La freguesia de Bonfim

26 février 2020

 

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C’est quoi, une freguesia ?

La freguesia est la plus petite unité administrative du Portugal.

Autrefois, ‘freguesia’ et ‘paróquia’ étaient synonymes de paroisse.

À la Révolution portugaise de 1911, on a divisé le pays en unités administratives. Le territoire de chacune d’elles coïncidait parfaitement avec celui de la paroisse dont elle adoptait le nom.

Ces communes ou circonscriptions furent désignées sous l’appellation générique de freguesias, obligeant les paroisses qu’elles chevauchaient à ne se désigner dorénavant que comme paróquias.

Plus récemment, des villes comme Porto et Lisbonne ont procédé à une réorganisation territoriale qui a eu pour effet de fusionner des freguesias, donnant naissance à des arrondissements (qu’on continue à appeler freguesias).

Puisque les diaporamas de Porto présenteront au total près de 1 600 photos, nous avons choisi de les diviser selon les anciennes freguesias (plus petites) plutôt que selon les deux grands arrondissements qui regroupent maintenant presque tous les quartiers touristiques de cette ville.

Bonfim

Peuplé de près de vingt-cinq-mille personnes, Bonfim occupe une superficie de 3,05 km². C’est la freguesia la plus à l’Est parmi celles que nous visiterons.

Nous en verrons successivement :
• l’Igreja de Nossa Senhora da Esperança
• la Biblioteca Pública Municipal do Porto
• le Museu Militar do Porto et
• le Cemitério Prado do Repouso.

L’Igreja de Nossa Senhora da Esperança

La page-titre du diaporama montre le revêtement (ou calçada portuguesa) qui décore les trottoirs de l’avenue Rodrigues de Freitas.

Très variés, ces revêtements sont formés de pavés cubiques en calcaire (blancs) et en basalte (noirs) d’environ six centimètres de côté.

De 0:09 à 0:11, on voit quelques-uns des graffitis éphémères de la ville. Ceux-ci sont imprimés ou peints sur papier et découpés à la main.

Puis nous arrivons à l’église Notre-Dame-de-l’Espérance (de 0:14 à 0:38).

Construite en 1746 selon les plans de Nicolau Nasoni — le plus célèbre architecte baroque de la ville — cette petite église peu connue des touristes est une des plus belles de Porto. On ne peut la visiter qu’au cours des offices religieux.

De plan rectangulaire, l’église est décorée de quatre autels latéraux encastrés et d’un maitre-autel, tous en bois doré et remarquablement bien exécutés.

La Biblioteca Pública Municipal do Porto

À quelques pas de là se trouve la bibliothèque municipale.

Créée sur ordre du roi Pierre IV du Portugal en 1833, la bibliothèque ne fut réellement aménagée qu’en 1842 dans l’ancien couvent de Santo António da Cidade (construit au siècle précédant). Elle devint publique en 1876.

Son entrée (de 0:42 à 0:44) est décorée d’azuléjos créés dans la seconde moitié du XVIIIe siècle. Ils ont été récupérés du couvent Saint-Barthélemy de Coïmbre, du réfectoire du monastère Saint-Benoit de Victoria, du couvent Sainte-Claire de Porto et du monastère Saint-Benoit d’Ave-Maria.

La fontaine au centre de la cour (à 0:45) provient du couvent Sainte-Claire de Porto.

Sa collection de livres destinée aux enfants compte plus de sept-mille titres.

Le Museu Militar do Porto

Plus à l’est, on rencontre le Musée militaire de Porto (de 0:55 à 1:24).

Dans sa cour arrière, on peut voir des pièces d’artillerie d’un intérêt limité.

Toutefois, à l’intérieur de la bâtisse principale, le musée présente une collection ahurissante de seize-mille figurines de plomb réparties évidemment en plusieurs salles.

Disposées dans des vitrines, les figurines portent un numéro de référence dont on trouve la signification sur des fiches placées à proximité.

Certains sont des personnages historiques (hommes ou femmes) présentés individuellement. D’autres sont des bataillons ou des régiments entiers qui vont de l’antiquité à l’époque moderne.

Ce musée ravira les amateurs de soldats de plomb. Prix d’entrée : 3€.

Le Cemitério Prado do Repouso

À quelques pas du Musée militaire se trouve très justement un cimetière…

Aménagé en 1839, le cimetière du Pré de la tranquillité (c’est son nom en portugais) permet de constater la dévotion des Portuans (les citoyens de Porto) pour leurs parents et amis disparus.

Les allées principales sont bordées de monuments qui n’ont pas la splendeur de ceux de Prague, de Paris, de Barcelone ou de La Havane.

Mais ce qui est frappant, c’est de voir que presque toutes les tombes sont décorées de fleurs (artificielles ou naturelles) et/ou de lampions. Au moment de ma visite, de nombreux employés s’affairaient à nettoyer les pierres au sol ou à tailler les arbres.


Détails techniques : Le diaporama présente 49 photos réalisées à l’aide d’un appareil Olympus OM-D e-m5 mark II.

En ordre décroissant, les objectifs utilisés furent le M.Zuiko 12-40 mm F/2,8 (31 photos), M.Zuiko 25 mm F/1,2 (15 photos), et le M.Zuiko 7-14 mm F/2,8 (3 photos).

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Écrit par Jean-Pierre Martel


De Montréal à Porto

25 février 2020

 

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Ce court diaporama résume le vol direct de Montréal à Porto effectué sur les ailes d’Air Transat, les 26 et 27 septembre 2017.

Jusqu’à 0:19, nous sommes à l’aéroport de Dorval : de 0:28 à 0:40, à celui de Porto.

