Pouvoir d’achat : BRICS vs G7

Publié le 7 janvier 2024 | Temps de lecture : 0 minutes


Laissez un commentaire »

| Économie, Géopolitique | Mots-clés : , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Le pétard mouillé du centre de commandement du Hamas sous l’hôpital Al-Shifa

Publié le 11 décembre 2023 | Temps de lecture : 3 minutes

Le mois dernier, la chaine américaine CNN diffusait un reportage du journaliste Westley Clark au cours duquel le brigadier Daniel Hagari, porte-parole de l’armée israélienne, procédait à une ‘visite guidée’ des tunnels construits par le Hamas sous l’hôpital Al-Shifa, le principal hôpital de la bande de Gaza.

Puisque ce reportage est maintenant disponible sur YouTube (ci-après), les lecteurs de ce blogue qui ne parlent pas anglais peuvent maintenant choisir d’afficher des sous-titres en français, ce qui n’était pas possible originellement sur CNN.

Cliquez sur l’image pour démarrer

L’armée israélienne a justifié sa destruction de l’hôpital Al-Shifa par le fait que, selon elle, celui-ci servait de façade à des opérations militaires souterraines du Hamas.

En voyant le reportage de CNN, ce qui est frappant, c’est la minceur de la preuve.

On y voit plusieurs petites salles dont une qui est présentée comme l’arsenal du Hamas puisqu’on y trouve quatre mitraillettes laissées à terre. Plus loin, une motocyclette poussiéreuse qui a servi peut-être à l’attaque du 7 octobre dernier… ou peut-être pas.

Ailleurs, une corde près d’une modeste chaise en bois prouverait que cette dernière servait à la torture de prisonniers attachés à celle-ci.

Cliquez sur l’image pour démarrer

Les journalistes Liselotte Mas et Thomas Eydoux du quotidien Le Monde ont soigneusement analysé les vidéos publiés par l’armée israélienne pour en arriver à la conclusion que les tunnels qu’on y voit ne sont pas situés sous l’hôpital.

En réalité, le Hamas a construit un important réseau de tunnels souterrains pour les mêmes raisons que fut construit le ‘Montréal souterrain’ au centre-ville; pour se protéger d’une menace.

À Montréal, il s’agit d’une menace climatique (les rigueurs de l’hiver) alors qu’à Gaza, c’est la menace de bombardements israéliens.

Le Montréal souterrain est long de 32 km alors que les tunnels de la bande de Gaza totaliseraient près de 400 km.

Autre différence majeure : les tunnels de la bande de Gaza sont étroits et interdits aux Gazaouis en général.

Ils servent au Hamas à transporter du personnel et du matériel. En cas d’attaque, ils peuvent accélérer les déplacements lorsque les rues sont envahies par des ennemis et/ou encombrées de débris.

Il semble bien que l’armée israélienne soit obsédée par ces tunnels de Gaza comme le mari contrôlant est obsédé par les secrets de l’épouse qui lui résiste.

Complément de lecture : What ‘tunnels’ and ‘hostages’ mean in Gaza

Paru depuis : Droit international : peut-on parler de génocide à Gaza ? (2023-12-14)

Laissez un commentaire »

| Guerre en Palestine, Politique internationale | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Les conséquences géopolitiques des difficultés de production d’armement en Occident

Publié le 8 décembre 2023 | Temps de lecture : 8 minutes


 
En Ukraine

Quoi qu’ils en disent, les pays occidentaux sont cobelligérants dans la guerre en Ukraine.

Leur appui militaire s’est toutefois limité au renseignement satellitaire et, de manière générale, à la fourniture d’armement puisé dans leurs réserves.

En effet, le complexe militaro-industriel américain — le plus important au monde — a diminué sa production d’armement en 2022, confronté à trois problèmes :
• la difficulté de recruter de la main-d’œuvre qualifiée,
• les perturbations des chaines d’approvisionnement, et
• la flambée des couts.

Par contre, dans les mois qui ont suivi le déclenchement de la guerre en Ukraine, de nombreux pays d’Europe de l’Est se sont débarrassés de leur vieux matériel militaire russe datant de l’époque où ils étaient des républiques soviétiques.

Cela se justifiait par le fait que c’est le matériel avec lequel les soldats ukrainiens sont les plus familiers. Donc pour lequel ils n’ont pas besoin de formation.

Pour les pays donateurs, c’était aussi une manière de se défaire d’un matériel caduc dans la mesure où il ne répond pas aux normes d’interopérabilité exigées par l’Otan.

Sur les ondes de CNN, une experte américaine s’était réjouie qu’au prix d’aussi peu que cinq pour cent de leur budget militaire, les États-Unis pouvaient tester leur armement dans les conditions réelles d’une guerre et affaiblir l’armée russe par la même occasion sans risquer la vie d’un seul soldat américain.

Ce ‘cinq pour cent’ est trompeur. Le budget militaire américain comprend non seulement l’achat de matériel, mais également la solde des soldats, ce qui est nécessaire pour les nourrir, les habiller et les héberger, de même que les sommes vouées à l’entretien des 800 bases américaines réparties à travers le monde.

En réalité, Washington a donné à Kyiv environ le tiers de ses réserves d’armement si on exclut les sous-marins, les porte-avions, les chasseurs bombardiers et les ogives nucléaires.

Puisqu’un autre tiers fait partie de ses réserves stratégiques, Washington a commencé à freiner sa fourniture d’armement à l’Ukraine. De nos jours, pour diverses raisons (dont certaines liées à la politique partisane), les armes américaines sont livrées à l’Ukraine au compte-goutte.

Aux États-Unis, un nombre croissant d’experts militaires expriment (plus ou moins explicitement) l’avis selon lequel l’Ukraine a une obligation de réussite : elle reçoit gratuitement des armes en échange de quoi elle doit gagner la guerre contre la Russie.

En clair, le marché implicite entre les États-Unis et l’Ukraine est que celle-ci doit battre la Russie à défaut de quoi l’Ukraine cesse d’être digne d’intérêt.

Au Proche-Orient

Afin de permettre à Israël de mieux combattre ses ennemis, les États-Unis entreposaient une grande quantité de matériel militaire dans ce pays, prêt à lui être livré en cas de besoin.

Au début de la guerre en Ukraine, Washington croyait avoir trouvé une bonne idée; au lieu d’acheminer du matériel militaire à partir des États-Unis, on approvisionnerait secrètement l’Ukraine à partir des réserves américaines en Israël, 4,7 fois plus proches.

Mais le réveil des hostilités israélo-palestiniennes a pris de court Washington, incapable d’alimenter militairement son allié le plus fidèle au Proche-Orient, les réserves américaines étant à leur plus bas.

