Précisions concernant le dépistage du variant Delta à l’école primaire

26 août 2021
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Introduction

Radio-Canada publie ce matin la nouvelle selon laquelle on formera dans chaque école les volontaires qui souhaiteront effectuer des tests rapides, peu importe leur titre d’emploi.

Ceci est à la fois une bonne et une mauvaise nouvelle.

Peu importe le test rapide, il faut moins de quelques minutes pour savoir comment l’utiliser. Donc il est facile d’être prêt pour la rentrée scolaire. C’est là la bonne nouvelle.

Toutefois, une campagne de dépistage digne de ce nom ne doit pas reposer sur le volontariat; chaque direction d’école doit mettre sur pied une brigade d’employés prêts à suspendre leurs tâches courantes pour effectuer systématiquement du dépistage pendant quelques minutes et y donner suite lorsque des cas sont décelés. Puisque le dépistage québécois reposera sur l’impondérable du volontariat, c’est là la mauvaise nouvelle.

L’article de Radio-Canada parle à la fois d’une réserve de 1,7 million de vieux tests salivaires dont les résultats s’obtiennent sur place en quelques minutes et d’autre part, d’une quantité non précisée de nouveaux tests effectués en laboratoire à partir de prélèvements par gargarisme.

Afin de savoir exactement sur quelle technologie reposera le dépistage dans les écoles du Québec, je me suis tapé l’écoute de la conférence de presse du 24 aout dernier (ci-dessus).

En voici les faits saillants.

La mise en quarantaine

A 13:16, le ministre de l’Éducation nous dit que tous les cas déclarés feront l’objet d’une enquête épidémiologique par la direction de la Santé publique régionale.

Les mesures alors décrétées dépendront de différents facteurs :
• la région concernée,
• le nombre de cas dans cette région,
• le fait qu’on porte ou non le masque à l’école dans cette région, et
• le taux de vaccination des élèves.

Concrètement, le directeur de la Santé publique précise à 35:37 que lorsqu’un élève contagieux est décelé, celui-ci doit être retiré du milieu scolaire et s’isoler à la maison durant sa période de contagiosité. Pour le reste de sa classe, cela dépendra du port du masque.

Dans les régions où le port du masque est exigé en classe, les camarades de classe poursuivront leur enseignement puisque la Santé publique estime qu’avec le masque, peu importe la durée du contact avec l’élève atteint, le risque de contagion est faible.

Toutefois, par mesure de prudence, ses camarades de classe seront testés deux fois; une première fois entre le jour 3 et le jour 5, et une seconde fois au jour 7.

Dans les classes où le port du masque n’était pas exigé, il le deviendra. Et les camarades de classe seront également testés deux fois.

Un dépistage voué à l’échec

Avec le Covid-19 ‘classique’, cette stratégie sanitaire aurait peut-être pu fonctionner. Mais avec le variant Delta, cette stratégie est vouée à l’échec. Pourquoi ?

Premièrement parce qu’elle repose sur la présomption que le cas décelé est contagieux depuis le jour où il est testé.

Malheureusement, chez la personne atteinte, le variant Delta se multiple beaucoup plus rapidement que le Covid-19 ‘classique’. Entre le moment où il a attrapé le Covid-19 et le moment où il est devenu contagieux, il s’est écoulé deux jours avec le variant Delta alors qu’il en fallait quatre avec le Covid-19 ‘classique’.

Ce qui veut dire que lorsqu’on teste le reste de la classe au jour 3, les camarades contaminés ont eu le temps de devenir contagieux et que les gens à qui ils ont transmis l’infection deviendront contagieux à leur tour dès le lendemain.

Les régions sans masque

Là où le port du masque n’était pas exigé, il est trop tard pour l’imposer. En raison de la contagiosité extrême du variant Delta (analogue à celle de la varicelle), un étudiant contamine toute sa classe en un seul jour.

De plus, une personne atteinte par le variant Delta porte une charge virale 1 260 fois supérieure à celle d’une personne atteinte par le Covid-19 ‘classique’.

Concrètement, dans une classe, on pourrait remplacer un écolier atteint du variant Delta par 1 260 écoliers atteints du Covid-19 ‘classique’ et ce serait pareil. Pour les autres élèves, les chances de ne pas être contaminés sont nulles, peu importe l’aération du local.

