukraine, point de départ de menaces contre des commerces à Toronto
Le multiculturalisme ou le tribalisme des sociétés anglo-saxonnes
L’engrenage ukrainien
Liens avec la Russie : Ottawa menace de couper le financement des artistes
Ottawa ne veut pas dire s’il a gelé des actifs russes au Canada

Pour consulter tous les textes de ce blogue consacrés à la guerre russo-ukrainienne, veuillez cliquer sur ceci.

Laissez un commentaire »

| Géopolitique, Guerre russo-ukrainienne, Sociologie | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


La menace de Joe Biden à Vladimir Poutine

25 mars 2022

Introduction

Le président américain a menacé hier Vladimir Poutine de représailles si ce dernier devait utiliser des armes chimiques contre le peuple ukrainien, précisant que « la nature de la réponse dépendra de la nature de cette utilisation.»

Rappel historique

La dernière fois qu’un président américain a fait une telle menace, c’était en 2012.

Barack Obama avait alors laissé entendre (sans le dire explicitement) que les États-Unis pourraient officiellement entrer en guerre contre la Syrie si son président, Bachar al-Assad, utilisait une fois de plus des armes chimiques contre son propre peuple.

En dépit de cela, quelques mois plus tard, une attaque chimique importante eut lieu en mars 2013 à Kan al-Assad, aussitôt imputée à Bachar al-Assad et condamnée par tous les pays occidentaux.

L’enquête de l’Onu effectuée sur place a conclu qu’elle avait commise par les rebelles et non par les forces gouvernementales syriennes.

Les enquêteurs de l’Onu s’étaient notamment basés sur la trace de l’impact de l’obus au sol pour déterminer qu’il avait été tiré de positions rebelles. Ces rebelles étaient affiliés à Al-Qaida.

En somme, les mercenaires étrangers à la solde de l’Arabie saoudite et du Qatar ont volontairement mis en scène une attaque chimique afin de forcer la main du président américain pour que les États-Unis entrent en guerre contre le régime de Bachar al-Assad.

La menace, version II

En menaçant Vladimir Poutine, le président américain s’adresse à plusieurs auditoires au premier rang desquels, son homologue russe.

De plus, aux yeux des peuples occidentaux, il se présente comme le protecteur du peuple ukrainien. Si effectivement aucune arme chimique ne devait être utilisée d’ici la fin de la guerre, il pourra soutenir que c’est grâce à lui… même si cela n’avait jamais été l’intention de Poutine.

Malheureusement, cette menace augmente (et non réduit) les risques que des armes chimiques soient utilisées.

En Ukraine, comme dans tous les pays du monde, il y a des organisations criminelles. Or la guerre perturbe leurs activités.

Qui fréquente les bordels quand les bombes pleuvent ? Qui participe à des paris clandestins quand toute la population se réfugie aux abris ? Qui se présente là où on vend habituellement de la drogue quand les balles sifflent de partout ?

Le président américain envoie donc un message à la pègre ukrainienne; il lui promet d’accélérer le retour au bon vieux temps si elle met en scène une attaque chimique incriminant la Russie.

Voilà comment on manipule les peuples à distance…

Références :
Armes chimiques: Barack Obama met en garde Damas
Attaque chimique de Khan al-Assal
L’OTAN « répondra » si la Russie utilise des armes chimiques en Ukraine, dit Biden
Quel rôle a joué la Mafia italienne au cours de la Seconde Guerre Mondiale ?

Complément de lecture : L’engrenage ukrainien

Pour consulter tous les textes de ce blogue consacrés à la guerre russo-ukrainienne, veuillez cliquer sur ceci.

Laissez un commentaire »

| Guerre russo-ukrainienne, Politique internationale | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


L’engrenage ukrainien

15 mars 2022
Cliquez sur l’image pour l’agrandir

Introduction

Peuplée de 44 millions d’habitants, l’Ukraine est le deuxième plus vaste pays d’Europe (après la France).

Ses deux principaux groupes ethniques sont les Ukrainophones et les Russophones (voir la carte).

La révolution orange

À l’éclatement de l’URSS en 1991, l’Ukraine a d’abord été dirigée par deux présidents pro-russes.

