Marijuana : Harper radote

13 août 2015

Il y a deux jours à Toronto, M. Steven Harper a promis que s’il était réélu à la tête du pays, son gouvernement accorderait davantage de ressources aux forces policières afin de traquer les producteurs clandestins de marijuana.

De plus, il a réitéré son opposition à la création de sites d’injection supervisés de drogues en dépit du fait que les études ont démontré que cela réduit la prévalence d’hépatite C et de VIH chez les toxicomanes.

Finalement, il commanderait des études destinées à prouver les effets néfastes de la drogue sur la santé mentale.

Il a reproché au Nouveau Parti Démocratique et au Parti libéral leur intention de décriminaliser la possession simple de marijuana et peut-être même de légaliser complètement sa production et son commerce.

Au Québec, cette annonce conservatrice est passée complètement inaperçue, probablement parce qu’ici, depuis plus d’une décennie, les policiers n’arrêtent plus personne pour possession simple (à mois qu’on leur envoie la fumée au visage).

De plus, tous les dimanches ensoleillés de l’été, les Tam-tams du Mont-Royal réunissent une foule autour du monument à Sir George-Étienne Cartier. On y joue de la musique alors que les lieux dégagent une curieuse odeur d’herbe brulée. Tout le monde le sait — c’est presque une attraction touristique — et aucun policier n’intervient.

Donc les ardeurs répressives de M. Harper n’inquiètent pas grand monde au Québec.

Mais connaissant la tendance à la « contrôlite » du premier ministre, il n’est pas exclu que des subventions fédérales à la ville de Montréal soient un jour assorties à la condition de réprimer la consommation de drogue.

On aurait donc tort de ne pas prendre au sérieux cette promesse conservatrice.

Aux États-Unis, les Républicains ont fait de la lutte à la drogue un de leurs thèmes électoraux pendant des décennies. Or leur guerre à la drogue est un échec total.

Après y avoir consacré, de 1987 à 1997, une somme de cinq cents milliards de dollars, après avoir construit d’innombrables prisons pour punir les vendeurs de drogue et leurs clients, après avoir gagné le record d’incarcération de tous les pays démocratiques, les États-Unis ont réalisé que cette coûteuse répression ne parvenait pas à faire fléchir le taux de consommation de drogues douces chez eux.

Récemment, certains États américains ont même complètement cessé la prohibition de la marijuana, déclenchant un affut touristique qui suscite la jalousie d’États voisins.

De nos jours, la majorité des Républicains eux-mêmes sont d’avis que tout cela fut un gaspillage monumental.

Aux Pays-Bas — où la marijuana est légale — les Hollandais sont parmi les plus faibles consommateurs européens de cette drogue, probablement parce sa consommation n’a plus l’attrait du péché défendu. Dans leur esprit, c’est une commodité pour touristes.

Les études scientifiques ont démontré que le goudron de la marijuana est plus cancérigène que celui du tabac. Mais lorsqu’on tient compte qu’il est rare qu’on fume vingt joints par jour, dans les faits, la marijuana est moins toxique que le tabac ou l’alcool.

Par contre, elle est susceptible d’aggraver des désordres mentaux déjà existants. Mais elle ne rend personne fou (à part quelques politiciens obsédés par elle).

Bref, M. Harper radote.

Mais pour les besoins de la discussion, supposons qu’il ait raison. En d’autres mots, supposons que les millions de dollars que M. Harper s’apprête à dépenser de plus fassent toute la différence, la question qu’on peut se poser est la suivante : pourquoi ne les a-t-il pas dépensé plus tôt ?

Il est au pouvoir depuis neuf ans, pourquoi a-t-il attendu tout ce temps avant d’accorder finalement aux forces policières les sommes qu’il leur faut pour protéger la population canadienne des graves dangers des drogues à Lucie Nojène… non, allo sino… non, voyons qu’est-ce que j’ai ? Al, halo… Ah, laissez donc faire.

