Les malheurs de l’Ukraine

11 décembre 2021

Depuis des décennies, Ukrainiens et Russes entretiennent une relation conflictuelle.

De tous les évènements qui ont jalonné l’histoire de ces deux peuples, le fiasco des politiques agraires sous Staline a marqué la rupture définitive entre eux, une rupture qui est demeurée clandestine jusqu’à l’éclatement de l’Union soviétique.

Au cours de l’Holodomor — c’est le nom d’une série de famines qui ont frappé l’Union soviétique de 1931 à 1933 — entre 2,6 et 5 millions de personnes sont mortes de faim, principalement en Ukraine.

Même si Moscou a toujours prétendu que cette famine a touché l’ensemble les régions agricoles de l’URSS (dont la principale était l’Ukraine), dans l’imaginaire collectif ukrainien, il s’agissait d’une tentative délibérée d’extermination massive dirigée contre eux.

Ce préjugé (fondé ou non) a été intensifié par les exécutions et les déportations de nationalistes ukrainiens au cours des purges staliniennes de 1937-1939.

Depuis l’indépendance de l’Ukraine en 1991, l’Ukraine et la Russie sont politiquement hostiles, mais économiquement liées.

Sans le gaz naturel russe, l’économie ukrainienne ne peut fonctionner. Mais comme le gazoduc alimentant l’Ukraine alimente également l’Europe occidentale, la Russie a préféré construire un gazoduc court-circuitant l’Ukraine afin de se donner les moyens de fermer le plus ancien si elle devait juger cela opportun.

La Russie est le principal partenaire commercial de l’Ukraine; 21 % des biens importés viennent de Russie et 12 % des exportations y sont destinées.

Le conflit ouvert entre les deux pays a fait chuter le PIB ukrainien des deux tiers depuis l’indépendance.

Pour tenter de sortir du marasme économique, l’Ukraine a tenté en vain d’adhérer à l’Union européenne. Ce qui a échoué, entre autres en raison de la corruption généralisée qui y règne.

En 2014, l’annonce par l’Ukraine de son intention (qui n’aura pas le temps de se réaliser) de retirer au russe son statut de langue officielle en Crimée (peuplée à 65,3 % de russophones) a aussitôt provoqué l’indépendance de celle-ci et son rattachement à la Russie.

En réaction à l’annexion russe de la Crimée, l’Ukraine a adopté en septembre 2020 une nouvelle stratégie de sécurité nationale qui prévoit le développement d’un partenariat en vue de l’adhésion de ce pays à l’Otan.

Pour la Russie, cela est totalement inacceptable.

En tant que pays souverain, l’Ukraine est libre d’adhérer à n’importe quelle organisation internationale. Tout comme Cuba, tout aussi souverain, était libre d’acheter des missiles russes en 1962.

Ce qui n’a pas empêché le président Kennedy d’imposer un blocus maritime à Cuba et de menacer la Russie de faire sombrer tout navire qui s’approcherait des côtes cubaines. Ce à quoi la Russie finira par renoncer.

Les États-Unis ne pouvaient pas accepter qu’on installe des missiles ennemis dans leur cour arrière. C’est pareil pour la Russie; d’autant plus que les frontières ukrainiennes sont à 458 km de Moscou alors que Cuba est à 1 860 km de Washington.

Les prédécesseurs de Vladimir Poutine n’ont rien fait pour empêcher la politique d’encerclement de la Russie à laquelle l’Otan procède depuis l’effondrement de l’Union soviétique.

Presque toutes les anciennes républiques soviétiques d’Europe sont maintenant membres de l’Otan; les pays baltes (Estonie, Lettonie, et Lituanie), de la Pologne, de la République tchèque, de la Slovaquie, de la Hongrie, de la Slovénie, de la Roumanie, de la Bulgarie et de l’Albanie.

Pendant un demi-siècle, ces pays ont vécu dans la crainte d’une invasion soviétique. Elles se sont donc empressées de se mettre sous la protection de l’Otan dès que cela fut possible.