Conséquemment, le secrétaire d’État américain (l’équivalent d’un ministre des Affaires étrangères) effectue depuis trois mois des dizaines de déplacements entre les capitales des pays du Proche et du Moyen-Orient afin d’éviter un embrasement général dans cette partie du monde.

En Chine

Le conflit entre le Hamas et Israël force les États-Unis à rétropédaler au sujet de la Chine.

Parce qu’en politique internationale, tout se tient. Donc, ce qui se passe en Europe de l’Est et au Proche-Orient influence la politique américaine à l’autre bout du monde.

Depuis longtemps, les États-Unis savent que la Chine est la plus importante menace à leur hégémonie. Depuis Trump, on l’admet officiellement.

Dans le but de ralentir l’émergence de la Chine à titre de première puissance mondiale, les États-Unis lui ont imposé des tarifs douaniers et ont déclenché un embargo technologique contre elle, en se basant sur le préjugé largement répandu selon lequel la croissance économique chinoise repose sur la piraterie des brevets occidentaux.

Le 2 mars dernier, l’Institut australien de politique stratégique publiait une étude qui concluait que la recherche chinoise était en avance dans 37 des 44 technologies de pointe étudiées.

L’un des sept secteurs où la Chine est en retard est celui des semi-conducteurs. C’est à Taïwan que sont fabriquées les puces les plus avancées au monde.

En raison de leur importance industrielle, toute menace à l’approvisionnement américain en semi-conducteurs taïwanais devient une menace aux intérêts géostratégiques des États-Unis.

Pour atteindre leur autosuffisance avant qu’éclate un conflit armé à Taïwan, ceux-ci ont décidé d’offrir de généreuses mesures incitatives aux fabricants taïwanais pour qu’ils bâtissent des usines en sol américain.

Mais leur implantation se fait péniblement.

En juillet 2023, TSMC — le leadeur mondial des semi-conducteurs — annonçait le report de l’ouverture de son usine de 40 milliards$US en Arizona.

Même si l’usine proprement dite a été érigée en un temps record, la compagnie rencontre des difficultés imprévues à recruter la main-d’œuvre qualifiée dont elle a besoin pour la faire fonctionner.

Si les sanctions économiques, de même que le blocus technologique américain, peuvent ralentir l’émergence de la Chine, ils ne suffisent pas à l’empêcher.

Ce qui pourrait y faire obstacle, c’est une guerre ruineuse entre la Chine continentale et l’ile de Taïwan.

Depuis des années, Beijing ne cesse de répéter que toute déclaration unilatérale d’indépendance de Taïwan serait un casus belli, c’est-à-dire un motif justifiant la guerre.

Donc le ‘truc’ pour amener la Chine à guerroyer est de susciter une telle déclaration. À cette fin, les États-Unis s’emploient depuis des années à manipuler l’opinion publique taïwanaise.

Mais voilà qu’éclatent les hostilités au Proche-Orient, s’ajoutant à celles entre l’Ukraine et la Russie.

Coincés d’un côté par la lenteur à assurer leur autosuffisance en matière de semi-conducteurs et d’un autre côté, par l’impossibilité de faire face simultanément à un autre conflit militaire, les États-Unis doivent impérativement mettre en pause leurs efforts en vue d’une guerre sino-taïwanaise.

D’où ce ballet diplomatique des grands fonctionnaires de l’administration Biden qui se rendent en Chine pour la première fois depuis cinq ans afin de faire patte blanche et de proclamer l’importance soudainement retrouvée à leurs yeux des bonnes relations économiques avec ce pays.

Au Proche et au Moyen-Orient

Depuis des années, Washington sème la discorde entre les pays arabes en plus de guerroyer dans ceux d’entre eux qui sont des pays producteurs de pétrole (sauf l’Arabie saoudite).

Un des objectifs de la diplomatie américaine était d’amener individuellement ces pays divisés à s’entendre avec Israël en vertu d’ententes bilatérales facilitées par le pouvoir de persuasion du dollar américain.

Or, contrairement à leurs dirigeants, la population des pays musulmans — qu’ils soit à majorité sunnite ou chiite — n’a jamais cessé d’être solidaire du peuple palestinien.

Dans un contexte où, dans tous les pays arabes ou musulmans, la rue crie actuellement sa colère face à ce qu’elle voit quotidiennement aux actualités, les dirigeants de ces pays réalisent qu’Israël est devenu — pour l’instant — infréquentable. Du coup, les accords de coopération prévus sont remis à plus tard.

Références :
Blinken holds high-stakes talks in China amid rising tensions between world’s two superpowers
China leading US in technology race in all but a few fields, thinktank finds
In Ukraine, U.S. tax dollars are funding more than just military aid
L’augmentation du chiffre d’affaires issu des ventes d’armes du Top 100 du SIPRI impactée par des défis de production et des carnets de commandes remplis
L’engrenage ukrainien
L’invasion de Taïwan par la Chine continentale
Pendant ce temps en Chine : les semi-conducteurs
Pentagon Sends U.S. Arms Stored in Israel to Ukraine
Poland to deliver fighter jets to Ukraine in major escalation of military backing
The world is big enough for US and China, Yellen says as she concludes Beijing trip
TSMC: Chip giant delays Arizona production in blow to Biden
Xi and Biden cool the heat, but China and the US are still on collision course

Un commentaire

| Course aux armements, Géopolitique | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Les difficultés de l’approvisionnement militaire en 2022

Publié le 7 décembre 2023 | Temps de lecture : 7 minutes


 
Introduction

Le 4 décembre dernier, l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (SIPRI) publiait son plus récent rapport annuel sur le marché de l’armement, soit celui pour l’année 2022.

Cette année-là, les cent plus grands fabricants ont vendu en matériel militaire pour 597 milliards$US, soit 3,5 % de moins qu’en 2021.

Une quantité colossale d’armement a été utilisée dans le cadre de la guerre à haute intensité menée par la Russie en Ukraine. Or ce qui a été en forte demande, ce sont des systèmes de défense aérienne, des munitions, des blindés, des lance-missiles et des drones.

Parmi les 21 compagnies aptes à fournir ce genre de matériel, les deux tiers ont connu une augmentation de leurs ventes. Les sept autres auraient connu le même sort, n’eût été leurs problèmes de production.

Aux États-Unis

De ces cent plus grands fabricants, 42 sont américains. Ils représentent 51 % de tout l’armement vendu à travers le monde. La baisse de leurs chiffres d’affaires a été en moyenne de 7,9 %.

En effet, malgré l’afflux des commandes, le complexe militaro-industriel américain s’est avéré incapable de maintenir sa production. Et ce, pour trois raisons :
• la difficulté de recruter de la main-d’œuvre qualifiée,
• les perturbations des chaines d’approvisionnement, et
• la flambée des couts.

