Quatre-millions de Québécois victimes de discrimination à l’embauche

Le 29 août 2020

Introduction

Plus tôt ce mois-ci, l’Office québécois de la langue française révélait qu’au sein des entreprises montréalaises, 41 % des communications internes se faisaient en anglais.

De plus, on append également que dans 63 % des entreprises de la métropole, tout candidat à l’embauche est refusé s’il ne parle pas l’anglais.

Cela est illustré par le cas des trottinettes Lime qui, l’an dernier, ne publiaient leurs offres d’emplois qu’en anglais et dont l’immense majorité du personnel ne parlait pas français.

Démographie linguistique au Québec

Selon le recensement de 2016, sur les 8 066 560 de Québécois, 4 032 640 étaient unilingues français. En somme, c’est un Québécois sur deux.

Beaucoup d’entre eux peuvent baragouiner quelques mots d’anglais. Mais ils ne sont pas qualifiés pour un emploi où l’anglais est exigé.

Conséquemment, exiger la connaissance de l’anglais lorsque cela n’est pas nécessaire, cela constitue une discrimination à l’embauche exercée contre la moitié des Québécois.

Après quinze ans de Grande noirceur libérale, on en est venu à considérer les francoQuébécois unilingues comme des dinosaures dont l’extinction est le prix à payer pour accéder à un monde moderne où tout se fait en anglais.

Quels que soient les avantages indéniables de la connaissance de l’anglais, cette discrimination à l’embauche exercée contre la moitié du Québec est un scandale.

Les Francophones unilingues sont chez eux partout au Québec. Comme les Italiens unilingues sont chez eux en Italie et les Allemands unilingues sont chez eux en Allemagne.

L’unilinguisme français exigé par la Loi 101

Dans une économie tournée vers l’exportation comme la nôtre, il est normal que le service à la clientèle de nombreuses entreprises comprenne suffisamment d’employés parlant anglais pour servir adéquatement les clients anglophones.

Toutefois, depuis son adoption en 1977 par le gouvernement de René Lévesque, la Loi 101 exige que la langue de travail au Québec soit le français. Ce qui signifie que toutes les communications internes (entre employés) doivent se faire obligatoirement en français.

L’intégration au travail des angloQuébécois et des néoQuébécois

En exigeant la maitrise de l’anglais alors que cela n’est pas nécessaire, cela favorise l’intégration au travail des angloQuébécois unilingues. En contrepartie, cela nuit à l’intégration des néoQuébécois.

Depuis plusieurs années, la politique migratoire du Québec fait une place de choix aux locuteurs francophones.

Pour une bonne partie de ces immigrants, le français n’est pas la première langue apprise. À titre d’exemple, la langue maternelle de la majorité des Algériens est le berbère. À l’école, ils ont appris l’arabe. Pour ceux qui, en plus, parlent français, notre langue est donc la troisième apprise. Et voilà qu’accueillis au Québec, de nombreuses entreprises exigent d’eux la connaissance d’une quatrième langue, l’anglais. Cela n’a pas de bon sens.

L’intégration au travail des néoQuébécois est un problème économique et social beaucoup plus important que l’intégration des angloQuébécois unilingues.

En effet, dans ce dernier cas, il suffit que la réussite d’un examen en français soit une condition sine qua non à l’obtention d’un diplôme collégial pour régler ce problème.

Par contre, pour faciliter l’intégration des locuteurs francophones que le Québec accueille, il faut absolument faire respecter la Loi 101.

Une partie des problèmes de recrutement dont se plaignent les milieux d’affaires montréalais sont causés par leurs politiques d’embauche stupides.

Conclusion

La défense du français est un problème existentiel pour le peuple francoQuébécois puisque sa survie en dépend.

Considérer que les révélations récentes de l’Office québécois de la langue française ne font qu’illustrer la nécessité de mieux défendre notre langue est un euphémisme.

En réalité, ces révélations prouvent l’ampleur de la discrimination à l’embauche dont les Québécois sont victimes illégalement.

À l’époque où la Loi 101 a été adoptée, certaines entreprises montréalaises exerçaient une discrimination à l’égard de tout le peuple francoQuébécois.

Par exemple, lorsque la Sun Life avait son siège social à Montréal, 85 % des employés étaient des Anglophones unilingues. On ne voulait pas embaucher de Canadiens français, même bilingues.

De nos jours, la situation s’est améliorée. De manière générale, il n’y a plus de discrimination contre tous les francoQuébécois, mais seulement contre la moitié d’entre eux, soit ceux qui ne sont pas bilingues.

Il faut se contenter de peu pour juger ce progrès satisfaisant en 43 ans.

Nous sommes tous chez nous au Québec. Pas seulement ceux qui, comme moi, sont bilingues, mais également les quatre-millions de francoQuébécois unilingues.

Et ce n’est pas vrai que nous allons tolérer plus longtemps d’être des étrangers dans notre propre pays.

Notre survie collective dépend donc des moyens que l’État québécois utilisera pour mettre au pas les grandes entreprises montréalaises qui sont — depuis trop longtemps — les complices du colonialisme canadian.

