Le pré-traitement photographique

30 novembre 2022

Introduction

À l’époque de la photographie argentique — c’est-à-dire de la photographie sur pellicule — les photos étaient développées de manière artisanale en chambre noire ou de manière commerciale en laboratoire.

En modifiant le temps de développement d’une image, on pouvait corriger un défaut d’exposition. Ce défaut pouvait être généralisé ou localisé.

En photographie numérique, on peut appliquer en quelques secondes des changements qui auraient pris un temps considérable en chambre noire.

On considère généralement que toutes les modifications subies par l’image après son enregistrement sur la carte-mémoire de l’appareil photo constituent du post-traitement.

En réalité, le post-traitement débute après que les photons de l’image aient touché le capteur de l’appareil photo. Donc, avant même que l’image soit enregistrée.

Dans le cas d’un JPEG par exemple, l’application de la balance de blanc déterminée à l’avance par la configuration de l’appareil est du post-traitement au même titre que le changement de la balance de blanc à l’ordinateur.

Le pré-traitement

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Avant l’invention de la photo numérique, une scène éclairée par une ampoule électrique possédait une teinte jaunâtre. Celle éclairée par un néon était verdâtre.

Pour corriger ces défauts, on vissait un filtre de couleur au-devant de l’objectif afin de corriger la température de la lumière (exprimée en degrés Kelvin). Cela s’appelait la correction des couleurs.

D’autre part, pour obtenir un flou artistique, le photographe pouvait ajouter de la buée sur la lentille avant de son objectif en y expirant la bouche grande ouverte et en s’empressant de prendre sa photo avant que la buée s’évapore.

Pour éviter cette évaporation, le photographe David Hamilton appliquait plutôt de la gelée de pétrole (Vaseline™) au pourtour d’un filtre transparent vissé à son objectif.

Bref, tout cela peut être qualifié de pré-traitement puisque l’image est traitée avant d’avoir atteint la pellicule (ou le capteur, dans le cas d’une photo numérique).

Pré- et post-traitement en photographie infrarouge

Autrefois couteuse et peu utilisée (sauf à des fins d’espionnage militaire), la photographie infrarouge a pris son essor avec l’avènement de la photographie numérique.

Le capteur d’un appareil photo numérique peut enregistrer non seulement la lumière visible, mais également l’ultraviolet et l’infrarouge.

Pour que les images qu’il capte ressemblent à ce que nos yeux perçoivent, on insère normalement dans le boitier un filtre qui bloque à la fois l’ultraviolet et l’infrarouge pour ne laisser passer que la lumière visible.

L’infrarouge noir et blanc

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En lui retirant le filtre qui bloque l’infrarouge pour le remplacer par un filtre qui, au contraire, bloque la lumière visible, l’appareil photo ne capte alors que l’infrarouge.

D’autre part, pour effectuer de la photosynthèse, la végétation absorbe le rouge et rejette le vert. Ce dernier, rebondissant à nos yeux, fait en sorte que la végétation nous apparait verte.

L’infrarouge correspond à la chaleur du soleil. Tout comme le blanc d’œuf coagulera à la cuisson, l’infrarouge dénature les protéines végétales, dont celles impliquées dans le métabolisme de la plante. Donc, la végétation doit impérativement s’en débarrasser puisque l’infrarouge représente pour elle une menace mortelle.

Et comme la végétation réfléchit beaucoup plus l’infrarouge que la lumière visible, le feuillage des arbres variera de vert moyen à vert foncé sur une photo couleur ordinaire, alors qu’il variera à l’infrarouge de très pâle à très foncé. En somme, le feuillage aura un écart dynamique beaucoup plus grand.

C’est l’avantage de la photographie de paysage en infrarouge et c’est ce qui explique sa popularité, une fois la photo transformée en blanc et noir.

L’infrarouge en fausses couleurs

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La photographie numérique a non seulement popularisé l’infrarouge, mais l’a fait bénéficier de techniques de traitement de l’image impossible à obtenir en chambre noire.

La substitution de canal et le recours à des balances des blancs personnalisées ont permis de conférer aux photos infrarouges des aspects éloignés du réalisme photographique.

Toutefois, un des tabous de l’infrarouge en fausses couleurs est que le ciel, s’il est visible sur la photo, doit être bleu. Le reste est sujet à toutes les licences.

L’infrarouge couleur

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C’est vers 2015 qu’un photographe français nommé Yann Philippe a mis au point un filtre qui permet, sur un appareil infrarouge à spectre complet, de mimer l’aspect de l’Aérochrome, une pellicule infrarouge de Kodak (aujourd’hui discontinuée).

Pour ce faire, M. Philippe a testé différentes combinaisons de filtres et en a choisi trois ou quatre qui, superposés, donnaient l’effet recherché.

Ce faisant, Yann Philippe donnait naissance à une nouvelle discipline au sein de l’infrarouge; l’infrarouge couleur.

En comparaison avec l’infrarouge en fausses couleurs, l’infrarouge couleur peut s’obtenir sans post-traitement. Ses filtres laissant passer certaines couleurs et en masquant d’autres. Bref, ils ne révèlent que des couleurs déjà présentes dans l’image.