À titre d’exemple, les ventes militaires de Boeing (quatrième producteur mondial) ont chuté de 19 % en 2022.

On s’attend à un rebond des ventes au cours des prochaines années, au fur et à mesure que les entreprises américaines surmonteront leurs difficultés.

De manière générale, les États-Unis se spécialisent dans la production minutieuse d’armement haut de gamme vendu en vertu de contrats s’étendant sur plusieurs années.

Ce qui fait que l’armement américain fabriqué en 2022 visait à satisfaire les commandes reçues bien avant le début de la guerre en Ukraine. Celle-ci a surtout profité aux pays plus prompts que le complexe militaro-industriel américain.

Dans le Sud global

Les 22 fabricants non occidentaux — d’Asie, d’Océanie et du Proche-Orient, à l’exclusion donc de la Russie — ont vu leur chiffre d’affaires augmenter de 3,1 % pour atteindre 134 milliards$US, démontrant ainsi leur capacité à répondre à une demande accrue dans des délais plus courts.

Pour la deuxième année consécutive, ils ont réalisé des ventes supérieures à celles de leurs concurrents européens.

La réactivité plus grande des fabricants asiatiques s’explique, entre autres, par le recours à des fournisseurs locaux ou régionaux, alors que les fabricants occidentaux conçoivent et assemblent leurs armes à partir d’une multitude de fournisseurs répartis à travers le monde. Ce qui les rend plus sujets aux bris d’approvisionnement.

Deuxième fabricant mondial d’armements, la Chine possède huit entreprises au classement SIPRI. Elles ont connu une augmentation de leurs ventes de 2,7 % (pour atteindre 108 milliards$US).

C’est au Proche-Orient (où se trouvent 7 des entreprises du palmarès) que la croissance des ventes a été la plus forte, soit 11 % (pour atteindre 17,9 milliards$US).

Les quatre entreprises turques ont enregistré une augmentation de leurs ventes de 22 % (pour atteindre 5,5 milliards$US). Le producteur turc des drones bon marché Bayraktar (qui ont fait fureur en Ukraine) est entré dans le palmarès SIPRI en raison de l’augmentation de 94 % de son chiffre d’affaires.

La croissance des ventes israéliennes (trois fabricants au Top 100) a été de 6,5 % pour atteindre 12,4 milliards$US.

Pour terminer, les ventes indiennes se sont accrues de 7,4 % (à 6,4 milliards$US).

En Europe

Les 26 entreprises européennes qui font partie de ce classement ont vu leurs ventes augmenter de seulement 0,9 %, pour atteindre 121 milliards$US.

Les sept compagnies britanniques qui apparaissent dans le palmarès de SIPRI ont été plus chanceuses, avec une croissance des ventes de 2,6 % (à 41,8 milliards$US).

Les ventes d’armement ont essentiellement augmenté en provenance des pays qui produisent ce qui était nécessaire à la guerre d’usure à haute intensité menée en Ukraine, soit l’Allemagne, la Norvège et la Pologne.

Depuis des années, la Pologne se dote d’un complexe militaro-industriel efficace et moderne. À cette fin, elle y investit des sommes colossales, soit annuellement près de quatre pour cent de son PIB.

Ce pari sur la guerre s’est avéré payant puisqu’en 2022, la société d’État PGZ (Polska Grupa Zbrojeniowa) — qui regroupe toutes les usines d’armement du pays — a augmenté son chiffre d’affaires de 14 %.

Cédant aux pressions américaines, l’Allemagne s’est brutalement sevrée du gaz fossile russe en 2021. Du coup, ce pays a envisagé de limiter l’approvisionnement énergétique de son industrie lourde pour l’hiver suivant (celui de 2022-2023). Une crainte qui s’est avérée superflue en raison d’une saison froide anormalement douce.

Dans l’insécurité quant à leur approvisionnement, les industriels allemands ont hésité à augmenter leur production. C’est pourquoi leurs ventes n’ont augmenté que de 1,1 % en 2022.

La délocalisation de la production industrielle

En économie, on distingue trois secteurs.

Le secteur primaire est celui qui est lié à l’exploitation des ressources naturelles : agriculture, forêt, pêche, mines et gisements. Le secteur secondaire est lié à la transformation industrielle de la production du secteur primaire. Le secteur tertiaire est celui des services : banques, finance, assurances, services juridiques, etc.

Au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, les États-Unis possédaient la moitié de la puissance industrielle mondiale. Entre autres, parce que l’Europe venait de se faire harakiri.

Au cours des décennies suivantes, les pays occidentaux ont privilégié la croissance de leur secteur tertiaire.

À l’époque, beaucoup d’intellectuels faisaient un rapprochement entre la Révolution industrielle et celle qu’ils anticipaient pour demain.

La première a provoqué l’émergence des pays industrialisés aux dépens des pays agricoles. Et dans le futur, croyait-on, les pays riches seront ceux qui auront développé leur secteur tertiaire parce que c’est celui à la plus forte valeur ajoutée.

D’où l’idée de délocaliser vers les pays pauvres (mis en concurrence les uns contre les autres) la production de biens concrets en raison des marges bénéficiaires limitées qu’ils génèrent.

Ce qui, en temps de guerre, pose un problème majeur. En effet, c’est le secteur secondaire (celui de la production industrielle) qui fournit l’essentiel de l’effort de guerre.

Il est beaucoup plus facile de transformer une chaine de montage automobile en chaine de montage d’obus que vouloir faire la même chose avec un cabinet d’avocats.

En d’autres mots, l’hypertrophie du secteur tertiaire dans les pays occidentaux nuit à leur aptitude à transformer rapidement leur économie en une économie de guerre.

C’est ce que démontre l’étude de SIPRI.

Ceci entraine d’importances conséquences géostratégiques, comme nous verrons dans le second texte de cette série.

Référence : L’augmentation du chiffre d’affaires issu des ventes d’armes du Top 100 du SIPRI impactée par des défis de production et des carnets de commandes remplis

Laissez un commentaire »

| Course aux armements, Géopolitique | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


L’appel au génocide et le Code criminel canadien

Publié le 22 novembre 2023 | Temps de lecture : 4 minutes

Introduction

Au Québec, le Code civil (d’inspiration française) est de compétence constitutionnelle québécoise tandis que le Code criminel est de compétence constitutionnelle fédérale.

Le 28 octobre dernier, s’adressant du haut de l’esplanade de la Place des Arts à des milliers de manifestants réunis à ses pieds sur la rue Saint-Urbain, l’imam Adil Charkaoui a prononcé en arabe une prière en appelant à l’extermination totale des Sionistes et des ennemis de Gaza.

Qui est Charkaoui ?