De 0:40 à 0:58, le métro nous transporte au studio — loué pour 25€ (35,95$Can) par jour — situé à quelques minutes de marche de la station de la Trinité (Trindade, en portugais).

Finalement, le diaporama donne un avant-gout de Porto (que nous verrons plus en détail au cours des prochaines semaines).


Détails techniques : Le diaporama présente 34 photos réalisées à l’aide d’un appareil Olympus OM-D e-m5 mark II.

En ordre décroissant, les objectifs utilisés furent le M.Zuiko 12-40 mm F/2,8 (27 photos), le M.Zuiko 7-14 mm F/2,8 (4 photos), le M.Zuiko 25 mm F/1,2 (2 photos), et l’hypergone M.Zuiko 8 mm F/1,8 (1 photo).

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Blocus ferroviaire : quand l’État prend le parti de compagnies étrangères contre ses propres citoyens

23 février 2020

Le cas de Ben’s Deli vs la Maison Manuvie

La Maison Manuvie est une tour de 28 étages qui se dresse au 900 ouest du boulevard de Maisonneuve, à Montréal.

À l’origine, les promoteurs avaient l’intention de construire leur édifice sur le boulevard de Maisonneuve, mais du côté est de la rue Mansfield.


 
Le terrain convoité était celui de Ben’s Deli, un restaurant célèbre pour ses sandwichs à la viande fumée. Le décor de ce restaurant n’ayant pas été rafraichi depuis des décennies, on avait bon espoir d’acheter l’édifice pour une bouchée de pain.

Mais les promoteurs se sont heurtés à l’entêtement de la propriétaire, Jean Kravitz, veuve du dernier des trois fils du fondateur du restaurant, Ben Kravitz.

Note : en anglais, Jean est un prénom féminin (qu’on prononce comme des pantalons en denim).

Le restaurant et son terrain valaient environ 2,5 millions$. Même après avoir offert quatre fois plus, Mme Kravitz ne voulait rien entendre.

En conséquence, les promoteurs se sont rabattus sur le terrain de l’autre côté de la rue pour y ériger leur tour.

Quant au restaurant, ce fut peine perdue; il devait fermer ses portes en raison d’un conflit syndical, un an près l’échec des négociations avec la société immobilière.

Autochtones Wet’suwet’en vs le Coastal GasLink


 
Coastal GasLink est un gazoduc de 670 km qui doit traverser d’est en ouest la plus occidentale des provinces canadiennes.

Son promoteur est TC Energy, associé à l’hollandaise Royal Dutch Shell, la malaysienne Petronas, la coréenne Korea Gas Corporation, la japonaise Mitsubishi et PetroChina.

Sur la côte canadienne du Pacifique, les Wet’suwet’en constituent un peuple autochtone dont il ne reste plus que 3 450 personnes.

Le territoire qu’ils occupent est situé sur le passage du gazoduc.

De 2012 à 2014, pour l’ensemble du projet, TC Energy a patiemment obtenu l’appui de tous les dirigeants officiels des peuples autochtones concernés, y compris ceux des Wet’suwet’en.

Seuls se sont opposés les chefs traditionnels du peuple Wet’suwet’en. Et ce en dépit de 120 rencontres et de 1 300 échanges téléphoniques ou par courriel.

Jugeant trop couteuses les modifications exigées par ces derniers, la compagnie a décidé d’aller de l’avant.

Dès le début des travaux sur leur territoire, les Wet’suwet’en y ont fait obstacle.

Or il faut savoir que l’ex gouvernement Harper a fait modifier la loi canadienne de manière à ce que toute action citoyenne qui vise à nuire à la construction d’un oléoduc soit considérée comme un acte terroriste.

Conséquemment, les tribunaux de la province ont émis deux injonctions contre les Wet’suwet’en, la première en 2018 et l’autre l’année suivante.

Au début de cette année, la police fédérale (la RCMP) a procédé à des arrestations. Ce qui a mis le feu aux poudres et qui a incité, plus tôt ce mois-ci, d’autres peuples autochtones à bloquer le transport ferroviaire au pays.

Des milliers d’entreprises comptent sur ce mode de transport pour leur approvisionnement et/ou pour acheminer leur production.

Pour l’instant, l’économie canadienne n’est pas totalement paralysée. Mais cela arrivera inévitablement si cette crise persiste.

Un conflit artificiel

Par sa Loi sur les Indiens, Ottawa s’est donné un rôle de fiduciaire à l’égard des Autochtones du pays.

Dans l’exercice de ce rôle, le fédéral s’est généralement comporté cavalièrement, ignorant que tout fiduciaire doit faire preuve d’une loyauté absolue envers son commettant.

Cette crise aurait pu être évitée et pourrait se résoudre instantanément; il suffirait à Justin Trudeau d’affirmer son appui au droit des Autochtones de disposer à leur guise du territoire qu’ils occupent. Ce qui signifie le droit de refuser d’en céder le droit de passage à des intérêts privés.

Qu’il s’agisse de la propriétaire du Ben’s Deli, ou de n’importe qui d’entre nous, personne n’est obligé de céder un bien convoité ni d’avoir à justifier son refus… sauf lorsqu’on est Autochtone.

Respecter l’état de droit

En vertu des lois coloniales du Canada, l’agrandissement territorial d’une réserve indienne est d’une extraordinaire complexité juridique.

Comme a pu le constater Grégoire Gollin lorsqu’il a voulu vendre soixante hectares de terrain aux Mohawks d’Oka. Ce que ces derniers étaient prêts à accepter.

