Quelques écoles anglophones à moitié vides vs l’intérêt public

7 juillet 2019

Avant-propos

Il a fallu dix ans de lutte juridique pour que le gouvernement de Colombie-Britannique accepte de financer adéquatement le transport des élèves des commissions scolaires francophones de cette province.

Toujours dans cette province, les commissions scolaires francophones surpeuplées ne peuvent obtenir depuis 2009 le financement public nécessaire pour de nouvelles écoles.

Les élèves francophones de Colombie-Britannique vont à l’école dans des ‘portables’ sans eau courante, d’où ils doivent sortir l’hiver pour aller à la toilette extérieure non chauffée.

Lorsqu’ils protestent devant les tribunaux, ceux-ci refusent d’admettre en preuve les procès-verbaux des institutions francophones sous le prétexte que seules des preuves en anglais sont admissibles en cour dans cette province.

Quelques écoles anglophones à moitié vides

En raison du sous-investissement consécutif à l’austérité libérale, la Commission scolaire (francophone) de Montréal (CSDM) manque cruellement de locaux.

Alors on installe des classes préfabriquées dans les cours d’école. Mais parfois, même cela ne suffit pas.

Pour soulager la crise, le ministre de l’Éducation veut obliger deux ou trois écoles anglophones à moitié vides de passer sous l’autorité de la CSDM.

Cette intervention ministérielle, exceptionnelle, résulte du blocage des négociations entre les commissions scolaires anglophone et francophone de Montréal à ce sujet.

En fait, des négociations, il n’y en a jamais eu vraiment, la Commission scolaire English Montreal refusant obstinément de se départir de ses écoles.

Cela est typique de cette mentalité coloniale qui consiste à ne jamais céder un pouce de ce qui a été conquis. Même quand l’intérêt public l’exige.

Des droits constitutionnels

Les élites anglo-montréalaises font valoir que la décision ministérielle est une violation du droit constitutionnel des angloQuébécois à l’enseignement dans leur langue.

Le droit à l’enseignement est immatériel. Autrement dit, cela n’implique pas le droit d’être propriétaire foncier. Une province pourrait très bien s’acquitter de ses obligations constitutionnelles tout en obligeant les commissions scolaires de sa minorité à louer ses locaux plutôt que d’acheter ou de bâtir des écoles.

De plus, les droits constitutionnels canadiens en matière d’enseignement ne sont pas absolus; ils ne sont garantis que là où le nombre le justifie.

Dans toutes les provinces anglaises du pays, des classes à moitié vides, c’est la ‘preuve’ que le nombre ne le justifie pas.

Cela ne remet pas en question le droit à l’enseignement sur l’ensemble du réseau de la Commission scolaire English Montreal. Mais cela le fait dans les quartiers abandonnés par les jeunes familles anglophones dont les écoles sont à moitié vides.

Conclusion

Après quelques années d’application de la Loi 101, les Anglophones de Montréal s’étaient réconciliés avec une loi qui leur garantissait la paix sociale au Québec.

Mais depuis, de nouvelles générations d’angloQuébécois sont apparues.

L’égoïsme de ces dernières a été exacerbé par quinze ans de régime libéral qui a traité cette minorité comme une vache sacrée.

Au point que de jeunes Anglophones, pas plus tard que l’an dernier, venaient nous cracher leur mépris (« Shame on you ») alors que des nôtres se rendaient paisiblement au théâtre au bras d’un être cher.

Quand des éléments issus d’une minorité, soutenus par l’élite médiatique anglo-montréalaise, sont encouragés à exprimer leur mépris envers la majorité, nous avons-là une menace sérieuse à la cohésion sociale.

Les bons vieux réflexes coloniaux font en sorte que cette minorité — la plus choyée au monde — crie au scandale quand on porte atteinte au moindre de ses privilèges.

Et elle recourt aux tribunaux d’autant plus facilement que leurs frais juridiques sont payés par le gouvernement fédéral. Qui se sert d’eux comme de l’avant-garde du colonialisme canadian au Québec.

Il est temps que dans les écoles anglophones, on enseigne comment les communautés francophones sont traitées ailleurs au pays.

D’ici là, le ministre a raison, au nom de l’intérêt commun, de s’opposer à l’égocentrisme de la Commission scolaire English Montreal.

