La secte

24 novembre 2020

Introduction

Peut-on imaginer qu’environ 900 Américains se soient suicidés au cyanure le 18 novembre 1978 à la demande de leur maitre à penser ?

Avant les attentats du 11 septembre 2001, la tragédie du Temple du Peuple fut en effet la plus grande perte de civils américains en une seule occasion.

Ici même au Québec, de 1977 à 1989, Roch Thériault (alias Moïse) dirigea une secte de douze adultes qui consentirent à sa tyrannie.

Un enfant de trois ans décéda à la suite d’une circoncision bâclée. Une de ses épouses fut amputée à froid d’une main. Il émascula un de ses disciples pour le punir. Et il retira une partie de l’intestin d’une autre épouse (qui en mourut le lendemain).

L’Ordre du Temple solaire fut une autre secte qui fit en tout 74 victimes à l’occasion de plusieurs suicides collectifs en Suisse, en France et au Québec au milieu des années 1990.

La plus puissante et la plus dangereuse secte de toute l’histoire de l’Humanité a cours actuellement; c’est celle que Donald Trump a créée à partir du Parti républicain.

Cette secte compte des dizaines de millions de fidèles abonnés à ses prêches sur Twitter.

La colère d’un dieu déchu

Ce n’est jamais une bonne idée d’élire un sociopathe à la tête d’un État : c’est ce que les Américains sont en train de découvrir ces jours-ci.

Ce à quoi ils assistent, c’est à la contrariété de leur président sortant, un président qui vient de subir la plus humiliante défaite de sa vie; le peuple de son pays vient de le congédier de la Maison-Blanche après quatre ans d’un règne chaotique.

Comme beaucoup de dirigeants de secte, Donald Trump est un escroc. Un escroc qui ne peut souffrir le rejet. Ce qui lui rappelle le souvenir douloureux d’une mère qui ne s’est jamais attachée à ce bambin détestable, lâche et pleurnichard.

Depuis l’affront qu’il vient de subir, Donald Trump ne s’intéresse plus aux affaires de l’État. Il joue au golf, congédie les traitres et songe à une guerre à la hauteur de sa colère.

Les deux prochains mois seront donc parmi les plus dangereux non seulement pour le peuple américain, mais pour nous tous.

La carte du trumpisme

Aux dernières élections présidentielles, les 51,0 % des électeurs qui ont voté pour Biden peuplent les 477 comtés (essentiellement urbains) où se crée 71 % de la richesse du pays.

Par contre, les 47,1 % qui ont voté pour Trump habitent 2 497 comtés (principalement ruraux) qui en recueillent les miettes, soit 29 %.

La carte géographique du trumpisme suit la répartition des régions rurales dispersées un peu partout dans le pays.

Ces trumpiens se sentent dépossédés. Une dépossession lente et inexorable qui s’accompagne d’un sentiment d’impuissance.

Non seulement ces gens ont-ils des difficultés croissantes à joindre les deux bouts mais, symboliquement, ils croient également que leur pays est en train de tomber entre les mains de personnes qui ne sont pas de ‘vrais’ Américains.

Pour eux, les ‘vrais’ Américains, ce sont ces millions de parents qui, comme eux, travaillent fort, mais dont les revenus stagnent depuis des décennies.

Alors que d’autres — à la couleur de peau et à l’accent différents — mènent la belle vie, croient-ils, dans les riches régions côtières du pays.

Pour ces trumpistes peu fortunés, leur histoire personnelle se confond avec le sort de tout le pays.

De 2010 à 2019, il s’est créé seize-millions d’emplois aux États-Unis. Mais seulement 0,3 % de ces postes pouvaient être occupés par ceux qui, à 16 ans, avaient déjà quitté l’école. Or dans les régions pauvres de l’Amérique profonde, il n’est pas rare qu’on abandonne l’école pour aider la ferme familiale qui manque de main-d’œuvre.

De plus, il y a ces jeunes adultes qui sont revenus d’université avec un diplôme qui s’est avéré inutile dans le coin de pays ingrat où ils sont nés et où ils ont choisi d’habiter.

Ils acceptent donc des petits boulots qui leur assurent des revenus à peine supérieurs à ce dont ils ont besoin pour rembourser l’immense dette qu’ils ont contractée au cours de leurs études universitaires.

