Pénurie de gants chirurgicaux en vue ?

Publié le 22 avril 2026 | Temps de lecture : 3 minutes

La société malaisienne Karex est le plus important fabricant de condoms au monde. Elle en fabrique plus de cinq-milliards par année, vendus sous diverses marques dont Durex™ et Trojan™.

L’entreprise annonçait hier qu’en raison des pénuries engendrées par la Troisième guerre du Golfe, elle hausserait de 30 % le prix de ses contraceptifs.

En 24 heures, cette nouvelle a fait le tour du monde.

Toutefois, ce qui a échappé à l’attention des médias, c’est que les ingrédients qui servent à faire des condoms (le latex, le nitrile, le polyuréthane et le polyisoprène) servent également à fabriquer des gants chirurgicaux.

Normalement, l’augmentation des prix fait diminuer la demande… sauf lorsque celle-ci est inélastique. En sciences économiques, est qualifiée d’inélastique la demande d’un bien ou d’un service qui varie peu, même en cas de forte variation de prix.

C’est le cas des gants chirurgicaux. Même si les prix devaient doubler ou tripler, la demande ne diminuera pas.

Ce qui laisse entrevoir la répétition de ce qui s’est passé en février et en mars 2020 au sujet des masques chirurgicaux.

Rappelons les évènements.

En janvier 2020, l’épidémie au Covid-19 n’a pas encore frappé le Québec. Ce mois-là, le directeur de la santé publique de Chine — la personne la plus compétente pour en parler — répète à qui veut l’entendre qu’une très grave épidémie s’apprête à frapper le monde et que celle-ci s’attrape en inhalant les gouttelettes respiratoires de personnes infectées.

Prenant acte de cet avertissement, l’Alberta achète le moins suivant des quantités très importantes de masques chirurgicaux.

Pendant ce temps, au Québec, la Santé publique est dirigée par des incompétents. Prétendant s’appuyer sur la science, son directeur déclare au Devoir, le 5 février 2020, que la grippe saisonnière était plus à craindre que le coronavirus.

Un mois plus tard, à son retour de vacances du Maroc, il rassure la cellule de crise créée par le premier ministre; le Québec ne manquera pas de masques de protection, dit-il.

Le reste est connu; ce fut un fiasco.

Dans les mois qui viennent, est-ce que nos hôpitaux manqueront de gants chirurgicaux ?

Personne ne le sait.

Le principe de précaution exige que le Québec fasse le plein de gants comme l’Alberta a fait le plein de masques en 2020. Au risque de réaliser par la suite qu’on s’est affolé pour rien.

Au contraire, si on évite d’agir par peur de se tromper, cela pourrait entrainer que des milliers d’opérations seront remises à plus tard parce que nos chirurgiens et leurs assistants manqueront de gants.

Références :
Covid-19 – Histoire d’un fiasco
World’s biggest condom maker set to raise prices due to Iran war

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Écrit par Jean-Pierre Martel


La Troisième guerre du Golfe et la perfide Albion

Publié le 21 avril 2026 | Temps de lecture : 3 minutes

Introduction

Le 1er mars dernier, des drones iraniens ont été tirés vers une base militaire que la Grande=Bretagne possède sur l’ile de Chypre, en Méditerranée.

Aussitôt, Londres a fait savoir qu’elle s’opposait à ce que ses bases militaires soient utilisées par les États-Unis pour des attaques en Iran. Du moins contre des cibles politiques ou économiques précise le quotidien The Independant.

Cette condition — qui s’apparente à un vœu pieux — ne s’applique pas aux bases que les États-Unis possèdent en sol britannique.

Alors que plusieurs pays européens interdisent à l’aviation militaire des États-Unis de survoler leur territoire, la Grande-Bretagne n’a pas jugé bon de le faire.

La base américaine de Fairford

De toutes les bases américaines en Europe, celle de Fairford (en Grande-Bretagne) possède la plus longue piste d’atterrissage.

Au cours des dix premiers jours de la guerre, c’est à cette base que cinq bombardiers B-1B et trois B-52s américains ont fait le plein de munitions avant d’aller bombarder l’Iran.

Entre autres, ils y ont chargé des bombes de 900 kg, renommées pour leur effet dévastateur mais qui évitent miraculeusement les cibles civiles, parait-il.

De l’armement britannique pour Israël

Moog est une société militaire américaine qui possède quelques usines en Grande-Bretagne, dont une à Wolverhampton.

Le 23 mars, à partir de cette usine, un camion d’UPS a transporté du matériel militaire à destination de l’aéroport de Liège, en Belgique. La cargaison devait être ensuite acheminée par avion en Israël par l’intermédiaire de la compagnie de fret belgo-israélienne Challenge.

La Belgique interdisant le transport aérien de matériel militaire à partir de son territoire, la cargaison a été interceptée par des douaniers belges.

L’enquête a démontré rétroactivement que dix-sept autres transits avaient été effectués précédemment.

Conclusion

Sans doute pour protester contre le fait que Washington ne l’a pas consulté ni même avisé avant de déclencher la Troisième guerre du Golfe, Londres a déclaré, dès les premiers jours du conflit : « Cette guerre n’est pas notre guerre.»