Qu’il soit qualifié de pro-russe ou de pro-occidental, chaque gouvernement du pays depuis l’indépendance a souhaité le développement des échanges commerciaux avec l’Union européenne.

La véritable distinction entre les deux, c’est que les premiers ont cherché à développer la coopération militaire avec la Russie, alors que les seconds souhaitent l’adhésion de l’Ukraine à l’Otan.

L’élection présidentielle de 2004 fut la première où s’affrontèrent ouvertement des candidats soutenus par des puissances étrangères. À titre d’exemple, l’administration Bush a versé 65 millions de dollars à la campagne du candidat pro-occidental.

Aucun candidat n’ayant obtenu la majorité des voix exprimées, on organisa un second tour.

Alors que le candidat pro-occidental avait probablement remporté l’élection, ce fut son adversaire pro-russe qui fut officiellement déclaré vainqueur.

Cela provoqua de grandes manifestations à travers le pays — regroupées sous l’appellation de ‘révolution orange’ — à l’issue desquelles on organisa un 2e ‘second tour’.

Cette fois, c’est le candidat pro-occidental qui fut déclaré victorieux.

Entre deux révoltes

Depuis l’indépendance, la situation économique de l’Ukraine s’est considérablement dégradée.

La Grande récession étant survenue au cours de la présidence de ce candidat pro-occidental, son impopularité a pavé la voie à son successeur pro-russe, élu de justesse en 2010 par 48,95 % des votes (contre 45,47 % pour sa rivale pro-occidentale).

Au cours de son mandat, le gouvernement de l’Ukraine, économiquement au bord de la ruine, a été courtisé par la Russie et par l’Union européenne.

À l’exception de la Grande-Bretagne, valet de Washington, les pays d’Europe occidentale se sont longtemps opposés à l’adhésion de l’Ukraine au marché commun européen pour deux raisons.

Premièrement, en raison de la corruption endémique qui règne dans le pays. Une corruption qui va bien au-delà de la moyenne européenne.

Et surtout parce que l’Ukraine ne répond pas aux critères européens quant à l’indépendance de son système judiciaire. Celui-ci est indépendant de la présidence du pays, mais il ne l’est pas à l’égard du parlement.

Pour redonner un second souffle au mouvement pro-occidental, l’Union européenne a proposé à l’Ukraine un accord d’association qui, en réalité, visait à faire cheminer la législation ukrainienne et ses politiques économiques vers les standards européens.

Ce qui, à long terme, préparait la voie à son adhésion en bonne et due forme.

En 2013, au moment où l’Ukraine s’apprête signer cet accord, le pays est au bord de la faillite.

En novembre de cette année-là, il lui reste 18,79 milliards de dollars de réserves de change alors qu’elle doit bientôt rembourser sept-milliards de dollars à ses créanciers, dont la Russie (à qui elle doit dix-sept-milliards de dollars de gaz naturel impayé).

Depuis quelques mois, Vladimir Poutine offre secrètement au gouvernement ukrainien la levée des barrières tarifaires entre l’Ukraine et la Russie, une baisse du prix de son gaz naturel, de même qu’un prêt de quinze-milliards de dollars. L’offre est irrésistible.

Le premier ministre ukrainien se tourne alors vers Bruxelles pour lui demander un prêt de vingt-milliards d’euros, ce qui lui est refusé. En retour, l’Union européenne lui promet vaguement une aide financière. Bref, rien de concret.

Conséquemment, le 21 novembre 2013, le président pro-russe annonce son refus de signer l’accord d’association avec l’Union européenne.

Ce qui déclenche de violentes manifestations qui aboutissent à sa destitution et la mise en place d’un gouvernement pro-occidental.

L’élection présidentielle de 2014

Alors que le pays est toujours sans président, ce gouvernement pro-occidental annonce le 23 février 2014 son intention (qui n’aura pas le temps de se réaliser) de retirer au russe son statut de langue officielle dans plusieurs régions du pays, dont la Crimée (peuplée à 65,3 % de Russophones).

Si le gouvernement canadien avait le pouvoir de retirer au français son statut de langue officielle au Québec, il provoquerait l’indépendance du Québec.

C’est ce qui est arrivé en Crimée; le parlement ‘provincial’ de Crimée a aussitôt proclamé l’indépendance de la région le 11 mars et a annoncé le rattachement de la Crimée à la Russie. Tout cela s’est fait en quelques semaines.

