L’immigration au Québec : enfin de bonnes décisions !

Publié le 30 mai 2023 | Temps de lecture : 8 minutes

La connaissance du français, un prérequis

La ministre québécoise de l’Immigration annonçait jeudi dernier la nouvelle politique migratoire de son gouvernement. En quelques mots, il s’agit d’une politique digne de ce nom.

Sa mesure phare ? Il sera dorénavant obligatoire d’avoir une connaissance adéquate du français avant d’immigrer au Québec. Sauf dans le cas des réfugiés, vu l’urgence de leur situation.

Le qualificatif ‘adéquat’ signifie que la connaissance du français sera modulée en fonction des métiers auxquels le requérant pourra postuler en raison de son expertise; en somme, il devra connaitre ce qui lui sera nécessaire pour vivre au Québec et travailler dans notre langue.

Ce faisant, la CAQ s’inspire de la Grande-Bretagne. Dans ce pays, l’immigrant ne peut pas mettre le pied sur le sol britannique s’il n’a pas déjà la connaissance de l’anglais. De manière conséquente, un citoyen britannique ne peut pas faire venir son conjoint de l’Étranger si cette personne ne parle pas l’anglais.

Lentement, cette mesure permettra de renverser l’anglicisation de Montréal si et seulement si la CAQ associe cette mesure à d’autres destinées à faire du français la langue du travail au Québec et à bloquer l’accès aux CÉGEPs anglophones à ceux qui ne devraient pas y avoir droit.

L’intention de la CAQ de hausser les seuils d’immigration — à l’exclusion des travailleurs temporaires — a attiré beaucoup d’attention.

Entre la cible péquiste d’accueillir trente-cinq-mille néoQuébécois par année et le double préconisé par le Parti libéral du Québec, tout est acceptable puisqu’aucune étude n’a déterminé la capacité d’intégration du Québec.

Deux choses sont certaines.

Premièrement, lorsqu’une pénurie de main-d’œuvre est ponctuelle, l’immigration est un excellent moyen de la corriger. Cela consiste à faire appel à l’Étranger pour combler des besoins que le marché intérieur n’arrive pas à corriger de lui-même.

Mais cela n’est plus vrai lorsque la pénurie est généralisée. Comme c’est le cas actuellement, puisque tout effet positif de l’arrivée d’un néoQuébécois est contrebalancé par la pression qu’il exerce en raison de l’ensemble des biens et des services qu’il requiert.

Et deuxièmement, dès que la connaissance du français est un prérequis à l’immigration au Québec, on pallie automatiquement la menace existentielle représentée par l’immigration massive anglophone voulue sournoisement par Ottawa.

L’échec du programme Arrima

Élaboré par le Parti libéral et adopté par la CAQ huit mois après son accession au pouvoir, le programme Arrima était voué à l’échec.

Son principe était pourtant séduisant; il s’agissait d’arrimer (d’où son nom) l’immigration au Québec aux besoins du marché.

En réalité, il s’agissait plutôt de limiter le ‘cheptel’ migratoire à une évaluation technocratique des besoins du marché.

Cela reposait sur une illusion; l’aptitude à prévoir rigoureusement les besoins futurs d’une économique dont le rythme de transformation s’accélère.

Les délais à l’immigration, qui se calculent en années au fédéral, font en sorte que les compétences utiles que possède le requérant pouvaient ne plus être celles recherchées lorsqu’il est finalement accepté au pays.

Concrètement, ajoutez la pandémie au Covid-19, la délocalisation industrielle vers l’Amérique du Nord causée par les sanctions contre la Russie, la course à décarboner l’économie occidentale et le résultat est que, soudainement, les besoins de main-d’œuvre surgissent de partout.

En réalité, dans le contexte actuel, n’importe quel locuteur francophone qui est à la fois intelligent et débrouillard est le bienvenu au Québec.

D’où la nécessité d’abolir la lourdeur bureaucratique du programme Arrima.

Malheureusement, la décision cavalière de l’ex-ministre de l’Immigration du Québec de détruire dix-huit-mille dossiers en attente d’une décision — plutôt que de retourner ces précieux documents à leurs expéditeurs — afin de forcer ces derniers à soumettre de nouveau leur demande par la voie du système Arrima a durablement terni la réputation du Québec à l’Étranger.

Le programme d’expérience québécoise

Créé en 2010, le Programme de l’expérience québécoise visait à offrir une voie rapide à l’immigration au Québec pour des étudiants étrangers et des travailleurs temporaires.

Toutefois, une décennie plus tard, dans le but d’atténuer son succès, l’ex-ministre de l’Immigration du Québec avait décidé d’exiger douze ou dix-huit mois d’expérience québécoise aux étudiants étrangers qui désiraient demeurer ici à la fin de leurs études. Dans le cas des travailleurs temporaires, l’expérience exigée était de 36 mois.

Cette exigence caquiste, combinée à la discrimination du ministère fédéral de l’Immigration à l’égard des étudiants francophones — particulièrement s’ils sont africains — a fait chuter la fréquentation des établissements scolaires francophones dans les régions du Québec où ces étudiants compensaient une baisse de fréquentation résultant de la diminution de la natalité.

Le résultat de la politique coloniale d’Ottawa est que 44 % des demandes qu’il accepte au Québec le sont pour des personnes qui veulent étudier dans les universités anglophones.

En plus d’abolir la nécessité d’avoir accumulé une expérience pratique pour tous les étudiants étrangers, la CAQ pallie la discrimination fédérale en exigeant à ceux qui fréquentent les établissements anglophones d’avoir également étudié en français à plein temps pendant trois ans à un niveau secondaire ou postsecondaire.

