Ceuta : un complot contre le gouvernement Sánchez

Publié le 27 septembre 2026 | Temps de lecture : 9 minutes

Introduction

Ceuta est une presqu’ile africaine qui fait face au détroit de Gibraltar. Ancienne possession espagnole, il est revendiqué par le Maroc.

Chaque année, des centaines de personnes tentent de franchir la frontière marocco-espagnole de Ceuta. Toutefois, le mois dernier, plus de soixante-mille personnes (surtout des jeunes hommes) ont tenté à la nage d’attendre Ceuta à partir du Maroc en contournant ses obstacles frontaliers. Plusieurs dizaines d’entre eux en sont morts noyés.

Rapidement, ce flux migratoire soudain s’est transformé en crise internationale.

Le contexte

• Les relations entre le Maroc et les États-Unis

Le Sahara occidental est un vaste territoire situé au sud du Maroc que celui-ci revendique (et occupe à 80 %).

Depuis plusieurs décennies, un groupe armé, soutenu par l’Algérie, y livre une guerre d’indépendance.

Le 10 décembre 2020, Donald Trump a mis tout le poids diplomatique des États-Unis en faveur du Maroc en reconnaissant la souveraineté du Maroc sur ce territoire. Aussitôt Israël et un certain nombre de pays occidentaux (dont la France) se sont rangés derrière la position américaine.

Depuis, le Maroc est un allié inconditionnel des États-Unis.

• Les relations entre le Maroc et Israël

En 2019, la firme israélienne NSO Group a permis au Maroc d’utiliser son logiciel Pegasus pour espionner les téléphones d’Emmanuel Macron, du premier ministre français, de quatorze membres du gouvernement et de plusieurs proches du chef de l’État.

À l’époque, la France soutenait encore la position algérienne au sujet du Sahara occidental contre celle du Maroc. Cela a également permis au Maroc de recueillir des informations sur l’utilisation de la cocaïne au sein des plus hautes sphères du pouvoir politique français.

En décembre 2020, le Maroc est devenu un des premiers signataires des accords d’Abraham (après les Émirats, Bahreïn et le Soudan).

Dès l’année suivante, le Maroc et Israël entament une coopération militaire qui s’est considérablement renforcée depuis.

Peu importe le sort réservé par Israël aux Palestiniens, le Maroc est aveuglément un des rares alliés sur lesquels Israël peut compter au sein des pays à la fois arabes et musulmans.

• Les relations entre l’Espagne et Israël

Depuis l’élection de Pedro Sánchez, dire que les relations entre l’Israël et l’Espagne se sont dégradées est un euphémisme.

Le 28 mai 2024, l’Espagne, l’Irlande et la Norvège ont été les premiers membres de l’Otan à reconnaitre l’État de la Palestine.

En plus, en septembre 2025, l’Espagne a décrété :
• l’interdiction de la vente d’armement espagnol à Israël,
• l’interdiction du transit de matériel militaire à destination d’Israël par les ports et l’espace aérien espagnol, et
• l’interdiction de l’importation de la production agricole des colonies juives de Cisjordanie.

Pour le gouvernement israélien, les sanctions espagnoles équivalent à une déclaration de guerre économique.

• Les relations entre l’Espagne et les États-Unis

De tous les gouvernements occidentaux, c’est l’Espagne qui a condamné le plus fermement la guerre ‘illégale’ des États-Unis et d’Israël contre l’Iran.

Au point d’interdire aux avions et aux navires américains à destination du Moyen-Orient de se ravitailler en Espagne.

Sur une mappemonde aplatie, la distance entre les États-Unis et l’Espagne est proche de celle entre les États-Unis et le reste de l’Europe continentale.

Toutefois sur un globe terrestre, ce n’est pas le cas. Si bien que la fermeture de l’espace aérien espagnol pose des problèmes logistiques qui compliquent le travail de l’armée américaine.

