La personnalité de l’année 2025

Publié le 31 décembre 2025 | Temps de lecture : 4 minutes

Bart De Wever

Bart De Wever est premier ministre belge depuis le 3 février 2025.

Toute sa carrière politique a été axée sur la défense des intérêts de la Flandre, c’est-à-dire de la partie néerlandophone de la Belgique, au point de militer en faveur de son indépendance.

Toutefois, dès son accession à sa fonction actuelle, ce politicien de droite s’est transformé en chef d’État.

Le 1er décembre dernier, il avait créé la surprise aux Grandes Conférences catholiques.

Devant ce public francophone, ultra conservateur, et attaché autant à la monarchie qu’à l’unité du pays, l’ex-indépendantiste flamand soulignait son respect pour la fonction royale, l’importance qu’il attache à son rôle de premier ministre de tous les Belges, précisant même que « la Flandre n’est pas un but en soi

À cette occasion, il donnait un avant-gout de ce qui allait suivre en déclarant : « Qui […] croit vraiment que la Russie va perdre en Ukraine ? C’est une fable, une illusion totale. [D’ailleurs] cette défaite ne serait pas souhaitable, car cela rendrait instable un pays doté de l’arme nucléaire

Deux semaines plus tard, un sondage montrait qu’il demeurait le politicien le plus populaire de Flandre. La surprise fut chez les Belges francophones où sa popularité grimpa de sept point dans la capitale et de deux points dans la Wallonie, faisant de lui une des personnalités les plus aimées chez… les Francophones.

Si bien que les auditeurs de deux chaines de télévision flamande l’ont élu ‘Belge de l’année’.

Le grain de sable dans l’engrenage

Depuis mai 2022, nous soutenons sur ce bloque qu’en vertu du Droit international, on peut geler les avoirs d’un pays ennemi, mais on ne peut pas les confisquer. En d’autres mots, on peut empêcher un pays de jouir de son argent, mais on ne peut pas le dépenser à sa place.

Depuis le début de la guerre russo-ukrainienne, les pays alliés de Kyiv prétendent le contraire. Pourquoi ?

Le but était de rassurer les contribuables face aux sommes colossales dépensées à soutenir l’Ukraine. Implicitement, le message était qu’au final c’était la Russie qui paierait la note.

À la télévision et dans nos grands médias, tous les journalistes et tous les chroniqueurs participaient à ce lavage des cerveaux.

Toutefois, au Sommet européen du 18 décembre dernier, quelle fut donc la surprise d’entendre le premier ministre Bart De Wever rompre cette omerta et déclarer que son pays s’oppose catégoriquement à la confiscation des avoirs russes en Belgique.

Or c’est dans ce pays que se trouve la chambre de compensation Euroclear qui détient la majorité des avoirs russes gelés en Occident.

Sans Bart De Wever, environ 135 milliards d’euros auraient été utilisés à prolonger de deux ans l’agonie de l’Ukraine.

Et une fois cette somme dépensée (partiellement à alimenter la corruption dans ce pays), nous aurions appris que la confiscation des avoirs russes était illégale. Donc, que nous devons rembourser la Russie pour les sommes confisquées illégalement par nos gouvernements.

Pour son courage et son audace, ce blogue lui décerne le titre de personnalité de l’année 2025.

Références :
Bart De Wever a-t-il convaincu les francophones ?
Bart De Wever, le nationaliste flamand devenu défenseur des intérêts belges
Bart De Wever, ou l’histoire d’un nationaliste flamand devenu figure incontournable des scènes belge et européenne : « C’est un évolutionniste, pas un révolutionnaire »
La saisie fictive des avoirs d’oligarques russes au Canada
« Les dix prochaines années seront difficiles » : Bart De Wever avertit les Belges, à quelques heures de 2026

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Écrit par Jean-Pierre Martel


90 milliards d’euros pour prolonger l’agonie de l’Ukraine

Publié le 20 décembre 2025 | Temps de lecture : 2 minutes

Depuis des années, l’État ukrainien vit sous le respirateur artificiel de l’Occident.

En effet, ce sont les sommes que lui versent les pays occidentaux qui permettent à ce pays de payer non seulement la solde de ses soldats, mais également les pensions de vieillesse et le salaire de tous ceux qui dépendent de l’État; les fonctionnaires, les professeurs, les médecins, les éboueurs, etc.

Puisque Washington refuse maintenant de poursuivre ses aides militaire et financière à Kyiv, l’Union européenne (UE) cherche depuis ce temps à prendre la relève. Ce dont elle n’a pas les moyens.

Dernièrement, les dirigeants européens se sont fait dire publiquement ce que nous soutenons sur ce blogue depuis le début de la guerre; on peut geler les avoirs d’un pays ennemi, mais pas les confisquer.

Pour pallier cette contrainte, l’UE a décidé en faveur d’un prêt de 90 milliards d’euros (dont dix-sept payés par la France) qui couvrirait une bonne partie des 135 milliards dont l’État ukrainien a besoin au cours des deux prochaines années.

Ces sommes ne serviront pas à la reconstruction de l’Ukraine, mais permettront plutôt à ce pays de s’acquitter de ses dépenses courantes.

Et pendant que l’UE tente de retarder de deux ans la capitulation inévitable de l’Ukraine, l’administration Trump a compris qu’il est plus pragmatique d’en tirer profit.

Pour ce faire, Trump maintient deux équipes de négociateurs, chacune sympathique au belligérant avec lequel elle transige.

Celle qui négocie avec le vainqueur (soit la Russie) a pour mandat d’établir la place des États-Unis dans la reconstruction de l’Ukraine.

Pendant ce temps, pour donner aux vassaux de Washington l’illusion qu’ils comptent encore dans les affaires du monde, Trump leur offre le hochet d’une négociation parallèle qui mène nulle part.

Référence : L’UE trouve 90 milliards d’euros pour l’Ukraine, sans recours aux avoirs russes

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Jacques Baud et la ‘stalinisation’ de l’Union européenne

Publié le 18 décembre 2025 | Temps de lecture : 6 minutes

Introduction

Le délit d’opinion est une infraction, punie par la loi, qui consiste à propager une idée politique qui menace l’ordre public.

Puisque l’ordre public est une notion vague, la frilosité de l’État à l’égard de ce qui est susceptible de le troubler distingue les régimes totalitaires de ceux qui ne le sont pas.

Le cas de Jacques Baud

Le 15 décembre dernier, les ministres des Affaires étrangères des pays membres de l’Union européenne (UE) ont placé l’analyste et politicologue Jacques Baud sur sa liste noire des personnes qui, au nom de la Russie, mènent des activités jugées déstabilisantes.

À l’origine, cette liste visait à combattre les méfaits commis par la Russie dans le cadre de sa guerre ‘hybride’ contre les autres pays européens.