L’Ukraine veut faire de même.

Toutefois, une Ukraine militairement inoffensive correspond à un impératif stratégique pour la Russie. Et toutes les sanctions occidentales appliquées dès le lendemain d’une invasion russe ne sont rien en comparaison avec la possibilité d’un anéantissement nucléaire de la Russie par des missiles de l’Otan une fois que celle-ci les aura déployés en Ukraine.

Si Poutine laisse l’Ukraine adhérer officiellement à l’Otan, ce sera trop tard; toute agression militaire russe contre ce pays déclencherait automatiquement une guerre mondiale. Car le principe fondamental de l’Otan, c’est tous pour un, un pour tous (à la manière des Trois mousquetaires).

Or les membres fondateurs de l’Otan (les États-Unis et l’Europe occidentale) sont eux-mêmes inquiets des automatismes prévus par le traité de l’Otan. Puisque ce sont des automatismes semblables qui ont déclenché la Première Guerre mondiale à la suite d’un fait divers; l’assassinat politique d’un hériter de la couronne autrichienne à Sarajevo.

Parlons franchement; une invasion russe en Ukraine n’a pas la même importance que l’invasion de l’Allemagne par la Russie. Mais pour le traité de l’Otan, c’est pareil.

En somme, la Russie doit agir avant l’adhésion de l’Ukraine à l’Otan.

S’il est vrai que la puissance militaire russe est de 5 à 10 fois inférieure à celle des États-Unis, elle est amplement suffisante pour transformer l’Ukraine en champ de ruines.

L’administration Biden a intérêt elle-même à donner à Poutine les garanties qu’il exige. À défaut de quoi, les États-Unis risquent l’humiliation comme ce fut le cas quand l’intervention russe en Syrie a fait sortir le conflit de son enlisement, après des années de piétinement américain.

Pour les États-Unis, le pire moment pour entrer en guerre contre la Russie, c’est maintenant.

Non pas qu’il la perdrait, mais ils s’y enliseraient. Et ce, pour trois raisons majeures.

Premièrement, en nombres absolus, la force ouvrière américaine est celle qui a été la plus décimée par le Covid-19. De plus, la menace de l’apparition d’un variant exceptionnellement virulent qui échapperait à la protection des vaccins actuels fait en sorte que ce n’est pas le temps, actuellement, de faire la guerre.

Deuxièmement, pour encore quelques mois, les ports américains qui donnent sur la côte du Pacifique sont débordés. Les États-Unis éprouvent donc de sérieuses difficultés d’approvisionnement en temps de paix; imaginez en temps de guerre.

Et dernièrement, les États-Unis ont délocalisé en Chine une partie importante de leur capacité industrielle. Contrairement à ce qu’on pourrait penser, la Chine sera heureuse de soutenir l’effort de guerre américain (et russe) parce que plus les Américains s’épuisent à faire la guerre, plus vite elle accèdera au rang de première puissance mondiale.

Au-delà des capacités guerrières indéniables de leur pays, les Américains ont encore frais en mémoire leur défaite militaire en Afghanistan. L’idée de recommencer aujourd’hui en Ukraine devrait susciter très peu d’enthousiasme.

Tout cela, Poutine le sait; de tous les chefs d’État, c’est le plus expérimenté et le plus rusé.

Or il n’a pas besoin de déclencher une guerre avec l’Ukraine; il lui suffit de lui faire peur pour obtenir sa promesse de ne jamais adhérer à l’Otan.

Et si l’Ukraine refuse, Poutine n’a qu’à annexer les provinces russophones (et consentantes) de l’Ukraine. Une annexion que la population de ces provinces sera heureuse de valider par référendum. Comme la population de la Crimée l’a fait en 2014.

Et si l’Ukraine résiste toujours, Poutine n’a qu’à paralyser l’économie ukrainienne, totalement à sa merci.