À l’élection présidentielle ukrainienne de cette année-là, le candidat pro-occidental a été élu par 54,7 % des voix. En réalité, il aurait obtenu bien plus de votes si l’électorat n’avait pas été morcelé entre autant de candidats pro-occidentaux.

Peuplée de deux-millions d’habitants (très majoritairement pro-russes), la Crimée indépendante n’a évidemment pas participé à ce scrutin.

Et les Russophones de l’Est du pays n’ont pas voté non plus. Non pas parce qu’ils ont boycotté l’élection, mais parce que le gouvernement de Kiev a estimé que la situation sécuritaire de la région ne permettait pas d’y ouvrir des bureaux de vote.

Même s’ils avaient pu voter, cela n’aurait pas changé grand-chose.

La ligne rouge

Cinq ans plus tard, à l’élection présidentielle de 2019, Volodymyr Zelenzky est élu avec 73,2 % des votes.

En réaction à l’annexion russe de la Crimée, le président Zelensky adopte en septembre 2020 une nouvelle stratégie de sécurité nationale qui prévoit le développement d’un partenariat en vue de l’adhésion de ce pays à l’Otan.

Pour la Russie, Zelensky venait de franchir la ligne rouge.

En 2021, pendant des mois, la Russie a amassé ses troupes à la frontière ukrainienne. Plutôt que d’y voir là une matière à réflexion, l’Ukraine s’est entêtée à croire que tout cela n’était qu’un bluff.

En tant que pays souverain, l’Ukraine est libre d’adhérer à n’importe quelle organisation internationale. Tout comme Cuba était libre d’acheter des missiles russes en 1962.

Ce qui n’a pas empêché le président Kennedy, à l’époque, d’imposer un blocus maritime à Cuba et de menacer la Russie de faire sombrer tout navire qui s’approcherait des côtes cubaines. Ce à quoi la Russie finira par renoncer.

Les États-Unis ne pouvaient pas accepter qu’on installe des missiles ennemis dans leur cour arrière. C’est pareil pour la Russie; d’autant plus que les frontières ukrainiennes sont à 458 km de Moscou alors que Cuba est à 1 860 km de Washington.

La manipulation américaine

De l’indépendance de l’Ukraine en 1991 à l’élection présidentielle de 2014, les États-Unis et les organisations non gouvernementales financées par Washington ont dépensé cinq-milliards de dollars en Ukraine.

Officiellement, c’était pour y promouvoir la démocratie. Dans les faits, c’était pour amener le pays à devenir un ennemi militaire de la Russie.

Géopolitique ukrainienne

De fil en aiguille, ce qui se passe en Ukraine est le résultat d’un engrenage qui a débuté il y a dix-huit ans.

Depuis la nuit des temps, le sort d’un pays faible qui est voisin d’un pays puissant, c’est d’être son vassal.

Le Canada en est un exemple.

Le territoire de notre pays recèle des richesses qui sont de nature à susciter la convoitise des États-Unis. Mais ces derniers n’ont pas besoin de les obtenir par la force puisque notre pays s’empresse de fournir pacifiquement tout ce dont ils ont besoin, dont le pétrole (dont nous sommes le principal fournisseur).

Si le Canada voulait s’opposer aux États-Unis, il subirait le sort de Cuba (que les États-Unis envahiraient comme l’Irak si ce pays représentait une menace militaire sérieuse).

Depuis 2004, les organisations non-gouvernementales américaines (financées par Washington) ont créé l’illusion en Ukraine qu’en adhérant à l’Otan, des millions de soldats américains seraient prêts à mourir pour eux si jamais la Russie osait toucher à un seul de leurs cheveux.

Après que les Ukrainiens aient mis le doigt dans un engrenage qui les amenait inévitablement à la guerre, voilà qu’on leur annonce que l’adhésion à l’Otan pourrait prendre une vingtaine d’années.

Pendant que l’aviation russe bombarde les villes assiégées, on leur dit qu’on ne peut pas fermer l’espace aérien de l’Ukraine parce que pour faire respecter cette interdiction, il faudrait abattre des avions russes. Ce qui déclencherait une troisième guerre mondiale.