Aussi ‘étrangère’ soit-elle, celle-ci n’en demeure pas moins une occasion d’affaires à laquelle Londres a du mal à résister… comme probablement bien d’autres pays.

Références :
Attaque de drones iraniens sur Akrotiri et Dhekelia durant la Guerre d’Iran de 2026
Belgium seizes arms shipment sent from Britain to Israel
Britain says it’s not at war after a drone strikes its Akrotiri base in Cyprus
Du matériel militaire destiné à Israël bloqué à l’aéroport de Bierset
Guerre au Moyen-Orient: « Ce n’est pas notre guerre » réaffirme le Premier ministre britannique, Keir Starmer
Moog
Perfide Albion
Starmer says US strikes on Iran won’t be launched from Cyprus after row over UK bases
U.S. Air Force B-1 And B-52 Bombers Now Striking Iran From The UK

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Trump pourrait gagner la guerre en Iran

Publié le 19 avril 2026 | Temps de lecture : 7 minutes

Une occasion ratée

Ce qui s’est passé au Pakistan il y a une semaine n’a pas été une négociation, mais une rencontre.

L’Iran y avait délégué 71 personnes et s’attendait à ce que les pourparlers durent plusieurs jours. Toutefois, après une vingtaine d’heures, la délégation américaine a mis abruptement fin à la discussion.

En gros, la délégation américaine a tenté de convaincre les Iraniens qu’on devrait remettre la pâte dentifrice dans le tube. C’est-à-dire cesser les hostilités (comme avant la guerre), rouvrir le détroit d’Ormuz (comme il l’était avant) et continuer l’imposition de sanctions économiques à l’Iran (comme si rien ne s’était passé). Et seules différences; l’abandon du programme nucléaire iranien et du financement de ses alliés dans la région.

En somme, Washington se rendait au Pakistan afin de recueillir la capitulation de l’Iran.

Pour les Iraniens, cette guerre est une occasion de crever l’abcès.

Et l’abcès, ce sont des décennies de sanctions économiques, des attaques aériennes israéliennes à répétition, des assassinats ciblés (contre un général iranien, tué par décision de Trump) ou contre des scientifiques œuvrant au programme nucléaire iranien (tués par Israël).

L’Iran en a assez.

Si ce pays devait simplement accepter la fin des hostilités sans qu’on ait réglé les problèmes de fond, cette guerre n’aura servi à rien.

Aussitôt la guerre terminée, des capitaux occidentaux et des fonds souverains arabes entreprendront le creusage d’un canal qui permettra d’éviter le détroit d’Ormuz en reliant le golfe Persique à la mer d’Arabie (en traversant les Émirats et Oman).

Dès le canal achevé, la guerre reprendra en Iran là où elle aura été interrompue.

À la rencontre pakistanaise, l’administration Trump n’a pas compris que l’Iran lui donnait une occasion de sortir de cette guerre la tête haute.

Si Washington avait accepté que la levée complète des sanctions économiques soit l’élément central des négociations à venir, Donald Trump aurait pu obtenir le maximum de concessions de la part de l’Iran.

Quelles concessions ?

Le programme nucléaire iranien

L’Iran voudra-t-il abandonner son programme nucléaire (en partie ou en totalité) ?

Très certainement puisque c’est ce qu’il avait convenu au cours des négociations qui se sont tenus immédiatement avant le déclenchement sournois de cette guerre.

Toutefois, l’Iran n’abandonnera jamais la fabrication des isotopes radioactifs utilisés en médecine nucléaire.

Encadré par des inspections de l’Onu, l’Iran peut se doter d’un programme nucléaire civil sans que cela soit une menace à la sécurité d’Israël. C’est ce que l’Iran avait accepté dans le cadre des Accords de Vienne sur le nucléaire iranien, signés en 2015.

Au cours des négociations que cette guerre a interrompues, l’Iran était même prêt à accepter que son uranium soit entreposé chez une puissance amie (la Russie, par exemple) et livré au fur et à mesure de ses besoins.

La Troisième guerre du Golfe prouve, du moins jusqu’ici, que la possession de l’arme nucléaire n’a pas l’effet dissuasif qu’on croyait.

En effet, Israël subit d’importants bombardements malgré que ce pays soit une puissance nucléaire.

En désespoir de cause, si le gouvernement israélien décidait de recourir à l’arme nucléaire, cela justifierait l’acquisition de la bombe atomique par la République islamique. Et d’ici là, l’Iran pourrait répliquer en achetant des bombes nucléaires à la Corée du Nord (qui jouit probablement déjà à l’idée de leur en fournir).

À une négociation future, les négociateurs américains pourraient facilement convaincre l’Iran de l’inutilité de posséder une arme redoutable, mais qu’on ne peut pas utiliser.

Donc, au sujet du programme nucléaire iranien, Trump pourrait obtenir d’importantes concessions en échange de la levée complète des sanctions économiques.