Il n’a donc pas besoin d’y déclencher la guerre. Mais si l’Ukraine l’y oblige, Poutine fera en Ukraine ce qu’il a fait en Tchétchénie…

Or justement, avec la montée du prix des hydrocarbures, il en a les moyens.

Pourquoi ne l’a-t-il pas fait plus tôt ? Justement parce que c’est un chef d’État froid, dépourvu d’impulsivité, et qui choisit toujours d’obtenir ce qu’il veut avec le moins d’efforts.

Mais si on le pousse à bout, prenez garde…

L’Ukraine devra donc renoncer à son intention d’adhérer à l’Otan ou en subir les conséquences.

L’Ukraine ne doit pas se faire d’illusion; la stratégie américaine consiste à inciter la Russie à l’envahir afin d’effrayer les anciennes républiques soviétiques et de leur vendre des armes.

Références :
Annexions : Crimée vs Palestine
Crise des missiles de Cuba
Relations avec l’Ukraine
Résumé de géopolitique mondiale (1re partie)
Ukraine
What sanctions could the US hit Russia with if it invades Ukraine?

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Écrit par Jean-Pierre Martel


L’OTAN et les élections québécoises

5 juillet 2018

Tout se tient.

En 2014, le gouvernement Harper s’est engagé à doubler les dépenses militaires du pays d’ici 2024.

C’est ainsi que le budget de la Défense passera de 1% à 2% du Produit intérieur brut canadien. En clair, c’est une dépense récurrente de quinze-milliards$ par année.

Comme le défunt contrat des chasseurs F-35, il est à prévoir qu’il s’agira pour le Canada d’acheter du matériel militaire américain pour lequel notre pays n’obtiendra que très peu de retombées économiques.

Pour une famille de quatre personnes, cela équivaut annuellement à 2 000$ de taxes et d’impôts supplémentaires. Et ce, alors que le risque de guerre mondiale est nul (la force militaire américaine étant cinq à dix fois supérieure à celle de la Russie).

Selon toutes les apparences, le gouvernement Trudeau entend respecter les engagements pris par le gouvernement Harper à ce sujet. Cela changera profondément la nature du Canada.

Puisque les États-Unis viennent de réduire substantiellement l’impôt des entreprises, l’État canadien n’aura pas d’autres choix que de diminuer le filet de protection sociale qui constitue une caractéristique fondamentale du pays.

Quel est donc le rapport avec les élections québécoises ?

Peu importe le parti qui remportera les prochaines élections provinciales, celui-ci devra renoncer à une bonne partie de ses projets lorsque le fédéral lui coupera progressivement les vivres d’ici 2024.

D’où la stupidité aberrante de toutes ces promesses de réduction de taxes par les partis de droite du Québec plutôt que de l’investir dans la réfection des écoles et des hôpitaux pendant que nous en avons encore les moyens.

Les compressions devenues nécessaires dans notre système de santé arriveront à un bien mauvais moment.

Le faible taux de chômage actuel au Québec s’explique par la mise à la retraite des babyboumeurs (ce qui rend leurs emplois disponibles à d’autres).

Mais dans cinq ou dix ans, débutera leur perte d’autonomie. D’où l’explosion des couts que leur état de santé requerra.

Un nombre croissant d’entre eux devront être placés dans des centres d’hébergement qui sont déjà en décrépitude et que nous n’auront pas restaurés, préférant profiter de réductions de taxes promises par certains politiciens.

En manque d’argent, peut-être regrettons-nous alors notre négligence à nous intéresser au gaspillage militaire du pays quelques années plus tôt…

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Écrit par Jean-Pierre Martel


L’appartenance inutile du Canada à l’OTAN

16 mai 2018
Le ministre canadien de la Défense, M. Harjit Sajjan

Une promesse non tenue

Le 25 juin 1968, Pierre-Elliott Trudeau — de père de l’actuel premier ministre du Canada — était élu pour la première fois à la tête du gouvernement canadien.

Les deux engagements qui avaient dominé sa campagne électorale furent ses promesses de faire du Canada une société juste et de retirer le Canada de l’OTAN.

