Le fromage de Jean-Paul Riopelle

Le 2 décembre 2021
Vent traversier (1952)
Autriche III (1954)
Œuvres récentes

Né à Montréal, Jean-Paul Riopelle est un des plus grands peintres du XXe siècle.

Le Musée des Beaux-Arts de Montréal (MBAM) possède quelques-unes de ses œuvres marquantes.

Il avait l’occasion d’acquérir d’un seul coup près de 75 toiles exceptionnelles que divers collectionneurs — dont principalement Michael Audain — étaient prêts à lui donner à la condition que le musée construise une nouvelle aile destinée de les recevoir.

À l’époque où Nathalie Bondil dirigeait le MBAM, le musée projetait donc d’ajouter un étage supplémentaire à un bâtiment ancien situé immédiatement à l’ouest de son pavillon principal.

Entièrement recouverte de verre, cette aile devait donner accès à une vue impressionnante sur le mont Royal.

Il était prévu que les travaux commenceraient cette année pour se terminer deux ans plus tard, lors du centième anniversaire de naissance du peintre et du 75e anniversaire de la publication du manifeste Refus global.

Mais voilà qu’à la suite de la bisbille au MBAM, après avoir congédié Mme Blondil, les nouveaux dirigeants du musée ont invoqué la perte de revenus occasionnée par la pandémie pour annoncer, en novembre 2020, non pas le report de la construction, mais l’annulation pure et simple du projet.

Pourtant, le gouvernement Legault était prêt à financer le tout à hauteur de dix-millions de dollars, soit la moitié du cout de construction de la nouvelle aile.

Âgé de 84 ans, le principal donateur, Michael Audain, est pressé par le temps. Dès l’annulation du projet, il avait été très clair auprès des journalistes de La Presse quant à ses intentions :

Nous allons chercher dans les prochains mois un endroit approprié pour nous assurer que l’œuvre de Jean-Paul Riopelle soit adéquatement portée à la connaissance d’un large public d’ici et de l’étranger.

Comme ce fromage que le corbeau laisse tomber en annonçant l’annulation du projet, le Musée national des beaux-arts du Québec, en fin renard, s’est empressé de le saisir et héritera donc du travail diplomatique effectué par Mme Blondil auprès des collectionneurs privés.

Plus tôt aujourd’hui, le premier ministre François Legault annonçait que c’est à Québec que l’on construira un écrin pour recevoir ce ‘fromage’ d’une valeur de cent-millions de dollars.

Références :
Dons de 100 millions en œuvres de Riopelle
Le MBAM écarte la construction de l’aile Riopelle

Paru depuis :
Le 100e anniversaire de Riopelle en cinq saisons (sur le refus du MBAM de célébrer cet évènement)

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2 commentaires à Le fromage de Jean-Paul Riopelle

  1. Perron Jean dit :

    Bonjour Monsieur

    Malheureusement, il semble que vous faites partie de ces gens (si nombreux…) qui commentent une situation sans la connaître.

    Le portrait que vous faites du dossier Riopelle au MBAM en est un exemple.

    La vérité, c’est que madame Bondil s’était complètement fait rouler dans la farine par les trois milliardaires…

    … qui n’ont eu d’autre choix que de doubler leur offre et s’engager, formellement, à de vrais dons – plutôt qu’à de vagues promesses de prêts, selon leur bon vouloir – pour faire fonctionner le projet.

    On va souhaiter bonne chance au DG du Musée des beaux-arts du Québec, qui devra dorénavant gérer de nombreuses et puissantes ‘belles-mères’ …

    Jean Perron

    • Jean-Pierre Martel dit :

      Merci monsieur Perron pour votre commentaire.

      Je ne doute pas du dévouement des nouveaux dirigeants du Musée des beaux-arts de Montréal à l’égard de celui-ci.

      Mais on ne gère pas une institution culturelle comme on gère une entreprise commerciale.

      Dans la Vieille Capitale, le Musée national des beaux-arts a réussi à s’entendre avec les donateurs, mais pas le musée montréalais. Dans ce dernier cas, l’impasse dans les négociations est survenue après le congédiement de Mme Blondil.

      Puisqu’une bonne partie de ces œuvres se trouvaient à l’extérieur du Québec, leur retour définitif au bercail est un ajout important au patrimoine culturel du Québec.

      Mais c’est également un échec cuisant pour les nouveaux dirigeants du musée montréalais dont on peut se demander s’ils ont la compétence pour administrer ce genre de bizness.

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