Le logement social à Vienne

Le complexe Karl-Max-Hof de Vienne

Introduction

Le plus important propriétaire immobilier à Vienne est la municipalité elle-même. Celle-ci possède 440 000 habitations où logent 62% du 1,8 million de Viennois.

Contrairement à beaucoup de logements sociaux à travers de monde, ceux de Vienne ne sont pas des ghettos de pauvres.

Il s’agit d’habitations à loyer modéré offertes à toute personne habitant depuis au moins deux ans dans la ville et ne gagnant pas plus de 3 317,86 euros net par mois, soit 59 682,84$ net par année.

Le loyer mensuel y varie entre 300 et 750 euros (450$ et 1 125$), selon les revenus du locataire.

L’abondance de l’offre de logements subventionnés profite même aux locataires qui ne répondent pas aux critères de la ville puisque cette concurrence féroce au privé empêche toute bulle spéculative immobilière.

Historique

Au déclenchement de la Première Guerre mondiale, l’Empire austro-hongrois — dont Vienne est la capitale — est à son apogée.

De partout dans l’empire, on quitte les campagnes dans l’espoir d’une vie meilleure en ville. Ce qui y entraine une crise du logement.

Celle-ci pousse à la hausse les loyers alors que les propriétaires scindent leurs appartements en unités plus exigües afin de profiter de la demande.

En 1917, 73,1% du parc immobilier de Vienne se compose de logements minuscules, surpeuplés et insalubres.

En raison des pénuries, l’inflation est telle que bientôt les logements sont inabordables. Pour calmer la grogne populaire, l’empire adopte un décret qui fait redescendre le prix des loyers à leur niveau d’avant-guerre.

Ce qui a rendu non rentable la construction de toute nouvelle construction résidentielle privée.

À la fin de la guerre, la ville est submergée de réfugiés provenant des quatre coins d’un empire sur le point d’être démantelé par les vainqueurs de la guerre.

Des 50 millions d’habitants de l’Empire, il ne reste plus dans le pays (la nouvelle Autriche) qu’une population de 6,5 millions de personnes dispersées sur un petit territoire montagneux à 70%. L’Autriche se retrouve privée du cœur industriel (la Tchécoslovaquie) et du cœur agricole (la Hongrie) de l’empire.

En 1919, les prix à la consommation sont quinze fois supérieurs à ceux de 1914.

L’effort de guerre et le cout des réparations imposées par les vainqueurs achèvent de ruiner le pays. Le taux de chômage y est catastrophique.

En 1920, les Viennois élisent une administration municipale socialiste. Celle-ci met en place un impôt sur les ‘manifestations apparentes du luxe’ qui, dans cette ancienne capitale impériale fastueuse, s’avère très lucrative.

On y taxe les automobiles, les appartements, les écuries de course. etc.

Les sommes recueillies seront en bonne partie consacrées à un ambitieux programme de construction de logements sociaux.

Par décret, on étatise 44 838 logements. Une loi contrôle le prix des loyers. Et on construit cinq-mille appartements par an.

À Montréal, les Habitations Jeanne-Mance (HJM) symbolisent le logement social. Celles-ci comportent 1 388 unités. Pendant plus de cinquante ans, on construira à Vienne l’équivalent de deux HJM par année.

Dans la capitale autrichienne, le symbole emblématique de Vienne la Rouge est le complexe Karl-Marx-Hof (voir photo) dont les 1 382 logements s’étendent sur plus d’un kilomètre. C’est le plus long bâtiment résidentiel au monde.

Chacun d’eux comporte sa propre salle de bain et sa toilette (ce qui était inédit à l’époque).

Le complexe comprend des garderies, des buanderies collectives (comme dans de nombreuses tours résidentielles québécoises), des magasins, une clinique, plusieurs parcs, une bibliothèque, et des bureaux.

Sur ses seize hectares, seulement 18,5% sont occupés par les bâtiments. Le reste est occupé par des espaces verts.

Du point de vue économique, l’effort de construction de la ville a permis la réduction du chômage. Mais il a accaparé une partie importante des crédits qui auraient pu servir au développement de la production industrielle du pays.

De 1934 à 1945, Vienne est dirigée par des administrations d’extrême droite qui mettent fin à ce programme, aussitôt repris après la guerre et poursuivi de manière continue depuis.

De nos jours, la ville de Vienne doit subir les pressions de l’Union européenne qui accuse son programme de logements sociaux de créer des ‘distorsions’ dans le marché locatif.

Après plus d’un demi-siècle d’investissements, le logement social viennois est une mesure sociale qui doit sa longévité au fait qu’il est défendu bec et ongles par la masse importante de ses bénéficiaires qui ont refusé de donner le pouvoir municipal à des formations politiques susceptibles de le remettre en question.

Références :
Autriche ; l’adieu à la classe ouvrière
Mouvement ouvrier autrichien
Vienne la rouge
Vienne la rouge
Vienne : Logements sociaux
Vienne, l’utopie réalisée du logement pour tous

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