Immigré au Canada en 1995, Adil Charkaoui n’a reçu la citoyenneté canadienne qu’en 2014 en raison de l’opposition des services de renseignement canadien qui le soupçonnaient d’être un agent dormant d’Al-Qaida.

Arrêté en mai 2003 en vertu d’un certificat de sécurité — à l’époque du gouvernement libéral de Jean Chrétien — il sera libéré 21 mois plus tard sous certaines conditions.

Très tôt après son arrivée au Canada, l’enseignant Adil Charkaoui s’est dit imam. Ce qu’il est véritablement.

Chez les Musulmans sunnites, n’importe qui peut devenir imam puisque celui-ci est simplement la personne qui dirige la prière. Et tout endroit (même la rue) où des Musulmans se réunissent pour prier sous sa direction devient une mosquée.

Excédé par la lenteur du fédéral à lui accorder la citoyenneté canadienne, il s’adressera aux tribunaux. Paniqué à l’idée de révéler la preuve contre lui, le gouvernement conservateur de Stephen Harper préfèrera le naturaliser.

Brièvement, le Collège Maisonneuve lui a loué un local inoccupé afin de lui permettre d’enseigner sa doctrine religieuse. Il est établi que son matériel pédagogique contenait des hyperliens vers des sites djihadistes. Deux de ses étudiants sont partis faire le djihad en Syrie.

Le Code criminel et la haine ethnique

À la suite de son appel au génocide, le Service de police de Montréal a ouvert une enquête criminelle qui a été transférée aujourd’hui à la GRC (Gendarmerie royale du Canada).

Si cette enquête devait aboutir à des accusations criminelles, il est douteux qu’Adil Charkaoui soit reconnu coupable. Pourquoi ?

Le deuxième paragraphe de l’article 319 du Code criminel prescrit :

Quiconque, par la communication de déclarations autrement que dans une conversation privée, fomente volontairement la haine contre un groupe identifiable est coupable […] d’un acte criminel et passible d’un emprisonnement maximal de deux ans…

C’est clair.

Malheureusement, le troisième alinéa du même article s’empresse de nuancer :

Nul ne peut être déclaré coupable d’une infraction prévue au paragraphe 2 dans les cas suivants :
[…]
il a, de bonne foi, exprimé une opinion sur un sujet religieux ou une opinion fondée sur un texte religieux auquel il croit, ou a tenté d’en établir le bien-fondé par argument […]

En somme, si la doctrine de l’imam Charkaoui préconise l’extermination des ‘Sionistes et des ennemis de Gaza’, poursuivre cet imam est de la persécution religieuse.

Voilà pourquoi jamais un prêtre, un pasteur, un rabbin, un imam ou un gourou n’a été condamné au Canada pour des prédications incendiaires.

Conclusion

Grâce à la bienveillance du gouvernement fédéral, l’imam Charkaoui a obtenu la citoyenneté canadienne; il a prêté allégeance à la couronne britannique et s’est engagé à respecter les lois canadiennes (dont les articles qui autorisent la haine religieuse).

Du coup, il est libre de prêcher sa doctrine. Et il en sera ainsi tant que le Québec n’accèdera pas à son indépendance, à la suite de laquelle la République québécoise adoptera son propre Code criminel basé sur la laïcité.

Références :
Adil Charkaoui
Le certificat de sécurité émis contre Charkaoui révoqué
L’enquête sur le discours d’Adil Charkaoui transférée à la GRC

Paru depuis : Adil Charkaoui ne sera pas poursuivi pour incitation à la haine (2024-05-16)

Pour consulter tous les textes de ce blogue consacrés au prix que nous payons pour appartenir au Canada, veuillez cliquer sur ceci.

Laissez un commentaire »

| Guerre en Palestine, le prix du fédéralisme, Politique canadienne | Mots-clés : , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Pendant ce temps en Chine : les semi-conducteurs

Publié le 20 octobre 2023 | Temps de lecture : 10 minutes

Introduction

Le 2 mars dernier, l’Institut australien de politique stratégique publiait une étude effectuée sur plus d’un an et qui concluait que la recherche chinoise était en avance dans 37 des 44 technologies de pointe étudiées.

Les semi-conducteurs sont un des sept domaines où l’Occident prime encore. Ceux-ci sont des composants essentiels de tout produit de consommation dit ‘intelligent’, du réfrigérateur haut de gamme, au téléviseur branché, en passant par l’auto électrique, etc.

À l’intérieur de ces puces, le courant électrique parcourt un grand nombre de circuits. Plus ces circuits sont courts et rapprochés les uns des autres, plus le courant électrique effectue ses tâches rapidement.

Actuellement, la technologie la plus sophistiquée pour graver ces puces, c’est la lithographie UV extrême (Deep UV Lithography). Celle-ci est capable de graver des circuits d’une finesse de 2 nanomètres.

La seule compagnie au monde qui peut graver des circuits intégrés avec une telle précision, c’est TSMC (Taiwan Semiconductor Manufacturing Company).

Ses puces haut de gamme actuelles sont à 3 nm; elle projette de fabriquer des puces à 2 nm à partir de 2025.

Les plans quinquennaux chinois

Périodiquement, les grands mandarins de l’État chinois planifient l’économie du pays pour les cinq années suivantes.

En 2014, la Chine mettait sur pied un fonds d’investissement de 21,8 milliards$US destiné à rendre la Chine autosuffisante en matière de semi-conducteurs.

Dans son plan quinquennal de 2019, la Chine haussait son investissement à 29,1 milliards$US.

Et finalement, en 2023, c’est 40 milliards$US que la Chine investira au cours des cinq prochaines années.

En 2021, l’importance stratégique des semi-conducteurs est apparue lorsque les carrossiers américains et certains fabricants d’appareils électroménagers ont dû interrompre leur production en raison de problèmes d’approvisionnement en semi-conducteurs asiatiques.

Cette crise des semi-conducteurs a justifié l’adoption en 2022 d’une des deux plus importantes pièces législatives de l’administration Biden, soit le ‘CHIPS and Science Act’.

Huit ans après la Chine, les États-Unis se dotaient d’un plan d’investissement de 280 milliards$US destiné à soutenir la recherche fondamentale au sujet des semi-conducteurs et à encourager leur fabrication en sol américain.

Afin d’empêcher la Chine de combler son retard dans ce domaine, les États-Unis ont interdit l’exportation dans ce pays :
• de puces électroniques puissantes, notamment celles qui servent à l’intelligence artificielle,
• du matériel robotisé nécessaire à leur fabrication,
• des ingrédients qui entrent dans leur composition, et
• des logiciels nécessaires à leur conception.

Au départ, le blocus technologique concernait uniquement l’exportation par des entreprises américaines. Mais depuis le début de 2023, les États-Unis ont conclu des accords avec le Japon et les Pays-Bas qui calfeutrent les fuites possibles vers la Chine de puces fabriquées dans ces deux pays.