Ces gens-là sont les laissés-pour-compte des gouvernements qui, à Washington, signent des traités de libre-échange dont l’effet le plus visible est la délocalisation et la fermeture des entreprises situées dans leur coin de pays.

Ces gens fomentaient une colère depuis longtemps.

Le messie

Arrive Donald Trump. Celui-ci ajoute à l’électorat républicain conservateur et traditionnel, tous ces travailleurs Blancs négligés et abandonnés à qui il promet la prospérité et la fierté d’antan.

Ces gens ont tellement soif d’espoir qu’ils le croient sans hésiter.

L’acte de naissance du trumpisme est la création du lien contre nature entre un mythomane nombriliste et des millions de dévots liés à lui par une dépendance émotive.

Il serait facile de considérer les adorateurs de Trump comme des imbéciles. En réalité, ce sont des victimes.

Depuis des années, Donald Trump abuse de la confiance de ces gens. Ceux-ci croient tout ce qu’il dit non pas parce que cela est objectivement vrai, mais parce que cette croyance leur est émotionnellement nécessaire.

Oubliez donc l’idée que le Parti démocrate est le parti des travailleurs et le Parti républicain, celui des riches.

Le mérite de Trump, c’est d’avoir rallié ces travailleurs à ce mirage de prospérité qui recule à chaque pas qu’on fait pour s’en approcher et d’avoir maintenu vivant l’espoir d’y arriver.

L’avenir du trumpisme

On aurait tort de penser que le trumpisme disparaitra avec la défaite électorale du président sortant. Les trumpistes étaient déjà en attente de jours meilleurs. Le magnat immobilier s’est simplement présenté comme le messie venu les sortir de la misère.

Donald Trump est un homme intelligent. Mais ce n’est pas un idéologue. Il n’a pas le vocabulaire qu’il lui faudrait pour développer une pensée sophistiquée.

Il se contente de promettre des jours meilleurs et de se féliciter pour de grandes réalisations fictives.

En somme, le trumpisme est une coquille vide. À la rhétorique simpliste du 45e président américain (symbolisé ci-contre) s’ajoutent les idéologies racistes de l’Extrême-droite américaine et les théories complotistes du mouvement QAnon que Trump sanctifie plus ou moins explicitement dans ses gazouillis.

Tout comme le christianisme et la religion musulmane ont survécu à la disparition de leurs créateurs, le trumpisme survivra au président actuel des États-Unis parce qu’il répond à un besoin.

Références :
Donald Trump has lost the election – yet Trumpland is here to stay
Les deux États-Unis d’Amérique
L’inculture de Donald Trump
Ordre du Temple solaire
QAnon
Roch Thériault
Roch «Moïse» Thériault assassiné en prison
Temple du Peuple

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Covid-19 : quand la ventilation est prise au sérieux

18 novembre 2020

Les gouttelettes respiratoires

Qu’elle soit symptomatique ou non, toute personne atteinte du Covid-19 émet des gouttelettes respiratoires dès qu’elle parle, chante, crie, tousse ou éternue.

En somme, toute personne contagieuse est une fontaine à Covid sauf lorsqu’elle est silencieuse.

Ces gouttelettes respiratoires se divisent en deux groupes. Les plus grosses (appelées postillons) tombent généralement au sol à moins de deux mètres. Les plus petites (appelées aérosols) demeurent en suspension dans l’air et peuvent voyager beaucoup plus loin.

Les unes et les autres sont des fragmentations de tailles différentes du liquide qui tapisse l’intérieur de la bouche, de la gorge et du nez.

Conséquemment, chez une même personne atteinte, si on recueillait un millilitre de postillons et un millilitre d’aérosols, évidemment il faudrait beaucoup plus d’aérosols pour faire un millilitre, mais les deux contiendraient exactement le même nombre de particules virales.

Pour justifier une distance sanitaire limitée à deux mètres, les autorités sanitaires prétendent que les postillons peuvent contenir des virus, mais pas les aérosols.

Cette distinction ne repose sur aucune base scientifique.

Ce qui est certain, c’est que lorsqu’une personne est contagieuse, plus on s’en éloigne, mieux c’est.

Scientifiquement, sa contagiosité diminue avec le carré de la distance. À deux mètres, elle est quatre fois moins contagieuse qu’à un mètre. Et à trois mètres, elle l’est neuf fois moins. Et ainsi de suite.