Alors oui, de loin, nos gouvernements aiment bien ces pauvres Ukrainiens, mais moins qu’ils pensent.

De son côté, l’Union européenne leur annonce que malheureusement, elle exclut une adhésion rapide de leur pays au marché commun.

En envoyant des armes neuves et sophistiquées à l’Ukraine, les États-Unis veulent les faire tester dans les conditions réelles d’une guerre et affaiblir par la même occasion l’armée russe. Les États-Unis font donc une pierre deux coups sans risquer la vie de leurs soldats.

Et pour ce qui est des anciens pays du Pacte de Varsovie, lorsqu’ils offrent de donner à l’Ukraine du matériel militaire à la condition que les États-Unis remplacent cela par du neuf, ils veulent renouveler gratuitement leur arsenal et se débarrasser de leurs chasseurs russes vieux de plus de vingt ans et de leurs missiles antitanks périmés.

Évidemment, pour l’Ukraine, c’est mieux que rien.

Mais quand la poussière de cette guerre sera retombée, les Ukrainiens réaliseront peut-être qu’on s’est bien moqué d’eux.

Conclusion

Les grands gagnants de la guerre russo-ukrainienne seront les marchands de canons.

Et ce seront aussi les États-Unis.

Non seulement les pays européens (dont l’Allemagne), inquiets pour leur sécurité, achètent des armes américaines, mais en rendant toxique toute relation commerciale avec la Russie, les États-Unis espèrent remplacer ce pays comme principal fournisseur de pétrole et de gaz naturel à l’Europe.

S’ils devaient réussir, cela donnerait aux entreprises américaines un avantage concurrentiel puisque les hydrocarbures américains seront toujours moins chers lorsqu’achetés aux États-Unis plutôt qu’une fois transportés en Europe, à des milliers de kilomètres.

En d’autres mots, la campagne américaine (et canadienne) pour inciter les Européens à s’affranchir des hydrocarbures russes vise à assujettir davantage l’Europe à la puissance hégémonique des États-Unis.

Une autre leçon de l’Histoire ne concerne pas le cas des petits dans l’ombre d’un grand, mais concerne les relations entre les grandes puissances.

Entre deux pays puissants rivaux, cette rivalité les conduit inéluctablement à la guerre.

Pendant des siècles, les empires européens se sont fait la guerre en dépit des mariages dynastiques qui avaient précisément pour but de les empêcher.

C’est seulement à l’issue de la Deuxième Guerre mondiale que la France et l’Allemagne ont découvert le moyen efficace de prévenir leurs conflits; par l’intégration économique.

En coupant les relations économiques avec la Russie, on prépare à long terme une guerre avec elle.

Références :
Accord d’association entre l’Ukraine et l’Union européenne
Annexion de la Crimée par la Russie en 2014
Euromaïdan
L’Allemagne proche d’officialiser l’achat des avions de combat F-35 américains
Les échanges commerciaux entre la Russie et l’Europe repartent à la hausse
Les malheurs de l’Ukraine
L’Ukraine montre «chaque jour» être prête à rejoindre l’Otan, estime Zelensky
L’Union européenne exclut une adhésion rapide de l’Ukraine
Petro Porochenko
Référendum de 2014 en Crimée
Relations entre l’Ukraine et l’Union européenne
Résumé de géopolitique mondiale (1re partie)
Révolution orange
Révolution ukrainienne de 2014
Ukraine
Ukraine crisis is about Great Power oil, gas pipeline rivalry
Ukraine : pourquoi la Russie souhaite la fin de l’expansion de l’Otan en Europe de l’Est

Parus depuis :
Ottawa ne veut pas dire s’il a gelé des actifs russes au Canada (2022-03-17)
Les pertes militaires ukrainiennes, un secret très bien gardé (2022-03-31)
What The West (Still) Gets Wrong About Putin (2022-06-01)
Ukraine restricts Russian books and music in latest step of ‘derussification’ (2022-06-20)
Ukraine Is the Latest Neocon Disaster (2022-06-28)

Pour consulter tous les textes de ce blogue consacrés à la guerre russo-ukrainienne, veuillez cliquer sur ceci.

3 commentaires

| Géopolitique, Guerre russo-ukrainienne, Politique internationale | Mots-clés : | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


%d blogueurs aiment cette page :