Trump pourrait gagner la guerre en Iran

Publié le 19 avril 2026 | Temps de lecture : 7 minutes

Une occasion ratée

Ce qui s’est passé au Pakistan il y a une semaine n’a pas été une négociation, mais une rencontre.

L’Iran y avait délégué 71 personnes et s’attendait à ce que les pourparlers durent plusieurs jours. Toutefois, après une vingtaine d’heures, la délégation américaine a mis abruptement fin à la discussion.

En gros, la délégation américaine a tenté de convaincre les Iraniens qu’on devrait remettre la pâte dentifrice dans le tube. C’est-à-dire cesser les hostilités (comme avant la guerre), rouvrir le détroit d’Ormuz (comme il l’était avant) et continuer l’imposition de sanctions économiques à l’Iran (comme si rien ne s’était passé). Et seules différences; l’abandon du programme nucléaire iranien et du financement de ses alliés dans la région.

En somme, Washington se rendait au Pakistan afin de recueillir la capitulation de l’Iran.

Pour les Iraniens, cette guerre est une occasion de crever l’abcès.

Et l’abcès, ce sont des décennies de sanctions économiques, des attaques aériennes israéliennes à répétition, des assassinats ciblés (contre un général iranien, tué par décision de Trump) ou contre des scientifiques œuvrant au programme nucléaire iranien (tués par Israël).

L’Iran en a assez.

Si ce pays devait simplement accepter la fin des hostilités sans qu’on ait réglé les problèmes de fond, cette guerre n’aura servi à rien.

Aussitôt la guerre terminée, des capitaux occidentaux et des fonds souverains arabes entreprendront le creusage d’un canal qui permettra d’éviter le détroit d’Ormuz en reliant le golfe Persique à la mer d’Arabie (en traversant les Émirats et Oman).

Dès le canal achevé, la guerre reprendra en Iran là où elle aura été interrompue.

À la rencontre pakistanaise, l’administration Trump n’a pas compris que l’Iran lui donnait une occasion de sortir de cette guerre la tête haute.

Si Washington avait accepté que la levée complète des sanctions économiques soit l’élément central des négociations à venir, Donald Trump aurait pu obtenir le maximum de concessions de la part de l’Iran.

Quelles concessions ?

Le programme nucléaire iranien

L’Iran voudra-t-il abandonner son programme nucléaire (en partie ou en totalité) ?

Très certainement puisque c’est ce qu’il avait convenu au cours des négociations qui se sont tenus immédiatement avant le déclenchement sournois de cette guerre.

Toutefois, l’Iran n’abandonnera jamais la fabrication des isotopes radioactifs utilisés en médecine nucléaire.

Encadré par des inspections de l’Onu, l’Iran peut se doter d’un programme nucléaire civil sans que cela soit une menace à la sécurité d’Israël. C’est ce que l’Iran avait accepté dans le cadre des Accords de Vienne sur le nucléaire iranien, signés en 2015.

Au cours des négociations que cette guerre a interrompues, l’Iran était même prêt à accepter que son uranium soit entreposé chez une puissance amie (la Russie, par exemple) et livré au fur et à mesure de ses besoins.

La Troisième guerre du Golfe prouve, du moins jusqu’ici, que la possession de l’arme nucléaire n’a pas l’effet dissuasif qu’on croyait.

En effet, Israël subit d’importants bombardements malgré que ce pays soit une puissance nucléaire.

En désespoir de cause, si le gouvernement israélien décidait de recourir à l’arme nucléaire, cela justifierait l’acquisition de la bombe atomique par la République islamique. Et d’ici là, l’Iran pourrait répliquer en achetant des bombes nucléaires à la Corée du Nord (qui jouit probablement déjà à l’idée de leur en fournir).

À une négociation future, les négociateurs américains pourraient facilement convaincre l’Iran de l’inutilité de posséder une arme redoutable, mais qu’on ne peut pas utiliser.

Donc, au sujet du programme nucléaire iranien, Trump pourrait obtenir d’importantes concessions en échange de la levée complète des sanctions économiques.

Les drones et les missiles iraniens

Est-ce que l’Iran voudra renoncer à posséder de telles armes ? C’est comme demander à Trump de renoncer à son orgueil démesuré.

Jamais les Iraniens ne renonceront à leur seul moyen de se protéger des attaques aériennes d’Israël, c’est-à-dire d’un État hostile qui ne respecte jamais sa parole.

Le changement de régime

Cela n’est pas nécessaire. Il suffit que Téhéran accepte d’assouplir sa rigueur pour que cela constitue une victoire pour tous.

Des réserves américaines au plus bas

En quatre ans, la fourniture d’armement à l’Ukraine a sévèrement diminué les stocks de l’armée américaine.

Plus près de nous, la réplique israélienne à l’attaque du Hamas a provoqué une autre ponction dans les réserves américaines.

Dès les premiers jours de la Troisième guerre du Golfe, les États-Unis ont consommé une quantité très importante de bombes et de missiles. Le but recherché était de foudroyer l’ennemi. Ce qui ne s’est pas produit.

Puisque l’Iran résiste, les États-Unis ont, par exemple, utilisé en six semaines plus de missiles Tomahawk qu’ils peuvent en produire annuellement.

À ce rythme, ils en manqueraient dans quelques mois. D’où la nécessité absolue pour les États-Unis de négocier la paix avec l’Iran le plus tôt possible.

Conclusion

Les États-Unis ont été battus au Vietnam et en Afghanistan par des guérillas qui étaient armées de grenades et de kalachnikov.

À l’aide de missiles et de drones sophistiqués, l’Iran s’est montré capable de détruire les armes les plus puissantes de l’arsenal américain.

Si l’administration Trump devait ordonner l’invasion militaire de l’Iran, comment feront les soldats américains en sol découvert, alors des drones tourbillonneront autour d’eux comme des essaims de guêpes ?

Au-delà de la pénurie d’armes, comment convaincre les soldats américains de l’importance de risquer leur vie pour Israël ? Parce qu’il faut bien se le dire; la Troisième guerre du Golfe est essentiellement un conflit israélo-iranien dans laquelle les États-Unis se sont laissé entrainer.

Bref, il est impossible pour l’armée américaine de remporter cette guerre. Et elle le sait.

Les victoires que Donald Trump ne peut pas gagner sur les champs de bataille, il peut les remporter en pacifiant tous les pays riverains du golfe Persique. Ce que personne avant lui n’a réussi à faire.

Puisque le modèle de développement économique poursuivi par toutes les pétromonarchies depuis des décennies s’appuyait un mirage — une paix garantie par les États-Unis — ces pays n’ont pas d’autre choix que de s’entendre avec l’Iran.

Une fois le golfe Persique pacifié, pour étendre cette paix à l’ensemble du Proche et du Moyen-Orient, il ne restera à Trump que la tâche de mater le tigre israélien.

Bonne chance…

Références :
Accord de Vienne sur le nucléaire iranien
Guerre au Moyen-Orient : l’utilisation massive de missiles Tomahawk par l’armée américaine inquiète le Pentagone

Pour consulter tous les textes de ce blogue consacrés à la Troisième guerre du Golfe, veuillez cliquer sur ceci.

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