Les émeutes iraniennes de l’hiver 2025-2026

Publié le 29 avril 2026 | Temps de lecture : 5 minutes

Les émeutes survenues en Iran entre le 28 décembre 2025 et le 23 janvier 2026 n’ont aucun rapport avec celles consécutives à la mort de Mahsa Amini à Téhéran en septembre 2022 (assassinée pour ne pas avoir porté le voile islamique ‘correctement’).

Celles survenues plus tôt cette année, beaucoup plus meurtrières, ont été déclenchées par la faillite de la banque Ayandeh et instrumentalisées par le gouvernement israélien.

C’est en 2010 que l’homme d’affaires iranien Ali Ansari a fondé la banque privée Ayandeh à partir d’un capital de départ de deux-cent-millions de dollars.

Cette banque a attiré sept-millions d’épargnants en offrant des taux d’intérêt environ quatre pour cent plus élevés que ceux offerts par les banques concurrentes.

En 2017, la banque Ayandeh détenait 76 % de tous les dépôts du pays.

À plus des deux tiers, cet argent servait à financer les investissements immobiliers de son fondateur, notamment le centre commercial de deux-millions de mètres carrés qu’Ali Ansari avait fait construire dans la banlieue ouest de Téhéran.

À la suite du retrait des États-Unis de l’Accord de Vienne sur le nucléaire iranien en 2018 et le retour des sanctions américaines, l’économie iranienne s’est contractée. Conséquemment, les marques de luxe qui se proposaient d’ouvrir boutique à l’Iran Mall ont abandonné leurs projets.

Si bien que ce complexe, à la fois commercial et récréotouristique, est devenu un éléphant blanc. Ce qui, peu à peu, a drainé les liquidités de la banque Ayandeh.

Au moment de sa liquidation en octobre 2025, la banque devait 5,1 milliards de dollars américains.

Pour pallier la colère de ceux qui avaient tout perdu, le gouvernement a promis de rembourser la clientèle de la banque en donnant la priorité aux petits épargnants.

Pour ce faire, la Banque centrale iranienne se proposait d’imprimer 550 millions de millions de millions de millions de rials. Aussitôt, les économistes les plus compétents du pays ont fait valoir que cela créerait une poussée inflationniste qui nuirait à la stabilité économique iranienne.

Et pendant que la controverse faisait rage parmi les économistes, des millions d’Iraniens ne pouvaient plus payer leur loyer ni leur épicerie. Conséquemment, deux mois plus tard, d’immenses manifestations ont embrasé le pays.

La colère légitime du peuple iranien a été amplifiée sur les médias sociaux américains par une multitude de messages qui accusaient les autorités de laxisme, voire de connivence, avec les responsables de la faillite.

Rétroactivement, il est facile d’imaginer qu’une partie de ces messages étaient été publiés de l’Étranger.

Le 5 février dernier, devant le Comté sénatorial des banques, le secrétaire au Trésor américain (l’équivalent du ministre des Finances) s’est vanté d’avoir provoqué les émeutes en empêchant les Iraniens de se protéger de l’inflation en échangeant leurs rials pour des dollars américains.


 
Cela est douteux. La devise iranienne s’échangeait à 30 720 rials pour un dollar canadien au début des émeutes et au taux de 30 701 rials aujourd’hui.

Quant à l’inflation, elle était de 37,1 % en 2024, de 45,0 % en 2025, puis d’environ 50,0 % depuis le début de l’année 2026.

La vantardise du secrétaire au Trésor américain est un écran de fumée.

À quelques détails près, la participation israélo-américaine dans les émeutes iraniennes de l’hiver dernier a été calquée sur le modèle du coup d’État de la place Maïdan, en Ukraine, en février 2014.

À la différence que dans ce cas-ci, des armes étaient entrées illégalement au pays par le biais du Kurdistan iranien. De plus, après avoir piraté toutes les caméras de circulation de Téhéran, les services secrets israéliens pouvaient diriger les opérations de leurs tireurs d’élite infiltrés sur place.

Le rôle de ceux-ci était d’accéder aux toits de divers édifices de la capitale et, du haut des airs ou par petits groupes à l’écart dans la foule, de tirer à la fois sur les protestataires et sur les forces policières afin de les dresser les uns contre les autres.