Toutefois, depuis octobre 2024, la notion d’activité déstabilisante s’est étendue aux opinions de ceux qui, rémunérées ou non par le Kremlin, ne croient pas au narratif de l’UE au sujet de la guerre russo-ukrainienne.

Dans le cas de Jacques Baud, cette décision a pour effet de bloquer les avoirs qu’il détient dans les banques situées sur le territoire de l’UE et de lui interdire d’entrer ou de transiter par un pays de l’UE.

Précisons que la Suisse, son pays, n’est pas membre de l’UE et conséquemment, n’est pas concernée par ces sanctions.

Voyons en détail l’acte d’accusation de l’UE contre Jacques Baud.

Jacques Baud, ancien colonel de l’armée suisse et analyste stratégique, est régulièrement invité à des émissions de télévision et de radio pro-russes.

Il est à noter qu’on ne parle pas ici de médias russes, mais prorusses. C’est-à-dire de médias qui, à l’égard du conflit russo-ukrainien, sont d’un avis contraire à celui de l’UE.

En somme, Jacques Baud diffère d’opinion. Et après ?

Il agit comme porte-parole de la propagande prorusse…

Il ne suffit pas de partager le narratif russe pour être le ‘porte-parole’ de Vladimir Poutine. Selon le dictionnaire Antidote, un porte-parole est une personne chargée officiellement de prendre la parole au nom de quelqu’un, d’un groupe, d’une communauté.

Cette partie de l’accusation européenne est donc fallacieuse.

…et formule des théories du complot…

Il est vrai que Jacques Baud est un complotiste. Toutefois, de nos jours, le mot ‘complotiste’ ne veut plus rien dire tellement sont nombreuses les personnes qui se réclament des diverses théories du complot.

…[il accuse] l’Ukraine d’avoir orchestré sa propre invasion pour adhérer à l’OTAN.

Ce reproche est tellement invraisemblable que j’ai téléchargé la version allemande de l’acte d’accusation, convaincu qu’il s’agissait d’une erreur de traduction. Ce qui n’est pas le cas; les deux versions disent la même chose.

La thèse de Jacques Baud, c’est plutôt que Washington a orchestré la guerre russo-ukrainienne en dépensant une fortune pour manipuler le peuple ukrainien et lui faire croire qu’il avait intérêt à devenir un ennemi militaire de son redoutable voisin.

Avec le résultat qu’on sait.

Par conséquent, Jacques Baud est responsable de mettre en œuvre ou de soutenir des actions ou des politiques imputables au gouvernement de la Fédération de Russie…

Jacques Baud ne met rien en œuvre. Il ne fait pas le trafic d’armement en faveur de l’Armée rouge. Il ne possède pas d’usines qui participent à l’effort de guerre de Moscou. Il n’organise pas des collectes de fonds en faveur des soldats russes. Et il ne contourne pas les sanctions économiques contre la Russie.

…qui compromettent ou menacent la stabilité ou la sécurité d’un pays tiers (l’Ukraine) en recourant à la manipulation de l’information et à l’ingérence.

Jacques Baud soutient deux choses.

Premièrement, que le déploiement des ogives nucléaires de l’Otan dans la cour arrière de la Russie est une menace existentielle à sa sécurité. Une menace aussi grande que le déploiement en 1962 de missiles russes à Cuba pouvait l’être pour les États-Unis.

Et deuxièmement, que la Russie avait raison de se porter à la défense de la minorité russophone d’Ukraine. Une minorité que massacraient les milices néonazies venues de l’autre bout du pays que Kyiv armait et payait secrètement.

Conclusion

Nous allons jeter l’économie russe par terre’ prédisait triomphalement un homme politique européen au début de la guerre russo-ukrainienne.

Quatre ans plus tard, un grand nombre de soldats et de civils sont morts. Des millions d’Ukrainiens ont dû fuir à l’Étranger. L’Ukraine est ruinée. Et Bruxelles a gaspillé des centaines de milliards d’euros à soutenir une guerre perdue d’avance.

Pour les dirigeants européens, ce qui est gênant, c’est qu’un analyste comme Jacques Baud avait vu juste.

Si certaines de ses analyses sont sujettes à caution — notamment au sujet du conflit israélo-palestinien — celles au sujet de la guerre russo-ukrainienne sont remarquables par leur rigueur et leur précision.

Maintenant que cette guerre tire à sa fin, l’heure des règlements de comptes approche.

Alors que les révoltes éclatent aux quatre coins de l’Europe, les dirigeants corrompus de l’UE tentent désespérément de s’accrocher au pouvoir en muselant ces ‘complotistes’ qui les ont prévenus de ce qu’ils s’entêtaient à ne pas voir.

Plus un pouvoir se sent menacé, plus il est autoritaire…

Voilà pourquoi on assiste à la ‘stalinisation’ de l’UE.

Références :
Bruxelles sanctionne le Suisse Jacques Baud pour propagande prorusse
Décision du Conseil de l’Union européenne du 15 décembre 2025 (version française)
Décision du Conseil de l’Union européenne du 15 décembre 2025 (version allemande)
Jacques Baud : il donne trop d’informations trop précises. L’Union européenne le sanctionne !
L’Union européenne et la liberté d’expression

Complément de lecture : Le danger du contrôle étatique des flux financiers

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Ukraine : quand l’Europe sabote les efforts de paix de Trump

Publié le 30 novembre 2025 | Temps de lecture : 13 minutes

Le premier sabotage européen

Trois semaines après son retour au pouvoir, plus précisément le 12 février 2025, Donald Trump et Vladimir Poutine se sont entendus pour entamer incessamment des pourparlers en vue de mettre fin à la guerre en Ukraine.

Trois autres semaines plus tard, seize pays et deux organisations supranationales (l’Union européenne et l’Otan) participaient au Sommet de Londres sur l’Ukraine. De plus, ce 2 mars 2025, les pays européens les plus belliqueux se regroupaient en ‘Coalition des volontaires’.

Selon Wikipédia, ce sommet avait pour but la rédaction d’un plan de paix dans le cadre du conflit russo-ukrainien.

Sans qu’on sache très bien à quoi cela ressemble à un plan de paix, ces pays ont résolu de maintenir l’aide militaire à l’Ukraine et même de poursuivre cette fourniture au-delà de tout accord de paix afin de dissuader la Russie d’envahir de nouveau ce pays.

Le 7 mars 2025, Donald Trump cessait la fourniture d’armes et de données satellitaires à l’Ukraine. Et ce, à la stupéfaction de ses alliés occidentaux puisque la précision des frappes ukrainiennes réalisées à l’aide d’armement européen en dépend.

En somme, la décision de Trump équivalait à priver l’armée ukrainienne de nouvelles livraisons d’armes et du pouvoir utiliser les armes les plus puissantes qu’elle avait déjà.

