Éducation, démocratie et médias sociaux

18 septembre 2019

À la suite de l’effondrement de l’Empire romain, seuls les membres du clergé savaient lire. Puis, pendant des siècles, l’alphabétisation s’est répandue lentement au sein des classes aisées, notamment parmi les marchands pour qui savoir compter était essentiel.

L’explosion de créativité que fut la Renaissance n’aurait pas été possible sans l’invention de l’imprimerie puisque celle-ci a considérablement réduit le cout de la diffusion des idées.

Mais il faudra attendre le XVIIIe siècle pour les idéaux démocratiques se répandent parmi les élites d’Europe et pavent la voie à la Révolution américaine, puis à la Révolution française.

Ces deux révolutions correspondent à l’irruption des masses dans la vie politique. Fait intéressant : toutes deux ont été précédées par une hausse importante du taux d’alphabétisation.

Si la Révolution américaine a précédé la Révolution française, c’est même en raison de l’importance que les Églises protestantes attachaient à ce que les fidèles puissent lire la Bible.

Une des grandes leçons de l’Histoire, c’est que l’instruction transmet le pouvoir de la main qui tient l’épée à celle qui tient la plume.

La création de l’instruction publique s’est donc accompagnée de la démocratisation des sociétés occidentales.

Mais à la fin du XIXe siècle, on assiste au déblocage de l’éducation secondaire et universitaire.

Depuis le Moyen-Âge, les guildes professionnelles étaient des milieux fermées, accessibles toutefois à quiconque était adopté par un tuteur membre de cette guilde. Les guildes permettaient donc une certaine ascension sociale.

Avec l’avènement des études supérieures, on a réservé l’accès à certains métiers aux détenteurs d’une formation universitaire fermée à ceux qui n’en avaient pas les moyens.

Ce faisant, on a recréé une société stratifiée en castes sociales définies par le niveau éducatif et jouissant seuls du prestige social associé à leur caste.

Dans sa jeunesse, mon père n’est pas allé plus loin qu’une huitième année du primaire parce que dans ma ville natale, l’instruction publique n’allait pas au-delà.

Avant la réforme de l’éducation (par le ministre Paul-Guérin Lajoie dans les années 1960), les ouvriers du Québec se faisaient dire qu’ils parlaient mal et que leur manque d’éducation était criant dès qu’ils ouvraient la bouche.

La réforme de l’Éducation a permis l’accès aux études supérieures à l’ensemble de la population. Mais cela ne s’est pas accompagné d’un meilleur accès aux médias traditionnels, détenus par d’importants intérêts financiers.

Seuls les lignes ouvertes des radios et le courrier des lecteurs des journaux permettaient au peuple de s’exprimer sur des sujets préalablement définis.

Ce qui a permis à la fois le contrôle de l’information et, par conséquent, celui des masses populaires.

Dans un premier temps, la création de l’internet a libéré la parole des citoyens par le biais de sites web et de blogues. Du moins pour ceux qui possédaient des rudiments de code HTML.

Puis on a inventé les médias sociaux.

Tout comme les blogues et les sites web, les médias sociaux sont des modes de publication sur l’internet. Mais à la différence des premiers, ils sont spécifiquement un moyen de réseautage avec d’autres utilisateurs afin d’échanger des informations et de s’y mettre en valeur.

Or les jeunes d’aujourd’hui se caractérisent, entre autres, par leur grande compétence des rapports interpersonnels, qu’ils gèrent beaucoup mieux par la parole que leurs ainés.

Les médias sociaux permettent aux internautes d’être des participants, et non plus de simples lecteurs passifs de contenus électroniques créés par d’autres.

À regarder les gens qui marchent sur la rue ou qui sont assis dans les transports publics en textant sur l’écran de leur téléphone portable, on réalise que jamais dans toute l’histoire, les humains n’ont autant lu et écrit.

Mais bombardés d’information, une partie des internautes sont devenus inaptes en tant que citoyens parce qu’ils papillonnent d’un sujet à l’autre et n’ont plus le gout ni le temps d’approfondir les sujets qui les concernent.

Politiquement, ils sont comme des volées d’oiseaux, ballottées au gré des buzz médiatiques créés par ceux qui les manipulent.

Dans un autre ordre d’idée, les médias sociaux sont régulièrement accusés de propager des nouvelles fallacieuses et de susciter l’expression d’opinions répréhensibles.

En réalité, ils ont libéré la parole du peuple. Celle qui s’exprimait autour d’une table entre amis, sur l’oreiller du lit conjugal, et sur les murs des toilettes publiques.

Cette parole est brute et révèle les secrets de la pensée populaire.

Et les nouvelles fallacieuses qu’ils répandent correspondent à celles répandues autrefois par la rumeur publique. Bref, rien n’a changé sauf la vitesse de la diffusion de celle-ci.

Depuis toujours, il est possible d’instrumentaliser la rumeur publique.

Ce qui est nouveau, c’est que cette instrumentalisation peut s’effectuer de l’Étranger et servir à fragiliser la cohésion sociale d’un autre pays.

Voilà pourquoi l’étau se resserre autour des médias sociaux pour qu’ils cessent d’être des outils de déstabilisation des gouvernements occidentaux, tout en continuant de l’être envers les régimes politiques auxquels s’opposent les États-Unis.