En 2021, un deuxième style d’infrarouge couleur a été mis au point, soit l’infrarouge Rose bonbon.

L’un et l’autre marquent le retour en force du pré-traitement dans l’art photographique.

Pour terminer, précisons que l’infrarouge couleur est un sujet d’expérimentations et de recherche pour plusieurs praticiens de l’infrarouge.

© 2022 — Fedia Le Grill (Filtres utilisés : Lee No 115 Peacock Blue + GRB3)

Parmi ceux-ci, mentionnons Fedia Le Grill — photographe d’avant-garde œuvrant en Bretagne — qui a exploré l’utilisation en infrarouge des filtres Lee, conçus pour les éclairagistes de scène.

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Écrit par Jean-Pierre Martel


L’inclusion et la diversité au fédéral

27 novembre 2022

La lutte contre la discrimination sexuelle

Le Conseil de recherches en Sciences naturelles et en Génie du Canada (CRSNG) est un organisme subventionnaire du gouvernement fédéral.

Conformément aux directives d’Ottawa destinées à faire une plus grande place à la diversité, le CRSNG a ajouté à ses demandes de subventions la question obligatoire suivante :
« Sélectionnez l’orientation sexuelle qui correspond le mieux à la façon dont vous vous percevez présentement.»
❏ Asexuel/Asexuelle
❏ Bisexuel/Bisexuelle
❏ Gai/Gaie
❏ Hétérosexuel/Hétérosexuelle
❏ Lesbienne
❏ Pansexuel/Pansexuelle
❏ Allosexuel/Allosexuelle (“Queer”)
❏ Bispirituel/Bispirituelle
❏ Je ne m’identifie à aucune option proposée
❏ Je préfère ne pas répondre.

Le CRSNG s’assure ainsi que son attribution des fonds n’entraine pas de discrimination à l’égard des minorités sexuelles du pays.

Au ministère de la Défense

L’actuelle titulaire du poste de ministre de la Défense du Canada est l’honorable Anita Anand.

Afin de combattre la culture machiste qui règne dans nos armées et leur permettre d’accueillir enfin les personnes non binaires, celle-ci a décidé dernièrement de permettre aux soldats dits ‘masculins’ — c’est-à-dire aux soldats dotés d’un pénis — de porter une robe, du maquillage, des faux-cils, du vernis à ongles, de même que des boucles d’oreilles discrètes (moins de 2,5 cm de diamètre).

De plus, le port des sous-vêtements est maintenant facultatif à la condition que cela ne se voie pas.

Néanmoins, au cours des exercices militaires et au combat, chausser des souliers à talons hauts est encore défendu. Cet interdit se justifie pour des raisons sécuritaires… même si marcher sur une mine antipersonnelle donne le même résultat, peu importe les chaussures qu’on porte.

L’écriture woke

Le gouvernement canadien a dernièrement dévoilé un nouveau guide de rédaction de la correspondance française destiné à ses fonctionnaires et aux organismes parapublics fédéraux. Pour l’instant, ce guide est facultatif. Mais il pourrait ultérieurement devenir obligatoire.

Parmi toutes les mesures qu’on peut utiliser pour avoir l’air inclusif, rien n’est plus ostentatoire que l’adoption de l’écriture dite ‘inclusive’.

L’écriture inclusive est un ensemble de procédés de rédaction dont l’immense majorité est justifiée.

Toutefois, parmi ces procédés, le guide suggère l’utilisation de l’écriture woke. Celle-ci vise à combattre l’invisibilisation grammaticale des femmes, une source de grande injustice au pays.

C’est ainsi qu’au lieu d’écrire “Les bâtisseurs culturels montréalais”, on préfèrera écrire “Les bâtisseur·euse·s culturel·le·s montréalais·es.

Les Francophones qui auront de la difficulté à lire la correspondance fédérale écrite de cette manière conserveront leur droit d’exiger qu’Ottawa communique avec eux en anglais.

Conclusion

Le fonctionnement interne de la fonction publique fédérale se fait essentiellement en anglais.

En ordre décroissant, ce qu’on trouve dans la fonction publique fédérale, ce sont des Anglophones unilingues, des Francophones bilingues et des Anglophones bilingues. En somme, des gens qui ont en commun la connaissance de l’anglais.

On peut y faire carrière toute sa vie comme unilingue anglais, mais pas si on est unilingue français puisque dans ce cas, on n’y est jamais embauché.


 
Avant de se prétendre inclusif parce que son armée est ouverte au recrutement d’une poignée de soldats non binaires, Ottawa devra faire cesser sa discrimination à l’embauche qu’il exerce contre quatre-millions de francoQuébécois unilingues.

De la même manière, il serait temps d’abolir l’Apartheid juridique et constitutionnel dont sont victimes les peuples autochtones du pays.

Il est inacceptable que la Charte canadienne des droits et libertés ne s’applique pas aux peuples autochtones du pays, régis plutôt par le droit autochtone, un droit mesquin et infantilisant qui a valeur constitutionnelle et qui est indépendant de celui qui régit le reste de la population canadienne.