Quant aux travailleurs temporaires peu qualifiés (comme les travailleurs agricoles) qui voudraient profiter du Programme d’expérience québécoise, ils devront posséder une maitrise intermédiaire (niveau 5 sur 12) du français.

Francisation Québec

Pour terminer, le gouvernement de la CAQ crée un droit d’apprendre le français.

À cette fin, il mettra sur pied un guichet unique d’apprentissage du français — sans obligation de réussite — ouvert à tous, néoQuébécois ou non.

La formation prodiguée pourra l’être en salle de cours, en usine ou en ligne.

Conclusion

Après cinq ans d’errance, la CAQ s’est finalement dotée d’une politique migratoire digne de ce nom.

Pour ce faire, elle s’est largement inspirée du Parti Québécois. Or ça tombe bien; le PQ possède le meilleur programme politique à ce sujet.

À mes amis péquistes qui se désolent de voir la CAQ ‘voler’ leurs meilleures idées en matière d’immigration, consolez-vous en pensant qu’une politique linguistique nationale comprend évidemment un volet migratoire, mais également un volet sur la langue de travail, sur la langue de l’enseignement et, dans une moindre mesure, au sujet de la langue d’affichage.

Bref, la CAQ a encore des croutes à manger avant d’égaler le PQ.

De plus, pensez qu’il ne peut y avoir de référendum gagnant au sujet de l’indépendance du Québec sans refrancisation préalable de Montréal. Puisque le PQ tient absolument à cette mauvaise idée qui consiste à organiser un référendum dès son premier mandat alors que cela serait prématuré, la CAQ, dans le fond, prépare le terrain à l’accession au pouvoir du PQ et à l’organisation d’un référendum gagnant.

Références :
Étudiants étrangers : les préférences canadiennes
Immigrants francophones « Évitez le Québec »
Immigrants’ spouses ‘must speak English before entering UK’
Immigration : l’appel du patronat entendu par François Legault
Immigration : l’illusion des prophéties
La Grande démission aux États-Unis
Le gouvernement Legault a terni la réputation du Québec, accuse l’opposition
Le PQ et la francisation des immigrants
Pénuries de main-d’œuvre, immigration et âge de retraite
Québec éliminera 18 000 dossiers d’immigration non traités
Québec lance son guichet unique de services en francisation
Québec songe à accueillir plus de 60 000 immigrants en 2027
Révision des programmes d’immigration: Québec modulera les exigences de français
Six éléments à retenir des annonces de Québec en immigration

Postscriptum du 27 aout 2024 : Quinze mois plus tard, le quotidien Le Devoir révèle aujourd’hui qu’il faudra attendre encore quelques mois pour savoir concrètement comment la CAQ compte imposer préalablement la connaissance adéquate du français à ceux qui veulent immigrer au Québec.

La règlementation habilitante sera ‘pré-publiée’ cet automne en vue d’une entrée en vigueur souhaitée en 2025… si, évidemment, la CAQ n’y renonce pas d’ici là.

Référence : Les exigences en français pour les travailleurs temporaires se font attendre (2024-08-27)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Journée des Patriotes de 2023

Publié le 24 mai 2023 | Temps de lecture : 3 minutes



 
Chaque lundi précédant le 25 mai est à la fois l’anniversaire officiel du monarque du Canada (célébré au Canada anglais) et la Journée nationale des Patriotes (célébrée au Québec).

Dans ce dernier cas, c’est la Société Saint-Jean-Baptiste (SSJB) qui organise les célébrations depuis des décennies.

À Montréal, la SSJB invitait les citoyens à une marche qui partait du parc Wilfrid-Laurier et qui se terminait au parc Molson, situé à deux kilomètres. Une marche à laquelle quelques centaines de personnes ont participé.



 
J’y suis allé à la fois par conviction politique et dans le but de compléter ma banque d’images de dirigeants politiques québécois.

Dans le cas de Paul St-Pierre-Plamondon, voilà deux photos puisque je n’arrive pas à décider celle que je préfère.

Cliquez sur l’image pour l’agrandir

À midi (ou presque), la foule s’est mise en marche vers le parc Molson sous protection policière.



 
Après le mot de bienvenue de la SSJB, sa présidente, Marie-Anne Alepin, a passé la parole à l’animatrice de l’évènement, la comédienne Sophia St-Jean.

Véronique Hivon, patriote de l’année 2021-2022

L’ex-ministre Véronique Hivon s’est illustrée par son doigté lors des débats au sujet de la loi sur les soins en fin de vie (surnommée loi sur l’aide à mourir). Elle fut la première invitée à s’adresser à la foule.

Gabriel Nadeau-Dubois, co-porte-parole de Québec Solidaire

Suivirent François Limoges (maire de l’arrondissement Rosemont-La Petite-Patrie), le chef du Parti Québécois, le co-porte-parole de Québec Solidaire, et une députée de la Coalition Avenir Québec.

Alors que les représentants du PQ et de QS ont vanté les mérites des Patriotes de 1837-1838 et ont souligné l’importance de leur combat, la représentante de la CAQ a préféré promouvoir les mesures (à mon avis, homéopathiques) qui ont été entreprises par son gouvernement pour défendre le français. Ce qui lui a valu quelques huées.

Le tout s’est terminé par le discours des représentants de l’aile jeunesse du PQ, de QS et de la CAQ.

Pour ceux qui aimeraient en savoir davantage au sujet des Patriotes de 1837-1838, je vous invite à consulter le texte (à la fois bref et excellent) du journaliste Maxime Pedneaud-Jobin de La Presse. Pour ce faire, on cliquera sur le lien ci-dessous.