À l’intérieur, cette personne est entourée d’un nuage invisible de virus qu’on pourrait comparer à de la fumée de cigarette. Un nuage qui se dissipe lentement et que traine derrière elle la personne contagieuse en mouvement lorsqu’elle parle, chante, crie, tousse ou éternue.

C’est précisément en raison de sa dispersion insidieuse que cette pandémie a causé autant de morts.

L’idée que le ‘deux-mètres’ est une frontière magique au-delà de laquelle nous sommes en sécurité relève davantage de la sorcellerie que de la science.

Dans cent ans, nos arrière-petits-enfants riront de telles sornettes.

Pour les autorités sanitaires qui en font la promotion, le ‘deux-mètres’ fait figure de confinement portatif, c’est-à-dire d’un confinement qu’on amène avec soi comme une grosse crinoline invisible…

L’importance de la ventilation

Si la pandémie se propage plus facilement au cours de la saison froide, c’est essentiellement parce qu’on vit alors à l’intérieur, là où le vent ne peut pas dissiper les virus.

Afin de diminuer cette propagation à l’école, on a suggéré d’augmenter l’aération des classes.

À part ouvrir les fenêtres — ce qui, en hiver, peut être inconfortable pour les élèves frileux — les choix sont limités au Québec.

S’inspirant d’une idée torontoise, les dirigeants de la commission scolaire anglo-montréalaise Lester-B.-Pearson ont commandé en septembre 420 purificateurs d’air professionnels au cout d’un demi-million de dollars (plus de mille dollars l’unité).

On vient de les recevoir. Ils seront distribués à tous les établissements scolaires sur lesquels la commission a autorité.

Ultrasilencieux, chaque appareil peut filtrer l’air de toute une classe aux douze minutes.

Chapeau bas !

Je soupçonne que le meilleur endroit pour placer le purificateur, c’est au centre de la classe, en disposant les élèves autour de lui en cercles concentriques.

Références :
Conférence de presse de François Legault et Christian Dubé — Le 12 novembre 2020
Des écoles prennent les devants pour une meilleure ventilation
Lester B. Pearson School Board

Parus depuis :
Une ventilation « maison » pour les écoles (2020-11-19)
Des tests secrets révèlent la mauvaise qualité de l’air dans les écoles (2020-11-25)

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La confiance dans les élections en Occident

17 novembre 2020
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Basé aux universités d’Harvard et de Sidney, The Electoral Integrity Project est un projet académique qui vise à quantifier la perception qu’ont les citoyens des élections dans leur pays.

L’étude porte sur 337 élections tenues entre le 1er juillet 2012 et le 31 décembre 2018 dans 166 pays.

Les critères d’évaluation furent :
• les lois électorales
• les procédures électorales
• le découpage des circonscriptions
• l’inscription sur les listes électorales
• l’adhésion aux partis politiques
• le financement politique
• la couverture médiatique
• le déroulement du vote
• le dépouillement du scrutin
• les résultats et
• les responsables du scrutin.

Parmi les 38 démocraties libérales, les dix pays dont les élections jouissent le plus de la confiance de leurs citoyens sont :
• le Danemark
• la Finlande
• la Norvège
• la Suède
• l’Islande
• l’Allemagne
• les Pays-Bas
• l’Estonie
• le Costa Rica
• la Suisse.

Le Canada arrive au 17e rang. Et les États-Unis, à l’avant-dernier rang.

Références :
Appels électoraux frauduleux : le Conservateur Michael Sona condamné
Electoral Integrity Project
L’ABC des Grands électeurs américains
M. Harper défend mollement la Démocratie canadienne
Torpiller la démocratie canadienne

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Nombre cumulatif des décès dus au Covid-19 dans les pays scandinaves au 15 novembre 2020

15 novembre 2020
Morts par million d’habitants

Que disait-on au juste au sujet du ‘modèle suédois’ ?

Référence : Covid-19 Coronavirus Pandemic

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Covid-19 : diminution du taux de mortalité

12 novembre 2020


 
Au cours des premiers mois de la pandémie, les médecins avaient à leur disposition très peu d’outils pour combattre efficacement le virus chez les patients gravement atteints.

En présence d’insuffisance pulmonaire, on a cru qu’il suffisait de donner à respirer un air enrichi d’oxygène ou d’intuber.