Grâce aux 155 députés libéraux élus sur les 263 que comptait alors la Chambre des Communes, M. Trudeau Père avait toute la latitude pour réaliser ses promesses.

Ce deuxième grand engagement n’eut jamais de suite. On présuma à l’époque que cela faisait partie d’une stratégie de négociation dont on ignorait les dessous.

Mais techniquement, ce scrutin était une élection référendaire. Même cinquante ans plus tard, le gouvernement canadien est toujours lié par le mandat qu’il a reçu des Canadiens (même si la majorité d’entre eux sont morts entretemps).

Doubler les dépenses militaires

En septembre 2014, les pays membres de l’OTAN se sont entendus pour augmenter leurs budgets militaires de manière à ce qu’en 2024, le niveau de leurs dépenses atteigne un minimum de deux pour cent de leur produit intérieur brut (PIB).

Par conséquent, lorsqu’on laisse entendre que le Canada est tenu de respecter ses engagements internationaux, on dit n’importe quoi.

Il ne s’agit pas d’un critère d’appartenance à l’OTAN, mais d’un engagement volontaire du Canada. Un engagement auquel notre pays pourrait renoncer aussi facilement que Donald Trump se retire de l’Accord de Paris sur le climat ou qu’il remet en question l’ALÉNA.

Conséquences économiques

Présentement, le risque de guerre mondiale est nul. Il l’est à court et à moyen terme. La force militaire des États-Unis est de cinq à dix fois plus puissante que celle de la Russie.

L’an dernier, le produit intérieur brut de la Russie était de quatre-trillions$. Celui des États-Unis était de 19,36 trillions$. Presque cinq fois plus.

L’OTAN a tendance à exagérer la menace russe pour justifier son existence.

De la même manière, les gazouillis belliqueux de Donald Trump servent à entretenir une psychose qui a pour but de promouvoir la vente d’armement américain.

Sur les 250 milliards$ de dépenses fédérales, la majorité de cette somme est incompressible.

Pour accroitre les dépenses militaires de quinze-milliards$ — un pour cent du PIB de plus — le choix de l’État fédéral sera entre :
• hausser de beaucoup la fiscalité des particuliers (puisqu’entretemps on aura diminué celle des entreprises) ou
• effectuer des coupures draconiennes dans les postes budgétaires autres que celui de la Défense nationale.

Pensez que quinze-milliards$, c’est environ cinq-cents dollars de plus d’impôts à payer pour chaque homme, femme et enfant du pays. Ou deux-mille dollars pour une famille moyenne de quatre personnes. Et ce, chaque année, tant et aussi longtemps que le Canada fait partie de l’OTAN.

Ce qui incitera la droite canadienne à soutenir que les contribuables sont trop taxés et qu’on doit mettre fin à un État-providence ruineux…

La machine invisible de l’État canadien

Augmenter les dépenses militaires, peu importe le contexte, cela est typique d’un gouvernement de droite.

Il est donc normal que le gouvernement Harper ait pris cet engagement en 2014.

Mais pourquoi est-il maintenu par un gouvernement libéral qui se veut de centre-gauche ?

Parce que ce gouvernement élu n’est que l’interface ministérielle d’une machine étatique qui est la véritable détentrice du pouvoir.

La direction militaire du pays est formée d’experts, de meneurs d’hommes et de gens déterminés.

Ceux-ci rédigent les rapports qui guident les ‘décideurs’ publics. Ce sont eux qui, en coulisse, menacent de démissionner si on ne tient pas compte de leur point de vue. Et quand on les remplace, c’est du pareil au même.

Bref, en dépit des orientations politiques des différents partis politiques qui se sont succédé à la tête de l’État depuis cinquante ans, ceux-ci semblent se comporter comme à la belle époque où ils étaient financés par une caisse occulte à laquelle le complexe militaro-industriel pouvait contribuer significativement.