Complément de lecture : Les patriotes, vrais vainqueurs de l’histoire

Détails techniques : Olympus OM-D e-m5 mark II, objectif M.Zuiko 40-150mm F/2,8
1re photo : 1/2500 sec. — F/2,8 — ISO 200 — 150 mm
2e  photo : 1/640 sec. — F/2,8 — ISO 200 — 40 mm
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8e  photo : 1/640 sec. — F/3,5 — ISO 200 — 150 mm
9e  photo : 1/800 sec. — F/2,8 — ISO 200 — 125 mm

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Défense du français : les tergiversations de la CAQ

Publié le 23 mai 2023 | Temps de lecture : 4 minutes

L’éveil de François Legault

Le 10 mai, le premier ministre François Legault annonçait son intention de faire en sorte que pour immigrer au Québec (en dehors des programmes humanitaires ou du regroupement familial), il sera obligatoire d’avoir une bonne connaissance préalable de la langue française.

C’est une mesure qui fait partie du programme du Parti Québécois (PQ) depuis 2017 et que nous avons défendue sur ce blogue à plusieurs reprises.

Depuis plus d’une semaine, à l’Assemblée nationale, le premier ministre reproche au Parti Libéral et au PQ de ne pas l’avoir fait lorsqu’ils étaient au pouvoir.

Le premier ministre pourrait également adresser ce reproche à son propre parti puisque celui-ci ne l’a pas fait non plus depuis qu’il est au pouvoir; en effet, nous en sommes encore qu’à l’étape des bonnes intentions gouvernementales.

Le reproche qu’adresse le premier ministre au PQ sert à détourner l’attention du fait que la politique migratoire du PQ, qui date de 2017, est cinq ans d’avance sur lui.

Mais vaut mieux tard que jamais.

La lenteur de la CAQ à défendre le français

Le gouvernement de René Lévesque est entré en fonction le 25 novembre 1976. Il a présenté la Loi 101 le 27 avril suivant. Et celle-ci fut adoptée le 26 aout 1977, soit neuf mois après sa prise du pouvoir.

Cette promptitude reflétait l’importance que René Lévesque attachait à assurer la pérennité du français au Québec.

François Legault est entré en fonction le 18 octobre 2018. Sa loi 96 — qui renforce timidement la Loi 101 — a été présentée le 13 mai 2021 et fut adoptée le 24 mai de l’année suivante, soit 42 mois plus tard. Ce manque d’empressement dit tout.

Mais un demi-siècle après l’adoption de la Loi 101, il est possible que les choses aillent tellement mieux qu’il n’est pas nécessaire de s’empresser de renforcer la Loi 101.

Qu’en est-il exactement ?


 
Le recensement de 2021 révélait que l’importance démographique des Francophones décline au Québec depuis quinze ans. De plus, depuis cinq ans, le pourcentage des familles montréalaises où se parlent les deux langues officielles du pays a été multiplié par dix.

Le milieu familial est là où naissent et grandissent les Québécois de demain. Or cette bilinguisation familiale est une étape intermédiaire vers la ‘louisianisation’ du Québec.

Pendant ce temps à Ottawa…

Parallèlement, le gouvernement fédéral ouvrait toutes grandes les vannes de l’immigration; plus d’un-million de néoCanadiens ont été accueillis en 2022 et deux-millions de dossiers sont en attente d’approbation au ministère fédéral de l’Immigration.

Au rythme actuel, la population canadienne comptera cent-million de citoyens en 2100.

À Québec, on suppute

À la suite des dernières élections québécoises, la défense du français a été confiée au ministre Jean-François Roberge. Depuis, ce dernier a lancé un ‘grand chantier’ à ce sujet.

Malheureusement, ce que le ministre appelle ‘chantier’ n’est pas un lieu où on construit à partir d’un plan préétabli.

Ce qu’il appelle ‘chantier’ est un lieu où on s’assoit pour discuter. En somme, c’est un chantier assis. Parce qu’après avoir dormi cinq ans sur la défense du français, la CAQ s’est redressée et elle est maintenant assise. C’est un progrès.

Pendant qu’on s’active à Ottawa, le gouvernement actuel songe. Il suppute. Il évalue en regardant le train fédéral passer.

Et le premier ministre se vante d’avoir découvert une idée qui, effectivement, est excellente. Mais elle n’est pas de lui. Pour l’instant, c’est une idée qu’il songe à mettre en application éventuellement. Un jour, peut-être.

À moins d’y renoncer entretemps… Qui sait ?

Références :
Anglicisation du Québec : l’omelette de la loi 96
Le ministre Roberge et la défense homéopathique du français
Le PQ et la francisation des immigrants
Quelles seront les réformes de Québec en immigration?

Paru depuis : Ottawa a versé des milliards pour l’anglais au Québec (2023-11-27)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le troisième lien est mort

Publié le 29 avril 2023 | Temps de lecture : 3 minutes

Le troisième lien était un projet de tunnel sous-fluvial destiné à relier Lévis à la ville de Québec. Un projet promis dès 2017 par le Parti libéral, puis repris par la Coalition Avenir Québec.

L’abandon de ce projet est une mauvaise nouvelle pour ses supporteurs et ceux qui se sont fait élire en le promettant. Mais cela ne change rien au fait qu’il s’agissait d’un gouffre financier.

On peut donc être reconnaissant au gouvernement actuel d’avoir finalement débranché ce projet autoroutier du respirateur qui le maintenait artificiellement en vie.

À la place d’un ‘bitube’ — c’est à dire de deux tunnels monodirectionnels de sens opposés — la CAQ promet maintenant un monotube bidirectionnel qui serait réservé exclusivement au transport en commun.

Si le bitube coutait dix-milliards$, le monotube ne peut pas couter moins que la moitié de cette somme. Toutefois, contrairement au bitube autoroutier, ce monotube pourrait bénéficier d’un cofinancement (à hauteur de 40 %) par Ottawa. Ce partage des couts le rend donc plus économique à réaliser pour le gouvernement du Québec.

