Ukraine : le quatrième anniversaire d’une guerre inutile

Publié le 24 février 2026 | Temps de lecture : 8 minutes

Introduction

Selon un rapport publié récemment par le Center for Strategic and International Studies, depuis le 1er janvier 2025, l’armée russe a grugé moins de deux pour cent de plus du territoire ukrainien. En somme, l’essentiel de ses avancées date de 2024.

Il serait tentant d’y voir une stagnation du conflit.

En réalité, si le front n’a pas bougé, c’est que la guerre russo-ukrainienne s’est transformée.

Nous verrons ci-après que cette guerre n’a jamais eu pour but la conquête territoriale de l’ensemble de l’Ukraine (contrairement à ce que certains milieux aiment répéter).

Après avoir conquis presque tout ce qu’elle espérait, la Russie a entrepris la destruction fine de ce qui reste de l’effort de guerre ukrainien.

Ce qui signifie deux choses,

Premièrement, couper l’alimentation électrique des ateliers de fabrication des drones et la charge des batteries qui les alimentent.

Dans un autre ordre d’idée, on se rappellera qu’au début de cette guerre, l’Allemagne avait obligé la France à expédier par train ses chars Leclerc vers l’Ukraine par crainte que leur poids abime la chaussée des autoroutes allemandes.

Ce qui signifie que tout le matériel militaire lourd occidental arrive en Ukraine par voie ferroviaire.

La deuxième raison vise donc à la paralysie des trains électriques ukrainiens (les plus performants) qui transportent le matériel militaire occidental vers le front.

Les souffrances que cela occasionne pour la population civile en Ukraine ne sont donc que des dommages collatéraux, selon le jargon technocratique des armées de ce monde.

Après quatre ans de guerre, récapitulons : ce conflit a une cause profonde et un facteur déclenchant.

La cause profonde

La cause profonde est le désir de l’Ukraine d’adhérer à l’Otan.

En 1962, il était inacceptable pour les États-Unis que la Russie déploie à Cuba des ogives nucléaires pointées vers le territoire américain.

Ou, quelques décennies plus tard, tout aussi inacceptable que Saddam Hussein détienne, croyait-on, des armes de destruction massive. Lui dont le pays est pourtant situé à des milliers de kilomètres de l’Europe.

De la même manière, il est inacceptable pour la Russie que ses ennemis militaires puissent déployer dans sa cour arrière des armes susceptibles de l’anéantir.

Puisque le processus d’adhésion à l’Otan prend généralement des années, cela n’explique pas pourquoi c’est le 24 février 2022 que cette guerre a éclaté.

Le facteur déclenchant

Le coup d’État du 20 février 2014 — qu’on appelle en Occident la ‘révolution’ de Maïdan — et l’annonce, quelques semaines plus tard, que la langue russe serait officiellement interdite d’enseignement dans les provinces ukrainiennes peuplées majoritairement de locuteurs russophones ont déclenché une guerre civile dans l’Est du pays.

De 2014 à 2016, le gouvernement de Kyiv payait secrètement des milices néonazies provenant de l’Ouest du pays pour venir tuer la population, principalement russophone, qui vivait dans la partie orientale du pays.

Ce conflit a fait plus de quatorze-mille morts et d’innombrables blessés.

Depuis le Sommet mondial de l’Onu en 2005, la Responsabilité de protéger (R2P) fait partie du Droit international. Cette responsabilité a servi de prétexte à l’Occident pour déclencher la guerre en Syrie.

La Russie aurait pu invoquer cette responsabilité dès 2014. Mais elle s’est fait leurrer par les accords de Minsk en vertu desquels Kyiv s’engageait à respecter les droits de ses minorités linguistiques. Un engagement garanti par l’Allemagne et la France, mais qu’aucun de ces deux pays n’avait la moindre intention de faire respecter.

Comme l’ont avoué plus tard François Hollande et Angela Merkel, tout cela servait à étirer le temps afin de permettre à l’Ukraine de s’armer en vue d’une guerre avec la Russie souhaitée par l’Otan.

L’espoir de Moscou de voir les choses s’améliorer s’est arrêté net quand Volodymyr Zelensky, en vertu d’un décret signé 21 mars 2021, ordonnait à l’armée ukrainienne de donner l’assaut contre la population civile des provinces peuplées majoritairement d’Ukrainiens russophones.

Réalisant qu’on s’était moqué de lui, Poutine ordonna à l’armée russe de masser ses troupes à la frontière ukrainienne à partir d’avril 2021 et déclencha la guerre le 24 février de l’année suivante. Ce déclenchement aurait pu se faire plus tôt ou plus tard; la date exacte n’avait pas d’importance.

Saboter la paix

Depuis quatre ans, les pays européens n’ont pas cessé de saboter toutes les initiatives qui auraient pu déboucher sur une entente entre Kyiv et Moscou.

Dès le début de la guerre, Boris Johnson, alors premier ministre britannique, décourageait l’administration de Zelensky d’entériner l’accord intervenu en Turquie entre les négociateurs russes et ukrainiens.

Depuis, les dirigeants européens ne font que proposer des ‘plans de paix’ qui n’ont aucune chance d’être acceptés et dépenser des dizaines de milliards d’euros afin de financer la poursuite des hostilités.

Le bilan

Pour l’Ukraine

De nos jours, le gouvernement de Kyiv vit sous le respirateur artificiel de l’Occident.

Il n’a plus les ressources fiscales pour payer ses fonctionnaires, ses médecins, ses enseignants, ses policiers, ses éboueurs, ses pensionnés, ses soldats et, de manière générale, tous ceux qui dépendent de l’État.

Plus de la moitié des terres arables d’Ukraine — les plus fertiles d’Europe — sont maintenant la propriété de spéculateurs américains.

La conquête russe des provinces orientales du pays ne représente pas seulement une perte territoriale pour Kyiv; c’est une perte de revenus puisque n’importe quelle usine vétuste du Donbas rapporte bien davantage en taxes et impôts qu’une petite exploitation agricole située dans le reste du pays.

Puisque le temps joue contre l’Ukraine, ce pays risque également de perdre son accès à la mer Noire et devenir ainsi un pays enclavé si la région d’Odessa tombe aux mains de l’armée russe.

Pour l’Europe

Depuis quatre ans, les pays européens ont dépensé des centaines de milliards de dollars à soutenir une guerre perdue d’avance. Des sommes qu’ils n’ont plus pour se préparer aux défis qui les attendent.

Pendant tout ce temps, ils ont maintenu l’illusion (auprès de leurs contribuables) que tout cela serait éventuellement payé par la Russie.

Depuis que le premier ministre belge a révélé publiquement ce que tous les experts en Droit international savaient déjà, le chat est sorti du sac; ce sont les contribuables européens qui paieront la note de la poursuite de ce conflit.

Les dirigeants européens ont fait perdre à leur industrie lourde (sidérurgie, construction automobile, fabrication du verre et industrie chimique) l’avantage concurrentiel que leur donnait l’accès aux hydrocarbures russes (les moins chers au monde).

D’où l’accélération du déclin industriel de l’Europe, couplé au sabotage volontaire de son secteur agricole par le biais d’accords de libre-échange insensés.

Pour la Chine

Lors des deux premières guerres mondiales, l’Europe s’est fait harakiri. Ce qui a propulsé les États-Unis au premier rang des puissances mondiales.

Le 2 mars 2023, l’Institut australien de politique stratégique publiait une étude qui concluait que la recherche chinoise était en avance dans 37 des 44 technologies de pointe étudiées.

Pendant que la Commission européenne s’entête à poursuivre un délire normatif et règlementaire vertueux qui étouffe son économie, et pendant que l’administration de Donald Trump s’applique à prolonger les belles années de l’âge thermo-industriel et à freiner la transition vers le futur, la Chine construit ses routes de la soie et modernise son économie.

