Voter PQ naturellement

16 mars 2019

Le PQ cherche à se renouveler, dites-vous ?

Au Québec, il y a plus d’un million de Francophones unilingues. Les nécessités de la vie font que ceux-ci baragouinent bien quelques mots d’anglais, mais sont incapables de postuler là où le bilinguisme est exigé.

Ce qui veut dire que l’exigence du bilinguisme — lorsqu’il n’est pas dicté par la nécessité — correspond à une discrimination à l’embauche exercée contre une partie importante du peuple francoQuébécois. Une discrimination dont ils sont victimes dans leur propre pays.

Or le sentiment d’injustice est le moteur des révolutions.

Le seul endroit au monde où ces Québécois sont chez eux, c’est au Québec. Partout au Québec.

Il est aussi normal d’être unilingue français au Québec qu’il est normal d’être unilingue allemand en Allemagne ou unilingue italien en Italie.

Qui défend ces citoyens ? Le PQ de Camille Laurin, oui. Mais pas le PQ mignon qui préfère éviter la controverse. Comme si on pouvait faire l’indépendance sans créer de vague…

Le Parti Québécois doit devenir le parti naturel des francoQuébécois comme le PLQ est le ‘parti des Anglais’ (pour reprendre les mots de Michel David).

Le PQ doit être le défenseur aveugle de l’intérêt du peuple francoQuébécois et s’opposer à tout ce qui nous dresse inutilement les uns contre les autres.

Évidemment, on l’accusera de nationalisme ethnique. Mais il doit s’y faire; même parfaitement multiculturel, il sera accusé de nationalisme ethnique pareil. Donc assumons.

Au moment du scrutin, dans le doute, les francoQuébécois doivent voter péquiste par défaut, convaincus que ce parti est le seul de leur bord.

Complément de lecture :
L’injustice et la peur

Votre évaluation :
Appréciation moyenne : 5 — Nombre de votes : 1

Laissez un commentaire »

| 2018- (années Legault), Langue française, Politique québécoise | Mots-clés : | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


La différence entre ‘deuxième’ et ‘second’

25 février 2019

Doit-on dire ‘Seconde Guerre mondiale’ ou ‘Deuxième Guerre mondiale’ ?

Les deux sont bons. Mais ces adjectifs cesseront d’être interchangeables dès qu’une troisième guerre mondiale éclatera.

Pourquoi est-ce si important ?

C’est que ‘deuxième’ sert à qualifier tout ce qui occupe la deuxième place d’une série de plus de deux items. Par contre, ‘seconde’ ne sert que dans une série limitée à deux éléments; le premier item et le second.

Le dictionnaire Antidote écrit : « En principe, il faut employer second quand la série ne compte que deux éléments et deuxième quand elle en compte plus de deux. Cette distinction n’est pas toujours observée par l’usage, notamment dans certaines expressions consacrées.»

Lorsqu’il parle d’expressions consacrées, à quoi Antidote fait-il allusion ? À des expressions comme ‘style Second Empire’.

L’Académie française écrit : « Le deuxième précède le troisième et suit le premier.». En d’autres mots, sans troisième, le deuxième reste second.

Ce qui semble en contradiction avec ce qui vient d’être dit, c’est que seul un édifice à trois niveaux peut avoir un second étage.

En anglais, une maison à deux niveaux possède un premier et un deuxième étage.

En français, ‘niveau’ et ‘étage’ ne sont pas parfaitement synonymes.

Le niveau le plus près du sol est appelé rez-de-chaussée. Le niveau au-dessus du rez-de-chaussée est le premier étage. C’est seulement le niveau encore plus haut, le troisième, qui peut être qualifié de ‘second étage’.

Dès qu’on ajoute un étage de plus, le second étage change de nom.

Votre évaluation :
Appréciation moyenne : 5 — Nombre de votes : 1

Laissez un commentaire »

| Grammaire et orthographe, Langue française | Mots-clés : , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


L’accent circonflexe et l’orthographe rectifiée

5 décembre 2018


 
Au-dessus des voyelles a, e, et o, l’accent circonflexe modifie la prononciation.

Par exemple, les mots ‘tache’ et ‘tâche’ ne se prononcent pas de la même manière (en plus d’avoir des sens différents).

Mais ce n’est pas le cas des voyelles i et u. Par exemple, ‘cou’ et ‘coût’ se prononcent exactement pareil.

En vertu de la réforme facultative de l’orthographe de 1990, les accents circonflexes au-dessus des voyelles i et u disparaissent partout où ils sont superflus.

On les conserve seulement lorsque cet accent modifie le sens du mot. C’est le cas dans les six exceptions suivantes.

• ‘Croîs’ et ‘croît’

Au présent, l’accent circonflexe permet de distinguer entre les verbes ‘croitre’ (grandir) et ‘croire’ (considérer comme vrai). Conséquemment, ‘je croîs’, ‘tu croîs’ et ‘il croît’ s’écrivent comme avant.

Par contre, l’accent disparait au-dessus du ‘i’ des verbes ‘croitre’, accroitre’, ‘décroitre’ et ‘recroitre’. Il disparait également de ‘surcroit’.

• ‘Dû’

En français, on n’écrit jamais ‘de le’; on le remplace par ‘du’ (sans accent). Par exemple, on écrit : ‘La messe du dimanche’.

Afin de distinguer ce ‘du’ de ‘dû’ (ce qu’on doit), on place un accent circonflexe chez ce dernier (au masculin singulier seulement).

Mais il disparait des adverbes ‘assidument’, ‘dument’ et ‘indument’, de même qu’au participe passé du verbe ‘redevoir’.

• ‘Jeûne’ et ‘jeûnes’

On ne peut pas retirer l’accent du mot ‘jeûne’ (la privation de nourriture) sans créer de la confusion avec le mot ‘jeune’ (la personne peu avancée en âge). De plus, contrairement à la voyelle ‘u’, le son ‘eu’ se prononce différemment lorsqu’il est accentué.

Autrefois, ‘jeuner’ (se priver de nourriture) et ‘jeuneur’ (la personne qui jeûne) prenaient un accent circonflexe, contrairement à ‘déjeuner’. Avec la réforme orthographique de 1969, aucun d’entre eux n’en prend.

Bref, seul ‘jeûne’ (au singulier comme au pluriel) est accentué.

• ‘Mûr’ et ‘mûrs’

Au masculin, l’accent circonflexe permet de distinguer ‘mûr’ (ce qui est arrivé à maturité) de ‘mur’ (paroi verticale).