Cela n’est pas la seule menace auxquels font face les médias sociaux.

Autant aux États-Unis qu’en Europe, les gouvernements s’attaquent aux pratiques monopolistiques des géants de l’internet.

Or on ne peut pas diminuer sensiblement leurs revenus colossaux et leur demander d’instaurer un contrôle social extrêmement couteux sans que ceux-ci remettent en cause leur modèle d’affaires basé sur la gratuité de leurs services pour l’internaute, et ce afin de satisfaire la voracité de leurs actionnaires.

Dans un mode en perpétuel changement, on doit donc envisager la possibilité que cette gratuité ait éventuellement une fin.

Sur le même sujet :
Entrevue d’Emmanuel Todd à Thinkerview

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Les trottinettes Lime : le bonnet d’âne de Projet Montréal

16 septembre 2019

Si Lime avait voulu rire de l’administration de la mairesse Valérie Plante, cette compagnie n’aurait pas agi autrement.

En annonçant le projet-pilote de mobilité individuelle passive de Lime, la mairesse déclarait fièrement : « Nous avons adopté la règlementation la plus sévère au Monde. »

À voir les vélos laissés n’importe où, les trottineux qui empruntent des voies de circulation qui leur sont interdites et l’obligation du port du casque respecté par presque personne, on réalise que Mme Plante voulait parler de la règlementation la plus surfaite au monde, et non la plus sévère.

Plus tôt ce mois-ci, pressé par les journalistes de dévoiler le nombre de contraventions émises, le responsable de ce dossier à Projet Montréal. M. Éric-Allen Caldwell déclarait : « C’est une information que nous ne rendons pas publique

En d’autres mots; nous avons honte de dire qu’on n’en a donné aucune.

Depuis, il semble que les experts en relations publiques se sont affairés à peaufiner le message de la ville.

C’est ainsi que le 13 septembre, le responsable du dossier s’est ravisé et reconnaissait qu’aucun constat d’infraction n’a été remis. Pourquoi ? Parce que, selon M. Caldwell, l’entreprise déplaçait les véhicules en infraction à l’intérieur du délai prescrit de deux heures.

Ah oui ? Si le porte-parole de l’administration Plante s’était donné la peine d’installer l’application de Lime sur son téléphone portable et y avait jeté un coup d’œil de temps en temps, il auraient vu ces trottinettes stationnées pendant de très longues périodes (toute la soirée ou toute la nuit) dans des arrondissements où elles ne peuvent que circuler parce qu’on y trouve aucune aire de stationnement.

En effet, le ramassage des trottinettes se fait aux aires de stationnement et ne concerne pas les trottinettes en mouvement à l’heure où les ‘juicers’ passent les ramasser. Donc Lime en oublie, forcément.

De plus, M. Caldwell se fait menaçant.

À compter du 21 octobre 2019, Lime recevra une amende de 100 $ si un inspecteur de la Ville ou un policier constate la présence d’une trottinette stationnée hors des zones désignées sur la chaussée.

Jugeant les infractions trop nombreuses, M. Caldwell déclare : « On resserre la vis et, maintenant, on remettra une contravention à vue lorsqu’on verra une trottinette mal stationnée

Dans la bouche du responsable, que signifie maintenant ? Dans mon dictionnaire, cela signifie au moment présent.

Dans la bouche de M. Caldwell, maintenant signifie dans un mois. En d’autres mots, l’administration Plante donne un mois d’impunité supplémentaire à Lime pour faire — disons-le franchement — n’importe quoi.

Théoriquement, le permis de l’opérateur se termine le 15 novembre 2019. Sans résilier son permis, Lime peut toutefois cesser ses opérations pour l’hiver quand la compagnie le juge approprié.

Voudra-t-elle attendre jusqu’aux premières neiges, alors que ses trottinettes tombées au sol seront ensevelies et écrasées involontairement par des automobilistes ?

C’est douteux.

Donc, l’opérateur aura intérêt à filer à l’anglaise au plus tard le 21 octobre, un mois plus tôt que prévu.

Si tel est le cas, l’administration Plante sera, une fois de plus, le dindon de la farce.

Références :
Projet pilote : VNILSSA
Règlement municipal (version du 7 aout 2019)
Trottinettes en libre-service: Montréal sévira contre Lime et ses clients délinquants

Sur le même sujet :
La petite fille aux trottinettes

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| Environnement, Transport en commun, Urbanisme | Mots-clés : , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Halloween et bonbons au cannabis

14 septembre 2019

Montréal, le 11 septembre 2019

Mme Danielle McCann
Ministre de la Santé et des Services sociaux
1075 chemin Sainte-Foy
Québec G1S 2M1

Madame la ministre,

Le 31 octobre prochain, à l’occasion de l’Halloween, de nombreux enfants rapporteront à la maison des friandises obtenues d’inconnus.

Or deux semaines plus tôt, les produits dérivés du cannabis auront fait leur apparition au Canada.

Même si votre gouvernement s’y oppose, la jurisprudence semble indiquer que le gouvernement du Québec ne pourra pas interdire ce que le fédéral permet.

