TicketMaster et Starmania 2024

Publié le 14 août 2024 | Temps de lecture : 4 minutes


 
L’obsolescence programmée

J’ai assisté dimanche dernier à mon premier spectacle en salle depuis le début de la pandémie au Covid-19.

Comme les temps ont changé.

Maintenant, il faut apporter son téléphone pour être admis à certains spectacles (notamment ceux dont les billets sont vendus par TicketMaster).

Il y a deux ans, j’ai jeté mon iPhone 4s — qui fonctionnait parfaitement bien — et je me suis procuré un iPhone 6s d’occasion parce que le premier était incompatible avec l’application mobile de Bixi, essentielle pour pouvoir louer ses vélos électriques.

Deux ans plus tard, l’application mobile de TicketMaster exige au minimum la version 16,0 du système d’application d’Apple. Ce qui signifie que je devrais (théoriquement) jeter mon iPhone 6s et me procurer un iPhone 8 (ou plus récent).

En 2022, cinq-milliards de téléphones ont été jetés aux ordures principalement parce qu’ils ne permettaient pas d’accomplir des tâches accessoires qui n’ont aucun rapport avec la téléphonie.

Cette obsolescence programmée est une colossale source de pollution.

Ces cinq milliards de téléphones, mis bout à bout, font 16 fois la circonférence de la terre (40 000 km). Et c’est ce qu’on jette de manière croissante chaque année.

Heureusement, dans le cas de TicketMaster, ses billets électroniques s’affichent non seulement grâce à son application dédiée, mais également à partir du profil de l’acheteur sur le site web de la compagnie.

En tant que néophyte, mon inquiétude était de savoir si, une fois rendu à la Place Bell, un réseau wifi était disponible afin que je puisse présenter mon billet de spectacle.

Heureusement, tout s’est parfaitement bien passé; à l’entrée, une préposée de la Place Bell n’a eu besoin que d’une minute pour faire apparaitre mon billet électronique sur l’écran de mon iPhone 6s.

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Signalons toutefois l’unilinguisme anglais du site de TicketMaster, en violation flagrante avec les exigences de la Loi 101.

Un peuple incapable d’accéder à sa propre culture sans connaitre la langue de ses conquérants est un peuple condamné à disparaitre.

Le spectacle

Créé à Paris en 1979, Starmania est l’opéra rock le plus sombre et le plus désespéré de l’histoire de la musique.

N’y cherchez pas une histoire d’amour, même à l’issue tragique, qui rappellerait l’opéra romantique du XIXe siècle. Quand on aime, cela n’est pas réciproque.

Ici, la noirceur (à la fois des décors, de la scène et même de la salle) reflète la noirceur du propos; on y aborde les thèmes de la violence, de la cupidité, de la domination, et du saccage de l’environnement.

Quand cette noirceur scénique est traversée de faisceaux lumineux, ceux-ci ne sont pas des lueurs d’espoir; ils rappellent plutôt les phares des miradors des prisons.

Lorsque des jets de lumière s’alignent et balaient l’assistance, c’est pour nous montrer en contre-jour des silhouettes humaines alignées comme les travailleurs qui gravissent inexorablement les marches de Métropolis, cette ville futuriste qui donne son nom au premier film d’anticipation de l’histoire du cinéma (sorti en 1927).

Quant à sa scène finale, elle fait plus penser à l’effondrement de notre civilisation qu’à l’avènement d’un monde meilleur.

Je ne sais pas si c’est une question de diction ou d’acoustique, mais je vous avoue avoir manqué les paroles d’une bonne partie des chansons que les interprètes (même Québécois) ont chantées. Je présume que j’aurais mieux compris si j’avais été plus près de la scène.

Au final, il s’agit d’un excellent spectacle que j’aurais très certainement regretté si j’étais resté chez moi.

Recommandé.

Paru depuis :
Déchets électroniques : 5 milliards de téléphones jetés en 2022, avec moins de 20 % qui sont recyclés
Starmania, l’opéra prophétique

Détails techniques de la première image : Sigma DP1 à spectre complet + filtre UV-IR Cut — 1/40 sec. — F/4,5 — ISO 100 — 16,6 mm

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Starmania, l’opéra prophétique

Publié le 15 février 2017 | Temps de lecture : 3 minutes

 
Un télé-crochet se définit comme une émission télévisée conçue comme un concours de chant, où les candidats sont soumis au vote d’un jury.

Le 21 janvier dernier, au télé-crochet Singer 2017 de la chaine chinoise Hunan-TV, un jeune Kazakh appelé Dimash Kudaibergenov, 22 ans, interprétait SOS d’un terrien en détresse.

De si1 à mi5, l’étendue vocale de M. Kudaibergenov couvre ici presque quatre octaves, soit de la tessiture du baryton léger à celle du soprano.

Disponible sur l’internet, son interprétation a été vue des millions de fois en trois semaines et a été analysée depuis (en anglais) par des professeurs de chant.

Or cette chanson, redoutée par les interprètes en raison de sa difficulté, est tirée d’un opéra rock futuriste appelé Starmania, écrit par Michel Berger et Luc Plamondon et créé en 1979, soit il y a quatre décennies.

Dans la foulée de ce succès médiatique, on me permettra d’attirer l’attention sur une partie du libretto qui, de nos jours, prend des allures prophétiques.

Du haut de sa Tour Dorée de 121 étages, Zéro Janvier est le maitre de l’Occident unifié. Il s’agit un milliardaire devenu président de l’Occident après avoir fait campagne sur le retour à l’ordre, le saccage nécessaire des richesses naturelles, et sur l’édification d’un nouvel ordre mondial.

Le discours électoral que lui a écrit Luc Plamondon est le suivant :

La foule :

Zéro Janvier,
Président de l’Occident.
(trois fois)

Zéro Janvier :

Pour enrayer la nouvelle vague terroriste,
Nous prendrons des mesures extrémistes.
Nous imposerons le retour à l’ordre
Si on ne peut pas vivre dans la concorde.
Nous mettrons la capitale
Sous la loi martiale.

La foule :

Zéro Janvier,
Président de l’Occident.

Zéro Janvier :

En ce qui concerne la pénurie d’énergie,
Vous connaissez déjà ma stratégie :
Quand nous aurons vidé le fond des mers,
Nous serons prêts à vivre ailleurs que sur terre.
Notre prochaine capitale
Sera une station spatiale.

La foule :

Zéro Janvier,
Président de l’Occident.

Zéro Janvier :

Cessons de nous ruiner pour le tiers monde
Qui nous remerciera bientôt avec des bombes.
Assurons d’abord notre survivance.

Je suis, pour l’Occident, l’homme de la dernière chance.
Je suis, pour l’Occident, l’homme de la dernière chance.


Nous bâtirons le nouveau monde atomique
Où l’homme ne sera plus esclave de la nature
Laissons le passé aux nostalgiques
Vivons l’aventure du futur.

Paru depuis :
«Make Monopolis Great Again» (2019-04-06)

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Écrit par Jean-Pierre Martel