On peut facilement présumer d’une Troisième Guerre mondiale — au cours de laquelle les Occidentaux (ce qui comprend les Russes) s’entretueront — rétablira la Chine au premier des puissances économiques mondiales.

Une position qu’elle a occupée pendant des millénaires, plus précisément jusque dans la seconde moitié du XIXe siècle.

Voilà où nous mènent les va-t-en-guerre que sont une bonne partie des dirigeants occidentaux.

Références :
Après quatre ans de guerre, la ligne de front stagne en Ukraine
La personnalité de l’année 2025
L’engrenage ukrainien
Le statut des provinces ukrainiennes conquises par la Russie
Les Ukrainiens face à la capitulation
Mercosur : la perte de souveraineté alimentaire face à la guerre
Ukraine : l’histoire secrète de la révolution de Maïdan
Ukraine : quand l’Europe sabote les efforts de paix de Trump

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90 milliards d’euros pour prolonger l’agonie de l’Ukraine

Publié le 20 décembre 2025 | Temps de lecture : 2 minutes

Depuis des années, l’État ukrainien vit sous le respirateur artificiel de l’Occident.

En effet, ce sont les sommes que lui versent les pays occidentaux qui permettent à ce pays de payer non seulement la solde de ses soldats, mais également les pensions de vieillesse et le salaire de tous ceux qui dépendent de l’État; les fonctionnaires, les professeurs, les médecins, les éboueurs, etc.

Puisque Washington refuse maintenant de poursuivre ses aides militaire et financière à Kyiv, l’Union européenne (UE) cherche depuis ce temps à prendre la relève. Ce dont elle n’a pas les moyens.

Dernièrement, les dirigeants européens se sont fait dire publiquement ce que nous soutenons sur ce blogue depuis le début de la guerre; on peut geler les avoirs d’un pays ennemi, mais pas les confisquer.

Pour pallier cette contrainte, l’UE a décidé en faveur d’un prêt de 90 milliards d’euros (dont dix-sept payés par la France) qui couvrirait une bonne partie des 135 milliards dont l’État ukrainien a besoin au cours des deux prochaines années.

Ces sommes ne serviront pas à la reconstruction de l’Ukraine, mais permettront plutôt à ce pays de s’acquitter de ses dépenses courantes.

Et pendant que l’UE tente de retarder de deux ans la capitulation inévitable de l’Ukraine, l’administration Trump a compris qu’il est plus pragmatique d’en tirer profit.

Pour ce faire, Trump maintient deux équipes de négociateurs, chacune sympathique au belligérant avec lequel elle transige.

Celle qui négocie avec le vainqueur (soit la Russie) a pour mandat d’établir la place des États-Unis dans la reconstruction de l’Ukraine.

Pendant ce temps, pour donner aux vassaux de Washington l’illusion qu’ils comptent encore dans les affaires du monde, Trump leur offre le hochet d’une négociation parallèle qui mène nulle part.

Référence : L’UE trouve 90 milliards d’euros pour l’Ukraine, sans recours aux avoirs russes

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Ukraine : la réhabilitation des mots ‘négociations de paix’

Publié le 29 novembre 2025 | Temps de lecture : 3 minutes

Avant le retour au pouvoir de Donald Trump, aucun chef d’État européen n’osait utiliser les mots ‘négociations de paix’ car c’eut été un bris de solidarité avec les autres pays de l’Otan.

C’était à l’époque où on croyait que les sanctions financières de l’Occident feraient s’écrouler l’économie russe, provoqueraient la révolte des Russes incapables d’encaisser leurs chèque de paie ou de pension, et entraineraient renversement du régime de Vladimir Poutine.

Comme dans la fable ‘La Laitière et le pot au lait’, on salivait déjà à l’idée du démantèlement de la Fédération de Russie et de la spoliation de ses richesses naturelles par des sociétés occidentales.

Dans les forums de discussion et sur les médias sociaux, n’importe quel participant pacifiste était aussitôt qualifié de ’Munichois’, en référence à ces dirigeants européens qui pensaient amadouer Hitler en lui permettant (par l’accord de Munich) d’annexer une partie de la Tchécoslovaquie.

On se rappellera du scandale provoqué par la visite du premier ministre hongrois à Moscou en juillet 2024 dans le cadre, disait-il, d’une mission de paix. À l’époque, les dirigeants de l’UE dénonçaient toute politique d’apaisement; l’Europe soutenait alors la poursuite de la guerre jusqu’au dernier soldat ukrainien vivant.

Depuis trois ans, les partisans de la ligne dure à l’égard de Moscou — l’Otan et les dirigeants de l’Union européenne, de même que ceux de la France, de la Grande-Bretagne et de l’Allemagne — n’entretenaient plus aucune relation diplomatique officielle avec le Kremlin.

Sans le dire explicitement, ce qu’on soutenait, c’était une guerre totale avec la Russie, c’est-à-dire une guerre dont l’issue ne serait rien d’autre que l’expulsion de l’Armée rouge du territoire ukrainien.

Mais le 12 février 2025, lors d’un appel téléphonique, Donald Trump et Vladimir Poutine se sont entendus pour entamer incessamment des pourparlers en vue de mettre fin à la guerre en Ukraine.

Estomaqués d’apprendre par les médias que cette guerre pouvait se régler sans eux, les dirigeants européens se sont métamorphosés en apôtres de la paix… à la condition d’en pervertir le sens.

Dans leur bouche, les mots ‘négociations de paix’ signifiaient ’négociations en vue de la capitulation de la Russie’ en sachant très bien que cela n’arrivera pas.

Pour l’Ukraine, le choc était encore plus brutal puisqu’une négociation de paix, c’est comme un buffet; quand on est pas autour de la table, c’est qu’on est au menu…

Et c’est de cette manière que des mots que plus personne n’osait prononcer refont leur apparition dans la bouche des dirigeants de nos pays.

Références :
Accords de Munich
« La Russie n’a pas subi l’“effondrement” économique annoncé par Bruno Le Maire, fin février 2022 »
Ukraine : Poutine ferme sur ses exigences avec Orban à Moscou, vives critiques de l’UE

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le mystère des drones en Europe occidentale

Publié le 27 novembre 2025 | Temps de lecture : 4 minutes

Plus tôt, en Europe de l’Est

Après que l’Ukraine eût subi une attaque de 458 drones et missiles dans la nuit du 9 au 10 septembre dernier, au moins 19 drones russes ont pénétré l’espace aérien de la Pologne et, dans un cas, celui de la Roumanie trois jours plus tard.

Immédiatement, les agences de presse occidentales ont accusé la Russie d’être responsable de ces provocations. L’argument est connu; ce ne peut qu’être que les Russes.

Puisque l’Otan n’a pas jugé bon de publier le trajet précis emprunté par ces drones avant de frapper la Pologne et la Roumanie, des indices publiés sur des chaines Telegram ukrainiennes portent à croire que ces missiles auraient plutôt été tirés d’Ukraine.

L’explication la plus probable est que l’Ukraine ait récupéré des drones-leurres russes après leur chute au sol, leur aurait fait faire le plein de carburant et les aurait tirés vers la Pologne et la Roumaine (deux pays membres de l’Otan) dans l’espoir de pousser l’Alliance atlantique à entrer en guerre directement contre la Russie.

Vers la fin du même mois, d’autres drones suspects sont apparus au-dessus de bases militaires et d’aéroports d’Europe occidentale.

Quels types de drones ?

Pendant quelques jours, les agences de presse demeurèrent muettes quant à la nature des drones observés au Danemark, le premier pays touché en Europe occidentale.

