Parler français conduit au terrorisme


 
Il y a des nouvelles qui me font bondir.

Ce matin Le Devoir publiait un texte intitulé « La francophonie, facteur clé de la radicalisation djihadiste, selon des chercheurs ».

Il s’agit d’une dépêche écrite par le correspondant à Washington d’une agence de presse canadienne.

Celui-ci cite deux ‘chercheurs’ américains qui déclarent que, « par habitant musulman, la Belgique produit nettement plus de combattants étrangers que le Royaume-Uni ou l’Arabie saoudite ».

Il semble que ceux-ci s’appuient sur le fait que par million d’habitants, la Belgique a fourni 41,6 djihadistes en Syrie, comparativement à 11,8 pour le Royaume-Uni et un pourcentage inconnu pour l’Arabie saoudite.

On peut tout faire dire aux statistiques. Mais voyons cela de plus près…

Il est clair que la commune de Molenbeek à Bruxelles est aux prises avec un problème de radicalisation.

Mais dans les faits, le principal contingent de djihadistes en Syrie est composé de Saoudiens, suivis d’environ cinq-mille combattants tchétchènes qui se sont exilés en Turquie après leur défaite par les forces russes.

Suivent une multitude de pays, dont la Belgique fait partie. La contribution de ce pays est d’environ 470 à 553 personnes, soit une contribution appréciable pour ce pays, mais insignifiante dans l’ensemble des forces en présence; à lui seul, il resterait 32 000 hommes dans les rangs de l’État islamique (après avoir perdu 22 000 à 25 000 combattants).

En 1995, les attentats d’Oklahoma City ont été commis par Timothy McVeigh, un terroriste américain anglophone. Les auteurs des attentats du 11 septembre 2001 étaient majoritairement des Saoudiens immigrés aux États-Unis : ils parlaient anglais. Les bombes qui explosent devant des cliniques d’avortement aux États-Unis sont posées par des terroristes de Droite qui parlent anglais. Et les auteurs de la fusillade de San Bernardino étaient anglophones, tout comme ceux qui commettent des tueries dans des écoles américaines.

Et ils parlaient anglais, non pas parce que cette langue mène au terrorisme, mais plutôt parce qu’ils habitent un pays anglophone.

Comme les membres des Brigades rouges, qui habitaient l’Italie, parlaient italien. Comme les membres de l’IRA, en Ulster, parlaient l’anglais avec un accent irlandais. Comme ceux de l’ETA, en Espagne, parlaient l’espagnol ou le basque.

Soutenir que parler français ou partager la culture française représente un facteur de risque sécuritaire, voilà un exemple de la médiocrité journalistique de l’agence de presse canadienne. On s’étonne donc qu’une telle connerie soit publiée par Le Devoir.

Mon commentaire cinglant à ce sujet ayant été refusé par ce quotidien, je me félicite d’avoir créé un blogue qui sert à l’occasion d’exutoire à mes contrariétés. 😉

Référence :
The French Connection – Explaining Sunni Militancy Around the World

Paru depuis :
An Econometric Analysis on the Global Flow of Militants Joining the Islamic State (2016-08-?)

Parler français conduit au terrorisme
5 (100%) 3 votes

11 commentaires à Parler français conduit au terrorisme

  1. Pierre Pinsonnault dit :

    M. Martel, je crois que les titres mêmes du Foreign Affairs et du Devoir déforment la conclusion pourtant claire de l’article des chercheurs du Foreign Affairs.

    (De plus on est quasiment porté à penser que, selon les chercheurs,en l’absence du français il n’y aurait jamais eu de militantisme sunnite dans le monde!)

    «THE FRENCH CONNECTION
    Explaining Sunni Militancy Around the World» (Foreign Affairs)

    «La francophonie, facteur clé de la radicalisation djihadiste, selon des chercheurs» (Le Devoir)

    En effet, à mon humble avis, une laïcité virulente constitue la dimension essentielle ou cause première à considérer.

    Voici en effet comment les chercheurs l’expriment :

    «… And when those cities are in Francophone countries that adopt the strident French approach to secularism, Sunni radicalism is more appealing….»

    Et tel que traduite :

    «… Et quand ces villes sont dans des pays francophones ayant une conception virulente de la laïcité, alors l’extrémisme sunnite apparaît plus séduisant….»

    Bref, ce qui primerait selon les chercheurs : une conception virulente de la laïcité.

    • Jean-Pierre Martel dit :

      Les chercheurs américains jugent de la radicalisation d’une communauté musulmane à l’importance proportionnelle du nombre des siens partis combattre en Syrie. En d’autres mots, ils se fondent sur le nombre de djihadistes rapporté à la population musulmane des pays observés.