Puis on s’est rendu compte que si les échanges gazeux ne se faisaient pas correctement, c’est que les alvéoles pulmonaires étaient engorgés de sécrétions. Or administrer des doses élevées d’oxygène, cela endommageait les alvéoles encore sains.

De nos jours, l’oxygène est administré de manière plus judicieuse.

Et on a pris l’habitude de placer certains patients sur le ventre ou sur le côté pour faciliter le grainage de leurs sécrétions.

Alors qu’il est logique de croire que plus le système immunitaire est puissant, plus il nous protège des infections, on a réalisé qu’il en était autrement chez les patients gravement atteints par le Covid-19.

Chez ces derniers, une tempête immunitaire détruisait les poumons plutôt que s’attaquer au virus. D’où les résultats spectaculaires obtenus par l’administration de dexaméthasone, ce qui modère le système immunitaire.

À cela se sont ajoutés des médicaments dont on tente encore de connaitre la place exacte dans notre arsenal thérapeutique; le remdésivir, les anticorps monoclonaux et les anticoagulants.

Le résultat, c’est que dans la ville de New York, le taux de mortalité chez les patients atteints admis aux soins intensifs a chuté de 25,6 % en mars à 7,6 % en aout.

Une partie de l’explication vient du fait que l’âge moyen de ces patients est passé de 63 à 49 ans au cours de cette période.

Malgré cela, dans tous les groupes d’âge, la mortalité a diminué sensiblement.

En Angleterre, du 24 juin au 4 aout, la mortalité du Covid-19 chez les patients testés positifs a diminué des trois quarts en six semaines.

En raison, encore une fois, de la disponibilité de nouveaux outils thérapeutiques et du fait que les personnes atteintes sont moins âgées qu’avant.

On peut donc anticiper que l’augmentation du nombre de cas au cours de la ‘seconde vague’ ne s’accompagnera pas d’une augmentation aussi grande des décès.

C’est le signe que les soins aux personnes gravement atteintes s’améliorent.

Lorsqu’on sera moins occupé à sauver des vies, il nous restera à découvrir comment soulager ceux qui survivent au Covid-19 au prix de séquelles importantes.

Références :
Compte Twitter de Patrick Déry
The Declining Case Fatality Ratio in England
Trends in COVID-19 Risk-Adjusted Mortality Rates

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Ce que la défaite de Trump représente pour les ‘Noirs’ américains

8 novembre 2020

Avocat de formation, Van Jones est commentateur politique sur CNN, la chaine américaine de nouvelles en continu.

Conseiller d’Obama en matière d’environnement, il est également un ardent défenseur des droits civiques.

En direct sur les ondes de CNN, voici sa réaction hier à l’annonce de la défaite électorale de Donald Trump.

Cliquez sur l’image pour démarrer

Traduction littéraire :

C’est plus facile d’être un parent ce matin. C’est plus facile d’être un papa. C’est plus facile de dire à ses enfants : l’intégrité compte. (…) Dire la vérité compte. Être une bonne personne compte.

Et c’est plus facile pour un bon nombre de gens.

Si vous êtes musulman, vous n’avez plus à vous soucier que le président ne veut plus de vous dans ce pays.

Si vous êtes un immigrant, vous n’avez plus à craindre que le président se fasse un plaisir de vous arracher votre enfant ou d’expulser sans raison des jeunes qui vivent ici depuis des années.

C’est un soulagement pour bien des personnes qui ont vraiment souffert.

Vous vous rappelez d’I can’t breath (Je ne peux plus respirer). Vous savez, ce n’était pas seulement le cas de George Floyd. Beaucoup de gens étouffaient dans ce pays.

Chaque matin, vous vous leviez et il y avait tous ces gazouillis [présidentiels]. Et vous ne saviez pas…

Vous alliez magasiner et les gens qui [autrefois] n’osaient pas afficher leur racisme devenaient de plus en plus méchants envers vous.

Vous vous inquiétiez pour vos enfants.

Vous vous inquiétiez pour votre sœur; peut-elle simplement aller chez Walmart et revenir à son auto sans que quelqu’un lui fasse [une remarque désobligeante].

Et vous gaspilliez tellement de vos énergies à éviter que votre vie s’effondre.

C’est très important pour nous de juste vivre en paix. (…) Le climat [social] de pays compte.

Être une bonne personne compte. Vous savez, je veux pouvoir dire à mes fils : « Regarde, c’est facile d’être minable et de s’en tirer. Mais cela finit toujours par se retourner contre toi.»