L’inclusion et la diversité dont se vante Ottawa ne servent qu’à couvrir le pays de ridicule sur la scène internationale. Ils ne s’attaquent pas aux problèmes fondamentaux du colonialiste canadian contre le peuple francoQuébécois et les peuples autochtones du pays.

Références :
Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada
Instructions sur la tenue
Notre sexualité ne vous regarde pas !
Pensionnats autochtones : la honte canadienne
Quatre-millions de Québécois victimes de discrimination à l’embauche
Un catalogue de vêtements non genrés pour les militaires canadiens
Un pas de plus pour l’écriture inclusive au Canada grâce aux lignes directrices du fédéral

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le début de la délocalisation industrielle de l’Allemagne

26 novembre 2022

BASF est le plus important groupe chimique au monde.

En juillet dernier, alors que le ministère allemand de l’Industrie effectuait des consultations pour déterminer quels secteurs industriels seraient autorisés à fonctionner cet hiver en cas de pénurie énergétique, le Conseil d’administration de BASF décidait, devant cette incertitude, d’effectuer à l’Étranger le plus important investissement de l’histoire de cette compagnie.

Dix-milliards d’euros : c’est la somme que BASF a décidé d’investir d’ici 2028 à son complexe industriel de Zhanjiang, une ville portuaire située dans le sud de la Chine.

Moins de deux mois plus tard, on procédait déjà à l’inauguration de la première usine de ce complexe. Celle-ci produira annuellement 60 000 tonnes métriques de matières plastiques à des fins électroniques ou destinées à l’industrie automobile.

BASF a choisi d’investir en Chine parce que la main-d’œuvre y est relativement économique, que les droits des travailleurs sont presque inexistants et surtout parce que ce pays s’assure de l’approvisionnement énergétique des entreprises sur son territoire (au contraire de l’Allemagne).

À l’occasion de la guerre en Ukraine, le harakiri économique des pays d’Europe occidentale accélère le déplacement du centre de gravité du développement économique mondial vers la région indopacifique (que vise justement à alimenter le complexe de Zhanjiang).

Références :
BASF inaugurates the first plant of its new Zhanjiang Verbund site
Germany Plans for a Winter Without Gas from Russia

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Écrit par Jean-Pierre Martel


L’Âge des Révoltes-II

25 novembre 2022

La levée du couvercle

Il y a une décennie, d’importantes émeutes avaient éclaté à Londres à la suite des mesures d’austérité décrétées pour renflouer The City — le district financier de la capitale britannique — à la suite de l’éclatement de la bulle spéculative des actifs adossés à des créances immobilières douteuses.

On pigeait alors dans la poche des travailleurs pour sortir les riches financiers londoniens du pétrin dans lequel ils s’étaient mis.

Au même moment, le Québec vivait son Printemps érable, lui-même consécutif au Printemps arabe déclenché en Tunisie.

Ont suivi des révoltes en Bolivie et au Liban, de même que celle des Gilets jaunes en France.

Puis est arrivé le Grand confinement planétaire destiné à limiter la progression de la plus redoutable pandémie depuis un siècle. Financé par la planche à billets des États, ce confinement a eu pour effet de mettre le couvercle sur la marmite des révoltes sociales.

Le monde s’en va chez le diable

La promesse du néolibéralisme, c’est que libérées de taxes et d’impôts, les entreprises auraient toute la liberté de créer des emplois et de la richesse pour tous. Du coup, l’avènement de ce monde promis par le néolibéralisme devait coïncider avec une période d’aisance et de prospérité inégalée dans l’histoire de l’humanité.

Effectivement, jamais la misère dans le monde n’a autant reculé qu’au cours des dernières décennies.

Toutefois, dans les pays riches, le cycle sans fin des réductions de taxes et d’impôts (lorsque les gouvernements disposent de surplus budgétaires) suivies d’une réduction des dépenses publiques (lorsque le ciel s’assombrit) a considérablement handicapé l’aptitude des États à s’acquitter de leurs responsabilités.

Avec comme résultat :
• les urgences des hôpitaux débordent,
• l’attente pour certaines interventions chirurgicales se compte en années,
• les écoles manquent d’enseignants,
• aucun projet majeur de logement social n’a vu le jour depuis des décennies,
• les rues sont cicatrisées de crevasses mal calfeutrées,
• les usines d’épuration arrivent à leur fin de vie,
• les douaniers peinent à empêcher le trafic transfrontalier des armes,
• les poursuites contre des criminels sont abandonnées en raison des délais excessifs à les juger,
• des dizaines de milliers de requérants au statut d’immigrant attendent l’examen de leur dossier,
• l’informatisation du système de paie des fonctionnaires fédéraux est un désastre, et
• les tablettes de nos pharmaciens se vident de certains médicaments essentiels (rappelant les pénuries en Europe de l’Est avant la chute du communisme).

Y a-t-il une seule personne au monde qui estime que tout cela est normal ?

Le creux du creux, ce sont ces semaines où le Canada s’est transformé en grande prison à ciel ouvert alors que des milliers de ses citoyens ne pouvaient plus quitter le pays, faute de passeports.