Au contraire, amputer du territoire autochtone a été facilité par l’adoption en 2012 de la loi fédérale C-45 par le gouvernement Harper.

C’est en réaction à cette loi qu’est né le mouvement Idle No More. Ce militantisme fait qu’aujourd’hui, les Mohawks dressent des barricades d’un bout à l’autre du pays afin d’appuyer les Wet’suwet’en.

Au Canada, les Autochtones sont juridiquement des mineurs. Comme les Canadiennes l’ont été pendant des décennies.

Voilà pourquoi tout transfert testamentaire de biens entre Autochtones doit être approuvé par le ministre des Affaires indiennes.

Dans le cas de Coastal GasLink, l’accord des dirigeants élus de la communauté Wet’suwet’en suffit à justifier le passage du gazoduc sur leur territoire.

Comme si l’accord des élus municipaux aurait suffi à obliger la veuve Kravitz à céder le Ben’s Deli aux promoteurs immobiliers de la tour Manuvie.

TC Energy n’a eu grand peine pour obtenir toutes les autorisations provinciales et gagner ses demandes d’injonction.

Les appels qu’on entend ces jours-ci au sujet du ‘respect de l’état de droit’ sont très précisément des appels à la soumission au droit colonial canadien (appelé ‘droit autochtone’).

On oublie généralement que le droit international a préséance sur le droit colonial canadien.

Le Canada est signataire de la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones. Or celle-ci stipule l’obligation de respecter le droit à un consentement libre, préalable et éclairé aux projets de ressources.

Le Canada a adopté cette déclaration, mais n’a pas incorporé ses dispositions à aucun de ses textes de loi.

L’appel hypocrite à la négociation

Depuis le début du blocus ferroviaire, le gouvernement fédéral a laissé pourrir la situation.

Alors que les pertes économiques s’accumulent pour les entreprises, alors que des milliers de Canadiens subissent des mises à pieds temporaires, les messages haineux se multiplient sur l’internet.

Il y a quelques jours, sur les ondes d’une radio montréalaise, le conseiller politique d’un ex premier ministre canadien a même émis le souhait qu’on tire une balle dans la tête des Autochtones. Comme dans les bons vieux films de cowboys.

Cette montée de l’intolérance est le résultat voulu de la manipulation de l’opinion publique exercée par les stratèges fédéraux afin de faire plier, indirectement, les Wet’suwet’en.

Résultat : les analystes, les chroniqueurs et les éditorialistes blâment l’intransigeance des chefs héréditaires des Wet’suwet’en et répètent comme des perroquets les appels à la négociation lancés par le premier ministre canadien.

En réalité, une telle ‘négociation’ n’aurait qu’une seule issue satisfaisante; la capitulation des Wet’suwet’en.

Tant que les discussions n’arriveraient pas à cette finalité, on parlerait d’impasse des négociations. Donc, à la fin, ce qu’on attend des Wet’suwet’en, c’est réellement leur capitulation aux intérêts de la compagnie.

Se sacrifier au nom du progrès

Il est normal que l’État utilise son droit d’expropriation pour réaliser des projets publics d’infrastructure : parcs, autoroutes, aéroports, hôpitaux, écoles, etc.

Au contraire, dans ce cas-ci, on a affaire à un projet privé qui n’a de collectif que ses retombées économiques. Tout comme c’était le cas de la construction de Maison Manuvie à Montréal.

Comment aurait-on jugé l’intervention publique du maire de Montréal pour que Mme Kravitz vende son restaurant plutôt que de s’entêter à nuire au développement économique de la métropole ?

L’entêtement, c’est celui de TC Energy. Que cette dernière fasse passer son gazoduc ailleurs, un point c’est tout.

Tant que les Humains choisissent d’utiliser des machines qui carburent au pétrole et au gaz, il est normal que des pétrolières cherchent à satisfaire notre besoin d’hydrocarbures.

Par contre, ce qui est inacceptable, c’est qu’un chef d’État demande à ses propres citoyens de se sacrifier afin que soient maximisés les profits de multinationales.

La population canadienne en otage

L’opposition des Wet’suwet’en viendrait d’une dizaine de chefs héréditaires. Leur nombre n’a pas plus d’importance que le nombre des héritiers de Ben Kravitz.

TC Energy, Shell, Petronas, Korea Gas, Mitsubishi et PetroChina ont accepté de financer le projet de gazoduc Coastal GasLink sans, évidemment, en décider des moindres détails; on voit mal la Shell demander que le gazoduc passe par ici alors que Mitsubishi préfèrerait qu’il passe plutôt par là.

Bref, ces compagnies ont accepté un package deal proposé par TC Energy. Et au sein même de cette dernière, le conseil d’administration a probablement entériné l’accord obtenu par un petit nombre de cadres supérieurs.

Et si cette poignée de cadres a choisi de faire passer le gazoduc en territoire autochtone, c’est tout simplement parce que ça coute moins cher.

La rumeur veut qu’il en aurait couté 800 millions$ de plus pour passer chez les ‘Blancs’.

Comment un premier ministre du Canada peut-il demander à ses propres citoyens de se sacrifier aux désirs d’entreprises étrangères qui ont décidé qu’un gazoduc passerait là et pas ailleurs ?

Cette trahison n’est ‘normale’ que dans la mesure où elle s’inscrit dans la tradition coloniale du Canada à l’égard de ses peuples autochtones.

Quant aux inconvénients pour l’économie québécoise, c’est ça le prix du fédéralisme.