Les drones et les missiles iraniens

Est-ce que l’Iran voudra renoncer à posséder de telles armes ? C’est comme demander à Trump de renoncer à son orgueil démesuré.

Jamais les Iraniens ne renonceront à leur seul moyen de se protéger des attaques aériennes d’Israël, c’est-à-dire d’un État hostile qui ne respecte jamais sa parole.

Le changement de régime

Cela n’est pas nécessaire. Il suffit que Téhéran accepte d’assouplir sa rigueur pour que cela constitue une victoire pour tous.

Des réserves américaines au plus bas

En quatre ans, la fourniture d’armement à l’Ukraine a sévèrement diminué les stocks de l’armée américaine.

Plus près de nous, la réplique israélienne à l’attaque du Hamas a provoqué une autre ponction dans les réserves américaines.

Dès les premiers jours de la Troisième guerre du Golfe, les États-Unis ont consommé une quantité très importante de bombes et de missiles. Le but recherché était de foudroyer l’ennemi. Ce qui ne s’est pas produit.

Puisque l’Iran résiste, les États-Unis ont, par exemple, utilisé en six semaines plus de missiles Tomahawk qu’ils peuvent en produire annuellement.

À ce rythme, ils en manqueraient dans quelques mois. D’où la nécessité absolue pour les États-Unis de négocier la paix avec l’Iran le plus tôt possible.

Conclusion

Les États-Unis ont été battus au Vietnam et en Afghanistan par des guérillas qui étaient armées de grenades et de kalachnikov.

À l’aide de missiles et de drones sophistiqués, l’Iran s’est montré capable de détruire les armes les plus puissantes de l’arsenal américain.

Si l’administration Trump devait ordonner l’invasion militaire de l’Iran, comment feront les soldats américains en sol découvert, alors des drones tourbillonneront autour d’eux comme des essaims de guêpes ?

Au-delà de la pénurie d’armes, comment convaincre les soldats américains de l’importance de risquer leur vie pour Israël ? Parce qu’il faut bien se le dire; la Troisième guerre du Golfe est essentiellement un conflit israélo-iranien dans laquelle les États-Unis se sont laissé entrainer.

Bref, il est impossible pour l’armée américaine de remporter cette guerre. Et elle le sait.

Les victoires que Donald Trump ne peut pas gagner sur les champs de bataille, il peut les remporter en pacifiant tous les pays riverains du golfe Persique. Ce que personne avant lui n’a réussi à faire.

Puisque le modèle de développement économique poursuivi par toutes les pétromonarchies depuis des décennies s’appuyait un mirage — une paix garantie par les États-Unis — ces pays n’ont pas d’autre choix que de s’entendre avec l’Iran.

Une fois le golfe Persique pacifié, pour étendre cette paix à l’ensemble du Proche et du Moyen-Orient, il ne restera à Trump que la tâche de mater le tigre israélien.

Bonne chance…

Références :
Accord de Vienne sur le nucléaire iranien
Guerre au Moyen-Orient : l’utilisation massive de missiles Tomahawk par l’armée américaine inquiète le Pentagone

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Écrit par Jean-Pierre Martel


DPCP : Crimes graves et immigration

Publié le 16 avril 2026 | Temps de lecture : 4 minutes

Introduction

Au Québec, n’importe qui peut intenter une cause civile. Mais en droit criminel, le monopole de l’accusation est confié à un organisme d’État appelé le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP).

Ce monopole existe afin d’empêcher que le système judiciaire soit paralysé par une multitude d’accusations frivoles.

Les faits

Le 12 mai 2024, Guzman Bladimir-Castillo vole une Toyota Highlander. Repéré par les policiers, il tente alors de leur échapper pendant trente minutes en roulant à plus de 200 km/h sur les autoroutes 40, 13 et 15 Sud. À noter : il n’a pas de permis de conduire.

Au cours de son témoignage devant la Cour du Québec, l’accusé a présenté une version des faits jugée invraisemblable par le tribunal. De plus, il se dit victime de harcèlement de la part d’une agence de recouvrement lui qui lui réclame plus de 24 000$ pour couvrir les dommages qu’il a causés au véhicule, estimant qu’il préfèrerait consacrer cette somme à autre chose.

En droit pénal, un rapport ‘présentenciel’ (c’est-à-dire avant la sentence) est un rapport préparé par un agent de probation afin d’orienter le juge sur la sanction qu’il doit imposer à l’accusé déclaré coupable.

Dans ce cas-ci, ce rapport a été préparé par une travailleuse sociale. On y apprend que l’accusé a connu une enfance difficile du fait d’avoir eu un père violent et d’avoir grandi dans un milieu défavorisé.

Selon la travailleuse sociale, l’accusé est un être vulnérable. En effet, il est “vulnérable à la tentation de saisir des opportunités de faire de l’argent facilement et rapidement, ce qui le met à risque de récidive.

D’autre part, l’accusé n’est pas citoyen canadien; il est résident permanent.

Or la Loi fédérale sur l’immigration et la protection des réfugiés prévoit une interdiction de territoire lorsqu’une peine d’emprisonnement de plus de six mois est imposée à une personne qui n’est pas citoyenne du Canada.