Le bilan de l’Iran Human Rights fait état de 3 428 manifestants tués. L’Human Rights Activists News Agency (HRANA) estime plutôt ce nombre à 5 777 personnes. Parmi les forces de l’ordre, l’HRANA évalue le nombre de morts à 214 agents.

Après avoir ainsi manipulé l’opinion publique internationale, il ne restait plus au gouvernement israélien que de convaincre Donald Trump pour déclencher la Troisième guerre du Golfe.

Références :
Accord de Vienne sur le nucléaire iranien
Ayandeh Bank collapse lays bare Iran’s economic rot
Iran : la police lance un ultimatum aux participants aux « émeutes » pour se livrer
Les services secrets israéliens ont passé des années à pirater les caméras de surveillance de Téhéran pour localiser, espionner et finalement tuer le guide suprême iranien Ali Khamenei
Manifestations consécutives à la mort de Mahsa Amini
‘Rats leaving the ship,’ Bessent says of Iranian capital flight
Répression des manifestations iraniennes en 2026
Ukraine : l’histoire secrète de la révolution de Maïdan

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Écrit par Jean-Pierre Martel


L’objectif Helios 85 mm au printemps

Publié le 28 avril 2026 | Temps de lecture : 1 minute
Bourgeons de Seringat commun ‘Variegatus’
Scille de Sibérie
Épervier d’Europe
Bourgeon de Rhododendron
Bourgeon de Saule pubescent
Primevère (Primula chumgensis))

L’Helios 85mm est un objectif lourd et volumineux dont le mode d’emploi est inutilement compliqué.

Malgré tous ses défauts, j’aime l’utiliser au début du printemps. À ouverture maximale, il crée alors des flous d’arrière-plan féériques qui mettent en valeur les plantes les plus modestes, voire de simples bourgeons qui, autrement, ne seraient pas particulièrement photogéniques.

Détails techniques : Olympus OM-D e-m5 mark II, objectif Helios 85mm F/1,5
1re photo : 1/2500 sec. — F/1,5 — ISO 200 — 85 mm
2e  photo : 1/2000 sec. — F/1,5 — ISO 200 — 85 mm
3e  photo : 1/4000 sec. — F/1,5 — ISO 200 — 85 mm
4e  photo : 1/1250 sec. — F/1,5 — ISO 200 — 85 mm
5e  photo : 1/6400 sec. — F/1,5 — ISO 200 — 85 mm
6e  photo : 1/3200 sec. — F/1,5 — ISO 160 — 85 mm
7e  photo : 1/8000 sec. — F/1,5 — ISO 160 — 85 mm

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Au parc Morgan

Publié le 25 avril 2026 | Temps de lecture : 2 minutes




 
En 1844, un Écossais de 25 ans émigre à Montréal pour y faire fortune. Il s’appelle Henry Morgan.

En moins d’un demi-siècle, son ascension sociale sera fulgurante; en 1891, la Henry Morgan & Company fait ériger le premier grand magasin au Canada.

Construit en grès rouge d’Écosse selon les plans de l’architecte américain John Pierce Hill, l’édifice de style néo-roman fait quatre étages. De nos jours, il est connu sous le nom de Magasin de La Baie d’Hudson.

Précédemment, Charles Wilson, ancien maire de Montréal s’était porté acquéreur d’un immense territoire agricole dans le village d’Hochelaga, autrefois en banlieue de Montréal (annexé depuis par la ville).

Dans la partie sud de ce terrain, il fit construire une villa qui donnait sur le fleuve.

En 1859, Henry Morgan et son frère se portent acquéreurs du domaine et remplacent la villa par un manoir de 28 pièces.

Après la mort des deux frères en 1893, leur immense domaine fut morcelé afin de permettre le lotissement. Seul échappa à la construction domiciliaire, un terrain de 34 acres entourant le manoir. Ce dernier, abandonné, finit par être détruit.

En 1908, ce terrain fut offert à la ville de Maisonneuve afin d’y aménager un parc. Ce qui deviendra le parc Morgan.