Les régions avec masque

Et là où le port du masque était déjà obligatoire, il faut penser que les masques portés par les écoliers du primaire bloquent les grosses gouttelettes respiratoires (les postillons), mais laissent passer le long du nez les minuscules gouttelettes respiratoires (appelées aérosols). Celles-ci ont la manie d’embuer les lunettes de ceux qui portent un masque par temps froid.

Dans quelques jours, la Santé publique révélera les détails de sa politique sanitaire, notamment quant aux repas pris à l’intérieur (alors que les écoliers auront retiré leur masque). On verra alors si les risques de contagion sont aussi faibles qu’on le dit dans les régions où le port du masque est obligatoire dans les aires communes.

L’autorisation des parents

Que serait l’enseignement si l’autorisation des parents était nécessaire chaque fois qu’un professeur veut passer à la page suivante du manuel scolaire ?

À 30:55, le directeur de la Santé publique déclare : “ …on ne fait jamais de test chez les enfants sans obtenir le consentement des parents.

Les parents qui n’ont pas les moyens financiers de se payer une gardienne ou de quitter temporairement leur emploi pour s’occuper de leur enfant en convalescence n’auront qu’à refuser de donner leur autorisation pour que jamais on n’ait la preuve que leur enfant est contagieux.

Là où le masque n’est pas obligatoire, son imposition devient la ‘punition’ de toute la classe lorsqu’on y trouve un cas. Les parents opposés à cette mesure ont donc intérêt à refuser qu’on teste leur enfant dans l’espoir d’y faire obstacle.

Le dépistage systématique du Covid-19 devrait être obligatoire et systématique deux fois par semaine. Les parents qui s’y opposent en ont le droit. Sauf que leur enfant devrait alors faire ses classes à la maison.

Impréparation et faux tests rapides

À 14:50, le ministre de l’Éducation parle au futur du déploiement dans certaines écoles de tests rapides dès le mois de septembre, et ce graduellement.

Donc, dans l’ensemble du réseau scolaire, rien n’est prêt pour la rentrée, sauf les masques. Cette pandémie se propage depuis plus d’un an et demi et le gouvernement de la CAQ en est à l’étape d’espérer être en mesure d’effectuer un dépistage scolaire graduel dans certaines régions.

Et surprise : parmi tous les tests qu’elle juge rapides, la Santé publique révèle sa préférence à 31:01 :

Ce qu’on va viser le plus possible, c’est d’avoir ce qu’on appelle ‘du gargarisme’, [ce] qui est moins invasif. Surtout s’il faut répéter les tests au jour 3 et au jour 7.

Cette technologie, développée au Québec, consiste à se gargariser avec de l’eau, la recracher dans un gobelet, avant de la transvider dans un tube. Ce dernier doit être expédié à un laboratoire pour analyse.

Avec le variant Delta, la charge virale est telle que ces tests remplacent avantageusement les tests qui nécessitent un prélèvement au fond du nez.

Mais ils ne constituent pas une solution alternative aux tests dont le prélèvement est obtenu par frottis de l’intérieur des joues (que n’importe quel enfant capable de se brosser les dents peut effectuer lui-même). Parmi ces tests, les plus nouveaux donnent des résultats remarquablement fiables en quelques minutes.

Dans le cas d’un test par gargarisme, c’est seulement le prélèvement de l’échantillon qui est rapide. Mais entre le prélèvement et la communication des résultats aux personnes concernées, le temps écoulé s’exprime en jours et non en minutes puisque l’échantillon doit être analysé dans un laboratoire accrédité.

Bref, comme à son habitude, le Dr Arruda induit le public en erreur; les tests par gargarisme ne sont pas de véritables tests rapides.

Conclusion

Face à un variant très contagieux, le socle d’une stratégie sanitaire efficace, c’est la réactivité.

Il faut donc que les directions d’école aient déjà des réserves de vrais tests salivaires rapides. Il en existe dont le taux d’efficacité est de 94 %.

De plus, elles doivent avoir toute la latitude de diriger les brigades chargées de débusquer les cas dès leur apparition et d’appliquer immédiatement les mesures de confinement destinées à limiter la propagation de l’épidémie.