Il aurait suffi d’aviser les compagnies aériennes et les douaniers aux frontières que la date d’échéance des passeports émis était prolongée jusqu’à la fin de l’année — et de prioriser l’émission des passeports à ceux qui n’en ont jamais eu — pour que cette crise se résolve du jour au lendemain.

Mais apparemment, aucun des crétins qui nous dirigent à Ottawa n’y a pensé…

La rupture d’un contrat social

Toutes les assurances reposent sur la répartition du risque. L’assuré auquel aucun incident ne justifie une réclamation paie pour le malchanceux auquel un malheur est arrivé. En contrepartie, le premier des deux devient bénéficiaire de son assurance le jour où c’est lui qui est frappé par la malheur.

Pendant toute leur vie, des millions de Québécois en bonne santé ont payé pour les soins médicaux et hospitaliers prodigués aux malades.

Mais devenus vieux, beaucoup d’entre eux sont incapables d’obtenir ce retour d’ascenseur promis. En effet, les listes d’attente sont telles que ces patients risquent de décéder avant d’avoir reçu les soins que leur promettait le régime public d’assurance-maladie.

Si l’État était une compagnie privée, elle serait sujette à une condamnation par les tribunaux pour rupture de contrat et serait obligée de rembourser les primes annuelles payées inutilement depuis des décennies.

En privant les citoyens du filet de protection sociale auquel ils ont droit, l’État fait office de fraudeur contre lequel la colère populaire est justifiée.

Favoriser la mortalité du Covid-19

Pendant la première année de la pandémie au Covid-19, alors que des vaccins n’étaient pas encore disponibles, la Santé publique du Québec a favorisé la contamination de la population en faisant campagne contre le port du masque et, dans le cas précis de nos hospices, en menaçant de sanction les employés qui le portaient. Et ce, bien après la fin des pénuries à leur sujet.

Ce faisant, l’État québécois porte une lourde responsabilité au sujet des milliers de morts prématurées survenus dans nos hospices.

La trahison des élites européennes

En 2003, le président français Jacques Chirac avait provoqué la colère des États-Unis en refusant de cautionner la guerre que ce pays s’apprêtait à livrer en Irak. Les Américains s’étaient alors déchainés contre les intérêts français.

Par crainte des représailles américaines, plus tôt cette année, les dirigeants d’Europe de l’Ouest ont adopté une série de sanctions économiques contre la Russie, parmi lesquelles l’interruption volontaire de leurs approvisionnements en hydrocarbures en provenance de ce pays.

Ce faisant, ils ont forcé leurs industries lourdes à se sevrer brutalement d’une ressource à bon marché qui leur conférait un avantage compétitif face à leurs concurrents américains.

La perte de cet avantage est une incitation à délocaliser leur production vers les pays où les ressources énergétiques sont abondantes et peu couteuses. Soit parce que ces pays sont des producteurs d’énergie, ou soit parce que leurs dirigeants ont eu la sagesse de résister aux pressions américaines et, au contraire, de sécuriser leur approvisionnement.

Le résultat, c’est que des millions de travailleurs européens perdront leur emploi au cours des cinq prochaines années.

Le jeu de dominos

La Russie est un des principaux exportateurs mondiaux d’acier, d’aluminium, d’ammoniac, de fer, de nickel, de néon brut, de palladium, de céréales et d’engrais chimiques.

En brisant des milliers de chaines d’approvisionnement, le boycottage de la Russie par les pays occidentaux provoque une couteuse remondialisation qui se répercute auprès du consommateur sous forme de hausses de prix.

Et pour combattre l’inflation qu’ils ont causée, ces pays haussent leurs taux d’intérêt.

Même s’ils s’en défendent, il y a lieu de croire que cette hausse vise également à provoquer une récession économique qui diminuera la consommation mondiale d’hydrocarbures. Ce qui devrait entrainer une baisse des cours mondiaux et ainsi priver la Russie des revenus dont elle a besoin pour financer sa guerre en Ukraine.

Tant que la croisade occidentale contre Moscou n’entrainait pas d’inconvénients pour nous, elle suscitait l’adhésion de l’immense majorité des Occidentaux.

Mais après des décennies où on a cultivé la recherche du plaisir, valorisé l’amour-propre, et incité les adeptes des médias sociaux à mettre en scène leur bonheur (réel ou factice), faire appel à l’esprit de sacrifice ne suscite pas un enthousiasme généralisé…

Ceux qui refusaient hier de se sacrifier à porter un masque pour protéger ceux chez qui le Covid-19 est mortel sont ceux qui aujourd’hui refusent de se sacrifier pour punir ce méchant Poutine qui persécute les gentils Ukrainiens.

Déjà, le 3 septembre dernier, des dizaines de milliers de personnes protestaient à Prague contre l’inflation, contre l’Union européenne et contre l’Otan dont on critique l’expansionnisme toxique.

Depuis, la hausse substantielle des couts du chauffage hivernal a provoqué des manifestations en Allemagne et dans plusieurs pays d’Europe centrale (en Autriche, en République tchèque et en Slovaquie, notamment).

Le reste est prévisible; au fur et à mesure que le déclin économique de l’Europe se fera sentir, les pays d’Europe occidentale — déjà très endettés — devront pratiquer une rigueur budgétaire qui, selon sa sévérité, suscitera la grogne, les protestations ou la révolte.

