Le pouvoir de l’uniforme

 

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On oblige le policier ou le soldat à porter un uniforme qui l’identifie comme détenteur des pouvoirs répressifs de l’État. Ce qui, évidemment, facilite sa tâche en imposant le respect.

Dans beaucoup de pays, l’uniforme permet au citoyen de savoir à quel type d’agent de la paix il a affaire : responsables de la circulation, policiers, gendarmes, gardien de prison, etc. Cela révèle l’étendue des pouvoirs dont cette personne est investie.

Et dans une mêlée sur le champ de bataille, l’uniforme permet au soldat de distinguer instantanément l’ami de l’ennemi.

Une des raisons qui expliquent que la moitié des diplômés universitaires en Iran soient des femmes, c’est que depuis la Révolution dans ce pays (à forte tradition patriarcale), les pères acceptent volontiers que leurs enfants partent étudier au loin à Téhéran, convaincus que le port du voile protègera la virginité de leurs filles.

Au Québec, il y a à peine quelques décennies, les femmes arrivaient à la messe du dimanche la tête voilée et leurs maris, tout endimanchés. De nos jours, les prêtres sont heureux de dire la messe devant n’importe qui.

Le pourvoir du vêtement est indéniable lorsqu’on observe le déchainement des opinions dès qu’il est question du port du voile islamique en Occident.

Le clip vidéo ci-dessus, réalisé par le quotidien Le Monde explique comment le gilet jaune — ce vêtement peu couteux que tout automobiliste français doit avoir dans son véhicule — est devenu un symbole de ralliement et un symbole identitaire. Comme le port du carré rouge l’était lors de la grève étudiante de 2012 au Québec.

Jusqu’à ce que la France se sépare de ses colonies du Maghreb, au début des années 1960, leurs représentants au Parlement français n’hésitaient pas à porter des tuniques berbères et des turbans blancs.

L’abbé Félix-Adrien Kir — qui donna son nom à une boisson célèbre — fut le dernier prêtre élu à l’Assemblée nationale française. De 1945 à 1967, il siégeait en portant la soutane catholique.

Il en est autrement au Québec. En 1961, Claire Kirkland-Casgrain fut la première femme élue au parlement québécois. Avant cette date, les parlementaires étaient des hommes, tous habillés comme des avocats puisque dans l’immense majorité des cas, c’étaient précisément des avocats.

Quant à ceux qui ne l’étaient pas, s’habiller comme eux était une manière de les rassurer et de signifier l’intention de prêter implicitement allégeance à leur clan. Parce que si l’habit ne fait pas le moine, il indique la classe sociale ou la tribu à laquelle on voudrait appartenir.

En quête de crédibilité, les femmes qui ont été élues depuis ont adopté le tailleur sobre puisque le port d’un vêtement criard est jugé signe de vulgarité et de mauvais gout.

Tout cela a dernièrement été remis en question par deux députés de Québec Solidaire.

La députée Catherine Dorion s’est présentée en gaminet, chaussée de bottes Doc Martens. Précisons que ce gaminet a été conçu et réalisé au Québec.

Cela contraste avec ces complets de couturiers italiens portés par la presque totalité de leurs adversaires politiques. Des complets assemblés par des ouvrières recevant un salaire de misère quelque part au Tiers-Monde. Comme quoi les plus belles roses poussent dans le fumier.

Quant à son collègue, Sol Zanetti, il s’est présenté vêtu sobrement, mais chaussé d’espadrilles blanches. Quel scandale !

Pour moi, le vrai scandale, c’est quand un ministre des Finances se procure inutilement des souliers neufs — comme le veut la tradition britannique — pour présenter un budget décrétant… des mesures d’austérité.

Pendant des années, les politiciens ont cru ce président de firme de sondage Léger qui ne cesse de répéter que les Québécois ‘haïssent la chicane’. Au contraire, on réalise maintenant qu’on ne peut attirer l’attention médiatique qu’en suscitant la controverse.