Cela limite la tolérance du pays à l’égard des crimes qui peuvent être commis en sol canadien par des immigrés.

Même si le DPCP reconnait qu’en vertu de la jurisprudence actuelle, un citoyen canadien qui commettrait les mêmes infractions que l’accusé devrait recevoir une peine d’emprisonnement de 9 mois, il suggère, dans ce cas-ci, de réduire la durée de son emprisonnement à 6 mois moins 1 jour afin d’éviter à l’accusé le risque de déportation du pays.

Le blâme du juge à l’égard du DPCP

S’appuyant sur des observations faites par ses collègues, les juges Alexandre Dalmau et Dennis Galiatsatos, le juge Antoine Piché blâme explicitement le DPCP d’avoir pris l’habitude de réclamer des peines indulgentes à des criminels qui n’ont pas obtenu la citoyenneté canadienne afin de leur éviter la déportation.

Aux paragraphes 155 et 166 de sa décision, le juge déclare :

[Cela] contrecarre l’intention du législateur fédéral et [va] à l’encontre des enseignements de la Cour suprême, créant un régime [de détermination de la peine] distinct qui n’a pas lieu d’être [entre les citoyens et ceux qui ne le sont pas].
[…]
Avec égards, le pouvoir judiciaire ne peut être instrumentalisé afin de contourner le pouvoir législatif.

À la suite de ce jugement, le ministre de la Justice du Québec, M. Simon Jolin-Barrette, a invité le DPCP à faire les rappels à l’ordre qui s’imposent.

Au sein de la classe politique du Québec, seul Québec Solidaire s’est porté à la défense du DPCP en estimant que dans l’imposition de la sanction, les tribunaux devraient tenir compte de l’ensemble des conséquences sur la vie du coupable, y compris le risque d’expulsion dans le cas des crimes graves.

Références :
Peine réduite pour les non-citoyens – le DPCP réplique : il n’existe pas de système « pparallèle »
Sanction de Guzman Blavimir-Castillo
Un juge écorche le DPCP

Compléments de lecture :
La DPCP et l’esprit de caste
L’affaire Camara : la justice différenciée
La judiciarisation extrême
Les familles Caïn et Abel
MMA : Maudite justice de merde !

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Au campus de l’université McGill

Publié le 15 avril 2026 | Temps de lecture : 1 minute

Colonnade de l’entrée du campus
Structures humaines Vancouver (2010) de Jonathan Borofsky

Plaque commémorative
Vue du campus
Musée d’histoire naturelle Redpath

Détails techniques : Appareil Olympus OM-D e-m5 infrarouge à spectre complet + objectif Lumix 14-45mm + les filtres de l’infrarouge Jaune 3629.

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le double blocus du détroit d’Ormuz

Publié le 14 avril 2026 | Temps de lecture : 4 minutes


Introduction

En plus de l’hésitation à franchir le détroit d’Ormuz en raison des primes d’assurances élevées exigées par la Lloyd’s de Londres, ce détroit est l’objet de deux blocus complémentaires.

Le blocus iranien

L’Iran autorise le passage du détroit aux seuls navires ‘non hostiles’, c’est-à-dire à ceux de pays qui ne participent ni soutiennent les actes d’agression contre l’Iran.

Concrètement, cela exclut les navires qui transportent des marchandises à destination d’Israël, des États-Unis et de leurs alliés.

Peuvent l’emprunter, les navires qui transportent, par exemple, des marchandises (iraniennes ou non) vers la Chine, l’Inde, le Pakistan et la Turquie.

Deuxièmement, l’Iran exigeait (théoriquement) que la cargaison transportée ait été payée en devise chinoise (en yuans).

Dans les faits, on ne se présente pas à un terminal pétrolier comme on le fait en allant à une station-service; les achats d’hydrocarbures sont conclus plusieurs semaines d’avance. Donc le pétrole actuellement transporté a été acheté avant le début de la guerre.

Cette exigence est plutôt un avertissement adressé aux armateurs au sujet de leurs achats futurs.

Le Japon dépend fortement du pétrole saoudien. Pour le pays du soleil levant, on peut imaginer l’humiliation de recourir à la devise chinoise pour se procurer du pétrole…

Troisièmement, l’Iran a imposé un péage (allant jusqu’à deux-millions de dollars, payables en cryptomonnaie) à certains des navires autorisés à franchir le détroit.

Depuis le début de la guerre, une centaine de pétroliers ont quitté le golfe Persique, soit beaucoup moins que d’habitude.

Le blocus américain

Au blocus iranien (qualifié d’illégal par les États-Unis), s’ajoute un blocus complémentaire imposé à partir d’hier par Washington aux navires qui partent des ports iraniens.

À quelques centaines de kilomètres des côtes iraniennes, la marine américaine se propose non seulement d’arraisonner ces navires, mais également de s’emparer de leur cargaison.

On se rappellera que Donald Trump avait suspendu son interdiction d’acheter du pétrole iranien dans l’espoir de faire baisser les cours mondiaux des hydrocarbures.