Avec la réforme orthographique, il disparait au féminin parce qu’inutile. On écrira donc ‘mure’ et ‘mures’. Il est sensé disparaitre au masculin pluriel, ce qui n’est pas logique.

Cette disparition affecte également tous les mots qui débutaient par ‘mûr…’ : ‘muraie’ et ‘mureraie’ (une plantation de muriers), ‘murement’, ‘murier’, ‘muriforme’, ‘murir’, ‘murissage’, ‘murissant’, ‘murissement’, ‘murisserie’, (entrepôt de murissement) et ‘muron’ (une baie).

• ‘Sûr’ et ‘sûrs’

Tout comme avec ‘mûr’, l’accent sur l’adjectif ‘sûr’ (ce qui est certain) permet de le distinguer de l’adjectif ‘sur’ (dont le gout est aigre).

Il se décline comme ‘mûr’.

Sont également affectés par cette disparition, ‘surement’ et ‘sureté’.

• Passé simple et subjonctif

L’accent circonflexe est conservé aux formes rares de certains verbes (le passé simple et l’imparfait du subjonctif). Par exemple : ‘Il eut été plus sage qu’il eût enlevé ses bottes sales’ ou ‘Nous prîmes notre courage à deux mains…’.

Perdent donc leur accent une foule de mots courants comme ‘abime’, ‘ainé’, ‘aout’, ‘boite’, ‘boiter’, ‘bruler’, ‘buche’, ‘chaine’, ‘cloitre’, ‘connaitre’, ‘cout’, ‘croute’, ‘dime’, ‘diner’, ‘flute’, ‘fraicheur’, ‘gaité’, ‘gite’, ‘gout’, ‘huitre’, ‘ile’, ‘maitre’, ‘naitre’, ‘paitre’, ‘paraitre’, ‘piqure’, ’souler’, ‘traineau’, ‘traitre’, et ‘voute’.


Pour consulter les textes de ce blogue consacrés à la grammaire et à l’orthographe, veuillez cliquer sur ceci.

Votre évaluation :
Appréciation moyenne : 5 — Nombre de votes : 1

3 commentaires

| Grammaire et orthographe | Mots-clés : , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Le pluriel des mots composés d’un verbe et d’un nom lorsqu’ils sont séparés par un trait d’union

27 avril 2018

Introduction

Il est facile de conjuguer au pluriel les mots composés d’un verbe et d’un nom lorsqu’ils sont soudés l’un à l’autre. C’est ainsi qu’on écrira ‘un portefeuille’ et ‘des portefeuilles’.

Mais lorsqu’ils sont séparés par un trait d’union, que doit-on faire ?

Dans le cas de plusieurs séchoirs à cheveux, il est évident qu’il faut dire ‘des sèche-cheveux’. Mais qu’en est-il au singulier ? Doit-on dire ‘un sèche-cheveu’ ou ‘un sèche-cheveux’ ?

À moins de n’avoir qu’un seul cheveu sur la tête, l’appareil (même au singulier) sèche toujours plusieurs cheveux à la fois. Il serait donc logique de parler d’un ‘sèche-cheveux’.

Mais qu’en est-il de la pipette qui compte les gouttes ? Ne peut-elle pas servir à dispenser une seule goutte à la fois ? Conséquemment, faut-il écrite ‘un compte-goutte’ ou un ‘compte-gouttes’ ?

Avant 1990

Jusqu’à la dernière réforme orthographique, tout cela était un véritable casse-tête (au singulier).

D’un côté, il y avait tous ces mots qui, au singulier, portaient la marque du pluriel : un casse-noisettes, un compte-gouttes (ah, ah !), un coupe-légumes, un pare-chocs, un porte-avions, un porte-bagages, un repose-pieds, un sèche-cheveux (évidemment), un serre-livres, etc.

Et il y avait de l’autre, tous ces mots qui, même au pluriel, portaient la marque du singulier : des chasse-neige, des chauffe-eau, des coupe-papier, des pare-brise, des porte-bonheur, des serre-tête, etc.

Depuis l’orthographe rectifiée de 1990

Depuis la dernière réforme de l’orthographe, les choses sont simples.

Au lieu de dépendre du sens ou de la fonction de l’objet, le singulier et le pluriel obéissent à la règle de base en français; aucune marque au singulier et l’ajout d’un ‘s’ ou d’un ‘x’ final au pluriel.

Notre pipette devient donc ‘un compte-goutte’ et ‘des compte-gouttes’. Et on dira ‘un sèche-cheveu’ (eh oui) et ‘des sèche-cheveux’.

Et comme cette règle ne connait pas d’exception, il faut noter qu’on dira ‘un couvre-œil’ et ‘des couvre-œils’ (et non ‘des couvre-yeux’).


Pour consulter les textes de ce blogue consacrés à la grammaire et à l’orthographe, veuillez cliquer sur ceci.

Votre évaluation :
Appréciation moyenne : 0 — Nombre de votes : 0

4 commentaires

| Grammaire et orthographe | Mots-clés : , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Des dieux et des jours

17 janvier 2018

Introduction

C’est en Mésopotamie (une région située dans l’Irak actuel) qu’est née l’astronomie.

Vers le VIIe siècle avant notre ère, des astrologues y divisent le cycle lunaire en quatre phases égales de sept jours.

Ces derniers portaient le nom babylonien des sept astres connus à l’époque : Saturne, le soleil, la lune, Mars, Mercure, Jupiter et Vénus.

À la suite des conquêtes, ces connaissances ont été transmises aux Grecs puis aux Romains. Ces derniers nommèrent leurs jours non pas en hommage aux astres mais, strictement parlant, aux dieux qui avaient donné leur nom à un astre.

En français

Le mot lundi vient du latin Lunis diem, ce qui signifie ‘jour de la déesse de la lune’.

Martis diem, le deuxième jour de la semaine, rend hommage à Mars, le dieu romain de la guerre.

Mercredi vient de Mercure, le messager des dieux.

Le nom du quatrième jour de la semaine, jeudi, vient de Jovis diem, ce qui signifie ‘jour de Jupiter’, l’être suprême selon les Romains.

Du latin Veneris diem, le vendredi honore Vénus, la déesse de l’amour et de la beauté.

Chez les Romains, le jour suivant honorait Saturne. Mais dès la christianisation de Rome, ce jour fut appelé Sambati diem (ou ‘jour du sabbat’), c’est-à-dire le jour consacré au culte divin chez les Juifs. En français, c’est devenu samedi.