Références :
Blocus ferroviaire et réactions réactionnaires
Canada police prepared to shoot Indigenous activists, documents show
Coastal GasLink Pipeline
Droit autochtone canadien
La fin d’une époque
Le Canada doit stopper trois projets, dont Trans Mountain, exhorte un comité de l’ONU
Le propriétaire des terrains à Oka critique l’approche d’Ottawa
Le restaurant Ben’s ferme ses portes
Luc Lavoie suggère «un coup [de pistolet] entre les deux yeux» des Autochtones
Mouvement Idle No More
Nation Tsilhqot’in c Colombie-Britannique : bonne décision, mauvaises raisons
Une solution intimement liée au territoire

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Écrit par Jean-Pierre Martel


La grande migration

20 février 2020

Sans regret, ils abandonnent les lieux qui les ont vus naitre. Ils sont des millions à partir à la recherche d’un monde meilleur.

À les voir errer, on pourrait croire que ces hordes vont et viennent sans but apparent.

En réalité, ils se déplacent inexorablement de quelques kilomètres par année vers des climats plus doux.

Aucun mur ni aucune frontière ne peut les arrêter. Même les plus puissantes armées sont impuissantes.

Nous, Humains, pouvons survivre quelques semaines sans nourriture. Quelques jours sans eau. Mais à peine quelques minutes sans oxygène.

Ce qui est vrai pour nous l’est également pour les poissons.

À mesure que l’eau se réchauffe, il perd lentement sa capacité de dissoudre de l’oxygène.

Voilà pourquoi, avec le réchauffement climatique, l’eau des océans contient moins d’oxygène.

De plus, ce réchauffement augmente le métabolisme des poissons. En d’autres mots, le réchauffement climatique augmente leurs besoins en oxygène et diminue l’oxygène à leur disposition.

D’où la nécessité pour eux de migrer.

Les études scientifiques révèlent que les bancs de poissons migrent vers les pôles à raison de quelques kilomètres par année. Dans certains cas, cette migration atteint annuellement 10 km.

Si bien que dans les eaux côtières du Canada, on trouve des espèces de poissons et de calmars qui se vivaient, il n’y a pas longtemps, dans le golfe du Mexique, en Floride ou en Californie. Pendant ce temps, les poissons canadiens migrent vers l’Alaska.

À la chaise musicale tronquée de la nature, les poissons qui quittent les Tropiques ne sont pas remplacés.

La superficie des zones où l’oxygène est présent à des concentrations incapables d’y soutenir la biodiversité — moins de deux milligrammes d’O² par litre — a été multipliée par dix depuis 1950.

De nos jours, les déserts marins occupent plus de 4,5 millions de km².

On les trouve dans tous les océans, mais surtout dans l’océan Pacifique (au niveau de l’équateur) et tout le nord de l’océan Indien.

Références :
Les déserts aquatiques
Les poissons fuient vers les pôles

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Requiem des trottinettes en libre-partage

19 février 2020
Le plaisir de rouler sans casque protecteur

Introduction

Depuis ce matin, Montréal est la première ville au monde à bannir les trottinettes électriques en libre-partage après les avoir autorisées.

Pour m’être opposé vigoureusement à leur déploiement l’été dernier, je salue la décision d’aujourd’hui et tiens à féliciter les dirigeants municipaux; il faut beaucoup de courage et de noblesse pour admettre publiquement ses erreurs et les corriger.

Sur les médias sociaux, les trottinettes électriques sont présentées comme bonnes pour l’environnement. La nouvelle d’aujourd’hui est une occasion de se demander d’où vient cette réputation.

Le cas californien

L’été dernier, j’ai passé deux semaines dans le sud de la Californie, plus précisément dans la ville de Palm Desert.

Comme beaucoup de villes américaines, celle-ci est conçue pour l’automobile.

Si on exclut les petites rues résidentielles enclavées dans des quadrilatères comme des vers dans une pomme, les rues qui traversent la ville sont des boulevards à quatre ou six voies sur lesquels les voitures circulent à 80,5 km/h.

Ces autoroutes urbaines se croisent à 90 degrés, formant d’immenses quadrilatères de plus de 1,5 km de côté.

Dans cette ville, les rares commerces de proximité sont quelques stations-service.

Le transport en commun y est rudimentaire. Résultat : pour chaque piéton sur les trottoirs de la ville, on compte plus de quatre-cents véhicules en mouvement.

L’adolescent qui désire visiter sa petite amie ou aller fêter avec les copains, doit emprunter la voiture de ses parents ou compter sur eux pour le transporter à l’aller et, possiblement, pour le transport au retour.

Grâce à un vélo électrique ou à une trottinette électrique, cet adolescent devient libre de ses déplacements. Chacun de ses trajets évite le recours plus polluant à une voiture.

Même si l’électricité californienne est principalement produite à partir du charbon, les vélos et trottinettes électriques sont plus écologiques (ou moins polluantes) que les lourdes voitures électriques (qui carburent au même combustible).

Dans toutes les villes comme Palm Desert, les modes passifs de transport individuel sont une solution américaine à un problème américain; celui de la mobilité des piétons dans des villes conçues pour l’automobile et où le transport collectif est presque inexistant.

Dans la majorité des autres régions du monde

Contrairement au cas californien, dans des villes anciennes comme Montréal ou Paris, ce sont les piétons et les cyclistes (et non les automobilistes) qui constituent principalement le marché cible des trottinettes électriques.

Selon le Boston Consulting Group, la durabilité des trottinettes électriques est d’environ trois mois.

Si les trottinettes électriques sont à ce point éphémères, c’est en raison de la piètre qualité de leurs matériaux. Ce qui les rend sujettes au vandalisme et aux bris lors d’un accident ou à la suite d’impacts répétés contre une chaussée en mauvais état.