Détails techniques : Appareil Olympus OM-D e-m5 infrarouge à spectre complet + objectif Lumix 14-45mm + les filtres de l’infrarouge Jaune 3629.

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Écrit par Jean-Pierre Martel


La loi C-3 ou la transmission des chromosomes ‘canadiens’

Publié le 24 avril 2026 | Temps de lecture : 4 minutes

Introduction

C’est en décembre dernier que le parlement canadien a adopté la loi C-3 modifiant la Loi sur la citoyenneté.

Pour la somme de 75 $, le Canada accordera sur demande la citoyenneté canadienne à toute personne étrangère capable de prouver qu’elle descend de quelqu’un qui était canadien après le 1er janvier 1947.

Les conséquences

On estime que des millions d’Américains sont qualifiés pour obtenir la double citoyenneté canado-américaine.

Alors que les citoyens américains qui travaillent à l’Étranger sont soumis au fisc américain, l’obtention de la citoyenneté canadienne ne comporte aucune obligation fiscale. Ce qui veut dire que, pour un Américain, obtenir également la citoyenneté canadienne ne comporte que des avantages.

Si on lui diagnostique un mal dont le traitement est ruineux, il lui suffira de déménager dans une province canadienne pour que celle-ci soit obligée de le traiter gratuitement.

S’il déménageait au Canada à titre d’immigrant, Ottawa serait obligé de rembourser à la province ses frais de santé jusqu’à sa naturalisation. Mais puisqu’il est déjà citoyen canadien, Ottawa n’aura rien à payer. Tout est à la charge de la province où il ira se faire soigner.

Inévitablement, le Canada devra modifier sa loi électorale afin de permettre à cette ‘diaspora’ de participer aux élections fédérales. Selon leur importance démographique, ces citoyens de l’Étranger auront droit à un ou à plusieurs députés à la Chambre des Communes.

La dissolution de l’identité canadienne

Il est difficile de comprendre l’intérêt pour le Canada de donner le droit de vote à des gens qui n’ont jamais vécu au Canada, qui ne connaissent rien ou presque de l’histoire du pays, et qui n’auront pas à subir les politiques du parti pour lequel ils auront voté.

Ce qui nous amène à nous demander : qu’est-ce qui justifie la loi C-3.

Celle-ci n’est qu’une étape de plus dans un processus qui a commencé il y a quatre décennies.

Adoptée par l’Assemblée nationale du Québec en 1977, la Loi 101 proclamait la suprématie des droits collectifs, du moins ceux qui sont nécessaires à pérenniser le français au Québec. Cinq ans plus tard, Ottawa a fait adopter par l’ethnie dominante du pays une nouvelle constitution qui proclame, au contraire, la suprématie absolue des droits individuels.

De manière encore plus ambitieuse, Ottawa cherche à substituer l’identité collective — celle basée sur la langue, la culture et l’histoire — par une identité individuelle basée sur l’identité de genre, l’orientation sexuelle et la pigmentation de la peau.

Par le biais d’un déluge migratoire et du multiculturalisme, le but est de dissoudre l’identité canadienne. Une identité qui, déjà au départ, repose sur pas grand-chose.

La loi C-3 est un pas de plus dans cette direction.

En étendant la citoyenneté canadienne à des gens qui n’ont rien de canadien à part quelques chromosomes hérités de la fesse gauche d’un ancêtre qu’ils n’ont pas connu, Ottawa poursuit cette déconstruction de l’identité canadienne.

D’où la question : c’est quoi, un Canadien ? Qu’a-t-il de particulier ?

Références :
Affaire McKinsey: tout savoir sur les relations entre le cabinet de conseil et Emmanuel Macron
100 millions de Canadiens d’ici 2100 : Ottawa dit non à l’« Initiative du siècle »
Des millions d’Américains réclament la citoyenneté canadienne : ce que la loi C-3 change vraiment
Dual citizenship, eh? Under new law, millions of Americans may now also be considered Canadian

Complément de lecture : Le multiculturalisme ou le tribalisme des sociétés anglo-saxonnes

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Écrit par Jean-Pierre Martel


La Troisième guerre du Golfe et l’Australie

Publié le 23 avril 2026 | Temps de lecture : 3 minutes

De toutes les régions du monde, c’est en Extrême-Orient et en Océanie que le blocage du détroit d’Ormuz a eu le plus d’impact.

