Les hospices sont là pour demeurer

Le 2 mai 2020


 
Historique

Le mot ‘hospice’ vient du mot latin hospitium. Celui-ci se prononce ‘ospicioum’ et signifie hospitalité.

Pendant des siècles, les hospices étaient des établissements religieux qui portaient assistance aux miséreux, aux indigents, aux vieux, aux malades, aux isolés, et aux estropiés.

Le mot désignait aussi une maison où des religieux offraient le gite aux pèlerins.

À la Révolution française, l’État s’est emparé des biens de l’Église, dont les hospices.

Au Québec, il faudra attendre la Révolution tranquille pour que le gouvernement québécois se porte acquéreur des établissements de Santé.

Ceux-ci avaient été créés par des religieuses et n’existaient qu’en raison de leur bénévolat et de leur dévouement.

Mais au début des années 1960, l’évolution technologique de la médecine exige des investissements hors de portée des moyens financiers de ces communautés. Celles-ci transfèrent donc à l’État leurs établissements sans contrepartie financière.

La popularité des hospices

Il y eut une époque où les jeunes adultes prenaient en charge les aïeuls de la famille en perte d’autonomie.

Mais grâce à l’offre de places abordables dans les hospices publics, un grand nombre de familles ont décidé de ‘placer’ leurs vieux.

Ces hospices — qu’on appelle au Québec CHSLD (Centre d’hébergement de soins de longue durée) — offrent généralement de grands avantages :
• visite d’un médecin à l’hospice, une ou deux fois par semaine,
• présence d’une ou de plusieurs infirmières sur place,
• cantine ou livraison des repas aux chambres,
• choix de diètes (pour diabétiques, hypertendus, édentés, etc.),
• programme d’activités sociales,
• aires de socialisation autant à l’intérieur qu’à l’extérieur.

Depuis 2011, le nombre de personnes vivant seules dans des CHSLD a augmenté considérablement au Québec sous l’effet du vieillissement de la population, particulièrement chez les 70 ans et plus.

En comparaison avec le reste du Canada, deux fois plus de Québécois âgés de 75 à 84 ans demeurent en résidence (publique ou privée) pour vieillards. Au-delà de 85 ans, 40 % y vivent.

Et pour alimenter les CHSLD, certains responsables des soins à domicile dans le réseau de la Santé sont en réalité des ‘chasseurs de vieux’. Parmi leurs fonctions est celle d’alimenter les CHSLD en vieillards en perte d’autonomie, avec le consentement des familles.

Dans d’autres cas, vivre en ghetto est un choix librement consenti par des vieillards qui préfèrent la compagnie exclusive de gens de leur âge.

Les risques des hospices

Le sous-financement chronique des CHSLD depuis des décennies est responsable du chaos engendré par le Covid-19. Mais il n’est pas responsable de l’hécatombe qui y est survenue; celle-ci était inévitable.

N’importe quel agriculteur sait que la monoculture intensive et l’élevage d’immenses troupeaux d’animaux de boucherie augmentent considérablement les conséquences destructrices des maladies (et l’impact des ravageurs).

De la même manière, tout ghetto de vieux est du pain béni pour un pathogène qui s’attaque spécifiquement aux vieillards.

La culpabilité

L’image idéalisée de la mort en CHSLD est celle de l’ainé(e) de la famille qui s’éteint doucement, amoureusement entouré(e) des siens.

Même quand la décision de placer un vieillard en CHSLD a été prise unanimement par un Conseil de famille, il est difficile d’échapper à un sentiment de culpabilité; celui de s’être débarrassé de quelqu’un qui méritait davantage de reconnaissance.

Beaucoup de ceux qui avaient confié leur aïeul à ces établissements se sont demandé s’ils avaient fait le bon choix lorsqu’ils ont vu ces reportages télévisés au sujet de ces vieillards déshydratés trouvés morts du Covid-19 des heures après leur décès, dans une chambre dont le plancher était souillé d’excréments et d’urine séchée.

On comprend donc l’émoi que ces reportages ont causé.

S’il est vrai que le Covid-19 a fait de nombreuses victimes dans tous les CHSLD du Québec, une proportion inconnue (probablement majoritaire) des décès se sont produits dans un contexte décent au sein d’établissements de Santé où œuvrait un personnel dévoué et compétent.

Cet émoi ne doit pas nous faire oublier que fondamentalement, les CHSLD correspondent à une nécessité économique.

Quand les deux membres d’un couple peuvent travailler, on augmente substantiellement le revenu familial.

