Les importations chinoises de pétrole
La Chine est un pays producteur de pétrole. Celui-ci assure environ 30 % des besoins du pays. Le reste, soit 70 %, doit être importé.
Selon l’Administration générale des douanes chinoises, les principaux fournisseurs de pétrole à la Chine sont les pays suivants.

Dans le camembert ci-dessus, on remarquera l’absence de l’Iran. Pourtant, on nous dit que la Chine achèterait 80 % du pétrole iranien. Qu’en est-il ?
En réalité, pour contourner les sanctions américaines, le pétrole importé d’Iran est étiqueté comme provenant de Malaisie. C’est ainsi que la Chine importe 2,4 fois plus de pétrole ‘malaisien’ que la Malaisie en produit.
On estime que le pétrole iranien représente officieusement 15 % des importations de Chine. Ce qui assure environ 11 % de ses besoins.
Les réserves stratégiques chinoises
À l’exception de la route arctique de la soie (qui longe les côtes arctiques de la Fédération de Russie), tous les océans du monde sont sous contrôle américain.
Ce qui signifie que Washington est capable d’exercer des pressions considérables sur la Chine puisque celle-ci ne peut compter que sur son propre pétrole et sur celui qu’elle importe de Russie. Ce qui est insuffisant pour assurer ses besoins.
D’où les efforts (beaucoup plus important qu’on pense) de la Chine pour décarboner son économie. Entretemps, la Chine pallie sa vulnérabilité en accumulant les plus importantes réserves stratégiques de pétrole au monde.
Près des villes de Zhejiang, Shandong, Guangdong et Fujian, la Chine a créé d’immenses réservoirs capables d’entreposer, au total, 1,3 milliard de barils de pétrole. Ce qui correspond à six mois de consommation chinoise ou, avec rationnement, à un an d’autonomie pour le pays.
Parce que souterraines, ces réserves échappent à la surveillance satellitaire américaine, incapable de les géolocaliser.

Le blocage du détroit d’Ormuz ne représente donc pas un danger immédiat pour la Chine. D’autant plus que son allié iranien laisserait passer, dit-il, les pétroliers et les méthaniers à destination de la Chine.
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Aparté au sujet des réserves stratégiques américaines
Lorsqu’elles sont à leur maximum, les réserves stratégiques américaines représentent la moitié des réserves stratégiques chinoises.
De plus, avant la décision récente de Washington de puiser dans les réserves américaines pour tenter de faire baisser le prix du pétrole, les réservoirs étaient déjà à moitié vides.
Ce qui n’a pas d’importance.
Les réserves stratégiques américaines ont été créées à l’époque où les États-Unis dépendaient du pétrole saoudien. Ce n’est plus le cas.
Devenus exportateurs de pétrole, les États-Unis n’ont plus besoin de réserves stratégiques puisqu’en tout temps, la production américaine est capable de répondre à 100 % des besoins industriels et civils du pays.
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Les exportations chinoises d’engrais
En raison du blocage du détroit d’Ormuz, les pays du Golfe sont dans l’impossibilité d’exporter non seulement leurs hydrocarbures, mais également les sous-produits de leur industrie pétrolière et gazière que sont les engrais et l’hélium.
Selon nos médias, le tiers du transport maritime des engrais transiterait par le détroit d’Ormuz.
Puisque la Russie est un des principaux producteurs mondiaux d’engrais, son boycottage par les pays occidentaux fait en sorte que toute interruption de l’approvisionnement en provenance des pays de rechange à la Russie prend une importance démesurée.
Or c’est actuellement le temps des semis dans les pays tempérés. La simple crainte de manquer d’engrais a provoqué une augmentation spéculative du prix des engrais sur les marchés mondiaux.
Selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, la Chine était, en 2021, le quatrième producteur mondial d’engrais potassiques et le principal producteur mondial d’engrais azotés et d’engrais phosphatés.
Même si on peut soupçonner que la position de la Chine dans ce palmarès a changé depuis cinq ans, il est certain que la Chine est bien placée pour profiter de l’augmentation actuelle des prix.
Les effets économiques indirects sur la Chine
Les impacts directs de la Troisième guerre du Golfe sur la Chine ne doivent pas nous faire oublier ses effets indirects.
La Chine est le plus important exportateur mondial de biens manufacturés.
Une récession mondiale causée par une augmentation importante du prix du pétrole affectera la Chine indirectement. En effet, si les acheteurs de biens chinois rencontrent des difficultés financières, ils vont remettre à plus tard l’achat de ce qu’ils comptaient acheter dès maintenant.
Donc, tout ralentissement de l’économie mondiale est une mauvaise nouvelle pour la Chine.
