Pendant quelques années, le théâtre de la guerre russo-ukrainienne a été limité au territoire de l’Ukraine.
En fournissant à l’Ukraine des drones et des missiles dont la portée est de plus en plus grande et en fournissant à ce pays des données satellitaires lui permettant de frapper le territoire russe dans la profondeur, les pays de l’Otan visaient deux objectifs.
Premièrement, susciter le mécontentement du peuple russe à l’égard de cette guerre. Et deuxièmement, saboter les installations pétrolières qui permettent à la Russie de financer son offensive armée.
En réalité, les frappes ukrainiennes ont fait croitre les pressions exercées sur Poutine pour qu’il accélère la capitulation de l’Ukraine.
En effet, on lui reproche en Russie d’avoir mis trop de temps à détruire le réseau ferroviaire de l’Ukraine (qui achemine les armes au front) et le réseau électrique (qui alimente l’effort de guerre).
Le b-a-ba de n’importe quel conflit armé est de priver l’ennemi des ressources qui lui sont nécessaires pour guerroyer.
Quant à l’expansion de la guerre en territoire russe, elle a été couronnée de succès jusqu’ici. Même si les installations pétrolières russes ont été réparées rapidement, cela a réduit la production russe d’hydrocarbures et a forcé la Banque centrale de Russie à vendre une partie de ses réserves d’or (les plus importantes au monde).
La réaction de Moscou a été d’avertir les pays de l’Otan que l’expansion de la guerre se ferait aussi en territoire européen. Explicitement, par des actes de sabotage.
On peut paraphraser la menace de Moscou de la manière suivante : « Frappez mon territoire et je répliquerai en frappant le vôtre.»
Oublions les cas anodins de ces drones inoffensifs qui ont atterri sur le territoire des pays d’Europe de l’Est.
Cet été, l’Allemagne a été confrontée à des attaques répétées contre ses infrastructures énergétiques.
Depuis quelques jours, des pirates informatiques ont provoqué la perte des aliments congelés dans un grand nombre de supermarchés situés dans sept pays européens : en Belgique, en Estonie, en Finlande, en France, en Irlande, au Luxembourg, et en Suède.
Hier, des vols aériens intraeuropéens ont été annulés et une croisière a été interrompue en raison d’appels à la bombe.
Aujourd’hui, le quotidien The Guardian révélait que des pirates informatiques avaient accédé au contrôle de la réfrigération de trois banques de sang situées en France et avaient provoqué la destruction de leurs stocks.
Pour l’instant, on ne possède aucune preuve qui suggèrerait une responsabilité directe de la Russie dans la commission de ces méfaits. Et il est possible qu’on n’en ait jamais la preuve.
La Russie n’a pas besoin d’opérer des cyberattaques à partir de son territoire ni d’avoir des liens contractuels avec des malfaiteurs domiciliés en Europe occidentale.
Tout ce qu’elle a besoin de faire est de convaincre des partisans de l’action directe que commettre des actes de sabotage est un mal nécessaire pour assurer le triomphe de la ‘noble cause’ qu’ils défendent.
Il y a plus d’une décennie, la Russie finançait à Saint-Pétersbourg une ‘usine à trolls’, c’est-à-dire une entreprise dont les centaines d’employés publiaient des milliers messages de propagande sur les médias sociaux.
Les révoltes populaires qui éclatent actuellement en Europe n’ont pas été causées par la Russie. Toutefois, il ne faudrait pas s’étonner d’apprendre que le Kremlin alimente à la fois la colère des protestataires et les appels à la fermeté contre eux par les forces de l’ordre. Le tout pour monter les uns et les autres et transformer les protestations en révoltes, voire en insurrections.
D’autre part, dans le cas particulier des cyberattaques, notre liste permanente de vols de données par l’internet démontre que des malfaiteurs peuvent accéder à tout ce qui est connecté à l’internet.
Puisque l’économie mondiale repose en bonne partie sur l’internet, on imagine facilement l’ampleur des dégâts que pourrait causer une guerre informatique totale entre la Russie et l’Occident…
En conclusion, la chicane, on sait comment ça commence, mais on ne sait pas comment ça finit. Une chose est certaine; ça finit toujours mal.
Références :
Drone explosif à Leipzig – L’Allemagne alerte sur une « nouvelle dimension de menace »
En Allemagne, les autorités ouvrent une enquête antiterroriste après une explosion près d’une centrale thermique dans l’est du pays
French blood banks hacked in latest cyber-attack on Europe
Les cyber-adorateurs
Russia’s alleged sabotage campaign in Europe raises fears of escalation
Russia sells 6.2 tonnes of gold in September as bullion reserves fall to lowest level since 2019
String of bomb threats on flights, cruise ship disrupt travel across Europe
Who is hacking Europe’s supermarket fridges and freezers, and why?
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Écrit par Jean-Pierre Martel


