Marquée au fer rouge par la contrôlite, la lourde stratégie sanitaire du Québec à l’école primaire est vouée cette année à l’échec, comme l’a été celle de l’année scolaire 2020-2021, alors qu’en fin d’année, les écoliers et le personnel scolaire représentaient 38,4 % de toutes les personnes officiellement atteintes au Québec.

Avec le variant Delta, on peut anticiper des résultats encore pires.

Références :
COVID-19 : du personnel formé pour faire des tests rapides dans les écoles
Le Covid-19 à l’école primaire : la CAQ met en péril la santé de nos enfants

Parus depuis :
Covid-19 : dans son nouvel avis, le conseil scientifique recommande d’accroître le dépistage à l’école (2021-09-18)
Québec, nous avons un problème… de dépistage (2021-10-04)
Des centaines de jeunes touchés par un dangereux syndrome (2021-11-14)
En Allemagne et en Autriche, les enfants testés deux à trois fois par semaine (2021-12-09)
« Autant d’enfants hospitalisés d’un coup, c’est préoccupant » (2022-02-04)

Complément de lecture :
Le laisser-faire sanitaire à l’école primaire québécoise

Pour consulter tous les textes de ce blogue consacrés au Covid-19, veuillez cliquer sur ceci.

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Une rentrée scolaire sans dépistage (ou presque) au primaire

24 août 2021

Introduction

C’est décidé; le port du masque sera obligatoire en tout temps dans les écoles d’une partie du Québec, alors qu’il ne sera obligatoire que dans les aires communes ailleurs.

Mais on n’utilisera pas de scanneurs thermiques à l’entrée des écoles, contrairement à ce que le Japon faisait récemment à ses Jeux olympiques d’été.

On nous dit que la Santé publique ‘songe’ à utiliser des tests salivaires rapides. Elle y songe. Ce qui veut dire qu’elle n’a pas décidé quoi que ce soit. Elle est à l’étape de la réflexion.

S’agit-il des tests rapides à 5$US (dont le taux d’efficacité est d’environ 70 %) ou des nouveaux tests rapides à environ 15$US (dont l’efficacité s’approche de 94 %) ? Apparemment, c’est ni l’un ni l’autre.

À l’écoute attentive de la conférence de presse du Dr Arruda, on finit par comprendre que chez les enfants du primaire, plutôt que de procéder à des prélèvements intimidants par écouvillons dans le nez, on privilégierait de simples prélèvements par gargarisme, plus conviviaux, mais tout aussi lents que des tests PCR parce ces prélèvements par gargarisme ne peuvent être analysés eux aussi qu’en laboratoire.

Or ces tests par gargarisme, on ne les a pas encore en quantité suffisante pour se lancer dès la rentrée dans une campagne généralisée de dépistage.

Tant qu’on en manquera, la Santé publique les réservera là où elle jugera la situation épidémiologique plus préoccupante.

À partir de quand une situation est-elle préoccupante ?

En début de pandémie, le Dr Arruda déclarait qu’il fallait plus craindre la grippe ordinaire que le Covid-19.

Il en était tellement convaincu que quelques semaines plus tard, alors que l’iceberg du Covid s’approchait du Titanic québécois, le capitaine Arruda quittait le navire en chaloupe pour prendre ses vacances personnelles au Maroc.

Et à son retour, quand la ministre de la Santé de l’époque s’inquiétait de savoir si notre provision de masques pour les travailleurs de la Santé était suffisante, le Dr Arruda lui répondait qu’on en avait pour deux ans. Ce qui était vrai si le Covid-19 n’était qu’une gripette. En réalité, on n’en avait que pour 5 à 6 jours.

À partir de l’expérience passée, on peut présumer que la situation sera jugée préoccupante lorsqu’elle sera catastrophique. C’est alors que la Santé publique songera à utiliser des tests salivaires qu’elle dit rapides.

Du songe à la réalité

Lorsqu’elle en aura suffisamment, la Santé publique utilisera ces tests… à la condition d’avoir obtenu le consentement préalable de chaque parent.

Le dépistage systématique du Covid-19 devrait être obligatoire et systématique deux fois par semaine. Les parents qui s’y opposent en ont le droit. Sauf que leur enfant devrait alors faire ses classes à la maison.