L’Australie est le septième producteur mondial de gaz fossile et le cinquième producteur de charbon. Même si ce pays possède de modestes réserves de pétrole (37e rang mondial), il a démantelé six de ses huit raffineries de pétrole afin de s’approvisionner à moindre cout de Singapour et de Corée du Sud. Or ces deux pays importent leur brut des pays du golfe Persique.

Pire encore, alors que l’Agence internationale de l’énergie recommande aux pays de maintenir des réserves pétrolières équivalentes à 90 jours d’autonomie, les réserves stratégiques de l’Australie ne sont que pour 30 jours.

Avec le blocage du détroit d’Ormuz, cette imprudence se retourne contre l’Australie.

Depuis quelque semaines, on assiste à une multiplication du nombre de stations-service à court de pétrole. Pour inciter les automobilistes à utiliser le transport en commun, certaines villes ont décrété sa gratuité.

Dans ce pays de l’hémisphère sud, les saisons sont inversées par rapport à nous. Pour rassurer les fermiers inquiets de ne pouvoir moissonner leurs champs par manque de diésel, le gouvernement a adopté trois mesures.

Premièrement, celle de réduire de moitié la taxe d’accise sur le carburant. Deuxièmement, de libérer le cinquième de ses réserves stratégiques principalement au profit des régions rurales du pays.

Et finalement, le gouvernement a réduit ses exigences environnementales quant à la teneur en soufre du pétrole pouvant être vendu en Australie.

Le but de cette mesure est de permettre à une des deux raffineries du pays d’écouler son pétrole sur le marché intérieur alors que ce pétrole était jusque là réservé à l’exportation car trop polluant pour les moteurs australiens.

En dépit de ces mesures, certaines stations-service plafonnent la quantité de pétrole que les automobilistes peuvent acheter. D’où le succès d’une application téléphonique comme FuelChech pour savoir, en temps réel, où on peut trouver de l’essence.

Dans le cas d’une autre guerre, celle en Ukraine, l’Australie a ouvert ses portes à quinze-mille réfugiés ukrainophones. Par contre, le 26 mars dernier, l’Australie a révoqué sept-mille visas émis à des visiteurs iraniens. Comme si, à la différence des Ukrainiens, le peuple iranien était solidaire du régime en place et donc, représentait un risque sécuritaire pour l’Australie.

Références :
Australia must continue to stand with Ukrainians seeking safety
Classement des États du monde par production de charbon
L’Australie prise au piège de la guerre au Proche-Orient
Pétrole en Australie
Top 10 des pays producteurs de gaz naturel dans le monde en 2024

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Pénurie de gants chirurgicaux en vue ?

Publié le 22 avril 2026 | Temps de lecture : 3 minutes

La société malaisienne Karex est le plus important fabricant de condoms au monde. Elle en fabrique plus de cinq-milliards par année, vendus sous diverses marques dont Durex™ et Trojan™.

L’entreprise annonçait hier qu’en raison des pénuries engendrées par la Troisième guerre du Golfe, elle hausserait de 30 % le prix de ses contraceptifs.

En 24 heures, cette nouvelle a fait le tour du monde.

Toutefois, ce qui a échappé à l’attention des médias, c’est que les ingrédients qui servent à faire des condoms (le latex, le nitrile, le polyuréthane et le polyisoprène) servent également à fabriquer des gants chirurgicaux.

Normalement, l’augmentation des prix fait diminuer la demande… sauf lorsque celle-ci est inélastique. En sciences économiques, est qualifiée d’inélastique la demande d’un bien ou d’un service qui varie peu, même en cas de forte variation de prix.

C’est le cas des gants chirurgicaux. Même si les prix devaient doubler ou tripler, la demande ne diminuera pas.

Ce qui laisse entrevoir la répétition de ce qui s’est passé en février et en mars 2020 au sujet des masques chirurgicaux.

Rappelons les évènements.