Mais à l’opposé, l’augmentation importante et prolongée du prix des hydrocarbures rend plus avantageuse la décarbonation de l’économie. Or la Chine est le plus important fournisseur des moyens pour y parvenir (voitures électriques, panneaux solaires, batteries au lithium, etc.).
Les pays qui, sous la menace de tarifs douaniers américains, ont retardé leur transition écologique se rendent maintenant compte que cela était une erreur.
Si, à l’exemple de Cuba, ces pays veulent se procurer massivement des outils de décarbonation, la Chine est le pays qui peut répondre le plus rapidement à cette demande, autant en raison de ses capacités industrielles que de son expertise en logistique.
Voilà pourquoi, dans une certaine mesure, la Troisième guerre du Golfe sert les intérêts économiques de la Chine.
L’exemple du transport aérien
Depuis quatre ans, en réaction aux sanctions européennes contre la Russie, ce pays a interdit aux compagnies aériennes occidentales de survoler son territoire, de même que celui de l’Ukraine.
Le détour que doivent emprunter leurs avions pour relier la Chine à l’Europe prend deux à trois heures de plus. Or chaque heure de vol coute dix-mille dollars américains.

Depuis le début de la Troisième guerre du Golfe, ces avions doivent également éviter le Moyen-Orient. Au total, c’est tout le territoire en rouge sur la carte ci-dessus.
Ce qui les oblige à un détour encore plus grand par le sud.
De leur côté, les avions chinois doivent eux aussi éviter le Moyen-Orient et l’Ukraine. Mais ils peuvent survoler le territoire de la Fédération de Russie et ainsi, relier directement la Chine à l’Europe.
Cet avantage concurrentiel fait en sorte qu’il y a deux jours, les transporteurs aériens chinois annonçaient l’ajout, d’ici le mois d’octobre, de près de trois-mille vols reliant la Chine à l’Europe. Pendant ce temps, leurs concurrents européens annulent une partie des leurs.
Géostratégie chinoise au Moyen-Orient
• La doctrine chinoise en matière de politique étrangère
L’idée de privilégier le commerce avec des pays dont les valeurs morales ou les régimes politiques sont apparentés au nôtre découle de la longue tradition coloniale des puissances européennes.
À l’exception de l’époque de Mao Zedong, la politique extérieure de la Chine a toujours consisté à commercer avec tous ceux qui étaient prêts à échanger leur or pour des marchandises chinoises. Que ces clients soient des monarques éclairés, des empereurs tyranniques, des seigneurs de la guerre, ou de simples marchands.
C’est ce qui explique que la Chine fut la plus grande puissance économique du monde jusqu’au milieu du XIXe siècle.
Pour rassurer les pays inquiets du retour de la Chine en tant que première puissance mondiale, les dirigeants chinois essaient de différencier leur pays de son belliqueux rival, les États-Unis.
Voilà pourquoi la Chine n’a jamais pris part aux coalitions mises sur pied par les États-Unis pour imposer l’ordre mondial par la force.
• La stratégie secrète de la Chine
Dans le cas de la Troisième guerre du Golfe, la stratégie chinoise consiste à contribuer à l’affaiblissement militaire des États-Unis en aidant clandestinement l’Iran à se défendre. Comme les pays occidentaux soutiennent l’Ukraine pour affaiblir militairement la Russie.
C’est ainsi que l’amélioration considérable de la précision des missiles iraniens depuis la guerre des Douze Jours s’expliquerait par la fourniture de données de géolocalisation à l’Iran par la Chine.
• La perte de confiance envers l’Occident
Les réserves d’équipement militaire des pays européens sont à leur plus bas en raison de leur fourniture d’armement à l’Ukraine depuis quatre ans. Si bien que ces pays doivent importer des armes américaines pour les donner à l’Ukraine tellement ils en manquent.
Lorsque les États-Unis redéploient leurs intercepteurs les plus puissants de la Corée du Sud vers le Moyen-Orient, les voisins de la Chine réalisent qu’ils ont intérêt à développer de bonnes relations avec la Chine plutôt que de chercher à devenir ses ennemis militaires. Puisqu’en pareil cas, ils ne peuvent pas compter sur un appui indéfectible de Washington.
Les États-Unis ont été pris de court par la guerre israélo-palestinienne et entrainés par Israël dans une guerre prématurée contre l’Iran. Voilà pourquoi ils sont incapables d’assurer la défense des pétromonarchies.
Ils réservent actuellement leurs intercepteurs et leurs missiles sol-air à la protection de leurs bases militaires. Ce qui tombe ailleurs…
Les pays du Golfe croyaient que de permettre l’installation d’une base militaire sur leur territoire leur donnait des garanties de sécurité. Ils réalisent maintenant qu’ils ne peuvent compter que sur leurs propres moyens.