Signalons que Taïwan ne participe pas à ce blocus technologique qui n’est ni dans son intérêt commercial ni son intérêt sécuritaire.

Le microprocesseur à 7 nm de Huawei

Malgré son bannissement occidental en tant qu’équipementier téléphonique, Huawei est encore la marque de téléphone multifonctionnel la plus populaire en Chine.

Il y a six semaines, cette compagnie lançait le Mate 60 Pro et le Mate 60 Pro+ 5G. Ces modèles sont propulsés par un microprocesseur dont les circuits intégrés ont été gravés à 7 nm.

Pourtant, depuis octobre 2022, quiconque vend à la Chine des semi-conducteurs à 16 nm ou moins est passible des sanctions prévues par la loi américaine.

Or non seulement Huawei a été capable de concevoir les prototypes de ses nouveaux modèles avec des puces ‘interdites’, mais l’entreprise assure être capable d’en trouver des dizaines de millions d’autres pour équiper ses nouveaux appareils au cours des mois qui viennent.

Ce qui veut dire qu’il existe en Chine un ou plusieurs fabricants en mesure de graver des semi-conducteurs à 7 nm pour Huawei.

Aparté : En raison du blocus technologique imposé par Washington contre la Chine, Apple a dû rompre ses liens commerciaux avec Ofilm. Celle-ci est la compagnie chinoise qui fabriquait les modules photographiques des périphériques mobiles d’Apple. Ofilm a pris sa revanche en devenant le fournisseur officiel… d’Huawei.

Le secret de la percée chinoise

Nous avons vu plus tôt que seule la Taiwan Semiconductor Manufacturing Company était capable de produire des semi-conducteurs à 3 nm. Et bientôt à 2 nm.

Mais le mérite de cette prouesse technologique ne lui appartient pas. Il revient revient plutôt à une compagnie néerlandaise, l’ASML Holding. Celle-ci est le principal fabricant des machines qui servent à graver les semi-conducteurs.

Cette entreprise ne fabrique pas de puces électroniques; elle fabrique les microlithograveuses, c’est-à-dire les robots dont ont besoin les entreprises qui fabriquent des semi-conducteurs.

Ses machines de cent-quatre-vingts tonnes coutent près de 150 millions de dollars canadiens (environ 100 millions d’euros) et nécessitent dix-huit mois d’assemblage.

À la suite de pressions américaines, les Pays-Bas ont imposé à ASML Holding l’obligation d’obtenir un permis pour exporter ses machines les plus précises. Comme c’est déjà le cas pour du matériel militaire.

Cette mesure est partiellement entrée en vigueur le 1er septembre dernier et sera pleinement opérationnelle le 1er janvier 2024.

À partir de cette date, les fabricants étrangers de semi-conducteurs ne pourront plus vendre à la Chine des puces à 16 nm ou moins. De plus, leurs succursales en sol chinois sont astreintes à cette même limite.

C’est ainsi que la TSMC fabrique ses puces à 3 nm dans ses installations taïwanaises. Mais à Nanjing, son unique filiale chinoise fabrique des semi-conducteurs limités à 24 nm.

Jusqu’ici, la seule manière de graver en Chine des semi-conducteurs plus performants était d’acheter des microlithograveuses néerlandaises.

C’est ce qu’on fait les clients chinois d’ASML Holding. Ceux-ci représentaient 8 % de son chiffre d’affaires au premier trimestre de 2023, 24 % au deuxième et 46 % au troisième trimestre.

De toute évidence, les fabricants chinois de semi-conducteurs se sont empressés d’acheter tout ce qui leur était permis jusqu’à la date limite. Or l’un d’eux, de toute évidence, a pu se procurer une microlithograveuse à 7 nm.

À l’inverse de la croissance de ses importations de microlithograveuses néerlandaises, la Chine réduisait de 15 % ses importations de puces électroniques, probablement parce qu’elle est maintenant en mesure de les produire elle-même.

Mais dès 2024, il sera impossible pour ce pays de se procurer de nouvelles machines. Au fur et à mesure que la technologie évoluera, l’Occident disposera de semi-conducteurs de plus en plus performants alors que la Chine sera limitée à fabriquer de vieilles puces électroniques.

C’est du moins le pari de Washington. Mais déjà, le ciel s’assombrit.

Jusqu’à maintenant, l’unique fabricant de microlithograveuses en Chine, la Shanghai Micro Electronics Equipment (SMEE) ne pouvait pas fabriquer des robots capables de graver avec une précision plus fine que 90 nm.

On est loin de 5 nm.

Mais cet été, la SMEE annonçait la mise au point d’une microlithograveuse qui fabriquera des puces à 28 nm. C’est un saut technologique important.

Ce qui signifie que la Chine comble à grands pas son retard technologique dans ce domaine.

Conclusion

Alors que l’administration Trump a voulu combattre la montée en puissance de l’économie chinoise en imposant des tarifs douaniers, l’administration Biden a réalisé que l’hégémonie mondiale des États-Unis reposait, entre autres, sur leur supériorité technologique.

D’où la nécessité pour eux d’investir massivement afin de maintenir leur position dominante.

Aussi sage soit l’approche Biden, elle arrive quand la Chine est déjà en avance dans la grande majorité des technologies de pointe actuelles.

Et dans les domaines où les États-Unis ont conservé un leadeurship, leur avance rétrécit avec une vitesse telle qu’on peut anticiper que l’écart n’aura bientôt plus d’importance.

À la tête du pays comme au sein de sa population, la Chine compte beaucoup plus d’ingénieurs et de polytechniciens.

Par contre, les États-Unis — dirigés majoritairement par des avocats et des millionnaires — souffrent d’un manque d’accessibilité économique qui empêche des millions de jeunes issues de la ‘classe moyenne’ d’accéder aux études supérieures dans les domaines scientifiques et techniques.

Ce qui entraine inévitablement l’érosion de l’avance technologique des États-Unis dans les domaines où ils excellent.