S’agissait-il de drones militaires, alimentés par du carburant, qui possèdent l’autonomie nécessaire pour avoir été tirés de Russie ? Ou s’agissait-il de petits drones à batterie qui ne peuvent qu’avoir été utilisés localement ?

En réalité, des vidéos sur YouTube montraient des drones en état géostationnaire. Donc des drones à batterie.

Le 25 septembre, la nature de ces drones fut révélée après avoir trouvé une explication crédible pour accuser la Russie; trois navires ayant des liens directs ou indirects avec la Russie auraient servi de plateformes de lancement en mer Baltique, près du Danemark.

Le problème, c’est que bien après que ces navires eurent quitté la région, d’autres drones survolèrent des aéroports et des bases militaires en Allemagne, en France, en Norvège, et aux Pays-Bas. Des drones qu’on ne réussit jamais à abattre. Et des méfaits dont on n’arrive pas à trouver les auteurs.

On peut toujours supposer que ces drones à batterie aient été tirés par des agents russes infiltrés au cœur de l’Europe occidentale. Mais peut-on également imaginer que tout cela soit une mise en scène destinée à nous manipuler ?

Le cas d’une base militaire française

Le 2 octobre dernier, dix jours après une première incursion, la base militaire de Mourmelon-le-Grand a été survolée par des drones non identifiés.

Le quotidien L’Indépendant nous apprend que cette base de dix-mille hectares abrite depuis mars 2025 une centaine de centres d’entrainement au maniement de drones et que c’est également là qu’ont été formés 2 300 soldats ukrainiens.

On peut facilement croire que des espions russes veuillent épier le fonctionnement de cette base.

Mais on peut également suspecter que l’Ukraine ait déployé en Europe plusieurs commandos de dronistes très expérimentés avec la mission de survoler des bases militaires et des aéroports de divers pays, sachant que ces pays réagiraient de manière prévisible en accusant la Russie.

Et des pays heureux de justifier l’augmentation importante de leurs dépenses militaires, même au prix de coupes dans leur filet de protection sociale.

Références :
Drones au-dessus du Danemark : tous les chemins maritimes mènent à la Russie ?
Le Danemark dénonce des « attaques hybrides » après de nouveaux survols de drones
« Poutine monte d’un cran » : la France accuse la Russie d’être derrière une nouvelle incursion de drones qui ont survolé une base militaire française
Violations par la Russie de l’espace aérien de pays d’Europe de l’Est

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Violations par la Russie de l’espace aérien de pays d’Europe de l’Est

Publié le 20 septembre 2025 | Temps de lecture : 7 minutes

Introduction

Après que l’Ukraine eût subi une attaque de 458 drones et missiles dans la nuit du 9 au 10 septembre dernier, au moins 19 drones russes ont pénétré l’espace aérien de la Pologne et, dans un cas, celui de la Roumanie trois jours plus tard.

Il n’existe pas de preuve que ces drones visaient à détruire des installations situées en sol polonais ni que ces drones se dirigeaient vers l’Ukraine en effectuant un détour par la Pologne.

Au contraire, plusieurs chaines Telegram ukrainiennes ont rapporté que trois engins quittaient la région de Volhynie pour la Pologne. Cette région est située au nord-ouest de l’Ukraine.

Il y a donc deux possibilités. Soit que ces drones ont été tirés de Russie avant de dévier vers la Pologne après un bref survol du territoire ukrainien. Ou soit que leur point de départ était situé en sol ukrainien et n’ont pas été tirés par la Russie.

La violation par des drones

Lors de ses attaques massives, la Russie utilise deux sortes de drones.

Il y a d’abord les leurres. Ceux-ci ne transportent pas de charge explosive.

Tirés dès le début de l’offensive, leur rôle est d’épuiser les défenses ukrainiennes afin d’augmenter les chances que les drones suivants (ceux armés, trois fois moins nombreux) atteignent leurs cibles.

Puisqu’il est impossible de distinguer les drones-leurres des drones armés, l’armée ukrainienne ne peut prendre de risque. Donc, elle recourt indistinctement à ses missiles sol-air afin, idéalement, de tous les détruire.

Dans plus de 83 % des cas, les systèmes de missiles sol-air occidentaux détruisent leurs cibles.

Toutefois, leur cout est astronomique, pouvant atteindre cinq-millions de dollars par missile. Par contre, les drones iraniens et chinois utilisés par la Russie lui coutent de dix-mille à quatre-vingt-mille dollars chacun.

La Russie n’utilise pas des drones-leurres puis soudainement, des drones armés. La transition entre les deux se fait progressivement. Donc, il n’y a pas de moment précis avant lequel l’armée ukrainienne pourrait ‘laisser faire’ et le moment où il faudrait absolument les détruire.

Dans le cas des drones-leurres, ils ne sont pas destinés à revenir en Russie après avoir échappé aux défenses de l’Ukraine parce que cela nécessiterait que la Russie les équipe de deux fois plus de carburant (pour leur permettre d’effectuer le voyage de retour). Or si plus de 80 % sont détruits à l’aller, autant le seraient au retour. Ce qui fait qu’à peine trois ou quatre pour cent d’entre eux reviendraient à leur point de départ.

En somme, les drones qui se sont écrasés en Pologne n’effectuaient pas un voyage de retour en Russie en faisant le détour par la Pologne ou la Roumanie.

Pour expliquer leur présence en Pologne, il y a deux hypothèses.

La première suppose que la défense ukrainienne soit capable de brouillage électromagnétique qui perturbe la navigation de ces drones et les fasse dévier de leur destination prévue.

L’autre hypothèse veut que l’Ukraine récupère les drones-leurres qui s’écrasent au sol en bon état après avoir épuisé leur carburant, leur fasse le plein d’essence et les reprogramme afin qu’ils survolent l’espace aérien de la Pologne dans le but de pousser l’Otan à entrer en guerre directement contre la Russie.

Étant donné que ce n’est pas la première fois que l’Ukraine s’essaie, l’Otan en a vu d’autres.

De plus, il est hautement improbable que l’Alliance atlantique déclenche une Troisième Guerre mondiale au motif que ces ‘attaques’ — qui n’ont fait aucune victime — ont percé le toit de quelques bâtiments agricoles.

Par contre, l’Otan n’allait pas manquer l’occasion d’en faire un drame. C’est ainsi que la Pologne a porté l’affaire au Conseil de sécurité de l’Onu où elle se butera au véto russe. Lorsqu’on tient compte des destructions israéliennes dans la bande de Gaza, on se rend compte de la futilité de la plainte polonaise à l’Onu.

La violation par des MIG-31


 
Hier, des chasseurs-bombardiers de l’Otan ont intercepté trois MIG-31 russes qui survolaient l’espace aérien de l’Estonie.

À aucun moment, les avions russes n’ont survolé le sol estonien; toutefois, ils ont pénétré pendant douze minutes l’espace aérien situé au-dessus de son territoire maritime.

Sur la carte ci-dessus, la Finlande et l’Estonie sont situées de part et d’autre du golfe de Finlande. En vertu du Droit international, l’espace aérien de chacun d’eux s’étend dans le golfe sur une distance de douze milles nautiques (équivalent à environ vingt-et-un kilomètres).

Le problème, c’est que la distance minimale qui sépare les rives de ces deux pays est de 45 km. Ce qui signifie que par endroits, les eaux internationales n’ont que trois kilomètres de large, le reste étant constitué des territoires maritimes de la Finlande et de l’Estonie.

Tracez une ligne droite entre Saint-Pétersbourg et la mer Baltique et vous avez nécessairement une intrusion dans l’espace aérien maritime d’un de ces pays.

Voilà pourquoi les ‘violations’ de l’espace aérien en golfe de Finlande sont devenues fréquentes depuis trois décennies.