Dans tous les cas, n’importe qui pourra en obtenir par la poste ou en ramener à l’occasion d’un voyage dans une province voisine.

Au Colorado, la commercialisation des produits dérivés du cannabis a entrainé une augmentation de 150% des admissions hospitalières pour cause d’empoissonnements pédiatriques au THC.

Serait-il possible que votre ministère, directement ou par l’intermédiaire des centres antipoisons, fasse une campagne destinée à inviter les parents à redoubler de prudence à l’occasion de l’Halloween en raison du contexte nouveau créé par la légalisation des produits dérivés du cannabis.

Merci, madame la ministre, de l’attention que vous porterez à cette lettre.

Jean-Pierre Martel, blogueur

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| 2018-202X (années Legault), Politique canadienne, Politique québécoise, Sécurité | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


La triste histoire d’un magasin général

13 septembre 2019


Avant-propos : Voici un texte que j’ai écrit alors que j’étais étudiant à l’université.

C’est un texte que je trouvais bien, sans plus, jusqu’au jour où ma mère m’a appris que mon père (grossiste de métier) en avait fait la lecture à voix haute, fièrement, devant un groupe d’amis.

Lorsqu’à l’intersection de la rue Principale et de la route provinciale no 84, Saint-Clin-Clin passa de carrefour à agglomération, Jean Faidècène établit un magasin qu’il légua à sa mort à son fils Henri.

Peu à peu, à mesure que Saint-Clin-Clin était devenu village, les besoins des voisins s’étaient diversifiés; on avait besoin de fusils, de munitions, d’allumettes, de carburant, d’épicerie, de vêtements, etc.

Si bien que l’ancien Chez Ti-Jean était devenu le Magasin général Faidècène afin de répondre à la demande et de rendre service.

Henri connut, par sa situation aisée, le respect qu’on réserve aux notables et aux bourgeois de la place. Sa chaude hospitalité et son sens des affaires lui valurent l’estime et l’admiration de tous. Sa mort causa une grande perte.

Le plus vieux de ses fils, Paul, hérita du célèbre magasin. Mais les jours gris approchaient. Car selon le ‘standing’ de la nouvelle cité de Saint-Clin-Clin-de-l’industrie, on prisait peu ce magasin général qui rappelait trop fidèlement des origines villageoises.

Non, à Saint-Clin-Clin-de-l’industrie, on achetait dorénavant la viande à la boucherie, les conserves à l’épicerie, les biscuits à la biscuiterie, les journaux à la tabagie, les outils à la ferronnerie, les vêtements à la lingerie et le reste à la pharmacie.

Bientôt le magasin général dut fermer ses portes. Que de souvenirs disparurent avec lui.

Les vieux se rappelleront sans doute de son air de prospérité, de cette odeur particulière de bran de scie, de ce va-et-vient caractéristique des endroits achalandés, de Louise qui passait son temps à faire des étalages pour embellir le magasin, et des moments qu’on passait à discuter avec Henri, des conseils qu’il avait le tour de prodiguer, sans parler de son répertoire d’histoires à faire rougir monsieur le curé.

Ouais ! Quand on y pense; avoir l’air si prospère puis, en si peu de temps, plus rien.

Le temps passe vite, le temps passe vite…

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| Langue française, Prose | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Les zymogènes et l’autocatalyse

12 septembre 2019

Certains phénomènes biologiques nécessitent la présence d’enzymes.

L’organisme peut en fabriquer au fur et à mesure que le besoin se fait sentir. Ou il peut prévenir la demande par l’accumulation de réserves d’enzymes.

La première solution est lente et peut constituer un danger lorsque la situation exige une réponse immédiate.

Dans la coagulation, par exemple, la vitesse limitante est précisément la fabrication sur-le-champ d’un enzyme, la thromboplastine. Ce qui prend de quatre à cinq minutes.

Il suffirait qu’on ait à synthétiser tous les enzymes qui prennent part à la coagulation pour que le moindre traumatisme tissulaire entraine fatalement une hémorragie.

On choisit donc, presque toujours, l’accumulation de stocks d’enzymes.

Or ces derniers ont le défaut d’être des ‘pensionnaires grouillants’. Et du fait de leur grande réactivité — en moyenne, une molécule d’enzyme transforme mille molécules de substrat à la seconde — l’organisme préfère les emmagasiner sous forme inactive, quitte à les mobiliser et à les transformer rapidement en enzymes lorsque cela devient nécessaire.

Pour les mettre en réserve, l’organisme ne peut pas se permettre le luxe de les fabriquer pour ensuite les inactiver car une fois formés, les enzymes sont très souvent incontrôlables.

On préfère donc élaborer des précurseurs inoffensifs qu’on appelle zymogènes (ou proenzymes).

Dans la digestion, l’organisme sécrète des zymogènes dans la lumière du tube digestif où ils sont transformés en enzymes soit par d’autres enzymes qui y sont déjà, soit par hydrolyse spontanée en milieu acide.

Cela évite le danger que les cellules soient digérées par les enzymes qu’elles fabriquent.

Il existe de nombreux exemples de zymogènes. Citons le cas de prothrombine, transformée dans le sang en thrombine (active) sous l’action de la thromboplastine (dont nous avons parlé précédemment).

