L’administration Plante : inclusion et diversité de façade

24 octobre 2021

Introduction

La cohésion sociale est impossible à obtenir quand un grand nombre de personnes sont victimes de discrimination. Voilà pourquoi l’inclusion sociale est une nécessité pour toute nation qui veut vivre en paix.

Quant à la diversité, on l’obtient tout naturellement en faisant une juste place à chaque personne talentueuse, peu importe son origine.

Derrière la façade

L’administration Plante se veut une administration moderne, ouverte à la diversité et à l’inclusion.

La diversité ethnique est évidente à la vue de la gamme des pigmentations de la peau des candidats du parti municipal de Mme Plante. Mais au-delà de l’épiderme, il n’y a pas grand-chose.

Par aveuglement partisan, lorsque l’avocate Wong, présidente du Conseil municipal, demande à un conseiller juif (de l’opposition) de ne pas se représenter afin de faire place à la diversité, on se demande quel sens devrait avoir le mot ‘diversité’.

Il en est de même de la diversité sociale.

Les itinérants

Officiellement pour leur bien, la ville a chassé les itinérants des terrains vagues qu’ils occupaient le long de la rue Notre-Dame.

En pleine pandémie, l’administration Plante a estimé qu’au lieu d’être au grand air, ce serait mieux qu’ils soient dans des refuges.

Une des plaintes reçues contre eux était formulée ainsi : ‘Je ne me suis pas acheté un condo d’un demi-million$ pour me retrouver à côté d’une bande de pouilleux’.

Donc on a transformé des hôtels en refuges afin de maintenir la valeur foncière de la propriété de certains plaignants.

C’est maintenant d’autres citoyens qui, à juste titre, se plaignent des seringues jetées ça et là et de la sollicitation des mendiants auprès de leurs enfants au retour de l’école. Ce qui n’était pas le cas lorsqu’ils habitaient à l’écart, sur des terrains vagues.

Les piétons

L’attitude répressive contre les itinérants s’est étendue, dans une moindre mesure, aux piétons.

Depuis quatre ans, l’administration Plante a multiplié les transformations sur la voie publique qui ont rendu la ville moins conviviale à l’égard des piétons.

Or il est futile de signaler au bureau de la mairesse des irritants à corriger; pour faire bouger l’administration Plante, il faut que cela soit rapporté par les médias conventionnels.

En comparaison, à la suite de mon seul courriel à l’ex-maire Michael Applebaum (qui ne fut maire que six mois), celui-ci m’a répondu avoir transféré mon message au responsable. Celui-ci m’a contacté et le problème a été corrigé.

Voilà ce qui s’appelle être à l’écoute du simple citoyen.

Les assistés sociaux

Après les itinérants et les piétons, l’administration sortante s’est désintéressée des assistés sociaux. Des six-mille logements sociaux promis à la dernière élection (ce qui était déjà peu), on n’en a complété que 18 % en quatre ans.

Quant au règlement municipal qui oblige les promoteurs à consacrer 20 % de leurs appartements à du logement social, il n’a été adopté qu’en avril dernier.

Il est donc trop tôt pour savoir si on peut compter sur des promoteurs privés pour construire du logement social ou si ce sera plus intéressant pour eux d’aller maximiser leurs profits ailleurs.

L’intégration des néoQuébécois

Pour se donner un vernis de diversité et d’inclusion, Mme Plante a soigné les apparences en généralisant dans toutes les sphères de l’administration municipale le bégaiement ‘inclusif’ (ex.: ‘étudié.e.s’).

Par sa richesse, le français n’est pas la langue la plus simple à maitriser. Tout ce qui la complique inutilement nuit à son apprentissage.

Or nuire à la lisibilité du français, c’est nuire à son apprentissage par les néoQuébécois. Ultimement, c’est nuire à leur insertion sociale et les motiver à apprendre plutôt l’anglais.

Conclusion

Selon la rubrique (peu flatteuse) que Wikipédia lui consacre, l’ex-maire Denis Coderre laisse très peu de réalisations concrètes.

Pourtant, de nos jours, on le retrouve au coude-à-coude dans les intentions de vote avec Valérie Plante dont l’administration a été beaucoup plus transformatrice.

Toutefois, l’équipe de Mme Plante, aussi diversifiée qu’elle soit du point de vue ethnique, manque de diversité sociale.

Ce sont de jeunes parvenus, beaux et souriants, qui veulent bien faire mais qui sont sourds aux problèmes que rencontrent les citoyens ordinaires (qu’ils ne fréquentent qu’en les croisant sur la rue).

Ce manque de diversité sociale fait en sorte que beaucoup de citoyens insatisfaits ont l’impression de ne pas être écoutés. Voilà pourquoi ils caressent l’espoir qu’un autre maire ferait mieux.

