Pipeline Énergie Est : le NON ! de Montréal

Introduction

À l’occasion d’une conférence de presse tenue le 21 janvier dernier, le maire de Montréal et le président de la Communauté métropolitaine ont annoncé conjointement l’opposition unanime des 82 villes de la région au passage du pipeline Énergie Est sur leur territoire.

Le projet Énergie Est n’entrainera que la création d’une trentaine d’emplois directs permanents. Ses retombées fiscales seront, au plus, de 45 millions$ par année pour le Québec. En contrepartie, un déversement majeur dans la région montréalaise pourrait couter entre un et dix milliards$. Il faudra donc entre vingt ans et deux siècles de revenus fiscaux pour payer le cout d’une catastrophe environnementale majeure qui pourrait survenir.

À la suite de cette annonce de cette opposition, le premier ministre de la Saskatchewan a exprimé sa colère sur son compte Twitter.

L’absence de stratégie industrielle du gouvernement canadien

Au cours de la décennie Harper, le Canada n’avait pas de stratégie de développement industriel.

Les politiques économiques du gouvernement canadien consistaient à avaliser tout investissement privé en supprimant les obstacles à sa réalisation.

L’État canadien devenait l’instrument servile de la maximisation des profits de l’entreprise, quelles qu’en soient les conséquences pour la population du pays. Les citoyens de Lac-Mégantic en savent quelque chose.

Bloqué au sud et à l’ouest, la seule issue du pétrole canadien devenait son transport vers l’est. De plus, son moyen de transport de plus économique, c’est le pipeline.

Entre le raffinage sur place et l’exportation brute à l’étranger, il est plus économique de le transformer dans des pays où les couts de la main-d’œuvre sont moindres et où les lois visant à protéger les travailleurs sont absentes.

Voilà pourquoi la compagnie TransCanada a décidé de la construction d’un pipeline traversant les trois quarts du pays afin de pouvoir exporter du brut canadien.

La capacité du pipeline de TransCanada est de 1,1 million de barils par jour alors que la capacité maximale de raffinage du Nouveau-Brunswick n’est que 0,3 million de barils par jour. Donc ce pétrole sera principalement exporté sans être raffiné au pays.

Contrairement au président américain (qui a bloqué un projet analogue parce qu’il n’était pas dans l’intérêt des États-Unis), jamais son homologue canadien ne s’est demandé la même chose pour le Canada.

Son gouvernement s’est contenté de placer des sympathisants de l’industrie pétrolière à la tête des organismes chargés d’évaluer l’acceptabilité environnementale du projet et de passer des lois en vertu desquelles serait considérée comme acte terroriste toute tentative d’empêcher sa réalisation (un blocus routier de citoyens, par exemple).

Le tracé le plus risqué

De toutes les manières d’acheminer le pétrole canadien vers les marchés d’exportation, la plus risquée est de lui faire traverser les zones les plus densément peuplées et là où se concentre l’industrie manufacturière du pays.

Le trajet Énergie Est évite la majorité des zones industrielles de l’Ontario. Mais il passe en plein dans la vallée du Saint-Laurent.

Face à un gouvernement aveuglément voué à ses intérêts, la compagnie TransCanada n’a pas cru bon élaborer un tracé alternatif à celui le plus économique.

Mais ce projet, est-il le meilleur pour le Canada ?

Une solution alternative

En vertu des traités de libre-échange conclus par le Canada, notre pays ne peut obliger la transformation locale d’une richesse naturelle extraite au pays.

Son seul pouvoir de marchandage officieux est donc la nécessité pour l’industrie d’obtenir l’autorisation nécessaire dans le cas du transport de matières dangereuses.

Plutôt que de se traîner les pieds jusqu’à ce que TransCanada soumette un projet qui consiste à transporter du pétrole raffiné vers l’Étranger, les Conservateurs ont misérablement trahi les intérêts du pays.

Et la propagande conservatrice a convaincu nos concitoyens de l’Ouest que cette trahison servait leurs intérêts.


 
Le tracé le plus sécuritaire est celui qui achemine le pétrole raffiné à un port en eau profonde situé dans la baie d’Hudson. De là, celui-ci serait expédié par bateau aux lieux de sa consommation à travers le monde. C’est le tracé en vert sur la carte ci-dessus.

Pour les provinces productrices, cette suggestion permettrait de relancer leur industrie pétrolière, durement touchée par l’effondrement des prix des hydrocarbures, en y augmentant la valeur ajoutée du pétrole, plutôt que d’exporter cette ressource brute.