Après un intense ballet diplomatique de part et d’autre de l’Atlantique, la fourniture des données américaines fut reprise quatre jours plus tard.

Pendant que Trump répétait une énième fois son intention de terminer cette guerre, la Coalition de volontaires proposait l’idée d’envoyer sur la ligne de front une force d’interposition destinée à faire respecter un cessez-le-feu imposé unilatéralement à la Russie sous menace de sanctions en cas de refus.

Alors résumons.

La Russie a déclaré la guerre à l’Ukraine parce qu’elle juge que le déploiement des armées de l’Otan à 500 km de Moscou est un risque sécuritaire inacceptable pour elle.

Malgré cela, elle accepterait que ces mêmes pays de l’Otan (mais pas l’Otan elle-même) déploient leurs armées à 500 km de Moscou.

Concrètement, quelle est la différence ?

L’intervention européenne auprès de Trump équivalait à lui dire : ‘Laissez-nous essayer notre méthode — un mélange de sanctions plus sévères et de livraison d’armes plus puissantes — et vous verrez; l’Ukraine gagnera d’ici peu parce que la Russie est à bout de souffle.

Évidemment, tout cela n’a rien donné si ce n’est de gagner du temps.

Le deuxième sabotage européen

Le 26 octobre dernier, la télévision russe diffusait en entier un entretien entre Vladimir Poutine et général Valery Guerassimov.

À l’occasion de cet exercice de propagande, le chef militaire déclarait que dans les villes de Koupiansk et de Pokrovsk, environ 10 500 soldats ukrainiens étaient totalement encerclés et étaient en voie d’être anéantis par l’armée russe.

Jusque-là, Washington s’était fié aux comptes-rendus rassurants de Kyiv. Or l’analyse des données satellitaires américaines donnait plus de poids aux affirmations de Moscou qu’à celles de Kyiv.

Selon le géopoliticologue Jaques Baud, la perspective d’un effondrement du front ukrainien (au nord et au centre) aurait suscité une très vive inquiétude au sein de l’administration Trump. Ce qui l’aurait incité à concocter en toute urgence un cadre pour le règlement du conflit.

Le 18 novembre dernier, le média électronique Axios révélait que l’administration Trump préparait un plan secret en 28 points destiné à servir de base à des négociations de paix entre la Russie et l’Ukraine.

Après un nombre incalculable de sanctions, Washington n’a plus de levier pour forcer la Russie à accepter quoi que ce soit. Voilà pourquoi le document américain fait une place de choix aux exigences russes.

Conformément aux vœux de Washington, Vladimir Poutine s’est dit favorable à ce que la position américaine serve de base à des négociations ultérieures. Un appui qu’il a accordé avec d’autant plus d’empressement qu’il présumait, à juste titre, que le plan américain serait jugé totalement inacceptable par Kyiv.

Pour faire contrepoids aux consultations avec la Russie, la diplomatie américaine a procédé plus tôt cette semaine à des pourparlers avec l’Ukraine, accompagnée de ses plus importants partenaires européens.

Ceux-ci ont préparé le 23 novembre un document en 19 points où tout ce qui ne convenait pas aux dirigeants ukrainiens a été purgé. Si bien que cette contre-offre est l’antithèse du plan que Trump a soumis aux belligérants.

La contre-offre européenne (COE)

La taille de l’armée ukrainienne après la guerre

La COE propose que l’Ukraine puisse se doter d’une armée de 800 000 hommes en temps de paix, soit davantage que ce que propose l’administration Trump (600 000 hommes).

On doit savoir que les deux membres de l’Union européenne qui possèdent les plus grosses armées sont l’Italie et la France, avec respectivement 338 et 304 mille hommes.

En raison de la présence menaçante de son redoutable voisin, l’Ukraine pourrait donc se doter, au maximum en temps de paix, d’une armée équivalente à celle combinée de ces deux pays.

Pertes territoriales ukrainiennes

Les différentes versions du plan américain divergent quant à l’étendue exacte des pertes territoriales que subirait l’Ukraine. En gros, elles représentent les zones déjà conquises par l’Armée rouge.

Au contraire, la COE veut que le territoire de l’Ukraine revienne à ce qu’il était au moment de l’indépendance du pays en 1991.

Le principe qui guide les alliés européens de Kyiv, c’est que le crime doit être puni. Puisque la Russie est un envahisseur, la dernière chose à faire est de la récompenser pour son crime, disent-ils.

À entendre l’indignation des pays membres de la Coalition des volontaires face à l’invasion russe, on ne croirait jamais que ce sont d’anciennes puissances coloniales…

La reconstruction de l’Ukraine

En vertu du Droit international, un pays peut saisir les avoirs d’un pays ennemi, mais pas de les confisquer. En d’autres mots, on peut empêcher la Russie d’accéder à ses biens, mais on ne peut pas en disposer à sa place.

La banque centrale de Russie possède des réserves de change évaluées à environ 270 milliards d’euros, dont 210 milliards logés dans ses comptes à Euroclear, un organisme international de dépôts de fonds établi en Belgique. Les 60 milliards restants se trouvent aux États-Unis, au Japon, au Royaume-Uni, en Suisse et en Australie.

Selon le plan de Trump, cent-milliards de dollars seraient prélevés des fonds russes gelés à Bruxelles et seraient utilisés à la reconstruction de l’Ukraine.

La moitié de cette somme serait confiée à des gestionnaires d’actifs (comme BlackRock) qui accorderaient les contrats de reconstruction à des firmes américaines et peut-être quelques miettes à des entreprises européennes.

La Russie n’a pas du tout l’intention de payer pour la reconstruction de l’Ukraine. Mais plutôt que s’opposer frontalement à Trump, Poutine a choisi d’appuyer son plan à titre de base de discussion. Ce qui ne veut pas dire qu’il consent à toutes ses dispositions.

La COE propose plutôt que ces fonds servent à financer l’effort de guerre de Kyiv.

Puisque l’administration Trump a décidé de ne plus donner d’armes à l’Ukraine, mais à les vendre à l’Otan (qui refilerait la note à l’Union européenne), cette dernière aimerait financer cela en pillant les avoirs bruxellois de la Russie.

Les garanties de sécurité pour l’Ukraine

À l’issue de la Seconde Guerre mondiale, l’Italie n’a pas eu besoin de ‘garanties de sécurité’. Elle a simplement abandonné sa rhétorique belliqueuse contre ses ennemis d’hier et décidé de reprendre ses liens commerciaux avec eux.

L’administration Trump s’oppose à l’entrée de l’Ukraine dans l’Alliance atlantique (comme s’y opposait également l’administration Biden) et ne veut pas que l’Otan stationne des troupes dans ce pays.

Au contraire, les alliés européens de Kyiv souhaitent que l’Otan puisse y stationner des troupes (mais ‘pas de manière permanente’), et désirent que l’Otan poursuive son expansion vers l’Est.