L’organisation du transport vers Ceuta

À la mi-juillet, des milliers de messages sur TikTok et sur Discord ont relayé l’information selon laquelle il suffisait de mettre le pied à Ceuta pour se trouver en territoire européen.

En somme, que Ceuta était le chemin Roxham de l’Europe.

Aux alentours de Ceuta, on trouve des agglomérations à partir desquels il est difficile de mobiliser une foule de 70 000 jeunes. Comme la ville de Fnideq, à six kilomètres, peuplée de 91 000 habitants.

Ce sont essentiellement les villes de Tétouan (à 35 km) et de Tanger (à 46 km) — peuplées respectivement par un demi-million et par 1,3 million d’habitants — qui ont constitué les bassins de population à partir desquels ces 70 000 jeunes se sont mobilisés.

Ces jeunes n’ont pas parcouru cette distance à pied ou par des moyens de transports (vélo ou automobile) qu’ils auraient dû abandonner à la frontière; ils n’ont pu se rendre à Ceuta que par des moyens du transport mis sur pied de concert avec la diffusion des rumeurs sur les médias sociaux.

C’est ce qui a rendu cette opération migratoire si soudaine et si efficace.

L’ingérence européenne dans les affaires intérieures de l’Espagne

La gestion de la crise de Ceuta par le gouvernement Sánchez a suscité évidemment la critique des partis d’opposition.

Mais elle a également mobilisé les vassaux de Washington et les alliés militaires d’Israël en Europe.

Le 31 juillet, au maximum de la crise, Emmanuel Macron faisait savoir qu’il avait demandé à son ministre de l’Intérieur de renforcer les contrôles à la frontière avec l’Espagne. Comme si les migrants de Ceuta se trouvaient en Espagne continentale et étaient donc susceptibles d’envahir la France.

En réalité, Ceuta est un cul-de-sac migratoire, séparé du continent européen par le détroit de Gibraltar. Précisons que l’Espagne n’a pas laissé à Ceuta se développer l’industrie des passeurs de migrants comme la Turquie l’a fait au cours de la guerre en Syrie.

Ici, ce que Macron fait, c’est de s’immiscer dans les affaires internes de l’Espagne.

Comme il l’a fait en Géorgie en appuyant la tentative (ratée) de coup d’État de Salomé Zourabichvili, en faisant invalider les élections présidentielles en Roumanie, et en appuyant publiquement la présidente sortante à trois semaines des élections moldaves.

De leur côté, le même jour, la présidente italienne et le ministre finlandais de l’Intérieur menaçaient d’exclure l’Espagne de la zone territoriale à l’intérieur de laquelle prévaut la libre circulation des personnes en Europe.

À l’initiative de la présidente italienne, vingt-deux membres de l’Union européenne ont même demandé le 1er aout la tenue d’une visioconférence d’urgence pour répondre à la situation créée par l’entrée illégale de dizaines de milliers de migrants dans l’enclave espagnole de Ceuta.

Ce grenouillage diplomatique stérile sert à manipuler l’opinion publique espagnole contre le gouvernement Sánchez.

Effectivement, hier dans la capitale espagnole, des dizaines de milliers de protestataires accusaient le gouvernement espagnol de ne pas protéger les frontières du pays et réclamant des législatives anticipées.

Une crise essentiellement résorbée

Sans ressources, les jeunes migrants de Ceuta y ont commis des méfaits, notamment en pillant un dépanneur (qu’on appelle supérette en France).

Plutôt que d’utiliser ce prétexte pour les réprimer violemment — comme l’aurait fait n’importe quel gouvernement de droite — le gouvernement Sánchez a conservé son sang-froid. Et ce, malgré la pression inouïe qui s’exerçait sur lui.

Le résultat est que l’immense majorité des personnes qui se sont rendues à Ceuta ont accepté de retourner au Maroc.

À l’heure actuelle, environ cinq-mille jeunes migrants sont encore sur place, dont 1 200 mineurs.