Voilà pourquoi ont été créés les maternelles et les hospices publics; en confiant les enfants et les vieux à des établissements spécialement conçus pour en prendre soin, on augmente la productivité d’une société.

Voilà pourquoi les hospices sont là pour demeurer.

Peut-on faire mieux ?

Le problème essentiel des CHSLD est double; le sous-financement chronique et une gestion par des dirigeants dont la carrière est dictée par leur aptitude à ‘faire avec’.

Ce qui signifie ne pas faire de vagues et imposer une omerta au personnel afin que jamais le ministre de la Santé n’ait à répondre publiquement des lacunes qui y sévissent.

L’objectif ultime de tout bon gestionnaire est de respecter le budget alloué en ignorant, s’il le faut, la mission sociale de l’établissement qu’il dirige.

Conséquemment, ces établissements de Santé sont lentement devenus des exemples d’exploitation de l’homme par l’homme.

Pour humaniser le réseau, on pourrait expérimenter la création d’hospices communautaires. C’est-à-dire des CHSLD administrés par la progéniture de ceux qui y habitent.

L’État accorderait un budget global en fonction de la condition médicale des pensionnés et de leur nombre, imposerait un ratio minimum d’infirmières et de médecins à respecter, mais laisserait chaque hospice libre de dépenser les sommes obtenues à leur guise, y compris quant à la rémunération du personnel (professionnel ou de soutien).

À l’égard du personnel de soutien, il leur serait difficile de faire pire que l’État alors que, jusqu’à tout récemment, ces employés étaient payés au salaire minimum.

Le conflit inhérent entre d’une part, des gestionnaires qui exigent des soins de qualité envers ceux qu’ils aiment et d’autre part, l’État qui veut plaire à des électeurs désireux de payer le moins cher possible en taxes, instaure une dynamique créatrice qui m’apparait de nature à donner de bons résultats et à retrouver le sens étymologique du mot ‘hospice’.

Références :
Hospice
La santé des Canadiens – Le rôle du gouvernement fédéral
Nationaliser les CHSLD: bonnet blanc et blanc bonnet
Pourquoi la COVID-19 frappe-t-elle plus le Québec?

Paru depuis :
Les personnes âgées sous de mauvais auspices (2020-05-09)

Complément de lecture :
La pandémie revue et corrigée selon Boucar Diouf (2020-05-11)


Pour consulter tous les textes de ce blogue consacrés au Covid-19, veuillez cliquer sur ceci

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8 commentaires à Les hospices sont là pour demeurer

  1. Bernier Louise dit :

    Intéressant comme résumé historique des hospices-chsld.
    L’idée d’impliquer des membres de la famille dans l’administration des centres d’hébergement est une bonne idée, mais je crains une pénurie de personnes prêtes à répondre à l’appel si je me fie à la réponse des parents à s’impliquer dans les comités scolaires. Ils en ont plein les bras à gérer la conciliation travail – famille.
    Autre bémol, surtout pour les CHSLD: comme la durée de séjour des personnes âgées est souvent quelques mois à 1 an, il risque d’y avoir un roulement important des participants, une fois leur parent parti, la motivation aussi. Par contre, la présence des gens de la famille dans la gestion des résidences amènerait des prises de décision orientée vers le bien-être des résidents sans aucun doute! Cela vaudrait la peine de les avoir comme chien de garde.

  2. Marsolais dit :

    Merci pour cette rétrospective de nos CHSLD: toujours intéressant de connaître l’origine des choses.
    Un petit détail toutefois: CHSLD est le sigle pour Centre d’hébergement de soins de longue durée (et non Centre hospitalier de soins de longue durée) p.c. qu’on voulait justement mettre en évidence que ces endroits sont des milieux de vie.
    Pour terminer, est-ce que ces « hospices communautaires » existent qq part, ici ou hors Québec ?
    Merci encore,

  3. Jean-Pierre Martel dit :

    Merci mesdames Bernier et Marsolais.

    Je vous avoue que l’idée des hospices communautaires m’est venue à l’esprit très tardivement dans le processus d’écriture de ce texte (en gestation depuis jeudi après-midi).

    Le concept découle de la constatation que plus les décideurs publics sont loin des milieux concernés, plus leurs décisions sont froides et désincarnées.

    Décentraliser est moins efficace et coute plus cher. Mais c’est le prix de la démocratie.

    Et puis, j’aime l’idée des pouvoirs et des contrepouvoirs. C’est l’antidote à bien des abus.

    L’objection de Mme Bernier est majeure. Peut-être, en effet, est-ce utopique. Il faudrait essayer.