Donald Trump aux États-Unis, Berlusconi en Italie, Maxime Bernier au Québec, carburent à la controverse. Et leurs succès politiques ont pour assise l’audience qu’ils se sont créée par les énormités qu’ils ont écrites.

La controverse relative au gaminet de Mme Dorion et aux espadrilles blanches de M. Zanetti est une controverse futile. Tout comme le refus de prêter publiquement allégeance à la reine d’Angleterre, cette controverse ‘abonne’ les journalistes aux polémiques suscitées par QS; ils savent dorénavant où le scandale nait.

Ces controverses donnent à QS une visibilité que le PQ n’a jamais pu obtenir en dépit d’un programme électoral à des années-lumière de celui, médiocre et simpliste, de n’importe quelle autre formation politique québécoise.

On ne peut faire l’indépendance d’un peuple sans créer de controverse. Les appels à éviter la chicane sont des appels au conformisme; ils ont réussi à étouffer la voix du PQ. Mais QS est plus sauvage. Comme un poulain qu’on n’a pas encore dompté.

QS semble avoir compris que ni le port de la cravate par le député ni le port du tailleur Armani par l’élue ne sont des signes de respect pour le peuple. Ce n’est pas en se déguisant comme des avocats que les députés de QS ‘prouvent’ leur allégeance aux gens qu’ils représentent; ils le prouvent par les idées qu’ils défendent.

On pourra épiloguer longuement sur cette stratégie de provocation. Mais un jour, il faudra bien revenir à l’essentiel, tant chez les personnes scandalisées que chez ceux qui suscitent leur indignation…

Références :
Le corps d’une femme
Le paravent des vêtements
L’uniforme laïque des forces de l’ordre
Marie-Claire Kirkland-Casgrain

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7 commentaires à Le pouvoir de l’uniforme

  1. veronique de pouzilhac dit :

    intéressant merci

  2. sandy39 dit :

    LE JAUNE POUR UNE REVOLUTION ?…

    Si, habituellement, l’habit ne fait pas le moine, le Jaune est de sortie depuis le 18 Novembre : journée de mobilisation, en France, sur fond de revendications comme “MACRON, C’EST DU BIDON”… que j’ai pu lire sur certaines pancartes, en contournant les ronds-points… J’ai même pu lire un jour : “ICI, C’EST PAS PARIS”, en oubliant d’éviter le rond-point… J’ai éclaté de rire en mélangeant, dans ma petite tête, certains titres de chansons comme “ICI PARIS” me disant qu’aujourd’hui, on est loin d’être bien en France… UN JOUR EN FRANCE… car, nous pouvons toujours coller des paroles de chansons sur certains Evénements qui prédisent (ou c’est Moi ?) la Révolution…

    Je serais bien allée à la Manif… même si, je ne kiffe pas les manifs nous chante l’Auteur… C’était juste le problème de savoir ou se garer et, de pouvoir partir quand j’en aurais eu envie…, avec ma belle et nouvelle bagnole… et vu, que mon homme a toujours peur qu’il m’arrive quelque chose…, je ne suis pas allée de peur de rester prise au milieu d’un champ, embourbée…

    De toutes façons, il fallait y aller car l’Union fait la Force, surtout pour celui qui bosse. Le Français moyen, on lui en prend toujours de plus en plus.

    Alors, je suis restée prudente, avec mon Ame, pleine de Révolution, je suppose, car tu as toujours le risque de te retrouver au mauvais moment, au mauvais endroit. Se faire foncer dessus ou toi-même : comment réagirais-tu si l’Emotion l’emportait sur l’intelligence ?

    Dans le Doute, je me suis abstenue. Et, on peut toujours soutenir le Mouvement en laissant visible son gilet jaune dans sa voiture.

    Si, d’ordinaire, le gilet jaune est utilisé en cas de panne — un automobiliste doit le porter lorsqu’il se retrouve, en panne, au bord de la route — aujourd’hui, il prend le symbole de la Révolution en France. Symbole de l’Union, du “IL y en a marre”, du mal-être social, du pouvoir d’achat qui baisse de plus en plus. Macron en veut de plus en plus. Il nous serre les boulons, la vis (il nous mène la vie dure), il nous limite la vitesse à 80km/heure depuis juillet… Alors, on se traîne…

    Du pognon, il veut Macron. On lui dit : “NON !”. Le prix de l’essence a fait déborder le vase et, les lycéens s’y sont mis aussi. Ils ont tous bien fait !