Conclusion

Au moment où ces lignes sont écrites, on ne connait pas les responsables de cette crise migratoire. Tout ce qu’on sait, c’est qu’à la frontière, les agents marocains ont guidé les passages vers l’enclave espagnole.

Ce n’est pas suffisant pour accuser le Maroc d’être l’initiateur de cette crise.

Ce qui est certain, c’est que tout cela est l’œuvre de malfaiteurs. L’ampleur de l’opération suggère même que ceux-ci étaient à la solde de pays hostiles au gouvernement Sánchez.

Références :
Accord UE‑Israël : les Vingt-Sept débattent d’une éventuelle suspension
Accords d’Abraham
À Ceuta, militarisation et extrême droitisation des esprits
Affaire Pegasus : Macron, Sánchez et Mohammed VI au cœur d’un scandale d’espionnage d’État
Afflux de migrants à Ceuta: quels sont les pays qui veulent que l’Espagne soit exclue de l’espace Schengen?
A Madrid, des dizaines de milliers de personnes ont manifesté contre la gestion de la crise migratoire à Ceuta
Ceuta : la France va renforcer ses frontières, l’Italie veut suspendre « l’accord de Schengen avec l’Espagne »
Ceuta showed just how easy it is to divide Europe
Crise migratoire à Ceuta: 22 pays de l’UE demandent des discussions « d’urgence » des ministres de l’Intérieur/a>
Des tests anti-drogue positifs dans les ministères: « Ce n’est pas le travail qui les fait prendre de la cocaïne »
Embargo sur les armes, interdictions: l’Espagne durcit ses sanctions contre Israël face au «génocide à Gaza»
Incident à la frontière entre l’Espagne et le Maroc en 2026
Israël reconnaît la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental
La Géorgie sur la voie d’un coup d’État (2e partie)
La volonté populaire en Europe soumise à la dictature des juges : le cas de la Roumanie
L’ingérence étrangère en Moldavie
Maroc–Israël: une alliance militaire désormais stratégique
Maroc : une autoroute baptisée du nom de Donald Trump au Sahara occidental
Migrants à Ceuta : un rapport de la police espagnole contredit la version du gouvernement sur le rôle du Maroc
Morocco not to blame for Ceuta border breach, says Spanish PM
Statut du Sahara occidental

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Écrit par Jean-Pierre Martel


La diplomatie incendiaire d’Emmanuel Macron

Publié le 27 mai 2025 | Temps de lecture : 15 minutes
Hôtel du ministère des Affaires étrangères à Paris

La perte d’influence de la France en Afrique

De tous les pays européens, c’est la France qui a la moins bien réussie la décolonisation de ses anciennes possessions africaines.

Encore de nos jours, des milieux conservateurs français soutiennent que s’il y a des routes, des ponts, des aéroports, l’eau courante, et l’électricité (entre autres) dans les anciennes colonies françaises, c’est grâce à la France. Bref, que ces dernières ne seraient rien sans elle.

En réalité, tous les pays coloniaux créent des infrastructures nécessaires à la prédation des richesses de leur empire au profit de la métropole.

Malheureusement, c’est cette mentalité que semble partager Emmanuel Macron, si on en juge par sa diplomatie cavalière.

• Algérie vs Maroc

Lorsqu’on pense à des puissances hégémoniques, on pense à des pays comme les États-Unis ou la Chine. Mais il existe également des puissances hégémoniques régionales, voire locales. Le Maroc est l’une d’elles.

Situé au sud du Maroc, le Sahara occidental est un territoire de 266 000 km² le long de l’Atlantique. Il est revendiqué par le Maroc qui le considère comme faisant partie de ses ‘provinces du Sud’. Ce que conteste l’Algérie.

L’Algérie voit dans le conflit du Sahara occidental un moyen d’affaiblir l’influence régionale du Maroc, son rival historique.

De plus, en se positionnant comme défenseur des droits des Sahraouis, l’Algérie renforce son image de champion des causes anticoloniales et anti-impérialistes au sein des pays africains.

