Les sparadraps du ministre Pierre Fitzgibbon

Introduction

Le ministre québécois de l’Économie et de l’Innovation se heurte à un problème; il possède des investissements ‘collants’. Collants comme le sparadrap dont n’arrive pas à se débarrasser le capitaine Haddock dans Tintin.

Selon le Code d’éthique des membres de l’Assemblée nationale, tout député doit déclarer annuellement la liste de ses placements.

En plus, dans le cas d’un ministre, celui-ci doit se départir de ses investissements privés. Il a un délai de soixante jours après sa nomination pour ce faire.

‘Se départir’ signifie vendre ses titres financiers ou les confier à une société de fiducie sans droit de regard.

Le ministre Pierre Fitzgibbon s’entête à refuser de confier ses actifs à une société de fiducie. Ce qui ne lui laisse qu’une seule alternative, soit la vente. Or trouver un acheteur pour de tels placements n’est pas facile et prend du temps.

Le placement en fiducie, une plaisanterie

La loi québécoise oblige l’entrepreneur-ministre à confier temporairement ses avoirs à une fiducie sans droit de regard.

À l’insu de l’intéressé, ces sociétés possèdent le pouvoir de vendre des actifs et d’en acheter d’autres.

Si bien qu’en quittant la politique, l’entrepreneur peut se retrouver avec un portefeuille de titres financiers complètement différent de celui confié au départ à la fiducie.

Pendant qu’il est ministre, pourquoi se servirait-il de son influence pour favoriser des entreprises dont il ignore s’il en est toujours le propriétaire ou l’actionnaire principal ?

Voilà donc comment on évite les conflits d’intérêts… en théorie.

Il en va autrement dans les faits. Prenons un exemple concret.

Le premier ministre canadien Paul Martin avait confié sa compagnie maritime à une société de fiducie sans droit de regard administrée par son fils.

Peut-on imaginer qu’une compagnie aussi importante que la Canada Steamship Lines puisse être vendue sans que la nouvelle ne se répande ?

Présumons de la discrétion absolue du fils, muet comme une carpe. Si fiston avait vendu ‘secrètement’ la compagnie de papa, Paul Martin l’aurait appris le lendemain en ouvrant la section financière de son quotidien.

Mais les compagnies ‘collantes’ de Pierre Fitzgibbon n’ont pas l’envergure d’une compagnie maritime. Ce sont de petites entreprises à capital de risque dont la vente de gré à gré passerait facilement sous le radar des analystes financiers.

Si le ministre de l’Économie est si réticent à les confier à une société de fiducie, c’est que la gestion des entreprises à capital de risque est beaucoup plus délicate.

Ces entreprises n’étant pas inscrites en bourse, la gestion de leurs titres nécessite un suivi différent du suivi habituel des gestionnaires de portefeuilles financiers.

Les risques du métier

Selon le premier ministre, «…quand on entreprend, on prend des risques (et) quand on prend des risques, parfois ça va bien, parfois ça va moins bien.»

En somme, les pertes financières font partie du métier d’investisseur. Or se lancer en politique comporte des imprévus, dont celui d’être élu.

La semaine dernière, le ministre n’a pas pu cacher sa contrariété face aux pressions qu’il subit de se conformer à la loi et de se séparer de l’or qu’il aime tant caresser.

Au sein du gouvernement caquiste, on s’interroge sur l’opportunité d’assouplir les règles plutôt que de risquer la démission de M. Fitzgibbon. Ce qui aurait pour effet de priver le Québec des talents incroyables de cet homme d’affaires.

Personne ne doute de sa compétence. Mais la terre tournait avant lui et elle continuera de tourner après.

On peut se rassurer en se souvenant du cas du ministre libéral des Finances, Carlos Leitão, sorti lui aussi de la cuisse de Jupiter.

Ce qui n’a pas empêché le bilan économique du gouvernement Couillard d’être désastreux, confondant gestion du budget de l’État et gestion de l’économie québécoise.

Conclusion

Contrairement au préjugé populaire, les gens d’affaires sont une plaie en politique.

Il est à noter que ce jugement sévère ne s’applique pas à François Legault puisque ce dernier fait son apprentissage des affaires de l’État depuis vingt ans.

Les gens d’affaires néophytes en politique ont la désagréable manie de vouloir transformer l’État en machine à sous face à laquelle les citoyens sont dépouillés de leur statut de propriétaires de l’État pour celui de simples bénéficiaires (toujours trop couteux) de services gouvernementaux.

Le pleurnichage du ministre a assez duré. Ses lamentations
au sujet des investissements qu’il risque de vendre à perte sont aussi ridicules que les gesticulations du capitaine Haddock pour se débarrasser de ses sparadraps.

Le ministre doit obéir à la loi. Et si cela veut dire perdre un peu d’argent, ce sont les risques du métier comme dirait le premier ministre. Pierre Fitzgibbon aurait dû y penser avant.

Références :
Délicat, faire le saut en politique
Éviter les conflits d’intérêts des membres de l’Assemblée nationale
L’Affaire Tournesol
Legault encense «le goût du risque»
Les regrets d’Henri-Paul Rousseau
Pour la déclaration obligatoire des investissements des élus dans les paradis fiscaux

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