Le lendemain, les Romains honoraient Sol, le dieu du soleil, de la lumière et de la chaleur. Mais ce jour fut christianisé en die dominicu, ce qui signifie ‘jour du Seigneur’.

Dimanche est le seul jour de la semaine qui commence par la syllabe ‘di’ au lieu de se terminer par elle.

En anglais

Lorsque les peuples du nord-ouest de l’Europe furent confrontés aux légions romaines, ils réalisèrent la supériorité de certains aspects de la civilisation gréco-romaine.

Tout comme les Romains avaient adopté la mythologie des Grecs tout en latinisant le nom de leurs dieux, les Anglo-Saxons ont cherché dans leur propre mythologie quels étaient les dieux qui possédaient les attributs les plus apparentés aux dieux romains et ont décidé que les jours seraient nommés, si possible, en l’honneur de leurs équivalents nordiques.

On conserva néanmoins l’hommage à certains dieux romains.

Le samedi demeura le jour de Saturne (Saturday). Tout comme le dimanche et le lundi : ceux-ci honorèrent respectivement le Soleil (Sunday) et la lune (Monday, déformation de ‘Moon Day’).

Mais dès le mardi, c’est au dieu Tiw (probablement dieu nordique de la guerre) qu’on rendit hommage. Tuesday est la déformation de ‘Tiw’s Day’.

Le mercredi, on pensa au dieu Woden, apparenté à Mercure. Ce qui donna Wednesday.

Alors que Jupiter est souvent représenté un foudre à la main, le jeudi (ou Thursday) s’appela ‘Thunresdæg’ en hommage à Thunor, dieu du tonnerre (hérité du dieu Thor des Vikings).

Tout comme Vénus donna en français son nom au vendredi, c’est la déesse équivalente Frig qui donna en anglais son nom à Friday.

Conclusion

Les mots sont souvent forgés par l’histoire.

Le nom des jours provient d’une décision prise il y a presque trois millénaires par des astrologues mésopotamiens. Une décision imitée par les Grecs, puis les Romains et transmise jusqu’à nous sous leur influence.

Références :
L’astronomie en Mésopotamie
Why Wednesday? The days of the week have a convoluted religious heritage

Votre évaluation :
Appréciation moyenne : 0 — Nombre de votes : 0

Laissez un commentaire »

| Histoire, Langue française, Religion | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


La vision dépassée de François Legault

8 décembre 2017

Introduction

À l’occasion d’une entrevue accordée à la chaine anglaise de Radio-Canada, le chef de la Coalition Avenir Québec (CAQ) a déclaré au sujet de l’immigration au Québec :

I think we’ve put too much emphasis into knowing French. That’s why at the CAQ, we say we should give three years to pass a French test.


The first and maybe only criteria must be qualification, and answering the needs of the working market.

Traduction libre :

Je crois qu’on accorde trop d’importance à la connaissance du français. Voilà pourquoi la CAQ propose que les immigrants disposent de trois années pour réussir un examen de français.


Le premier (et peut-être le seul) critère devrait être la compétence, de même que l’aptitude à répondre aux besoins du marché du travail.

La majorité des néoQuébécois échouent à apprendre le français ou n’en font pas l’effort. Que ferait la CAQ après trois ans ? Expulser ceux qui ont commencé à prendre racine au pays ? Veut-elle vraiment expulser plus de 20 000 néoQuébécois par année, soit environ 400 par semaine ? Se peut-il que les policiers du CAQuistan aient mieux à faire ?

Évidemment, on peut présumer que la menace d’expulsion suffira à motiver les immigrants à apprendre le français. Sait-on quel est le pourcentage prévu d’échec de cette politique ?

La solution péquiste est simple : on ne met pas les pieds au Québec sans connaissance préalable du français.

C’est simple, économique et 100% efficace. Et on évite les sanglots de néoQuébécois expulsés devant les caméras du monde entier.

Rappel historique

Reportons-nous à l’époque encore récente où le gouvernement minoritaire de Mme Marois voulait renforcer la Loi 101. Face à l’opposition systématique du parti libéral, la CAQ disposait alors de la balance du pouvoir.

Or la CAQ exigea une série d’assouplissements et d’exemptions destinées au contraire à affaiblir la Loi 101. Son influence parlementaire se résuma à bloquer le PQ.

La tiédeur de la CAQ peut se résumer, dans la bouche de François Legault, par cette question devenue son leitmotiv : « Oui mais ça va couter combien ? »

Cela en dit long sur l’ardeur de la CAQ à défendre le français. On n’est donc pas surpris d’apprendre la teneur de l’entrevue qu’il vient d’accorder.

Diminuer l’immigration

Une des mesures-phares de la CAQ, c’est la diminution de vingt pour cent des quotas d’immigration. Il s’agit d’une mesure populaire chez nous comme dans de nombreux pays.

Malheureusement, cette mesure est nuisible à l’économie du Québec en raison des difficultés actuelles qu’éprouve le patronat à recruter le personnel dont il a besoin.

Le taux de chômage au Québec atteint des creux historiques. Cette situation s’explique principalement par le vieillissement de la population; les babyboumeurs quittent le marché du travail et exigent de manière croissante des soins et des services.

Inévitablement, arrivée au pouvoir, la CAQ fera exactement le contraire sous la pression des chambres de commerce, des clubs Kiwanis, des Chevaliers de Colomb, et de tous ces petits milieux d’affaires dont elle est très proche.

Qu’elle maintienne les quotas actuels (environ 50 000 immigrants par année) ou qu’elle les diminue à 40 000, tout assouplissement des exigences linguistiques provoquera une augmentation de l’anglicisation de Montréal. Une anglicisation déjà très préoccupante.

Le taux de chômage chez les néoQuébécois

Le refus de reconnaitre l’expérience acquise à l’Étranger et les exigences linguistiques sont deux obstacles majeurs à l’intégration des néoQuébécois.

Pour prendre l’exemple des personnes originaires du nord de l’Afrique et plus particulièrement des pays du Maghreb, leur langue maternelle est souvent le bergère ou l’arabe. En plus, ils connaissent le français comme langue seconde ou tierce. Arrivé au Québec, on exige qu’ils parlent également une troisième ou une quatrième langue, soit l’anglais. C’est beaucoup.

La véritable solution, c’est de revenir à l’essence de la Loi 101, le contraire de ce prêche la CAQ.