Références :
ASML
ASML chip-making equipment sales fall as China rushes to secure tools ahead of widened US export controls
China’s chip imports decline 15% in first nine months of 2023 as the country braces for a new round of US tech export controls
China Expecting Key Native Lithography Machine This Year: SCMP
China Integrated Circuit Industry Investment Fund
China plans to build a giant chip factory driven by particle accelerator
CHIPS and Science Act
For Chinese chip-making, lack of advanced lithography systems becomes a focal point in wake of Huawei’s breakthrough
Huawei bolsters its push for 5.5G networks with operators from the mainland, Hong Kong and the Middle East
Pénurie de semi-conducteurs : de petites puces, mais de gros problèmes
L’invasion de Taïwan par la Chine continentale
Lithographie extrême ultraviolet
Part de marché des différentes marques de smartphone en 2023, selon les régions du monde
Huawei helps China to win ‘symbolic’ victory in defying Washington’s sanctions with Mate 60 Pro but headwinds remain
Ofilm, formerly blacklisted by US and dumped by Apple as supplier, is contractor for Huawei’s Mate 60 phone
The Netherlands has started limiting chip gear exports to China
TSMC Gets China Chip Waiver From US, Eyeing ‘Permanent’ Permit
World’s largest chipmaker TSMC sees biggest drop in profit in nearly five years

Parus depuis :
China’s YMTC makes world’s most advanced memory chip in ‘surprise technology leap’: TechInsights report (2023-10-26)
Huawei teardown shows 5-nm laptop chip made in Taiwan, not China (2024-01-07)
Huawei’s Pura 70 smartphone contains new 7-nm HiSilicon chip made by top Chinese foundry SMIC, report says (2024-04-28)
La Chine désormais numéro un sur les brevets d’IA générative… devant les Etats-Unis (2024-07-03)
A journey through the hyper-political world of microchips (2025-02-28)
Tech war: China leads US in quantity, quality of semiconductor research, report finds (2025-03-05)
How Huawei’s Ascend AI chips outperform Nvidia processors in running DeepSeek’s R1 model (2025-06-19)
Huawei challenges Nvidia with powerful new AI accelerator card (2026-03-20)
Chip prodigy Da Bo returns to China after his role in TSMC’s 3nm plant in Japan (2026-05-26)
China’s optical chip breakthrough boosts AI speed 100-fold using fraction of compute power (2026-07-13)
Chinese chip start-up Biren bets on light-based ‘supernodes’ to match Nvidia (2026-07-18)
China’s new chip stores data with a single electron, breaking AI memory bottleneck (2026-07-23)
China’s tech advances are causing chaos from Silicon Valley to the White House (2026-08-01)

2 commentaires

| Économie, Géopolitique, Politique internationale, Taïwan | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


La nostalgie nazie en Ukraine

Publié le 26 septembre 2023 | Temps de lecture : 6 minutes

Introduction

Le 23 septembre dernier, en présence du président ukrainien Vlodymyr Zelensky, la Chambre des Communes a ovationné le Canadien d’origine ukrainienne Yaroslav Hunka, 98 ans, présenté par l’ex-président de la Chambre comme un héros qui s’est battu pour l’indépendance ukrainienne contre les Russes.

Contexte historique

Au cours de la Deuxième Guerre mondiale, le Troisième Reich s’est attiré la sympathie de nombreux Ukrainiens en promettant l’indépendance de leur pays si jamais l’Allemagne devait triompher de la Russie.

La campagne nazie de recrutement, menée durant l’hiver 1942-1943, rencontra un immense succès; près de 80 000 Ukrainiens se portèrent volontaires.

C’est ainsi que des milices composées de volontaires ukrainiens ont combattu la Russie. Rappelons qu’à l’époque, la Russie était l’allié du Canada dans cette guerre.

Ces milices étaient armées et entrainées par les SS. L’une d’elles est la Quatorzième division d’infanterie de la SS (galicienne No 1), surnommée Division SS Galicie.

Au procès de Nuremberg, cette unité a été pointée du doigt comme étant responsable de quelques-uns des pires massacres survenus au cours de la guerre.

Au moment où Yaroslav Hunka adhère à cette unité au printemps de 1943, il est âgé de 17 ou de 18 ans. La majorité des Juifs d’Europe centrale ont déjà été exterminés. Conséquemment, les massacres commis par son unité ont concerné essentiellement des populations civiles slaves, notamment en Pologne.

D’où le fait que la Pologne songe à demander l’extradition de Yaroslav Hunka afin de le juger pour crime de guerre.

De collabos à héros

De la fin de la Deuxième Guerre mondiale en 1945 jusqu’à l’indépendance de l’Ukraine en 1991, l’Union soviétique a considéré ces volontaires nazis comme des collabos et des traitres.

Mais depuis l’indépendance, l’Ukraine a revisité son histoire. Plus précisément, depuis la Révolution orange, ce pays a réévalué le statut de ces combattants de la première heure en faveur de l’indépendance nationale. Même si, pour ce faire, il leur a fallu combattre du côté des Allemands (sans nécessairement partager l’idéologie nazie).

C’est ainsi qu’en septembre 2020, la Cour suprême ukrainienne a statué que les symboles de la Division SS Galicie — dont son emblème, ci-contre — n’étaient pas liés au nazisme et ne pouvaient donc pas être interdits en Ukraine.

Pour la première fois en 2021, 300 personnes participèrent à une marche tenue à Kyiv (la capitale du pays) afin de célébrer le 78e anniversaire de la création de la Division SS Galicie.

Une marche similaire se tient depuis déjà plusieurs années dans la ville ukrainienne de Lviv (située à 70 km de la frontière polonaise).

La Brigade Azov

Afin de lutter contre les séparatistes russophones de l’Est du pays, le ministre ukrainien de l’Intérieur décide en 2014 de former des milices spéciales dont la plus importante deviendra la Brigade Azov.

Au départ, celle-ci est un bataillon paramilitaire composé de quelques dizaines de volontaires néonazis et ultranationalistes. En février 2023, ce bataillon (fort maintenant de 3 500 à 5 000 combattants) sera incorporé à l’armée ukrainienne.

Mais à l’époque où ce bataillon était indépendant de l’armée régulière, il opérait dans l’Est du pays.

Entre 2014 et 2020, la guerre civile au Donbass a fait plus de treize-mille morts, très majoritairement parmi la population russophone de l’Est du pays. Or la Brigade Azov a commis la grande majorité (si ce n’est pas la totalité) des exactions contre la population russophone d’Ukraine.

Conclusion

Il ne faut pas attacher plus d’importance qu’il en faut à l’accusation russe selon laquelle les Ukrainiens auraient des sympathies nazies.

La cause fondamentale de la guerre russo-ukrainienne est l’expansionnisme toxique de l’Otan.

En quelques mots, la Russie ne peut pas accepter d’être menacée d’ogives nucléaires américaines dans sa cour arrière (c’est-à-dire en Ukraine). Ce qui arrivera inévitablement après l’adhésion de ce pays à l’Otan.

Pas plus que les États-Unis ne pouvaient accepter que des missiles russes soient déployés à Cuba en 1962. Et pas plus qu’ils pouvaient tolérer que des armes de destruction massive soient prétendument détenues par l’Irak, à plus de dix-mille kilomètres de chez eux.