Avant l’effondrement de l’URSS (en 1991), le golfe de Finlande et la mer Baltique formaient presque une mer intérieure soviétique puisque de la Russie à l’Allemagne de l’Est, tous les pays riverains étaient soit des républiques soviétiques, soit des pays neutres.

Depuis l’expansion de l’Otan vers l’Est et l’adhésion de la Suède et la Finlande à l’Alliance atlantique, cette mer intérieure a basculé dans le giron otanien.

La conséquence de ce basculement géostratégique majeure, c’est la multiplication des incidents entre ces deux blocs ennemis.

Ce qui prouve que deux empires militaires hostiles devraient toujours être séparés par des pays tampons.

Les pays baltes (dont l’Estonie) devraient être du nombre. Mais depuis que l’Otan a commis l’erreur de les admettre parmi ses membres, ils se sentent invulnérables. Et comme des chihuahuas, ils ne cessent de japper contre le bouledogue russe. S’il n’en tenait qu’à eux, la Troisième Guerre mondiale serait déjà déclenchée.

Fait à noter : l’Otan n’a pas rendu publique la trajectoire précise des trois avions russes au-dessus de la zone maritime estonienne. Ce qui nous empêche d’évaluer l’importance de cette intrusion.

Selon plusieurs experts, les violations mineures de l’espace aérien estonien par la Russie seraient volontaires et serviraient à tester les règles d’engagement des pays de l’Otan, notamment quant au sort à réserver à un avion qui pénètre l’espace aérien d’un membre de l’Alliance.

Références :
Ce que l’on sait des drones russes abattus en Pologne
Infographie : Des drones russes s’incrustent dans des pays de l’OTAN
Intrusion de drones : la Pologne met en garde contre un « conflit ouvert » avec la Russie
Intrusion de drones : le Conseil de sécurité de l’ONU se réunit à la demande de la Pologne
La Russie passe les frontières de l’OTAN (vidéo)
Les missiles Patriot américains : caractéristiques, prix, puissance et répartition dans le monde
L’OTAN intercepte trois avions de chasse russes en Estonie

Parus depuis :
Guerre en Ukraine : le virage des nouvelles règles d’engagement de l’OTAN face aux incursions russes (2025-09-29)
Baltic Backdrop: Sanctions Evasion and the Legal Limits of Maritime Enforcement (2025-12-15)
Estonie : à bord d’un aéroglisseur, trois garde-côtes russes ont brièvement mis pied à terre et franchi la frontière (2025-12-20)
L’Estonie s’indigne après la brève incursion de gardes-frontières russes dans son territoire (2025-12-20)
Polish jets intercept Russian reconnaissance plane spotted near airspace (2025-12-20)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Les Ukrainiens face à la capitulation

Publié le 26 août 2025 | Temps de lecture : 7 minutes

Introduction

En novembre 2024, la firme de sondage Gallup publiait les résultats d’une consultation populaire selon laquelle une faible majorité d’Ukrainiens (57 %, après répartition des indécis) étaient favorables à une paix obtenue dans les plus brefs délais. Et ce, même au prix de concessions territoriales à la Russie.

Toutefois, en juin 2025, l’Institut international de sociologie de Kyiv (IISK) rendait public un sondage qui, à l’inverse, indiquait que le refus catégorique de céder des territoires actuellement conquis par la Russie était majoritaire à 58 % (après répartition des indécis) au sein de la population ukrainienne.

Mais voilà qu’un nouveau sondage Gallup relance la controverse; l’appui à une paix négociée dans les plus brefs délais serait passé de 57 % en octobre 2024 à 74 % en juillet 2025 (après répartition des indécis).

Analyse du sondage Gallup

Le graphique ci-dessus représente l’évolution de l’appui des Ukrainiens à une paix négociée de 2022 à aujourd’hui. Ce qui est frappant, c’est sa symétrie; sa moitié gauche est presque l’image inversée de sa moitié droite.

La contre-offensive ukrainienne de l’été 2023, annoncée longtemps d’avance, avait suscité beaucoup d’espoir. Mais son échec semble avoir été le point de bascule de la confiance des Ukrainiens en une victoire de leur pays contre la Russie.

À chacun des mois de 2024, la Russie a gagné plus de territoire ukrainien qu’elle en a perdu. Le cumul des gains russes pour 2024 est évalué à 3 200 km².

La suite presque ininterrompue de mauvaises nouvelles sur le front a finalement eu raison de l’optimisme de nombreux Ukrainiens, selon Gallup.

De plus, la victoire électorale de Donald Trump en novembre 2024 a coïncidé avec un changement de vocabulaire au sein des chancelleries occidentales. Jusqu’alors, jamais le mot ‘paix’ n’était prononcé.

Jusqu’alors, toute personne en Occident qui se disait favorable à une résolution diplomatique au confit russo-ukrainien était immédiatement qualifiée de ‘munichoise’, une allusion à ces dirigeants européens qui ont cru naïvement acheter la paix en consentant à l’invasion de la Tchécoslovaquie par Hitler.

Depuis l’élection de Trump, les mots ‘cessez-le-feu’ et ‘négociations’ sont apparus dans la bouche des dirigeants occidentaux.

Cette évolution se constate également en Ukraine. En juillet 2025, 69 % des répondants (ou 74 % après répartition des indécis) souhaitaient que des négociations de paix débutent dans les plus brefs délais.

Il est à noter que la formulation de la question posée cette année n’est pas identique à celle posée l’an dernier. En effet, en 2024, Gallup demandait l’appui à une paix négociée dans les plus brefs délais même au prix de concessions territoriales à la Russie. Alors que la question de cette année n’en fait pas mention, probablement parce que dans l’esprit des répondants, cela est implicite.

Depuis l’indépendance de l’Ukraine en 1991, la vie politique du pays a été caractérisée par une alternance de gouvernements qui étaient favorables à l’adhésion du pays à l’Otan et de ceux qui y étaient opposés.

C’est après l’indépendance de la Crimée et son rattachement à la Russie en 2014, l’Ukraine s’est définitivement engagée dans un processus d’adhésion à l’Otan. Au point d’inscrire cet objectif dans la constitution du pays.

Toutefois, au cours des douze derniers mois, l’optimisme a chuté quant à une adhésion à l’Otan à brève ou à moyenne échéance.

Il est à noter que cette question ne leur demande pas s’ils sont favorables à cette adhésion, mais seulement s’ils croient que cela se réalisera dans un avenir plus ou moins rapproché.

Le souhait de voir leur pays adhérer à l’Union européenne (UE) a toujours été majoritaire en Ukraine.

Si bien que cette idée fait consensus au sein la classe politique ukrainienne. Tous les gouvernements depuis l’indépendance — qu’ils aient été pro-russes ou pro-otaniens — ont partagé cette volonté commune de voir leur pays adhérer à l’UE.

En Occident, on ignore généralement que Vladimir Poutine lui-même ne s’y est jamais opposé.

C’est sans doute pourquoi l’espoir d’adhérer à l’UE se maintient en Ukraine en dépit de tout.

Le sondage de l’Institut international de sociologie de Kyiv (IISK)

Du 15 mai au 3 juin 2025, l’IISK a effectué un sondage téléphonique automatisé au cours duquel les participants répondaient en appuyant sur les touches de leur clavier.

Les personnes sollicitées habitaient toutes les régions de l’Ukraine à l’exception des territoires occupés par la Russie. Comme ce fut le cas pour le sondage Gallup.

En fonction du nombre de répondants (environ 500 personnes), la marge d’erreur est inférieure à 5,8 %.

Au sujet de la possibilité de concessions territoriales dans le cadre d’une négociation de paix, 52 % des Ukrainiens s’y opposent (58 % après répartition des indécis).