La décision de remettre un blocus nuit non seulement à l’Iran, mais également à ses clients, dont la Chine.

On estime que le pétrole iranien représente officieusement 15 % des importations de la Chine. On peut s’attendre à ce que cette dernière réagisse avec fermeté à la piraterie américaine.

Si elle devait décider d’envoyer des sous-marins ou des navires de guerre pour escorter ses pétroliers, on serait alors au bord d’un conflit beaucoup plus important.

La raison du blocus américain

Quotidiennement, l’Iran a exporté 1,84 million de barils de pétrole brut (bpb) en mars et un peu moins (1,71 million de bpb) jusqu’ici en avril. Dans les deux cas, c’est plus que la moyenne quotidienne de 2025 (1,68 million de bpb).

En février de cette année — donc avant le début de la guerre — l’Iran a vendu pour 3,45 milliards de dollars de pétrole brut. Puisque le prix du brut s’est apprécié depuis, ses revenus pétroliers ont grimpé à 4,97 mlliards$ en mars, soit une augmentation de 44 %.


 
En somme, dans les premiers jours de la guerre, le blocus partiel du détroit d’Ormuz par l’Iran a provoqué une importante hausse du prix du pétrole.

La décision de l’administration américaine de permettre à l’Iran d’écouler son pétrole a brisé cet élan. Les cours du pétrole se sont alors mis à varier à la hausse ou à la baisse selon les déclarations du président américain.

Ce nouveau blocus, qui s’ajoute à celui de l’Iran, aura des répercussions prévisibles au fur et à mesure que se fera sentir la baisse de l’offre sur les marchés internationaux.

De plus, dans la mesure où toute tentative américaine de bloquer partiellement l’approvisionnement pétrolier de la Chine est un casus belli, on peut s’attendre à ce que Washington revienne sur sa décision.

Références :
Blocus «dangereux et irresponsable»: la Chine hausse le ton vis-à-vis des États-Unis
How much will US Hormuz blockade hurt Iran, and does Tehran have an escape?
La Chine et la Troisième guerre du Golfe
Pays autorisés, péage… Sous quelles conditions les navires passent-ils le détroit d’Ormuz ?
Strait of Hormuz blockade explained: why is Trump threatening to block Iranian ports and how would it work?

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Écrit par Jean-Pierre Martel


L’antéchrist américain

Publié le 13 avril 2026 | Temps de lecture : 1 minute

Sur son compte X, Donald Trump s’est représenté hier soir en Jésus de Nazareth.

Cette image blasphématoire a été retirée ce matin en raison du tollé qu’elle a provoqué.

Paru depuis : Une image de Trump en Jésus cause un malaise (2026-04-13)

Postscriptum du 14 avril : l’adjectif ’américain’ a été ajouté au titre de ce texte.

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le golfe Persique est un cul-de-sac maritime

Publié le 12 avril 2026 | Temps de lecture : 6 minutes

L’art de se jeter dans la gueule du loup

Tout navire qui entre dans le golfe Persique ne peut en sortir qu’en empruntant ce détroit dans le sens inverse.

Hier, le président américain a annoncé l’envoi de deux navires dans le détroit d’Ormuz afin d’y mener des opérations de déminage.

Puisque les pourparlers américano-iraniens étaient alors en cours au Pakistan, cette nouvelle laissait croire que ce déminage s’effectuait avec le consentement de l’Iran.

Il n’en est rien.

Après l’annonce ce matin de l’échec des pourparlers, l’Iran a réitéré que seuls les navires civils sont autorisés à traverser le détroit (sous certaines conditions) et que tout navire militaire s’y aventurant sera traité sévèrement.

Il est à noter qu’on ne rapporte aucune explosion de mine dans le golfe Persique depuis le début de la guerre. Voilà pourquoi on doit accueillir avec beaucoup de scepticisme la rumeur iranienne selon laquelle le golfe serait infesté de mines.

Pourrait-il s’agir d’un piège ?

Dans les pétromonarchies — en somme, de l’autre côté du golfe — les États-Unis sont incapables de protéger leurs bases militaires des drones et des missiles iraniens.

D’autre part, leurs porte-avions sont stationnés en haute mer par crainte d’être détruits par les missiles supersoniques iraniens.

Ils sont tellement loin des côtes iraniennes que leurs chasseurs-bombardiers sont incapables d’effectuer l’aller-retour sans être ravitaillés en plein vol par des avions-citernes (appelés justement ravitailleurs).

Conséquemment, envoyer des centaines de marins américains dans le détroit d’Ormuz pour y mener des activités de déminage, c’est les jeter dans la gueule du loup.

Du point de vue militaire, cela anticipe une répétition de la victoire décisive des Vietnamiens sur l’armée française dans la cuvette de Diên Biên Phu, en 1954.

Peu importe l’importance des efforts déployés par l’armée américaine pour sauver ses marins, les avions et les hélicoptères appelés en renfort seront abattus les uns après les autres dans ce qui sera alors un colossal exercice de tir aux plateaux d’argile.