Alors imaginons que le trajet Québec-Lévis par autobus attire une clientèle justifiant une desserte toutes les 15 minutes, que fera-t-on du monotube durant les quatorze minutes restantes ?

Et même si c’était aux cinq ou aux deux minutes, la question demeure la même; le monotube doit-il demeurer vide la nuit et la grande majorité du jour, soit plus de 90 % du temps ?

J’entends déjà ceux qui demanderont qu’on ‘optimise’ l’utilisation du monotube en l’ouvrant également à la circulation automobile.

Voilà pourquoi Ottawa ne croira pas aux nouvelles intentions caquistes, cette fois de construire un tunnel sous-fluvial réservé au transport en commun. Cela n’arrivera pas.

En somme, le troisième lien est mort.

Le message aux habitants de Lévis est simple : si vous décidez de travailler à Québec, vous aurez à choisir entre déménager dans cette ville ou parcourir un détour de près de 20 km soir et matin.

Oubliez l’idée que les contribuables de tout le Québec financeront un éléphant blanc pour vous faire plaisir. En somme, revenez-en !

D’autre part, au Québec, on ne construit pas de voitures et on ne produit pas de pétrole. Chaque fois qu’on achète une voiture ou qu’on fait le plein d’essence, c’est de l’argent qui sort de nos poches pour enrichir les régions du monde qui produisent des voitures, des pièces automobiles, des pneus, ou de l’essence.

En somme, favoriser l’achat ou l’utilisation des automobiles, c’est saigner l’économie du Québec.

Par contre, le Québec est un producteur important de matériel destiné au transport en commun, qu’il s’agisse de wagons de métro ou d’autobus.

Développer l’économie du Québec, c’est favoriser la production de biens et de services québécois et leur exportation à l’Étranger. C’est comme ça qu’on développe l’économie nationale.

Si la CAQ veut se présenter comme un gouvernement pragmatique voué au développement économique, il n’a pas d’autre choix que de miser sur nos forces et non favoriser l’achat de biens étrangers.

Ce qui, dans ce cas-ci, sera très bon pour la planète…

Références :
Deux tunnels, 6,5 milliards et étalement urbain
Le ministre Bonnardel coute cher
Troisième lien entre Québec et Lévis

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le bâillement du ministre Lacombe

Publié le 21 avril 2023 | Temps de lecture : 1 minute
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Les ministres Christian Dubé (à la Santé, ici au centre de l’image) et Mathieu Lacombe (à la Culture et aux Communications, ici à droite) sont parmi mes ministres caquistes préférés.

Mercredi dernier, à l’Assemblée nationale, le député Vincent Marissal (de Québec Solidaire) s’inquiétait qu’à l’issue de l’importante réforme que désire entreprendre le ministre de la Santé, la voix des usagers pourrait ne pas être mieux entendue qu’actuellement.

Pendant que le ministre Dubé tentait de rassurer l’opposition, le ministre Lacombe a d’abord essayé de se distraire en vérifiant le contenu de son pupitre.

Mais on fait assez vite le tour du contenu du pupitre d’un ministre de la Culture à la CAQ; quelques secondes suffisent.

Alors il a bien fallu qu’il se mette à écouter la réponse de son collègue à la Santé. Une réponse qu’il a, de toute évidence, jugée très intéressante…

Pour réellement apprécier la réponse du ministre Dubé, il est recommandé de l’écouter en regardant la traductrice pour les malentendants.

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| 2018-202X (années Legault), Politique québécoise | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Bravo M. Charest !

Publié le 7 avril 2023 | Temps de lecture : 6 minutes

Du point de vue de l’évolution des mœurs politiques, l’époque du gouvernement libéral de Jean Charest a correspondu à une régression.

La commission Bastarache a révélé que sous ce gouvernement, le critère le plus important auquel devait correspondre un avocat qui voulait être nommé juge était sa contribution à la caisse électorale du Parti libéral du Québec (PLQ).

Sous Jean Charest, l’État québécois a triplé le nombre de contrats accordés sans appel d’offres. Le truc utilisé était de scinder les travaux en plusieurs sous-contrats, ce qui permet à chacun d’eux de se trouver sous le seuil au-delà duquel la loi exige des appels d’offres.

À la fin de son régime en 2012, le budget du ministère des Transports consacré aux infrastructures avait quadruplé. C’est ce qui permettait au premier ministre d’affirmer que son gouvernement investissait quatre ou cinq fois plus en infrastructures que le Parti québécois.

En réalité, le Québec n’investissait pas quatre fois plus : il dépensait quatre fois plus. Ce n’est pas la même chose.

Mais revenons en 2011.

Pressé de toutes parts de créer une commission d’enquête sur la corruption dans l’industrie de la construction — commission qui sera créée quand même un peu plus tard — le gouvernement Charest décide plutôt, en mars 2011, de créer une Unité permanente anticorruption (UPAC) dirigée par un homme de main opposé lui aussi à une commission d’enquête.

Entretemps, la fuite d’un rapport dévastateur (le rapport Duchesneau) oblige M. Charest à créer le 19 octobre 2011 cette commission d’enquête, dirigée par la juge France Charbonneau.

La commission Charbonneau devait être dépourvue de pouvoirs. Il lui était même interdit d’adresser des reproches à qui que ce soit.

Il faudra l’intervention de l’ordre professionnel des avocats du Québec (le Barreau) pour que M. Charest accorde à cette commission le pouvoir de contraindre à témoigner.

La commission Charbonneau a révélé que l’assujettissement des ministres à rapporter 100 000$ par année à la caisse du PLQ s’est soldé par un vaste pillage du Trésor public.

Ce système permettait à des entrepreneurs de gonfler le cout des contrats d’infrastructures moyennant le paiement d’une modeste contribution à la caisse du PLQ.