Il est à noter qu’avec le temps, la formulation de cette question a varié. Quand la question précise que ces concessions territoriales seraient irréversibles — ce qui signifie l’abandon de toute idée de les reconquérir un jour — l’opposition aux concessions territoriales grimpe à 68 % (74 % après répartition des indécis).

Quant à la concession à la Russie d’oblasts dans leur entièreté alors que la Russie n’en a conquis qu’une partie, l’opposition atteint 78 % (85 % après répartition des indécis).

Alors que Gallup affirme que le consentement à des pertes territoriales est majoritaire dans toutes les régions du pays, les résultats de l’IISK indiquent plutôt que les Ukrainiens ukrainophones de l’Est du pays s’opposent catégoriquement à ce que leur oblast devienne russe.

Ce qui est tout à fait plausible et contribue donc à la crédibilité des résultats de l’IISK.

Conclusion

En temps de guerre, exprimer sa foi en la victoire finale du pays peut révéler son degré de patriotisme.

Voilà pourquoi, sur un sujet aussi clivant que l’issue de la guerre, tout sondage doit révéler le pourcentage des gens qui ont refusé de répondre puisque cela est un indice de la confiance qu’ils accordaient en l’impartialité des sondeurs.

Malheureusement, ni Gallup ni l’IISK n’ont révélé le nombre de personnes qui ont refusé de participer à cette consultation (en raccrochant, tout simplement, dans le cas du sondage automatisé de l’IISK).

Cette omission est regrettable.

À défaut de pouvoir trancher entre leurs résultats, on peut néanmoins affirmer que le pourcentage des Ukrainiens qui souhaitent la paix dans les plus brefs délais, même au prix de concessions territoriales à la Russie, est compris entre 42 % (IISK) et 74 % (Gallup).

Références :
Dynamics of readiness for territorial concessions and impact of interpreting ‘Territorial concessions’
Half of Ukrainians Want Quick, Negotiated End to War
Contre-offensive ukrainienne de 2023
La Russie a conquis 3 200 km² de territoire ukrainien en 2024, mais le rythme de sa progression a ralenti en décembre
Les Ukrainiens et la paix
Relations entre l’OTAN et l’Ukraine
Ukrainian Support for War Effort Collapses

Paru depuis : Putin says Russia doesn’t oppose Ukraine joining the EU (2025-09-02)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le sommet Poutine-Trump à Anchorage : un ‘anchoragement’ modeste

Publié le 16 août 2025 | Temps de lecture : 6 minutes

Lorsqu’on regarde les guerres commerciales déclenchées par Donald Trump, aucune d’entre elles ne s’est résolue par une simple rencontre entre le président américain et son homologue d’un autre pays.

Dans tous les cas, les ententes bilatérales intervenues jusqu’ici ont été précédées de nombreuses négociations entre les ministres et fonctionnaires des pays concernés.

Pour prendre l’exemple de l’entente intervenue entre Trump et Ursula von der Leyen, cette entente n’a été possible qu’en raison de l’acceptation préalable de la Commission européenne de capituler devant Trump. Sans cela, la rencontre avec la présidente de la Commission européenne n’aurait rien donné.

La guerre russo-ukrainienne obéit à cette logique.

L’idée qu’il suffirait pour Donald Trump d’assoir à la même table Poutine et Zelensky pour que la guerre en Ukraine s’arrête est une idée simpliste; ce n’est pas comme cela qu’on met fin à une guerre.

Lorsque l’agresseur est un pays lointain, la guerre peut s’arrêter sans capitulation formelle quand l’envahisseur décide simplement de rapatrier ses troupes. Comme les États-Unis l’ont fait au Vietnam et en Afghanistan.

Lorsqu’il s’agit de deux pays contigus, seule la capitulation du plus faible met fin à la guerre. À la suite de quoi, le perdant peut alors se consacrer à sa reconstruction. Comme l’ont fait l’Allemagne et l’Italie après avoir capitulé.

Jusqu’ici, les membres de l’Union européenne ont armé l’Ukraine non seulement dans le but d’affaiblir la force miliaire de la Russie, mais leurs sanctions économiques avaient pour but avoué de provoquer un effondrement de l’économie russe. Et ce, en vue d’un changement de régime à Moscou. C’est du moins ce que la ministre canadienne des Affaires étrangères avouait candidement.

Malgré le fait qu’on ressasse périodiquement l’espoir d’une défaite militaire de la Russie, il ne semble pas que les pays de l’Otan puissent y parvenir dans un avenir prévisible.


 
Afin d’aider l’Ukraine à reprendre son souffle après une série presque ininterrompue de défaites militaires, plusieurs dirigeants européens plaident depuis des mois en faveur d’un cessez-le-feu dans le but, disent-ils, de donner l’occasion aux belligérants de s’entendre sur un plan de paix.

Au cours d’une guerre, un cessez-le-feu intervient exclusivement lorsque les belligérants, épuisés, le réclament d’eux-mêmes afin de refaire leurs forces. Et dès que cette pause pend fin, on se tape dessus avec une vigueur renouvelée.

En somme, un cessez-le-feu suspend temporairement les hostilités : il n’arrête pas le conflit de manière permanente.

C’est la conclusion à laquelle semble être arrivé Donald Trump à la suite du sommet en Alaska. Dans ce sens, c’est, pour l’instant, un progrès.

À moins d’une volteface — une éventualité toujours plausible avec Trump — l’administration américaine semble avoir réalisé que la solution du conflit est entre les mains de l’Ukraine.

Malheureusement pour Zelinsky, celui-ci est placé dans un dilemme insurmontable.

Contrairement à la Russie tsariste qui a vendu l’Alaska aux États-Unis en 1867 et la Russie soviétique qui a donné la Crimée à l’Ukraine en 1954, la constitution de l’Ukraine — comme celle de nombreux pays — déclare que le territoire national est indivisible.

Un mois après le début de la guerre russo-ukrainienne, une entente est intervenue entre les négociateurs de la Russie et de l’Ukraine. Ce plan de paix prévoyait la fin du conflit en contrepartie (entre autres) de concessions territoriales à la Russie.

Mais ce plan devait être ratifié par Kyiv. Non seulement le parlement ukrainien a-t-il refusé, mais il a adopté une loi qui, à l’avenir, interdit formellement toute négociation de paix qui inclurait l’amputation du territoire ukrainien.

C’est donc à dire que Zelensky se trouve dans un carcan juridique qui l’oblige à ne rien céder.

De plus, on doit savoir que Denis Kireev — un des négociateurs ukrainiens qui avaient participé le 28 février 2022 à des discussions préliminaires en Biélorussie en vue des négociations russo-ukrainiennes formelles qui se sont tenue le mois suivant en Turquie — a été assassiné en pleine rue à son retour en Ukraine après avoir été accusé de trahison par ceux qui s’opposaient à toute négociation de paix avec la Russie.

De plus, à plusieurs reprises au cours de cette guerre, des dirigeants de milices néo-nazies ont menacé de mort Zelenski (qui est Juif).

Ce qui signifie que le président ukrainien est condamné à espérer une défaite russe qui n’arrivera pas et, entretemps, à assister, impuissant, à l’anéantissement progressif de son pays.

Juridiquement, la seule issue à cette guerre est la nomination par le parlement ukrainien d’un délégué plénipotentiaire — il s’agit généralement du chef des armées — dont le mandat est de négocier la paix sans que cela implique l’arrêt des hostilités au cours de cette négociation.

L’acte de capitulation du Troisième Reich a été signé par le général Alfred Jodl au nom du Haut commandement des forces armées allemandes. L’armistice italien a été signé par le général Giuseppe Castellano au nom du gouvernement italien.

À l’issue des négociations secrètes, le traité est signé par ce délégué investi de tous les pouvoirs (d’où son qualificatif de plénipotentiaire) et qui, en plus, dispose de l’immunité totale contre toute poursuite ultérieure.