(…)

Je suis désolé pour ceux qui ont perdu; pour eux, c’est un mauvais jour. Mais pour bien du monde, c’est un bon jour.

Référence : Van Jones

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Les lois asymétriques du marché

7 novembre 2020

En raison de la pandémie, des centaines de milliers d’emplois ont été supprimés temporairement ou de manière permanente dans les industries du tourisme, de la restauration, des arts vivants, etc.

Pourtant, on peine à trouver des préposés pour aider les travailleurs en établissement de Santé.

Le gouvernement québécois a imputé ces difficultés à la générosité ‘excessive’ des mesures fédérales d’aide aux travailleurs affectés par la pandémie.

Même en offrant un salaire horaire de 20 $, pas assez de personnes ont offert leurs services.

Toutefois, une chose m’intrigue.

Que fait le gouvernement lorsque le prix de l’essence augmente à la pompe ? Il répond que c’est la loi du marché; lorsque la demande dépasse l’offre, il est normal que le prix de l’essence augmente.

Parce que les lois du marché sont indiscutables; elles sont comme les Dix commandements du Capitalisme qu’un Moïse aurait rapporté voilà longtemps de la Montagne sacrée des investisseurs.

Ça, je comprends.

Ce que je n’arrive pas à comprendre, c’est pourquoi c’est différent quand il s’agit du ‘jus de bras’ des travailleurs.

C’est quoi la différence entre l’essence de pétrole et le jus de bras ?

Pourquoi un travailleur en hospice, ça ne vaut pas plus de 20 $ de l’heure, mais que pour le pétrole, il faut débourser autant d’argent que les pétrolières peuvent en obtenir ?

Si les préposés en hospice étaient des automates qui fonctionnaient à l’essence, est-ce que l’État se dirait « C’est assez; je ferai le plein de mes préposés quand le prix de l’essence redescendra à un niveau ‘raisonnable’.»

Non, il paierait le prix demandé parce que c’est la loi du marché. La loi du marché n’a pas de clause dérogatoire; on débourse ce qui est exigé.

Si insuffisamment de gens veulent travailler à 20 $, la loi du marché exige qu’on offre plus. Et si ce n’est pas assez, on offre davantage. Et on fait cela jusqu’à ce que la demande rencontre l’offre. C’est ça, la loi du marché.

Évidemment, on peut offrir davantage en spécifiant que ce taux horaire généreux est valable tant que dureront les mesures d’aide du fédéral, mais qu’il retombera à XX $ de l’heure par la suite.

Quand viendra le temps de porter secours à la grande industrie, pensez-vous sérieusement qu’on va dire qu’un patron de compagnie, ça ne vaut pas plus que ‘tant’ de l’heure ?

Faisons pareil pour le labeur de nos travailleurs.

Pour lutter adéquatement contre cette pandémie, on a besoin de bras. Donc payons ce qui est nécessaire. Nos vies en dépendent… bien plus que du pétrole.

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Les deux États-Unis d’Amérique

5 novembre 2020

Introduction

Cette semaine, Edison Media Research effectuait un sondage auprès de 15 590 électeurs américains.

Le but de l’exercice était de découvrir, selon l’allégeance politique, les critères déterminants dans leur choix à la présidence des États-Unis.

Critères d’appréciation

Pour les électeurs démocrates, ce qui compte ce sont :
• 91 % : les inégalités raciales
• 82 % : la pandémie au coronavirus
• 63 % : la couverture d’assurance maladie
• 28 % : la criminalité et la sécurité
• 17 % : l’économie.

Pour les électeurs républicains, les critères d’appréciation sont :
• 82 % : l’économie
• 71 % : la criminalité et la sécurité
• 36 % : la couverture d’assurance maladie
• 14 % : la pandémie au coronavirus
•   8 % : les inégalités raciales.

Précisons que 78 % des électeurs démocrates sont favorables au mouvement Black Lives Matter alors que 85 % des électeurs républicains en ont une opinion défavorable. C’est donc presque la moitié du peuple américain qui s’oppose à ce mouvement.

En tenant compte de la possibilité d’une obstruction systématique des sénateurs républicains, la tâche de s’attaquer au racisme systémique aux États-Unis s’annonce titanesque.