La permanence des orientations de l’État est une preuve supplémentaire que la machine de l’État fédéral est formée de grands mandarins qui exercent le pouvoir dans l’ombre, animés par leur propre conception de l’intérêt national.

Références :
Doubler les dépenses militaires et la dénaturation du Canada
Être payé pour apprendre le français, puis démissionner
Les États-Unis et la Corée du Nord
Russia
Service et OTAN: Mélenchon détaille son programme de défense
Un fonctionnaire fédéral défend son droit de travailler en français
United States

Paru depuis :
Trump Discussed Pulling U.S. From NATO, Aides Say Amid New Concerns Over Russia (2019-01-14)

Détails techniques : Olympus OM-D e-m5 mark II, objectif M.Zuiko 75mm F/1,8 — 1/160 sec. — F/1,8 — ISO 6400 — 75 mm.

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Doubler les dépenses militaires et la dénaturation du Canada

25 mai 2017
Le ministre canadien de la Défense, M. Harjit Sajjan

Introduction

Depuis l’élection de Donald Trump, les États-Unis accusent les autres membres de l’OTAN de ne pas faire leur juste part dans la défense du monde occidental en raison de l’insuffisance de leur budget militaire.

En réalité, ce reproche n’est pas nouveau mais le nouveau chef d’État américain s’est fait beaucoup plus instant que son prédécesseur à ce sujet.

Qu’en est-il ?

Les dépenses militaires des membres de l’OTAN

En septembre 2014, les pays membres de l’OTAN se sont entendus pour augmenter leurs budgets militaires de manière à ce qu’en 2024, le niveau de leurs dépenses atteigne un minimum de 2% de leur produit intérieur brut (PIB).

Les motifs d’un tel engagement sont obscurs.

D’une part, il est vrai que depuis plusieurs années, la Russie et la Chine augmentent leurs dépenses militaires.

Si on exclut le cas particulier du nombre d’ogives nucléaires (dont la Russie possède un stock vieillissant mais toujours supérieure à celui des États-Unis), la supériorité américaine est écrasante; on estime que la force militaire américaine est de cinq à dix fois supérieure à celle de la Russie.

Conséquemment, même au taux d’augmentation actuel, ni la Russie ni la Chine ne sont en train de rattraper leur retard sur les États-Unis.


 
En 2016, des 28 membres de l’OTAN, seuls six respectaient déjà l’engagement pris pour 2024 : ce sont Les États-Unis, la Grèce, l’Estonie, le Royaume-Uni et la Pologne.

En montants absolus, leurs budgets militaires ne sont pas nécessairement les plus élevés mais ils sont les plus importants relativement à la taille de leur économie.

À 3,6% du PIB, le budget militaire américain est le plus élevé en raison d’une politique étrangère belliqueuse qui les amène utiliser la force militaire et à déclencher des guerres prédatrices sous n’importe quel prétexte. Par la même occasion, cela leur permet de tester l’efficacité et la fiabilité de leur matériel de pointe.

Pourquoi la Grèce, si endettée, est-elle en deuxième position avec 2,4% ? Parce qu’elle inclut le cout de la défense de ses frontières dans le calcul de ses dépenses militaires. Or la Grèce est à l’avant-scène de la crise migratoire européenne.

Ex-république soviétique et pays voisin de la Russie, l’Estonie vit dans la hantise d’un envahissement russe et de la déstabilisation de son économie par des agitateurs à la solde de Moscou. Son budget militaire (2,2%) en est le reflet.

De la troisième place en 2015, le Royaume-Uni occupe maintenant la quatrième en 2016 (avec 2,2%) puisque ce pays n’a plus les moyens de continuer d’être le fidèle accompagnateur des États-Unis dans leurs entreprises guerrières.

De 1990 à 2013, la Pologne a réduit ses dépenses militaires de 2,4% à 1,8%. Elles ont remonté à 2,0% depuis pour une raison précise; ce pays ambitionne de devenir un exportateur d’armement et, entretemps, subventionne massivement le développement d’un complexe militaro-industriel national.