Et parce que ce traité est supranational, il a juridiquement préséance sur les dispositions contraires de la constitution ukrainienne et des lois qui en découlent.

Voilà comment la guerre russo-ukrainienne devrait se terminer.

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Écrit par Jean-Pierre Martel


L’Ukraine, rempart de la démocratie occidentale ?

Publié le 15 août 2025 | Temps de lecture : 1 minute

Paresseusement, je me contenterai aujourd’hui de simplement publier ici un commentaire censuré sur le site de Radio-Canada.



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Écrit par Jean-Pierre Martel


Ukraine : comme une odeur de fin de régime

Publié le 26 juillet 2025 | Temps de lecture : 5 minutes

Introduction

Le Bureau national anticorruption (BNAC) est un corps policier spécialisé créé par le parlement ukrainien en 2014.

Employant actuellement 700 personnes, le BNAC dispose de larges pouvoirs d’enquêtes, mais n’a pas le pouvoir d’intenter des poursuites. Dans ce sens, il correspond au Québec à l’Unité permanente anticorruption (UPAC).

Lorsqu’il estime irréfutable la preuve qu’il a recueillie, le BNAC la soumet au Bureau du procureur spécialisé anticorruption. Celui-ci est placé sous l’autorité directe du Procureur général (c’est-à-dire du ministre de la Justice).

De manière analogue, lorsque l’UPAC estime que sa preuve justifie une accusation criminelle, il la soumet à la Direction des poursuites criminelles et pénales (DPCP), seul détenteur au Québec du pouvoir d’intenter des poursuites criminelles, et relevant du ministre de la Justice.


Lutte anticorruption : l’Ukraine vs le Québec

Pouvoir… Ukraine Québec
…d’enquête BNAC UPAC
…de poursuite Procureur spécialisé anticorruption DPCP
…de sanction Tribunal spécialisé Cour Supérieure

La loi No 12414

Le 21 juillet, des forces policières effectuaient une descente dans les bureaux du BNAC à la suite d’allégations de trafic d’influence à l’encontre de quinze de ses employés et d’une accusation d’espionnage au profit de la Russie à l’encontre d’un haut responsable.

Accusant le BNAC d’être infiltré par des agents russes, le parlement ukrainien adoptait dès le lendemain une loi qui assujettissait plus directement le BNAC au ministre de la Justice.

À l’origine, il s’agissait d’un projet de loi assez inoffensif, soumis au parlement il y a plusieurs mois, mais qui a été modifié à la dernière minute de manière inattendue.

Selon Radio-Canada, cette loi permet au ministre de la Justice de donner des ‘instructions’ au BNAC. Ce qui, en soi, est normal. En comparaison, le ministre de la Justice du Québec peut ordonner une enquête policière à la suite, par exemple, de révélations journalistiques.

Mais plus inquiétant est le pouvoir qui lui est accordé d’avoir accès aux détails de n’importe quelle enquête, de retirer au BNAC des dossiers (ceux politiquement sensibles, par exemple) pour les confier à des enquêteurs de son choix, et d’être dorénavant le seul habilité à poursuivre de hauts fonctionnaires pour corruption.

La Révolution des cartons

Dès l’adoption de cette loi, l’Union européenne a activé tout son réseau d’ONG en Ukraine pour qu’ils mobilisent les jeunes.

Afin de les galvaniser, le narratif européen soutient que la loi No 12414 «…viole l’héritage sacré de la révolution de Maïdan de 2014, qui avait placé la lutte contre la corruption et la séparation des pouvoirs au cœur du renouveau démocratique ukrainien.»

En réalité, la Révolution de Maïdan était un coup d’État destiné à empêcher la signature d’un traité de coopération économique très avantageux que la Russie proposait à l’Ukraine. Ce coup d’État n’a pas de rapport avec la création du BNAC.

Après le rejet de l’offre de la Russie, l’Union européenne n’avait rien de concret à offrir à l’Ukraine pour la sauver de la faillite. Plus tard cette année-là, le pays s’est donc tourné vers le Fonds monétaire international. Et c’est le FMI qui a conditionné son aide à l’adoption de mesures énergiques destinées à combattre la corruption dans le pays.

Les dessous de l’affaire

On doit savoir que lorsqu’une affaire est ‘classée’ (sous-entendu : classée… sans suite), on est habilité à en détruire la preuve. À défaut de quoi les archives policières crouleraient sous le poids des plaintes non fondées.

Or c’est un secret de Polichinelle que dans un pays aussi corrompu que l’Ukraine, la guerre russo-ukrainienne a été une occasion formidable d’enrichissement personnel pour les oligarques, la classe politique et le crime organisé.

D’autant plus que jusqu’ici, tous les bailleurs de fonds de l’Ukraine ont évité de lui demander de rendre des comptes. Mais l’heure des comptes approche.

Dès la fin de la guerre, les puissances occidentales tenteront de récupérer le maximum de tout l’argent qui ne s’est jamais rendu au front.

D’où l’importance des enquêtes du BNAC, sachant que celui-ci travaillait en étroite collaboration avec l’Union européenne et surtout, le FBI. Rappelons qu’en 2016, Joe Biden avait réclamé et obtenu la destitution du procureur spécialisé anticorruption (Viktor Chokine) qui ne lui plaisait pas.

Donner au ministre de la Justice ukrainien le pouvoir discrétionnaire de fermer les dossiers compromettants et d’en faire détruire la preuve sent la fin de régime…

Références :
La génération Z en colère contre le gouvernement
La loi anticorruption approuvée par Zelensky suscite la colère en Ukraine
L’engrenage ukrainien
Le SBU et l’UCP ont dénoncé un député ukrainien travaillant actuellement en Fédération de Russie : il avait une influence significative sur les activités du NABU (vidéo) (en ukrainien)
National Anti-Corruption Bureau of Ukraine
Nikolaï Azarov : Zelensky a détruit le NABU pour cacher les milliards d’Ermak
Ukraine : l’histoire secrète de la révolution de Maïdan
Ukraine’s anti-corruption crackdown: How NABU and SAPO were targeted and what’s at stake
Ukraine : Une nouvelle loi sape l’indépendance des organismes anti-corruption

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Écrit par Jean-Pierre Martel


La diplomatie incendiaire d’Emmanuel Macron

Publié le 27 mai 2025 | Temps de lecture : 15 minutes
Hôtel du ministère des Affaires étrangères à Paris

La perte d’influence de la France en Afrique

De tous les pays européens, c’est la France qui a la moins bien réussie la décolonisation de ses anciennes possessions africaines.

Encore de nos jours, des milieux conservateurs français soutiennent que s’il y a des routes, des ponts, des aéroports, l’eau courante, et l’électricité (entre autres) dans les anciennes colonies françaises, c’est grâce à la France. Bref, que ces dernières ne seraient rien sans elle.

En réalité, tous les pays coloniaux créent des infrastructures nécessaires à la prédation des richesses de leur empire au profit de la métropole.

Malheureusement, c’est cette mentalité que semble partager Emmanuel Macron, si on en juge par sa diplomatie cavalière.

Algérie vs Maroc

Lorsqu’on pense à des puissances hégémoniques, on pense à des pays comme les États-Unis ou la Chine. Mais il existe également des puissances hégémoniques régionales, voire locales. Le Maroc est l’une d’elles.

Situé au sud du Maroc, le Sahara occidental est un territoire de 266 000 km² le long de l’Atlantique. Il est revendiqué par le Maroc qui le considère comme faisant partie de ses ‘provinces du Sud’. Ce que conteste l’Algérie.

L’Algérie voit dans le conflit du Sahara occidental un moyen d’affaiblir l’influence régionale du Maroc, son rival historique.

