Covid-19 : justifier à postériori l’espacement des doses du vaccin de Pfizer

Le 18 février 2021

En raison de leurs difficultés d’approvisionnement, certains États américains ont décidé de reporter à six semaines l’administration de la deuxième dose des vaccins de Pfizer/BioNTech et de Moderna.

Un sondage d’opinion effectué par The New England Journal of Medicine révèle que 58 % des médecins désapprouvent cette décision et que seulement 41 % sont d’accord.

S’il avait été question d’espacer les doses de douze semaines (comme au Québec et non de six, comme dans ces États américains), on peut présumer que le pourcentage de la désapprobation médicale aurait été encore plus grand.

De plus, la décision de retarder de beaucoup l’administration de la deuxième dose est l’objet d’une poursuite judiciaire au Québec.

On ne doit donc pas se surprendre que la Santé du publique du Québec ait senti le besoin d’opérer une campagne de relations publiques pour ‘vendre’ sa décision arbitraire.

Plus tôt aujourd’hui, on apprenait dans La Presse qu’une nouvelle étude justifierait la décision de la Santé publique du Québec d’espacer de trois mois les deux doses du vaccin de Pfizer contre le Covid-19.

En réalité, il s’agit d’une courte lettre d’opinion parue dans The New England Journal of Medicine. Dans cette lettre, les deux signataires — dont le Dr Gaston De Serres, de la Santé publique du Québec — donnent leur avis sans apporter de faits nouveaux.

Sans parler d’une nouvelle étude, le quotidien Le Devoir rapporte aujourd’hui les propos tenus récemment par le même Dr De Serres lors d’un breffage technique.

À cette occasion, celui-ci déclarait :

Pour le moment, selon ce qu’on peut voir dans les données au Québec, il n’y a pas de grande urgence à donner la deuxième dose parce que cette première dose-là protège bien. Les données scientifiques sont très rassurantes.

De quelles données scientifiques parle-t-on ?

La semaine dernière, la Santé publique du Québec publiait des données préliminaires selon lesquelles une seule dose protège 80 % des travailleurs de la Santé vaccinés (d’où le titre du Devoir).


 
Dans le graphique ci-dessus, l’efficacité (la courbe en rouge) s’exprime selon l’échelle placée au côté gauche du graphique. Effectivement, on y voit que l’efficacité d’une seule dose de vaccin atteindrait 80 %.

Toutefois, l’incidence — le nombre de cas par dix-mille travailleurs — diminue à la fois chez ceux vaccinés (en vert) et chez ceux qui ne le sont pas (en bleu), passant de neuf cas par dix-mille personnes à environ un seul.

Quant à la diminution plus rapide de la contagion chez les vaccinés, rien n’indique ici que cette différence soit statistiquement significative.

En réalité, ce qu’on observe, c’est l’effet du confinement actuel; la contagion diminue au sein de la population québécoise, notamment chez les travailleurs de la Santé, qu’ils soient vaccinés ou non.

L’utilité de cette publication, c’est de révéler l’abyssal manque de rigueur scientifique des autorités sanitaires du Québec, justifiant leurs décisions à partir d’études tellement mal faites qu’elles seraient refusées par n’importe quelle revue scientifique digne de ce nom.

Ceci étant dit, il est possible que des études scientifiques justifient un jour la décision d’espacer de trois mois les deux doses du vaccin de Pfizer/BioNTech. Mais pour l’instant, cette décision québécoise ne repose sur aucune base scientifique.

Références :
Données préliminaires sur l’efficacité vaccinale et avis complémentaire sur la stratégie de vaccination contre la COVID-19 au Québec en contexte de pénurie
DLes vaccins contre la COVID-19 sont efficaces à 80% après la première dose, constate l’INSPQ
Safety and Efficacy of the BNT162b2 mRNA Covid-19 Vaccine
Une seule dose serait presque aussi efficace, selon une étude

Paru depuis :
Mourir en attendant sa deuxième dose (2021-05-25)

Postscriptum du 21 février : Ce matin, sur les ondes de CNN, le Dr Anthony Faucy — une des plus grandes autorités mondiales au sujet du Covid-19 — s’opposait pour l’instant à l’espacement des deux doses du vaccin de Pfizer/BioNTech et ajoutait :
Lorsqu’on administre une dose du vaccin de Pfizer suivie d’une deuxième dose 21 jours plus tard, on obtient une efficacité de 94 ou 95 %. Or les taux d’anticorps sont dix fois plus grands après deux doses qu’après une seule. Cette différence est importante puisque c’est le ‘coussin’ qu’on aimera avoir pour combattre un variant contre lequel le vaccin offre moins de protection.

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3 commentaires à Covid-19 : justifier à postériori l’espacement des doses du vaccin de Pfizer

  1. sandy39 dit :

    Donc, on ne peut pas prouver que le vaccin est efficace en situation de Confinement.

    Pourquoi les pays n’utilisent pas tous les mêmes vaccins ?

    J’ai lu qu’au Québec, vous ne vouliez pas des vaccins utilisés en France car trop d’effets indésirables ?

    Pourquoi ? Et, quels sont ces effets indésirables ?

    Et, doit-on s’attendre à une 3e vague comme comme j’ai pû lire ?

    • Jean-Pierre Martel dit :

      On peut prouver l’efficacité d’un vaccin n’importe quand, qu’on soit en confinement ou non; il suffit d’avoir un groupe témoin.

      Dans ce cas-ci, le groupe témoin était formé de travailleurs de la Santé qui n’ont pas été vaccinés.

      Quand on observe à-peu-près la même réduction de la contagion chez les personnes vaccinés et chez celles qui ne le sont pas, la réduction observée doit s’expliquer autrement que par l’efficacité du vaccin.

      De toute évidence, ce détail fondamental a échappé aux autorités sanitaires du Québec. C’est la preuve patente de leur incompétence.

      Pour ce qui est des vaccins français, aucun pays au monde ne peut s’offrir le luxe de faire la fine bouche quand la demande de vaccins est considérablement plus importante que la capacité de production des fabricants.

      Le Canada a déjà commandé 72 millions de doses du vaccin de Sanofi/GlaxoSmithKline. Ce sont des vaccins français. Ils seront livrés au Canada dès que cette compagnie aura fait la preuve de leur efficacité.

      Une troisième vague est inévitable si on ne s’y prépare pas. Dès qu’on déconfine, on doit se lancer à la recherche généralisée des foyers résiduels d’infection et les éteindre.

      Ce qu’on ne fera pas au Québec comme dans tous les pays où on se contente d’aplatir la courbe plutôt qu’éradiquer le virus du territoire national.

      Complément de lecture : Covid-19 : ‘aplatir la courbe’ ne suffit pas

  2. sandy39 dit :

    Vacciner ne veut pas dire éradiquer le virus.

    C’est donc vrai ce que j’ai lu : on prévoit, chez Vous, une 3e vague avec 20000 cas par jour.

    Je viens d’entendre à la Radio : 31000 cas hier, en France, même si on confine le département des Alpes Maritimes et Dunkerque à partir de ce week-end. Et, les frontaliers avec l’Allemagne doivent être munis d’un test pour passer la frontière…

    Nous sommes, encore, pas sortis de l’Auberge… alors, Bon courage !

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