Références :
BASF inaugurates the first plant of its new Zhanjiang Verbund site
Gaz, armes, céréales, Otan… Les Etats-Unis, grands gagnants de la guerre en Ukraine
L’expansionnisme toxique de l’Otan
Vaste manifestation à Prague contre l’inflation, l’UE et l’Otan

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Netflix : l’hameçonnage des données bancaires

20 novembre 2022


 
Votre abonnement à Nexflix sera bientôt annulé’. C’est sous ce titre que des millions de courriels ont été expédiés.

Essentiellement, le message prétend que Netflix éprouve des difficultés à transiger avec votre carte de crédit et vous demande d’entrer de nouveau vos informations bancaires.

En cliquant sur le lien proposé (Your account), on accède à une page web qui ressemble au site officiel de Netflix, mais qui se trouve en réalité à l’adresse protected.unasonrisaaldolor.org.

Surtout, ne répondez pas à ce courriel !

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Soir d’hiver

18 novembre 2022
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Interné dans une institution psychiatrique dès l’âge de 19 ans jusqu’à sa mort le 18 novembre 1941 (à 61 ans), Émile Nelligan est le plus connu des poètes québécois.

Composé en octosyllabes vers 1898, ‘Soir d’hiver’ est un de ses poèmes les plus connus.

Détails techniques : Olympus OM-D e-m5 infrarouge à spectre complet, objectif M.Zuiko 12-40mm F/2,8 + filtre vert jaunâtre B+W 061 + filtre bleu KB20 + filtre bleu 80C de Calumet + filtre polarisant PL-CIR d’Hoya
Photo a été modifiée en post-traitement à l’aide de Topaz Studio ; les modules logiciels Broken Bits et Starlight Glitter ont été appliqués.

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Transferts technologiques militaires vers l’Iran

13 novembre 2022

Introduction

Les États-Unis et la Grande-Bretagne fabriquent les missiles autopropulsés les plus précis au monde.

Ceux qu’ils livrent à l’Ukraine sont des missiles dont la distance maximale est limitée à quelques dizaines de kilomètres et donc, qui ne pourraient pas frapper Moscou, par exemple.

À l’exclusion de la taille de leur réserve de carburant solide, ces missiles sont dotés des mêmes technologies que celles qu’on retrouve dans les missiles les plus sophistiqués de l’arsenal occidental.
 

 
De son côté, l’Iran fabrique des missiles capables d’atteindre une cible située à 2 000 km… mais qui la rate habituellement à cause de leur imprécision.

Cette lacune est en voie d’être corrigée.

Le cadeau technologique russe

Afin de détruire les infrastructures électriques ukrainiennes, l’armée russe a utilisé, entre autres, des drones Shahed-136 iraniens. Cent-soixante d’entre eux ont été livrés à la Russie cet été.

Le cout d’un drone Shahed-136 est estimé à environ vingt-mille dollars. C’est beaucoup moins que les missiles occidentaux dont se sert l’armée ukrainienne pour les abattre (et qui réussissent dans la grande majorité des cas).

L’armée russe utilise donc des missiles iraniens de faible qualité dans le but de détruire les installations électriques sur lesquelles compte l’armée ukrainienne pour fonctionner. Mais également, la Russie s’en sert pour épuiser l’arsenal militaire défensif de l’Ukraine.

En contrepartie des drones iraniens, Moscou a expédié à l’Iran trois missiles occidentaux originellement destinés à l’Ukraine, mais qui ont été interceptés par ses soldats.

Il s’agit d’un missile sol-sol Javelin et d’un missile sol-air Stinger, tous deux de construction américaine. Le troisième était un missile sol-sol NLAW de fabrication britannique.

Le but est de permettre à l’Iran de copier la technologie occidentale et d’améliorer la précision de ses propres missiles.

Le salaire de la peur

Démanteler un engin explosif est toujours risqué.

De plus, les missiles occidentaux étant dotés d’un module de géolocalisation, dès qu’on démarre leur système d’exploitation, ces missiles transmettent leur position exacte aux satellites-espions américains (comme le fait chacun des téléphones multifonctionnels que nous utilisons).

Pour éviter que ses laboratoires deviennent des cibles militaires américaines ou israéliennes, l’Iran devra donc espionner le fonctionnement de ces missiles dans un lieu duquel aucune communication électronique ne peut s’échapper.

Pour pallier ces risques, l’avion-cargo qui acheminait les missiles occidentaux à l’Iran transportait également 140 millions d’euros en argent comptant (afin de contourner les sanctions occidentales).

Depuis 2019, les plus grosses coupures de monnaie européenne sont des billets de 200€. Cela signifie que l’avion en question transportait près de trois quarts de tonne de billets de banque.

Références :
Missiles iraniens : une dangerosité surfaite ?
Russia flew €140m in cash and captured Western weapons to Iran in return for deadly drones, source claims

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Les enfants torontois souffrent à cause du Québec

11 novembre 2022

Introduction

Depuis plusieurs mois, les pharmaciens canadiens sont aux prises avec une grave pénurie de médicaments pédiatriques contre la douleur. Non seulement ceux à base d’acétaminophène (Tylenol™), mais également à base d’ibuprofène (Advil™, Motrin™, etc.).