Ce qui signifie qu’éventuellement, l’Ukraine pourrait en faire partie.

D’ici là, la COE propose que l’Ukraine soit protégée par l’article 5 du Traité de l’Otan, c’est-à-dire qu’elle dispose de tous les avantages de l’adhésion à l’Otan sans en faire partie.

Puisqu’un des deux prérequis à toute participation de la Russie à des négociations de paix est la renonciation définitive de l’Ukraine à adhérer à l’Otan, la stratégie poursuivie par la Coalition des volontaires consiste donc à s’assurer que ces négociations n’auront pas lieu et donc, à saboter l’effort de paix de Washington.

Préparer la guerre de revanche

À l’issue de la Première Guerre mondiale, la France a récupéré l’Alsace-Lorraine, un territoire qu’elle avait perdu lors de la guerre franco-prussienne de 1870.

Aux yeux des hypernationalistes ukrainiens, la protection offerte par l’article 5 du traité de l’Otan (proposée par la COE) est capitale afin de permettre à l’Ukraine de procéder en toute impunité à son réarmement en vue d’une guerre de revanche contre la Russie.

Déclenchée quelques années plus tard, celle-ci permettrait à l’Ukraine de récupérer les territoires perdus à l’issue de cette guerre-ci.

La camisole de force de Zelensky

On s’imagine généralement qu’il suffit de mettre ensemble les chefs d’État de deux pays belligérants, de les empêcher de s’échapper avant la conclusion d’un accord de paix, pour qu’ils finissent par s’entendre.

Malheureusement, ce n’est pas cela que les choses se passent dans la vraie vie.

Quand une guerre oppose deux pays éloignés — les États-Unis et le Vietnam ou l’Afghanistan — le conflit peut s’arrêter quand l’envahisseur plie bagage et rapatrie ses troupes.

Mais une guerre entre deux pays limitrophes ne s’arrête que lorsque le perdant capitule. Or dans ce cas-ci, le perdant, c’est l’Ukraine.

Le problème, c’est que l’article 2 de la Constitution ukrainienne déclare que le territoire national est indivisible. De plus, la loi ukrainienne interdit toute participation à des rencontres internationales où serait négociée une partition du territoire ukrainien.

C’est donc à dire que Zelensky se trouve dans un carcan juridique qui l’oblige à ne rien céder. En somme, à espérer une défaite russe qui n’arrivera pas et, entretemps, à assister, impuissant, à l’anéantissement progressif de son pays.

Comment un pays capitule-t-il ?

Juridiquement, la meilleure issue à cette guerre est la nomination par le parlement ukrainien d’un délégué plénipotentiaire — il s’agit généralement du chef des armées — dont le mandat est de négocier la paix sans que cela implique l’arrêt des hostilités au cours de cette négociation.

De plus, le parlement lui accorderait l’immunité contre toute poursuite ultérieure.

L’acte de capitulation du Troisième Reich a été signé par le général Alfred Jodl au nom du Haut commandement des forces armées allemandes. L’armistice italien a été signé par le général Giuseppe Castellano au nom du gouvernement italien.

À l’issue des négociations secrètes, ce délégué, investi de tous les pouvoirs (d’où son qualificatif de plénipotentiaire), signe l’acte de capitulation.

L’idéal serait que cette capitulation soit inconditionnelle. Ce qui lui éviterait de négocier les pertes territoriales de l’Ukraine.

Et parce que ce traité est supranational, il a juridiquement préséance sur les dispositions contraires de la constitution ukrainienne et des lois qui en découlent.

Théoriquement, Zelensky pourrait être investi des pouvoirs d’un délégué plénipotentiaire. Mais avec son taux d’impopularité, il n’a pas l’autorité de faire déposer les armes aux irréductibles qui voudront continuer le combat.

Seul un militaire de haut rang, estimé de ses troupes, pourra faire entendre raison aux mutins et écraser impitoyablement ceux qui tenteront de renverser le pouvoir intérimaire placé à la tête du pays d’ici de nouvelles élections.

Conclusion

Depuis son retour au pouvoir le 20 janvier de cette année, Donald Trump a tenté deux fois de régler le conflit russo-ukrainien.

Chaque fois, les dirigeants européens les plus belliqueux ont saboté ses efforts en espérant retarder l’heure de vérité.

L’heure de vérité, c’est lorsque les peuples d’Europe se demanderont à quoi ont servi les milliards d’euros que leurs dirigeants ont englouti dans une guerre perdue d’avance. Dans une boucherie qui aura fait inutilement plus d’un million de morts.

Quel respect portera-t-on à ces chefs d’État qui se seront avérés impuissants à modifier le cours de l’Histoire et qui ont révélé, aux yeux de tous, l’étendue de la vassalisation de leur pays à l’hégémonie américaine ?

C’est dans un contexte comme celui-ci que les régimes tombent…

Références :
Coalition des volontaires
Comment les occidentaux comptaient-ils démembrer la Russie ? (vidéo)
Jacques Baud – Le plan de Paix Américain en 28 points (vidéo)
Gel des avoirs russes : au nom du droit, de la justice et des intérêts
Les États-Unis annulent des livraisons d’armements vers l’Ukraine
Le sommet Poutine-Trump à Anchorage : un ‘anchoragement’ modeste
Maxar rétablit l’accès de l’Ukraine aux données satellitaires
Pourparlers sur l’Ukraine : des avancées, mais encore beaucoup de travail
Putin trying to negotiate an end to Ukraine war as he cannot win it on battlefield, says EU’s Kallas
Renseignement et satellites d’observation : arrêt sur image en Ukraine…
Russia-Ukraine war: What’s a ‘coalition of the willing’, Europe’s new plan?
Scoop: Trump plan asks Ukraine to cede additional territory for security guarantee
Sommet de Londres sur l’Ukraine
Sommet européen sur l’Ukraine : les faits saillants
Ukraine : Pokrovsk, l’effondrement d’un récit et la réalité d’une armée à bout de souffle
Un tournant majeur dans la guerre en Ukraine
« Vous n’êtes pas seuls » : des dirigeants européens appuient Zelensky face à Trump
Washington met de la pression sur l’Ukraine en suspendant son aide militaire
Zelensky est plus impopulaire que jamais après près de trois ans de guerre : les grands médias l’admettent
Zelensky says revised peace plan “doable” after key changes

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Ukraine : la réhabilitation des mots ‘négociations de paix’

Publié le 29 novembre 2025 | Temps de lecture : 3 minutes

Avant le retour au pouvoir de Donald Trump, aucun chef d’État européen n’osait utiliser les mots ‘négociations de paix’ car c’eut été un bris de solidarité avec les autres pays de l’Otan.

C’était à l’époque où on croyait que les sanctions financières de l’Occident feraient s’écrouler l’économie russe, provoqueraient la révolte des Russes incapables d’encaisser leurs chèque de paie ou de pension, et entraineraient renversement du régime de Vladimir Poutine.

