Le mirage de la théorie du ruissèlement

Le 20 décembre 2020

À qui profite l’enrichissement des riches ?

Une des assises fondamentales du néolibéralisme est la théorie du ruissèlement.

Selon cette théorie économique, plus l’État favorise l’enrichissement des riches, plus ceux-ci démarrent de nouvelles entreprises et font augmenter l’activité économique.

Et par le biais des emplois ainsi créés, cette richesse profite à l’ensemble de la société.

C’est sous les règnes de Margaret Thatcher et de Ronald Reagan (dans les années 1980) que la théorie du ruissèlement est devenue un dogme parmi les milieux conservateurs.

En réalité, personne n’en a jamais fait la démonstration. Ce qui n’empêche pas les milieux conservateurs de proclamer la réussite (en réalité fictive) des politiques fiscales de Reagan et de Thatcher.

En 2015, le Fonds monétaire international a effectué une étude qui concluait :

“…l’augmentation de la part du revenu des pauvres et de la classe moyenne augmente la croissance économique, tandis qu’une augmentation de la part du revenu des 20 % supérieurs entraine une croissance plus faible.”

Enrichir le peuple profite à tous

Les adversaires du néolibéralisme soutiennent, au contraire, que nous vivons dans une société de consommation. Or le moteur de la consommation, ce sont les dépenses du peuple.

Plus ce dernier s’enrichit, plus il consomme. Et plus il consomme, plus des entrepreneurs s’affairent à répondre à cette demande. Ce qui crée de l’emploi, et contribue à la prospérité des entreprises et de leurs propriétaires.

Depuis plusieurs décennies, la croissance modeste des revenus des familles est accaparée à l’achat de produits technologiques dispendieux (téléphones multifonctionnels, tablettes, ordinateurs portables, etc.). Ce qui fait que le pouvoir d’achat pour tout le reste stagne.

Dans un contexte de stagnation de l’économie, une nouvelle entreprise ne peut réussir qu’aux dépens d’entreprises rivales. Les emplois créés en raison de la réussite de la première sont annulés par la suppression d’emplois chez les autres.

Si bien que si on accorde des réductions fiscales aux riches, la seule source assurée d’enrichissement devient la spéculation boursière, c’est-à-dire acheter à la hausse les actions déjà détenues par d’autres actionnaires. Bref, on ne fait qu’encourager l’économie futile et non l’économie réelle.

Comme un papier buvard reliant pauvres et riches, la théorie de la capillarité économique soutient que l’enrichissement du peuple finit par profiter aux riches.

Qu’en est-il vraiment ?

On peut donc opposer la théorie de la capillarité économique à la théorie du ruissèlement.

Dans les faits, laquelle s’avère fondée ?

C’est à répondre à cette question que se sont consacrés des chercheurs de la London School of Economics and Political Science. Leur rapport vient d’être publié.

Chez dix-huit pays membres de l’OCDE, les chercheurs ont étudié l’effet des réductions de la charge fiscale consenties aux riches au cours des 50 dernières années sur différents indicateurs économiques.

Leur rapport est dévastateur; de 1965 à 2015, les réductions de taxes et d’impôt pour les riches ont entrainé un accroissement des disparités économiques, et ont exercé un effet nul sur la croissance économique et sur le chômage.

Références :
Classes et couches sociales
La “théorie du ruissellement”, fable des années 1980
The Economic Consequences of Major Tax Cuts for the Rich
Théorie du ruissellement

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3 commentaires à Le mirage de la théorie du ruissèlement

  1. Marsolais dit :

    Bonsoir Jean-Pierre,
    Théorie qui a la vie dure: les études sont pourtant claires mais les dirigeants sont frileux …
    Dans LeDevoir de fin de semaine, sur le même sujet « L’effet de ruissellement » du journaliste économique Gérard Bérubé.
    Bonne soirée,

    • Jean-Pierre Martel dit :

      Au Devoir, Pascal Bérubé est un journaliste qui ne me disait rien autrefois. Mais il a gagné en profondeur. Si bien qu’il est devenu un de mes chroniqueurs favoris.

      J’avoue que son texte a été la bougie d’allumage du mien. Je viens de relire son texte pour m’assurer que le mien, écrit après, n’est pas du plagiat.

      Nos points de vue sont identiques. Les deux textes font écho à la publication de ma même étude anglaise. Mais la manière d’en parler diffère. Donc chacun son style.

  2. Laurence Lloyd dit :

    Merci pour vos articles. Je ne suis pas naïve au point de gober leurs théories fantasques, mais cela me conforte de vous lire. Vos textes sont simples et vos explications sont limpides

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