Plus récemment, c’est aussi le cas de l’amoxycilline, un des antibiotiques les plus prescrits chez les enfants.

La mondialisation

Contrairement à la mondialisation en général, la mondialisation de la fabrication des médicaments est un phénomène relativement récent.

Sous l’administration de G.W. Bush, les compagnies pharmaceutiques cherchaient un moyen de transférer la fabrication de médicaments vers des pays où les couts de la main-d’œuvre sont moindres.

Mais les règlements de la FDA (la Régie américaine des médicaments) obligeaient les douaniers à placer en quarantaine les cargaisons importées jusqu’à ce que les analyses prouvent que les médicaments sont conformes aux normes américaines.

À la suite des pressions de l’industrie, la FDA effectue maintenant des inspections afin de vérifier les procédures et le fonctionnement d’usines situées à l’étranger.

Lorsque ces usines répondent aux critères de la FDA, elles sont considérées comme si elles étaient situées en sol américain. Dès lors, le passage aux douanes de leur production devient une simple formalité.

Le résultat, c’est qu’une partie importante des médicaments que nous consommons viennent de Chine ou d’Inde. Non seulement les comprimés ou capsules viennent de ces pays mais la matière première qui a servi à leur fabrication vient également de ces deux pays.

La mondialisation repose sur les contrats à long terme conclus afin de minimiser et de stabiliser les couts de production.

Il suffit d’un problème d’approvisionnement — causé par un conflit inter-ethnique ou inter-religieux, une catastrophe naturelle locale, un conflit ouvrier ou des bris mécaniques — pour provoquer une pénurie de médicaments partout à travers le monde.

De plus, la rupture des chaines d’approvisionnement en raison des sanctions occidentales contre la Russie ont accessoirement compliqué l’approvisionnement de réactifs nécessaires à la synthèse de médicaments et de solvants pour les extraire.

Depuis plusieurs mois, la demande pour l’acétaminophène et l’ibuprofène a explosé dans le monde en raison des pandémies simultanées de trois virus respiratoires.

Souffrir à cause du Québec

Imprimé à près d’un demi-million de copies, le Toronto Star est le plus important quotidien du Canada.

Puisque le Canada semble, selon lui, être le seul pays au monde qui connait une pénurie prolongée d’acétaminophène, le quotidien torontois a cherché à savoir en quoi le Canada se distingue des autres pays.

Pour le Toronto Star, la particularité canadienne, c’est l’étiquetage bilingue obligatoire au pays.

Ailleurs qu’en Amérique du Nord, l’acétaminophène est connu sous le nom de paracétamol. Or le paracétamol est en rupture de stock dans de nombreux pays, dont l’Allemagne, la France, l’Irlande, le Pakistan, et aux Philippines.

Il n’est pas en pénurie aux États-Unis, parce que le prix des médicaments dans ce pays est plus élevé qu’ailleurs.

Lorsqu’il existe une pénurie mondiale, l’industrie pharmaceutique privilégie l’approvisionnement du marché américain parce qu’il est, de loin, le plus lucratif.

Conclusion

Le multiculturalisme est le tribalisme des sociétés anglo-saxonnnes.

Pour l’élite politico-médiatique canadian, dénigrer le Québec est une manière de proclamer la supériorité morale de sa tribu ou, comme dans ce cas-ci, de la présenter comme une victime.

En effet, ce que dit implicitement le Toronto Star, c’est que des milliers d’enfants canadiens souffrent parce qu’Ottawa, pour plaire au Québec, oblige les médicaments à être étiquetés en anglais et en français.

Ce bilinguisme obligatoire se justifiait à l’époque où on concevait le Canada comme un pays né de l’union de deux peuples fondateurs.
 

 
Mais nos jours, au Canada anglais, plus personne ne voit les choses de cette manière. Le Canada est perçu comme un pays multiculturel au sein duquel la minorité francophone perd de son importance démographique au fur que l’anglais progresse au Québec.

Posons-nous la question : parmi toutes les mères qui ne parlent pas anglais au pays, n’est-il pas discriminatoire que seules les mères unilingues françaises disposent d’un étiquetage dans leur langue ?

À deux reprises, par voie référendaire, les Québécois ont choisi de remettre leur sort entre les mains de la majorité anglo-canadienne.

Pour ceux qui savent lire entre les lignes, l’article paru dans le Toronto Star nous donne un aperçu de la place qui nous sera réservée dans le Canada de demain…

Références :
Anglicisation de Montréal depuis quinze ans
Canada’s children’s Tylenol shortage is getting worse — and bilingual labels are part of the problem
Germany sees alarming shortage in medicine
Le multiculturalisme ou le tribalisme des sociétés anglo-saxonnes
Les pénuries de médicaments
Santé : les ventes de paracétamol limitées à deux boîtes par personne pour éviter une pénurie
Tylenol et Advil pour enfants : Un média anglophone met la pénurie sur le dos du français

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Écrit par Jean-Pierre Martel


À l’Onu, le Canada refuse de condamner le nazisme

9 novembre 2022
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Le 4 novembre dernier, l’Assemblée générale de l’Onu adoptait une résolution qui condamnait le nazisme. Cette résolution est entérinée annuellement par l’organisation internationale depuis 2012.