Parmi les caractéristiques du candidat à la présidence, les électeurs démocrates jugeaient primordiales l’habilité à unir le pays (76 %), le bon jugement (68 %) et l’empathie (50 %).

De loin, les deux critères les plus importants chez électeurs républicains étaient d’avoir un chef fort (71 %) et quelqu’un capable d’empathie (49 %).

Villes et campagnes

Dans les villes d’au moins cinquante-mille habitants, 60 % des gens se disent démocrates et 37 % se disent républicains.

Les banlieues se répartissent également entre démocrates (51 %) et républicains (48 %).

Dans les petites villes et les régions rurales, 45 % des gens sont démocrates alors qu’une faible majorité (54 %) serait républicaine.

Il est à noter que le résultat du scrutin (connu depuis ce sondage) monte un clivage beaucoup plus grand entre les grandes métropoles américaines (très acquises à Biden) et les régions rurales du pays (très favorables à Trump).

Ce qui se reflète dans la répartition territoriale des États pro-Biden vs des États pro-Trump.

Le sondage de Pew

La campagne électorale a sans doute exacerbé les différences d’opinions entre démocrates et républicains.

Qu’en est-il avec plus de recul ?

En aout dernier, le Pew Research Center avait procédé à un sondage analogue. Avec cette différence que les choix de réponses était plus varié.

Chez les démocrates, les sujets qui les intéressaient le plus et qui pouvaient déterminer leur vote étaient :
• 84 % : l’assurance maladie
• 82 % : la pandémie
• 76 % : les inégalités raciales et ethniques
• 72 % : l’économie
• 68 % : les changements climatiques
• 66 % : les nominations à la Cour Suprême
• 65 % : les inégalités économiques
• 57 % : la politique étrangère
• 50 % : le contrôle des armes à feu.

Chez les républicains, c’était plutôt :
• 88 % : l’économie
• 74 % : la criminalité violente
• 61 % : l’immigration
• 61 % : les nominations à la Cour Suprême
• 60 % : le contrôle des armes à feu
• 57 % : la politique étrangère
• 48 % : l’assurance maladie
• 46 % : l’avortement.

Références :
Important issues in the 2020 election
Les États-Unis : sur la voie d’une guerre civile ?
National Exit Polls: How Different Groups Voted

Parus depuis :
How Joe Biden won the presidency – a visual guide (2020-11-09)
Donald Trump has lost the election – yet Trumpland is here to stay (2020-11-12)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


L’ABC des Grands électeurs américains

5 novembre 2020

Les États-Unis sont une semi-démocratie.

La Révolution américaine est antérieure à la Révolution française. La première est née du refus de marchands américains de payer une taxe anglaise sur le thé destinée à amortir les couts de la guerre de Sept Ans.

Même si le préambule de la Constitution américaine débute par les mots ‘We the People…’, ce ‘We’, ce sont ces bourgeois (dont faisaient partie les signataires de la constitution).

Ce sont eux qui se proclament comme étant le peuple; ni les femmes ni les esclaves n’en font partie. Ceux-ci n’avaient aucun droit de participer à la vie politique ou à l’exercice du pouvoir.

Selon le texte de la Constitution américaine, ce peuple (de bourgeois) n’a le droit de voter que pour ses dirigeants locaux.

Constitutionnellement, le pouvoir de choisir le président appartient aux parlements des États. Ils le font par l’intermédiaire de représentants (appelés Grands électeurs) qui sont obligés de voter selon l’ordre reçu.

Au cours des siècles, les États ont adopté des lois qui délèguent ce pouvoir à leurs citoyens. Voilà pourquoi, de nos jours, les citoyens américains votent indirectement pour leur président.

Contrairement à d’autres pays, ce pouvoir populaire n’a donc pas d’assise constitutionnelle; il ne fait que découler d’anciennes lois locales qu’on peut abroger sans préavis si on jugeait que la situation l’exige.

Par exemple, il suffirait de prétexter une fraude généralisée, même si c’est faux. Dans un tel cas, le gouverneur d’un État pourrait ordonner à ses Grands électeurs de voter sans tenir compte de la préférence populaire.

Au XXe siècle, par des amendements constitutionnels, on a étendu à l’ensemble de la population le droit d’élire des officiers locaux.

Dans les faits, les suprémacistes blancs ont infiltré toutes les couches du pouvoir et s’activent lors de chaque scrutin à décourager le vote des ‘Noirs’ par l’intimidation et par différentes mesures discriminatoires.