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Appels électoraux frauduleux : le Conservateur Michael Sona condamné

15 août 2014

Michael_SonaÀ gauche sur la photo, Michael Sona — ex-responsable des communications du candidat conservateur dans le comté ontarien de Guelph — a été condamné hier pour les appels frauduleux effectués lors de la dernière campagne électorale fédérale. Ces appels visaient à décourager des électeurs de voter pour des partis rivaux.

Selon le témoignage du directeur adjoint de la campagne conservatrice du comté et supérieur hiérarchique de M. Sona, celui-ci lui aurait demandé comment télécharger des numéros de téléphone tirés d’une banque de données du Parti conservateur afin qu’ils servent à des appels automatiques.

Dans une campagne électorale, toute communication de masse est stratégique. La teneur des messages télévisés ou radiophoniques, de même que ceux des affiches et des dépliants, relève de la stratégie électorale du parti. Il suffit d’une initiative maladroite pour faire dérailler une campagne électorale soigneusement préparée.

Conséquemment, aucun directeur ou directeur adjoint d’une campagne électorale n’autorisera des appels automatiques sans savoir de manière précise ce dont il sera question lors de ces appels.

D’après ce qu’on nous dit, M. Sona se serait procuré une carte prépayée pour un téléphone mobile et aurait contacté sous un faux nom une firme de télémarketing afin qu’elle transmette des milliers appels.

Supposons qu’il s’agissait d’un message pré enregistré (faussement au nom d’Élections Canada) et que cette firme ait comme politique de ne pas vérifier la teneur de messages qui ne sont pas énoncés par ses propres téléphonistes.

Dans ce cas, cette entreprise ne porterait aucune responsabilité dans cette fraude. Mais comment a-t-elle été payée pour ses services ?

Il y a deux possibilités; ou bien le jeune directeur des communications a poussé le dévouement à la cause conservatrice au point de payer de sa poche une coûteuse campagne auprès de milliers d’électeurs ou, au contraire, il a réussi à faire porter les frais de cette campagne sur le compte que détient le Parti conservateur à cette firme de télémarketing.

Puisqu’aucune banque canadienne n’accepte de transférer de l’argent de manière anonyme, on comprend mal pourquoi Michael Sona a pris la peine de contacter une firme de télémarketing sous un faux nom, pour finalement la payer sous son vrai.

Donc, il faut qu’on lui ait précisé les coordonnées du compte du Parti à la firme de télémarketing. Il faut également qu’aucun vérificateur des dépenses du Parti conservateur (au niveau du comté et au niveau national) ne se soit rendu compte des coûts de cette campagne non autorisée.

Depuis le début de cette affaire, le gouvernement Harper a agi avec une mauvaise foi évidente. D’abord par une tactique de diversion; en accusant ses adversaires de faire, eux aussi, du télémarketing alors que ce dont il est question, c’est de la fausse représentation, soit un acte criminel.

Puis en refusant d’accorder à Élections Canada les pouvoirs d’enquête qui lui étaient nécessaires. Devant un comité permanent de la Chambre des communes, le directeur général d’Élections Canada s’est ensuite plaint du manque de collaboration des Conservateurs.

Puis, lors du premier procès relatif à cette affaire — ce procès concernait l’annulation possible de l’élection de 2011 — le juge Richard Mosley a accusé les Conservateurs de s’être livrés à une guerre de tranchées pour empêcher que l’affaire soit entendue sur le fond devant lui.

Dans les plaidoiries finales du procès spécifique de Michael Sona — c’est le seul accusé jusqu’ici — les avocats de la défense et de la poursuite étaient d’avis que le stratagème frauduleux de Michael Sona n’aurait pas été possible sans la complicité d’autres personnes. Dans son jugement, le juge Gary Hearn s’est dit d’accord avec cette hypothèse.

C’est donc à suivre…

Références :
Appels automatisés : Michael Sona n’a pas agi seul, estime un juge
Appels automatisés – Élections Canada veut plus de pouvoir d’enquête
Appels frauduleux – Les conservateurs balaient les critiques du jugement
Appels trompeurs – Le DGE confirme un manque de collaboration des conservateurs

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Écrit par Jean-Pierre Martel


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