Les céréales canadiennes contaminées au glyphosate


 
Le temps des illusions

Au début de cet après-midi, je me suis acheté six kilos de gruau bio du Québec, un kilo de farine de sarrasin bio canadien et un format de 500 g de spaghettis bios italiens.

Et en soirée, se sont ajoutés un kilo de macaronis et un kilo de spaghettinis, tous deux bios et italiens.

Par contre, j’ai purgé mon garde-manger de toutes les pâtes et les céréales qui s’y trouvaient.

Et je l’ai fait avec la rage de l’épouse trompée qui jette par la fenêtres les vêtements de son époux volage.

Jusqu’ici, je croyais avoir pris d’assez bonnes précautions afin de minimiser mes ingestions de glyphosate, un herbicide total soupçonné d’être cancérigène.

Contrairement aux légumineuses (soya, canola), aucune variété de blé ou d’avoine génétiquement modifiée n’est homologuée au Canada.

Mon pain est sans OGM. Puisque sa farine de blé ne peut être que naturelle, la mention ‘sans OGM’ ne concerne que la présence secondaire de farine de soya.

L’autre grande céréale de mon alimentation est l’avoine. Puisqu’il n’existe pas d’avoine génétiquement modifiée, je présume depuis toujours que mon gruau est relativement dépourvu de glycosate.

Bref, depuis des décennies, je croyais qu’il suffisait d’acheter des pâtes et des céréales en provenance du Canada ou d’Italie — peu importe qu’ils soient bios ou non — pour obtenir un aliment de qualité.

Erreur.

Le réveil

Samedi dernier, l’émission La semaine verte nous apprenait que les agriculteurs de la Saskatchewan utilisent le glyphosate pour amener tous les plans de céréale d’un champ à maturité en même temps.

On les tue à l’herbicide. Elles sèchent en une semaine. Et on les récolte.

Lorsqu’il est pulvérisé sur une plante résistante, le glyphosate se répand dans toutes ses cellules puis, peu à peu, est éliminé en grande partie par cette plante, demeurée vivante.

Mais pulvérisés en prérécolte sur une plante sensible, le poison se répand, mais la plante meurt avant d’avoir pu se débarrasser du glyphosate.

Certains grains sont tellement contaminés qu’ils sont incapables de germination.

Heureusement, disent les autorités, ces teneurs sont en deçà ‘des normes’.

Parlons-en, des normes.

Plus l’usage du glyphosate se répand, plus les teneurs mesurées par les scientifiques augmentent. Quand les producteurs industriels ont de la difficulté à respecter les normes, le gouvernement normalise l’abus en haussant les teneurs maximales permises.

C’est ainsi que les normes canadiennes pour le blé sont passées de 0,1 ppm à 5,0 ppm (cinquante fois plus) afin d’accommoder les agriculteurs qui tuaient leur blé au glyphosate juste avant la récolte.

Présentement, les normes sont de 30 ppm (parties par million) pour le blé et l’avoine américains, 15 ppm pour l’avoine canadienne, et 5 ppm pour le blé canadien. Comme si, au Canada, le glyphosate était trois fois plus dangereux dans le blé que dans l’avoine.

Pour les légumes, le taux maximal permis au Canada varie de 0,5 ppm dans l’asperge à 200 ppm dans la luzerne. Les organismes règlementaires canadiens trouvent normal d’avoir 400 fois plus de glyphosate dans la luzerne que dans l’asperge.

Ce qui prouve que leurs normes incohérentes n’ont aucun rapport avec la toxicité du glyphosate. Ce sont des normes adoptées pour accommoder les producteurs et non pour protéger la population canadienne.

La maturation chimique des céréales est interdite en Autriche, en Belgique, en Italie et en République tchèque.

Échaudé par le scandale du blé au glyphosate, le fabricant de pâtes Barilla a adopté la norme très sévère de 0,1 ppm. Cette compagnie a complètement cessé d’importer du blé canadien puisque même les producteurs bios de Saskatchewan sont incapables de respecter cette norme en raison de la contamination de leurs champs par des agriculteurs voisins qui utilisent du glyphosate.

La frustration

En Italie, des protestations contre le blé canadien au glyphosate ont éclaté en juin 2017.

Sous la pression populaire, depuis février 2018, les producteurs de pâtes en Italie sont obligés d’indiquer la provenance du blé utilisé.

Conséquemment, les exportations canadiennes de blé vers ce pays ont chuté d’un million de tonnes en novembre 2017 à 290 000 tonnes en aout 2018.

Là où je veux en venir est la question suivante : comment se fait-il que nous, Canadiens, apprenons aujourd’hui ce qui se passe dans notre pays alors que tous les Italiens savent cela depuis deux ans ?

Que les ministères de l’Agriculture, tant à Ottawa qu’à Québec, ne servent qu’à normaliser les pratiques agricoles promues par les géants de l’industrie ‘agro-chimio-alimentaire’, cela est un secret de Polichinelle.

Toutefois, je me sens frustré de savoir que le ministère de la Santé fédéral — dont dépend l’Agence canadienne d’inspection des aliments — est également le complice silencieux de pratiques agricoles qui généralisent la présence d’un produit probablement cancérigène dans nos assiettes.