Comme dans la fable ‘La Laitière et le pot au lait’, on salivait déjà à l’idée du démantèlement de la Fédération de Russie et de la spoliation de ses richesses naturelles par des sociétés occidentales.

Dans les forums de discussion et sur les médias sociaux, n’importe quel participant pacifiste était aussitôt qualifié de ’Munichois’, en référence à ces dirigeants européens qui pensaient amadouer Hitler en lui permettant (par l’accord de Munich) d’annexer une partie de la Tchécoslovaquie.

On se rappellera du scandale provoqué par la visite du premier ministre hongrois à Moscou en juillet 2024 dans le cadre, disait-il, d’une mission de paix. À l’époque, les dirigeants de l’UE dénonçaient toute politique d’apaisement; l’Europe soutenait alors la poursuite de la guerre jusqu’au dernier soldat ukrainien vivant.

Depuis trois ans, les partisans de la ligne dure à l’égard de Moscou — l’Otan et les dirigeants de l’Union européenne, de même que ceux de la France, de la Grande-Bretagne et de l’Allemagne — n’entretenaient plus aucune relation diplomatique officielle avec le Kremlin.

Sans le dire explicitement, ce qu’on soutenait, c’était une guerre totale avec la Russie, c’est-à-dire une guerre dont l’issue ne serait rien d’autre que l’expulsion de l’Armée rouge du territoire ukrainien.

Mais le 12 février 2025, lors d’un appel téléphonique, Donald Trump et Vladimir Poutine se sont entendus pour entamer incessamment des pourparlers en vue de mettre fin à la guerre en Ukraine.

Estomaqués d’apprendre par les médias que cette guerre pouvait se régler sans eux, les dirigeants européens se sont métamorphosés en apôtres de la paix… à la condition d’en pervertir le sens.

Dans leur bouche, les mots ‘négociations de paix’ signifiaient ’négociations en vue de la capitulation de la Russie’ en sachant très bien que cela n’arrivera pas.

Pour l’Ukraine, le choc était encore plus brutal puisqu’une négociation de paix, c’est comme un buffet; quand on est pas autour de la table, c’est qu’on est au menu…

Et c’est de cette manière que des mots que plus personne n’osait prononcer refont leur apparition dans la bouche des dirigeants de nos pays.

Références :
Accords de Munich
« La Russie n’a pas subi l’“effondrement” économique annoncé par Bruno Le Maire, fin février 2022 »
Ukraine : Poutine ferme sur ses exigences avec Orban à Moscou, vives critiques de l’UE

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le mystère des drones en Europe occidentale

Publié le 27 novembre 2025 | Temps de lecture : 4 minutes

Plus tôt, en Europe de l’Est

Après que l’Ukraine eût subi une attaque de 458 drones et missiles dans la nuit du 9 au 10 septembre dernier, au moins 19 drones russes ont pénétré l’espace aérien de la Pologne et, dans un cas, celui de la Roumanie trois jours plus tard.

Immédiatement, les agences de presse occidentales ont accusé la Russie d’être responsable de ces provocations. L’argument est connu; ce ne peut qu’être que les Russes.

Puisque l’Otan n’a pas jugé bon de publier le trajet précis emprunté par ces drones avant de frapper la Pologne et la Roumanie, des indices publiés sur des chaines Telegram ukrainiennes portent à croire que ces missiles auraient plutôt été tirés d’Ukraine.

L’explication la plus probable est que l’Ukraine ait récupéré des drones-leurres russes après leur chute au sol, leur aurait fait faire le plein de carburant et les aurait tirés vers la Pologne et la Roumaine (deux pays membres de l’Otan) dans l’espoir de pousser l’Alliance atlantique à entrer en guerre directement contre la Russie.

Vers la fin du même mois, d’autres drones suspects sont apparus au-dessus de bases militaires et d’aéroports d’Europe occidentale.

Quels types de drones ?

Pendant quelques jours, les agences de presse demeurèrent muettes quant à la nature des drones observés au Danemark, le premier pays touché en Europe occidentale.

S’agissait-il de drones militaires, alimentés par du carburant, qui possèdent l’autonomie nécessaire pour avoir été tirés de Russie ? Ou s’agissait-il de petits drones à batterie qui ne peuvent qu’avoir été utilisés localement ?

En réalité, des vidéos sur YouTube montraient des drones en état géostationnaire. Donc des drones à batterie.

Le 25 septembre, la nature de ces drones fut révélée après avoir trouvé une explication crédible pour accuser la Russie; trois navires ayant des liens directs ou indirects avec la Russie auraient servi de plateformes de lancement en mer Baltique, près du Danemark.

Le problème, c’est que bien après que ces navires eurent quitté la région, d’autres drones survolèrent des aéroports et des bases militaires en Allemagne, en France, en Norvège, et aux Pays-Bas. Des drones qu’on ne réussit jamais à abattre. Et des méfaits dont on n’arrive pas à trouver les auteurs.

On peut toujours supposer que ces drones à batterie aient été tirés par des agents russes infiltrés au cœur de l’Europe occidentale. Mais peut-on également imaginer que tout cela soit une mise en scène destinée à nous manipuler ?

Le cas d’une base militaire française

Le 2 octobre dernier, dix jours après une première incursion, la base militaire de Mourmelon-le-Grand a été survolée par des drones non identifiés.

Le quotidien L’Indépendant nous apprend que cette base de dix-mille hectares abrite depuis mars 2025 une centaine de centres d’entrainement au maniement de drones et que c’est également là qu’ont été formés 2 300 soldats ukrainiens.

On peut facilement croire que des espions russes veuillent épier le fonctionnement de cette base.

Mais on peut également suspecter que l’Ukraine ait déployé en Europe plusieurs commandos de dronistes très expérimentés avec la mission de survoler des bases militaires et des aéroports de divers pays, sachant que ces pays réagiraient de manière prévisible en accusant la Russie.

Et des pays heureux de justifier l’augmentation importante de leurs dépenses militaires, même au prix de coupes dans leur filet de protection sociale.

Références :
Drones au-dessus du Danemark : tous les chemins maritimes mènent à la Russie ?
Le Danemark dénonce des « attaques hybrides » après de nouveaux survols de drones
« Poutine monte d’un cran » : la France accuse la Russie d’être derrière une nouvelle incursion de drones qui ont survolé une base militaire française
Violations par la Russie de l’espace aérien de pays d’Europe de l’Est

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Drones : quand la russophobie tourne à la névrose

Publié le 20 octobre 2025 | Temps de lecture : 5 minutes

La semaine dernière, un quotidien montréalais publiait un texte visant à souligner la vulnérabilité du Canada aux drones.