Un nombre déterminé de Grands électeurs est attribué à chaque État selon son poids démographique. Au total, le nombre de Grands électeurs est fixé à 538.

Pour être élu président, il en faut au moins 270 (sur ces 538) car à 269, les deux candidats seraient à égalité. Ce qui déclencherait une crise politique exacerbée, on s’en doute, par la rhétorique outrancière de Trump.

Le système électoral tarabiscoté des États-Unis fait en sorte que depuis presque trente ans, il n’est arrivé qu’une seule fois qu’un candidat républicain a été porté à la présidence grâce à une majorité des voix exprimées; c’est lors de la réélection de George-W. Bush.

Mais à son élection, de même qu’à celle de Trump, ces deux candidats républicains ont pris le pouvoir contre la volonté du peuple américain.

Voilà pourquoi ce pays est une semi-démocratie.

Références :
America Is Not a Democracy
Article Two of the United States Constitution
Trump could stay in power even if he doesn’t win the election. The Constitution allows it.
We’ve been fighting over who gets to vote since 1787
Why the Right Keeps Saying That the United States Isn’t a Democracy

Paru depuis :
Counted out: Trump’s desperate fight to stop the minority vote (2020-11-17)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Covid-19 : ‘aplatir la courbe’ ne suffit pas

4 novembre 2020

Un objectif voué à l’échec

Dès le début de la pandémie, les autorités sanitaires du Québec se sont donné comme but d’aplatir la courbe de la contagion au Covid-19.

À Paris et à Genève (à l’Organisation mondiale de la Santé), on utilisait la même expression. Aux États-Unis le célèbre Dr Fauci disait la même chose en anglais. Bref, toutes les autorités sanitaires d’Occident se sont passé le mot.

Mais voyez ce qui se passe en Europe ces temps-ci. Partout où on s’est contenté d’aplatir la courbe — c’est-à-dire de la réduire à un plateau qu’on croit gérable — la pandémie fait rage et les autorités sanitaires ne savent plus où donner de la tête.

En Extrême-Orient et en Océanie, on a plutôt cherché à éradiquer le virus du territoire national. Évidemment, cela est plus facile lorsqu’on est une ile ou un archipel comme c’est le cas du Japon, de Taïwan ou de la Nouvelle-Zélande.

Mais même dans les pays entourés de voisins (comme le Vietnam et la Chine), on ne s’est pas contenté d’aplatir la courbe. On a fait disparaitre complètement la pandémie, quitte à reconfiner sélectivement une ville ou une région si le mal y réapparaissait.

En réalité, dès qu’il ferme ses frontières, tout pays devient comparable à une ile.

Là où on a éradiqué le virus ce printemps, les restaurants sont maintenant pleins, les clients affluent dans les boutiques, les rues sont envahies de flâneurs et l’économie roule allègrement. Et les petits commerçants ne vivent pas dans la crainte continuelle qu’une tuile pourrait leur tomber sur la tête.

Le Covid-19 est comme un feu de broussaille. Si l’objectif des pompiers n’est que de réduire la taille des flammes, ils échoueront. Même s’ils réussissent à étouffer le brasier à l’état de tisons, ce n’est pas assez; l’incendie reprendra dès qu’ils auront le dos tourné.

Les pays riches d’Occident sont condamnés à fermer et à rouvrir leur économie de manière cyclique d’ici un an ou deux, tant qu’ils n’auront pas compris le message.

Les clés de la réussite

Le confinement total — comme celui imposé partout le printemps dernier — est extrêmement efficace. Les raisons sont évidentes; il est impossible d’attraper un microbe auquel on n’est pas exposé.

Toutefois, en lui-même, le confinement est un exercice d’utilité restreinte si on ne se prépare pas au déconfinement. Sinon, tout est rapidement à recommencer. Comme ces pompiers qui abandonnent leur combat prématurément.

Or un déconfinement, cela se prépare. Pour ce faire, il faut des millions de tests et des milliers de préposés pour tester la population et trouver les foyers d’infection.

Les pays qui ont réussi ce combat sont connus.

Toutefois, leur faible nombre de morts par million d’habitants ne signifie pas que ces pays ont sauvé des vies; ils ont plutôt différé des morts.