De plus, en se positionnant comme défenseur des droits des Sahraouis, l’Algérie renforce son image de champion des causes anticoloniales et anti-impérialistes au sein des pays africains.

La revendication marocaine a été infirmée par un avis consultatif de la Cour internationale de justice en 1975. En vertu du Droit international, Sahara occidental possède le statut ‘Territoire non autonome’. Dans les faits, environ 80 % de sa superficie est contrôlée par le Maroc.

En décembre 2020, Donald Trump reconnaissait la souveraineté du Maroc sur ce territoire. Depuis, l’Algérie comptait sur la France pour bloquer la reconnaissance internationale des ambitions marocaines.

Toutefois, 24 juillet 2024, Emmanuel Macron a décidé d’appuyer le Maroc à ce sujet. Probablement (c’est mon hypothèse) en échange de l’accès à la potasse et au pétrole sahraouis.

Se sentant trahie, l’Algérie est depuis en guerre diplomatique avec la France. Une guerre qui finira bien par s’arrêter mais qui, pour l’instant, parait sans issue.

En Afrique subsaharienne

La Grande-Bretagne ne possède aucune base militaire dans ses anciennes possessions africaines. Contrairement à la France.

Une base militaire est commode pour déployer rapidement des soldats à la demande du pays hôte. Mais c’est une manière couteuse de le faire puisqu’on doit l’entretenir pendant des années au cas où on en aurait besoin.

Il est plus économique de réquisitionner un des aéroports civils du pays et d’en prendre le contrôle lorsque cela devient nécessaire.

En dépit de cela, la France attache une grande importance à posséder des bases à l’Étranger afin de maintenir l’idée qu’elle se fait de sa place dans le monde.

Aussi la décision récente du Tchad et du Sénégal d’ordonner la fermeture des bases militaires françaises sur leur territoire, associée à la décision de l’armée française de quitter d’elle-même la Côte d’Ivoire et le Gabon, ont porté un dur coup au prestige du président de la République.

Celui-ci n’a pas manqué l’occasion pour reprocher publiquement leur ‘ingratitude’ envers la France, achevant ainsi le peu de respect que les dirigeants de ces pays lui portaient.

Au Burkina Faso

Sept mois après le début de son premier quinquennat, Emmanuel Macron se rend au Burkina Faso dans le but d’inaugurer officiellement une centrale solaire financée par la France.

La veille, à l’université de la capitale, il rencontre quelques centaines d’étudiants réunis dans un amphithéâtre bondé.

Puisque la climatisation est alors en panne, une étudiante demande dans combien de temps cela prendra pour que l’électricité ‘française’ serve à climatiser l’amphithéâtre.

Plutôt que de répondre diplomatiquement que grâce à la contribution de la France, le pays devrait mieux répondre aux besoins des Burkinabés, Emmanuel Macron, décide plutôt de cabotiner.

Dans un état évident d’euphorie, il répond : « Mais je ne veux pas m’occuper de l’électricité dans les universités du Burkina Faso. C’est le travail du président.» dit-il en pointant du doigt le président du pays, assis à sa gauche.

Alors que ce dernier, traité comme un simple préposé à la climatisation, se lève et quitte la salle, Macron le tutoie : « Reste là.» Puis, devant les étudiants hilares, Macron conclut : « Il est parti réparer la climatisation

Rwanda vs Congo

Tout au début du génocide au Rwanda, le président François Mitterrand avait déployé des troupes françaises dans ce pays, croyant avoir affaire à une tentative de coup d’État tutsi.

Même si les soldats français sont alors demeurés relativement passifs, cette erreur d’appréciation fait que le Rwanda accuse depuis la France d’avoir soutenu le génocide rwandais. Ce qui est faux.

Ce préjugé est d’ailleurs exploité par la diplomatie américaine pour discréditer la France en Afrique centrale.

Tout comme l’Allemagne, hantée par son passé, refuse de critiquer Israël pour les excès de sa politique extérieure, Emmanuel Macron refuse de blâmer le Rwanda pour le pillage des richesses minérales congolaises. Un pillage que le Rwanda exerce par le biais de milices qui, jusqu’ici, ont fait des millions de morts.

En mars 2023, à l’occasion d’une tournée dans quatre pays africains, Emmanuel Macron s’est rendu dans la République démocratique du Congo.

Alors que le président de ce pays l’invitait publiquement à blâmer le Rwanda (comme le font tous les rapports de l’Onu à ce sujet), Emmanuel Macron a préféré insulter le Congo en l’accusant d’être responsable de son propre malheur :

Depuis 1994, ce n’est pas la faute de la France — pardon de le dire dans des termes aussi crus — si vous n’avez pas été capable de rétablir la souveraineté […] de votre pays. Ceci est une réalité. Il ne faut pas chercher des coupables à l’extérieur dans cette affaire.

Rappelons que c’est grâce à la campagne personnelle d’Emmanuel Macron que l’ex-ministre des Affaires étrangères du Rwanda a été élue en 2018 à la tête de l’Organisation internationale de la Francophonie, en dépit du fait que le français n’est plus enseigné dans ce pays depuis 2003, c’est-à-dire depuis que l’anglais est devenu la langue officielle de cette ancienne colonie belge.

L’ingérence dans les affaires intérieures de pays européens

En Géorgie

En vue des élections législatives d’octobre 2024, Salomé Zourabichvili (à l’époque, présidente de la Géorgie) rendait public quelques mois plus tôt un projet de pacte auquel elle invitait les partis politiques à adhérer.

En vertu de ce pacte, les députés nouvellement élus devaient former le parlement (l’équivalent de notre Assemblée nationale), mais les partis signataires devaient renoncer à former le gouvernement (c’est-à-dire le Conseil des ministres), confié plutôt à Mme Zourabichvili et des technocrates non élus de son choix.

En somme, il s’agissait d’un projet de coup d’État.

En octobre 2024, les partis signataires échouèrent à obtenir la majorité des sièges. Furieuse de son échec, Mme Zourabichvili cria à la fraude massive.

Dénudée de fondement, cette prétention fut propagée par les agences de presse financées secrètement par Washington et trouva écho dans les chancelleries occidentales.

Emmanuel Macron se fit le champion de cette cause, poussant le zèle jusqu’à s’adresser par vidéo au peuple géorgien pour l’inciter à la révolte.

Roumanie : des élections sous influences

Comme tous les pays, la Roumanie est dotée d’un appareil sécuritaire qui vise à protéger l’État de l’influence indue de puissances hostiles. À la différence que le sien, hérité de l’époque soviétique, est extraordinairement interventionniste.

C’est ainsi que le 6 décembre 2024, à deux jours du second tour de l’élection présidentielle, la Cour constitutionnelle de Roumanie invalide les résultats du premier tour, annule le second, et reporte le tout en mai 2025. Tout cela sur la base de simples soupçons d’ingérence politique russe sur TikTok.

De son côté, l’Union européenne s’est immiscée dans cette élection, comme elle le fait chaque fois que des formations politiques font campagne contre elle. Elle n’intervient pas directement, mais par le biais d’ONG qu’elle finance et qui militent sur place en sa faveur.

De plus, le 9 janvier 2025, Thierry Breton prédisait que la Commission européenne (où il a siégé) n’hésiterait pas à faire invalider les élections allemandes (qui se sont tenues depuis) en cas de victoire d’un parti nationaliste (l’AfD). « On l’a fait en Roumanie…» avouait-il «…et il faudra évidemment le faire, si c’est nécessaire, en Allemagne.»

L’élection roumaine a également été influencée les agences de presse occidentales par le biais des épithètes qu’elles accolent aux partis politiques en lice. En particulier, celle d’extrême droite, utilisée abusivement en Roumanie pour discréditer des candidats et des formations politiques sans jamais préciser exactement ce qui leur vaut cet anathème.