La Loi 101 et la langue de travail

Les Francophones unilingues sont victimes de discrimination croissante à l’embauche, au fur et à mesure que le bilinguisme se généralise, notamment à Montréal.

Quels que soient les avantages indéniables de la connaissance de l’anglais, cette discrimination est inacceptable. Ces Francophones unilingues sont chez eux au Québec. Comme les Anglophones unilingues sont chez eux au Canada.

La Loi 101 prescrit que la langue de travail au Québec soit le français. Comme en Allemagne, c’est l’allemand. L’italien en Italie. Et ainsi de suite.

Toutefois, dans une économie tournée vers l’exportation comme la nôtre, il est normal que le service à la clientèle de nombreuses entreprises comprenne suffisamment d’employés parlant anglais pour servir adéquatement les locuteurs anglophones.

Mais entre eux, les employés doivent généralement parler français. Je dis ‘généralement’ parce qu’on ne punira pas deux Anglophones d’avoir parlé anglais entre eux. Sauf cette exception, c’est en français que cela doit se passer. C’est ce que prescrit la Loi 101.

Ce n’est pas ce qui arrive.

Beaucoup d’employeurs trouvent commode d’obliger tout le personnel à être bilingue; c’est ce que révèlent les dernières donnés de Statistique Canada.

Mais cette solution de facilité nuit à l’intégration des néoQuébécois en plus d’aggraver les difficultés de recrutement des entreprises.

Il y a des centaines de millions de Francophones à travers le monde. C’est suffisant pour pourvoir tous les postes vacants du Québec. Mais pour cela, il faut une seule langue de travail.

Diminuer les quotas d’immigration tout en diminuant nos exigences linguistiques pour satisfaire ‘la demande’, c’est un autre exemple de politiques anciennes et dépassées de la CAQ.

Ce sont à la fois des entraves au développement économique du Québec et une mesure qui accentue le déclin démographique du peuple francoQuébécois.

Postscriptum : une anecdote

En prenant le taxi en 2013 dans la capitale cubaine, le chauffeur a remarqué mon accent.

Détentrice d’un certificat en français décerné par l’Alliance française de La Havane, son épouse infirmière avait voulu immigrer au Québec.

Mais à l’ambassade canadienne, on l’a découragée de faire application sous le prétexte qu’elle ne parlait pas anglais.

Il y a des régions du Québec où presque personne ne parle anglais. On aurait été heureux d’accueillir cette infirmière.

En dépit du fait que le fédéral a délégué au Québec le pouvoir de sélectionner les travailleurs qualifiés, il y a des candidatures dont le Québec n’entend jamais parler parce que certaines ambassades ‘filtrent’ les demandeurs.

Voilà ce qui explique peut-être pourquoi tant d’immigrants qualifiés arrivés au Québec ne connaissent que l’anglais.

Références :
François Legault on boosting the birth rate, curbing immigration and ‘bonjour/hi’
La francisation des immigrants au Québec est un échec, selon la vérificatrice générale
L’anglais mieux que le français pour les immigrants
La rondelle ne roule pas pour le français dans la LHJMQ
L’exigence de l’anglais frustre des immigrants francophones
Recensement 2016: le Canada plus bilingue, le Québec plus anglophone

Votre évaluation :
Appréciation moyenne : 0 — Nombre de votes : 0

Laissez un commentaire »

| 2014-2018 (années Couillard), Anglicisation du Québec, Économie, Immigration, Politique québécoise | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


L’écriture inclusive

12 novembre 2017


 
Introduction

L’écriture inclusive se définit comme l’ensemble des procédés graphiques et syntaxiques permettant d’assurer une égalité des représentations entre les femmes et les hommes.

L’écriture inclusive vise trois objectifs d’importances inégales :
• la féminisation des titres,
• l’élimination du masculin générique,
• l’élimination de la majuscule de prestige à ‘Homme’.

Encore controversée en France, la féminisation des titres est une chose acquise au Québec. Voilà pourquoi il n’en sera pas question ici.

Le troisième objectif, mineur, vise à éviter, par exemple, que ‘droits de l’Homme’ désigne les droits communs aux hommes et aux femmes.

Le texte qui suit concernera donc exclusivement le deuxième objectif, beaucoup plus ambitieux.

Le masculin générique

Offensés par la règle selon laquelle le masculin l’emporte sur le féminin, ses promoteurs accusent celle-ci d’invisibiliser (sic) les femmes.

À titre d’exemple, dans le paragraphe qui précède, ‘promoteurs’ comprend à la fois les promoteurs de sexe masculin et les promotrices. Conséquemment, le mot masculin pluriel ‘promoteurs’ englobe donc implicitement les promotrices, ce qui a pour résultat de les occulter.

En somme, le masculin générique aurait pu très bien s’appeler ‘masculin inclusif’ parce que c’est précisément ce qu’il fait; inclure implicitement le féminin.

Aussi offensante soit-elle, cette règle concerne le genre grammatical et non le sexe des êtres (vivants ou inanimés).

Une table n’est pas de sexe féminin, mais plutôt du genre féminin. De la même manière, un divan n’est pas de sexe masculin, mais plutôt du genre masculin. Conséquemment, lorsqu’on laisse dans une pièce un divan et une chaise, il n’y a aucun danger d’un accouplement contre nature.

Les promoteurs de l’écriture inclusive en sont conscients mais soutiennent que le langage construit les mentalités et entraine un impact important sur les représentations sociales.

Il s’agit donc pour eux de combattre les stéréotypes sexistes en remaniant l’écriture.

Langue et société

Dans le combat en faveur de l’égalité des sexes, le désir d’éliminer le masculin générique repose sur le mythe selon lequel la langue façonne les mentalités.

Est-il possible que ce soit l’inverse ? En d’autres mots, ne pourrait-on pas croire que toute langue soit le reflet de l’histoire et de l’évolution de la société qui l’utilise ?

Dans tous les cas, peut-on effacer les ‘stigmates’ des mentalités qui prévalaient autrefois ?

La mitraille de points

En France, le Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes (HCE), un organisme étatique, recommande de structurer les phrases selon le schéma suivant : racine du mot + suffixe masculin + point + suffixe féminin.

Dans tous les cas, le HCE prescrit que le suffixe masculin ait préséance sur le suffixe féminin. Pour une solution à l’écriture sexiste, cette préséance est antinomique.