L’hypercontagiosité du variant Delta fait qu’il ne faut qu’une journée pour qu’un enfant contagieux contamine toute sa classe.

La contrôlite

En tant que sous-ministre ou de sous-ministre adjoint, le Dr Arruda a été le bras droit de Gaétan Barrette à l’occasion de sa réforme centralisatrice des soins de santé. Et comme lui, il souffre de contrôlite.

D’où sa manie d’interdire ou de rendre impossible toute mesure sanitaire qui va au-delà de ce qu’il a décidé. Comme le fait le gouverneur Ron DeSantis en Floride.

Or, la réactivité est la pierre d’assise d’une lutte efficace contre le variant Delta.

Les écoles ne sont pas autorisées à effectuer elles-mêmes le dépistage du Covid-19; lorsqu’un directeur d’école soupçonnera une éclosion dans son établissement, il devra en aviser la Santé publique de sa région.

Mais la réponse de la Santé publique ne sera pas automatique.

Selon Radio-Canada, la Santé publique prévoit de moduler, voire d’adapter ses enquêtes en fonction de nouveaux critères soit le nombre de cas dans cette région, le fait que les élèves portent ou non le masque ou encore le taux de vaccination des adolescents dans l’établissement concerné lors d’éclosions ou de cas positifs.

Que d’empressement…

Si elle n’est pas débordée par le nombre de foyers d’éclosion qui surgiront un peu partout, celle-ci dépêchera une ou plusieurs infirmières pour évaluer la situation.

Tant qu’on ne disposera pas des tests par gargarisme, seules des infirmières dépêchées par la Santé publique effectueront les prélèvements chez les élèves du primaire.

De plus, comme on l’a vu, il est hors de question pour elles de faire passer un test de Covid-19 à un élève sans avoir obtenu l’autorisation préalable de ses parents.

À mettre des bâtons dans les roues du dépistage à l’école, le fait-on exprès pour que tous les écoliers du primaire attrapent le Covid-19 et, de retour à la maison, contaminent leurs familles respectives ?

En début de pandémie, la Santé publique soutenait qu’il fallait ‘laisser se développer l’immunité naturelle’. En d’autres mots, on devait laisser les gens attraper le Covid-19 pour qu’ils s’en immunisent à la dure. Cette capitulation à la pandémie faisait office de doctrine sanitaire.

C’est la même doctrine qu’on applique aujourd’hui à l’école primaire.

Avec le variant Delta, la charge virale chez les personnes atteintes est 1 260 fois plus élevée que chez les personnes atteintes par les souches ancestrales du Covid-19. Du coup, n’est pas nécessaire de passer l’écouvillon dans la gorge pour effectuer in prélèvement; un frottis strictement buccal suffit.

N’importe quel enfant capable de se brosser les dents peut tout autant passer un écouvillon à l’intérieur de ses joues et de le donner à son professeur. Et il ne faudra que quelques minutes à ce dernier pour savoir si l’enfant est atteint du Covid-19… s’il dispose de vrais tests rapides.

Et si cet enfant est atteint, celui-ci passe la journée dans une salle d’isolement dans l’école en attendant le retour de ses parents à la maison, plutôt que d’aller en classe contaminer tous ses camarades.

Voilà comment mener une lutte sanitaire caractérisée par la réactivité.

Jusqu’ici, la lutte sanitaire au Québec a été un fiasco; il y a eu 2,5 fois plus de morts par million d’habitants au Québec que dans les provinces anglophones du pays.

Et ça continue. On se demande pourquoi…

Références :
Au Québec, la grippe saisonnière est plus à craindre que le coronavirus
Legault mise sur l’«immunité naturelle» des Québécois
Le masque en classe obligatoire dans neuf régions
Le variant Delta ou l’accélération de la vague
Panique à Québec : dans les coulisses de la course aux masques
Rentrée scolaire 2021 : l’OMS se réveille
Retour du masque en classe dans neuf régions du Québec
Voyage au Maroc : le Dr Arruda s’est absenté 12 jours au début de la crise