      C’est ainsi qu’ils jugent ‘trompeur’ le fait que le groupe le plus important de djihadistes en Syrie soit originaire d’Arabie saoudite; dilués dans les 27 millions de citoyens de ce pays, les djihadistes saoudiens y seraient moins concentrés que les djihadistes belges ou français au sein de leurs communautés musulmanes respectives.

      Pour trouver la source de cette concentration, les auteurs n’ont pas cherché des causes internes de radicalisation (c’est-à-dire au sein de ces minorités), mais plutôt des causes externes, c’est-à-dire des défauts des pays au sein desquels ce radicalisme se manifeste.

      Et c’est ainsi qu’ils émettent l’hypothèse que la laïcité ‘virulente’ de pays francophones — représentée par l’interdiction du voile intégral à l’école — serait responsable de ce radicalisme.

      Mais se peut-il que cette association soit le fruit d’une pure coïncidence ? Avec ce même raisonnement, ne pourrait-on pas suggérer que la popularité des fromages au lait cru en France et en Belgique incite les jeunes musulmans au djihadisme dans ces deux pays ?

      Il ne suffit pas de constater une association pour qu’il y ait une relation de cause à effet. Encore faut-il un lien logique entre les deux (ce qui n’est pas le cas du fromage), et qu’on vérifie les corolaires de cette hypothèse.

      Un de ces corolaires est le suivant; si la laïcité ‘virulente’ provoque le djihadisme, comment expliquer son attrait dans des pays où cette laïcité est absente ?

      En particulier, qu’est-ce qui pousse les Saoudiens, beaucoup plus nombreux, au djihadisme ?

      Et en Turquie, qu’est-ce qui pousserait au combat les rebelles tchétchènes qui s’y sont réfugiés ? Ces Musulmans sunnites constituent pourtant le deuxième plus important groupe de mercenaires en Syrie. Peut-on accuser Erdoğan de laïcité virulente à leur égard ?

      Ne serait-ce pas plutôt les prêches expédiés par courriel ou par télécopie en provenance d’Arabie saoudite qui inciteraient les exilés tchétchènes en Turquie au djihad ?

      L’étude bidon des chercheurs américains est un écran de fumée qui masque l’énorme responsabilité saoudienne et turque dans la catastrophe humanitaire en Syrie. En vertu de l’étude américaine, la France et la Belgique passent du statut de victimes à celui de coupables de terrorisme.

      En réalité, l’envie de tuer des centaines ou des milliers de personnes n’est pas innée. Ce désir se développe et s’apprend. Or ce qui enseigne aux jeunes musulmans français et belges à haïr les valeurs occidentales et à vouloir tuer des gens, c’est le wahhabisme diffusé par des imams à la solde de l’Arabie saoudite.

      Et ce qui donne les moyens à de jeunes hommes asociaux de passer à l’acte et de devenir des terroristes, ce sont des pétrodollars. C’est là le fond du problème. Parce que le terrorisme est une business.

      Les Américains sont enclins à faire la leçon aux autres, convaincus de leur supériorité morale.

      Mais si demain matin, les habitants des ghettos noirs — excédés par le racisme des corps policiers et de celui du système judiciaire de leur pays — se mettaient à écouter des prédicateurs influencés par l’idéologie saoudienne plutôt que celle des pasteurs protestants, les États-Unis seraient aux prises avec des dizaines de Molenbeek un peu partout sur leur territoire.

      Ils découvriraient alors que la laïcité ‘virulente’ des pays francophones d’Europe n’a aucun rapport avec la radicalisation de leur propre sous-prolétariat.

  2. sandy39 dit :

    J.Pierre : avez-vous corrigé votre texte ou votre réponse à Pierre ? Car je suis restée sur une phrase qui n’apparaît plus ! : “Partout où il y a des Catholiques, il y a des troubles” et qui m’a inspirée ceci :

    SUR UNE MEDIOCRITE JOURNALISTIQUE…

    Entre Laïcité, Religion, je ne sais plus de quel côté me pencher alors, je choisis cette phrase : “Partout où il y a des Catholiques, il y a des troubles”. Depuis, l’an dernier, à force de décortiquer, à force de chercher à comprendre… “l’incompréhensible” des actes terroristes… Nous parlions, en janvier 2015, d’UNION, après “Charlie Hebdo”, je disais déjà, qu’il y a longtemps que nous sommes désunis. Et, depuis le 13 Novembre, suite aux attentats de Paris, je ne peux m’arrêter de penser qu’on profite toujours des plus faibles, des simples d’esprit, peut-être ? qu’on manipule dans le Mal ?