    Il faut que tu payes, faut que tu craches. Il n’y a plus que ça qui compte dans la Société : PAYER !

    Alors, ils ont fait fumer les palettes en bois, sur les lieux de rassemblement. C’est toujours le dommage qu’en grandes villes, certains se sentent obligés de casser pour se faire entendre. Et, qui va payer ?

    Que ce soit humainement ou socialement, l’Etre humain paie dans tous les domaines, depuis qu’il est au monde.

    Si, aujourd’hui, on apprend à jongler avec l’argent car on ne pourra jamais tout se payer ; on est toujours obligé de faire des choix même avec l’argent, cherchant les priorités…

    Si, financièrement, à la Maison, on a encore ce qu’il faut (je l’espère) pour payer des études à nos filles, on ressent de plus en plus qu’il en faut du pognon et, que beaucoup de parents (quand les enfants sont petits) ne peuvent pas réaliser à quel point ça coûte d’avoir des enfants… et, que beaucoup ne pourront jamais payer d’Etudes…

    Le pognon : il fait peur. L’argent, il est trop cher… Faut tenir ! Parce que Nous, nous n’avons pas coûté tout ça à nos Parents !

    Alors, ils ont bien fait de sortir leurs gilets jaunes pour montrer leur détresse et leur mécontentement face au Gouvernement !

    Un Jaune unique pour exprimer un Mal-Etre social et, dire qu’il y a tant d’Individus sur cette terre, aux mille Couleurs, aux mille maux de l’Ame qui l’expriment par tant d’ART !

    Si le citoyen fait sa Révolution, en montrant sa capacité à détruire des biens ; l’Humain, seul dans son coin, s’arme de bien d’autres moyens pour faire sa propre Révolution !…

    Détruire des biens n’enlève rien aux maux de l’Ame, c’est juste l’expression de commettre le Pire… On peut toujours construire en cherchant l’apaisement, en réalisant du positif.

    A ceux qui ont le mal dans l’Ame, laissons les créer… c’est leur meilleure force pour vivre et guérir.

    La Révolution : elle est propre à Chacun. Et, ne dit-on pas : “Les poètes se cachent pour écrire.” ?

    … OU L’ART DES MILLE COULEURS ?

    • Jean-Pierre Martel dit :

      Alors que nos médias jettent un regard extérieur sur le mouvement des Gilets jaunes, votre témoignage nous aide à le comprendre de l’intérieur. Je vous en remercie.

      En complément de lecture, je suggère le texte Les «Gaulois réfractaires», de Christian Rioux, qui va dans le sens de vos propos.

  3. sandy39 dit :

    2019 : j’arrive… Je termine ce que j’ai écrit en décembre…

    A JEAN-PIERRE

    En allant chercher ma fille, à la gare, le 22 décembre (la grande : je vous en parlerai plus tard), j’ai lu aussi, sur les routes du Comté : “LE JURA EST TOUJOURS LA, LE PEUPLE VAINCRA”.

    Si mon texte va dans le même sens que ce qu’écrivent certains journalistes : “A l’aube de la Révolution…”, je suis née une veille de 14 juillet !- ; aujourd’hui, c’est l’occasion pour Moi de vous raconter un petit épisode de ma vie.

    “J’aurais bien aimé faire ça, dans ma vie, un jour” : désolée, j’emprunte une phrase à Bertrand, exprimée au cours d’un des derniers concerts à Paris, dépassé par l’ampleur de certains mouvements féministes…, se sentant obligé d’abandonner… Une phrase pour vous dire que, l’an dernier, à l’automne 2017, le journal du département cherchait un correspondant local (sur une petite zone du Haut Jura où j’habite).

    J’y suis allée : l’occasion était trop grande pour la laisser passer. Et, ne m’aviez vous pas dit un jour : “Il faudra aller voir ailleurs pour que l’on puisse me lire un jour ?”

    Mais, le Mec ne m’a pas pris, pourtant, j’avais rendu une copie assez bonne après être allée rencontrer un artisan du coin. D’après le journaliste, ce n’était pas un article de journal, ce que j’avais rendu.

    Il devait me téléphoner pour me donner la réponse. Mais, il a tardé à répondre. Mais, il n’avait jamais mis autant de temps pour donner une réponse ! Du coup, il m’a envoyé un mail — pour ne pas me blesser, je suppose — dans lequel il me disait “NON” mais qu’il restait encore partagé sur cette réponse, préférant me dire “non”.

    Ses mots ont été très chouettes, à travers lesquels je me suis, encore sentie grandir, me disant qu’on emploie souvent les mots pour atténuer certaines choses et, qu’une part d’humanité demeure à travers eux.

    Même mon Psy était optimiste même si écrire pour un journal n’est pas la même chose…, et peut aider aussi. Le journalisme, c’est de la technique ! Et, j’aurais signé de mon vrai nom… L’expérience : je voulais la vivre, j’ai essayé, je n’ai aucun regret !

    L’Expérience était née grâce à des années de partage avec Vous ! Je n’aurais jamais osé avant… Mais quel Blogue !

    • Jean-Pierre Martel dit :

      Si le journal de votre département n’a pas jugé bon vous choisir à titre de correspondante, ce n’est pas par manque de talent, mais probablement parce que votre style n’est pas celui qu’ils recherchent.

      Il y a plusieurs sortes de journalistes. D’un côté, certains s’en tiennent à l’information brute; leurs textes concis ressemblent à des dépêches d’agence de nouvelles. Ennuyeux mais informatif.

      D’autres y mettent davantage d’eux-mêmes. Davantage subjectifs, leurs textes s’apparentent à des chroniques. On aime ou on n’aime pas.

      J’apprécie votre style d’écriture. Il se distingue par sa clarté — on ne se demande jamais ce que vous voulez dire — et sa précision.

      Bref, si ce périodique préfère choisir quelqu’un d’autre, offrez vos services ailleurs.

      Entretemps, ce blogue sera toujours heureux de publier vos commentaires, ma chère sandy39.

  4. sandy39 dit :

    AVEC CLARTE ET PRECISION…

    J’écris bien, alors… même si, cet épisode de ma vie ne m’a pas si déçu que ça… ; ce c’est, au fond, pas le Pire à guérir…

    En lisant : “le corps d’une femme”, j’ai repensé à notre ministre de l’Egalité, du Territoire et du Logement, en 2012, Cécile Duflot qui, fut huée, un jour, à l’Assemblée, pour porter une robe à motifs bleue et blanche. Pourtant, elle ne montrait pas ses seins !

    Elle s’est fait sifflée par les hommes, accompagnés d’une volée de remarques machistes… Il y a eu, aussi, un jour où elle s’est retrouvée en larmes, sur les bancs de l’Assemblée. Elle a subi, aussi, les reproches des hommes, suite au Défilé du 14 juillet 2013… car son compagnon de l’époque Xavier (le grand frère de Bertrand) n’y était pas allé. Il avait, soi-disant, laissé sa place vide en disant : “J’ai honte d’être français”.

    Alors, elle s’est fait attaquée, incendiée, la petiote du Gouvernement. Les hommes se sont défoulés pour l’humilier à l’Assemblée. Elle y pouvait quelque chose, si son mec n’était pas présent au Défilé ? Même face à Audrey Pulvar (animatrice TV) compagne à l’époque d’Arnaud Montebourg (ministre de l’Economie), elle a appris à se défendre…

    Du coup, elle a tout envoyé promener (comme d’autres) le Gouvernement Manuel Valls qui lui, a, finalement démissionné de son poste de premier ministre.

    Elle garde juste, son Ecologie…, espérant, qu’elle ne finisse pas, elle non plus, par se flinguer… d’avoir été harcelée…

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