Parus depuis :
Tests rapides – « Nous avons manqué le bateau », estime un virologue (2022-01-14)
Cinq fois plus d’élèves infectés au Québec par rapport à la rentrée de janvier 2021 (2022-01-25)
« Maman, je pense que je vais mourir » (2022-01-26)
« L’école ne nous dit plus rien » (2022-01-28)
« Autant d’enfants hospitalisés d’un coup, c’est préoccupant » (2022-02-04)
Un enfant sur trois a récemment été en contact avec la COVID-19 (2022-02-23)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Rentrée scolaire 2021 : l’OMS se réveille

4 juillet 2021

Vendredi dernier, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), l’Unicef et l’Unesco ont conjointement pris position en faveur du dépistage systématique du Covid-19 dans les écoles, même là où aucun cas n’a été rapporté.

Selon ces trois organismes, cette mesure est nécessaire afin d’éviter les séquelles causées par l’école à distance.

Selon le Dr Hans Kluge, porte-parole de l’OMS, la saison estivale offre une occasion aux gouvernements de mettre en place les mesures qui minimiseront les taux d’infection chez les écoliers et éviteront d’avoir recours éventuellement à la fermeture temporaire des classes.

Pour l’OMS, ces fermetures sont préjudiciables à l’éducation et au bienêtre tant social que psychologique des enfants et des adolescents. Il s’agit d’une solution à laquelle on ne devrait recourir que dans des cas extrêmes, lorsqu’aucune autre mesure n’arrive donner des résultats.

Cette prise de position rejoint parfaitement celle exprimée sur ce blogue en aout de l’an dernier.

D’ici la rentée scolaire de cette année, la Santé publique du Québec a donc devant elle un mois et demi pour se préparer. Cela signifie :
• acheter la quantité massive de tests de dépistage qui sera nécessaire,
• élaborer les procédures de dépistage que les commissions scolaires devront suivre, et
• former les professeurs à effectuer les tests et à consigner les résultats.

Références :
Covid-19 : une rentrée scolaire idéale
WHO recommends Covid tests in schools

Paru depuis :
Ottawa a payé 924 millions pour des tests rapides sous-utilisés par les provinces (2021-07-08)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Covid-19 : une rentrée scolaire idéale en 2020

19 août 2020

Introduction

L’école est essentielle au développement de l’enfant.

De plus, la réouverture des écoles est nécessaire au bon fonctionnement de l’économie; en libérant les parents, ceux-ci peuvent retourner au travail, permettant ainsi aux entreprises de reprendre leurs activités.

Mais tout déconfinement entraine une augmentation du nombre de contacts interpersonnels. D’où une hausse prévisible de la contagion au Covid-19.

Quel est le contexte optimal permettant la réouverture des écoles sans que cette hausse soit catastrophique ?

Le temps propice

Pour l’Organisation mondiale de la Santé, on peut rouvrir les écoles quand, depuis au moins deux semaines, le pourcentage de tests positifs au Covid-19 parmi la population est moins de 5 %.

Certaines autorités sanitaires sont plus exigeantes que l’OMS et estiment que le taux de positivité maximale doit plutôt être de 3 %. C’est le cas de la ville de New York.

Le Québec a choisi la norme plus libérale de l’OMS, ce qui est acceptable. Chez nous, le taux de tests positifs est effectivement en deçà de 5 % depuis la dernière semaine de juin.

Même récemment, les fêtards qui n’ont pas respecté les mesures sanitaires dans des bars et des fêtes privées n’ont pas réussi à faire hausser le taux de positivité au-delà de la limite fixée par l’OMS.

Autre indice d’amélioration : depuis mai, chaque personne atteinte contamine en moyenne moins d’une personne saine. C’est ce qui explique la réduction générale des cas, des hospitalisations et des décès qu’on observe depuis ce temps, sauf lors d’une faible résurgence des cas en juillet.


 
Dans le graphique ci-dessus, on a représenté en grisé la période de confinement, décrétée le 13 mars (pour tout, sauf les services essentiels) et sa levée presque complètement le 25 juin.

En raison du respect généralisé du confinement par la population québécoise, on a assisté à une diminution importante de la contamination par le Covid-19 et la presque disparition de ses conséquences meurtrières.

Si bien qu’aujourd’hui, la réouverture des écoles au Québec se fait dans un contexte où sont respectés les critères des autorités sanitaires.