    Je m’explique : la Religion “même si Dieu est Amour”, ne profite t’on pas de la faiblesse, de la fragilité de l’Etre humain ?… et, sur des messages de Paix, ne sème t’on pas la Guerre ?

    Depuis, je supporte moins bien de voir le Pape aux infos “Peut-être que ce sont eux qui l’on cherchée la Guerre ?”

    On dit toujours que ce sont les gens de Droite qui vont à l’Eglise… mais ils n’ont pas tous envie de tuer !

    L’envie de tuer se cultive où ? Chômage ? Quartiers défavorisés ? Trop d’individus sur Terre ?

    Et, dire que j’ai déjà dit que je crois qu’on est capable de tuer son voisin pour se nourrir et même, peut-être, pour trouver un job ? C’est pas bien éthique tout ça !

    Pour terminer, je me suis, certainement, beaucoup éloignée de vos 2 commentaires… et, je voulais, aussi, conclure par un clin d’œil (je l’ai pris pour Moi, aussi !) “Si, pour Vous, c’est exutoire à vos contrariétés…” cela a été très révélateur pour Moi… Merci les Gars !

    • Jean-Pierre Martel dit :

      Le jeudi 31 mars 2016, les serveurs de l’hébergeur du blogue (BlueHost) ont été victimes d’un malware.

      Il s’agit d’une sorte de virus qui, dans ce cas-ci, remplaçait tous les nombres entiers (par exemple ‘2’, mais pas ‘2,5’) retrouvés dans les commentaires du blogue par la vidéo numérotée ainsi sur le site de Vimeo.

      Des centaines de commentaires étaient ainsi modifiés à la volée par les serveurs de BlueHost.

      Avant que BlueHost corrige le problème, quelques heures plus tard, j’ai effectué de nombreuses expériences dans le but de trouver l’origine de tout cela.

      À cette fin, j’ai détruit le texte original de mon commentaire et ajouté ses paragraphes un à un.

      Mais en me relisant une fois de plus, j’ai trouvé que ce commentaire était améliorable. J’en ai donc fait une version qui s’attaque de plus près à la méthodologie boiteuse des chercheurs.

      Je m’excuse si j’ai ainsi supprimé une partie du texte auquel vous aviez préparé une réponse.

      Pour les fins de discussion, voici le texte auquel vous faites allusion :

      Dans le Québec très catholique des années 1960, le FLQ posait des bombes dans des boites postales.

      Dans les années 1970, les Brigades rouges semaient la terreur en Italie tandis que la population catholique de l’Irlande du Nord sympathisait avec les attentats terroristes de l’IRA.

      Si bien que quelqu’un m’avait dit à l’époque : « Partout où il y a des Catholiques, il y a des troubles. »

      Apparemment, il suffisait d’interdire le Catholicisme pour faire revenir la paix dans le monde.

      Les chercheurs américains tombent dans le même raisonnement simpliste…

  3. sandy39 dit :

    APPARAITRE… DISPARAITRE…

    Ce n’est plus un mystère pour Vous, J.Pierre, je vois tout -enfin, je suis affreuse !-, j’observe certains mouvements de mots qui s’envolent jusqu’à vous donner du boulot en plus… Je savais bien que je n’avais pas rêvée !

    J’ai douté un peu : peut-être n’alliez-vous pas accepter ma vision des choses ?… car je trouve que je m’éloigne tellement par rapport aux analyses que vous faites avec Pierre… et craignant d’en faire bondir Certains !

    Il y a des phrases comme ça qui sèment le trouble et qui nous aident à mieux REAPPARAITRE !

  4. pierre pinsonnault dit :

    Chère Sandy39,

    placotant d’apparition et de disparition, permettez-moi, et vous aussi M. Martel, de vous faire bondir de joie en vous informant qu’un dénommé Henri Duvernois fit une trouvaille en amalgamant certains mots :

    «La Toussaint est le jour ou les morts de demain rendent visite aux morts d’hier».

    :o) N’est-ce pas beau, hein ! Une manière en somme de faire RÉAPPARAÎTRE des disparus (o:

    Des disparus victimes, pour certains, de l’envie de tuer (auquel vous référiez Sanfy39) de leur voisin, par devoir ou pour la gloire, comme en atteste un certain «langage des plumes».

    http://amerindien.e-monsite.com/pages/les-plumes.html

    Bref, que ce soit entre indiens, indiens et blancs, sunnites et chiites, anglais et français, chrétiens et musulmans, etc et etc, on doit considérer que ces rivalités sont normales (je ne me rappelle plus qui a émis ce principe qui lui fit gagner bien des batailles).

    Manière de moins se stresser, de ne pas être embrouillé en cours d’action par une surprise gênante et inutile qui nous fait perdre nos moyens.