La revendication marocaine a été infirmée par un avis consultatif de la Cour internationale de justice en 1975. En vertu du Droit international, Sahara occidental possède le statut ‘Territoire non autonome’. Dans les faits, environ 80 % de sa superficie est contrôlée par le Maroc.

En décembre 2020, Donald Trump reconnaissait la souveraineté du Maroc sur ce territoire. Depuis, l’Algérie comptait sur la France pour bloquer la reconnaissance internationale des ambitions marocaines.

Toutefois, 24 juillet 2024, Emmanuel Macron a décidé d’appuyer le Maroc à ce sujet. Probablement (c’est mon hypothèse) en échange de l’accès à la potasse et au pétrole sahraouis.

Se sentant trahie, l’Algérie est depuis en guerre diplomatique avec la France. Une guerre qui finira bien par s’arrêter mais qui, pour l’instant, parait sans issue.

• En Afrique subsaharienne

La Grande-Bretagne ne possède aucune base militaire dans ses anciennes possessions africaines. Contrairement à la France.

Une base militaire est commode pour déployer rapidement des soldats à la demande du pays hôte. Mais c’est une manière couteuse de le faire puisqu’on doit l’entretenir pendant des années au cas où on en aurait besoin.

Il est plus économique de réquisitionner un des aéroports civils du pays et d’en prendre le contrôle lorsque cela devient nécessaire.

En dépit de cela, la France attache une grande importance à posséder des bases à l’Étranger afin de maintenir l’idée qu’elle se fait de sa place dans le monde.

Aussi la décision récente du Tchad et du Sénégal d’ordonner la fermeture des bases militaires françaises sur leur territoire, associée à la décision de l’armée française de quitter d’elle-même la Côte d’Ivoire et le Gabon, ont porté un dur coup au prestige du président de la République.

Celui-ci n’a pas manqué l’occasion pour reprocher publiquement leur ‘ingratitude’ envers la France, achevant ainsi le peu de respect que les dirigeants de ces pays lui portaient.

• Au Burkina Faso

Sept mois après le début de son premier quinquennat, Emmanuel Macron se rend au Burkina Faso dans le but d’inaugurer officiellement une centrale solaire financée par la France.

La veille, à l’université de la capitale, il rencontre quelques centaines d’étudiants réunis dans un amphithéâtre bondé.

Puisque la climatisation est alors en panne, une étudiante demande dans combien de temps cela prendra pour que l’électricité ‘française’ serve à climatiser l’amphithéâtre.

Plutôt que de répondre diplomatiquement que grâce à la contribution de la France, le pays devrait mieux répondre aux besoins des Burkinabés, Emmanuel Macron, décide plutôt de cabotiner.

Dans un état évident d’euphorie, il répond : « Mais je ne veux pas m’occuper de l’électricité dans les universités du Burkina Faso. C’est le travail du président.» dit-il en pointant du doigt le président du pays, assis à sa gauche.

Alors que ce dernier, traité comme un simple préposé à la climatisation, se lève et quitte la salle, Macron le tutoie : « Reste là.» Puis, devant les étudiants hilares, Macron conclut : « Il est parti réparer la climatisation.»

• Rwanda vs Congo

Tout au début du génocide au Rwanda, le président François Mitterrand avait déployé des troupes françaises dans ce pays, croyant avoir affaire à une tentative de coup d’État tutsi.

Même si les soldats français sont alors demeurés relativement passifs, cette erreur d’appréciation fait que le Rwanda accuse depuis la France d’avoir soutenu le génocide rwandais. Ce qui est faux.

Ce préjugé est d’ailleurs exploité par la diplomatie américaine pour discréditer la France en Afrique centrale.

Tout comme l’Allemagne, hantée par son passé, refuse de critiquer Israël pour les excès de sa politique extérieure, Emmanuel Macron refuse de blâmer le Rwanda pour le pillage des richesses minérales congolaises. Un pillage que le Rwanda exerce par le biais de milices qui, jusqu’ici, ont fait des millions de morts.

