Voyage à La Havane — Huitième jour

Lever à 5h25, au chant du coq.

Certains musées de La Havane sont fermés le lundi. J’en profite donc pour retourner à la Catedral de San Cristóbal de la Habana (c’est-à-dire la Cathédrale St-Christophe de La Havane), ouverte non seulement durant la messe du dimanche, mais également tous les autres jours de 11h30 à 15h.

Contrairement à ce qu’on pourrait penser, la cathédrale n’a pas été nommée ainsi en l’honneur de Christophe Colomb — qui a découvert l’île de Cuba en 1492 — mais plutôt parce que la capitale cubaine a été fondée de 16 novembre 1519, le jour de Saint Christophe.

Cette deuxième visite à la cathédrale a pour buts d’en photographier l’intérieur et surtout pour voir la tombe de Pierre Le Moyne d’Iberville.

Ce dernier est mort en 1706 dans la capitale cubaine alors qu’il préparait une expédition contre les Anglais installés en Caroline.

Pour le bénéfice de mes lecteurs européens — qui comptent pour environ 90% des visiteurs sur ce blogue québécois — permettez-moi de vous présenter ce personnage, le plus grand héros de la Nouvelle France, né à Montréal en 1661.

Détesté et craint par les Anglais, il n’a jamais perdu une seule bataille de sa vie. Il a chassé ceux-ci de Terre-Neuve et, à au moins deux reprises, de la Baie d’Hudson. Il a attaqué les colonies de Nouvelle-Angleterre et fondé la première ville de Louisiane.

À la fin de chaque expédition à la Baie d’Hudson, il revenait en Nouvelle France le bateau plein de fourrures confisquées des forts anglais ou des bateaux ennemis saisis au large. Il a même eu l’audace d’attaquer un fort anglais à partir d’un bateau battant pavillon de sa majesté britannique.

Mais sa plus grande bataille navale s’est déroulée à 1 contre 3 dans la Baie d’Hudson. S’étant approché suffisamment près de trois navires anglais tout en demeurant hors de leurs canons, il feint une fuite. Poursuivi par les trois bateaux ennemis à la queue leu leu, il fait volteface et les détruit l’un après l’autre.

Mais à la fin de chaque guerre avec l’Angleterre, la monarchie française redonnait aux Anglais les territoires conquis par d’Iberville en échange de quelques iles des Antilles.

D’Iberville n’a jamais protesté que ses conquêtes étaient réduites au néant par ces traités de paix, comprenant bien que la raison d’État pouvait justifier qu’elles servent de monnaie d’échange au bénéfice de la France.


 
La dépouille de ce héros est encastrée dans le mur extérieur droit de la cathédrale, sur le chemin que les touristes empruntent pour monter dans le clocher.


 
Les deux clochers de la cathédrale sont de tailles différentes. Celui de gauche est plus petit car autrement il aurait obstrué partiellement la rue qui longe l’église à cet endroit. Le clocher accessible par les touristes est celui de droite. Il offre une vue intéressante non seulement sur la place devant la cathédrale, mais aussi des installations défensives construites de l’autre côté de la Baie de La Havane.

Je prends le repas du midi au Restaurant La Republica, situé sur rue Chacon. J’y mange des tranches froides de rôti de porc (savoureux) accompagnées de riz, de tranches d’avocats et d’un verre de vin, le tout pour environ dix pesos convertibles.


 
Jusqu’à maintenant, je me suis refusé à la facilité de photographier des vieilles voitures américaines des années 1950 à La Havane. Avec de vielles Lada, elles sont innombrables dans cette ville mais cela me semblait paradoxal de faire de ces voitures étrangères, des représentantes de l’âme cubaine.

Mais elles font partie du paysage caractéristique de la ville et elles sont sans doute aussi naturalisées que les maisons victoriennes le sont à Montréal.

Et puis je me suis souvenu que mon appareil permet de doter les photos d’un style particulier. La photo ci-dessus est la toute première que j’ai faite de ce genre à La Havane. J’ai tellement aimée le résultat que j’ai décidé de créer tout un diaporama basé exclusivement sur elles.


 
En soirée, je vais au Gran Teatro de La Habana afin d’assister à un Gala de remise des prix du 8e Concours ibéro-américain de chorégraphie. Cinq ballets très réussis étaient au programme. La photo ci-dessus représente Bodas de Sangre (Les noces de sang), d’après l’œuvre homonyme de Federico Garciá Lorca

Détails techniques : Olympus OM-D e-m5, objectif M.Zuiko 40-150 mm R (4e photo) et objectif Lumix 12-35 mm F/2,8 (les trois premières)
1re photo : 1/250 sec. — F/5,0 — ISO 200 — 35 mm
2e  photo : 1/400 sec. — F/7,1 — ISO 200 — 33 mm
3e  photo : 1/400 sec. — F/6,3 — ISO 200 — 23 mm
4e  photo : 1/125 sec. — F/4,5 — ISO 400 — 62 mm


Pour lire les comptes-rendus du premier ou du deuxième voyage à La Havane, veuillez cliquer sur l’hyperlien approprié.