Au fil des années, son texte s’est étoffé au point de compter maintenant douze pages. Toutefois, quant au fond, la résolution est demeurée la même.

Parmi les 105 pays qui ont voté en faveur de cette résolution, on trouve évidemment Israël. Les 104 autres sont des pays africains, asiatiques ou d’Amérique latine.

Les pays riches d’occident — l’Amérique du Nord et la presque totalité des pays européens (dont l’Allemagne) — ont refusé de condamner le nazisme.

Au-delà de son rejet explicite de l’idéologie du IIIe Reich, la résolution blâme également le néonazisme et les autres idéologies qui alimentent les formes contemporaines du racisme, de la discrimination raciale, de la xénophobie et l’intolérance qui lui est associée.

Le texte de la résolution ne blâme aucun pays en particulier. Ni explicitement ni par des sous-entendus.

Malgré cela, en raison de l’importance de l’extrême-droite aux États-Unis — au sein des forces policières, de même que dans les milieux judiciaires et politiques — ce pays s’est toujours senti visé par cette résolution. Voilà pourquoi, depuis 2012, il est contre.

Les ambassadeurs américains à l’Onu font valoir que cette résolution est partiale dans la mesure où elle stigmatise l’extrême droite sans condamner l’extrême gauche.

C’est un peu comme refuser d’appuyer le mouvement Black Lives Matter parce qu’il refuse de souligner également l’importance de la vie des ‘Blancs’.

Le vote du Canada du côté américain ne surprendra personne parmi ceux qui croient que sur la scène internationale, le Canada est le petit caniche des États-Unis.

De manière générale, l’opposition des pays riches d’occident s’explique par l’esprit de contradiction; cette résolution a été présentée par dix-sept pays, dont la Russie.

De nos jours, le fanatisme antirusse est tel que même une résolution tout à fait louable, si elle vient de Russie, doit être sujette aux sanctions internationales…

En gros, le vote a donc opposé les alliés militaires des États-Unis au reste du monde. La Turquie, membre rebelle de l’Otan, s’est abstenue.

Il est triste de constater que nos impôts servent à financer cet enfantillage diplomatique.

Références :
Pourquoi la France et 51 autres pays ont voté contre la résolution de l’ONU condamnant le nazisme
Résolution de l’Onu contre le nazisme

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Comment en est-on venus à prêter serment à un roi étranger ?

7 novembre 2022

La monarchie canadienne

À l’époque napoléonienne, Bonaparte décernait le titre de roi à des membres de sa famille placés à la tête de pays conquis par ses armées.

Dans ses colonies, le parlement anglais procédait différemment.

Chaque fois qu’il jugeait opportun de doter l’une d’elles d’une administration relativement autonome, Londres préservait le lien qui reliait cette colonie à la couronne britannique.

Si bien que le roi Charles III est non seulement roi de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord, mais également le monarque des autres royaumes du Commonwealth (dont celui du Canada).

En effet, notre pays est un royaume. Plus précisément, c’est une monarchie constitutionnelle dirigée par Charles III. Ce dernier dispose ici des mêmes pouvoirs régaliens que dans son pays natal dont, théoriquement, celui de rendre justice.

Voilà pourquoi les avocats qui portent plainte devant les tribunaux canadiens sont dits ‘avocats de la Couronne’, apposés donc aux avocats de la défense (de l’accusé).

C’est par une loi britannique adoptée par Londres en 1867 — le British North America Act — que le Canada a obtenu son autonomie gouvernementale.

Première puissance mondiale, la Grande-Bretagne se considérait à l’époque comme le modèle devant servir d’exemple à l’humanité tout entière.

Du coup, elle ne s’est pas contentée de maintenir le cordon ombilical monarchique; elle a carrément modelé le gouvernement du Canada sur son exemple.

Comme la Grande-Bretagne, le Canada est doté d’un parlement bicaméral, c’est-à-dire un parlement composé de deux chambres législatives sous l’autorité symbolique du monarque britannique.

Un parlement bicaméral

Ce parlement bicaméral est d’abord une chambre haute — appelée Sénat — sur le modèle de la Chambre des Lords britannique. Et une chambre basse, appelée Chambre des communes, comme à Londres.

La seconde est dite ‘basse’ parce qu’elle est soumise à l’autorité de la chambre haute. Aucune des lois votées par la Chambre des communes ne peut réellement entrer en vigueur sans son adoption par la chambre haute du pays.

En gros, la chambre basse, c’est celle du peuple. Et la chambre haute, celle des possédants.

La chambre haute

La Chambre des Lords fut créée au XIVe siècle.

À l’époque, la moitié de la population anglaise était serf. Ce qui signifie qu’on était tenu au travail forcé pour son seigneur (appelé Lord en anglais).

Puisque le domaine seigneurial est un bien héréditaire, une partie des Lords anglais se transmettaient ce titre de père en fils.