Toutefois, à l’époque de la commission Charbonneau, les personnes impliquées dans l’attribution des contrats se sentaient surveillées. Conséquemment, le montant des contrats d’infrastructures a baissé de 30 %. Seulement pour 2013, le ministère des Transports a économisé 240 millions$.

Si l’UPAC s’est avérée efficace à démasquer la corruption municipale et à faire condamner les coupables, ses enquêtes relatives à la corruption gouvernementale trainèrent en longueur bien après la défaite électorale de Jean Charest en 2012.

Le 27 avril 2017, Yves Francoeur, président de la Fraternité des policiers et policières de Montréal, déclarait à la radio qu’il existait un verrou mis en place pour bloquer la mise en accusation d’élus du PLQ.

En octobre 2018, à la suite de la victoire électorale de la CAQ et la démission ‘surprise’ de Robert Lafrenière, j’écrivais sur ce blogue :

Le fiasco de l’affaire Ouellette doit nous faire soupçonner que ce ‘verrou’ a pris soin d’insérer une fêlure qui plombera toutes les enquêtes intentées contre le couple Bibeau-Charest, c’est-à-dire celles qui visent le sommet de l’État québécois.

Je m’attends donc à ce que tous les dossiers qui trainent à l’UPAC depuis des années connaissent dans les prochains mois un grand déblocage en raison du changement de gouvernement. Un déblocage qui sera stoppé net quand toutes ces causes seront abandonnées pour vice de forme.

C’est alors qu’on prendra conscience du génie machiavélique du ‘verrou libéral’.

En mai 2022, lorsque le successeur de Jean Lafrenière à la tête de l’UPAC annonça sans surprise l’abandon de toutes les enquêtes contre Jean Charest, on apprenait que le mode opératoire du verrou libéral était justement de fuiter des renseignements de manière à justifier l’annulation des procédures par les tribunaux.

Coïncidence ou non, ces fuites ont cessé dès que Robert Lafrenière a démissionné de l’UPAC. Mais le mal était fait.

À la suite de l’abandon des procédures, les tribunaux n’ont jamais reconnu l’innocence de Jean Charest, si tel est le cas, puisqu’ils ont été dans l’impossibilité d’entendre la preuve recueillie contre lui.

Profitant de la présomption juridique d’innocence, il en a profité pour intenter une poursuite contre l’UPAC et le gouvernement du Québec.

Plus tôt cette semaine, la Cour supérieure du Québec lui a accordé 385 000$ en raison du dommage causé à sa réputation par la divulgation illégale de ses renseignements personnels lors des enquêtes de l’UPAC.

Disons-le franchement; avant même la divulgation de ces renseignements par l’UPAC, la réputation de M. Charest dans l’opinion publique ne valait pas cher la tonne.

Grâce au verrou qu’il a nommé, l’ancien premier ministre semble bien avoir pu tirer profit des failles qui ont plombé les enquêtes contre lui et rendu impossible sa mise en accusation.

Donc bravo, M. Charest, vous nous avez bien eus. Une fois de plus…

Références :
Corruption : le ‘verrou’ libéral
Dur contre les étudiants, mou contre la corruption et le gaspillage
L’abandon de l’enquête à la Société immobilière du Québec
La démission du commissaire de l’UPAC et la soupe chaude
L’argent comptant et la corruption du Parti libéral du Québec
Le congédiement de Jacques Duchesneau ou la vengeance de M. Charest
Le néo-libéralisme du ministère des Transports
Le partenariat public privé (PPP) et la corruption libérale
Le système judiciaire et la corruption libérale
Le ‘verrou libéral’ et l’impunité des puissants
Trafic d’influence au gouvernement Charest
Québec est condamné à verser 385 000 $ à Jean Charest

Note : © Photo de Jean Charest par le quotidien Le Devoir

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Lieu de prière à l’école : laïcité vs apostasie

Publié le 6 avril 2023 | Temps de lecture : 5 minutes

La laïcité se définit comme la séparation de l’Église et de l’État.

Lorsqu’il est laïc, l’État ne fait la promotion d’aucune religion. Mais il n’oblige pas ses citoyens à renoncer à leur foi.

À l’école, l’élève peut donc porter des décorations en forme de symboles religieux et n’est pas obligé de masquer des tatouages qui les représentent.

De plus, l’élève de confession chrétienne peut faire un signe de la croix avant d’entamer un repas sans courir le risque d’un reproche ou d’une punition.

Les trois grandes religions monothéistes (le judaïsme, le christianisme et l’islam) ont beaucoup plus de choses en commun que de choses qui les distinguent.

Pour le fidèle, la religion musulmane est la plus exigeante des trois. C’est ainsi qu’elle oblige le croyant à effectuer cinq prières par jour; à l’aube, au milieu de la journée (au zénith solaire), au milieu de l’après-midi, au coucher du soleil et au crépuscule.

Tout comme l’obligation du Catholique d’assister à la messe dominicale — une obligation respectée par seulement 4,5 % des croyants français — seuls le tiers des Musulmans français prient systématiquement cinq fois par jour.

En réaction au fait que des écoliers priaient dans les cages d’escalier ou à l’extérieur (sur le stationnement de l’école), la direction de deux établissements scolaires de Laval a ouvert temporairement un local pour la prière musulmane.

La nouvelle s’étant répandue, le ministre de l’Éducation a aussitôt annoncé son intention d’émettre une directive qui interdira l’aménagement de salles de prière dans les écoles publiques du Québec, tout en invitant les écoliers qui veulent prier de le faire en silence.

Étonnamment, dans la controverse à ce sujet, aucun journaliste québécois n’a donné la parole à ces jeunes afin qu’ils expriment leur point de vue.