    Conclusion : l’envie de tuer découle de l’instinct de survie. Dommage collatéral ? En tous les cas, on peut dire que Dieu a un instinct de survie à nul autre pareil puisqu’il nous a tous condamnés à mourir ce qui le rend immortel.

    En vérité, en vérité, je vous l’aurai dit,

    Amen et bonne journée Sandy39 !

  5. sandy39 dit :

    SUR DES PLUMES ET DES AILES…

    Aux Garçons,

    Les voilà tous qui réapparaissent autour de Moi, autour de ma Foi, autour de quelques instincts de survie.

    Pierre, toujours aussi philosophe (qui hésite parfois à se jeter à l’eau, pour sauver son voisin de la noyade), exprime clairement ce que je pense depuis quelques année déjà : “on peut tous tuer quelqu’un.”

    Et, ne me regardez pas comme ça ! Je m’explique : chacun, un jour, peut être pris dans une “situation à la con…” (c’est mon expression à Moi et j’ai mon symbole…), histoire de couple, d’Amour ou autre… où on a tellement l’instinct de survie si on nous volait dessus… et, on ne ferait pas mieux que Certains… et oui, je crois fortement qu’on est tous capable de tuer !

    Ce n’est pas une question d’avoir le pouvoir sur l’autre, c’est juste une question de défense… mais aussi de peur… parce qu’on a tous peur : les hommes aussi bien que les femmes.

    Le langage des mots, le langage des gestes, le langage des comportements amoureux… on en fait toute une histoire, dans laquelle on puise tout le Sens de la Vie… même si les plumes ont leur langage, même si leur position et leur couleur ont tous un sens.(Merci Pierre !)

    Et, avec le don d’une plume, nous recevons une partie de son Essence (Grand Esprit).

    Je conclus sur ceci, après avoir, encore une fois, fait tant d’allusions… les instincts de survie donnent aussi de belles chansons… et, je continuerai à en faire toute une Histoire !…

    A CHACUN SON ARC…

    UN PETIT MOT POUR PIERRE :

    Avec vos plumes et vos Amérindiens : à gauche, dans la liste, il y a quelques villages du Thirty Nine… (Massif de 340 km de long sur 65), je suis toujours entre deux rivières, entre deux cascades, entre deux lacs, entre deux sapins… et, je vous laisse cliquer… et découvrir… Alors, A Bientôt !

    • Pierre Pinsonnault dit :

      Ma dernière intervention sur le sujet. Permettez-moi de vous citer une phrase lue ce matin :

      «L’enfer c’est la haine qui luit dans ton oeil». Oswald Mbyibiseni Mtshali, poète sud-africain né en 1940.

      Je crois à ce sujet, comme vous pouvez déjà le croire, que cette haine peut être causée subjectivement par n’importe quoi, n’importe quel imaginaire et n’importe qui y compris soi-même et ce, contre n’importe quoi, n’importe quel imaginaire et n’importe qui y compris soi-même.

      Nous sommes tous susceptibles de cultiver la haine en nous-mêmes ou chez les autres.

      Que cela nous soit épargné. Ainsi soit-il !

  6. sandy39 dit :

    En veux-tu, en voilà !… Des mots ! Quelle page !

    Dernière intervention sur le sujet : croyez-vous vraiment que ce soit la dernière ?

    Exactement : la Haine peut être causée subjectivement par n’importe quoi, pour et contre n’importe quoi… et, je dirais même où il y a de la Haine, il y a de l’Amour… c’est juste une façon de recevoir les choses : on croit faire du bien aux autres, par filiation aussi, mais on reproduit du mal ou du moins bien -en portant le poids des générations passées- contre notre propre Volonté.

    En tout, je crois qu’il y a un prix à payer… “On t’avait dit que tout se paie…” nous dit-on dans une chanson…

    Malheureusement, nous cultivons ce que nous voudrions, en aucun cas, donner aux autres… C’est la Condition misérable de l’Etre humain… de répercuter malgré Nous… Que Dieu nous épargne ! AMEN !

  7. Pierre Pinsonnault dit :

    Bon, ok Sandy39, ce n’était pas ma dernière intervention mais l’intention était là.

    La lecture de ce qui suit me pousse légitimement à manquer à ma parole. Il s’agit d’un article qui va dans le même sens que M. Martel avec des arguments additionnels bien ficelés également. Ça fait du bien à lire. Bonne lecture donc :
    The French Disconnection

  8. sandy39 dit :

    POUR CLOTURER LE SUJET…

    Je sens Pierre qui s’essouffle sur la Condition humaine ou sur la langue française… La francophonie : elle ne s’est jamais aussi bien portée depuis que l’on a rétabli la connexion !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

%d blogueurs aiment cette page :