On comprend que le survol d’un aéroport danois par un drone d’origine inconnue puisse paralyser temporairement ses opérations. Ou que le survol d’une base militaire ou d’un site ultrasecret européen puisse compromettre la sécurité nationale d’un pays.

Toutefois, on peut se demander quel serait l’intérêt d’un pays ennemi (dirons la Russie) à survoler l’Arctique canadien. Nuire à la chasse aux phoques ? Perturber la migration des troupeaux de caribous ?

Il est indéniable que dans le cadre d’une Troisième Guerre mondiale, la Russie chercherait à détruire, par des missiles, nos barrages hydroélectriques puisque cela perturberait non seulement l’alimentation électrique du Québec, mais également celle des États américains qui dépendent partiellement de notre électricité.

Mais le survol de notre territoire par des drones est d’une importance militaire très limitée.

Drones domestiques vs drones militaires

Il faut distinguer les petits drones domestiques (qui fonctionnent à pile) des drones militaires (qui fonctionnent au carburant).

Lorsqu’on allume une voiture électrique dans des conditions hivernales, la première chose qu’elle fait est de réchauffer les cellules de sa batterie puisque ses performances chutent à basse température. Ce que ne font pas les drones domestiques.

De plus, la distance minimale séparant les côtes russes des côtes québécoises dépasse 3 600 km, soit la distance entre Montréal et Vancouver.

Aucun drone domestique n’est capable d’une telle autonomie. En clair, dans l’Arctique, leur dangerosité pour le Canada est nulle.

C’est ce que Norad a tenté de faire comprendre à la journaliste.

Après s’est fait dire que pour que Norad intervienne contre un drone, l’incident doit être d’une ampleur telle qu’il nécessite une réponse de défense nationale, l’expert Éric Sauvé va plus loin et lui précise subtilement : « En bas d’un certain seuil [de dangerosité], ce n’est pas une préoccupation pour le Norad

Un autre expert consulté ajoute que le fait que faire voler des drones dans le froid polaire représente un défi, en raison de la faible autonomie des batteries et de la glace qui peut se former sur les ailes.

Interrogé quant à savoir si le Canada était capable de détecter la présence de drones sur l’ensemble du territoire canadien, particulièrement en Arctique, le ministère de la Défense ne s’est même pas donné la peine de répondre.

Quant aux drones militaires, un des experts déclare : « un drone de 1,5 mètre, quels dommages ça peut faire ? Pratiquement rien. […] En termes de capacité de collecte [d’informations], c’est très limité aussi

Ce qui est amusant à la lecture de cet article, c’est à quel point la journaliste est sourde à ceux qui tentent de lui faire comprendre la futilité de sa quête.

Elle se laisse donc convaincre par une entrepreneur qui travaille à développer une technologie capable de détecter les drones dans l’Arctique.

Quand celui-ci lui déclare que si un brise-glace hostile naviguant dans les eaux internationales envoyait un drone dans l’espace aérien canadien, il est plus que probable qu’on n’en saurait rien, il ne vient pas à l’esprit de la journaliste que les eaux internationales dans l’Arctique, cela n’existe pas.

En effet, depuis 1986, le Canada estime que les eaux de l’archipel arctique constituent des eaux intérieures, sous souveraineté du Canada. Ce que la Russie ne conteste pas, mais que refusent de reconnaitre les États-Unis.

D’autre part, tous les brise-glaces russes et tous les navires chinois qui naviguent au-delà du cercle polaire le font dans l’Arctique russe, navigable une bonne partie de l’année, et non dans l’Arctique canadien, bloqué onze mois par année.

Conclusion

Depuis 2014, l’Otan, les chefs d’État atlantistes, et les agences de presse occidentales (financées secrètement par Washington) font valoir la nécessité d’augmenter substantiellement nos dépenses militaires.

Déjà, cette fabrication du consentement a rallié une bonne partie des journalistes canadiens.

Le texte du Devoir en est un exemple.

Il est coiffé d’un titre qui ressemble beaucoup plus à une hypothèse de départ qu’à la conclusion d’une démonstration irréfutable. Son plus grand défaut est d’escamoter les couts nécessaires à pallier la menace, mineure selon le Norad, des drones russes.

Parce fondamentalement, nous sommes en présence d’un choix politique; voulons-nous consacrer des sommes colossales à nous protéger d’une invasion militaire russe qui, du moins au Québec, n’arrivera pas ou voulons-nous consacrer cet argent à des fins plus utiles ?

Références :
En Arctique, le Canada vulnérable aux drones
Hausse des dépenses militaires : la fabrication du consentement
La géopolitique de l’Arctique

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Violations par la Russie de l’espace aérien de pays d’Europe de l’Est

Publié le 20 septembre 2025 | Temps de lecture : 7 minutes

Introduction

Après que l’Ukraine eût subi une attaque de 458 drones et missiles dans la nuit du 9 au 10 septembre dernier, au moins 19 drones russes ont pénétré l’espace aérien de la Pologne et, dans un cas, celui de la Roumanie trois jours plus tard.

Il n’existe pas de preuve que ces drones visaient à détruire des installations situées en sol polonais ni que ces drones se dirigeaient vers l’Ukraine en effectuant un détour par la Pologne.

Au contraire, plusieurs chaines Telegram ukrainiennes ont rapporté que trois engins quittaient la région de Volhynie pour la Pologne. Cette région est située au nord-ouest de l’Ukraine.

Il y a donc deux possibilités. Soit que ces drones ont été tirés de Russie avant de dévier vers la Pologne après un bref survol du territoire ukrainien. Ou soit que leur point de départ était situé en sol ukrainien et n’ont pas été tirés par la Russie.

La violation par des drones

Lors de ses attaques massives, la Russie utilise deux sortes de drones.

Il y a d’abord les leurres. Ceux-ci ne transportent pas de charge explosive.

Tirés dès le début de l’offensive, leur rôle est d’épuiser les défenses ukrainiennes afin d’augmenter les chances que les drones suivants (ceux armés, trois fois moins nombreux) atteignent leurs cibles.

Puisqu’il est impossible de distinguer les drones-leurres des drones armés, l’armée ukrainienne ne peut prendre de risque. Donc, elle recourt indistinctement à ses missiles sol-air afin, idéalement, de tous les détruire.

Dans plus de 83 % des cas, les systèmes de missiles sol-air occidentaux détruisent leurs cibles.

Toutefois, leur cout est astronomique, pouvant atteindre cinq-millions de dollars par missile. Par contre, les drones iraniens et chinois utilisés par la Russie lui coutent de dix-mille à quatre-vingt-mille dollars chacun.

La Russie n’utilise pas des drones-leurres puis soudainement, des drones armés. La transition entre les deux se fait progressivement. Donc, il n’y a pas de moment précis avant lequel l’armée ukrainienne pourrait ‘laisser faire’ et le moment où il faudrait absolument les détruire.