À titre d’exemple, au lieu de « Pour entrer en fonction, le sénateur doit prêter serment au roi d’Angleterre », on écrira : « Pour entrer en fonction, le.la sénateur.rice doit prêter serment au.à la roi.reine d’Angleterre » (p. 29 du guide du HCE).

Pour le pluriel, au lieu des « agents territoriaux », on écrira : « agent.e.s territoriaux.ales» (p. 29 du guide du HCE).

Imaginons un instant que l’abolition du masculin générique devienne une réalité. Tout comme les textes écrits sous l’Ancien régime sont aujourd’hui publiés avec une graphie moderne (ex.: estudier est devenu étudier), toute la littérature française devra être réécrite.

On aura le choix.

On pourra alors modifier le texte. Dans l’exemple donné précédemment, « Pour entrer en fonction, le sénateur doit prêter serment au roi d’Angleterre », on écrira tout simplement « Pour entrer en fonction, chaque membre du Sénat doit prêter serment à la monarchie britannique ».

C’est pareil. Malheureusement, si ce texte avait été écrit par Lamartine, la nouvelle version ne serait pas vraiment ce qu’il a écrit. Et sur l’ensemble de son œuvre, le génie de cet auteur serait amoindri aux yeux des lecteurs d’aujourd’hui.

Par contre, si on opte pour la mitraille de points, imaginez la difficulté du jeune écolier à qui le professeur demande de lire à voix haute un texte rédigé ainsi.

Dans le même ordre d’idée, à chaque fois qu’il sera question d’un être sexué, l’acteur de théâtre, de cinéma ou de télévision se butera sur le texte écrit ou traduit en écriture inclusive.

À l’époque de l’Empire romain, tous les textes étaient en majuscules et aucun signe de ponctuation ne l’interrompait.

Au Moyen-âge, on a inventé à la fois les minuscules et les plus importants signes de ponctuation; la virgule pour insérer une pause dans la phrase et le point pour la terminer.

De nos jours, l’auteur doit user de finesse lorsque vient le temps d’utiliser une abréviation comme etc. En effet, le point de l’abréviation peut être confondu avec un point final. On pourra donc placer l’abréviation à la fin de la phrase pour que son point fasse une pierre deux coups. Autrement, la minuscule ou la majuscule au début du mot suivant permet d’indiquer au lecteur la nature du point qui le précédait.

Mitraillé par l’écriture inclusive, le lecteur doit constamment analyser la phrase pour en deviner le sens.

Le point médian

Afin d’évider cette confusion, certains suggèrent le point médian, appelé également point d’altérité. Au lieu d’être à la ligne, ce point est situé à mi-fauteur des caractères. Par exemple, les citoyen∙ne∙s.

À l’heure actuelle, le point médian n’est pas offert sur le clavier de nos ordinateurs mais pourrait l’être à l’avenir si la demande s’en fait sentir.

Le point médian nuit moins à la lisibilité du texte lorsqu’il est utilisé de manière parcimonieuse. Mais dès qu’il devient abondant — ce qui est inévitable avec l’écriture inclusive — il partage la même lacune majeure que le point conventionnel; une diminution de la lisibilité.

L’énumération du féminin et du masculin

Parmi les solutions alternatives, approuvées par le HCE, il y a l’utilisation conjointe du féminin et du masculin. C’est ce qu’on appelle la double flexion.

Prenons une communauté religieuse formée exclusivement de femmes. On les désignera collectivement comme étant des religieuses. Si cette communauté décide de devenir mixte, dès l’ajout d’un premier homme, ce sont des religieux en vertu de la règle selon laquelle le masculin l’emporte sur le féminin.

Face à ce genre de situation, l’Ordre des infirmières du Québec est devenu l’Ordre des infirmières et des infirmiers du Québec.

L’accord de proximité

Dans certaines langues, les adjectifs se conjuguent en fonction du dernier nom qu’ils qualifient. Ainsi, dans une énumération, on y écrit « Les femmes et les hommes sont nés égaux » ou « Les hommes et les femmes sont nées égales ». Dans ces langues, l’un et l’autre sont parfaitement acceptables.

La première fois qu’on lit « Thomas et Jacynthe sont belles », on est un peu surpris. Mais si cela devait devenir la norme, on finira bien par s’y habituer.

Acceptabilité sociale

Selon un récent sondage, trois Français sur quatre seraient favorables à l’écriture inclusive sans trop savoir de quoi il s’agit.

Dans l’esprit du HCE, l’écriture inclusive se confond avec le combat pour l’égalité des sexes.

Français et Québécois sont d’accord avec l’égalité entre les hommes et les femmes, un des buts visés par l’écriture inclusive.

Mais dès qu’on parle spécifiquement de l’élimination du masculin générique, les choses se compliquent.

Lorsqu’un premier manuel scolaire basé sur l’élimination du masculin générique a fait surface en France, cela a déclenché un tollé.

Accusant l’écriture inclusive d’être un peu la version féministe de la ‘novlangue’ de George Orwell, des députés français s’y sont opposés vigoureusement.

Le ministre français de l’Éducation a déclaré que l’écriture inclusive ajoute à l’écriture une complexité qui n’est pas nécessaire. Son opposition est partagée par sa collègue de la Culture.

Dans un communiqué émis le 26 octobre dernier, l’Académie française a qualifié l’écriture inclusive de péril mortel.

Sans le dire explicitement, cette opposition concerne l’élimination du masculin générique. Ce qui contribue à la confusion puisque l’écriture inclusive, en principe, est une réforme plus vaste que cela.

Conséquemment, dans l’esprit du public québécois, l’écriture inclusive est devenue synonyme de l’élimination du masculin générique.

Pour le blogueur Raphaël Fiévez du Huffington Post, bannir le masculin générique dans le but de combattre le sexisme est aussi futile que de bannir le mot race pour combattre le racisme.

Conclusion

Que la ‘méchante’ Académie française ait décidé au XVIIe siècle d’imposer le féminin générique plutôt que le masculin générique, le résultat serait fondamentalement le même; une simplification de la langue aux dépends d’un genre grammatical.

Après des siècles d’usage, certaines décisions deviennent irréversibles.

À l’heure actuelle, aucune étude scientifique n’a prouvé qu’un programme éducatif basé sur l’écrit mitraillé de points n’entrainait pas de retard dans l’apprentissage du français auprès de jeunes écoliers.

N’importe qui est libre d’écrire le français comme il le souhaite.

Contrairement aux bouleversements actuels provoqués — à juste titre — par la dénonciation du harcèlement sexuel, le combat pour l’élimination du masculin générique fait partie de ces luttes bourgeoises et superficielles qui ne changent rien à la vie de tous les jours.