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4 commentaires à Voyage à La Havane — Huitième jour

  1. Marcos DINET (France) dit :

    Bonjour,

    C’est vrai que je m’étonnais que tu n’aies pas photographié d’américaine. Mais cette photo avec l’effet particulier lui donne un autre relief, nouveau et différent, que je n’avais jamais vu. Cela change la donne, un autre regard.

    Bonne vue d’en haut depuis la cloche du campanile, j’aime. Pense aux autres véhicules qui passent, parfois complètement improbables, pourquoi sont-ils oubliés des photographes?

    Marcos

    • Plusieurs jours après avoir commencé à photographier ces voitures américaines, j’ai réalisé qu’il serait intéressant d’en voir aussi l’intérieur.

      Pour ce faire, je suis donc je suis retourné au Capitolio (où certaines des plus belles sont stationnées).

      Puis, le dernier soir de mes vacances, en voyant une peinture représentant le gros plan d’une plaque d’immatriculation cubaine, je me suis rendu compte que j’avais oublié de photographier de près certains détails (des ailes chromées extravagantes, par exemple). Mais il faisait sombre et c’était trop tard.

      Et cette nuit-là, en me rendant pour la dernière fois à la maison, l’idée m’est venue d’en photographier de nuit. Pourquoi n’ai-je pas eu cette idée plus tôt ? Une des deux ou trois seules photos prise alors clôturera ce diaporama de manière spectaculaire.

      D’autres que moi pousseront plus loin l’expérience… jusqu’à ce que cela devienne un cliché insupportable, copié par tout le monde.

      Quant à la photo en plongée du campanile, je suis d’accord avec vous : c’est une de mes photos préférées. Les contrastes entre l’énorme et le petit, le rectiligne et les courbes, entre les couleurs vives de la lumière et le terne des ombres, entre l’immobilité de la cloche et le délicat mouvement de la robe. Et toutes ces lignes diagonales, cette asymétrie paradoxalement équilibrée. Bref, j’aime aussi.

  2. Steeve dit :

    Est-il possible de voir le tombeau de Pierre Lemoyne d’Iberville à La Havane?

    • En me rendant à la Catedral de San Cristóbal de la Habana (c’est-à-dire la Cathédrale St-Christophe de La Havane), j’espérais rendre hommage à ce grand héros.

      Sur un mur extérieur de la Catedral de San Cristóbal

      Mais personne ne peut certifier où se trouve sa tombe. Dans ce récit de la huitième journée de mon premier voyage dans la capitale cubaine, j’ai écrit que cette tombe était encastrée dans un mur extérieur de la cathédrale.

      Chez les Protestants, certaines dépouilles sont ensevelies à l’intérieur de lieux du culte. Non seulement sous des dalles gravées sur lesquelles on marche, mais parfois dans les murs mêmes de l’édifice (à des endroits qui ne compromettent pas sa solidité).

      Dans la tradition catholique, lorsque quelqu’un est jugé suffisamment important pour être enseveli dans une église, il l’est dans une crypte, généralement située dans les fondations du bâtiment.

      Dalle de Clovis 1er (465-511)

      À la Basilique Saint-Denis, certaines des plus anciennes pierres tombales sont au sol (protégées des passants). Donc cette pratique n’est pas complètement étrangère à la tradition catholique.

      A-t-on ravivé cette vieille pratique pour d’Iberville ? Avec le recul, je crois que c’est improbable.

      Si d’Iberville est important pour nous, il n’est qu’un capitaine étranger — voire même un aventurier — aux yeux des Espagnols de son époque. On l’a accueilli à La Havane parce qu’il combattait un ennemi commun, les Anglais.

      Depuis la mort d’Iberville, Cuba a subi la conquête anglaise, quelques guerres de libération, et une Révolution. À chaque fois, des registres et des monuments ont sans doute été détruits.

      Donc la plaque murale qu’on peut voir à la Catedral de San Cristóbal de La Habana est tout probablement une commémoration à l’initiative des autorités québécoises, permise par les autorités cubaines par amitié pour le Canada.

      Les auteurs de l’époque laissent penser que d’Iberville est enseveli à proximité de l’église ou dans celle-ci. Où exactement ? Personne n’a éclairci ce mystère jusqu’ici.

      Quel beau sujet de recherche pour un historien universitaire…

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