Dans le cas des drones-leurres, ils ne sont pas destinés à revenir en Russie après avoir échappé aux défenses de l’Ukraine parce que cela nécessiterait que la Russie les équipe de deux fois plus de carburant (pour leur permettre d’effectuer le voyage de retour). Or si plus de 80 % sont détruits à l’aller, autant le seraient au retour. Ce qui fait qu’à peine trois ou quatre pour cent d’entre eux reviendraient à leur point de départ.

En somme, les drones qui se sont écrasés en Pologne n’effectuaient pas un voyage de retour en Russie en faisant le détour par la Pologne ou la Roumanie.

Pour expliquer leur présence en Pologne, il y a deux hypothèses.

La première suppose que la défense ukrainienne soit capable de brouillage électromagnétique qui perturbe la navigation de ces drones et les fasse dévier de leur destination prévue.

L’autre hypothèse veut que l’Ukraine récupère les drones-leurres qui s’écrasent au sol en bon état après avoir épuisé leur carburant, leur fasse le plein d’essence et les reprogramme afin qu’ils survolent l’espace aérien de la Pologne dans le but de pousser l’Otan à entrer en guerre directement contre la Russie.

Étant donné que ce n’est pas la première fois que l’Ukraine s’essaie, l’Otan en a vu d’autres.

De plus, il est hautement improbable que l’Alliance atlantique déclenche une Troisième Guerre mondiale au motif que ces ‘attaques’ — qui n’ont fait aucune victime — ont percé le toit de quelques bâtiments agricoles.

Par contre, l’Otan n’allait pas manquer l’occasion d’en faire un drame. C’est ainsi que la Pologne a porté l’affaire au Conseil de sécurité de l’Onu où elle se butera au véto russe. Lorsqu’on tient compte des destructions israéliennes dans la bande de Gaza, on se rend compte de la futilité de la plainte polonaise à l’Onu.

La violation par des MIG-31


 
Hier, des chasseurs-bombardiers de l’Otan ont intercepté trois MIG-31 russes qui survolaient l’espace aérien de l’Estonie.

À aucun moment, les avions russes n’ont survolé le sol estonien; toutefois, ils ont pénétré pendant douze minutes l’espace aérien situé au-dessus de son territoire maritime.

Sur la carte ci-dessus, la Finlande et l’Estonie sont situées de part et d’autre du golfe de Finlande. En vertu du Droit international, l’espace aérien de chacun d’eux s’étend dans le golfe sur une distance de douze milles nautiques (équivalent à environ vingt-et-un kilomètres).

Le problème, c’est que la distance minimale qui sépare les rives de ces deux pays est de 45 km. Ce qui signifie que par endroits, les eaux internationales n’ont que trois kilomètres de large, le reste étant constitué des territoires maritimes de la Finlande et de l’Estonie.

Tracez une ligne droite entre Saint-Pétersbourg et la mer Baltique et vous avez nécessairement une intrusion dans l’espace aérien maritime d’un de ces pays.

Voilà pourquoi les ‘violations’ de l’espace aérien en golfe de Finlande sont devenues fréquentes depuis trois décennies.

Avant l’effondrement de l’URSS (en 1991), le golfe de Finlande et la mer Baltique formaient presque une mer intérieure soviétique puisque de la Russie à l’Allemagne de l’Est, tous les pays riverains étaient soit des républiques soviétiques, soit des pays neutres.

Depuis l’expansion de l’Otan vers l’Est et l’adhésion de la Suède et la Finlande à l’Alliance atlantique, cette mer intérieure a basculé dans le giron otanien.

La conséquence de ce basculement géostratégique majeure, c’est la multiplication des incidents entre ces deux blocs ennemis.

Ce qui prouve que deux empires militaires hostiles devraient toujours être séparés par des pays tampons.

Les pays baltes (dont l’Estonie) devraient être du nombre. Mais depuis que l’Otan a commis l’erreur de les admettre parmi ses membres, ils se sentent invulnérables. Et comme des chihuahuas, ils ne cessent de japper contre le bouledogue russe. S’il n’en tenait qu’à eux, la Troisième Guerre mondiale serait déjà déclenchée.

Fait à noter : l’Otan n’a pas rendu publique la trajectoire précise des trois avions russes au-dessus de la zone maritime estonienne. Ce qui nous empêche d’évaluer l’importance de cette intrusion.

Selon plusieurs experts, les violations mineures de l’espace aérien estonien par la Russie seraient volontaires et serviraient à tester les règles d’engagement des pays de l’Otan, notamment quant au sort à réserver à un avion qui pénètre l’espace aérien d’un membre de l’Alliance.

Références :
Ce que l’on sait des drones russes abattus en Pologne
Infographie : Des drones russes s’incrustent dans des pays de l’OTAN
Intrusion de drones : la Pologne met en garde contre un « conflit ouvert » avec la Russie
Intrusion de drones : le Conseil de sécurité de l’ONU se réunit à la demande de la Pologne
La Russie passe les frontières de l’OTAN (vidéo)
Les missiles Patriot américains : caractéristiques, prix, puissance et répartition dans le monde
L’OTAN intercepte trois avions de chasse russes en Estonie

Parus depuis :
Guerre en Ukraine : le virage des nouvelles règles d’engagement de l’OTAN face aux incursions russes (2025-09-29)
Baltic Backdrop: Sanctions Evasion and the Legal Limits of Maritime Enforcement (2025-12-15)
Estonie : à bord d’un aéroglisseur, trois garde-côtes russes ont brièvement mis pied à terre et franchi la frontière (2025-12-20)
L’Estonie s’indigne après la brève incursion de gardes-frontières russes dans son territoire (2025-12-20)
Polish jets intercept Russian reconnaissance plane spotted near airspace (2025-12-20)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Ukraine amputée ? Le fond du problème

Publié le 27 août 2025 | Temps de lecture : 1 minute
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Le texte ci-dessus a été censuré par Radio-Canada.

Officiellement, ce média justifie ainsi sa décision : ‘Vous avez enfreint les directives de la communauté concernant les propos inappropriés ou les jurons.

En réalité, ce texte est ‘inapproprié’ parce qu’il contredit le narratif fallacieux que Radio-Canada entretient depuis le début au sujet de la guerre russo-ukrainienne et qui sert à manipuler l’opinion publique d’ici.

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Les Ukrainiens face à la capitulation

Publié le 26 août 2025 | Temps de lecture : 7 minutes

Introduction

En novembre 2024, la firme de sondage Gallup publiait les résultats d’une consultation populaire selon laquelle une faible majorité d’Ukrainiens (57 %, après répartition des indécis) étaient favorables à une paix obtenue dans les plus brefs délais. Et ce, même au prix de concessions territoriales à la Russie.