L’Iran se contente de répliquer

Jusqu’ici, l’Iran s’est contenté de répliquer aux attaques israélo-américaines.

Après l’assassinat d’une partie de ses dirigeants, l’Iran a détruit la résidence personnelle de Benyamin Netanyahou.

Après le bombardement israélien d’installations nucléaires de l’Iran, ce dernier a endommagé la principale centrale nucléaire israélienne (Dimona).

Après le bombardement américain d’une usine de dessalement , l’Iran a fait de même contre un allié américain, soit le Bahreïn. Etc.

Mais dans le cas des navires américains de déminage, quel serait le précédent ? Tout simplement l’anéantissement de la flotte maritime iranienne par les États-Unis et par Israël dès le premier jour de la guerre.

Le Droit international

À plusieurs reprises sur ce blogue, nous avons soutenu que le Droit international était facultatif. À Davos, c’est ce que le premier ministre Mark Carney a affirmé en d’autres mots.

Dans le cas de la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer, elle ne s’applique pas à l’Iran puisque ce pays n’a pas ratifié le Traité de Montego Bay de 1982 et que le droit de la mer est facultatif, ne s’appliquant qu’aux pays qui choisissent de s’y soumettre.

De nos jours, l’Iran est dans une situation juridique identique à celle de la Grande-Bretagne au cours de la Deuxième Guerre mondiale. À l’époque, cette dernière s’autorisait à détruire les sous-marins et les navires marchands allemands qui se seraient aventurés dans le détroit du Pas-de-Calais.

De nos jours, en raison de la guerre, l’Iran est parfaitement justifié d’interdire le passage des navires qui appartiennent à des pays hostiles.

Signalons que les États-Unis, eux non plus, n’ont pas ratifié le Traité de Montego Bay. Or ce pays pratique effrontément la piraterie en haute mer.

Quand la marine américaine arraisonne un pétrolier appartenant à la flotte ‘fantôme’ russe — ce qui signifie simplement que ce pétrolier n’est pas assuré à la Lloyd’s de Londres — et vole son pétrole, cela est de la piraterie.

Le péage iranien

La largeur du détroit d’Ormuz est d’une cinquantaine de kilomètres. Au sud, on trouve les eaux territoriales du Bahreïn, larges de 12 milles nautiques (environ 21 km). Au nord, les eaux territoriales d’Iran, également larges d’environ 21 km. Et entre les deux, une dizaine de kilomètres en eaux internationales.

Dans les eaux qui lui sont propres, l’Iran a délimité très précisément d’étroits chenaux dans lesquels il garantit la navigation. Et c’est là que l’immense majorité des navires qui empruntent le détroit d’Ormuz préfèrent naviguer.

Ces chenaux doivent périodiquement être dragués pour évier leur ensablement. Les couts d’entretien justifient des frais de péage.

Ce qui doit nous étonner, c’est que l’Iran ne l’aie pas fait avant.

Le blocage américain du détroit

Plus tôt aujourd’hui, Donald Trump a annoncé la fermeture complète du détroit d’Ormuz, probablement afin de faciliter les activités de déminage.

Concrètement, cette mesure a pour effet d’empêcher le passage des pétroliers que l’Iran, jusqu’ici, laissait passer. Notamment, ceux qui transportent son pétrole à lui.

Pour l’Iran, cela rend impérieux l’anéantissement des navires américains mandatés unilatéralement pour déminer le détroit… en supposant que ce déminage soit justifié.

Références :
Bataille de Diên Biên Phu
Convention des Nations unies sur le droit de la mer
Droit international et géopolitique (deuxième partie)
Guerre au Moyen-Orient : en représailles aux frappes contre Natanz, l’Iran bombarde Dimona et Arad, plus de 100 blessés à déplorer
Guerre en Iran : « S’en prendre à une usine de dessalement équivaut à sortir l’arme nucléaire”
Trump annonce un blocus du détroit d’Ormuz après l’échec des négociations avec l’Iran
US-Iran talks in Islamabad stretch on as Hormuz stand-off fuels duelling claims

Postscriptum du 13 avril 2026 : Ce matin, sur les ondes de CNN, Beth Sanner — ex-directrice adjointe du renseignement national américain — a déclaré que les deux navires envoyés pour déminer le détroit d’Ormuz s’y sont rendus. Mais après avoir abattu un drone iranien aussitôt tiré vers eux (et qui servait d’avertissement), ils ont retraité au loin dans la mer d’Oman.

Ainsi s’achève l’opération de déminage des États-Unis.

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Écrit par Jean-Pierre Martel


L’Europe et la Troisième guerre du Golfe

Publié le 11 avril 2026 | Temps de lecture : 7 minutes

Le début de la pénurie d’hydrocarbures en Europe

Il n’existe pas de pipeline ou de gazoduc qui relie le Moyen-Orient à l’Europe. Ce qui signifie que tout approvisionnement européen en provenance du golfe Persique doit nécessairement arriver par voie maritime.