Quant à l’ingérence de la diplomatie macronienne, elle prend la forme d’intrigues de palais. Comme cette rencontre secrète entre l’ambassadeur de France et le président de la Cour constitutionnelle de Roumanie, le 5 mars 2025.

Au début du mois de mai 2025, la présidente du groupe Renew — dont fait partie Renaissance, le parti d’Emmanuel Macron au Parlement européen — déclarait vouloir tout faire sur le terrain pour que le prochain président roumain soit pro-européen.

« On va mener une campagne active pour faire prendre conscience aux Roumains qu’il y a un enjeu démocratique important pour l’avenir du pays et de l’Europe.»

De plus, le 14 mai 2025, au cours de la seconde élection présidentielle roumaine (la première ayant été annulée), Nicolas Lerner, chef des renseignements français, s’est rendu en Roumanie.

Puisque la collecte de renseignements se fait habituellement par de simples agents, on peut présumer que le but de sa visite était de rencontrer des personnes de haut niveau.

Quatre jours plus tard, alors que se déroulait le dépouillement du scrutin, le patron de la messagerie Telegram accusait publiquement ce même Nicolas Lerner — collègue de classe d’Emmanuel Macron — de lui avoir demandé, à l’approche des élections roumaines, de réduire au silence les voix conservatrices qui ont recours à sa messagerie cryptée. Une accusation aussitôt démentie par la France.

Parallèlement à l’offensive diplomatique française, les eurodéputés d’Emmanuel Macron ont tenu diverses rencontres avec des membres de la diaspora roumaine afin de les convaincre de voter contre certains candidats.

C’est ainsi que le 10 mai dernier, la cheffe de Renew-Europe (le parti d’Emmanuel Macron au parlement européen) déclarait : « Je vais soutenir le candidat centriste pro-européen en organisant des réunions […] pour appeler la diaspora roumaine en France à participer à cette élection…»

Pour terminer, signalons qu’après des mois de controverse, les services de renseignements roumains admettent aujourd’hui n’avoir rien de concret au sujet de l’ingérence russe dans les élections présidentielles roumaines par le biais de TikTok.

Mais l’Autorité fiscale roumaine a découvert que le Parti national libéral (PNL) a versé 300 000 euros à TikTok pour acheter de la publicité en faveur de Călin Georgescu (un candidat nationaliste).

Ce parti pro-européen voulait ainsi diviser les voix nationalistes — au sein desquelles George Simeon était en avance — en favorisant un rival, alors très secondaire, soit Călin Georgescu.

Malheureusement pour le PNL, cette stratégie qui a trop bien fonctionné. Si bien que Călin Georgescu s’est avéré, au premier tour, plus populaire que le candidat du PNL.

La guerre russo-ukrainienne

La cause profonde de la guerre en Ukraine est l’expansionniste toxique de l’Otan, c’est-à-dire son obsession de vouloir entourer au plus près la Russie d’ennemis militaires.

L’idée que des missiles de l’Otan puissent être déployés à 500 km de Moscou est aussi inacceptable pour la Russie que le déploiement de missiles russes à Cuba pouvait l’être pour les États-Unis en 1962.

De plus, le stationnement de dizaines milliers de soldats occidentaux dans des bases militaires de l’Otan en Ukraine comporterait un risque d’invasion militaire et de renversement du pouvoir à Moscou qu’aucun dirigeant russe ne peut tolérer.

Malgré cela, Emmanuel Macron cherche à créer une coalition de membres de l’Otan désireux d’envoyer des troupes en Ukraine sous le prétexte de motiver la Russie à respecter un cessez-le-feu décrété unilatéralement.

Depuis trois ans, les puissances occidentales tentent de forcer la Russie à renoncer à ses intérêts géostratégiques fondamentaux.

D’où l’idée de pousser l’Ukraine à la guerre, peu importe les souffrances que cela comporte pour sa population.

Or celle-ci en a assez.

Selon la firme de sondage Gallup, le pourcentage des Ukrainiens qui sont favorables à une paix négociée dans les plus brefs délais est passé de 23 % au début de la guerre à 57 % en octobre 2024 (après répartition des indécis). Cette lassitude se rencontre dans toutes les régions du pays.

De plus, 57 % des Ukrainiens étaient favorables à des concessions territoriales à la Russie dans le cadre de négociations de paix.

Emmanuel Macron ne l’entend pas ainsi. Selon lui, une victoire de la Russie inciterait celle-ci à se lancer à la conquête du reste de l’Europe.

Depuis trois ans, l’armée russe peine à conquérir l’ensemble du territoire ukrainien. On voit mal comment elle pourrait se lancer à la conquête de l’Occident.

Malgré cela, Emanuel Macron plaide pour la fourniture d’armement de plus en plus puissant et dont la portée est de nature à frapper la Russie de plus en plus profondément. Même au risque de déclencher une Troisième Guerre mondiale.

En réalité, une guerre entre deux pays voisins se termine quand le perdant capitule. Or, dans ce cas-ci, le perdant, c’est l’Ukraine.

Conclusion

Le tempérament belliqueux d’Emmanuel Macron, son autoritarisme croissant, de même que son franc-parler ont entrainé la perte d’influence de la France en Afrique et une critique voilée de Washington quant à sa manie de saboter la démocratie des pays slaves.

Références :
Allégations d’ingérence française dans les élections roumaines : l’AUR demande le contrôle parlementaire des services de renseignements
À quoi ressemble « l’État parallèle » : Nicolas Lerner, chef des services de renseignement français, accusé d’ingérence dans les élections roumaines (en roumain)
Elena Lasconi, rencontre avec le ministre français des Affaires étrangères. Ce que le patron de l’USR a discuté avec Jean-Noël Barrot (en roumain)
Guerre en Ukraine : des soldats français face à la Russie ? « Rien n’est exclu » pour Macron
Guerre en Ukraine : les pays « volontaires » se retrouvent à l’OTAN et cherchent un plan
La corruption de la presse occidentale par Washington
La familiarité d’Emmanuel Macron face au président du Burkina Faso (vidéo)
La Géorgie sur la voie d’un coup d’État (1re partie)
La Géorgie sur la voie d’un coup d’État (2e partie)
L’ANAF a découvert que PNL avait financé une campagne de promotion massive de Călin Georgescu sur TikTok (en roumain)
La nouvelle Théorie des dominos
La volonté populaire en Europe soumise à la dictature des juges : le cas de la Roumanie
Le Congo et le verrou rwandais
Législatives en Géorgie : la présidente refuse une convocation du parquet, qui a ouvert une enquête pour « falsification présumée » des élections
Le mythe du néonazisme russe
Le PDG de Telegram accuse la France d’ingérence dans l’élection roumaine, le Quai d’Orsay dément
Le Sénégal et le Tchad dénoncent les “propos erronés” d’Emmanuel Macron
Les Ukrainiens et la paix
L’expansionnisme toxique de l’Otan
L’importance géostratégique du Sahara occidental pour l’Algérie
Monsieur le Président Emmanuel Macron – Message aux Géorgiens (vidéo)
“On l’a fait en Roumanie…”:Thierry Breton réagit aux ingérences de Musk en Allemagne avec l’AfD
Parti national libéral (Roumanie)
Présidentielle en Roumanie : Valérie Hayer accusée «d’ingérence» au profit du candidat centriste pro-UE
RDC : conférence de presse mouvementée entre Macron et Tshisekedi
Sahara occidental
The EU’s propaganda machine
The Silent Coup
Transparency of EU funds implemented NGOs: more effort needed

Détails techniques de la photo : Olympus OM-D e-m5, objectif M.Zuiko 12-40mm F/2,8 — 1/320 sec. — F/5,6 — ISO 200 — 12 mm

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Écrit par Jean-Pierre Martel