Toutefois, en juin 2025, l’Institut international de sociologie de Kyiv (IISK) rendait public un sondage qui, à l’inverse, indiquait que le refus catégorique de céder des territoires actuellement conquis par la Russie était majoritaire à 58 % (après répartition des indécis) au sein de la population ukrainienne.

Mais voilà qu’un nouveau sondage Gallup relance la controverse; l’appui à une paix négociée dans les plus brefs délais serait passé de 57 % en octobre 2024 à 74 % en juillet 2025 (après répartition des indécis).

Analyse du sondage Gallup

Le graphique ci-dessus représente l’évolution de l’appui des Ukrainiens à une paix négociée de 2022 à aujourd’hui. Ce qui est frappant, c’est sa symétrie; sa moitié gauche est presque l’image inversée de sa moitié droite.

La contre-offensive ukrainienne de l’été 2023, annoncée longtemps d’avance, avait suscité beaucoup d’espoir. Mais son échec semble avoir été le point de bascule de la confiance des Ukrainiens en une victoire de leur pays contre la Russie.

À chacun des mois de 2024, la Russie a gagné plus de territoire ukrainien qu’elle en a perdu. Le cumul des gains russes pour 2024 est évalué à 3 200 km².

La suite presque ininterrompue de mauvaises nouvelles sur le front a finalement eu raison de l’optimisme de nombreux Ukrainiens, selon Gallup.

De plus, la victoire électorale de Donald Trump en novembre 2024 a coïncidé avec un changement de vocabulaire au sein des chancelleries occidentales. Jusqu’alors, jamais le mot ‘paix’ n’était prononcé.

Jusqu’alors, toute personne en Occident qui se disait favorable à une résolution diplomatique au confit russo-ukrainien était immédiatement qualifiée de ‘munichoise’, une allusion à ces dirigeants européens qui ont cru naïvement acheter la paix en consentant à l’invasion de la Tchécoslovaquie par Hitler.

Depuis l’élection de Trump, les mots ‘cessez-le-feu’ et ‘négociations’ sont apparus dans la bouche des dirigeants occidentaux.

Cette évolution se constate également en Ukraine. En juillet 2025, 69 % des répondants (ou 74 % après répartition des indécis) souhaitaient que des négociations de paix débutent dans les plus brefs délais.

Il est à noter que la formulation de la question posée cette année n’est pas identique à celle posée l’an dernier. En effet, en 2024, Gallup demandait l’appui à une paix négociée dans les plus brefs délais même au prix de concessions territoriales à la Russie. Alors que la question de cette année n’en fait pas mention, probablement parce que dans l’esprit des répondants, cela est implicite.

Depuis l’indépendance de l’Ukraine en 1991, la vie politique du pays a été caractérisée par une alternance de gouvernements qui étaient favorables à l’adhésion du pays à l’Otan et de ceux qui y étaient opposés.

C’est après l’indépendance de la Crimée et son rattachement à la Russie en 2014, l’Ukraine s’est définitivement engagée dans un processus d’adhésion à l’Otan. Au point d’inscrire cet objectif dans la constitution du pays.

Toutefois, au cours des douze derniers mois, l’optimisme a chuté quant à une adhésion à l’Otan à brève ou à moyenne échéance.

Il est à noter que cette question ne leur demande pas s’ils sont favorables à cette adhésion, mais seulement s’ils croient que cela se réalisera dans un avenir plus ou moins rapproché.

Le souhait de voir leur pays adhérer à l’Union européenne (UE) a toujours été majoritaire en Ukraine.

Si bien que cette idée fait consensus au sein la classe politique ukrainienne. Tous les gouvernements depuis l’indépendance — qu’ils aient été pro-russes ou pro-otaniens — ont partagé cette volonté commune de voir leur pays adhérer à l’UE.

En Occident, on ignore généralement que Vladimir Poutine lui-même ne s’y est jamais opposé.

C’est sans doute pourquoi l’espoir d’adhérer à l’UE se maintient en Ukraine en dépit de tout.

Le sondage de l’Institut international de sociologie de Kyiv (IISK)

Du 15 mai au 3 juin 2025, l’IISK a effectué un sondage téléphonique automatisé au cours duquel les participants répondaient en appuyant sur les touches de leur clavier.

Les personnes sollicitées habitaient toutes les régions de l’Ukraine à l’exception des territoires occupés par la Russie. Comme ce fut le cas pour le sondage Gallup.

En fonction du nombre de répondants (environ 500 personnes), la marge d’erreur est inférieure à 5,8 %.

Au sujet de la possibilité de concessions territoriales dans le cadre d’une négociation de paix, 52 % des Ukrainiens s’y opposent (58 % après répartition des indécis).

Il est à noter qu’avec le temps, la formulation de cette question a varié. Quand la question précise que ces concessions territoriales seraient irréversibles — ce qui signifie l’abandon de toute idée de les reconquérir un jour — l’opposition aux concessions territoriales grimpe à 68 % (74 % après répartition des indécis).

Quant à la concession à la Russie d’oblasts dans leur entièreté alors que la Russie n’en a conquis qu’une partie, l’opposition atteint 78 % (85 % après répartition des indécis).

Alors que Gallup affirme que le consentement à des pertes territoriales est majoritaire dans toutes les régions du pays, les résultats de l’IISK indiquent plutôt que les Ukrainiens ukrainophones de l’Est du pays s’opposent catégoriquement à ce que leur oblast devienne russe.

Ce qui est tout à fait plausible et contribue donc à la crédibilité des résultats de l’IISK.

Conclusion

En temps de guerre, exprimer sa foi en la victoire finale du pays peut révéler son degré de patriotisme.

Voilà pourquoi, sur un sujet aussi clivant que l’issue de la guerre, tout sondage doit révéler le pourcentage des gens qui ont refusé de répondre puisque cela est un indice de la confiance qu’ils accordaient en l’impartialité des sondeurs.

Malheureusement, ni Gallup ni l’IISK n’ont révélé le nombre de personnes qui ont refusé de participer à cette consultation (en raccrochant, tout simplement, dans le cas du sondage automatisé de l’IISK).

Cette omission est regrettable.

À défaut de pouvoir trancher entre leurs résultats, on peut néanmoins affirmer que le pourcentage des Ukrainiens qui souhaitent la paix dans les plus brefs délais, même au prix de concessions territoriales à la Russie, est compris entre 42 % (IISK) et 74 % (Gallup).

Références :
Dynamics of readiness for territorial concessions and impact of interpreting ‘Territorial concessions’
Half of Ukrainians Want Quick, Negotiated End to War
Contre-offensive ukrainienne de 2023
La Russie a conquis 3 200 km² de territoire ukrainien en 2024, mais le rythme de sa progression a ralenti en décembre
Les Ukrainiens et la paix
Relations entre l’OTAN et l’Ukraine
Ukrainian Support for War Effort Collapses

Paru depuis : Putin says Russia doesn’t oppose Ukraine joining the EU (2025-09-02)

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