Ce sont des produits de consommation de masse qui ne sont pas faits pour résister à un usage intensif; on les utilise quelques centaines de fois et on les jette. Elles sont donc l’exemple parfait de cette consommation de masse polluante et ce gaspillage des ressources typiques du XXe siècle.

Le Québec est un des très rares endroits où l’électricité est une énergie renouvelable.

Dans la majorité des pays du monde, l’électricité est produite à l’aide de combustibles fossiles. C’est ainsi qu’en Allemagne, en Finlande, et dans certaines provinces canadiennes, elle est générée par la combustion du charbon. Lorsqu’on y recharge la pile de son véhicule électrique, on carbure indirectement au charbon.

On peut donc produire des gaz à effet de serre même lorsqu’on utilise un véhicule électrique. Tout dépend de la région du monde où ce véhicule est utilisé.

En Ontario et en France, l’électricité est principalement produite par ces centrales nucléaires. Chaque fois qu’on effectue un trajet en véhicule électrique, on crée des déchets radioactifs qui dureront des milliers d’années dans des sites d’enfouissement.

Les trottinettes électriques sont donc une aberration environnementale. Elles ne sont justifiées que dans le cas très particulier de ces villes conçues pour l’automobile, incapables de s’adapter, et qui sont condamnées à devenir des villes-fantômes à la fin de l’âge thermo-industriel.

Merci aux dirigeants de Montréal de l’avoir finalement compris.

Référence :
La fin des trottinettes en libre-service à Montréal

Sur le même sujet :
La petite fille aux trottinettes
Les trottinettes Lime : le bonnet d’âne de Projet Montréal
Sécurité publique et modes collectifs de transport individuel

Détails techniques : Olympus OM-D e-m5 mark II, objectif M.Zuiko 25mm F/1,2 — 1/8000 sec. — F/1,2 — ISO 100 — 25 mm

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Les conséquences géostratégiques du basculement vers les énergies vertes

14 février 2020

 

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Guillaume Pitron est journaliste et documentariste. Il est l’auteur du livre La guerre des métaux rares : la face cachée de la transition énergétique et numérique.

Dans cette entrevue, diffusée en décembre 2019 sur la chaine ThinkerView, il aborde les sujets suvants :
• l’envers du capitalisme vert
• la guerre des métaux stratégiques
• l’effondrement de l’âge thermo-industriel
• l’émergence de l’extractivisme minéral
• l’approvisionnement minier et la sécurité nationale
• l’empreinte carbone des technologies.

Citation (à partir de 41:15) :

«… on a vécu un basculement des énergies-monde, au début du XXe siècle, lorsqu’on a basculé du charbon au pétrole.

Ce saut technologique était un saut énergétique puisqu’on est parti de la machine à vapeur au moteur à essence.
[…]
Le Royaume-Uni avait le charbon. Chez lui. Et il tirait le meilleur parti des technologies qui utilisaient le charbon; la machine à vapeur, par exemple, et la tisseuse mécanique.

Le moment où on passe à un système énergétique qui dépend davantage du pétrole, c’est tout ‘bénéf’ pour les Américains.
[…]
Les États-Unis ont le pétrole chez eux […]. Et c’est ainsi qu’ils développent les technologies qui se servent de ce pétrole. Et c’est ainsi qu’arrive la Ford-T en 1908 […].

[Maintenant], on passe dans un nouvel ordre énergétique puisqu’on va passer à l’après-pétrole.

Et c’est donc un nouveau basculement des économies-mode qui arrive, mais cette fois-ci à l’avantage de la Chine.

Parce que la Chine a les matières premières. […] Et puis, elle a la maitrise des technologies qui utilisent ces métaux.

[…] on bascule dans un monde où c’est la Chine qui va être capable de fabriquer les technologies vertes. Et c’est ce qu’elle fait; elle fabrique la majorité des panneaux solaires. Elle fabrique la majorité des batteries des voitures électriques aujourd’hui.

Elle fabriquera demain la majorité des voitures électriques. Et demain, nous achèterons des voitures électriques chinoises.»

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Les chutes Muskrat : un éléphant blanc à nos frais

11 février 2020

Situées au Labrador, les chutes Muskrat ont donné leur nom à un vaste projet de développement hydroélectrique capable de produire 4,9 TWh par année.

Le projet terre-neuvien comprend la construction :
• de deux barrages situés au Labrador,
• d’une ligne sous-marine de transmission, longue de 30 km, acheminant l’électricité du Labrador à l’ile de Terre-Neuve, et
• d’un deuxième cêble sous-marin, long de 180 km, acheminant l’électricité de Terre-Neuve à la Nouvelle-Écosse.

À l’origine, le cout du projet égalait l’ensemble des revenus de la province pour une année. Afin de vaincre les hésitations, à l’élection fédérale de 2011, Stephen Harper promettait d’aider Terre-Neuve à aller de l’avant.

Une fois réélu, le gouvernement conservateur tenait parole et accordait en novembre 2012 une garantie d’emprunt de cinq-milliards de dollars.

À l’époque, le cout du pétrole dépassait 100$ le baril. La rentabilité du projet était tellement évidente que la garantie de prêt du fédéral n’était qu’une formalité, croyait-on, destinée à rassurer les investisseurs.

Le projet des chutes Muskrat aurait été beaucoup plus économique si on s’était contenté de construire les deux barrages (raccordés ensuite au territoire de Terre-Neuve), tout en faisant en sorte que les surplus destinés à l’exportation vers la Nouvelle-Écosse et les États-Unis empruntent plutôt le circuit de distribution déjà existant d’Hydro-Québec.

