Les États-Unis : sur la voie d’une guerre civile ?

Le 23 mai 2020

La confiance aux autres

Selon un sondage effectué aux États-Unis entre le 27 novembre et le 10 décembre 2018, 78 % des ‘Blancs’ présumaient que les gens (en anglais : people) s’entraideraient en période de crise. Cette proportion était presque aussi grande chez les ‘Noirs’ (67 %) et les Latino-Américains (69 %).

Depuis deux ans, cette confiance s’est érodée chez un quart du peuple américain.

Du 19 au 24 mars dernier, seulement 53 % des Américains croyaient qu’on peut faire confiance à la plupart des gens alors que 46 % sont persuadés du contraire.

Cette confiance augmente avec l’âge, passant de 34 % chez les 18 à 29 ans, à 74 % chez les Américains de 65 ans ou plus.

Elle augmente aussi avec le degré d’instruction et le revenu.

Toutefois, il existe de grandes différences ethniques; cette confiance atteint 61 % chez ceux qui se définissent comme ‘Blancs’, mais n’est que de 36 % et de 29 % respectivement chez les ‘Noirs’ et les Latino-Américains.

L’hyperpartisanerie politique

Depuis des années, les débats entre élus démocrates et républicains sont particulièrement acerbes.

Cette polarisation s’est généralisée à l’ensemble de la société américaine, insufflée par les milliers de gazouillis méprisants ou haineux de Donald Trump.

Au XIXe siècle, il était inconcevable d’épouser une personne d’une autre religion. Avant le milieu du XXe siècle, il était tabou d’épouser quelqu’un dont la pigmentation de la peau était très différente. Maintenant, les deux grands partis politiques américains sont en train de devenir des ghettos idéologiques.

En 1960, moins de 5 % des électeurs (démocrates ou républicains) affirmaient qu’ils n’aimeraient pas qu’un de leurs enfants épouse un conjoint d’une autre allégeance politique.

En 2019, cette proportion avait grimpé à 35 % chez les partisans républicains et encore plus, à 45 %, chez les partisans démocrates.

La propagande des médias canadiens a tendance à nous faire croire que l’extrémisme politique ne se loge que du côté des Républicains.

Sans le dire explicitement, le panneau new-yorkais (sur Times Square) qui dénombre l’excès de morts causé par l’incompétence de Donald Trump qualifie implicitement ce dernier d’assassin.

Que cela soit vrai ou non, cela est une incitation à la haine.

Par contre, le mois dernier, lorsque des manifestants équipés d’armes automatiques pénétrèrent dans l’enceinte du Capitole du Michigan afin d’y intimider les parlementaires, cette intimidation faisait penser à celle des chemises brunes, en Allemagne, il y a quelques décennies.

Alors que le président américain incite ses concitoyens à ignorer les recommandations des experts sanitaires au sujet du port du masque, certains commerces s’opposent à lui en n’acceptant que des clients qui le portent.

Frustrés, les consommateurs qui n’en ont pas et à qui on refuse l’accès crachent ou toussent volontairement sur le personnel de ces établissements au nom de la liberté.

À l’opposé, d’autres commerces obligent les personnes masquées à le retirer et à s’exposer au virus.

Jugez de cette polarisation par vous-mêmes, en cliquant sur ceci

Conclusion

Lorsqu’on pense à la guerre civile américaine, on songe à ces régiments qui se sont affrontés sur des champs de bataille.

En général, les guerres civiles ne se déroulent pas comme cela. S’y opposent les régions, les quartiers, et même les voisins dans une lutte fratricide dictée par une haine sourde à la raison.

Des chercheurs de l’université Vanderbilt ont trouvé qu’à la fois les électeurs démocrates et républicains ont de plus en plus tendance à utiliser une rhétorique qui déshumanise les partisans du parti opposé.

Comme la rhétorique de la Radio des Milles Collines, cette radio qui provoqué le génocide rwandais.

Tout pays dont les citoyens sont armés jusqu’aux dents est une poudrière.

De la part du président américain, les appels à la haine et à l’intolérance sont tellement devenus usuels que nous sommes devenus sourds aux alarmes qui devraient susciter les plus vives inquiétudes.

On en vient presque à souhaiter que l’imprudence sanitaire du président américain se retourne contre lui…

Références :
Before the pandemic, three-quarters of Americans said people would cooperate with each other in a crisis
Confinement: des hommes armés manifestent dans le Capitole du Michigan
How America Ends
No masks allowed: stores turn customers away in US culture war
The Art of Navigating a Family Political Discussion, Peacefully
The state of Americans’ trust in each other amid the COVID-19 pandemic
Trump Death Clock
Trump is not the only one who calls opponents ‘animals.’ Democrats and Republicans do it to each other
Trump Ratings Remain Low Around Globe, While Views of U.S. Stay Mostly Favorable

Parus depuis :
‘It’s a constant barrage of hate’: how Trump sparks heated clashes in Florida’s retirement resort (2020-07-04)
FBI Affidavit About the Plot to Kidnap and Kill Governor of Michigan (2020-10-07)
Six people charged in plot to kidnap Michigan governor Gretchen Whitmer (2020-10-08)
Arkansas police chief resigns after calling for violence against Democrats (2020-11-08)
Tech companies under pressure to ban far-right forum used for militia organizing (2020-11-13)
Appel à un « soulèvement » contre la gouverneure du Michigan (2020-11-17)

Sur le même sujet : La poudrière américaine

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