L’obligation de contourner le cap de Bonne-Espérance (au sud de l’Afrique) fait en sorte que les pétroliers et les méthaniers qui franchissent le détroit d’Ormuz mettent environ un mois pour arriver en Europe.

Les derniers navires qui ont réussi à le faire avant sa fermeture, le 28 février dernier, sont arrivés en Europe plus tôt cette semaine.

Pour les cinq prochaines semaines (au moins), aucun pétrolier ni aucun méthanier n’apportera en Europe des hydrocarbures en provenance du Moyen-Orient.

Rappel géostratégique

Malgré l’écrasante supériorité militaire des États-Unis, le pays que les stratèges américains craignaient le plus, pendant des décennies, c’était la Russie.

À leurs yeux, une intégration économique entre la Russie et les pays d’Europe apparaissait comme une menace existentielle à l’hégémonie américaine.

Voilà pourquoi Washington s’est employé pendant des années à couper l’Europe de l’approvisionnement en hydrocarbures russes, notamment son gaz fossile (le moins cher au monde), qui donnait à l’industrie lourde européenne un avantage compétitif.

La guerre russo-ukrainienne a été l’occasion pour Washington de briser ce lien. En cessant volontairement cet approvisionnement, l’Europe s’est tirée dans le pied.

Et pour compenser, les pays européens se sont tournés vers d’autres fournisseurs; les États-Unis et le Qatar.

Comble de malchance, la Troisième guerre du Golfe a entrainé la fermeture du détroit d’Ormuz et le bombardement par l’Iran des installations gazières du Qatar.

Voilà pourquoi, les analystes prévoient que ce mois-ci, les États-Unis devraient bénéficier d’une augmentation du tiers de leurs exportations de pétrole, principalement vers l’Asie et accessoirement vers l’Europe.

Quant au gaz fossile, on peut s’attendre à ce que les pays européens deviennent encore plus dépendants des États-Unis. Ce qui accroit la vassalisation de l’Europe aux diktats de Washington.

Les conséquences concrètes

En France

En début de semaine, environ 18 % des stations-service dans tout le pays étaient en rupture de stock pour l’un ou l’autre des carburants qu’ils offraient. Aujourd’hui, ce pourcentage était tombé à 12 %.

Mardi dernier, des ouvriers du bâtiment et des artisans des travaux publics ont bloqué le boulevard périphérique de Nantes pour dénoncer la hausse du prix du diésel.

Selon France24, les six principaux ports de Corse sont bloqués depuis mardi matin par des pêcheurs qui protestent contre le prix élevé des carburants, déjà plus chers sur l’ile que sur le continent.

En Irlande

En République d’Irlande, une centaine de stations-service sont à court d’essence. Depuis cinq jours, des fermiers et des camionneurs bloquent certaines des autoroutes qui mènent à la capitale.

Le mois dernier, le gouvernement irlandais a décidé de consacrer 250 millions d’euros à la réduction du prix de l’essence. Parmi les mesures annoncées, on a réduit les taxes sur les carburants.

Dans l’urgence, l’État a mis sur pied un groupe pour coordonner les mesures destinées à pallier la pénurie. Déjà celui-ci prévient que la moitié des stations-service du pays pourraient bientôt fermer temporairement.

La plus grande entreprise privée de livraison de colis a suspendu ses activités.

L’Association médicale irlandaise s’est inquiétée publiquement du sort des patients incapables de se rendre à leurs rendez-vous et des difficultés rencontrées par les ambulanciers à faire le plein.

En raison de la rupture anticipée de l’approvisionnement en nourriture, en eau potable, et en moulée animale, le gouvernement a mis l’armée sur un pied d’alerte, prête à intervenir.

De plus, il a accusé les protestataires de prendre le pays en otage, ce qui a jeté de l’huile sur le feu… à défaut d’essence.

En Norvège

Le 1er avril, le gouvernement norvégien a supprimé les taxes sur l’essence. Cela n’a pas réussi à empêcher le prix du diésel d’augmenter de 23,6 %. D’où l’échec à calmer le mécontentement populaire.

Hier, un convoi de 70 à 80 camions s’est dirigé vers le parlement. Toutefois, les forces policières les ont empêchés d’atteindre leur destination.

Le carburant d’avion

Les pays du Golfe sont responsables de 40 à 60 % de l’approvisionnement européen en carburant d’avion.

Le dernier cargo transportant ce combustible a déchargé une partie de sa cargaison lundi dernier à Rotterdam et le reste à Copenhagen ce matin même.

Depuis le 28 février 2026, plus aucune goutte de carburant d’avion n’a franchi le détroit d’Ormuz à destination de l’Europe.

Hier, de son siège social mondial (situé à Montréal), le Conseil international des aéroports a prévenu les compagnies aériennes que le carburant d’avion pourrait manquer d’ici trois semaines en Europe si on ne débloquait pas le détroit d’Ormuz d’ici là.

En réalité, même si l’Iran permettait aujourd’hui la réouverture complète du détroit, l’Europe manquerait brièvement de carburant d’avion, compte tenu du temps du transport maritime. De manière urgente, l’Europe devra donc en trouver ailleurs entretemps.