En mars 2023, à l’occasion d’une tournée dans quatre pays africains, Emmanuel Macron s’est rendu dans la République démocratique du Congo.

Alors que le président de ce pays l’invitait publiquement à blâmer le Rwanda (comme le font tous les rapports de l’Onu à ce sujet), Emmanuel Macron a préféré insulter le Congo en l’accusant d’être responsable de son propre malheur :

Depuis 1994, ce n’est pas la faute de la France — pardon de le dire dans des termes aussi crus — si vous n’avez pas été capable de rétablir la souveraineté […] de votre pays. Ceci est une réalité. Il ne faut pas chercher des coupables à l’extérieur dans cette affaire.

Rappelons que c’est grâce à la campagne personnelle d’Emmanuel Macron que l’ex-ministre des Affaires étrangères du Rwanda a été élue en 2018 à la tête de l’Organisation internationale de la Francophonie, en dépit du fait que le français n’est plus enseigné dans ce pays depuis 2003, c’est-à-dire depuis que l’anglais est devenu la langue officielle de cette ancienne colonie belge.

L’ingérence dans les affaires intérieures de pays européens

• En Géorgie

En vue des élections législatives d’octobre 2024, Salomé Zourabichvili (à l’époque, présidente de la Géorgie) rendait public quelques mois plus tôt un projet de pacte auquel elle invitait les partis politiques à adhérer.

En vertu de ce pacte, les députés nouvellement élus devaient former le parlement (l’équivalent de notre Assemblée nationale), mais les partis signataires devaient renoncer à former le gouvernement (c’est-à-dire le Conseil des ministres), confié plutôt à Mme Zourabichvili et des technocrates non élus de son choix.

En somme, il s’agissait d’un projet de coup d’État.

En octobre 2024, les partis signataires échouèrent à obtenir la majorité des sièges. Furieuse de son échec, Mme Zourabichvili cria à la fraude massive.

Dénudée de fondement, cette prétention fut propagée par les agences de presse financées secrètement par Washington et trouva écho dans les chancelleries occidentales.

Emmanuel Macron se fit le champion de cette cause, poussant le zèle jusqu’à s’adresser par vidéo au peuple géorgien pour l’inciter à la révolte.

• Roumanie : des élections sous influences

Comme tous les pays, la Roumanie est dotée d’un appareil sécuritaire qui vise à protéger l’État de l’influence indue de puissances hostiles. À la différence que le sien, hérité de l’époque soviétique, est extraordinairement interventionniste.

C’est ainsi que le 6 décembre 2024, à deux jours du second tour de l’élection présidentielle, la Cour constitutionnelle de Roumanie invalide les résultats du premier tour, annule le second, et reporte le tout en mai 2025. Tout cela sur la base de simples soupçons d’ingérence politique russe sur TikTok.

De son côté, l’Union européenne s’est immiscée dans cette élection, comme elle le fait chaque fois que des formations politiques font campagne contre elle. Elle n’intervient pas directement, mais par le biais d’ONG qu’elle finance et qui militent sur place en sa faveur.

De plus, le 9 janvier 2025, Thierry Breton prédisait que la Commission européenne (où il a siégé) n’hésiterait pas à faire invalider les élections allemandes (qui se sont tenues depuis) en cas de victoire d’un parti nationaliste (l’AfD). « On l’a fait en Roumanie…» avouait-il «…et il faudra évidemment le faire, si c’est nécessaire, en Allemagne.»

L’élection roumaine a également été influencée les agences de presse occidentales par le biais des épithètes qu’elles accolent aux partis politiques en lice. En particulier, celle d’extrême droite, utilisée abusivement en Roumanie pour discréditer des candidats et des formations politiques sans jamais préciser exactement ce qui leur vaut cet anathème.