Ni plus ni moins, il s’agit ici d’une version moderne des Précieuses ridicules de Molière. Conséquemment, les organismes qui y ont recours pour faire ‘cool’ se discréditent.

Dans le cas du HCE, cela est dommage puisque dans l’ensemble des mesures qu’il préconise sous l’appellation générale d’écriture inclusive, il y a beaucoup de suggestions intéressantes que cet organisme aura du mal à promouvoir après le discrédit qu’essuiera probablement sa proposition extravagante d’abolir le masculin générique.

Références :
Écriture inclusive
L’écriture inclusive, fausse solution à l’iniquité des sexes
Pour l’Académie française, l’écriture inclusive est un “péril mortel”
Pour une communication publique sans stéréotype de sexe
Qu’est-ce que l’écriture inclusive et pourquoi pose-t-elle problème ?
3 Français sur 4 se disent favorables à l’écriture inclusive

Parus depuis :
L’écriture inclusive, un débat déjà vieux de 40 ans au Québec (2017-11-23)
Ecriture inclusive : malaise à l’Académie française (2017-12-13)

Détails techniques : Appareil Olympus OM-D e-m5, objectif M.Zuiko 12-40mm — F/2,8 — 1/60 sec. — F/2,8 — ISO 640 — 22 mm


Pour consulter les textes de ce blogue consacrés à la grammaire et à l’orthographe, veuillez cliquer sur ceci.

Votre évaluation :
Appréciation moyenne : 5 — Nombre de votes : 1

Laissez un commentaire »

| Grammaire et orthographe, Langue française | Mots-clés : , , , , , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Le pluriel des nombres

7 septembre 2017
Siège de l’Académie française

L’expression d’une quantité

Si je vous dis que j’ai cent huit onces de jus en réserve, s’agit-il de cent formats de huit onces (qui font 800 onces) ou d’un format de 108 onces ?

Avec la nouvelle orthographe, c’est simple; on met un trait d’union entre tous les éléments d’un nombre écrit au long. On écrira donc cent-huit onces pour 108 onces.

Pour ce qui est du pluriel, dans les petits nombres, seuls vingt et cent sont parfois mis au pluriel.

La raison est simple; dix-sept n’est pas 10 fois 7 alors que quatre-vingts est 4 fois 20. Voilà pourquoi quatre-vingts est au pluriel.

Tout aussi logiquement, on écrira les quatre saisons et les douze mois de l’année (où quatre et douze sont au singulier). Pourquoi ? Parce que ce sont les saisons et les mois qui sont nombreux et non les chiffres 4 et 12.

À la différence d’un nombre, l’adjectif dont il est tiré se conjugue au pluriel. On parlera donc des cinquièmes Jeux olympiques et des quatre (au singulier) Jeux qui les ont précédé.

Dans les cas de vingt et de cent, ils s’accordent au pluriel seulement lorsqu’ils sont placés à la fin du nombre écrit au long. Par exemple, on écrira quatre-vingts et quatre-vingt-cinq.

Même chose pour 100. On écrira deux-cents et deux-cent-trois.

Quant à l’objet dénombré, on ne le met au pluriel qu’à partir de deux. Le médecin écrira à son patient de prendre 1,5 comprimé le matin et deux comprimés au coucher.

En anglais, le pluriel de l’objet s’applique au-delà d’un. Ce même médecin dira à un patient anglophone de prendre 1 tablet in the morning and 1,5 tablets at night.

L’expression d’un rang

Il arrive qu’un chiffre n’exprime pas une quantité mais le rang d’un objet à l’intérieur d’un ensemble.

Un livre peut avoir quatre-cents pages. Mais si je me trouve à la page 300, ce nombre n’exprime pas une quantité, mais un rang; c’est la 300e page. On écrira donc qu’il s’agit de la page trois-cent.

De la même manière, l’adresse civique indique l’ordre des maisons le long d’une rue. Le 80 de la rue Principale n’est pas un complexe immobilier formé de quatre copies de la maison située au 20 de la même rue. On écrira donc : Le Quatre-vingt (au singulier) de la rue Principale.

Même chose pour les années. L’an mille-neuf-cent est la 1900e année de notre ère. Voilà pourquoi le cent final y est au singulier.

Bref, lorsque le nombre exprime un rang, il est toujours invariable.

Mille, millions et milliards

Jusqu’à maintenant, c’est peut-être un peu compliqué, mais c’est logique.

Dépassé 999, c’est différent.

Mille est invariable pour des raisons historiques. En vieux français, mille était déjà le pluriel de mil.

On écrivait alors : « Jeanne-d’Arc est née en mil quatre cent douze » et « La dote de la reine était de deux mille écus.»

De nos jours, cette distinction a disparu. Même dans le cas des années, on peut écrire indistinctement mil-quatre-cent-douze ou mille-quatre-cent-douze à la place de 1412. Mais on ne peut écrire que deux-mille-dix-sept (jamais deux-mil-dix-sept).

Alors pourquoi donc avoir tenu à respecter cette vieille tradition alors qu’il aurait été si simple de faire en sorte que 1 000 obéisse aux même règles que 100 et 20 ?

Mystère…

Millions et milliards sont deux autres exceptions.

Ils prennent le pluriel non seulement lorsqu’ils sont placés à la fin du nombre (ex.: deux-millions d’électeurs) mais également lorsqu’ils se trouvent à l’intérieur du nombre écrit au long (ex.: deux-millions-trente dollars).

Je sais, ce n’est pas très logique, mais c’est comme ça.

Références :
Pourquoi mille est-il invariable?
Trait d’union et numéraux

Sur le même sujet : Le pluriel des couleurs

Détails techniques : Olympus OM-D e-m5, objectif M.Zuiko 12-40mm F/2,8 — 1/640 sec. — F/2,8 — ISO 200 — 12 mm


Pour consulter les textes de ce blogue consacrés à la grammaire et à l’orthographe, veuillez cliquer sur ceci.

Votre évaluation :
Appréciation moyenne : 0 — Nombre de votes : 0

Laissez un commentaire »

| Grammaire et orthographe | Mots-clés : | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Modifier la Loi 101 et l’effet domino

28 août 2017


 
Le français, une langue assiégée

Sous le titre ‘Coup dur pour la Loi 101’, le quotidien Le Devoir révélait samedi dernier les résultats d’un sondage de la firme Léger & Léger effectué entre 10 et le 13 juillet dernier auprès de 1 006 personnes.