Peu importe les arguments que pourrait avancer l’administration Plante, il arrive que l’espoir soit plus fort que la raison…

Références :
Denis Coderre
Le banc de la discorde
La crise des piétons tués durera huit ans
L’écriture inclusive
Le logement social à Montréal : les promesses en l’air
Le manque de jugement de l’avocate Wong
Les itinérants-campeurs de la rue Notre-Dame
Une idéologie sectaire à Espace pour la vie

Un commentaire

| Politique municipale | Mots-clés : , , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Le logement social à Montréal : les promesses en l’air

21 octobre 2021

Actuellement, on estime que 23 000 familles montréalaises sont en attente d’un appartement dans un HLM (habitation à loyer modique). Or des appartements en HLM, il en existe seulement 20 000 selon La Presse, déjà tous occupés.

La crise du logement qui frappe la ville est le résultat de six décennies de sous-investissement dans le logement social. Le dernier projet d’envergure à ce sujet, ce sont les Habitations Jeanne-Mance, inaugurées en 1959.

Situé au nord-est de l’intersection du boulevard Saint-Laurent et de la rue Sainte-Catherine, ce complexe comprend 788 logements dispersés dans cinq tours de douze étages (occupées principalement par des personnes âgées), de même que quatorze multiplex en rangées de trois étages et neuf maisons de ville (occupés principalement par des familles avec enfants).

À Vienne, la ville a construit l’équivalent de deux Habitations Jeanne-Mance par année pendant quarante ans.

Au cours de la présente campagne à la mairie, Denis Coderre promet la construction de 50 000 logements au cours des quatre prochaines années, dont 10 000 logements sociaux.

À cette fin, M. Coderre mise, entre autres, sur la création d’un Fonds d’investissement d’impact de Montréal pour l’habitation sociale et communautaire doté de plus de 125 millions$ provenant de la Ville de Montréal et d’investisseurs institutionnels (comme les fonds de retraite).

Le talon d’Achille de cette promesse, c’est que si ce fonds n’est pas très rentable, aucun investisseur institutionnel n’y investira. Or on ne peut pas espérer faire beaucoup d’argent en louant des appartements à des pauvres.

Pour ne pas être en reste, la mairesse sortante renchérit; c’est 60 000 logements abordables — abordables pour qui ? — qu’elle fera construire au cours ‘des prochaines années’.

Qu’on en promette mille ou un million, il ne se fera pas de logements sociaux en nombre suffisant tant que le fédéral ne décidera pas de payer pour leur construction.

C’est à Ottawa que se trouve le seul gouvernement qui possède la marge de manœuvre budgétaire suffisante pour lancer un vaste chantier de construction de logements sociaux à travers le pays.

Les promesses des deux candidats à la mairie sont des promesses en l’air. En réalité, leurs promesses sont conditionnelles aux largesses du gouvernement fédéral, par l’intermédiaire du gouvernement québécois puisque légalement, les villes sont des créatures de l’État québécois.

À la dernière élection municipale, Mme Plante avait promis 6 000 logements sociaux et autant de logements abordables.

Des six-mille promis, seuls 1 082 logements sociaux sont construits et habités (soit 18 %). Le 82 % restant est à l’état de projet, en voie d’adoption, ou en chantier. Bref, ce n’est toujours pas fait, quatre ans plus tard.

Toujours il y a quatre ans, Mme Plante promettait de faire adopter un règlement municipal qui obligerait les promoteurs de complexes résidentiels à consacrer 20 % de leurs appartements à du logement social, 20 % à du logement abordable, et 20 % à du logement familial.

En avril 2021, le règlement promis il y a quatre ans est finalement adopté. À la veille du renouvèlement de son mandat, au lieu du 20-20-20, c’est devenu du 20-10-05. Et comme ce règlement n’a que sept mois, il n’a produit aucune réalisation concrète. Bref, du vent.

L’idée de compter sur des entrepreneurs privés pour construire des logements sociaux est une fausse bonne idée. En effet, une telle politique les incite à construire leurs immeubles résidentiels là où leur investissement sera plus rentable, c’est-à-dire hors de Montréal.

En réalité, toute construction résidentielle est de nature à soulager la crise du logement. Ceux qui y aménagent libèrent leur logement actuel. En retour, ce dernier devient disponible pour d’autres. Et par un jeu de chaises musicales, des logements moins luxueux deviennent disponibles pour des gens dont le revenu est moindre.

De son côté, Denis Coderre promet de supprimer ces exigences qui constituent selon lui une entrave à la construction domiciliaire.