Mais depuis qu’il a signé le contrat de Churchill Falls (très désavantageux pour lui), le gouvernement de Terre-Neuve est en froid avec Hydro-Québec.

Conséquemment, Terre-Neuve a refusé de recourir aux plus grands experts nord-américains en matière d’hydroélectricité (nous) et a préféré donner le contrat de construction des barrages à Astalsi (une compagnie italienne).

Mais dès l’annonce de la garantie de prêt du fédéral, le projet devenait un grand bar ouvert.

En cours de construction, beaucoup d’erreurs ont été commises et de nombreux travaux ont dû être refaits.

En raison de la croissance des couts, Terre-Neuve demanda au gouvernement fédéral d’augmenter sa participation.

Ce que fit le gouvernement de Justin Trudeau en novembre 2016, accordant une garantie supplémentaire de 2,9 milliards de dollars.

Le fédéral se portait ainsi garant des dettes terre-neuviennes liées au projet, jusqu’à concurrence de 7,9 milliards de dollars.

Ce qui n’a pas empêché l’entreprise italienne en charge de la construction des barrages de faire faillite en octobre 2018.

Si bien qu’on ne sait pas très bien qui pourrait être tenu responsable des vices de construction qu’on pourrait découvrir.

Depuis, le barrage a été complété. La facture est passée de 6,2 milliards de dollars à 12,7 milliards.

Cette somme est le double du prix du complexe québécois de La Romaine, deux fois plus puissant. Bref, c’est quatre fois trop cher.

Parallèlement, le prix du pétrole a chuté.

Toute l’Amérique du Nord nage dans les surplus d’énergie. Voilà pourquoi les perspectives d’exportation sont nulles. Si bien que le câble sous-marin vers la Nouvelle-Écosse ne sera probablement jamais construit. Ce qui n’empêche pas le projet de couter ce qu’il coute.

Et comme la puissance de la centrale dépasse largement les besoins de la province, les Terre-Neuviens devront faire fonctionner la centrale au ralenti tout en assumant les frais.

À Terre-Neuve, le vieillissement de la population est le plus élevé au Canada et le taux de natalité est le plus bas. Conséquemment, le fiasco des chutes Muskrat menace de placer la province en faillite.

Ces temps-ci, le déficit budgétaire du gouvernement terre-neuvien ajoute déjà mille dollars de dette supplémentaire par citoyen (homme, femme et enfant) à chaque année. Sans compter le gonflement du montant cumulatif de la dette dû aux intérêts. Ce qui fait que la dette par personne est la plus élevée de toutes les provinces canadiennes.

Pour éviter la faillite de la province, Ottawa pourrait être amené à respecter ses engagements, voire à assumer seul le cout de cet éléphant blanc, soit 12,7 milliards$.

En tenant compte de notre part des dépenses fédérales, les contribuables québécois pourraient avoir à payer une note approximative de 2,8 milliards de dollars pour ce fiasco.

C’est ça, le prix du fédéralisme.

Références :
Harper signs loan guarantee deal for Muskrat Falls despite Quebec’s outcry
Les Canadiens paieront-ils pour le fiasco de Muskrat Falls?
Lower Churchill Project
Ministers, not Marshall, made initial Muskrat Falls loan guarantee request
Muskrat Falls : que cache la bouée de sauvetage lancée à Terre-Neuve par Ottawa?
Que faut-il comprendre de la saga Muskrat Falls?

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le petit rusé

8 février 2020

Le français est une langue précise. Or, pour communiquer efficacement, il faut s’exprimer clairement.

En mathématique, le verbe anglais To Find signifie ‘résoudre un problème’. Un sens que n’a pas le verbe Trouver.

Afin de vérifier la connaissance du théorème de Pythagore par ses élèves, au lieu de demander ‘Calculer la valeur de X’ ou ‘Trouver la valeur de X’ un professeur de géométrie a simplement demandé ‘Trouver X’.

Un de ses élèves a donné la réponse ci-contre.

Doit-on punir l’élève pour ne pas avoir fourni la réponse attendue de lui ou devrait-on le récompenser pour avoir répondu exactement à la question telle que (mal) posée ?

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Momies égyptiennes : passé retrouvé, mystères dévoilés (fin)

7 février 2020

La dernière salle de l’exposition montréalaise du British Museum a pour thème le déclin de la civilisation égyptienne.

En l’an 332 avant notre ère, Alexandre le Grand fait du royaume pharaonique une colonie grecque. Trois siècles plus tard, l’Égypte devient une colonie romaine.


Momie de la sixième salle

Dépourvue de décoration, cette momie date de l’époque romaine.

C’est celle d’un adolescent mesurant 149 cm décédé entre l’âge de 17 et 20 ans. La seule anomalie découverte est une carie dentaire.

Ce jeune homme pourrait avoir été emporté par une infection (ce qui est invisible à la tomodensitométrie).

Près du bord droit de la première photo, on voit le couvercle d’un cercueil en bois foncé qui était peut-être destiné à être placé debout.

Datant également de l’époque romaine, le cercueil représente un homme aux cheveux courts, vêtu à la mode grecque.

La base de cette sculpture porte des symboles qui imitent des hiéroglyphes sans en être vraiment. Comme si des artisans avaient voulu ajouter une décoration pour ‘faire’ égyptien sans trop savoir ce que ces signes voulaient dire.

Masques en cartonnage

Depuis la conquête, on prend l’habitude de simplement déposer sur la momie un masque ou un cartonnage couvrant le haut du corps plutôt que d’envelopper toute la momie de cartonnage.