Si on exclut les indécis, 66% des Québécois — dont 58% des répondants francophones — souhaitent qu’on permette un accès plus facile aux écoles anglaises du primaire et du secondaire à ceux qui n’y ont pas droit en vertu de la Loi 101.

Le principe fondamental de la Loi 101 est simple : seule l’école publique française est gratuite au Québec. Comme seule l’école publique italienne est gratuite en Italie. L’allemande en Allemagne. Etc.

La seule exception à cette règle, ce sont les angloQuébécois qui ont un droit constitutionnel à l’école publique anglaise. Cette dernière est donc une école d’exception alors que l’école publique française est la règle.

Le Québec a déjà fait l’expérience de la liberté de choix de la langue d’enseignement. En 1969, le gouvernement de l’Union nationale (un parti politique aujourd’hui disparu) adoptait une loi qui laissait aux parents le libre choix de la langue d’enseignement de leurs enfants.

Le résultat fut immédiat; 90% des néoQuébécois choisirent d’envoyer leurs enfants à l’école publique anglaise. Devant la menace d’une anglicisation rapide du Québec, les gouvernements libéral et péquiste adoptèrent diverses mesures correctives. Ce fut la loi 22 du PLQ puis finalement la Loi 101 du PQ, adoptée en 1977.

Pour contrer la Loi 101, l’ethnie dominante du Canada adopta cinq ans plus tard une nouvelle constitution à l’issue d’une séance ultime de négociation à laquelle le Québec ne fut pas invité.

Dans un de ses jugements, la Cour suprême du Canada a reconnu que l’article 23 de la Canadian Constitution visait à conter les dispositions linguistiques de la Loi 101.

Depuis 1982, les tribunaux utilisent tous les prétextes pour invalider des pans entiers de la Loi 101.

Aujourd’hui, on ne peut pas permettre l’accès à l’école anglaise aux francoQuébécois sans le permettre également aux néoQuébécois. Sinon, la Loi 101 sera jugée discriminatoire, donc anticonstitutionnelle. Avec les conséquences catastrophiques que cela entrainerait.

Ceci étant dit, il y a un écart entre les principes et l’application des principes. Si de nombreux francoQuébécois veulent que leurs enfants aient une meilleure connaissance de l’anglais, on peut très bien enrichir l’enseignement de l’anglais à l’école française.

La manipulation de l’opinion publique

Paradoxalement, selon ce même sondage, seulement 15% des répondants francophones souhaitent un assouplissement général de la Loi 101. Et 61%, son renforcement.

D’où la question : Comment les francoQuébécois peuvent-ils être pour une chose et son contraire ? Peut-être n’y voient-ils pas de contradiction.

Mais pour répondre véritablement à cette question, il faut se rappeler que ce sondage a été effectué avant la publication des données linguistiques du recensement de 2016.

Quel était l’état de l’opinion publique avant que soient connus les résultats de ce recensement ?

Dans les mois qui ont précédé le 35e congrès des jeunes libéraux (qui s’est tenu les 12 et 13 aout dernier), les associations des comtés anglophones ont fait savoir qu’elles se proposaient de faire adopter une résolution demandant un assouplissement de l’accès aux écoles primaires et secondaires anglaises.

Afin de stopper la montée de la CAQ dans les intentions de vote des angloQuébécois, les dirigeants du PLQ voyaient d’un bon œil l’adoption de cette résolution favorable aux angloQuébécois sans qu’il s’agisse d’un engagement formel du PLQ.

Afin de préparer le terrain, le ministre Jean-Marc Fournier (responsable de la propagande libérale) multipliait les déclarations jovialistes au sujet de la situation de français au Québec et au Canada, dissipant toute inquiétude à ce sujet.

Parallèlement, le gouvernement Couillard se disait préoccupé par le déclin démographique des angloQuébécois en région.

Bref, la table était mise pour l’adoption de cette résolution.

Et comme le gouvernement jouit d’un accès aux médias beaucoup plus facile que les partis d’opposition, cet exercice de propagande a eu pour résultat d’amener de nombreux francoQuébécois à croire que ce serait une bonne idée.

Mais voilà que Statistique Canada publie ses données originelles, très inquiétantes, au sujet de français au Québec à quelques jours du congrès des jeunes libéraux. Avec le résultat que ceux-ci rejetèrent avec sagesse les propositions des comtés anglophones. Un rejet bien accueilli par les dirigeants du PLQ, conscients que prétendre le contraire était devenu indéfendable.

La peur de faire des vagues

Les résultats de ce sondage ne montrent pas seulement la puissance de la machine de propagande libérale. Devant le silence intéressé de la Coalition Avenir Québec, aucun des partis indépendantistes n’a réussi à faire réaliser aux francoQuébécois qu’on ne doit pas toucher à la Loi 101.

Pourtant, il suffit de dix secondes aux actualités télévisées pour passer le message suivant : « Si on ouvre l’école publique anglaise aux francoQuébécois, il faut l’ouvrir aux néoQuébécois. Et si on fait ça, c’en est fini du français au Québec

La firme Léger & Léger ne manque jamais une occasion de répéter que ‘les Québécois haïssent la chicane’. Ce qu’elle oublie de dire c’est que si Camille Laurin (le père de la Loi 101) avait craint cet avertissement, le Québec serait probablement devenu majoritairement anglophone aujourd’hui. On ne fait pas d’omelettes sans casser d’œufs.

À craindre la controverse, les partis indépendantistes se condamnent à la castration idéologique.

Nos voisins du Sud doivent nous servir d’exemple; ils acceptent que des leurs meurent sous les drapeaux à l’Étranger lorsqu’on leur fait croire que c’est pour défendre la Liberté.

Il est temps qu’on nous dise qu’il y a un prix à payer pour la défense de notre langue et notre culture.