Références :
Analyse : Les Franco-Colombiens en Cour suprême. « Les édifices scolaires auxquels nous avons droit coûteraient trop cher. »
Droits linguistiques des anglophones au Québec
Écoutons les intérêts de la communauté anglophone
Macpherson: Under the CAQ, the exceptional is becoming normal
‘Shame!’ ou l’expression du mépris

Parus depuis :
La CSEM échoue à bloquer le transfert de deux écoles vers le réseau francophone (2019-07-09)
Les exagérations des dirigeants scolaires anglophones (2019-07-17)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


La pétanque et les rhumatismes de Jules Lenoir

19 mai 2019
Au parc Lalancette

Dans la vitrine d’une boutique près de chez moi, j’avais été surpris de voir un nécessaire de pétanque. On ne pouvait pas le manquer; ses boules chromées resplendissaient au soleil.

Qui peut bien jouer à la pétanque dans Hochelaga-Maisonneuve ? avais-je demandé au vendeur.
Vous seriez surpris, mon cher monsieur. Ce jeu est de plus en plus populaire.

Pourtant, je n’avais jamais vu personne en jouer dans mon quartier. Ou plus exactement, je n’avais jamais remarqué qu’on en jouait dans mon quartier.

Il aura suffi que je l’apprenne pour me mettre à voir des gens en jouer ici et là.

À titre d’exemple, à une résidence pour personnes âgées — hors-champ sur la photo ci-dessus — les locataires traversent la rue et vont au parc jouer à la pétanque dès qu’il fait beau.

Ce jeu ne nécessite aucun entrainement préalable, n’exige pas d’efforts violents, se pratique généralement au grand air, et représente une manière peu couteuse d’occuper ses temps libres.

Le mot ‘pétanque’ est bizarre. On croirait une onomatopée créée pour imiter le bruit des boules qui se frappent et sont projetées sur d’autres.

Mais ce n’est pas cela.

C’est à La Ciotat qu’est née la pétanque en 1907. Dans ce port à 31 km de Marseille, vivait un amateur d’un jeu semblable, appelé jeu provençal.

En raison de l’arthrite aux jambes qui le faisait souffrir, celui-ci avait décidé d’adapter ce jeu à son handicap.

Selon les règles qu’il avait créées, on devait lancer la boule sans prendre d’élan. Privé de l’énergie transférée par cet élan à la boule, on ne pouvait plus lancer aussi loin. Conséquemment, on jouait sur un terrain plus court.

Ce vieil amateur de jeux de boules n’était pas n’importe qui; c’était Jules Lenoir, le grand champion de jeu provençal dont il avait dominé la discipline pendant des années.

À La Ciotat, on le connaissait sous son vrai nom, Jules Hugues. Afin de pouvoir continuer à se mesurer à l’idole sportive de la ville, les habitants de La Ciotat abandonnèrent rapidement le jeu provençal pour la variante créée par le grand Jules.

À travers le midi de la France, lorsque la rumeur se répandit que Jules Lenoir n’avait pas pris sa retraite, mais brillait dans un jeu semblable qu’il avait mis au point, ses centaines de milliers d’admirateurs exigèrent qu’on crée des compétitions où leur héros pouvait encore les émerveiller.

Le premier concours officiel eut lieu à La Ciotat en 1910.

Tout cela ne nous dit toujours pas pourquoi ce nouveau jeu est appelé ‘pétanque’. J’y arrive.

Le mot ‘pétanque’ est né de l’occitan, en combinant ‘’ (qui signifie ‘pied’) et ‘tanca’ (qui signifie ‘piquet’). À l’origine, on disait qu’il fallait ‘jouer à pétanque’, c’est-à-dire en ayant le pied comme un piquet.

Lors de la première compétition, créée expressément par amour pour ce champion, on nomma ce jeu ‘pétanque’.

Détails techniques : Olympus OM-D e-m5 mark II, objectif M.Zuiko 12-40 mm F/2,8 — 1/2000 sec. — F/2,8 — ISO 200 — 13 mm

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Faire la grève

8 mai 2019

Du latin ‘grava’ (qui signifie gravier), le mot grève est apparu en français au XIIe siècle. Il signifiait alors un terrain plat, couvert de gravier, situé au bord de la mer ou d’un cours d’eau.