En anticipation d’une crise pétrolière, le prix du carburant d’avion a augmenté de 138 % en Europe et de 163 % en Asie.

Au fur et à mesure que les réserves européennes s’épuiseront, on s’attend à ce que les prix flambent et que d’importantes surcharges soient facturées aux passagers des vols en partance des aéroports européens.

Conclusion

Avant cette semaine, l’augmentation du prix des hydrocarbures en Europe était spéculative puisque ce continent recevait encore normalement les navires qui avaient quitté le détroit d’Ormuz avant sa fermeture.

Depuis quelques jours s’amorcent les véritables pénuries de carburants.

Dans l’histoire de l’Humanité, les pénuries de pain étaient de mauvais augure. De nos jours, on doit également ajouter les pénuries de carburants. Or celles-ci ne font que commencer…

Références :
Blocages et tensions autour du prix des carburants
Carburants : l’UE dénonce la baisse de la TVA en Espagne et en Pologne
Fears of UK and EU flight cancellations as airports warn of jet fuel shortages
Fuel-price protests cause chaos in Ireland and spread to Norway
Guerre au Moyen-Orient : les ventes de pétrole des Etats-Unis n’ont jamais été aussi importantes
Le cout de la dé-Merkellisation de l’Allemagne
Les conséquences en France de la guerre au Moyen-Orient : le dossier explosif des carburants
Près d’une station service sur cinq en rupture en France, nouvelles aides envisagées

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| Géopolitique, Guerre en Iran | Mots-clés : | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Cessez-le-feu : le quiproquo américano-iranien

Publié le 10 avril 2026 | Temps de lecture : 4 minutes

Au premier jour de la Troisième guerre du Golfe, l’assassinat par Israël d’une partie des dirigeants iraniens impliqués dans les négociations américano-iraniennes, combiné au fait qu’il n’existe pas d’ambassade d’Iran aux États-Unis (et vice-versa) ont créé un vide diplomatique entre les deux pays.

De nos jours, ils se parlent par l’intermédiaire du Pakistan et par médias interposés.

Les divergences américano-iraniennes portent actuellement sur cinq sujets principaux :
• un cessez-le-feu,
• la libre circulation maritime au détroit d’Ormuz,
• le programme nucléaire iranien,
• les réparations de guerre, et
• les sanctions économiques contre l’Iran.

Pour Téhéran, un cessez-le-feu est un prérequis à toute négociation portant sur le reste.

Cela signifie l’arrêt des bombardements américains et israéliens contre l’Iran et contre les intérêts iraniens dans la région (dont ceux au Liban).

Réciproquement, l’Iran cesserait ses frappes contre les bases militaires américaines et contre les alliés américains dans la région (Israël et les pétromonarchies).

Bref, ce cessez-le-feu équivaudrait à la suspension complète des hostilités militaires. Ce qui est la définition même d’un cessez-le-feu.

Les attentes iraniennes à ce sujet divergent entre ceux qui veulent simplement la fin des hostilités et ceux qui veulent une paix définitive.

Par contre, Washington exigeait la réouverture complète du détroit d’Ormuz comme condition préalable à l’arrêt des frappes en Iran. En d’autres mots, l’administration désirait le retour à la situation qui prévalait avant le début de la guerre. Comme si on pouvait remettre la pâte dentifrice dans le tube.

Après des frappes qui ont endommagé ou détruit 500 écoles iraniennes, de plus de 200 centres de santé et, de manière générale, de 67 000 cibles civiles, l’Iran n’est pas disposé à faire comme si rien ne s’était passé.

D’autant plus que ce pays est en position de force.

Premièrement, il a imposé la présence du vice-président américain aux négociations qui s’ouvrent aujourd’hui au Pakistan. Or c’est aux États-Unis de choisir ses propres négociateurs, pas à l’Iran.

Deuxièmement, les négociations s’ouvrent alors l’Iran empêche toujours la libre-circulation maritime au détroit d’Ormuz. Cela signifie que les exigences iraniennes ont prévalu quant au cessez-le-feu.

De manière générale, lorsqu’on regarde l’ensemble du contentieux américano-iranien, il est clair qu’il ne peut pas être résolu en une ou deux séances de négociation. Tout cela pourrait prendre des mois.

Or le temps joue en faveur de l’Iran puisque les conséquences économiques et politiques du blocage presque complet du détroit d’Ormuz exercent une pression insoutenable sur l’administration Trump.

Devant l’impatience de Donald Trump, ces négociations devraient rapidement tourner au vinaigre.

Références :
Comment le Pakistan a réussi à négocier une trêve entre l’Iran et les États-Unis
Iran war: is the US shifting away from its strategy of precision strikes?

Postscriptum du 13 avril 2026 : Au matin du 12 avril, à l’issue des pourparlers américano-iraniens, les deux parties se sont séparées sur un profond désaccord.

La vidéo suivante donne un excellent résumé du déroulement des discussions :
Iran-USA : 21 heures de négociations. zéro accord. Le dossier complet (vidéo générée par IA)

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Écrit par Jean-Pierre Martel