Ajoutons que la grande majorité des enzymes digestifs sont aussi sécrétés sous forme de zymogènes.

Pour illustrer le phénomène, imaginons un enzyme (E1) dont le rôle consiste à retirer une partie de la molécule de son substrat (S) :
 

 
Imaginons maintenant que le substrat soit le zymogène Z auquel un premier enzyme (appelé E1) doit retirer un verrou (ici triangulaire) qui l’empêche de fonctionner sous forme d’enzyme E2.
 

 
La transformation en enzyme se fait donc par catabolisme, plus précisément par dégradation d’un zymogène en métabolite actif.

Lorsque l’enzyme est capable de scinder des protéines, il arrive parfois qu’il puisse activer son propre zymogène :
 

 
On parlera alors d’autocatalyse.

Ce phénomène est caractérisé par le fait que la vitesse de formation de l’enzyme croit à mesure que l’enzyme active ses propres zymogènes (qui s’emploient aussitôt à faire pareil) pour atteindre un maximum, puis diminue à mesure que la quantité de zymogène restante se raréfie.

C’est ainsi que le pepsinogène est d’abord sécrété dans l’estomac où il est péniblement hydrolysé en pepsine par l’acidité de l’estomac. Mais aussitôt l’enzyme formé, la vitesse s’accélère car l’enzyme préside lui-même à la transformation de son précurseur.

En résumé, la transformation d’un zymogène en enzyme est une réaction irréversible qui ne peut être répétée avec la même facilité par une réaction chimique. Cette réaction implique le bris d’un lien peptidique et la libération d’un peptide.

De plus, l’autocatalyse est un phénomène qui se produit exclusivement chez les enzymes protéolytiques (qui ‘digèrent’ les protéines) et capables d’accepter leurs propres zymogènes comme substrats pour les transformer en enzymes.

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Les conséquences pédiatriques de la légalisation des produits dérivés du cannabis

11 septembre 2019

L’expérience française

En France, où le cannabis est illégal, la consommation de cannabis est la plus élevée d’Europe. Autre particularité, le cannabis y est fumé davantage sous forme de hachich qu’en feuilles.

L’administration orale accidentelle de hachich — qui, pourtant, n’a pas l’attrait des produits dérivés — été responsable de 136 des 187 intoxications au THC observées chez les enfants de moins de six ans dans les hôpitaux pédiatriques de France de 2010 à 2014.

Près de 86 % de l’ensemble des cas l’ont été chez des bébés de moins de deux ans.

Parmi les symptômes observés, notons le coma (16,9 %), le rythme cardiaque élevé (14,2 %), et les convulsions (5,5 %). L’admission aux soins intensifs a été nécessaire dans 14,7 % des cas.

Précisons qu’il est impossible d’attribuer ces symptômes au THC seul puisque le hachich vendu illégalement en France peut contenir des contaminants.

L’expérience du Colorado

Au Colorado, c’est en janvier 2014 que débutait la commercialisation des produits dérivés du cannabis.

Dès la première année, cette industrie a généré des ventes de 573 millions$US dont près de la moitié, 257 millions$US, en produits dérivés.

En raison de la somnolence qu’il provoque, le cannabis n’est jamais mortel lorsqu’il est fumé; l’utilisateur s’endort avant d’avoir atteint une dose qui mettrait sa vie en péril.

Mais au Colorado, trois adultes sont morts d’avoir consommé des produits dérivés.

Qu’en est-il chez les enfants ?

À chacune des deux années qui ont suivi la commercialisation des produits dérivés, 16 enfants ont été admis à l’une ou l’autre des urgences ou des unités de soins intensifs des hôpitaux pédiatriques de l’État.

Leur âge médian fut de 2,4 ans.

Contrairement à l’expérience française, ce sont ici les produits dérivés qui sont responsables de 94 % des admissions pédiatriques pour intoxication au cannabis.

Sur l’ensemble des 62 cas rapportés au Colorado depuis 2009 — soit 6 cas par année avant la légalisation des produits dérivés et 16 cas par année depuis — les intoxications pédiatriques au cannabis l’ont été :
• par des boissons (48 % des cas),
• par des pâtisseries (27 %),
• par des friandises (16 %),
• par du maïs soufflé (3 %).

L’expérience du Québec

Par extrapolation à partir de l’expérience du Colorado, la légalisation des produits dérivés au Québec occasionnerait annuellement 21 admissions dans nos urgences et soins intensifs pédiatriques sur l’ensemble des 23 qui seraient causées par l’intoxication au cannabis sous toutes ses formes.

Toutefois, certains indices nous laissent croire que la situation pourrait être pire.

Depuis la légalisation du cannabis, 26 enfants ont été admis à l’Hôpital de Montréal pour enfants alors qu’avant le 17 octobre 2018, leur nombre était d’un par année.

Puisque les produits dérivés ne sont pas encore légalisés, il s’agissait de petits gâteaux et de biscuits au cannabis fait artisanalement par des parents qui, imprudemment, les ont laissés à portée de leurs enfants.

À l’hôpital Sainte-Justine, le nombre est passé de deux par années entre 2012 et 2016 à 11 en 2018-2019.

Dans la ville de Québec, on parle de 15 cas depuis le 6 février 2019.

