L’incohérence politique des Millénariaux

Le quotidien La Presse publie aujourd’hui les résultats d’un sondage politique effectué chez les Millénariaux, soit les jeunes de 18 à 25 ans.

Il est difficile d’interpréter ce sondage puisqu’on n’a accès ni aux questions ni aux données, mais seulement à l’interprétation des résultats qu’en font les journalistes François Cardinal et Philippe Teisceira-Lessard.

L’un et l’autre concluent que les Millénariaux ne sont pas en faveur de l’indépendance du Québec. Ce qui est indéniable.

Entre les lignes, on devine que ce sondage rejoint bien d’autres études qui démontrent que les jeunes estiment que les politiciens sont tous pareils et qu’ils ne réalisent pas leurs promesses.

Pour les trois quarts des Millénariaux, c’est l’incapacité des élus à tenir leurs promesses qui est la cause principale du manque de confiance envers les politiciens.

Si cela est vrai, de quoi parle-t-on ?

Les Millénariaux n’ont pas connu autre chose que des gouvernements du Parti libéral du Québec.

Entre les gouvernements libéraux de Jean Charest et celui de Philippe Couillard (composé en bonne partie des mêmes ministres), y a-t-il une grande différence ? La réponse est évidente.

Par contre, si on compare le Parti Québécois au Parti libéral, comment expliquer :
• l’adoption de la Loi 101,
• l’adoption de la loi au sujet du zonage agricole (visant à soustraire les meilleures terres agricoles du développement domiciliaire),
• l’adoption de la loi de protection des consommateurs,
• la mise sur pied des garderies publiques,
• l’assurance automobile,
• le rétablissement de la paix sociale sous Mme Marois.

Tout cela s’est fait en dépit de l’opposition féroce du Parti Libéral et, depuis qu’elle existe, de la CAQ.

En d’autres mots, aucune de ces mesures n’aurait vu le jour si les Québécois avaient voté libéral ou caquiste au lieu de voter pour le PQ.

Le Parti libéral a déjà été un grand parti. Mais quel est le legs de ses seize dernières années au pouvoir ? À peu près rien d’important :
• le retour à l’équilibre budgétaire qui existait avant qu’il prenne le pouvoir, et
• la construction de deux hôpitaux universitaires,
• des investissements récents dans l’électrification des transports après 40 ans d’immobilisme.

Selon le sondage de La Presse, 18% des Millénariaux sont très concernés par l’environnement. À juste titre.

Mais savent-ils que c’est le PQ qui décidé en 2012 de la fermeture de la seule centrale nucléaire en activité au Québec ? Et pourquoi l’ignorent-ils ? Parce que même le PQ est muet à ce sujet.

Et savent-ils que le ‘sauvetage d’Anticosti’ par le gouvernement Couillard était un écran de fumée destiné à aider les pétrolières à se sortir du bourbier financier dans lequel elles se trouvaient ? Et pourquoi l’ignorent-ils ? Parce que le PQ n’ose pas soulever une controverse qui l’empêcherait de faire valoir ce qu’il compte réaliser s’il était élu.

Bref, on ne peut pas reprocher aux Millénariaux d’effectuer des choix en fonction de ce qu’ils ignorent.

Toutefois, il est difficile de comprendre comment ils peuvent ignorer que François Legault songe à permettre de nouveau l’exploration pétrolière à Anticosti.

À défaut de voir le questionnaire du sondage en question, je soupçonne que les jeunes veulent voter pour des partis ‘qui sont bons pour l’économie’.

Mais connaissent-ils les bilans désastreux des gouvernements Charest et Couillard ? N’ont-ils jamais lu autre chose que des nouvelles qui présentent les résultats économiques du Québec au cours du dernier mois ou du dernier trimestre ?

Si les jeunes électeurs — en majorité des partisans du Parti libéral et de la CAQ — étaient cohérents, ils voteraient pour des partis politiques différents de ceux qu’ils jugent tous pareils.

En somme, si les Millénariaux essayaient autre chose, ils verraient la différence…

Références :
Anticosti : payer 200 millions$ pour une pétrolière qui vaut 16,5 millions$
Décrochage électoral des millénariaux: à qui la faute?
De la supposée dépolitisation des jeunes
Legault reste ouvert à l’exploration pétrolière sur Anticosti
Nous, les jeunes
Sauver Gentilly-2 : un combat perdu d’avance
Sondage IPSOS-La Presse: génération ni oui ni non
Sondage Ipsos-La Presse: les jeunes tournent le dos à la souveraineté

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