Ceci étant dit, la gaffe de l’ex-président de la Chambre des Communes est typique d’un pays dirigé par des personnes qui n’ont pas encore compris les ressorts véritables de cette guerre et qui, aveuglées par la propagande américaine, font involontairement l’apologie des personnes qui combattaient un allié du Canada au cours de la Deuxième Guerre mondiale, c’est-à-dire la Russie.

Références :
Brigade Azov
Comment des militaires d’une unité SS sont-ils arrivés au Canada ?
Crise des missiles de Cuba
FSWC Appalled by Standing Ovation in Parliament for Ukrainian Veteran Who Served in Nazi Military Unit
Guerre du Donbass
Hundreds in Ukraine attend marches celebrating Nazi SS soldiers
J’ai vu l’autre Ukraine, celle qui célèbre les SS et crimes nazis
La Shoah par balles
La Pologne veut faire extrader l’ex-soldat d’une unité nazie Yaroslav Hunka
L’épouvantail russe
Les malheurs de l’Ukraine
L’ex-combattant nazi ovationné au parlement n’est pas le seul à avoir refait sa vie ici en héros
L’expansionnisme toxique de l’Otan
Long-Distance Nationalism: Ukrainian Monuments and Historical Memory in Multicultural Canada
14e division SS (galicienne no 1)
The Origins of Ukraine’s Fascists & Why It Matters (vidéo)

Parus depuis :
Hunka un ex-SS : les Ukrainiens canadiens le savaient (2023-09-27)
La Russie poursuit pour génocide l’ex-soldat nazi applaudi au Parlement canadien (2023-10-20)
Ukraine war briefing: Washington clears Azov brigade for US weapons and training (2024-06-12)
Ukraine : « Ce que j’ai vu, ils ne vous le disent pas » (vidéo du 2025-05-27)
Guerre en Ukraine : au sein de la 3ᵉ brigade d’assaut ukrainienne, des soldats arborent toujours des symboles néonazis (2025-06-18)

Complément de lecture : À l’Onu, le Canada refuse de condamner le nazisme

Pour consulter tous les textes de ce blogue consacrés à la guerre russo-ukrainienne, veuillez cliquer sur ceci.

Laissez un commentaire »

| Géopolitique, Guerre russo-ukrainienne, Histoire | Mots-clés : | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


L’inflation et la réponse enfantine du fédéral

Publié le 18 septembre 2023 | Temps de lecture : 5 minutes

Introduction

Accusé de laxisme depuis des mois par le chef de l’opposition conservatrice, le gouvernement libéral s’est trouvé un bouc émissaire; les grandes chaines d’épicerie.

Celles-ci ont été sommées de se présenter à Ottawa aujourd’hui pour expliquer la hausse marquée du panier d’épicerie des Canadiens.

Signalons qu’en juin dernier, sous la pression du gouvernement français, les transformateurs et distributeurs alimentaires ont consenti volontairement à un gel de prix sur certains aliments.

Deux mois plus tard, le taux d’inflation du prix des aliments en France était encore le double du taux d’inflation pour l’ensemble de l’économie de ce pays. On a donc renforcé cette mesure en l’étendant à environ cinq-mille articles.

L’inflation au Canada et dans le monde
 

Dans un rapport sénatorial publié l’an dernier (et dont le graphique ci-dessus est tiré), les auteurs écrivent qu’un nombre relativement faible d’éléments — notamment l’énergie et les couts de l’habitation — explique en grande partie la hausse des prix moyens à la consommation.

Mais l’inflation n’est pas limitée au Canada; elle est mondiale.
 

 
Depuis trois ans, l’inflation a connu deux phases consécutives qui se sont superposées au point de créer, en apparence, une seule ‘vague’.

La première phase est apparue lors de la reprise économique consécutive à la levée des mesures sanitaires. La brutale augmentation de la demande qui en a résulté a provoqué la rupture temporaire des chaines d’approvisionnement avec l’Asie et l’engorgement des ports américains qui donnent sur l’océan Pacifique.

À cette inflation d’environ 3 %, s’est ajouté depuis l’effet des sanctions occidentales contre la Russie. Celles-ci ont provoqué une rupture permanente de milliers de chaines d’approvisionnement.

Obligées de s’approvisionner ailleurs, les entreprises ont dû, en catastrophe, rompre des contrats à long terme qui leur garantissaient un approvisionnement stable et économique, pour se tourner vers le marché libre où elles ont dû payer le gros prix pour obtenir la même chose.

Dans certains cas, ‘la même chose’ doit s’interpréter littéralement. C’est ainsi que les pays d’Europe occidentale achètent autant (sinon plus) d’hydrocarbures russes. Mais au lieu d’effectuer leurs achats directement de la Russie, ces pays achètent du pétrole russe une fois raffiné dans des pays intermédiaires.

D’autre part, afin d’éviter de pénaliser ses agriculteurs, Washington a pris soin d’exclure les engrais russes de la liste des produits interdits.

Mais Ottawa — sous l’influence de la vice-première ministre Chrystia Freeland (de descendance ukrainienne) — a interdit l’importation d’engrais russes. Ce qui a obligé les agriculteurs québécois à se tourner vers d’autres fournisseurs et à payer plus cher. Ce qui a contribué à hausser le prix des aliments au Canada.

Les taux d’intérêt

Les États-Unis ayant décidé de hausser substantiellement leurs taux d’intérêt pour lutter contre l’inflation, le Canada a été obligé de suivre.

Obligé parce que sans une hausse similaire de ce côté-ci de la frontière, les gestionnaires de capitaux auraient boudé les obligations canadiennes et se seraient tournés massivement vers le marché obligataire américain, plus rentable. Et cette fuite des capitaux aurait provoqué une dépréciation de la devise canadienne.

Fondamentalement, toute hausse des taux d’intérêt diminue l’inflation en réduisant la demande de biens et services. En d’autres mots, en provoquant un ralentissement économique, voire une récession.

Les sanctions économiques contre la Russie s’étant avérées inefficaces, la solution de dernier recours est la récession économique.

En entrainant une diminution de la consommation mondiale des hydrocarbures, celle-ci provoquerait une chute des revenus d’exportation de la Russie et une diminution du financement de sa guerre en Ukraine.

Ici et ailleurs, les politiciens promettent diverses mesures pour faire face à l’inflation. On adopte ainsi des mesures de mitigation qui rendent nécessaires des hausses encore plus importantes des taux d’intérêt.

Conclusion

Plutôt que de laisser les peuples occidentaux assumer les conséquences des sanctions économiques qu’ils réclamaient hier à grands cris (et qu’ils appuient toujours), on infantilise la population en lui faisant croire qu’on peut indirectement faire la guerre sans en éprouver le moindre inconvénient.

La hausse du prix des hydrocarbures augmente le prix de tout ce qui est transporté sur de longues distances. Et cette hausse augmente également le prix des engrais puisque ceux-ci sont produits à partir de gaz fossile.