Pour les populations du Manitoba, de l’Ontario, et du Québec, on les libère du risque d’une catastrophe. Les habitants du Nouveau-Brunswick ne perdent rien de ce qu’ils ont déjà.

Au premier abord, les peuples autochtones de la baie d’Hudson sont les grands perdants puisqu’on transfère sur leur dos un risque environnemental qu’on soulage ailleurs.

Or leur acceptation au projet du pipeline court est, à mon avis, une condition sine qua non à sa réalisation.

Voilà pourquoi les peuples autochtones devraient avoir priorité à l’embauche, et qu’au minimum 80% des emplois devraient leur être accordés.

Le Grand-Nord canadien a une économie de subsistance et les peuples qui l’habitent sont aux prises avec des problèmes sociaux importants (alcoolisme, abus de drogue, violence conjugale, etc.).

La législation québécoise prévoit que dans le cas d’infrastructures (autoroutes, écoles, hôpitaux, etc.), un pour cent du budget soit consacré à la création d’œuvres artistiques.

Dans le cas du pipeline canadien, un pour cent du budget de l’ensemble de ce projet devrait être consacré à la réalisation des priorités sociales et culturelles déterminées par les leaders autochtones.

De plus, un fonds d’indemnisation d’un milliard de dollars devrait être créé et géré indépendamment du transporteur pétrolier dans le but d’indemniser sur-le-champ les victimes de toute catastrophe environnementale qui pourrait résulter de ce projet, sans qu’ils aient besoin de s’adresser aux tribunaux.

De toute évidence, un tel projet serait dans l’intérêt de tous les Canadiens.

Conclusion

L’opposition québécoise au projet de la compagnie TransCanada est légitime.

Toutefois, il serait important que nos élus fassent l’effort d’expliquer aux citoyens des provinces de l’Ouest que les Québécois ne désirent pas nuire à leurs intérêts économiques mais au contraire, désirent l’ajout de valeur ajoutée à l’extraction pétrolière. Un ajout qui servira exclusivement leurs intérêts.

Il est certain que l’industrie pétrolière utilisera toute sa machine de propagande afin de susciter la colère des gens de l’Ouest canadien et nous intimider. D’où l’importance du dialogue pour éviter les incompréhensions mutuelles.

Références :
Projet Énergie Est : C’est «non», scandent les maires de la CMM
82 maires disent non à l’oléoduc Énegie Est
Where oil meets water: The final stop for the Energy East pipeline

Paru depuis :
Un pipeline voué à l’exportation de pétrole de l’Ouest (2016-03-09)

Pipeline Énergie Est : le NON ! de Montréal
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2 commentaires à Pipeline Énergie Est : le NON ! de Montréal

  1. sandy39 dit :

    SUR UNE RELANCE, SUR UN PROJET…

    Il y a toujours des gagnants et des perdants même si on évite toute catastrophe environnementale, même si on bouscule l’économie du Grand-Nord…

    Et Vous, J.Pierre, seriez-vous plutôt pour ?

    • Et Vous, J.Pierre, seriez-vous plutôt pour ?

      La construction et l’exploitation de ce pipeline se feront au Canada dans un contexte de dérèglementation gouvernementale.

      Cette dérèglementation signifie concrètement que l’État, au lieu d’assurer lui-même notre sécurité par des inspections, s’en remet à l’autocontrôle de l’industrie.

      Dans le domaine du transport ferroviaire, cela a résulté dans le drame de Lac-Mégantic, un déraillement qui a causé 48 morts et la pire catastrophe environnementale de l’histoire du Canada.

      Le pipeline Énergie Est traversera la partie la plus populeuse et la plus industrialisée du Québec.

      La sécurité des citoyens demeurant au voisinage de son passage sera assumée par l’exploitant. Celui-ci n’est redevable qu’auprès de ses actionnaires et a refusé jusqu’ici de se soumettre à des évaluations environnementales et sécuritaires du gouvernement québécois, prétextant que le transport de matières dangereuses relève de la juridiction du gouvernement fédéral.

      Bref, tout comme la constitution canadienne actuelle a été adoptée par le Canada anglais seulement (à la suite d’une séance ultime de négociation à laquelle le Québec n’a même pas été invité), ce pipeline, c’est le Canada anglais qui l’impose au Québec et dépit du fait que ce projet n’a aucun avantage pour nous.

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