Masque en cartonnage doré (entre 100 avant notre ère et 100 depuis)

Le masque représentait une image idéalisée du défunt. Même si ce masque est de style ancien, on n’y voit aucun hiéroglyphe. La perruque est représentée par un simple aplat de couleur et le maquillage des yeux et des sourcils est plus léger qu’à l’époque pharaonique.

Masque en plâtre d’une femme (vers 90 avant notre ère)

À l’époque romaine, les masques en plâtre se substituent souvent aux masques en cartonnage.

La chevelure bouclée tombant aux épaules, le bord des yeux souligné de khôl sans que le maquillage s’étende jusqu’aux tempes (à la mode égyptienne), le rouge aux lèvres et la pâleur ostentatoire de la peau font que cet objet ressemble plus à un masque de théâtre grec ou romain qu’au masque représentant une personne originaire du nord de l’Afrique.

Masque en cartonnage d’une femme (vers l’an 50 à 70)

Ce masque a été créé pour la momie d’une Égyptienne de vingt ans prénommée Aphrodite en l’honneur de la déesse grecque homonyme.

Sa coiffure, ses vêtements et ses bijoux dénotent l’influence des puissances occupantes du pays.

Portraits sur plaque de bois (époque romaine)

Destinées à être déposés sur le visage de momies, ces portraits sont saisissants de réalisme.

Ils témoignent de la perte d’identité de la société égyptienne. Sous l’influence des nouveaux dirigeants du pays, on adopte de plus en plus les modes et la façon de penser des conquérants.

La civilisation égyptienne a prospéré pendant trois millénaires. Mais elle n’a pas survécu à trois siècles de domination gréco-romaine. Son sort est celui de presque tous les peuples conquis.

Du point de vue culturel, cette civilisation est morte lors de la conversion du dernier temple égyptien — le temple d’Isis à Philæ — en église chrétienne en 535 (et sa fermeture en 551).

Rappelons qu’une copie du portail de ce temple décore la première salle de cette exposition. Comme quoi tout se tient dans cette exposition.

Conclusion

L’exposition égyptienne que présente le British Museum à Montréal est particulièrement réussie.

Chaque salle porte sur un thème qui n’est pas précisé mais qui devient évident dès qu’on s’y attarde.

Des murs sombres et une scénographie discrète laissent toute la place aux objets en vedette.

Présentées à la hauteur de vue des enfants, les momies leur donnent l’impression de presque pouvoir toucher ces objets précieux.

L’éclairage incident qui lèche la surface des stèles rehausse leurs gravures.

De minuscules détails sculptés dans la pierre qui, normalement, passeraient inaperçus, prennent tout leur sens grâce à ces mêmes objets, en vrai, placés à proximité.

Bref, je vous invite chaleureusement à visiter cette exposition s’il vous est possible d’y assister. Elle se termine le 29 mars 2020.

Détails techniques des photos : Olympus OM-D e-m5 mark II, objectifs PanLeica 8-18 mm (1re et 3e photos) et M.Zuiko 25 mm F/1,2 (les autres photos)
1re photo : 1/50 sec. — F/3,6 — ISO 6400 — 15 mm
2e  photo : 1/60 sec. — F/1,2 — ISO 800 — 25 mm
3e  photo : 1/80 sec. — F/3,4 — ISO 2500 — 12 mm
4e  photo : 1/80 sec. — F/1,2 — ISO 320 — 25 mm
5e  photo : 1/200 sec. — F/1,2 — ISO 200 — 25 mm
6e  photo : 1/60 sec. — F/1,2 — ISO 250 — 25 mm
7e  photo : 1/60 sec. — F/1,2 — ISO 400 — 25 mm


Pour consulter tous les textes de ce blogue consacrés à l’exposition Momies égyptiennes : passé retrouvé, mystères dévoilés, veuillez cliquer sur ceci

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| Culture, Exposition, Momies égyptiennes : passé retrouvé, mystères dévoilés, Musée des Beaux-Arts de Montréal | Mots-clés : , , , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Le PCJ, annexe de la machine coloniale canadienne

6 février 2020

Introduction

Le Programme de contestation judiciaire (PCJ) est un fonds destiné à subventionner les causes intentées par des particuliers ou les groupes de citoyens afin de défendre leurs droits linguistiques ou constitutionnels.

En 1978, le premier ministre Pierre-Elliot Trudeau (le père de l’actuel premier ministre du Canada) avait créé ce fonds dans le but d’aider les activistes qui luttaient pour que les législatures provinciales se conforment aux politiques fédérales, notamment en matière linguistique.

Plus précisément, la création du fonds était motivée par le désir de financer l’opposition des angloQuébécois à la Loi 101, adoptée un an plus tôt par l’Assemblée nationale du Québec.

À l’origine, ce fonds était administré par le ministère fédéral de la Justice et par le secrétariat d’État.

Dès l’adoption de la Canadian Constitution en 1982, le PCJ a étendu son action à l’ensemble des droits constitutionnels. Depuis ce temps, il lui est parfois arrivé de financer des causes contre des institutions fédérales.

Mais au sujet des droits linguistiques, seules les provinces ont été les cibles du PCJ jusqu’ici. Par exemple, le PCJ ne s’est jamais attaqué à l’unilinguisme anglais du fonctionnement interne de l’appareil de l’État canadien.

En raison des conflits engendrés par ce fonds entre Ottawa et les provinces dont les lois étaient contestées, on a décidé beaucoup plus tard de confier la gestion de ce fonds à un organisme indépendant. Le choix s’est porté sur l’université d’Ottawa.