Le principe est de pelleter les morts vers l’avant jusqu’à ce que la pandémie disparaisse. Parce que toutes les pandémies ont une fin. C’est alors que les mortalités différées deviennent des vies sauvées.

Les autorités sanitaires qui déclarent que nous devrons apprendre à vivre avec le virus ne font qu’avouer leur échec à contenir la pandémie. Laisser se développer l’immunité grégaire n’est pas une stratégie; c’est la résignation de l’impotent.

Tous les pays qui ont excellé dans leur lutte contre la pandémie ont suivi la même stratégie.

Pendant à peine quelques semaines, ils ont confiné leur population.

Ce confinement n’est indiqué que lorsque la pandémie fait rage de partout. Si on s’y prend tôt (comme ces jours-ci en Slovaquie), on peut passer directement à l’étape suivante.

L’étape suivante est le déconfinement.

Vers la fin du confinement ou dès que le déconfinement est proclamé, on doit se lancer à la recherche généralisée des ‘tisons’, c’est-à-dire des foyers résiduels d’infection.

Les pays qui ont excellé au printemps dernier l’ont tous fait avec des moyens rudimentaires; à l’époque, les tests salivaires ou sanguins n’existaient pas encore.

Puis ils ont imposé une quatorzaine draconienne aux personnes atteintes et utilisé une multitude d’enquêteurs pour trouver les personnes qu’elles auraient pu contaminer.

En somme, on a tout mis en œuvre pour déceler et éteindre les foyers d’infection.

S’inspirant de la ‘recette asiatique’, la Slovaquie a dernièrement testé ses 5,5 millions d’habitants en deux (2) jours.

À cette fin, plus de quarante-mille testeurs — travailleurs de la Santé, forces de l’ordre et volontaires — œuvrant dans cinq-mille sites de prélèvement, ont trouvé 25 850 foyers d’infection, aussitôt confinés.

Puisque les tests utilisés en Slovaquie possèdent une efficacité située entre 70 et 90 %, on testera toute la population de nouveau dans quelques jours.

La lutte ‘broche à foin’ du Québec

Ici au Québec, on effectue quotidiennement 28 000 tests. Cela correspond à tester 0,5 % de la population par jour (cent fois moins qu’en Slovaquie).

On ne teste que les personnes symptomatiques, laissant les autres personnes contagieuses libres de propager le virus.

Qui s’étonnera du fiasco prévisible ?

Pour prévenir les contacts, les préposés sont tellement débordés qu’ils suggèrent aux personnes atteintes de le faire elles-mêmes…

Alors qu’il faut un millier de préposés dédiés à la recherche de contacts par million d’habitants (soit 8 500 pour le Québec), on n’en a que 750.

Et les délais pour obtenir le résultat des tests sont tellement longs que ces préposés sont découragés, ayant à contacter en moyenne 73 contacts pour chaque cas.

La majorité du temps, les personnes contactées peinent à se souvenir des personnes rencontrées il y a plus de trois jours.

Alors on compte sur des applications téléphoniques (vouées à l’échec) pour prévenir les utilisateurs qui ont été en contact avec des personnes contagieuses et on prie le Ciel pour qu’apparaisse miraculeusement un vaccin efficace à 100 % (ce qui est impossible avec les coronavirus).

Entretemps, on ferme des pans entiers de l’économie — des bars, des restaurants, des salles d’entrainement, des salles de spectacles, des cinémas, des auberges, des hôtels, etc.— sans que ces établissements soient en cause dans la recrudescence des cas.

En adoptant cette stratégie grossière de lutte contre la pandémie, le gouvernement québécois accule à la faillite des centaines de petites ou moyennes entreprises (PME), alors que les PME emploient la grande majorité de la population du Québec.

Puisque les autorités sanitaires du Québec s’entêtent à s’inspirer des pays qui ont foiré dans leur lutte contre la pandémie (les pays riches d’Occident), on devrait peut-être songer à confier cette lutte à des gens désireux de s’inspirer des pays gagnants, soit ceux d’Extrême-Orient et d’Océanie.

Références :
China is winning the global economic recovery
Covid-19 : évolution en sept mois
Covid-19 : les outils de recherche de contacts
Half of Slovakia’s population tested for coronavirus in one day
Mythes et réalités des vaccins contre le Covid-19

Paru depuis :
Raccourcir à 72 heures le temps entre le dépistage et l’isolement des contacts (2020-11-14)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


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