Quant à l’ingérence de la diplomatie macronienne, elle prend la forme d’intrigues de palais. Comme cette rencontre secrète entre l’ambassadeur de France et le président de la Cour constitutionnelle de Roumanie, le 5 mars 2025.

Au début du mois de mai 2025, la présidente du groupe Renew — dont fait partie Renaissance, le parti d’Emmanuel Macron au Parlement européen — déclarait vouloir tout faire sur le terrain pour que le prochain président roumain soit pro-européen.

« On va mener une campagne active pour faire prendre conscience aux Roumains qu’il y a un enjeu démocratique important pour l’avenir du pays et de l’Europe.»

De plus, le 14 mai 2025, au cours de la seconde élection présidentielle roumaine (la première ayant été annulée), Nicolas Lerner, chef des renseignements français, s’est rendu en Roumanie.

Puisque la collecte de renseignements se fait habituellement par de simples agents, on peut présumer que le but de sa visite était de rencontrer des personnes de haut niveau.

Quatre jours plus tard, alors que se déroulait le dépouillement du scrutin, le patron de la messagerie Telegram accusait publiquement ce même Nicolas Lerner — collègue de classe d’Emmanuel Macron — de lui avoir demandé, à l’approche des élections roumaines, de réduire au silence les voix conservatrices qui ont recours à sa messagerie cryptée. Une accusation aussitôt démentie par la France.

Parallèlement à l’offensive diplomatique française, les eurodéputés d’Emmanuel Macron ont tenu diverses rencontres avec des membres de la diaspora roumaine afin de les convaincre de voter contre certains candidats.

C’est ainsi que le 10 mai dernier, la cheffe de Renew-Europe (le parti d’Emmanuel Macron au parlement européen) déclarait : « Je vais soutenir le candidat centriste pro-européen en organisant des réunions […] pour appeler la diaspora roumaine en France à participer à cette élection…»

Pour terminer, signalons qu’après des mois de controverse, les services de renseignements roumains admettent aujourd’hui n’avoir rien de concret au sujet de l’ingérence russe dans les élections présidentielles roumaines par le biais de TikTok.

Mais l’Autorité fiscale roumaine a découvert que le Parti national libéral (PNL) a versé 300 000 euros à TikTok pour acheter de la publicité en faveur de Călin Georgescu (un candidat nationaliste).

Ce parti pro-européen voulait ainsi diviser les voix nationalistes — au sein desquelles George Simeon était en avance — en favorisant un rival, alors très secondaire, soit Călin Georgescu.

Malheureusement pour le PNL, cette stratégie qui a trop bien fonctionné. Si bien que Călin Georgescu s’est avéré, au premier tour, plus populaire que le candidat du PNL.

• La guerre russo-ukrainienne

La cause profonde de la guerre en Ukraine est l’expansionniste toxique de l’Otan, c’est-à-dire son obsession de vouloir entourer au plus près la Russie d’ennemis militaires.

L’idée que des missiles de l’Otan puissent être déployés à 500 km de Moscou est aussi inacceptable pour la Russie que le déploiement de missiles russes à Cuba pouvait l’être pour les États-Unis en 1962.

De plus, le stationnement de dizaines milliers de soldats occidentaux dans des bases militaires de l’Otan en Ukraine comporterait un risque d’invasion militaire et de renversement du pouvoir à Moscou qu’aucun dirigeant russe ne peut tolérer.

Malgré cela, Emmanuel Macron cherche à créer une coalition de membres de l’Otan désireux d’envoyer des troupes en Ukraine sous le prétexte de motiver la Russie à respecter un cessez-le-feu décrété unilatéralement.

Depuis trois ans, les puissances occidentales tentent de forcer la Russie à renoncer à ses intérêts géostratégiques fondamentaux.

D’où l’idée de pousser l’Ukraine à la guerre, peu importe les souffrances que cela comporte pour sa population.

Or celle-ci en a assez.