Conclusion

N’importe quel parent sait que dès qu’ils commencent à se déplacer à quatre pattes, les enfants portent à leur bouche n’importe quoi. Y compris des choses qui nous répugnent.

L’expérience française nous apprend que même si le THC se présente sous forme de fragments de hachich qui ressemblent à des excréments de petits rongeurs, il causera des intoxications pédiatriques.

Il est donc naïf de penser qu’on peut prévenir la plupart des empoisonnements au cannabis en interdisant la commercialisation de produits dérivés qui se présentent sous une forme attrayante.

C’est portant une des principales exigences sur lesquelles compte le gouvernement canadien pour assurer la protection du public.

En plus de l’aspect, les friandises au cannabis devront être enveloppées individuellement.

Toutefois, rien ne distinguera une friandise normale d’une friandise à la drogue sans sa pellicule.

Cela signifie que toute friandise obtenue d’un inconnu à l’occasion de l’Halloween devra être jetée systématiquement au cas où cet inconnu aurait eu l’idée de faire une plaisanterie de très mauvais gout en retirant la pellicule qui permettait de savoir qu’elle contenait du THC.

Ottawa s’oppose également à toute politique québécoise qui serait plus restrictive que la sienne.

Selon un jugement récent de la Cour supérieure au sujet du cannabis, le gouvernement du Québec ne pourra pas interdire ce que le fédéral permet.

Ce qui signifie que les produits dérivés seront commercialisés au Québec, qu’on le veuille ou non.

Voilà le prix de notre appartenance au Canada.

Références :
Cannabis and Canada’s children and youth
La légalisation des produits dérivés du cannabis
Half-Baked — The Retail Promotion of Marijuana Edibles
L’interdiction de faire pousser du «pot» à domicile invalidée
Multiplication des intoxications au cannabis chez les enfants
Pediatric marijuana exposures in a medical marijuana state
The Implications of Marijuana Legalization in Colorado
Unintentional Cannabis Ingestion in Children: A Systematic Review
Unintentional Cannabis Intoxication in Toddlers
Unintentional Pediatric Exposures to Marijuana in Colorado, 2009-2015

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| le prix du fédéralisme, Nourriture, Politique canadienne | Mots-clés : | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Quand la pureté dominait le monde

9 septembre 2019

La bière allemande

Bières allemandes

C’est en raison de son adoption plus précoce de la pomme de terre comme principale source calorique que l’Allemagne est devenue le pays le plus populeux d’Europe en dépit du fait que c’est en France qu’on trouve une bonne partie des terres les plus fertiles du continent.

En effet, ce tubercule est moins sujet aux mauvaises récoltes que les céréales. Donc son adoption protégeait des famines.

Mais au début du XVIe siècle, la patate n’a pas encore été rapportée des Amériques.

Afin de réserver le blé à la fabrication du pain et obliger l’utilisation du houblon, Guillaume IV, duc de Bavière, promulgue le 23 avril 1516 le Décret de pureté sur la bière. C’est un des plus vieux décrets alimentaires européens.

Celui-ci stipule que la bière bavaroise ne pouvait contenir que trois ingrédients : l’orge, le houblon et l’eau.

Même si ces restrictions ont été assouplies, notamment pour se conformer à la règlementation européenne, la majorité des bières allemandes se conforment volontairement au décret de 1516.

De nos jours, dans les pays germaniques, le 23 avril est célébré comme le Jour de la bière allemande.

La baguette française

Dans leur désir de rendre leur pain plus blanc et plus digestible, d’en uniformiser les trous, de le rendre plus moelleux, d’en équilibrer les protéines et d’en prolonger la conservation, les boulangeries industrielles ont transformé leur pain en un produit qu’ils sont les seuls à pouvoir fabriquer.

Et le plus merveilleux, c’est qu’en dépit de tout, cela rappelle encore vaguement le gout du pain.

Au fur et à mesure des ‘améliorations’, la liste officielle des ingrédients s’allonge. Et ce, sans compter les contaminants qui sont permis en quantité croissante par les autorités sanitaires.

Par exemple, au fil des années, la teneur maximale permise de glyphosate dans le blé canadien a augmenté de 50 fois afin de légitimer les abus des producteurs de céréales.

Heureusement, ni au Québec ni en France, on a pris l’habitude d’empoisonner le blé au glyphosate avant de le faucher, comme c’est le cas en Saskatchewan.

En plus, dans le cas précis des baguettes, leur production est sévèrement règlementée en France; elles ne peuvent contenir que de la farine de blé, de l’eau, de la levure (ou de la poudre à lever), et du sel.

Ces contraintes garantissent la qualité du pain. Contrairement à ce qu’on aurait pu s’attendre, elles n’entrainent pas l’uniformisation du produit.

L’excellence en boulangerie est le sujet de plusieurs concours et même d’émissions télévisées.

Le pain nature a donc encore de belles années devant lui.

Le savon de Marseille

Tout comme certains aliments, d’autres produits de consommation ont su résister aux assauts de la modernité; le savon de Marseille fut l’un d’eux entre 1688 et 1820.

Les Romains fréquentaient les bains publics, mais ne se lavaient pas avec de l’eau et du savon.

À domicile, debout dans une cuvette, ils s’enduisaient et se massaient la peau avec de l’huile d’olive. Et ils se débarrassaient de l’huile souillée à l’aide de petits racloirs de bois (appelés strigiles) dont la courbure épousait le corps. Le mince film d’huile résiduel servait à lubrifier et parfumer la peau.

À la faveur des croisades, la recette syrienne du savon (à base d’huile d’olive ou de laurier) se propagera en Europe.

Dès le IXe siècle, on fabrique de manière saisonnière du savon à Marseille à partir de l’huile d’olive produite en Provence. L’histoire retiendra le nom de Crescas Davin, premier véritable savonnier marseillais en 1371.

Au cours de la Guerre de Quatre-Vingts Ans (1568 à 1648), Marseille augmente sa production et assure les approvisionnements en savon d’une bonne partie de l’Europe occidentale.

La paix revenue, Louis XIV promulgue en 1688 un édit qui fait du savon de Marseille un produit de qualité. Sous peine de confiscation, seule l’huile d’olive sera utilisée comme corps gras dans la fabrication de ce savon.

Ce savon rencontra un immense succès.

Mais à partir de 1820, on utilisera diverses huiles végétales et parfois même du gras animal (saindoux et suif).

Peu à peu, le savon de Marseille, dégénéré, fut délaissé au profit de savons moins chers.

De nos jours, on ne produit plus de savons faits exclusivement avec de l’huile d’olive dans cette ville. Mais un très petit nombre d’entreprises fabriquent, ailleurs en France, du ‘savon de Marseille’ selon la recette originale dont :
le Savon ‘Antique’ d’Alepia
la Savonnerie de la Goutte noire

Références :
Des boulangeries à la française
Guillaume IV de Bavière
Histoire de la pomme de terre
La Meilleure Boulangerie de France
Les céréales canadiennes contaminées au glyphosate
Reinheitsgebot
Savon
Savon de Marseille
Véritable savon de Marseille

Détails techniques : Olympus OM-D e-m5 mark II, objectif M.Zuiko 12-40 mm F/2,8 — 1/250 sec. — F/2,8 — ISO 200 — 40 mm

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Quand l’année débutait en septembre

8 septembre 2019

L’année n’a pas toujours débuté en janvier.

Chez les peuples dont la mythologie puise sa source des forces de la nature, le milieu de l’hiver n’a rien de particulier. C’est donc au printemps, lorsque la nature s’éveille, que les Celtes faisaient commencer l’année.

Mais ce n’était pas le cas sous la République romaine, née en 509 avant notre ère.

La vie politique y était rythmée par l’élection des consuls dont l’entrée en fonction était le premier janvier. Ce mois était ainsi nommé en l’honneur de Janus, ce dieu à deux visages, l’un tourné vers le commencement, l’autre vers la fin.

À cette époque, l’année ne compte que dix mois. Voilà pourquoi, encore aujourd’hui, le nom ‘septembre’ fait référence au chiffre 7 (alors que c’est le neuvième mois), ‘octobre’ à 8, ’novembre’ à 9 et ‘décembre’ à 10.

En 46 avant notre ère, Jules César ordonne de faire débuter l’année le premier du mois de Mars (notez la majuscule), dieu de la guerre.

En 532, le pape Libère (c’est son nom) ordonne plutôt que l’année débute avec la célébration d’un évènement qu’il juge très important; le jour de la Circoncision du Christ, soit le premier janvier.

Cette décision sera évidemment controversée. Selon les pays, le début de l’année sera le jour de la naissance du Christ ou de sa circoncision ou encore le 1er mars.

Ce n’est qu’au XVIe siècle que l’idée de faire du 1er janvier le début de l’année se généralisera en Europe occidentale.

Entre le Xe siècle et 1700, le monde byzantin demeura attaché au 1er mars. Non pas en hommage au dieu de la guerre, mais parce qu’il commémorait la création du monde survenue, croyait-on, le 1er mars de l’an 5509 avant notre ère.

Romanisée tout en étant encore attachée à ses traditions celtiques, la France fera également partie des résistants; on conservera le réveil de la nature comme signe du début d’année.

Symboliquement, la fête de Pâques — qui marque la résurrection du Christ — y est choisie pour faire débuter l’année.

Mais voilà, il y a un problème; Pâques n’est pas à date fixe. C’est le premier dimanche qui suit l’équinoxe du printemps.

En 1564, le roi Charles IX aligne la France avec le reste de la chrétienté et ordonne que le 1er janvier marque officiellement le début de l’année dans le royaume.

Survient la Révolution française. On élabore alors un calendrier républicain. Celui-ci proclame que l’année commence par l’équinoxe d’automne. Selon les années, celui-ci tombe entre le 22 et le 24 septembre.

Si les Romains choisissaient l’équinoxe du printemps afin de rendre hommage à Mars, les révolutionnaires choisissent l’équinoxe d’automne pour célébrer les vendanges; le premier mois du calendrier révolutionnaire est même appelé le Vendémiaire.

Mais 14 ans plus tard, on se rend à la nécessité pour la France d’avoir le même calendrier que le reste de l’Europe. Pragmatique, Napoléon Bonaparte ordonne l’abandon du calendrier républicain en 1805.

De nos jours, six pays ont leur propre calendrier qui fait débuter l’année autrement :
• l’Afghanistan (à l’équinoxe du printemps),
• l’Arabie saoudite (cette année, le 31 aout),
• l’Éthiopie (le 11 ou 12 septembre),
• l’Iran (à l’équinoxe du printemps),
• le Népal (entre le 12 et le 15 avril),
• le Vietnam (entre le 21 janvier et le 19 février).

Dans le cas de la Chine, on doit distinguer le début officiel de l’année (le 1er janvier) du début des fêtes traditionnelles du début d’année (entre le 21 janvier et le 19 février).

Quant à certains pays catholiques orthodoxes, leur 1er janvier est décalé par rapport au nôtre en raison de leur attachement au calendrier julien.

Références :
Calendrier julien
Pourquoi l’année commence-t-elle le 1er janvier ?

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Un plan B au texte de ‘refondation’ du PQ

6 septembre 2019

J’ai publié hier mon appréciation négative au sujet du texte de ‘refondation’ du Parti Québécois.

Ai-je une solution de remplacement à proposer ?

Oui, la voici.

Le texte de trois pages devrait être remplacé par une seule phrase, simple, claire et précise :

Les deux objectifs du Parti Québécois sont de réaliser l’indépendance du Québec et de défendre le peuple francoQuébécois.

Le reste, on n’en parle pas parce que cela n’est pas distinctif.

J’entends déjà deux objections.

Première objection.

Défendre le peuple francoQuébécois, c’est bien. Mais qu’en est-il des peuples autochtones du Québec ?

Un gouvernement du Parti Québécois sera juste et équitable pour tous les citoyens et tous les peuples du Québec. Sans distinction. Tout en manifestant un biais acceptable en démocratie pour la majorité francophone de la population.

Mais dans l’esprit de tous, en tant que formation politique, le PQ devra être résolument le Parti des francoQuébécois.

Deuxième objection.

Ne craint-on pas que le PQ soit accusé de nationalisme ethnique ? Bien oui. Et après ? Le Parti Libéral est bien le ‘Parti des Anglais’ et cela ne le dérange pas. Il assume.

Et bien, assumons.

Quotidiennement, le PQ doit se rappeler que le moteur des révolutions, c’est le sentiment d’injustice.

Au Québec, il y a des millions de francoQuébécois qui sont unilingues. Ceux-ci connaissent bien quelques mots d’anglais. Mais leur connaissance rudimentaire de cette langue les empêche de postuler à des postes bilingues.

Chaque fois que le bilinguisme est exigé inutilement, ils sont victimes d’une discrimination à l’embauche. Ici même dans leur propre pays.

Or il est aussi normal d’être unilingue français au Québec qu’il est normal pour un Allemand d’être unilingue en Allemagne. Ou pour un Italien d’être unilingue en Italie.

Sans que cela soit écrit explicitement, la version originale de la Loi 101 prescrivait l’unilinguisme français au Québec.

Le PQ doit donc revenir à ses origines.

S’il hésite à être le Parti des francoQuébécois, le pire qui pourrait lui arriver, c’est que la CAQ le devienne à sa place.

À bon entendeur, salut !

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le texte de ‘refondation’ du PQ : le paroxysme de l’insignifiance

5 septembre 2019

Introduction

À la suite de la cuisante défaite électorale subie l’an dernier, le PQ s’est engagé dans un exercice de remise en question de ses orientations politiques.

Le texte de ‘refondation’ — qui sera soumis aux congressistes dans quelques semaines — était très attendu.

Ce document de trois pages vient d’être publié par Le Devoir.

Analyse du texte

Du strict point de vue littéraire, c’est un texte bien.

Il est clair. Les arguments se suivent logiquement et l’ensemble est cohérent.

Le texte est formé de 674 mots. Les 278 premiers mots établissent ce qui suit.

Les trois premiers paragraphes découlent d’un patriotisme convenu; ils auraient pu être écrits par n’importe quel politicien fédéraliste.

C’est alors qu’on arrive au cœur du document, soit la liste des valeurs fondamentales du PQ renouvelé :
• la liberté,
• la justice et l’équité,
• le nationalisme, et
• la protection de l’environnement.

Dans son désir obsessionnel de ‘susciter l’adhésion’, de ‘bâtir des consensus’ et d’en arriver à ‘des décisions rassembleuses’, on fera la promotion de valeurs qui ne permettent pas au PQ de se distinguer des autres formations politiques du Québec.

En réalité, dès qu’un parti sécessionniste renonce à choquer l’opinion publique, voire à simplement susciter la controverse, il se coupe les ailes.

S’il est vrai qu’une partie des Québécois sont des indépendantistes purs et durs, il existe une proportion encore plus grande de fédéralistes tout aussi convaincus qui ne peuvent qu’être scandalisés par un discours qui s’attaque au Canada qu’ils aiment.

Conséquemment, être soucieux de ne pas faire de vague tout en affirmant que son ‘action politique se concentrera sur la fondation d’un pays’ (le Québec) est un oxymore.

Pour tous les peuples qui aspirent à l’indépendance, le chemin qui mène à la liberté est un combat contre l’adversité.

La seconde partie du texte, composée de 396 mots, est une profession de foi selon laquelle la meilleure manière de concrétiser ces quatre valeurs serait l’indépendance.

Le texte a raison de dire, en résumé, que si le Québec avait tous les pouvoirs d’un pays souverain et disposait de tout l’argent envoyé à Ottawa, il pourrait faire plus.

Mais cette idéologie positive échoue depuis des décennies à convaincre une majorité de Québécois de voter pour l’indépendance. Pourquoi ? Parce que ceux-ci estiment qu’un tiens vaut mieux que deux tu l’auras.

Normalement, ce texte de ‘refondation’ devrait être la charte politique du PQ. Or ce texte mièvre est en fait une camisole de force idéologique.

En se limitant à n’être qu’un beau discours et en évitant de recourir également à la critique frontale de l’État colonial canadian, il prive le PQ d’un argumentaire qui suffirait à convaincre les voix qui lui manque pour rallier une majorité de Québécois à l’indépendance.

Pour terminer, les deux derniers paragraphes sont de la même inspiration que le début du texte, mais en plus pompeux.

Le cliché du ‘Parti de la chicane’

Pendant des années, le PQ ne s’est pas défendu de l’accusation libérale d’être le ‘Parti de la chicane’.

En réalité, c’est sous un gouvernement libéral, plus précisément au cours du Printemps érable, qu’on crevait des yeux, cassait des dents, fracturait des mâchoires et provoquait des commotions cérébrales.

Aussi controversé que soit un référendum, une consultation populaire au Québec n’a jamais tué personne.

Tel un enfant dévoré par la culpabilité, le PQ promet maintenant qu’il ne recommencera plus.

Cette reconnaissance par le PQ — dans un texte fondateur en plus — que les accusations libérales sont fondées est pathétique.

L’âge des révoltes

Pour qu’un parti suscite l’enthousiasme, il doit être en phase avec son époque.

Pendant des années, ici comme ailleurs, on a cru au mirage du néolibéralisme.

Selon la théorie du ruissèlement, plus les riches s’enrichissent, plus cette richesse finit par atteindre les gens ordinaires.

Or partout en Occident, les peuples se soulèvent parce qu’ils réalisent que le néolibéralisme ne tient pas ses promesses.

Aux États-Unis, le pouvoir d’achat du travailleur moyen stagne depuis des décennies. Parallèlement apparaissent des objets technologiques (ex.: téléphones multifonctionnels) de plus en plus couteux que réclament leurs enfants.

Désespérée, une partie importante de l’électorat américain soutient un président instable, menteur, misogyne et raciste, dont l’équilibre psychologique est douteux.

En Grande-Bretagne, on a voté pour le Brexit afin de protester contre l’immigration en provenance de l’Europe continentale et par ressentiment contre la cupidité de l’élite financière du pays.

La France est confrontée à la révolte des gilets jaunes.

En Italie et en Europe de l’Est, les partis populistes incarnent la colère du peuple.

Quant au président Bolsonaro du Brésil, on a toujours l’impression, les rares fois qu’il sourit, que le visage est sur le point de lui craquer.

Bref, au lieu de critiquer le colonialisme économique d’Ottawa contre le Québec — ce qui susciterait inévitablement la controverse — le PQ préfère devenir la version Peace & Love du discours nationaliste de la CAQ.

Conclusion

Les Québécois qui sont devenus adultes depuis le début de ce millénaire — et qui n’ont donc connu, essentiellement, que des gouvernements libéraux — ne savent pas que le PQ a déjà été un parti révolutionnaire.

Ce parti a instauré des politiques radicales, nées presque toutes dans la controverse :
• la Charte de la langue française,
• la création des centres de la petite enfance (CPE),
• la création du ministère de l’Environnement,
• la création de l’assurance médicaments,
• la loi sur l’équité salariale,
• la création de la Régie du logement,
• la protection de la vocation des terres agricoles,
• la signature de la Paix des Braves avec les peuples autochtones,
• le rétablissement de la paix sociale lors de la grève étudiante de 2012,
• la loi antibriseurs de grève,
• la loi limitant le financement des partis politiques,
• la fermeture des centrales nucléaires.

Et j’en passe.

Avec son texte de ‘refondation’ de couleur pastel, le PQ aspire à devenir la version aseptisée de ce qu’il a déjà été; une formation politique bourgeoise qui se fond dans le bleu poudre des murs de l’Assemblée nationale.

Ce texte de ‘refondation’, aussi lisse et insignifiant qu’une publicité de cosmétique, rappelle l’époque joyeuse où l’électorat choisissait ses dirigeants politiques à la blancheur de leurs dents.

Le PQ doit être en phase avec le temps présent et ne pas hésiter à créer la controverse en ouvrant les yeux du peuple, de même qu’en lui disant ce qu’il a peur d’entendre. Apparemment, ce sera pour une autre fois.

Avec ce texte de ‘refondation’ accueilli dans l’indifférence générale, le PQ s’enfonce dans la redondance politique.

J’espère qu’il se réveillera avant qu’il ne soit trop tard.

Référence : La déclaration du Parti québécois

Sur le même sujet : Un plan B au texte de ‘refondation’ du PQ

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Écrit par Jean-Pierre Martel


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