Pour éviter une généralisation du conflit, Washington refuse de leur accorder les clés numériques, valables pour 48 heures, qui leur permettraient d’utiliser leurs bombardiers américains pour répliquer à l’Iran. Cette impuissance les irrite au plus haut point.
Limités à ne recourir qu’à des moyens défensifs (déjà épuisés), les Émirats et le Koweït ont dernièrement passé une commande de seize-milliards de dollars pour acheter des radars, des intercepteurs, des missiles de moyenne portée et accessoirement des munitions pour les bombardiers F-16 (qu’ils espèrent éventuellement pouvoir utiliser).
Même si les pays du Golfe n’ont pas renoncé à leur alliance avec Washington (qui leur a été précieuse en d’autres circonstances), leur désillusion actuelle est une aubaine pour la Chine.
Celle-ci espère que ces pays hésiteront moins à dédollariser partiellement leur économie et à acheter éventuellement de l’équipement militaire chinois.
Au sujet de la dédollarisation, la pression vient de l’intention iranienne d’instaurer un péage au détroit d’Ormuz (payé préférablement en yuans). Un tel péage pourrait rapporter annuellement l’équivalent de 80 milliards de dollars.
Puisque les eaux territoriales de l’Iran et d’Oman s’étendent sur 21 km de part de d’autres du détroit d’Ormuz, la largeur de celui-ci (55 km) laisse une dizaine de kilomètres de navigation en eaux internationales. Malheureusement, ces dernières ne sont pas suffisamment profondes.
Dans sa partie iranienne, la profondeur maximale du détroit est de 40 mètres alors qu’un porte-avions possède un tirant d’eau de 38 mètres. Il suffit de couler n’importe quel bateau dans le chenal iranien pour y bloquer la navigation maritime.
D’autre part, la course aux armements, déclenchée en 2014 par les pays de l’Otan et accélérée sous la pression de Donald Trump, se bute maintenant à un obstacle insurmontable; les limites imposées par la Chine à ses exportations de terres rares.
Concrètement, si les pays du Golfe comptent sur l’industrie militaire occidentale pour leur fournir tout ce dont ils ont besoin pour se protéger, ils devront s’attendre à des délais d’approvisionnement. Par opposition, l’industrie militaire chinoise ne souffre pas de cette contrainte.
Pour comparer l’efficacité des armes produites par la Chine, on doit analyser les rares conflits au cours desquels elles ont été utilisées.
L’an dernier, lors d’un court affrontement entre l’Inde et le Pakistan, un avion de chasse chinois de dernière génération a permis au Pakistan d’abattre à lui seul cinq avions de chasse indiens (trois Rafale français, de même qu’un MiG-29 et un Soukhoï SU-30 russes).
De manière générale, la Chine diplôme 1,3 million d’ingénieurs par année. Conséquemment, ce n’est plus qu’une question de temps pour que les armes chinoises les plus perfectionnées dépassent leurs équivalents occidentaux.
Du point de vue géostratégique, la Chine compte émerger comme première puissance mondiale par quatre moyens :
• en investissant massivement dans les industries d’avenir,
• en se dotant d’une main-d’œuvre disciplinée et compétente ou, à défaut, de robots humanoïdes,
• en créant les infrastructures qui sont nécessaires à ses exportations et à son approvisionnement en matières premières,
• en évitant de déclencher des guerres ruineuses comme celles dans lesquelles s’enlise l’Occident.
Références :
China’s airlines add 2,900 flights to Europe as Russia access pays dividends
Énergie en Chine
Et si la Chine profitait du conflit au Moyen-Orient?
Guerre des Douze Jours
Inde-Pakistan : l’opération militaire indienne a révélé les faiblesses de son armée de l’air
Iran war could boost China’s ‘petroyuan’ and weaken US dollar dominance, analysts say
La Chine, leader de la décarbonation des économies du Sud
Le blocage du détroit d’Ormuz menace de fortes perturbations le marché des engrais et les importations agricoles au Moyen-Orient
Regard sur la dynamique du commerce international des engrais
Tehran’s ‘toll booth’: How Iran picks who to let through Strait of Hormuz
Washington approuve une nouvelle vente d’armes de trois milliards de dollars à Israël
Where China Gets Its Oil: Crude Imports in 2025 Reveal Stockpiling and Changing Fortunes of Certain Suppliers, Including Those Sanctioned
Why China’s strategy to stay out of Iran war is working – and crisis may spur opportunity
Complément de lecture : Les dessous de la Troisième guerre du Golfe
Écrit par Jean-Pierre Martel


