Normalement, la mission de toute université est la transmission du savoir et la formation professionnelle. Pour qu’une université en soit rendue à gérer un fonds destiné à contester des lois ou des décisions administratives gouvernementales, il faut que cela soit arrangé avec le gars des vues. Nécessairement.

Mon hypothèse est que cela a pour but de soustraire le PCJ à la Loi fédérale d’accès à l’information.

La contestation de la loi québécoise sur la laïcité

L’an dernier, le PCJ a octroyé la somme de 125 000$ à la Commission scolaire English Montreal (CSEM) pour tenter d’empêcher que deux ou trois de ses écoles à moitié vides passent sous l’autorité d’une commission scolaire gravement affectée, au contraire, par la surpopulation de ses classes.

Cette année, la CSEM s’est vu offrir une autre tranche de 125 000$, cette fois pour contester la loi québécoise sur la laïcité.

L’annonce de cette nouvelle a fait bondir le premier ministre du Québec.

Celui-ci s’est indigné que l’argent collecté par Ottawa dans les poches des contribuables québécois serve à tenter d’invalider une loi adoptée démocratiquement, appuyée par l’immense majorité des Québécois, et qui est analogue à celles déjà en vigueur dans plusieurs démocraties européennes.

Au fédéral, on fait valoir que la décision d’aider financièrement la CSEM à contester la loi 21 a été prise par l’Université d’Ottawa et que le gouvernement canadien n’y est pour rien.

Face au tollé, la CSEM a finalement décidé de renoncer à l’argent promis par le PCJ.

Le PCJ et la tentative d’invalidation des lois du Québec

Le 13 avril 2018, l’ordre professionnel des avocats du Québec (appelé le Barreau) avait déposé une requête destinée à faire invalider toutes les lois du Québec sous le prétexte que le processus d’adoption des lois par l’Assemblée nationale n’était pas aussi bilingue que le Barreau le souhaitait. Cette requête était financée en sous-main par le PCJ.

Si cette cause avait triomphé devant les tribunaux, seul le Code criminel canadien, de compétence fédérale, serait demeuré en vigueur. Le Québec aurait été alors livré au chaos et à l’anarchie juridique.

Face à ce projet inouï, des avocats dissidents ont exigé la tenue d’une assemblée générale spéciale afin de se prononcer à ce sujet.

Une semaine avant le vote, la ministre Mélanie Joly — responsable à l’époque du financement du fonds administré par l’université d’Ottawa — publiait dans Le Devoir un plaidoyer demandant au Québec d’aller plus loin en matière de bilinguisme (sans toutefois faire allusion à la demande d’invalidation qu’elle finançait ‘involontairement’).

Comme le tocsin de l’église Saint-Germain-l’Auxerrois annonçant le début de la Saint-Barthélemy, la lettre de la ministre était implicitement un appel au renfort adressé aux magistrats nommés par le fédéral et aux avocats qui reçoivent des contrats de la Direction fédérale des poursuites pénales.

Peine perdue : c’est finalement par un vote serré (52,5 %) que les avocats présents ont désavoué leur ordre professionnel et obtenu qu’il renonce à son projet insensé.

Conclusion

En acceptant de gérer le Programme de contestation judiciaire, l’université d’Ottawa devenait le bras armé du fédéral contre les provinces récalcitrantes.

Un bras armé situé à proximité de la colline parlementaire, dont tous les experts sont nommés par le fédéral alors que les gestionnaires (nommés par l’université) ont accès aux antichambres ministérielles quand il faut discuter du financement de leur organisme.

Plus tôt aujourd’hui, Justin Trudeau déclarait au sujet du PCJ :

Nous respectons l’indépendance des institutions indépendantes. C’est un programme indépendant qui n’est aucunement géré par le Fédéral.

Par cette déclaration, le premier ministre induit la population en erreur.

Le suivi des sommes accordées (en d’autres mots, la gestion du fonds) est indépendante du fédéral. Mais la décision politique de soutenir ou non les demandes de financement soumises au PCJ est totalement sous le contrôle du fédéral, par le biais des experts qu’il est le seul à nommer sur cet organisme (qui n’existerait pas sans lui).

Donc, sur l’essentiel — l’indépendance du PCJ — Trudeau ment.

De fil en aiguille, le PCJ en est venu :
• à soutenir l’égoïsme d’une commission scolaire anglophone refusant de se défaire d’écoles à moitié vides,
• à financer une tentative insensée de faire invalider toutes les lois du Québec, et
• à prendre la défense du caprice de certains fonctionnaires de porter des breloques religieuses et du chiffon comme s’il s’agissait d’un droit sacré.

Que la décision soit prise directement par des fonctionnaires ou indirectement par des experts nommés par le fédéral et rémunérés à partir des sommes qu’on leur confie, où est la différence ?

Le résultat demeure ce refus obstiné de permettre au Québec de vivre à sa manière et cette manie de le forcer à se plier à la mentalité d’une ethnie dominante. Le tout payé par l’argent que le fédéral prélève dans nos poches.

C’est ça, le prix du fédéralisme; nous finançons notre propre assimilation.

Références :
La CSEM renonce au financement fédéral pour contester la loi 21
La façade ministérielle de l’État canadien
Le Programme de contestation judiciaire lance officiellement ses activités
Ottawa finance la demande d’annulation de toutes les lois du Québec
Programme de contestation judiciaire
Quelques écoles anglophones à moitié vides vs l’intérêt public
Rapport annuel 2018-2019 du PCJ
Rapport du Comité permanent de la justice et des droits de la personne
Une étude du Programme de contestation judiciaire

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Écrit par Jean-Pierre Martel


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