L’Hôtel de Ville et la place de Grève (de Nicolas Raguenet, 1753 — Musée Carnavalet)

Autrefois, devant l’Hôtel de Ville de Paris, était située la Place de Grève. On l’appelait ainsi parce qu’elle était reliée à la Seine toute proche par une grève à qui on donnait le nom de port de Grève.

Ce port était le plus animé de Paris. C’est là qu’on déchargeait le bois, le blé, le vin et le foin.

La perception des taxes était d’autant plus facile que l’Hôtel de Ville se trouvait à deux pas.

Dès qu’un bateau y accostait, son capitaine embauchait les hommes qui s’étaient justement rendus à la grève dans le but d’être utiles au déchargement des marchandises.

Dire de quelqu’un qu’il ‘était en grève’, cela signifiait qu’il était parti à la grève trouver du travail.

Et on disait de celui qui en revenait bredouille qu’il avait ‘fait la grève’. On faisait donc la grève comme d’autres faisaient le trottoir; dans l’espoir de gagner sa vie.

Ce sens a glissé au milieu du XIXe siècle vers ‘cesser collectivement de travailler pour faire valoir ses revendications’.

En 1830, la place de Grève fut renommée place de l’Hôtel de Ville.

Quant au port de Grève, il disparut quand on rehaussa, de 1836 à 1839, le bord de la Seine et qu’un mur fut dressé pour lutter contre les débordements du fleuve.

En 2013, la place fut rebaptisée ‘esplanade de la Libération’ afin de rendre hommage aux résistants, aux Français libres, aux alliés et à tous les insurgés qui ont libéré Paris dans la nuit du 24 au 25 aout 1944.

Place de l’Hôtel-de-Ville – Esplanade de la Libération

De nos jours, lorsqu’on voit les gens qui s’y prélassent au soleil, on a peine à croire que l’endroit fut, de 1310 à 1822, un lieu d’exécutions publiques : pendaisons et buchers y étaient régulièrement donnés en spectacle. Exceptionnellement, pouvait-on y voir un écartèlement.

La première utilisation publique de la guillotine eut lieu à cet endroit en 1792, à la grande déception des amateurs. Ceux-ci trouvèrent le procédé beaucoup trop expéditif…

Références :
Place de l’Hôtel de Ville
Place de l’Hôtel-de-Ville – Esplanade de la Libération

Détails techniques : Olympus OM-D e-m5, objectifs PanLeica 25 mm F/1,4 (1re photo) et M.Zuiko 12-40 mm F/2,8 (2e photo)
1re photo : 1/60 sec. — F/1,4 — ISO 200 — 25 mm
2e  photo : 1/400 sec. — F/6,3 — ISO 200 — 20 mm

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Ordinateur, informatique et digital

6 mai 2019


 
De ces trois mots, il en existe un qui n’a pas de rapport aux deux autres. Pouvez-vous deviner lequel ?

Ordinateur

Au début de l’histoire de l’informatique, les ordinateurs n’étaient que de puissantes machines à calcul. On les appelait justement computer en anglais et calculateur en français.

Dans la mentalité légèrement machiste de l’époque, les comptables des petites entreprises effectuaient leurs calculs sur les calculatrices de bureau. Mais lorsqu’on voulait effectuer des calculs complexes sur des machines puissantes, il fallait évidemment quelque chose de plus masculin, d’où le mot calculateur

En 1955, François Girard n’est pas satisfait. Responsable de la publicité chez IBM France, il anticipe le potentiel des machines IBM au-delà de leur utilité mathématique.

Afin de trouver un nom plus approprié, il s’adresse à son ancien professeur de lettres à la Sorbonne, Jacques Perret. Ce dernier est également philosophe et spécialiste du latin.

Il prendra un vieux mot, ordinateur, et proposera de lui donner un sens nouveau.

Du latin ordinator (celui qui commande, qui donne des ordres), ordinateur apparait en français à la fin du XVe siècle dans le sens de celui qui organise, qui met en ordre.

Le mot sera si peu utilisé qu’on ne se donnera même pas la peine d’en parler dans le dictionnaire de l’Académie française de 1935.

La suggestion du professeur Perret sera adoptée d’autant plus facilement que le directeur d’IBM France est également un de ses anciens élèves.

La compagnie tentera de faire breveter le nom afin de distinguer ses produits de ceux de ses concurrents. Sans succès puisqu’on démontra que le mot existait déjà en français depuis longtemps.