Ce qui est logique; vaut mieux un tiens cher que deux tu l’auras gratuits. Mais cela ne règlera pas la pénurie de logements abordables à Montréal dans un avenir prévisible.

Tout au plus, en augmentant l’offre de logements (peu importe leur prix), on diminue le déséquilibre entre l’offre et la demande et les pressions inflationnistes sur le prix des loyers.

J’imagine que si la loi exigeait la destitution de toute administration municipale qui n’a pas réalisé le quart de chacune de ses promesses dès la première année de son mandat, Mme Plante et M. Coderre y penseraient deux fois avant de promettre n’importe quoi pour se faire élire.

Cliquez sur l’image pour l’agrandir

Selon les données de 2019, environ 156 000 logements ne respectent pas les règles de salubrité de la ville. Il est probable que les pires d’entre eux sont inhabités.

Au lieu d’attendre que les logements négligés par leurs propriétaires deviennent des taudis, la ville devrait saisir (sans compensation financière) les logements les plus insalubres, y effectuer des rénovations éclair afin de les mettre à niveau, et les offrir en tant que HLM.

En étatisant sans compensation financière, la ville soulage des propriétaires de logements déficitaires. Or aucun propriétaire n’intentera des procédures couteuses pour conserver la propriété d’un bien qui ne vaut rien. Il peut menacer, mais il ne le fera pas.

Donc la ville ne devrait pas hésiter.

Une telle mesure devrait suffire à loger toutes les familles montréalaises en attente d’un appartement en HLM.

Références :
Crise du logement: «La politique de l’autruche doit cesser», selon le FRAPRU
Le logement social à Vienne
Les murales peintes des Habitations Jeanne-Mance
Logement social : les leçons de Vienne

Parus depuis :
Logement social : 1 milliard de fonds dans le flou (2021-11-01)
L’équivalent de 7000 HLM inutilisés au Québec (2022-01-11)

Laissez un commentaire »

| Politique municipale, Urbanisme | Mots-clés : , , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Loi 101 et Montréal : la mairesse tombe des nues

24 octobre 2020

Contrairement à ce qu’exige la Loi 101 depuis dix-huit ans, dix des dix-neuf arrondissements de Montréal, ainsi que la ville-centre, n’ont toujours pas de certificat de conformité à la Charte de la langue française.

Les arrondissements non conformes sont :
• la ville-centre de Montréal
• Ahuntsic-Cartierville
• Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce
• Lachine
• LaSalle
• Montréal-Nord
• Pierrefonds-Roxboro
• Rivière-des-Prairies–Pointe-aux-Trembles
• Saint-Laurent
• Saint-Léonard
• Sud-Ouest.

Entre autres, la Loi 101 exige que le français soit la langue exclusive de travail à l’interne de toutes les administrations publiques.

Le principe est simple : tous les Francophones sont chez eux au Québec, qu’ils soient bilingues ou non. Exiger inutilement la connaissance de l’anglais à l’embauche constitue une discrimination à l’encontre des quatre millions de Québécois unilingues français.

Selon l’Office québécois de la langue française, la majorité des arrondissements montréalais exigent inutilement la connaissance de l’anglais à l’embauche. De plus, le cinquième d’entre eux exigent que certains de leurs employés parlent anglais avec leurs collègues et leurs supérieurs hiérarchiques.

Jeudi dernier, l’Assemblée nationale du Québec adoptait unanimement une résolution présentée par Simon Jolin-Barette (le ministre responsable de la langue française), pressant la ville de Montréal de se conformer à la Loi 101.

En conférence de presse, la mairesse de Montréal a déclaré :

Je m’explique mal cette motion parce que j’ai moi-même discuté avec M. Jolin-Barette.

La plupart des arrondissements de ma formation politique sont à jour ou sur le point de l’être.

Montréal est surement la capitale francophone de l’Amérique du Nord. Et on a bien l’intention de continuer à l’être et de travailler en collaboration avec le gouvernement du Québec.

Que veut dire ‘la plupart (…) sont à jour ou sur le point de l’être’ ? Cela veut dire que depuis dix-huit ans, certains arrondissements de Montréal n’ont même pas entrepris de se conformer à la loi.

Quant à ceux qui seraient sur le point de se conformer, combien de décennies supplémentaires leur faudra-t-il pour assurer à leurs employés francophones le droit de travailler dans leur langue ?

