Le conflit russo-ukrainien : la guerre pour de vrai

Le 10 mars 2022

Introduction

À part d’anciens soldats et quelques reporters, personne en Amérique du Nord ne sait réellement ce qu’est une guerre.

En un mot, c’est une boucherie.

Depuis des décennies, nos gouvernements ont idéalisé les guerres qu’ils menaient et infantilisé leur population à ce sujet.

On nous a raconté que nos armées effectuaient des bombardements ‘humanitaires’ et combattaient pour délivrer des peuples de leurs tyrans.

Malheureusement, ce faisant, elles ont causé infiniment plus de morts que ces tyrans en auraient faits s’ils étaient demeurés au pouvoir.

Et à chaque fois, on ne comprend pas pourquoi les peuples qu’on a délivrés ne nous sont pas plus reconnaissants…

Une guerre différente

Cette fois, l’envahisseur est la Russie. Voilà pourquoi on donne enfin la parole aux victimes. Parce que les victimes de nos guerres, on les voyait dans des tableaux statistiques; c’était des dommages collatéraux.

Depuis plusieurs jours, nos journalistes recueillent le témoignage des réfugiés. Puisque toute guerre provoque l’exode des populations bombardées.

À l’écran de nos télévisions (ou de nos appareils mobiles), on voit des femmes qui parlent anglais et qui s’expriment à visage découvert. Ce qui favorise notre empathie et nous donne une idée de ce qu’est réellement une guerre.

Il est à prévoir que bientôt, ce sont les journalistes occidentaux qu’on prendra pour cible. Afin que la guerre se poursuive derrière des portes closes. Comme c’est actuellement le cas au Yémen et au Tigré.

Et ce qu’on ne verra pas sera pire que ce qu’on peut imaginer.

Les réalités de la guerre

Ceux qui croient qu’il est possible de faire la guerre proprement vivent dans le merveilleux monde des licornes.

Dans toute l’histoire de l’humanité, il n’y a jamais eu un seul conflit armé important où, d’un côté comme de l’autre, on n’ait pas commis des crimes de guerre.

Non pas parce qu’ils en avaient l’intention dès le départ, mais souvent parce que cela s’est imposé à eux dans la logique barbare de la stratégie militaire.

Par exemple, les deux-cent-mille civils tués par les deux bombes nucléaires larguées par les États-Unis au-dessus du Japon en 1945 représentaient moins de 0,3 % de la population de ce pays (à l’époque, de 72,4 millions d’habitants).

C’est beaucoup moins que le pourcentage de la population européenne qui a péri sous les bombardements de 1939 à 1945.

Aussi choquant que cela puisse paraitre, les bombes d’Hiroshima et de Nagasaki ont sauvé des vies humaines. Mais cela demeure un crime de guerre.

Un des livres les plus importants que j’ai lus dans ma vie est Inferno, de Keith Lowe.

Il ne s’agit pas du scénario du film hollywoodien homonyme, mais du récit minutieux de la destruction de la ville d’Hambourg par l’aviation anglaise en 1943.

En résumé, après avoir réussi à bombarder le centre industriel de la ville — où l’Allemagne nazie fabriquait ses sous-marins — on s’est rendu compte que la production reprenait au même rythme en moins de six mois.

On s’est donc résolu à tuer en quelques nuits, des dizaines de milliers d’Hambourgeois dans les quartiers strictement résidentiels de la ville afin de faire fuir la population et ainsi priver les usines de main-d’œuvre.

Dans son récit ‘chirurgical’ des faits (dont l’enfer vécu par la population), jamais l’auteur ne porte de jugement. Pourtant ce qu’on y lit glace le sang.

Lorsqu’on termine la lecture de ce livre, le plus étrange est de réaliser que la guerre possède sa propre logique monstrueuse…

Références :
Bombardements atomiques d’Hiroshima et de Nagasaki
Guerre en Ukraine : le traitement médiatique du conflit crée l’émoi au Moyen-Orient
Opération Gomorrhe

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4 commentaires à Le conflit russo-ukrainien : la guerre pour de vrai

  1. André dit :

    J’ai vu le film sur la destruction de Dresde, c’est pire qu’Hambourg, car ça se passe en ’45 peu avant la fin de la guerre. Une destruction totale, totalement inutile.

    Un haut-militaire anglais responsable de l’opération eu le culot de dire : «Et tant pis si on renverse une mémère en train de se bercer». C’est un criminel de guerre qui aurait mérité d’être au procès de Nuremberg.

    • Jean-Pierre Martel dit :

      Vous avez parfaitement raison, M. Joyal.

      Dresde n’avait aucune importance militaire. On n’y fabriquait aucun matériel de guerre (contrairement à Hambourg) et la ville n’occupait pas de position stratégique.

      Les pilotes anglais (et canadiens, précisons-le) ont détruit ce joyau du patrimoine mondial, croyant ainsi démoraliser le peuple allemand; au contraire, leur barbarie l’ont uni derrière son führer.

      J’aurais aimer visiter Dresde. Mais je n’ai pas eu le courage d’y aller, rongé par la honte d’être Canadien.

  2. sandy39 dit :

    J’ai entendu dire qu’un professeur d’histoire aurait dit qu’une pandémie annonce toujours une guerre.

    Est-ce vrai ? Qu’en pensez-vous, J.Pierre ?

    • Jean-Pierre Martel dit :

      En général, c’est l’inverse.

      Les pandémies affectent principalement les populations affaiblies.

      La Grande peste de 1347 à 1353 est née à la suite d’une période de surpopulation en Europe. Le morcellement des terres rendaient alors les populations vulnérables aux mauvaises récoles. Ce qui s’est produit.

      Comme les rats de laboratoire qui s’entretuent (et s’entredévorent) lorsqu’ils vivent dans des cages surpeuplées, les nations européennes ont déclenché la guerre de Cent ans. Et dans ce contexte, la Grande peste s’est rajoutée.

      La grippe espagnole, née probablement au Kansas, est apparue vers la fin de la Première Guerre mondiale et non avant elle.

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