Le cas canadien

Le Canada n’a que quatre voisins : la Russie, les États-Unis, les iles Saint-Pierre et Miquelon, et le Groenland.

La Russie ne se risquerait pas à envahir le Canada puisque cela mettrait en péril l’approvisionnement des États-Unis en matières premières et provoquerait immédiatement l’entrée de ce pays en guerre.

Si devenir un champ de bataille n’est jamais une perspective intéressante pour aucun pays, il est illusoire de penser que doubler nos dépenses militaires changerait l’issue d’un conflit.

Pour ce qui est des Américains, on voit mal pourquoi ils utiliseraient la force afin de s’emparer de ressources qu’ils obtiennent déjà pacifiquement.

Quant à la menace d’une attaque par les milices de Saint-Pierre et Miquelon ou par les Esquimaux du Groenland, notre budget militaire actuel devrait suffire à nos protéger de cette redoutable menace.

La dénaturation du Canada

Ce dont il est question ici, ce n’est pas de hausser de 1% le budget fédéral consacré aux dépenses militaires mais de consacrer à ce poste budgétaire une somme supplémentaire équivalent à 1% du PIB.

Le PIB du Canada est de 1 551 milliards$. Il s’agit donc de dépenser quinze-milliards$ de plus par année à ce sujet.

C’est l’équivalent de l’important contrat de blindés canadiens achetés par l’Arabie saoudite. Sauf qu’il ne s’agira pas d’une dépense étalée sur plus d’une décennie, mais répétée annuellement par le Canada.

De plus, comme le contrat défunt des chasseurs F-35, il est à prévoir qu’il s’agira en bonne partie pour le Canada d’achats d’armements américains pour lesquels notre pays n’obtiendra que très peu de retombées économiques.

Les différents postes budgétaires de l’État sont des vases communicants. Dans la perspective où les États-Unis s’apprêtent à réduire substantiellement l’impôt des entreprises, où donc l’État canadien trouvera-t-il l’argent supplémentaire pour la Défense nationale sinon en diminuant le filet de protection sociale qui constitue une caractéristique fondamentale du pays ?

En somme, que les Canadiens élisent un gouvernement de gauche ou de droite, il suffit de doubler les dépenses militaires canadiennes pour forcer le gouvernement fédéral à virer à Droite, peu importe la volonté exprimée démocratiquement par les citoyens du pays.

Et toute réduction appréciable du taux d’imposition aux entreprises décrété par Washington rendra encore plus inévitable et dramatique le démantèlement du filet de protection sociale canadien, devenu trop onéreux.

Sur les 250 milliards$ de dépenses fédérales, la majorité de cette somme est incompressible. Pour accroitre les dépenses militaires de quinze-milliards$, le choix de l’État fédéral sera entre hausser de beaucoup la fiscalité des particuliers ou effectuer des coupures draconiennes dans les postes budgétaires autres que celui de la Défense nationale.

Sous les motifs obscurs d’engagements internationaux, ce dont il est question est d’obliger le Canada à revêtir volontairement une camisole de force budgétaire qui le condamne à appauvrir son propre peuple pour engraisser le complexe militaro-industriel américain.

Références :
Le Canada prêt à doubler son budget de défense d’ici 2024
Les dépenses de défense des pays de l’OTAN (2009-2016)
Les pays de l’Otan dépensent toujours moins en matière de défense
Les 25 ans de l’OTAN
Ottawa tente de comptabiliser différemment ses dépenses militaires
Sommet de l’OTAN sous pression pour Justin Trudeau
Trump qualifie l’OTAN d’organisation «obsolète»
Quels pays ont le plus augmenté leur budget militaire? La réponse en carte

Détails techniques : Olympus OM-D e-m5 mark II, objectif M.Zuiko 75mm F/1,8 — 1/160 sec. — F/1,8 — ISO 6400 — 75 mm

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Écrit par Jean-Pierre Martel


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