Le géant informatique se résolut à le promouvoir en tant que nom commun.

Informatique

Créé par la fusion d’information et d’automatique, le mot informatique est né en France sept ans après ordinateur. L’Académie française l’adoptera dès 1967.

On doit ce mot à la compagnie BULL qui, à l’époque, était le grand concurrent d’IBM.

Si ordinateur (et ses déclinaisons) n’a pas été tellement plus loin que la France et l’Espagne, le succès d’informatique a été mondial.

Digital

En français, l’adjectif digital qualifie ce qui est relatif aux doigts. Exemple : nos empreintes digitales.

En anglais, ‘digital’ se rapporte aux chiffres, appelés ‘digits’. En réalité, il y a deux mots en anglais pour parler d’un chiffre : ‘digit’ et ‘numeral’.

C’est ainsi que le nombre 127 est un ‘numeral’ composé des ‘digits’ 1, 2 et 7. Alors que 2 est un ‘numeral’ composé d’un ‘digit’, ‘two’ (écrit au long) est un ‘numeral’ composé des lettres ‘t’, ‘w’ et ‘o’, mais d’aucun ‘digit’.

Conclusion

Des trois mots du titre, ‘digital’ est le seul qui n’ait pas de rapport aux deux autres. En informatique et en électronique, l’adjectif ‘digital’ est un anglicisme qui doit être remplacé par numérique.

Références :
Jacques Perret (philologue)
Les mots du numérique
Numbers, Numeral and Digits

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Écrit par Jean-Pierre Martel


La naissance de la poubelle

2 mai 2019

Introduction

Avant la Révolution, la ville de Paris était dirigée par le prévôt des marchands. Le premier maire de Paris fut élu en 1789.

Face à une capitale si prompte à se révolter, le poste est aboli en 1800 par Bonaparte. Celui-ci remplace la fonction par deux préfets qu’il nomme; le préfet de la Seine (le département dans lequel se trouvait Paris) et le préfet de police.

Si on exclut deux brefs retours de la fonction en 1848 et en 1870-1871, les Parisiens n’ont le droit de choisir leur maire que depuis 1977.

Le plus célèbre des préfets parisiens fut le baron Haussmann.

De 1853 à 1870, celui-ci transforma radicalement Paris, faisant disparaitre ses ruelles médiévales et perçant la ville de larges voies de circulation.

Du baron Haussmann à Eugène Poubelle, huit préfets occupèrent la fonction brièvement, dont Louis Oustry (un avocat qui fut trouvé abandonné le jour de sa naissance).

Eugène Poubelle

À Louis Oustry succéda Eugène-René Poubelle, préfet de 1883 à 1896.

Pendant des siècles, les Parisiens jetaient leurs déchets sur la voie publique ou dans les fossés. Tout au plus, depuis 1799, devait-on balayer quotidiennement devant son logis.

Afin de lutter contre l’amoncèlement des déchets dans les rues de Paris, Eugène Poubelle oblige dès 1884 les propriétaires d’immeubles à fournir à leurs locataires des bacs communs pour la collecte des déchets ménagers.

Biodégradables, ces bacs étaient en bois garni de fer blanc à l’intérieur.

De plus, ces bacs devaient être munis d’un couvercle et posséder une capacité maximale de 120 litres (afin de ne pas être trop lourds pour les éboueurs).

L’arrêté prévoyait également le tri des déchets. Trois bacs étaient obligatoires; une pour les matières putrescibles, une pour les papiers et les chiffons, et une dernière pour le verre, la faïence et les coquilles d’huitres.

Les Parisiens prirent rapidement l’habitude de désigner les réceptacles à ordures du nom du préfet Poubelle. C’était des ‘boites Poubelle’, puis simplement des ‘poubelles’ (avec un ‘p’ minuscule).

Le mot apparait en 1890 dans le Dictionnaire Universel du XIXe siècle.

Il faudra attendre près d’un siècle entre l’invention de la poubelle et la création d’usines de recyclage des déchets (qu’anticipaient les poubelles du préfet).

En 1892, une épidémie de choléra se déclare pour la dernière fois à Paris. Le préfet Poubelle prend alors les grands moyens.

Après consultation auprès des experts, il décrète en 1894 que tous les propriétaires devront raccorder leurs immeubles au réseau d’égouts de la ville et payer les frais liés à la collecte des eaux usées.