En janvier 2020, l’épidémie au Covid-19 n’a pas encore frappé le Québec. Ce mois-là, le directeur de la santé publique de Chine — la personne la plus compétente pour en parler — répète à qui veut l’entendre qu’une très grave épidémie s’apprête à frapper le monde et que celle-ci s’attrape en inhalant les gouttelettes respiratoires de personnes infectées.

Prenant acte de cet avertissement, l’Alberta achète le moins suivant des quantités très importantes de masques chirurgicaux.

Pendant ce temps, au Québec, la Santé publique est dirigée par des incompétents. Prétendant s’appuyer sur la science, son directeur déclare au Devoir, le 5 février 2020, que la grippe saisonnière était plus à craindre que le coronavirus.

Un mois plus tard, à son retour de vacances du Maroc, il rassure la cellule de crise créée par le premier ministre; le Québec ne manquera pas de masques de protection, dit-il.

Le reste est connu; ce fut un fiasco.

Dans les mois qui viennent, est-ce que nos hôpitaux manqueront de gants chirurgicaux ?

Personne ne le sait.

Le principe de précaution exige que le Québec fasse le plein de gants comme l’Alberta a fait le plein de masques en 2020. Au risque de réaliser par la suite qu’on s’est affolé pour rien.

Au contraire, si on évite d’agir par peur de se tromper, cela pourrait entrainer que des milliers d’opérations seront remises à plus tard parce que nos chirurgiens et leurs assistants manqueront de gants.

Références :
Covid-19 – Histoire d’un fiasco
World’s biggest condom maker set to raise prices due to Iran war

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Écrit par Jean-Pierre Martel


La Troisième guerre du Golfe et la perfide Albion

Publié le 21 avril 2026 | Temps de lecture : 3 minutes

Introduction

Le 1er mars dernier, des drones iraniens ont été tirés vers une base militaire que la Grande=Bretagne possède sur l’ile de Chypre, en Méditerranée.

Aussitôt, Londres a fait savoir qu’elle s’opposait à ce que ses bases militaires soient utilisées par les États-Unis pour des attaques en Iran. Du moins contre des cibles politiques ou économiques précise le quotidien The Independant.

Cette condition — qui s’apparente à un vœu pieux — ne s’applique pas aux bases que les États-Unis possèdent en sol britannique.

Alors que plusieurs pays européens interdisent à l’aviation militaire des États-Unis de survoler leur territoire, la Grande-Bretagne n’a pas jugé bon de le faire.

La base américaine de Fairford

De toutes les bases américaines en Europe, celle de Fairford (en Grande-Bretagne) possède la plus longue piste d’atterrissage.

Au cours des dix premiers jours de la guerre, c’est à cette base que cinq bombardiers B-1B et trois B-52s américains ont fait le plein de munitions avant d’aller bombarder l’Iran.

Entre autres, ils y ont chargé des bombes de 900 kg, renommées pour leur effet dévastateur mais qui évitent miraculeusement les cibles civiles, parait-il.

De l’armement britannique pour Israël

Moog est une société militaire américaine qui possède quelques usines en Grande-Bretagne, dont une à Wolverhampton.

Le 23 mars, à partir de cette usine, un camion d’UPS a transporté du matériel militaire à destination de l’aéroport de Liège, en Belgique. La cargaison devait être ensuite acheminée par avion en Israël par l’intermédiaire de la compagnie de fret belgo-israélienne Challenge.

La Belgique interdisant le transport aérien de matériel militaire à partir de son territoire, la cargaison a été interceptée par des douaniers belges.

L’enquête a démontré rétroactivement que dix-sept autres transits avaient été effectués précédemment.

Conclusion

Sans doute pour protester contre le fait que Washington ne l’a pas consulté ni même avisé avant de déclencher la Troisième guerre du Golfe, Londres a déclaré, dès les premiers jours du conflit : « Cette guerre n’est pas notre guerre.»

Aussi ‘étrangère’ soit-elle, celle-ci n’en demeure pas moins une occasion d’affaires à laquelle Londres a du mal à résister… comme probablement bien d’autres pays.