Selon la firme de sondage Gallup, le pourcentage des Ukrainiens qui sont favorables à une paix négociée dans les plus brefs délais est passé de 23 % au début de la guerre à 57 % en octobre 2024 (après répartition des indécis). Cette lassitude se rencontre dans toutes les régions du pays.

De plus, 57 % des Ukrainiens étaient favorables à des concessions territoriales à la Russie dans le cadre de négociations de paix.

Emmanuel Macron ne l’entend pas ainsi. Selon lui, une victoire de la Russie inciterait celle-ci à se lancer à la conquête du reste de l’Europe.

Depuis trois ans, l’armée russe peine à conquérir l’ensemble du territoire ukrainien. On voit mal comment elle pourrait se lancer à la conquête de l’Occident.

Malgré cela, Emanuel Macron plaide pour la fourniture d’armement de plus en plus puissant et dont la portée est de nature à frapper la Russie de plus en plus profondément. Même au risque de déclencher une Troisième Guerre mondiale.

En réalité, une guerre entre deux pays voisins se termine quand le perdant capitule. Or, dans ce cas-ci, le perdant, c’est l’Ukraine.

Conclusion

Le tempérament belliqueux d’Emmanuel Macron, son autoritarisme croissant, de même que son franc-parler ont entrainé la perte d’influence de la France en Afrique et une critique voilée de Washington quant à sa manie de saboter la démocratie des pays slaves.

Références :
Allégations d’ingérence française dans les élections roumaines : l’AUR demande le contrôle parlementaire des services de renseignements
À quoi ressemble « l’État parallèle » : Nicolas Lerner, chef des services de renseignement français, accusé d’ingérence dans les élections roumaines (en roumain)
Elena Lasconi, rencontre avec le ministre français des Affaires étrangères. Ce que le patron de l’USR a discuté avec Jean-Noël Barrot (en roumain)
Guerre en Ukraine : des soldats français face à la Russie ? « Rien n’est exclu » pour Macron
Guerre en Ukraine : les pays « volontaires » se retrouvent à l’OTAN et cherchent un plan
La corruption de la presse occidentale par Washington
La familiarité d’Emmanuel Macron face au président du Burkina Faso (vidéo)
La Géorgie sur la voie d’un coup d’État (1re partie)
La Géorgie sur la voie d’un coup d’État (2e partie)
L’ANAF a découvert que PNL avait financé une campagne de promotion massive de Călin Georgescu sur TikTok (en roumain)
La nouvelle Théorie des dominos
La volonté populaire en Europe soumise à la dictature des juges : le cas de la Roumanie
Le Congo et le verrou rwandais
Législatives en Géorgie : la présidente refuse une convocation du parquet, qui a ouvert une enquête pour « falsification présumée » des élections
Le mythe du néonazisme russe
Le PDG de Telegram accuse la France d’ingérence dans l’élection roumaine, le Quai d’Orsay dément
Le Sénégal et le Tchad dénoncent les “propos erronés” d’Emmanuel Macron
Les Ukrainiens et la paix
L’expansionnisme toxique de l’Otan
L’importance géostratégique du Sahara occidental pour l’Algérie
Monsieur le Président Emmanuel Macron – Message aux Géorgiens (vidéo)
“On l’a fait en Roumanie…”:Thierry Breton réagit aux ingérences de Musk en Allemagne avec l’AfD
Parti national libéral (Roumanie)
Présidentielle en Roumanie : Valérie Hayer accusée «d’ingérence» au profit du candidat centriste pro-UE
RDC : conférence de presse mouvementée entre Macron et Tshisekedi
Sahara occidental
The EU’s propaganda machine
The Silent Coup
Transparency of EU funds implemented NGOs: more effort needed

Détails techniques de la photo : Olympus OM-D e-m5, objectif M.Zuiko 12-40mm F/2,8 — 1/320 sec. — F/5,6 — ISO 200 — 12 mm

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Écrit par Jean-Pierre Martel