Pour que l’école publique demeure le creuset où se forge l’apprentissage de la citoyenneté québécoise et où se transmettent nos valeurs, il est important qu’elle évite la création d’écoles privées où, au contraire, on prêchera le sectarisme.

D’où l’idée d’éviter de répéter les erreurs du passé, soit celles où les non-Catholiques étaient systématiquement rejetés vers l’école anglo-protestante, plus accommodante.

À mon avis, il serait préférable d’encadrer la prière à l’école plutôt que de la rejeter dans la clandestinité. Cet encadrement doit reposer sur trois principes.

Premièrement, ce local ne doit pas être sacralisé, c’est-à-dire réservé à l’usage exclusif d’une religion.

Deuxièmement, lorsqu’il est utilisé, il doit l’être en silence puisqu’il est susceptible d’accueillir simultanément des personnes de confessions différentes.

Contrairement au catholicisme — dont le clergé est ordonné par une autorité ecclésiastique — n’importe qui peut devenir imam comme n’importe qui peut diriger la prière dans certaines confessions protestantes.

Or dès qu’il y a prédication, il y a danger d’endoctrinement salafiste (ou pire, takfiriste), particulièrement lorsque cette prédication se fait dans une langue qu’aucune autorité scolaire ne comprend.

Voilà pourquoi la prière doit se faire en silence.

Troisièmement, dès qu’il est utilisé, ce local doit être accessible autant aux écoliers masculins que féminins.

S’il est vrai que la plupart des mosquées pratiquent la discrimination sexuelle — comme ce fut le cas pendant des siècles dans les églises chrétiennes — le local scolaire dont on parle n’est pas une mosquée et du coup, doit respecter la Charte québécoise des droits et libertés.

Faire à l’école la démonstration que la foi musulmane est parfaitement compatible avec le Québec moderne est le meilleur argument pour soustraire les jeunes Musulmans à l’influence de certains imams qui, au contraire, prêchent que la Démocratie et les Droits de la personne sont contraires à la Volonté divine.

Bref, en permettant discrètement la prière dans nos établissements scolaires, on permet à l’école de jouer un de ses rôles les plus importants, soit de préparer l’étudiant à la citoyenneté québécoise.

Au lieu d’opposer artificiellement la laïcité de l’État à la pratique individuelle de la foi — deux choses qui n’ont strictement aucun rapport — on évite de faire aux jeunes Musulmans la démonstration que le seul le multiculturalisme canadian est apte à respecter ce qu’ils sont.

Références :
Bernard Drainville invite les élèves à prier en silence
Deux écoles de Laval offrent un local pour la prière musulmane
Le multiculturalisme ou le tribalisme des sociétés anglo-saxonnes
Les catholiques français boudent la messe dominicale
Proportion de Français musulmans faisant les cinq prières par jour en 2017, selon la fréquence
Salat (islam)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Caténaires : Helsinki vs Montréal

Publié le 26 mars 2023 | Temps de lecture : 5 minutes

Introduction

Caténaire est un mot féminin qui désigne un système de suspension des fils d’alimentation électrique des trains ou des tramways.

À Helsinki



 
À Helsinki, ce système comprend des mâts (ou poteaux) en treillis métallique qui se font face de chaque côté de la voie et qui sont reliés par une console (ou poutre transversale) également en treillis métallique.


 
Au-dessus de chaque ligne ferroviaire, un support à caténaire est fixé sous la console. Dans sa partie inférieure, celui-ci supporte le câble d’alimentation. Celui-ci est suspendu aux câbles porteurs par le biais de courts câbles verticaux appelés pendules.

De longueur variable, les pendules compensent partiellement la courbure des câbles porteurs afin de maintenir le câble d’alimentation à une distance relativement fixe de la voie ferrée.


 
À la gare Centrale d’Helsinki, les supports à caténaire sont fixés directement sur les mâts. Ce qui fait qu’aucune console n’enjambe les voies.

Petite parenthèse : en France


Si on utilise Google Earth pour obtenir une vue à vol d’oiseau du réseau de trains de banlieue de la région parisienne, on peut mesurer que la distance entre les consoles (et donc entre les mâts) est supérieure à cinquante mètres.

À Montréal


 
À Montréal, on a décidé de ne pas recourir à des consoles; les supports à caténaire sont fixés directement aux mâts.

Or les consoles servent non seulement à suspendre les supports à caténaires, ils servent également à solidifier les mâts.

Sans les avantages de cette solidification, il faut alors utiliser des mâts plus massifs et conséquemment, plus visibles.

Ceci étant dit, est-ce que les caténaires montréalaises ont une empreinte visuelle plus importante que celles d’Helsinki ? Cela est une question d’appréciation personnelle.

Toutefois, ce qui fait toute la différence est l’espacement entre les mâts des caténaires.


 
En plus, pour des raisons obscures, on a décidé d’espacer les mâts montréalais d’approximativement 25 mètres, comparativement à 62 mètres à Helsinki.

Pour une même distance, il faut donc 2,5 fois plus de mâts à Montréal qu’à Helsinki.


 
Par endroits, le Réseau express métropolitain (REM) de Montréal utilise une véritable haie de mâts. On se demande pourquoi il en faut tant.

Le climat

Mais peut-être est-ce nécessaire en raison de notre climat.

La latitude d’Helsinki est la moyenne entre Montréal et le Pôle Nord. En d’autres mots, sa latitude se compare à celle de la baie James.

Toutefois, le climat de la capitale finlandaise n’est pas aussi rigoureux qu’on pourrait le penser. Cette ville est un port qui donne sur le golfe de Finlande. Or cette immense masse d’eau lui sert de tampon thermique.

Ce qui fait que son climat se compare à celui de Montréal.