On a peine à croire que le mot ‘poubelle’, si commun de nos jours, soit né aussi récemment qu’en 1884.

Références :
Eugène Poubelle
Histoire des déchets parisiens : de Lutèce à la révolution industrielle
Liste des préfets de la Seine
Monsieur Poubelle
Poubelle
Préfet de Paris

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le monde étrange des gentilés

2 mai 2019

On appelle gentilé le nom désignant les habitants d’un lieu donné. La dernière syllabe du mot se prononce comme dans ‘ventilé’ et non comme ‘sautillé’ (qui prend deux ‘l’).

En 2013, les habitants de trois départements français se sont choisi un gentilé :
• à Ille-et-Vilaine, les citoyens sont devenus des Brétilliens. Ce gentilé étrange a été forgé à partir de Bretons et du nom de la rivière Ille. On aura compris qu’on voulait éviter à tout prix de s’appeler un ‘Illévilain’.
• au Loiret, c’était plus simple; on est devenu Loirétain.
• à la Somme, le département est maintenant peuplé de Samariens (avec deux ‘a’).

Puisque l’usage crée les gentilés (sauf pour les pays), il arrive qu’une ville ait deux gentilés. C’est le cas de Lisbonne. Selon les auteurs, on parlera des ‘Lisbonnins’ ou des ‘Lisboètes’.

S’il est facile de deviner que les Montréalais habitent Montréal, il est plus difficile d’imaginer le nom des habitants d’Ottawa. Eh bien ce sont des Ottaviens, tout simplement. Certains disent aussi ‘Outaouais’ mais le mot peut également désigner un peuple autochtone qui habitait les rives de la rivière Outaouais.

Dans la province de l’Ile-du-Prince-Édouard, on s’inclinera respectueusement devant les Prince-Édouardiens.

À Vancouver vivent les Vancouvérois. Ils habitent la province de Colombie-Britannique et sont donc des Britannocolombiens. Parmi ces derniers, s’ils sont francophones, ce sont des Franco-Colombiens.

Dans les villes de Winnipeg et de Miramichi, on utilise également le suffixe d’ois; ce sont respectivement des Winnipégois et des Miramichois.

À Halifax, on rencontre des Haligoniens. Qui l’eut deviné ?

Au Québec, voyons quelques cas particuliers :
• Acton Vale : Valois
• Alma : Almatois
• Bois-Francs : Sylvifranc (au féminin : Sylvifranche)
• Charlevoix : Charlevoisien
• Châteauguay : Châteauguois (avec un deuxième ‘u’ redondant)
• Côte-du-Sud : Sudcôtois
• Côte-Nord : Nord-Côtier
• Granby : Granbyen
• Iles-de-la-Madeleine : Madelinot
• Ile-Perrot : Perrotois
• Lac-Saint-Jean : Jeannois
• Montmorency : Montmorencéen
• Notre-Dame-des-Pariries : Prairiquois
• Pontiac : Pontissois
• Repentigny : Repentignois
• Rivière-du-Loup : Loupérivois
• Saguenay-Lac-Saint-Jean : Saguenay-Jeannois (ou Bleuet)
• Salaberry-de-Valleyfield : Campivalensien
• Suroit : Suroisien
• Trois-Rivières : Trifluvien

Dans le cas des lieux auxquels un nom de saint a été attribué, le préfixe ‘saint’ n’est presque jamais retenu :
• Sainte-Apoline-de-Patton : Apollinois
• Saint-Basile-le-Grand : Grandbasilois
• Saint-Bruno-de-Montarville : Montarvillois
• Saint-Charles-Borromée : Charlois
• Saint-Éphrem-d’Upton : Uptonais
• Sainte-Germaine-Boulé : Germainien
• Sant-Hyacinthe : Maskoutain
• Saint-Jérôme : Jérômien
• Saint-Joachim-de Shefford : Joachimien
• Sainte-Julie : Julievillois
• Saint-Paul : Paulois

Références :
Gentilés du Canada
Les habitants de votre département ont-ils un nom ?
Liste de gentilés

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Histoire du restaurant en France

1 mai 2019
Bouillon Chartier, à Paris

Au départ, ‘restaurant’ n’était que participe présent du verbe restaurer.