Références :
Attaque de drones iraniens sur Akrotiri et Dhekelia durant la Guerre d’Iran de 2026
Belgium seizes arms shipment sent from Britain to Israel
Britain says it’s not at war after a drone strikes its Akrotiri base in Cyprus
Du matériel militaire destiné à Israël bloqué à l’aéroport de Bierset
Guerre au Moyen-Orient: « Ce n’est pas notre guerre » réaffirme le Premier ministre britannique, Keir Starmer
Moog
Perfide Albion
Starmer says US strikes on Iran won’t be launched from Cyprus after row over UK bases
U.S. Air Force B-1 And B-52 Bombers Now Striking Iran From The UK

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Trump pourrait gagner la guerre en Iran

Publié le 19 avril 2026 | Temps de lecture : 7 minutes

Une occasion ratée

Ce qui s’est passé au Pakistan il y a une semaine n’a pas été une négociation, mais une rencontre.

L’Iran y avait délégué 71 personnes et s’attendait à ce que les pourparlers durent plusieurs jours. Toutefois, après une vingtaine d’heures, la délégation américaine a mis abruptement fin à la discussion.

En gros, la délégation américaine a tenté de convaincre les Iraniens qu’on devrait remettre la pâte dentifrice dans le tube. C’est-à-dire cesser les hostilités (comme avant la guerre), rouvrir le détroit d’Ormuz (comme il l’était avant) et continuer l’imposition de sanctions économiques à l’Iran (comme si rien ne s’était passé). Et seules différences; l’abandon du programme nucléaire iranien et du financement de ses alliés dans la région.

En somme, Washington se rendait au Pakistan afin de recueillir la capitulation de l’Iran.

Pour les Iraniens, cette guerre est une occasion de crever l’abcès.

Et l’abcès, ce sont des décennies de sanctions économiques, des attaques aériennes israéliennes à répétition, des assassinats ciblés (contre un général iranien, tué par décision de Trump) ou contre des scientifiques œuvrant au programme nucléaire iranien (tués par Israël).

L’Iran en a assez.

Si ce pays devait simplement accepter la fin des hostilités sans qu’on ait réglé les problèmes de fond, cette guerre n’aura servi à rien.

Aussitôt la guerre terminée, des capitaux occidentaux et des fonds souverains arabes entreprendront le creusage d’un canal qui permettra d’éviter le détroit d’Ormuz en reliant le golfe Persique à la mer d’Arabie (en traversant les Émirats et Oman).

Dès le canal achevé, la guerre reprendra en Iran là où elle aura été interrompue.

À la rencontre pakistanaise, l’administration Trump n’a pas compris que l’Iran lui donnait une occasion de sortir de cette guerre la tête haute.

Si Washington avait accepté que la levée complète des sanctions économiques soit l’élément central des négociations à venir, Donald Trump aurait pu obtenir le maximum de concessions de la part de l’Iran.

Quelles concessions ?

Le programme nucléaire iranien

L’Iran voudra-t-il abandonner son programme nucléaire (en partie ou en totalité) ?

Très certainement puisque c’est ce qu’il avait convenu au cours des négociations qui se sont tenus immédiatement avant le déclenchement sournois de cette guerre.

Toutefois, l’Iran n’abandonnera jamais la fabrication des isotopes radioactifs utilisés en médecine nucléaire.

Encadré par des inspections de l’Onu, l’Iran peut se doter d’un programme nucléaire civil sans que cela soit une menace à la sécurité d’Israël. C’est ce que l’Iran avait accepté dans le cadre des Accords de Vienne sur le nucléaire iranien, signés en 2015.

Au cours des négociations que cette guerre a interrompues, l’Iran était même prêt à accepter que son uranium soit entreposé chez une puissance amie (la Russie, par exemple) et livré au fur et à mesure de ses besoins.

La Troisième guerre du Golfe prouve, du moins jusqu’ici, que la possession de l’arme nucléaire n’a pas l’effet dissuasif qu’on croyait.

En effet, Israël subit d’importants bombardements malgré que ce pays soit une puissance nucléaire.

En désespoir de cause, si le gouvernement israélien décidait de recourir à l’arme nucléaire, cela justifierait l’acquisition de la bombe atomique par la République islamique. Et d’ici là, l’Iran pourrait répliquer en achetant des bombes nucléaires à la Corée du Nord (qui jouit probablement déjà à l’idée de leur en fournir).