Le réseau ferroviaire électrique de la Finlande débute à Helsinki (au sud) et monte vers des régions encore plus nordiques du pays où des peuples nomades font l’élevage de hardes de caribous.

En somme, ce qui est faisable en Finlande est faisable au Québec.

La panne d’idées

Pour concevoir le REM montréalais, ses concepteurs prétendent s’être inspirés de nombreux exemples à travers le monde.

Mais à part le SkyTrain de Vancouver et quelques exemples de stations ou d’abris de style extravagant, il ne semble pas qu’on ait été plus loin qu’une recherche sur Google.

Conclusion

C’est le gouvernement libéral de Philippe Couillard qui a fait de la Caisse de dépôt et placement du Québec le maitre d’œuvre du REM.

Or ses dirigeants sont des gestionnaires de capitaux qui voyagent habituellement dans des berlines de luxe ou en avion. Du coup, ces gens ne connaissent pas grand-chose du transport en commun et encore moins de l’urbanisme de Montréal.

Il a fallu attendre l’avancement des travaux pour découvrir la laideur du système d’alimentation électrique qu’ils ont choisi pour le REM.

À la suite des nombreuses critiques à ce sujet, ils ont promis d’y remédier.

Mais au lieu de nous montrer côte à côte des prototypes grandeur nature des anciens et des nouveaux caténaires et de leurs mâts, les responsables du projet n’ont dévoilé qu’une ‘représentation artistique’ du REM vu de loin dans un paysage urbain idéalisé.

Le silence dont s’entoure le REM n’inspire pas confiance.

La seule manière d’éviter les mauvaises surprises, c’est de militer pour que la partie du REM à compléter soit souterraine.

Référence : REM : pas tout à fait comme sur la photo

Compléments de lecture :
L’indice Québec 30 et la CDPQ
REM de l’Est : à moitié redondant, éphémère et laid

Postscriptum du 4 avril 2023 : Dans une réponse écrite obtenue après la publication de ce texte, L’équipe du REM nous a déclaré qu’il n’y a pas de distance fixe entre les mâts des caténaires montréalais; tout dépend de la géométrie de la voie. On peut présumer que ces mâts sont plus rapprochés dans les courbes. Toutefois, précise-t-on, l’espacement typique serait d’environ quarante mètres.

Ce dont je doute beaucoup, à l’examen des photos ci-dessus.

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Les abus de procédure du ministère des Transports

Publié le 13 mars 2023 | Temps de lecture : 5 minutes

À plusieurs reprises sur ce bloque, j’ai accusé les avocats d’avoir transformé le système judiciaire en machine à sous au service de leur caste sociale.

Le quotidien La Presse nous en présente un exemple dans son édition d’aujourd’hui

Le 4 mars 2022, Brittany Ménard est au volant de sa Volkswagen neuve, achetée quelques heures plus tôt.

Mais voilà que sur l’autoroute 15, près de Saint-Jérôme, elle n’a pas le temps d’éviter un gros nid-de-poule aperçu au dernier instant alors qu’aucune signalisation ne prévient les automobilistes de sa présence.

L’impact est tel qu’un des pneus se fend, obligeant la conductrice à appeler une remorqueuse.

Le 16 février, soit seize jours plus tôt, un premier automobiliste avait prévenu le ministère des Transports de la présence du trou qui commençait à se former dans la chaussée.

Ce premier signalement n’a donné lieu à aucune mesure correctrice.

Le 28 mars, un deuxième automobiliste s’était plaint au ministère que sa voiture avait été endommagée lorsque le côté passager de sa voiture était tombé dans cette cavité.

Cette plainte n’a donné lieu, elle non plus, à aucune mesure correctrice.

Le 1er mars, sans avoir subi de dommage, un troisième conducteur signalait au ministère ce trou dangereux.

La veille de l’accident de Brittany Ménard, un quatrième conducteur avait communiqué avec le ministère pour rapporter que deux de ses pneus avaient crevé précisément à cet endroit.

Lorsqu’on consulte l’historique météorologique de la région montréalaise, on constate qu’il n’est tombé que 4,4 cm de neige durant tout le mois de février 2022.

Ce n’est donc pas comme si, entre le 16 février et le 4 mars, la région avait connu une succession de blizzards qui avaient empêché les ouvriers du ministère de combler de gravier le trou béant afin de réduire l’impact des chocs, à défaut de réparer la chaussée.

On n’a même pas jugé bon installer une signalisation destinée à avertir les conducteurs et prévenir les dommages sur leurs voitures.

Ce que le ministère économise en ouvriers, il préfère le dépenser en frais d’avocats pour contester les réclamations qu’il reçoit.

Dans un premier temps, la cour de première instance a condamné le ministère des Transports à rembourser à Brittany Ménard les frais de 449,55$ pour la réparation de son pneu.

À cette étape, les contribuables ont déjà payé le magistrat qui a entendu cette cause : celui-ci est payé environ un quart de million de dollars par année.

De son côté, l’avocat du ministère a été grassement payé pour préparer son argumentation (qui a échoué à convaincre le tribunal), pour aller en cour et pour plaider.

Mais plutôt que de respecter cette condamnation, les avocats du ministère ont préféré porter la cause en appel.

À la Cour du Québec, la juge Chantale Massé a refusé la demande de l’avocat du Ministère de reporter l’audience de la cause.

Il faut savoir que les nombreux moyens juridiques qui permettent aux avocats de faire trainer une cause en longueur sont autant d’occasions d’enrichissement pour leur caste sociale puisqu’à chaque fois où ils se déplacent inutilement, les juges et les avocats sont payés pareil.

À juste titre, la magistrate a estimé que le contentieux du ministère des Transports possédait suffisamment d’avocats pour qu’un collègue soit capable de prendre la relève, même à la dernière minute, compte tenu de l’absence de complexité de cette cause.