Puis, au Moyen-Âge, on prit l’habitude d’appeler ‘restaurant’ tout bouillon — composé de viande, mais aussi, selon la recette, de racines, d’ognons, d’herbes aromatiques, d’épices, de sucre, de pain, de raisins et de pétales de rose — ayant la propriété de donner des forces et ainsi restaurer la vigueur de la personne concernée.

C’est ainsi que Marguerite de Navarre, épouse d’Henri IV, écrivait : « L’on ne m’a fait manger que restaurants et les meilleures viandes que je mangeai jamais…»

Dans l’Histoire de Jenni, Voltaire écrit : « Le père tout tremblant le fait reposer; on lui fait prendre des restaurants…»

Avant 1765, il y avait en France quatre grands types de commerçants qui fournissent de la nourriture et des boissons à leur clientèle :
• les taverniers (qui ne servent que du vin),
• les cabaretiers (qui servent du vin et des viandes),
• les aubergistes (qui ne proposent qu’un seul plat à heure fixe) et
• les traiteurs (les seuls autorisés à vendre des sauces et ragouts).

En 1765, on ouvrit à Paris un établissement servant des bouillons restaurants. On y vendait aussi des volailles bouillies au gros sel et des œufs frais. Ce fut le premier restaurant au sens moderne du terme.

Lorsque la Révolution française éclate, presque tous les cuisiniers sont à l’emploi de particuliers (nobles et riches commerçants).

En raison de la fuite à l’Étranger ou de la décapitation d’une partie de la noblesse, des cuisiniers sans emploi ont alors l’idée d’ouvrir des établissements afin de nourrir les députés de province venus prendre part aux séances de l’Assemblée nationale.

En 1789, il y a une centaine de petits restaurants à Paris.

En 1793, Antoine Beauvilliers (un des derniers cuisiniers de la cour de Louis XVI) ouvre à Paris le premier restaurant de luxe, La Grande Taverne de Londres.

Au cours des deux décennies qui ont suivi la Révolution, le nombre de restaurants parisiens s’est multiplié par six.

Un autre vingt ans plus tard, on en comptait plus de trois-mille.

Au départ, les plats étaient servis à la française, c’est-à-dire tous en même temps.

De 1808 à 1812, le prince Alexandre Kourakine, ambassadeur russe à Paris, fait connaitre à la nouvelle aristocratie révolutionnaire le service à la russe en vertu duquel les plats sont servis les uns à la suite des autres.

Cette mode se répandra rapidement dans les restaurants.

En 2018, on comptait plus de 780 000 restaurants en France. Ce qui en fait le pays avec le plus grand nombre de restaurants par mille habitants.

Références :
Histoire du restaurant en France
Pas bien dans leur assiette ?

Détails techniques : Olympus OM-D e-m5, objectif M.Zuiko 12-40mm F/2,8 — 1/100 sec. — F/2,8 — ISO 200 — 17 mm

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Écrit par Jean-Pierre Martel


La prononciation des mots en ‘il’

10 avril 2019


 

Selon la sagesse populaire, il est imprudent de se découvrir trop lorsqu’arrivent les beaux jours.

Ce proverbe est d’autant plus charmant qu’il rime.

Mais, au fait, rime-t-il tant que cela ? Cela dépend…

On prononce toujours le L final des mots d’une seule syllabe qui se terminent en ‘il’.

C’est le cas de cil, de gril, du nombre mil, et évidemment du fil qui termine ce proverbe.

Si on ne prononçait pas la dernière consonne, il serait facile de confondre gril avec gris, mil avec mie. Etc.

Mais qu’en est-il des mots de plus d’une syllabe ?

C’est là que les choses se corsent.

Au Québec, à première vue, c’est simple.

La plupart des Québécois ne prononcent pas la consonne finale des mots de plus d’une syllabe qui se terminent par ‘il’ comme baril, fusil (prononcé fuzi), gentil (prononcé jentsi), nombril, outil, persil, sourcil, etc.

Mais nous faisons exception pour avril. Comme pour conserver la rime du proverbe.

Mais cela n’est pas la seule exception. À bien y penser, au Québec, on prononcera le ‘L’ de chenil, de grésil, de péril, et de quelques mots moins utilisés.

Si cela n’est pas parfaitement cohérent, au moins cette incohérence est généralisée dans tout le Québec.

Ailleurs dans la francophonie, on doit tenir compte de différences régionales au sein d’un même pays.