Références :
De ROC et de francophonie
La sage décision des jeunes Libéraux
Les Québécois veulent élargir l’accès à l’école anglaise
Québec inquiet de voir des communautés anglophones assimilées
Sondage Léger-Le Devoir au sujet de la Charte de la langue française

Votre évaluation :
Appréciation moyenne : 0 — Nombre de votes : 0

Laissez un commentaire »

| Anglicisation du Québec, Langue française | Mots-clés : , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


L’invraisemblance des nouvelles données de Statistique Canada

18 août 2017


Données linguistiques de 2011 et de 2016 pour l’ile de Montréal
(Note : LNO signifie Langue non officielle)

Langue parlée à la maison Nombre en 2011 % en 2011 Nombre en 2016 % en 2016
         
Français 936 870 50,3 % 953 130 49,8 %
Français + LNO 59 940 3,2 % 77 415 4,0 %
Anglais 435 675 23,4 % 437 070 22,8 %
Anglais + LNO 31 595 1,7 % 38 285 2,0 %
Français et anglais 27 670 1,5 % 34 135 1,8 %
Français + anglais + LNO 18 410 1,0 % 24 800 1,3 %
Langue non officielle 352 040 18,9 % 349 915 18,3 %
Total 1 862 200 100,0 % 1 914 765 100,0 %

Données linguistiques de 2011 et en 2016 pour la région métropolitaine
(Note : LNO signifie Langue non officielle)

Langue parlée à la maison Nombre en 2011 % en 2011 Nombre en 2016 % en 2016
         
Français 2 502 410 66,1 % 2 669 195 65,9 %
Français + LNO 87 330 2,3 % 118 980 2,9 %
Anglais 606 910 16,0 % 620 510 15,3 %
Anglais + LNO 41 050 1,1 % 50 935 1,3 %
Français et anglais 48 610 1,3 % 60 730 1,5 %
Français + anglais + LNO 27 120 0,7 % 38 480 0,9 %
Langue non officielle 472 485 12,5 % 494 525 12,2 %
Total 3 785 915 100,0 % 4 053 360 100,0 %

Remarque : Dans le texte qui suit, ‘Francophone’ est défini comme une personne qui parle principalement le français à la maison ou une langue non officielle et le français. Cela correspond aux deux premières rangées dans les tableaux ci-dessus.

 
Durant l’été, Montréal accueille un grand nombre de touristes, principalement américains. Conséquemment, il est normal que durant cette saison, on rencontre un grand nombre de locuteurs anglophones dans les quartiers touristiques de la ville.

Lorsque les données de Statistique Canada démontrent qu’il y a environ le quart de la population montréalaise qui est anglophone, cela signifie que l’usage de l’anglais devrait être bien moindre hors des quartiers dans lesquels les Anglophones sont majoritaires.

J’habite Montréal depuis quarante ans. Depuis toujours, j’emprunte les transports en commun et suis donc à même de juger de la langue utilisée par ceux qui m’entourent.

Autrefois, très peu de gens parlaient anglais dans des quartiers comme le Plateau Mont-Royal et Hochelaga-Maisonneuve.

Cela n’est plus vrai. On peut même affirmer que jamais on a autant parlé anglais à Montréal que depuis les quinze dernières années.

Selon le recensement de 2011, l’importance démographique des Francophones sur l’ile de Montréal a décliné d’un pour cent entre 2006 et 2011.

Selon les données corrigées du recensement de 2016 (celles datées du 17 aout), la tendance s’est soudainement inversée; l’ile de Montréal se serait refrancisée de 0,3% entre 2011 et 2016 alors que rien, à ma connaissance, ne permet d’expliquer ce bouleversement.

Pour l’ensemble de la région métropolitaine, le même miracle se serait produit.

Alors que l’importance démographique des Francophones y avait diminué de 0,8% entre 2006 et 2011, la tendance se serait inversée entre 2011 et 2016. En effet, l’ensemble de la région métropolitaine se serait soudainement refrancisée de 0,4%.

On voit mal comment Montréal se serait refrancisée quand 60% des néoQuébécois choisissaient de s’assimiler à l’anglais il y a à peine cinq ans. Ce revirement soudain est invraisemblable.

Pour donner une idée de l’ampleur de ce changement, c’est comme si la proportion des néoQuébécois qui s’anglicisaient était demeurée au-delà de 60% pendant un demi-siècle mais qu’elle avait chuté soudainement à 40% au cours des cinq dernières années.

Nous reconnaissons tous l’importance de baser notre jugement sur des faits. Toutefois, beaucoup d’études mal faites sont aussitôt contredites par d’autres, plus rigoureuses.

Ce recensement, c’est n’importe quoi. Malheureusement, il n’existe aucune autre étude qui permet de vérifier la véracité des données de Statistique Canada.

Et le cafouillage qui a entouré ce recensement ne fait rien pour rehausser la crédibilité de l’organisme qui l’a entrepris.

Lorsqu’on apprend que les employés fédéraux sont maintenant évalués au sujet de leur fiabilité et leur loyauté envers le Canada, je crois qu’il est imprudent de baser nos politiques linguistiques sur une seule source d’information, et de remettre ainsi notre sort entre les mains du gouvernement fédéral.

N’oublions jamais que le Canada est un pays colonial qui, à la différence des autres, ne possède pas ses colonies sous les tropiques mais réparties sur son territoire; des poches autochtones régies par un apartheid juridique dont le but est leur lente extermination, et le Québec à qui le Canada anglais a imposé une constitution adoptée à l’issue d’une séance ultime de négociation à laquelle nous n’étions pas invités. Comme tout empire colonial le ferait à l’égard d’une colonie.

Étant donné le rapport particulier qui nous lie au pouvoir colonial canadien, il serait sage que le Québec effectue son propre ‘dénombrement linguistique’ (qui pourrait s’appeler ainsi dans l’éventualité où le fédéral se serait accordé l’exclusivité constitutionnelle de tenir des recensements au pays).

Le recensement de 2016 a couté 715 millions$. La population québécoise représente 23% de celle du Canada. Par règle de trois, cela donnerait 164 millions$. Cet investissement entrainerait 100% de retombées économiques pour le Québec.

Afin d’obtenir une image plus précise de la démographie linguistique du Québec, le questionnaire de ce dénombrement devrait éviter de simplement répéter les questions d’ordre linguistique du recensement canadien.

Références :
Données corrigées du recensement de 2016 : Montréal
Données corrigées du recensement de 2016 : région métropolitaine

Parus depuis :
Statistique Canada maquille le déclin du français (2017-09-05)
Statistique Canada masque le déclin du français (2017-10-10)
La francisation des immigrants au Québec est un échec, selon la vérificatrice générale (2017-11-23)
La francisation au Québec est un fiasco, dit le rapport de la vérificatrice générale (2017-11-24)

Votre évaluation :
Appréciation moyenne : 0 — Nombre de votes : 0

Laissez un commentaire »

| Démographie, Langue française | Mots-clés : , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


%d blogueurs aiment cette page :