Donc la principale composante de l’inflation canadienne — la hausse du prix de l’énergie — est liée aux décisions géopolitiques d’Ottawa.

Et parce que cette inflation est intolérable aux yeux des banques centrales, celles-ci haussent leurs taux d’intérêt. Ce qui entrave l’accès à la propriété, aggrave la crise du logement, et pousse les loyers à la hausse.

Voilà l’origine de la deuxième composante de l’inflation canadienne en ordre d’importance.

Bref, le ‘show de boucane’ auquel Ottawa s’apprête à procéder aujourd’hui est un vieux truc qui fonctionne très souvent. Il consiste à faire d’un bouc émissaire le responsable de ses choix politiques.

Références :
Derrière les chiffres : ce qui cause la hausse des prix des aliments
France announces more food price caps, takes aim at multinational firms
La hausse (et le recul?) de l’inflation au Canada : une analyse détaillée de son évolution post-pandémie
Les baisses d’impôts, l’inflation et la guerre
Les PDG des grandes chaînes d’alimentation convoqués à Ottawa

Pour consulter tous les textes de ce blogue consacrés à la guerre russo-ukrainienne, veuillez cliquer sur ceci.

Laissez un commentaire »

| Géopolitique, Guerre russo-ukrainienne, Politique canadienne, Politique internationale | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Mise au point du premier vaccin chinois à ARN messager

Publié le 22 mars 2023 | Temps de lecture : 3 minutes

Le 2 mars dernier, l’Institut australien de politique stratégique publiait une étude effectuée sur plus d’un an et qui concluait que la recherche chinoise était en avance dans 37 des 44 technologies de pointe étudiées.

De leur côté, les États-Unis demeuraient en avance dans sept secteurs, dont la mise au point des vaccins.

Puisqu’une étude comparative aussi vaste que celle-ci exige des mois de préparation, il ne faut pas se surprendre que peu de temps après sa publication, cela ne soit déjà plus vrai.

La pharmaceutique CSPC Pharmaceutical Group — établie dans la capitale de la province du Hebei (à environ 275 km au sud-ouest de Beijing) — est une des 500 plus importantes entreprises chinoises.

L’édition de ce matin du quotidien Shanghai Daily nous apprend que son vaccin contre le Covid-19 vient d’être homologué par les autorités règlementaires du pays.

C’est le premier vaccin anticovidien basé sur la technologie de l’ARN messager. Comme le sont les vaccins de Pfizer/BioNTech et de Moderna.

Du coup, la Chine possède dorénavant une arme probablement plus efficace que les vaccins dont elle disposait jusqu’à maintenant pour protéger sa population contre la pandémie.

Cette maitrise de la technologie des vaccins à ARN messager permet à la Chine d’entrer dans le club sélect des pays capables de mettre au point des vaccins efficaces envers toute une série de maladies infectieuses contre lesquels notre arsenal thérapeutique était jusqu’ici d’une efficacité limitée. Pensons, par exemple, à la tuberculose, au paludisme, à la maladie à virus Ebola, etc.

La course technologue à ce sujet est déjà bien entamée en Occident, où BioNTech et Moderna ont une longueur d’avance sur la Chine.

Il est toutefois à prévoir que dans les domaines très précis où la Chine sera la première à mettre au point un vaccin, celui-ci sera utilisé comme outil du ‘soft power’ chinois afin de séduire de nombreux pays en voie de développement et accroitre l’influence diplomatique de la Chine sur la scène internationale.

Références :
China approves 1st domestic mRNA vaccine for COVID-19
China leading US in technology race in all but a few fields, thinktank finds

Compléments de lecture :
China bans US chipmaker Micron from vital infrastructure projects (2023-05-22)
China overtakes US in contributions to nature and science journals (2023-05-24)
Les défis de la filière des véhicules électriques (2023-05-30)

Laissez un commentaire »

| Géopolitique, Pharmacologie, Science | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


France : la réforme des retraites finance l’augmentation des dépenses militaires

Publié le 18 mars 2023 | Temps de lecture : 3 minutes

Le président de la République française a justifié le recours au bâillon pour court-circuiter l’Assemblée nationale et forcer l’adoption de sa réforme des retraites en ces termes : « Je considère qu’en l’état, les risques financiers, économiques sont trop grands.»

Son ministre délégué aux comptes publics a été plus explicite :
« C’est la réforme ou la faillite ! »

Tout comme les entreprises, l’État doit avoir en tout temps les liquidités qui lui sont nécessaires pour respecter ses engagements.

Or l’essentiel de la dette des États est constitué de bons du Trésor.
Lorsqu’ils viennent à échéance, le pays émetteur peut alors les payer (s’il en a les moyens) ou pelleter vers l’avant cette dette en émettant de nouveaux bons du Trésor pour payer les anciens.

Il y a quelques mois, l’ambitieux programme de réduction de taxes pour les riches (qui devait accroitre substantiellement la dette britannique) a été abandonné par Londres quand les bons du Trésor nouvellement émis n’ont pas trouvé preneurs.

Ce qui a entrainé la démission de la première ministre britannique.

D’abord estimé sommairement à 43 milliards de livres sterling, cette réforme devait finalement couter entre 100 et 200 milliards de livres.

Dans le même ordre d’idée, la France a dernièrement annoncé une augmentation de son budget militaire de 413 milliards d’euros en sept ans.

Par crainte de la sanction des milieux financiers, la France doit sabrer son filet de protection sociale. D’où la réforme des retraites.

Puisque le compte n’y est pas, on peut donc anticiper — lorsque la grogne populaire sera passée — d’autres compressions budgétaires reflétant les nouvelles orientations de l’Élysée.

Références :
Crise de la dette : S&P dégrade la perspective du Royaume-Uni
La Banque d’Angleterre intervient en urgence pour empêcher le naufrage de la dette britannique
L’armée française manque de munitions pour la haute intensité
Pourquoi la Banque d’Angleterre est-elle intervenue sur le marché obligataire?
Réforme des retraites : Macron justifie le 49.3 en invoquant des « risques financiers trop grands »
Retraites : la réforme pourrait rapporter 18 milliards d’euros d’ici à 2030, le gouvernement fait l’impasse sur les surcoûts

Parus depuis :
Le gouvernement [français] veut faire 10 milliards d’euros d’économies (2023-06-19)
Comptes publics : une situation alarmante (2024-09-04)
Réforme de l’assurance-chômage : le gouvernement veut atteindre entre « 2 milliards et 2,5 milliards d’euros » d’économies par an de 2026 à 2029 (2025-08-09)
Nos cousins français ont un gros problème de dette (2025-10-29)

Laissez un commentaire »

| Course aux armements, Politique internationale | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel