Actéon et Pygmalion à l’Atelier Opera

Introduction

Elgin Theatre

Du 25 octobre au 3 novembre 2018, l’Atelier Opera de Toronto présentait deux opéras baroques français.

Même si ces œuvres, d’une durée respective d’une quarantaine et d’une cinquantaine de minutes, sont de style baroque, elles appartiennent à deux siècles et à deux esprits très différents.

Actéon

Distribution d’Actéon

Dans la mythologie grecque, Actéon est ce chasseur qui surprend Artémis (appelée Diane par les Romains) alors que la déesse nue prend son bain. Furieuse, celle-ci le change en cerf, bientôt dévoré par ses chiens.

On ne peut ignorer l’aspect moralisateur de l’histoire, alors que le voyeurisme et le désir érotique du chasseur sont finalement sanctionnés d’une punition divine.

La tragédie lyrique de Marc-Antoine Charpentier a été composée en 1684, à une époque où Lully s’était fait octroyer par le roi le monopole de la représentation des grands spectacles musicaux.

Conçue pour divertissement privé d’un noble, l’œuvre était jouée par un petit effectif instrumental et chantée par une poignée de solistes qui assuraient également les parties chorales.

J’avais entendu cette œuvre au disque il y a bien longtemps et le souvenir qu’en avais conservé est celui d’une œuvre sévère, voir un peu ennuyeuse.

À Toronto, l’effectif orchestral a été augmenté. Si bien que l’équilibre entre les vents et les cordes a été modifié aux dépens des premiers. Le rôle d’Actéon est chanté par un baryton plutôt d’un contreténor.

De plus, les parties chorales sont ici assurées par les chanteurs appuyés par un chœur aux accents lullistes, placé dans une loge.

En dépit de ces changements qui assombriront, à juste titre, le plaisir des puristes, la production torontoise est très séduisante.

L’éclairage raffiné de Michelle Ramsay, multipliant des taches d’ombre et de lumière comme dans un sous-bois, les costumes chatoyants de Gerard Gauci (qui rappellent plus un bal du XIXe qu’une partie de chasse au XVIIe siècle), l’incarnation brillante de Colin Ainsworth en Actéon et surtout la mise en scène amusante et inventive de Marshall Pinkoski font en sorte que cette production est de nature à plaire à un public contemporain.

Pigmalion

Distribution de Pigmalion

Présenté en 1748, Pigmalion (selon l’orthographe de l’époque) est une des compositions les plus populaires de Rameau.

Tiré des Métamorphoses d’Ovide (tout comme Diane et Actéon), Pigmalion reflète l’époque hédoniste de Louis XV à la cour.

Le sculpteur Pigmalion tombe amoureux d’une de ses créations à qui Aphrodite, déesse de l’amour, donnera vie. Le tout se termine par des danses qui célèbrent justement le triomphe de l’Amour.

Lully étant mort depuis 1687, Rameau a composé son œuvre pour un ensemble instrumental plus varié que celui dont disposait son collègue Charpentier.

Essentiellement, Pigmalion doit son succès aux ballets qui en occupent la place centrale et à deux airs de bravoure — ‘L’Amour triomphe’ et ‘Règne, Amour’ — qui ne peuvent être chantés que par un ténor capable d’une extrême virtuosité.

Le baryton Colin Ainsworth fait partie du très petit nombre de chanteurs au monde capables d’une prouesse vocale de niveau olympique, à la fois agile et puissante.

Entre deux séances d’enregistrement en studio, on peut accorder un peu de répit au chanteur qui doit interpréter ces airs. Sur scène, celui-ci n’a qu’une pantomime de trois minutes pour reprendre son souffle.

Voilà pourquoi on pardonnera un peu de fatigue au baryton à son deuxième air après avoir été l’épine dorsale de cette double production pendant plus de 90 minutes.

Maintenant, parlons des ballets.

Par souci d’authenticité, il est fréquent de nos jours qu’on danse les ballets baroques en recourant aux notations chorégraphiques de l’époque. C’est ce qu’on a fait à Toronto.

Chorégraphie de Marie-Nathalie Lacoursière

Toutefois, ces pas de danse doivent être accompagnés d’une gestuelle appropriée, comme le montre l’exemple ci-dessus, filmé à Montréal, où on notera le jeu des mains.

C’est cette gestuelle qui n’est pas encore parfaitement bien maitrisée à Toronto.

De plus, à Toronto, les longues robes des danseuses rappellent plus la deuxième moitié du XIXe siècle que l’époque de Rameau.

Quant au fond de scène, c’est un décor surréaliste inspiré de Magritte qui est franchement laid et dont l’impact visuel est une distraction inutile. J’espère qu’on trouvera moyen de le remplacer par autre chose lorsque ce spectacle prendra l’affiche à Versailles.

Ceci étant dit, les productions scéniques d’opéras baroques sont tellement peu fréquentes de ce côté-ci de l’Atlantique que chacune d’elles doit être encouragée. Effectivement, cette double production Actéon/Pygmalion fut, globalement, un assez bon spectacle.

À lui seul, Actéon méritait le déplacement.

Détails techniques des photos : Olympus OM-D e-m5 Mark II, objectif M.Zuiko 12-40mm F/2,8
1re photo : 1/80 sec. — F/2,8 — ISO 1250 — 12 mm
2e  photo : 1/60 sec. — F/2,8 — ISO 1000 — 31 mm
3e  photo : 1/80 sec. — F/2,8 — ISO 800 — 38 mm

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