La rentrée, une occasion unique

L’Australie, la Chine, la Nouvelle-Zélande et le Vietnam ont réussi (temporairement) à éradiquer le Covid-19 de leur territoire.

Mais l’actualité récente prouve que le moindre relâchement peut entrainer le retour de la pandémie.

Au Québec, la pandémie est contrôlée sans avoir complètement disparu.

À l’aide d’une politique ambitieuse de tests et de recherche de contacts, la rentrée scolaire pourrait être une occasion d’éradiquer (ou presque) le Covid-19 du territoire québécois.

Des moyens ambitieux

Le port généralisé du masque

La semaine dernière, le Centers for Disease Control and Prevention (CDC) publiait ses recommandations sanitaires au sujet du Covid-19 en milieu scolaire.

Sauf de rares exceptions, le CDC recommande le port généralisé du masque, de la maternelle à la fin de l’école secondaire.

Au Québec, tous les écoliers devront porter le masque, mais seulement à partir de la cinquième année du primaire.

Même si les mineurs atteignent leur puberté à des âges légèrement différents, la cinquième année du primaire permet, en gros, de distinguer les enfants prépubères des adolescents.

Au sujet du masque, la distinction que fait le Québec entre ces deux groupes d’âge est basée sur des ‘preuves’ épidémiologiques qui suggèrent que les enfants prépubères jouiraient d’une ‘résistance naturelle’ à la pandémie.

Ceux-ci sont sous-représentés dans la population atteinte. D’où l’idée qu’ils jouiraient d’une telle résistance.

En réalité, les seules preuves dont nous disposons indiquent que les décès causés par le Covid-19 sont extrêmement rares chez les enfants prépubères et que leur contagiosité — c’est-à-dire leur aptitude à transmettre aux autres leurs virus — est environ la moitié de l’aptitude des adultes atteints.

Dans tous les pays qui ne testent que les personnes symptomatiques, les enfants testés seront ceux admis en hôpital pédiatrique. Ceux qui ne paraitront pas suffisamment malades aux yeux des parents pour justifier leur admission passeront sous le radar des autorités sanitaires.

Depuis des mois, les jeunes enfants ont beaucoup moins d’occasions d’attraper le Covid-19 que les adultes parce que les écoles sont fermées et que leurs contacts sont limités aux autres membres de leur famille et aux petits voisins.

Voilà pourquoi les données épidémiologiques sous-estiment très certainement l’aptitude des enfants prépubères à contracter le Covid-19.

En raison de la fermeture prématurée des écoles le printemps dernier, certains États américains procèdent déjà à la réouverture de leurs écoles afin de reprendre le temps perdu.

Or beaucoup d’entre elles doivent aussitôt fermer leurs portes en raison d’une explosion de la contagion parmi leurs élèves.

C’est le cas en Géorgie, un état américain qui a eu jusqu’ici 420 morts par million d’habitants (comparativement à 669 au Québec) et où on a procédé cumulativement à 233 686 tests par million de personnes (comparativement à 100 074 au Québec).

Au Québec, l’obligation de porter le masque qu’à partir de la cinquième année est une erreur qui minera la confiance du public envers la réouverture des écoles.

L’immense majorité des parents souhaitent envoyer leurs enfants à l’école parce qu’on leur assure que cela est sécuritaire. L’opinion publique fera volteface si on voit se répéter au Québec ce qui se produit actuellement aux États-Unis.

Tester, tester et tester

Dans la région de Montréal, épicentre de la pandémie au Québec, la réouverture des écoles nécessite un certain nombre de précautions.

Elles sont peut-être également nécessaires ailleurs, mais permettez-moi de me limiter ici à la région métropolitaine, soit la moitié du Québec.

En plus de la généralisation du port du masque, à chacune des deux premières semaines qui suivront la réouverture des écoles, il serait approprié de tester tous les élèves, tous les professeurs et tout le personnel de soutien. Et obtenir les résultats dès le lendemain du test. Dès la troisième semaine, on espacera le dépistage.

Pour l’année scolaire 2018-9, aux niveaux préscolaire, primaire et secondaire, les écoles publiques du Québec accueillaient 1 216 791 élèves, 107 744 enseignants et un nombre indéterminé de travailleurs.