Pendant des siècles, les Lords anglais étaient donc de riches propriétaires terriens issus de la noblesse ou du haut clergé. Leur fortune était telle qu’ils avaient les moyens de lever une armée et de menacer l’autorité du roi.

Leur offrir au parlement une assemblée dotée d’un droit de véto lorsque les élus du peuple menaçaient leurs intérêts, c’était non seulement du réalisme politique, mais également une manière de les associer au pouvoir royal (puisque c’était le roi qui les nommait).

En somme, le roi récompensait les nobles qui lui mangeaient dans la main.

Dans son zèle à modeler le gouvernement du Canada sur son exemple, la Grande-Bretagne a tenu à imposer au pays un Sénat semblable à la Chambre des Lords britannique.

Selon la constitution de 1867, on ne peut être nommé au Sénat que si on possède des terres d’une valeur minimale de 4 000 piastres (sic) dans la province ou le territoire que l’on représente ainsi que des propriétés mobilières et immobilières d’une valeur minimale de 4 000 autres piastres en sus de toutes ses dettes et obligations.

Ces exigences ont été reconduites dans la Canadian Constitution de 1982.

De nos jours, Ottawa estime que pour être nommé au Sénat, on doit être un propriétaire libre de dettes et posséder un actif supérieur à 8 000$ sur son passif.

Cette interprétation littérale du British North America Act n’en respecte pas l’esprit.

En 1867, l’intention du législateur anglais était de créer au Canada une chambre haute sur le modèle de celui en Grande-Bretagne, c’est-à-dire qui perpétuait les inégalités sociales héritées du Moyen-Âge. En réalité, ce surplus de l’actif sur le passif représente 160 000 dollars (en dollars d’aujourd’hui).

Si un jour, Ottawa devait menacer de faire invalider toutes les lois du Québec parce que certains députés québécois n’ont pas prêté serment au roi d’Angleterre, Québec pourrait répliquer en menaçant de faire invalider toutes les lois fédérales parce viciées en raison de leur adoption par certains sénateurs qui n’étaient pas suffisamment fortunés…

Dans les faits, le sénat canadien, tout comme son modèle anglais, est un club de riches; même ceux qui peuvent clamer leurs origines modestes sont en réalité des parvenus.

La chambre basse

L’élection des députés canadiens au suffrage universel date de 1960. En effet, les femmes durent attendre jusqu’en 1918 pour obtenir le droit de vote au fédéral. Et finalement, les Autochtones n’eurent ce droit qu’en 1960.

Contrairement à ce qui se passe en France ou aux États-Unis, les citoyens du Canada n’élisent pas directement le premier ministre. On vote pour son député. Et le chef du parti qui en fait élire le plus devient premier ministre.

Les élus ne deviennent officiellement députés qu’après avoir prêté serment d’allégeance au roi d’Angleterre. D’où vient cette coutume ?

Après des siècles de guerre civile entre Catholiques et Protestants, on institua en Angleterre le serment du Test. Comme son nom l’indique, ce serment était un test pour empêcher les Catholiques d’occuper n’importe quelle charge politique, judiciaire et administrative de l’État anglais.

Par ce serment, on prêtait allégeance au roi d’Angleterre (chef de l’Église anglicane), on rejetait l’autorité du pape, et on déclarait ne pas croire à la transsubstantiation (un dogme catholique rejeté par l’anglicanisme).

Pour que ce test soit encore plus explicite, on lui ajouta en 1678 la réprobation du culte de la Vierge et des saints comme étant une forme d’idolâtrie.

Toutefois, en raison de la Révolution américaine (1775-1784), La Grande-Bretagne jugea bon adoucir ce serment afin de ne pas inciter les ‘Canayens’ — le nom donné aux Francophones catholiques du Québec — à se révolter eux aussi contre la Couronne britannique.

Le serment du Test fut donc remplacé par un nouveau serment exigeant seulement l’allégeance à la couronne britannique, sans référence explicitement anticatholique.

En se dotant d’une nouvelle constitution en 1982, le Canada avait une belle occasion d’abandonner cette coutume vieillotte.

En réalité, la motivation première d’Ottawa à doter soudainement le pays d’une nouvelle constitution était de contrer les dispositions de la Loi 101 du Québec, adoptée cinq ans plus tôt, qui proclamait le droit collectif d’assurer la pérennité de la langue française au Québec.

Obsédés par cette ‘menace’, les procureurs chargés de rédiger le nouveau texte constitutionnel canadien ont oublié de corriger cette situation ridicule qui consiste à obliger les élus du parlement canadien à prêter allégeance à un roi étranger plutôt qu’au peuple canadien.

Quant aux élus de l’Assemblée nationale du Québec, peuvent-ils ou non être dispensés de cette coutume arriérée ? Le Parti Québécois le croit. D’autres en doutent.

N’ayant pas lu les avis juridiques des experts constitutionnels consultés par le PQ, je me contenterai de tirer une conclusion évidente; le Canada fait dur.

Références :
La Canadian Constitution de 1982 : une constitution verrouillée
Chambre des lords
La monarchie constitutionnelle canadienne vieillit mal
Loi électorale du Canada
Serment du Test

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Écrit par Jean-Pierre Martel


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