    Lorsqu’un Conseil de famille place un aïeul en CHSLD, on doit choisir un répondant. Cela exige beaucoup de temps. Et pourtant, on y parvient.

    Comparé à cet investissement, assister aux réunions du Conseil d’administration de l’hospice ne demanderait pas beaucoup plus de temps.

    À mon avis, le nombre de membres ne devrait pas être fixe; tous les intéressés pourraient y assister. Sauf qu’un minimum de membres serait requis.

    L’idéal serait que cette structure décisionnelle soit simplement une assemblée à géométrie variable. Bref, de la démocratie pure.

    Quant à l’erreur au sujet du sigle CHSLD, je m’empresse de la corriger et je vous remercie, Mme Marsolais, de me l’avoir signalée.

    Est-ce que ces hospices communautaires existent déjà quelque part ? Probablement. Personne n’a le monopole des bonnes idées…

    Pour terminer, merci à vous deux pour vos commentaires; moi qui me demandais si quelqu’un lirait ce long texte un samedi soir.

  4. Lloyd dit :

    Bonjour ! C’est Dimanche et j’ai lu ce ‘long’ texte. Je veux saluer votre quasi excellence à expliquer simplement et émettre vos idées d’améliorations. Merci pour tout.

    • Jean-Pierre Martel dit :

      Je profite de votre commentaire pour ajouter ceci.

      Imaginez. Dans un hospice communautaire, si une famille demandait : « Nous voulons reprendre notre aïeul. Nous pensons que dans le contexte actuel, nous pouvons mieux nous en occuper à la maison », il suffirait d’une assemblée par téléconférence pour que cela se fasse. Parce que pouvoir appartiendrait aux enfants des personnes hébergées.

      Présentement, lorsqu’une telle demande est présentée, les gestionnaires consultent le ministère et la direction de la Santé publique. Cette dernière délibère, vérifie peut-être ce qu’en pense l’Organisation mondiale de la santé et, si rien ne s’y oppose, répondent à la demande après ce qui semble être une éternité aux yeux des personnes concernées.

      Voilà, c’était mon petit grain de sel supplémentaire.

      Merci donc, Lloyd, pour votre commentaire dominical et vos encouragements.

  5. sandy39 dit :

    Si je ne peux pas lire le Samedi soir (encore faudrait-il vivre à la même heure !)… j’ai regardé du Policier, hier soir, à la télé, avec mon Mari… je peux toujours lire le Dimanche matin, avant de manger…

    Allez, je reviendrai… j’ai plein de choses à dire… Alors, Bon Dimanche !

  6. sandy39 dit :

    Je vous attends… comme dans la chanson de THIEFAINE “Alligators 427”.

    Mais, surtout pas avec Air France… mais peut-être que j’arrive avec un morceau de Comté…

    Avec, surtout, une tranche de vie… ça sera encore bien meilleur…

    J’ai commencé Dimanche et, c’est loin d’être fini…

    Avec plus d’un mois, ensemble, avec le beau temps, j’ai décidé, Mercredi, d’aller faire un tour dans mon village, puisque nous n’avons pas le droit de nous ballader sur les chemins de randonnée. Et, je suis tombée sur un panneau où tu trouves quelques infos et, qui nous dit qu’il n’y a pas eu de cas de Covid-19 à l’EPHAD de mon village.

    Ils avaient remis les visites (uniquement la famille) avec les règles d’hygiène et de sécurité à respecter.

    Attends, ils se sont quand même rendus compte que les Vieux souffraient de ne plus voir leurs enfants.

    Ah, ils en parlaient, ils en parlent toujours du nombre de morts dans les EPHAD. Mais, sont-ils, vraiment, tous morts du Covid-19, ceux qui y ont été enfermés pendant deux mois ?

    Tu te rends compte, si on commence à te dire que tu ne vas plus voir tes enfants pour une durée indéterminée… ce qu’il peut se passer en Toi… Tu peux te laisser mourir de désespoir… Tu ne manges plus et tu ne dors plus…

    C’est une raison pour laquelle, j’ai dit, récemment, que tout pouvait être faux (les chiffres sur les urnes funéraires). Parce que je crois, qu’au fond, la Peur peut tuer…

    Et, même la Peur, peut-être, peut transmettre un virus ?

    C’est pour ça que je limite mon temps à passer devant la télé, à être plus passive, comme à être loin de faire sa propre Réflexion… Aujourd’hui, j’ai des heures d’ordi à mon compteur (et d’autant plus si je suis attendue…)… loin de se faire manipuler (enfin presque… J’ai dû me faire embobiner !)… Et, je m’en porte bien mieux !

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