À une négociation future, les négociateurs américains pourraient facilement convaincre l’Iran de l’inutilité de posséder une arme redoutable, mais qu’on ne peut pas utiliser.

Donc, au sujet du programme nucléaire iranien, Trump pourrait obtenir d’importantes concessions en échange de la levée complète des sanctions économiques.

Les drones et les missiles iraniens

Est-ce que l’Iran voudra renoncer à posséder de telles armes ? C’est comme demander à Trump de renoncer à son orgueil démesuré.

Jamais les Iraniens ne renonceront à leur seul moyen de se protéger des attaques aériennes d’Israël, c’est-à-dire d’un État hostile qui ne respecte jamais sa parole.

Le changement de régime

Cela n’est pas nécessaire. Il suffit que Téhéran accepte d’assouplir sa rigueur pour que cela constitue une victoire pour tous.

Des réserves américaines au plus bas

En quatre ans, la fourniture d’armement à l’Ukraine a sévèrement diminué les stocks de l’armée américaine.

Plus près de nous, la réplique israélienne à l’attaque du Hamas a provoqué une autre ponction dans les réserves américaines.

Dès les premiers jours de la Troisième guerre du Golfe, les États-Unis ont consommé une quantité très importante de bombes et de missiles. Le but recherché était de foudroyer l’ennemi. Ce qui ne s’est pas produit.

Puisque l’Iran résiste, les États-Unis ont, par exemple, utilisé en six semaines plus de missiles Tomahawk qu’ils peuvent en produire annuellement.

À ce rythme, ils en manqueraient dans quelques mois. D’où la nécessité absolue pour les États-Unis de négocier la paix avec l’Iran le plus tôt possible.

Conclusion

Les États-Unis ont été battus au Vietnam et en Afghanistan par des guérillas qui étaient armées de grenades et de kalachnikov.

À l’aide de missiles et de drones sophistiqués, l’Iran s’est montré capable de détruire les armes les plus puissantes de l’arsenal américain.

Si l’administration Trump devait ordonner l’invasion militaire de l’Iran, comment feront les soldats américains en sol découvert, alors des drones tourbillonneront autour d’eux comme des essaims de guêpes ?

Au-delà de la pénurie d’armes, comment convaincre les soldats américains de l’importance de risquer leur vie pour Israël ? Parce qu’il faut bien se le dire; la Troisième guerre du Golfe est essentiellement un conflit israélo-iranien dans laquelle les États-Unis se sont laissé entrainer.

Bref, il est impossible pour l’armée américaine de remporter cette guerre. Et elle le sait.

Les victoires que Donald Trump ne peut pas gagner sur les champs de bataille, il peut les remporter en pacifiant tous les pays riverains du golfe Persique. Ce que personne avant lui n’a réussi à faire.

Puisque le modèle de développement économique poursuivi par toutes les pétromonarchies depuis des décennies s’appuyait un mirage — une paix garantie par les États-Unis — ces pays n’ont pas d’autre choix que de s’entendre avec l’Iran.

Une fois le golfe Persique pacifié, pour étendre cette paix à l’ensemble du Proche et du Moyen-Orient, il ne restera à Trump que la tâche de mater le tigre israélien.

Bonne chance…

Références :
Accord de Vienne sur le nucléaire iranien
Guerre au Moyen-Orient : l’utilisation massive de missiles Tomahawk par l’armée américaine inquiète le Pentagone

Paru depuis : Chinese military experts take stock of US munitions weak spot exposed by Iran war (2026-04-23)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


DPCP : Crimes graves et immigration

Publié le 16 avril 2026 | Temps de lecture : 4 minutes

Introduction

Au Québec, n’importe qui peut intenter une cause civile. Mais en droit criminel, le monopole de l’accusation est confié à un organisme d’État appelé le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP).

Ce monopole existe afin d’empêcher que le système judiciaire soit paralysé par une multitude d’accusations frivoles.

Les faits

Le 12 mai 2024, Guzman Bladimir-Castillo vole une Toyota Highlander. Repéré par les policiers, il tente alors de leur échapper pendant trente minutes en roulant à plus de 200 km/h sur les autoroutes 40, 13 et 15 Sud. À noter : il n’a pas de permis de conduire.