C’est ainsi qu’on prononce ‘persi’ dans une large bande du territoire français qui s’étend de la frontière suisse à la Normandie. Mais ‘persil’ domine dans le reste de l’Hexagone.

Autrement, les différences sont nationales.

Par exemple, chez la majorité des Français et des Suisses, on prononce la consonne finale de sourcil. Mais les Belges, tout comme nous, ne la prononcent pas.

Et, pour avril, qu’en est-il ?

Le proverbe a de la chance. La prononciation ‘âvri’ (notez l’accent circonflexe) pour avril est encore utilisée, mais de moins en moins.

Référence :
Ces mots qui ne se prononcent pas de la même façon d’un bout à l’autre de la France

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Voter PQ naturellement

16 mars 2019


 
Le PQ cherche à se renouveler, dites-vous ?

Au Québec, il y a plus d’un million de Francophones unilingues. Les nécessités de la vie font que ceux-ci baragouinent bien quelques mots d’anglais, mais sont incapables de postuler là où le bilinguisme est exigé.

Ce qui veut dire que l’exigence du bilinguisme — lorsqu’il n’est pas dicté par la nécessité — correspond à une discrimination à l’embauche exercée contre une partie importante du peuple francoQuébécois. Une discrimination dont ils sont victimes dans leur propre pays.

Or le sentiment d’injustice est le moteur des révolutions.

Le seul endroit au monde où ces Québécois sont chez eux, c’est au Québec. Partout au Québec.

Il est aussi normal d’être unilingue français au Québec qu’il est normal d’être unilingue allemand en Allemagne ou unilingue italien en Italie.

Qui défend ces citoyens ? Le PQ de Camille Laurin, oui. Mais pas le PQ mignon qui préfère éviter la controverse. Comme si on pouvait faire l’indépendance sans créer de vague…

Le Parti Québécois doit devenir le parti naturel des francoQuébécois comme le PLQ est le ‘parti des Anglais’ (pour reprendre les mots de Michel David).

Le PQ doit être le défenseur aveugle de l’intérêt du peuple francoQuébécois et s’opposer à tout ce qui nous dresse inutilement les uns contre les autres.

Évidemment, on l’accusera de nationalisme ethnique. Mais il doit s’y faire; même parfaitement multiculturel, il sera accusé de nationalisme ethnique pareil. Donc assumons.

Au moment du scrutin, dans le doute, les francoQuébécois doivent voter péquiste par défaut, convaincus que ce parti est le seul de leur bord.

Complément de lecture :
L’injustice et la peur

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Écrit par Jean-Pierre Martel


La différence entre ‘deuxième’ et ‘second’

25 février 2019

Doit-on dire ‘Seconde Guerre mondiale’ ou ‘Deuxième Guerre mondiale’ ?

Les deux sont bons. Mais ces adjectifs cesseront d’être interchangeables dès qu’une troisième guerre mondiale éclatera.

Pourquoi est-ce si important ?

C’est que ‘deuxième’ sert à qualifier tout ce qui occupe la deuxième place d’une série de plus de deux items. Par contre, ‘seconde’ ne sert que dans une série limitée à deux éléments; le premier item et le second.

Le dictionnaire Antidote écrit : « En principe, il faut employer second quand la série ne compte que deux éléments et deuxième quand elle en compte plus de deux. Cette distinction n’est pas toujours observée par l’usage, notamment dans certaines expressions consacrées.»

Lorsqu’il parle d’expressions consacrées, à quoi Antidote fait-il allusion ? À des expressions comme ‘style Second Empire’.

L’Académie française écrit : « Le deuxième précède le troisième et suit le premier.». En d’autres mots, sans troisième, le deuxième reste second.

Ce qui semble en contradiction avec ce qui vient d’être dit, c’est que seul un édifice à trois niveaux peut avoir un second étage.

En anglais, une maison à deux niveaux possède un premier et un deuxième étage.

En français, ‘niveau’ et ‘étage’ ne sont pas parfaitement synonymes.

Le niveau le plus près du sol est appelé rez-de-chaussée. Le niveau au-dessus du rez-de-chaussée est le premier étage. C’est seulement le niveau encore plus haut, le troisième, qui peut être qualifié de ‘second étage’.

Dès qu’on ajoute un étage de plus, le second étage change de nom.

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Écrit par Jean-Pierre Martel


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