Pour la région montréalaise, cela fait, en gros, 725 000 personnes, soit 150 000 tests à effectuer par jour, du lundi au vendredi.

Aussi ambitieux que cela paraisse, cela est conforme aux recommandations émises en avril dernier par le réputé Harvard Global Health Institute.

Ses experts recommandaient qu’en juillet, les États-Unis en soient rendus à effectuer vingt-millions de tests par jour.

De son côté, The Rockefeller Foundation suggérait aux autorités sanitaires américaines une cible plus facile à atteindre dès novembre 2020, soit six-millions de tests par jour (trente-millions de tests par semaine).

Toutes proportions gardées, pour le Québec, cela correspond à effectuer quotidiennement entre 155 000 et 517 000 tests, selon qu’on suit les recommandations de la Rockefeller Foundation ou d’Harvard.

Ces tests servent à la lutte générale contre la pandémie. Du nombre, il faudrait en réserver la moitié afin d’assurer une rentrée scolaire en douceur.

Ce qui représente en gros 150 000 tests quotidiens à Montréal (300 000 tests pour l’ensemble du Québec).

Moins tester, cela ne change rien à la propagation. Cela fait seulement qu’on se réveille quand le tison est déjà devenu un incendie.

Éteindre les foyers d’éclosion

Grâce à ce dépistage réellement massif, on est en mesure de déceler une bonne partie des foyers d’éclosion puisque les enfants serviront à nous les révéler.

C’est alors qu’il faudra tester les membres de toutes les familles dont un enfant aura été déclaré positif et effectuer une recherche de contacts.

C’est par ce moyen qu’on pourra éteindre une bonne partie des foyers d’éclosion et peut-être réussir à éradiquer le virus du Québec.

Des généraux sans armée

La Santé publique fait reposer la responsabilité d’une rentrée scolaire ‘sanitairement’ réussie sur les épaules des établissements et sur la population, appelée à adopter des comportements responsables.

Effectivement, ceux-ci ont un rôle important à jouer. Mais on ne doit pas oublier celui des autorités sanitaires.

Depuis des semaines, la Santé publique dit craindre la venue d’une ‘deuxième vague’, justement à l’occasion de la rentrée scolaire.

À cette fin, elle a édicté toute une série de règles auxquelles les établissements scolaires devront se soumettre.

Or dans une guerre, le renseignement est la première étape de la stratégie. Et dans une guerre sanitaire, le renseignement c’est le dépistage.

Les pays gagnants sont ceux qui ont dépisté et confiné.

Ici, on a confiné. Mais pour le dépistage…

La Santé publique stagne avec moins de vingt-mille tests quotidiens; la semaine dernière, on en était à 18 596 tests par jour.

Les autorités sanitaires auraient aujourd’hui le personnel et tout l’équipement qui leur faut si, au lieu de lutter stupidement contre le port du masque, elles s’étaient employées à se doter d’une capacité importante à trouver les personnes atteintes et à étouffer leur contagion.

Finalement, dans cette guerre au virus, la Santé publique est comme un quartier de généraux qui discutent stratégie et qui donnent des ordres (sous forme de normes sanitaires) alors que presque aucun soldat n’est au front et qu’on compte sur la population pour repousser l’ennemi.

On peut donc s’attendre à une rentrée scolaire pleine de rebondissements.

Le concept de la ‘bulle’ scolaire

Pour terminer, permettez-moi d’aborder le concept de la ‘bulle’ scolaire.

En raison de la pénurie d’espace dans les écoles du Québec, on ne peut pas y respecter une distance sanitaire de deux mètres à moins de construire, d’ici quelques jours, des centaines de nouvelles écoles où les écoliers seront bien distants les uns des autres.

Ce problème a été résolu facilement; en milieu scolaire, on a réduit la distance sanitaire à un mètre. À l’exclusion des amphithéâtres, rares sont les classes où les sièges étaient, avant la pandémie, à moins d’un mètre de distance.

Réduire la distance sanitaire à un mètre, c’est abolir de facto la distance sanitaire.

En plus, dès qu’ils seront assis, les élèves qui portaient un masque pourront l’enlever.