Jusqu’ici, les contribuables ont probablement dépensé des dizaines de milliers de dollars en frais juridiques pour rémunérer deux juges, des greffiers, les sténodactylos qui transcrivent tout ce qui se dit au tribunal et des gardes de sécurité qui y assurent l’ordre.

Mais ce n’est pas assez; on peut toujours extraire quelques gouttes de plus d’un citron pressé.

Plutôt de que payer les 449,55$ que mérite amplement la plaignante, voilà que les avocats du ministère ont décidé de porter en appel cette deuxième condamnation sous le prétexte que la deuxième juge a osé refuser leur demande frivole de reporter la cause.

Comme s’ils ignoraient que les tribunaux sont déjà engorgés.

À quand des tribunaux populaires présidés par des citoyens élus, des tribunaux qui auraient le pouvoir de régler des conflits mineurs et imposer des petites amendes ?

Références :
Le MTQ heurte un nid-de-poule
Repenser les tribunaux

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Québec solidaire et les animaux de compagnie

Publié le 8 mars 2023 | Temps de lecture : 5 minutes


Avant-propos : Depuis quelques années, pour célébrer la Journée internationale des femmes (le 8 mars), ce blogue inverse ce jour-là la règle grammaticale selon laquelle le genre masculin l’emporte sur le genre féminin. En conséquence, dans ce texte qui suit, le féminin inclut le masculin.

Introduction

La semaine dernière, Québec solidaire annonçait son intention de déposer, d’ici la fin de la présente session parlementaire, un projet de loi qui autorisera la présence d’animaux de compagnie dans tous les logements du Québec.

À l’heure actuelle, 65 % des propriétaires acceptent, avec certaines restrictions, la présence d’animaux; les chattes sont acceptées dans 71 % des cas et les chiennes, dans seulement 25 %.

Dans le cas des chattes, elles sont souvent interdites dans les appartements meublés par la propriétaire en raison de leur tendance à ‘faire leurs griffes’ sur le mobilier.

Entre la souris silencieuse et la chienne jappeuse

Québec solidaire souligne les avantages médicaux et psychologiques de la zoothérapie pour la propriétaire d’un animal de compagnie. Toutefois, cette formation politique passe sous silence les inconvénients causés par les conflits entre voisines au sujet d’une bête bruyante.

En somme, si elle fait du bien à sa propriétaire, une chienne jappeuse perturbe la quiétude de la locataire du haut, de celle du bas, et de celles à l’étage, soit beaucoup plus de personnes.

Pour la SPCA (la Société pour la prévention de la cruauté envers les animaux), faire opérer une chienne parce qu’elle jappe est de la cruauté.

Lorsque les chiennes sont interdites par le bail, cela ne signifie pas qu’elles sont systématiquement expulsées; généralement, elles sont tolérées tant que personne ne s’en plaint.

Mais dès que des voisines sont incommodées par le tapage nocturne causé par les jappements d’une bête, la propriétaire de l’immeuble possède une base légale pour obliger la locataire à s’en départir ou à déménager. Sans une disposition à sujet dans le bail, la propriétaire est impuissante.

Les voisines incommodées sont alors obligées de s’adresser à la police — réduisant sa disponibilité à régler des conflits plus graves — ou de déposer une plainte devant les tribunaux. Signalons qu’à la Cour des petites créances, les délais sont de deux ans pour qu’une cause soit entendue.

En somme, on remplace ici le pouvoir discrétionnaire de la propriétaire de l’immeuble par le pouvoir arbitraire d’une magistrate.

Une anecdote

Il y a quelques années, dans sa cour arrière, une personne laissait japper sa chienne tous les matins dès que la clarté du jour paraissait, soit entre 5h30 et 6h15 (selon les saisons).

Dotée d’un mauvais caractère et d’un gabarit impressionnant, cette personne faisait fi des plaintes répétées de ses voisines.

Après plus d’un an à ronger son frein, l’une d’entre elles a lancé dans la cour arrière une boulette de viande hachée mélangée à du poison à rate. Et la chienne, dit-on, serait morte en pissant du sang par les yeux et les oreilles.

Au grand soulagement des voisines, majoritairement réprobatrices quant au moyen utilisé, mais unanimement favorables quant au résultat.

La personne propriétaire de la bête empoisonnée a toujours soupçonné la responsable mais n’a jamais eu la preuve que, parmi les dizaines de personnes qui haïssaient sa chienne, c’était cette voisine-là qui était la coupable.

Conclusion

Autrefois, on ne protégeait les droits individuels que dans la mesure où ils n’allaient pas à l’encontre des droits collectifs (comme le droit au sommeil).

De nos jours, on ne prend plus cette précaution; on compte sur les magistrates pour dresser une préséance entre les droits des unes et des autres.

Le recours à la justice là où une simple clause de bail suffisait correspond à une judiciarisation inappropriée.

Et ce, pour deux raisons.

Premièrement, en raison des délais et des lenteurs du processus judiciaire. Et deuxièmement, en raison de son inaccessibilité économique; demander qu’un conflit mineur soit arbitré par une juge payée un quart de million$ par année et plaidée de part et d’autre par des avocates dont les tarifs dépassent 150$ de l’heure est du gaspillage.

De plus, en rendant extrêmement difficile la résolution de conflits mineurs entre voisines, on favorise l’apparition de comportements asociaux entre des personnes qui se font alors justice elles-mêmes.

Références :
Interdire les animaux dans un logement est discriminatoire, juge Québec solidaire
Levons les interdictions d’animaux de compagnie dans les logements
Logement : devrait-on retirer l’interdiction des animaux domestiques du bail ?
Repenser les tribunaux

Paru depuis : Les délais continuent de s’allonger aux petites créances (2023-09-02)

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Écrit par Jean-Pierre Martel