Références :
Dans les entreprises montréalaises, 41 % des communications à l’interne se font en anglais
Données linguistiques du recensement de 2016
Entretien avec Frédéric Lacroix sur la situation du français

Parus depuis :
Le français recule dans les commerces, selon les résidents du Grand Montréal (2020-10-27)
Incapable d’être servi en français (2020-11-13)
Être servi en anglais, «ça fait dur» (2020-11-14)
«Français à Montréal: le temps de la colère»: grand entretien avec Frédéric Lacroix (2020-11-16)

Pour consulter tous les textes de ce blogue consacrés à l’anglicisation du Québec, veuillez cliquer sur ceci

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3 commentaires à Quatre-millions de Québécois victimes de discrimination à l’embauche

  1. André R. Bolduc dit :

    Gatineau le 30 août 2020

    Bonjour,

    Voici mon récit d’une expérience récente avec mon employeur, le Conseil Cri de la Santé blanc bla bal.

    J’y travaille depuis 1993 et au départ, il fallait évidemment parler le français et aussi parler souvent l’anglais, car la majorité des villages cris parlent l’anglais. Il y a encore Waswanipi où le français est assez parlé encore de nos jours, mais le français recule. À Mistissini, on y parlait aussi beaucoup le français, mais là c’est presque inexistant.

    Au sein du Conseil Cri, les communications étaient autrefois dans les deux langues et maintenant, elles sont strictement en anglais et très souvent dans un mauvais anglais, car ce sont des francophones porteurs d’eau qui les rédigent.

    Récemment j’ai questionné l’organisme au sujet de l’absence du français et cela a déclenché un déferlement de propos plutôt haineux à l’égard des francophones. Avec la situation de la pandémie et ses conséquences, j’ai aussi questionné pourquoi si je voyageais seul en voiture, j’allais devoir être en confinement pendant deux semaines et si je voyageais en avion, mon confinement allait être seulement de 7 jours.

    Imaginez-vous qu’avec ma question concernant le français, on m’a accusé de harcèlement et on m’a remis un certificat cadeau d’une suspension de 3 jours. Quand j’ai questionné, lors de la session d’intimidation qu’on m’a fait subir par des francophones, on a dit que le déferlement de propos haineux à l’égard des francophones n’était pas un problème et que c’était acceptable. On m’a fortement souligné que le français n’était que piètre atout à avoir pour travailler chez les Cris de la Baie James qu Québec.

    Croyez-moi que j’en ai fait part au Gouvernement et à bien des membres de l’opposition. Il semble que le ministre de la Santé, Christian Dubé, les aurait contacté puisque les porteurs d’eau du Conseil Cri m’ont fait part que ma lettre semble les avoir chatouillés. J’ai répondu à leur lettre encore une fois qui se voulait plutôt intimidante et j’ai renvoyé une copie au Ministre ainsi qu’à l’opposition et à quelques journalistes.

    Si je me rappelle bien, l’ex-ministre de la santé, Danielle McCann, avait dit que l’omerta était bel et bien finie. Je suis d’avis que nous devons nous tenir debout et nous assurer que le français soit respecté. Je n’ai rien contre l’anglais, car j’ai fait la majorité de mon parcours scolaire en anglais, mais je suis aussi polyglotte en parlant l’allemand et l’italien. Les allemands encore de nos jours sont exposés à 5 langues dont le latin, le français, l’anglais et une autre langue d’un pays voisin du pays en plus de l’allemand. Bien sûr qu’ils ne sont pas tous également habiles dans toutes ces langues, mais le système d’éducation les exposent. L’apprentissage est personnel et si on est obtus, l’apprentissage se fait difficilement.

    Je suis d’avis que le Montreal Liberal Party ainsi que le gouvernement communiste actuel à Ottawa sont largement responsables de la situation et que les moutons de Panurge du Québec suivent aveuglément la masse sans réfléchir à ce qu’ils font. Il est donc impératif que les gens réveillés fassent tous les efforts nécessaires pour réveiller les gens autour d’eux. Un des défis, c’est d’avoir des discussion politiques avec les gens. Mais les gens souffrent fréquemment d’une maladie; celle de ne pas être capable d’entretenir des discussions politiques en alléguant qu’ils n’ont aucun intérêt dans la chose et qu’ils préfèrent être dirigés par des dictateurs. Ils se trouvent plus rassurés ainsi puisqu’ils n’ont pas à prendre de décision pour eux. Le gouvernement le fait pour eux. Pour moi c’est la loi du moindre effort qui malheureusement prédomine.

    En guise de conclusion, je souhaite ardemment que ceux qui sont réveillés se manifestent fréquemment auprès ds gouvernements et qu’ils réclament des changements, dont celui pour l’établissement d’une zone clairement déterminée et protégée pour l’espace de la vie en français. Si la Suisse qui est pour moi le meilleur modèle du “multikulti” linguistique a bien établi des cantons francophones, germanophones, italophones et romanchophones, alors qu’est-ce qu’on attend ici?

    Veuillez agréer mes salutations distinguées

  2. Jacques Ouellette dit :

    Jean-Pierre,
    Au 4e paragraphe, il y a erreur de chiffres (8 000 000/48 000 000, chiffres arrondis).
    Merci pour cette article!

    • Jean-Pierre Martel dit :

      Effectivement, je m’étais trompé en copiant les données. Et c’est cette version erronée (qui se voulait définitive) qui fut expédiée aux abonnés par courriel. Je m’en excuse.

      Après que l’abonné Denis Giroux m’ait signalé l’erreur, j’ai corrigé le texte.

      Ton message me confirme que les abonnés lisent attentivement mes textes. Ceci est bon signe.

      Je ferai mieux la prochaine fois. Promis.

      Merci pour ton commentaire.

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