En somme, au lieu d’être une occasion d’éradiquer (ou presque) la pandémie, la rentrée scolaire sera l’occasion de baisser la garde.

L’expérience des autres pays nous enseigne que cela une mauvaise idée.

Du point de vue pédagogique, il existe d’excellentes raisons de préconiser l’enseignement à visage découvert. Mais du point de vue sanitaire, si on veut se priver de l’efficacité préventive du masque, il est essentiel de compenser par autre chose.

Cela aurait pu être compensée par un dépistage de grande envergure. Ce à quoi la Santé publique, malheureusement, ne s’est pas préparée.

Pour justifier ses politiques accommodantes, le ministère a élaboré le concept de la ‘bulle’ scolaire. On fait ainsi allusion à la serre botanique qui protège les plantes qui y vivent.

À la rentrée, chaque classe se transformera donc en ‘bulle’, limitée à environ 25 élèves.

Ceux-ci étudieront et mangeront dans un seul et même local. Ce qui limitera toute contagion à ces 25 élèves, nous assure-t-on.

Ce beau concept est vicié à la base puisque les élèves mangeront et étudieront dans leur classe… sans y dormir.

S’ils y étaient pensionnaires, la classe serait une bulle fermée.

En réalité, la bulle comprend 25 élèves et, implicitement, 50 parents, un nombre indéterminé de frères et de sœurs, de même que toutes les personnes rencontrées par les parents au travail ou en faisant leurs emplettes.

Directement ou indirectement, c’est à tous ces gens que chaque élève sera exposé. En retour, c’est tous ces gens qu’il pourrait contaminer s’il était porteur asymptomatique.

Ce qui s’en vient est tellement prévisible…

Références :
Appel à un assouplissement des mesures de distanciation pour les plus jeunes
Données COVID-19 au Québec
Étude de séroprévalence des donneurs de sang
Grippe espagnole
Guidance for K-12 School Administrators on the Use of Cloth Face Coverings in Schools
Il y a trois mois, Québec commençait la bataille contre la COVID-19
Information for Pediatric Healthcare Providers
La contagion dans les bars fait grimper le taux de tests positifs à Montréal
Le Covid-19 chez les enfants prépubères
L’épidémie «contrôlée» au Québec
Le Québec déconfiné en attendant la deuxième vague
Le Québec enregistre 87 nouveaux cas de COVID-19
Les écoles ne peuvent imposer le port du masque en classe
National Covid-19 Testing Action Plan
Neuf élèves d’une même classe infectés au coronavirus
Pandémie de Covid-19 au Québec
Pediatric SARS-CoV-2: Clinical Presentation, Infectivity, and Immune Responses
Rapport annuel Ministère de l’éducation du Québec
Roadmap to Pandemic Resilience
US Historical Data
1,193 Quarantined for Covid. Is This a Successful School Reopening?

Parus depuis :
Hors de la classe, les bulles éclatent (2020-09-02)
Témoignage : Pour un dépistage vraiment efficace (2020-09-10)
Résultats de tests de dépistage: attente exaspérante à Québec (2020-09-15)
Christian Dubé « vraiment pas satisfait » des délais dans le dépistage au Québec (2020-09-17)
COVID-19 | «La deuxième vague au Québec, c’est l’école qui l’a déclenchée» -Dr Karl Weiss (2020-09-30)
Le Québec tarde à prévenir les personnes infectées par le coronavirus (2020-09-30)
Combien coûte votre test de COVID-19? (2020-10-29)
Une ventilation « maison » pour les écoles (2020-11-19)
«On joue avec le feu en ouvrant les écoles» (2021-01-12)
Québec obligera le port du masque médical au primaire dans les zones rouges (2021-02-25)
Pupils’ families in England to be tested for Covid twice a week (2021-02-28)
Des tests automatisés bloqués par une exigence de dernière minute (2021-03-01)
Taire les cas de COVID pour attirer des enseignants suppléants (2021-04-09)
Dépistage chez les travailleurs essentiels — une méthode « sûre, acceptable et peu coûteuse », conclut l’étude (2021-06-15)
WHO recommends Covid tests in schools (2021-07-02)
Ottawa a payé 924 millions pour des tests rapides sous-utilisés par les provinces (2021-07-08)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


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