Au cours de son témoignage devant la Cour du Québec, l’accusé a présenté une version des faits jugée invraisemblable par le tribunal. De plus, il se dit victime de harcèlement de la part d’une agence de recouvrement lui qui lui réclame plus de 24 000$ pour couvrir les dommages qu’il a causés au véhicule, estimant qu’il préfèrerait consacrer cette somme à autre chose.

En droit pénal, un rapport ‘présentenciel’ (c’est-à-dire avant la sentence) est un rapport préparé par un agent de probation afin d’orienter le juge sur la sanction qu’il doit imposer à l’accusé déclaré coupable.

Dans ce cas-ci, ce rapport a été préparé par une travailleuse sociale. On y apprend que l’accusé a connu une enfance difficile du fait d’avoir eu un père violent et d’avoir grandi dans un milieu défavorisé.

Selon la travailleuse sociale, l’accusé est un être vulnérable. En effet, il est “vulnérable à la tentation de saisir des opportunités de faire de l’argent facilement et rapidement, ce qui le met à risque de récidive.

D’autre part, l’accusé n’est pas citoyen canadien; il est résident permanent.

Or la Loi fédérale sur l’immigration et la protection des réfugiés prévoit une interdiction de territoire lorsqu’une peine d’emprisonnement de plus de six mois est imposée à une personne qui n’est pas citoyenne du Canada.

Cela limite la tolérance du pays à l’égard des crimes qui peuvent être commis en sol canadien par des immigrés.

Même si le DPCP reconnait qu’en vertu de la jurisprudence actuelle, un citoyen canadien qui commettrait les mêmes infractions que l’accusé devrait recevoir une peine d’emprisonnement de 9 mois, il suggère, dans ce cas-ci, de réduire la durée de son emprisonnement à 6 mois moins 1 jour afin d’éviter à l’accusé le risque de déportation du pays.

Le blâme du juge à l’égard du DPCP

S’appuyant sur des observations faites par ses collègues, les juges Alexandre Dalmau et Dennis Galiatsatos, le juge Antoine Piché blâme explicitement le DPCP d’avoir pris l’habitude de réclamer des peines indulgentes à des criminels qui n’ont pas obtenu la citoyenneté canadienne afin de leur éviter la déportation.

Aux paragraphes 155 et 166 de sa décision, le juge déclare :

[Cela] contrecarre l’intention du législateur fédéral et [va] à l’encontre des enseignements de la Cour suprême, créant un régime [de détermination de la peine] distinct qui n’a pas lieu d’être [entre les citoyens et ceux qui ne le sont pas].
[…]
Avec égards, le pouvoir judiciaire ne peut être instrumentalisé afin de contourner le pouvoir législatif.

À la suite de ce jugement, le ministre de la Justice du Québec, M. Simon Jolin-Barrette, a invité le DPCP à faire les rappels à l’ordre qui s’imposent.

Au sein de la classe politique du Québec, seul Québec Solidaire s’est porté à la défense du DPCP en estimant que dans l’imposition de la sanction, les tribunaux devraient tenir compte de l’ensemble des conséquences sur la vie du coupable, y compris le risque d’expulsion dans le cas des crimes graves.

Références :
Peine réduite pour les non-citoyens – le DPCP réplique : il n’existe pas de système « pparallèle »
Sanction de Guzman Blavimir-Castillo
Un juge écorche le DPCP

Compléments de lecture :
La DPCP et l’esprit de caste
L’affaire Camara : la justice différenciée
La judiciarisation extrême
Les familles Caïn et Abel
MMA : Maudite justice de merde !

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Au campus de l’université McGill

Publié le 15 avril 2026 | Temps de lecture : 1 minute

Colonnade de l’entrée du campus
Structures humaines Vancouver (2010) de Jonathan Borofsky

Plaque commémorative
Vue du campus
Musée d’histoire naturelle Redpath

Détails techniques : Appareil Olympus OM-D e-m5 infrarouge à spectre complet + objectif Lumix 14-45mm + les filtres de l’infrarouge Jaune 3629.

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