Je me demande c’est quoi la démocratie…

Références :
Du glyphosate dans nos aliments
Faut-il revoir le processus d’homologation du glyphosate?
L’abus croissant des usages du Roundup : impacts potentiels
Les Italiens boudent le blé canadien au glyphosate
Notre pain contaminé par les herbicides

Paru depuis :
Des incitatifs illégaux versés à des agronomes pour vendre plus de pesticides (2019-03-28)

Détails de la photo : Droits appartenant à Matt Gibson. Photo distribuée par la banque d’images OnePixel.

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4 commentaires à Les céréales canadiennes contaminées au glyphosate

  1. sandy39 dit :

    ALIMENTATION… SANTE…

    A la lecture de votre texte, j’ai bien senti un peu de colère…

    Je ne sais pas par où commencer. Je ne crois pas tout du BIO. Même acheter des produits qu’on dit “BIO”, les sols ne peuvent pas être bio après tant d’années à cultiver pour produire…

    On avale forcément un peu de pas bon à la Santé, avec les avions là-haut…

    Comment faire pour suivre ce que disait Hippocrate, le Médecin des Grecs, 2500 ans avant notre Ere : “Que l’Aliment soit ton premier médicament ” ?

  2. sandy39 dit :

    LE BIO OU LE BON ?…

    Puisqu’il faut manger pour se calmer les nerfs et, pour ne plus à avoir à se sentir frustré… j’aurais de nombreuses questions à vous poser…

    Si je prends mon dictionnaire : on nous dit que le GRUAU est une semoule de blé dur et, qu’au Québec, ce sont des flocons d’avoine. Mais le blé, ce n’est pas de l’avoine !

    Je sais aussi que le gruau sert à préparer vos petits déjeuners mais 6 kg : allez-vous tenir longtemps ?

    Par ailleurs, je sais que le sarrasin : c’est du blé noir.

    La semaine dernière, je suis allée à la Biocoop. Quand tu vois le prix de la farine BIO : c’est 6 fois plus cher qu’en supermarché !

    En effet, j’ai appris à varier les farines, après ce foutu mal de bide…, quand je fais une pâte à quiche ou à pizza. Celle-ci gonfle tellement, que tu demandes si ce n’est pas du pain !

    Mais, je le remarque bien, si je prends autre chose que de la farine de blé de supermarché, j’ai moins mal au ventre !

    En quiche, le sarrasin va pas mal non plus.

    En tout, il faudrait éviter le blé : je l’ai dans mes Intolérances alimentaires, qui ne veut pas dire qu’il provoque des diarrhées mais, qu’il empêche à mon corps de fabriquer les anticorps face à certaines maladies !, suite à une recherche en 2015… Une Révolution, ce fut, d’entendre ça…

    Et oui, je dis, parfois, à mon homme : “25 ans en arrière, on ne faisait pas attention à tout ça pour se nourrir !”

    Pour les pâtes : je trouve que les Barillas gonflent mieux à la cuisson… même pour le plat de lasagnes…

    Manger devient compliqué, avec le Temps…

    Chez Nous, le logo du Bio est un petit carré vert avec AB… et, chez Vous, il ressemble à quoi ? Peut-on avoir une photo ?

    On en reparle…

    • Jean-Pierre Martel dit :

      A) Le gruau

      Selon le dictionnaire Antidote, gruau peut désigner soit la partie granuleuse du grain de blé ou d’avoine, soit une bouillie à base de flocons d’avoine.

      Le dictionnaire de 1935 de l’Académie est moins restrictif. Il définit gruau par ‘le grain mondé et moulu grossièrement : gruau d’avoine, d’orge, de froment. Il se dit aussi de la Bouillie de gruau et de l’eau ou tisane de gruau.’

      Ce qui veut donc dire qu’on peut faire du gruau avec du blé ou de l’avoine.

      Toutefois, au Québec, seule la bouillie d’avoine est appelée ‘gruau’. On dira avoir mangé de la ‘semoule de blé’ ou de la ‘crème de blé’ lorsqu’il s’agit du blé.

      Quant au mot ‘soupane’, dérivé de l’algonquin (une langue autochtone), il désignait autrefois le gruau (d’avoine, évidemment).

      B) Une portion de flocons d’avoine

      La portion que je me sers au déjeuner est de cent grammes de flocons d’avoine.

      Puisqu’un sac de 1,5 kg de flocons d’avoine coute 7,50$, cela signifie que mes cent grammes coutent 50 cents (0,33 euro).

      En comparaison, 1 kg d’avoine contaminé au glyphosate coute 1,99$, ce qui revient à 20 cents (0,13 euro) par portion.

      La prime de 30 cents est le prix à payer pour me donner la certitude que mon petit déjeuner n’est pas cancérigène. Ce cout m’apparait raisonnable.

      C) Le sarrasin

      Dépourvue de gluten, la farine de sarrasin est moins polyvalente que celle du blé. Toutefois, le sarrasin, le soya et le quinoa sont les seuls végétaux dont les protéines sont complètes.

      Surnommé ‘blé noir’, le sarrasin ne fait pas partie des céréales mais leur est très apparenté.

      D) Les logos de certification biologique

      De haut en bas, les logos sur la farine de sarrasin, les spaghettinis et le sac de flocons d’avoine.

      E) Le prix de mes achats bios du 22 février 2019

  3. sandy39 dit :

    Comme quoi, j’ai bien fait de demander… C’est une réponse très complète… où la précision et le détail me surprendront toujours…

    J’aurai, encore, des choses à dire…

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