Références :
Plus de 50% des arrondissements de Montréal ne respectent pas la Charte de la langue française
Quatre-millions de Québécois victimes de discrimination à l’embauche

Parus depuis :
Incapable d’être servi en français (2020-11-13)
Être servi en anglais, «ça fait dur» (2020-11-14)
«Français à Montréal: le temps de la colère»: grand entretien avec Frédéric Lacroix (2020-11-16)
Quand il faut parler anglais pour travailler à Montréal (2021-03-10)

Pour consulter tous les textes de ce blogue consacrés à l’anglicisation du Québec, veuillez cliquer sur ceci

Laissez un commentaire »

| Anglicisation du Québec, Langue française | Mots-clés : , , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Analyse de la victoire de Valérie Plante à la mairie de Montréal

7 novembre 2017

Introduction

Pour la première fois, les Montréalais ont élu une femme pour occuper le poste de premier magistrat de la ville.

Si beaucoup de personnes voient dans cette élection, les signes d’une évolution des mentalités, je crois que l’élection de Mme Plante tient essentiellement à ses qualités personnelles et au programme politique qu’elle défendait, mais très peu à son sexe.

Depuis 375 ans, il n’y a eu que deux femmes qui furent candidates à la mairie de Montréal. Les Montréalais auraient peut-être déjà élu une mairesse s’il en avait eu davantage l’occasion. Ailleurs, d’autres Québécois l’ont déjà fait, précisément parce qu’ils le pouvaient.

Ce qui, évidemment, n’enlève rien au caractère historique de la victoire de Mme Plante.

Denis Coderre, un maire superficiel

Denis Coderre était un maire sympathique et un habile communicateur. Son excellent flair politique le protégeait de son impulsivité.

Face à l’intimidation syndicale, il a su faire preuve d’un courage remarquable.

Mais il avait une opinion sur tout et s’éparpillait dans toutes les directions. Plus précisément, il ne sentait pas le besoin d’en connaitre davantage sur un sujet municipal dès qu’il se savait capable de vendre sa position en 140 caractères. En deux mots, c’était un maire qui ne connaissait pas ses dossiers.

Sa volteface au sujet de l’éclairage urbain à DEL a été révélatrice de sa superficialité.

Contrairement aux apparences, Denis Coderre n’était pas à l’écoute de ses citoyens. Sous l’œil des caméras, il distribuait généreusement les poignées de main : mais dans les faits, il ne répondait aux lettres du citoyen ‘ordinaire’ que par des accusés-réceptions automatisés.

Je n’ai écrit qu’une seule fois à son prédécesseur, Michael Applebaum, au sujet des dangers sécuritaires du festival Juste pour rire.

Au nom du maire Applebaum, la directrice des communications m’avait répondu avoir transmis mon courriel au responsable de la sécurité de l’arrondissement. Et l’été suivant, ce festival était chassé du Quartier des spectacles (sans que j’aie la certitude que ma lettre y était pour quelque chose).

Voilà un exemple de ce que doit faire un gouvernement de proximité.

Une campagne désastreuse

Au cours de la campagne électorale qui a opposé Coderre à Plante, la course de la Formule E d’une part, et le projet de ligne rose du métro d’autre part, ont dominé l’actualité.

Au point que le maire sortant s’est lui-même caricaturé comme un défenseur du transport individuel (même électrique) alors que sa rivale incarnait la défense du transport en commun.

Sous les administrations Tremblay et Coderre, la qualité du service en métro s’est considérablement dégradée. Le manque de fiabilité du métro fait en sorte que beaucoup d’utilisateurs sentent le besoin d’arriver plus tôt que nécessaire au travail. Au cas où…

D’autres doivent trouver en catastrophe un taxi dès qu’une panne importante se produit. Tout cela représente des frais.

De leur côté, les automobilistes sont confrontés à la multitude des cônes orange dans nos rues. Et même si la grande majorité d’entre eux sont très attachés à leur véhicule, ils rêvent que les autres abandonnent le leur, ce qui faciliterait leurs propres déplacements.

Donc même ceux qui n’utilisent jamais le métro ont avantage à son amélioration.

En s’enlisant au sujet de la Formule E et en attaquant le projet de ligne rose de sa rivale, Denis Coderre a donné au transport en commun une importance démesurée parmi tous les sujets susceptibles d’être discutés au cours de cette élection.

Si bien que sa campagne a été un rappel constant d’une des principales lacunes de son administration (même si, techniquement, le transport en commun ne relève pas uniquement de l’autorité de la ville).

Dans un tel contexte, la victoire de Mme Plante était prévisible.

Références :
Insatisfaction croissante sur la 747: la faute aux chantiers, dit la STM
La navette du 747 : un service pourri
Métro de Montréal : les statistiques de la désinformation
Métro : les statistiques ne doivent pas nous aveugler
Près de mille interruptions de service en 2011 dans le métro de Montréal

Laissez un commentaire »

| Politique municipale | Mots-clés : , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


%d blogueurs aiment cette page :