Crise des médias, démocratie et décentralisation

La logique du déclin

En Occident, les quotidiens et les hebdomadaires sont des entreprises capitalistes victimes du capitalisme.

L’affaiblissement des États — mis en concurrence les uns contre les autres par la mondialisation — a provoqué l’émergence du capitalisme sauvage.

Or la dynamique du capitalisme sauvage, c’est que les gros mangent les petits. Sa finalité est donc la disparition des petits au profit de la croissance monopolistique des gros.

Dans le cas des médias nationaux, les subsides de l’État ne sont que des solutions temporaires qui ne changent rien au problème.

C’est la prédation des revenus publicitaires par les géants du numérique qui menace la survie des créateurs de contenu journalistique.

Au Québec, cette crise occidentale a pris une acuité particulière en raison de l’imminence de la faillite d’un groupe de presse.

Les accommodements

Au lieu de contester un ordre établi qui entraine inexorablement leur disparition, les médias se sont contentés pendant des années de s’en accommoder.

Lorsqu’on observe attentivement le contenu des articles publiés dans nos quotidiens, on remarquera que la très grande majorité d’entre eux ne sont que des reproductions de dépêches d’agences de presse. Ce qui leur évite de rémunérer des journalistes.

Au Québec, l’immense majorité des nouvelles internationales sont rédigées par l’Agence France Presse, détenue partiellement par l’État français.

Si les médias privilégient cette agence plutôt que les autres, c’est que ses dépêches sont en français, ce qui fait épargner les frais de traduction.

Peu importe le quotidien québécois que vous lisez, c’est la même propagande occidentale que vous y trouverez.

Dans le cas des nouvelles pancanadiennes, le relai est passé à l’agence Presse canadienne. Le monopole de celle-ci n’est pas absolu, mais demeure prédominant.

Nos journaux se sont accommodés du déclin de leurs revenus en devenant des intégrateurs de dépêches, complétés des textes de quelques chroniqueurs et éditorialistes.

Exceptionnellement, on peut y lire les articles remarquables de journalistes d’enquête comme Alexandre Shields (au Devoir) et d’autres à La Presse.

Quant à Radio-Canada, son site web bénéficie du travail des créateurs de contenu de ses émissions télévisées.

En somme, tous les quotidiens privés, devenus perroquets d’agences de presse, pourraient ne publier qu’une seule page recto verso si toutes les nouvelles internationales et nationales étaient monopolisées ailleurs. Et on serait tout aussi bien (ou mal) informés.

Subventionner ou non les grands médias, cela ne change rien de fondamental; devenus les béni-oui-oui de l’ordre établi, ils ont eux-mêmes construit leur insignifiance et leur inutilité relative.

Le cas particulier des médias locaux

Pendant des siècles, les nouvelles et les potins s’apprenaient sur le parvis de l’église, à l’issue de la messe dominicale.

Avec la diminution de la pratique religieuse, les médias régionaux sont devenus un outil indispensable à l’exercice de la démocratie locale.

Mais depuis quelques années, les petits commerçants ont découvert les avantages du commerce électronique et ont commencé à détourner une partie de leur budget de publicité vers l’internet où règnent les géants du numérique.

Conséquemment, les médias régionaux vivotent ou cessent leurs opérations les uns après les autres.

À l’examen des diverses missions de l’État, leur disparition ne concerne aucun ministère autre que le ministère du Développement régional.

En effet, l’appui de l’État ne s’inscrit que dans une politique d’occupation du territoire.

On s’imagine souvent que puisque l’Humanité s’accroit, quand des Humains s’installent quelque part, leur nombre ne peut qu’augmenter.

On ignore que des centaines de villages québécois n’ont connu aucun développement économique important depuis des décennies. Ils sont souvent ‘dans leur jus’ tel qu’ils ont toujours été de mémoire d’homme.

Dans quelques cas, le gouvernement doit ordonner la fermeture de quelques villages en déclin démographique parce qu’on ne peut plus y justifier la fourniture de certains services essentiels comme le déneigement des routes ou le maintient en bonne condition de certaines infrastructures municipales.

Voilà pourquoi le déploiement de l’internet en région et l’appui aux médias locaux — pour ne citer que ces deux exemples — découlent d’une politique d’occupation du territoire.

Sous-estimée dans l’esprit populaire, l’occupation du territoire est un exercice de souveraineté; un peuple prend possession d’un territoire en l’occupant.

Dans le cas précis de l’appui de l’État aux hebdomadaires locaux, cela ne peut pas être décidé par des fonctionnaires à Québec puisque ceux-ci ignorent généralement les réalités sur le terrain.

Voilà pourquoi, la dépossession des pouvoirs détenus par des instances régionales ou l’abolition de ces structures au nom de l’efficience est une sottise.

Le soutien aux médias régionaux va de pair avec la décentralisation des pouvoirs l’État québécois. Le premier est impossible sans l’autre.

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