Terrorisme : le manque de jugement du premier Ministre du Québec

14 février 2015

Introduction

À la fin du mois dernier, M. Couillard déclarait que l’intégrisme religieux était un choix personnel, digne de respect.

Le premier ministre a aussi plaidé en faveur des liens qui unissent le Québec aux pays qui bafouent les droits de la personne en général et ceux des femmes en particulier. « Il faut maintenir ces liens parce que la plus certaine façon de les rendre encore plus radicaux et éloignés de nos valeurs, c’est de les maintenir dans l’isolement. »

Donnons à M. Couillard le bénéfice du doute et présumons qu’il parlait des liens diplomatiques. De plus, supposons qu’il ne voulait pas vraiment dire qu’on doive éviter de critiquer les pays qui bafouent les droits des femmes, contrairement à ce que sa déclaration suggère.

Pour couronner le tout, il y a quelques jours, M. Couillard a indiqué que son gouvernement s’attaquerait non pas à l’intégrisme mais plutôt au radicalisme dont le meilleur exemple, selon lui, est l’option indépendantiste du Parti québécois.

Pauvre monsieur Couillard.

Le radicalisme politique violent

En 2012, l’attentat au Métropolis a été perpétré par un terroriste fédéraliste. Cet attentat a fait un mort et un blessé grave.

En 1984, la tuerie à l’Assemblée nationale du Québec a été perpétrée par un terroriste fédéraliste. Il a fait trois morts et treize blessés.

En 1970, des terroristes indépendantistes — le Front de libération du Québec — ont fait un mort.

Peu importe les efforts que M. Couillard tentera pour nous convaincre que ses adversaires politiques représentent un danger sécuritaire, le bilan du radicalisme politique au Québec est simple : depuis quarante ans, les terroristes fédéralistes ont tué quatre fois plus de personnes que les terroristes indépendantistes.

Cette utilisation de la peur par M. Couillard et cette déformation grossière des faits à des fins bassement partisanes sont indignes de sa fonction de chef d’État.

Coran et Charia

Ce qui distingue le Musulman « ordinaire » de l’intégriste islamique, c’est que le premier croit au Coran alors que le second respecte lui aussi le Coran, mais désire l’application intégrale de la Charia (un recueil de loi islamique datant des premiers siècles de l’Islam).

Cette distinction est fondamentale. Le Musulman « ordinaire » ne représente aucun danger sécuritaire. Contrairement aux idées reçues, le Coran ne prévoit aucune punition terrestre ni pour le blasphème ni pour l’apostasie.

C’est la Charia qui prévoit la peine de mort pour l’un et l’autre. De plus, ce sont les intégristes qui se croient investis de la Mission Divine de punir eux-mêmes les blasphémateurs et les apostats en les assassinant.

Le temps que M. Couillard et ses stratèges prennent à tenter de démoniser leurs adversaires politiques est du temps perdu. Ce temps perdu retarde le moment où son gouvernement se consacrera aux « vraies affaires », soit le radicalisme religieux saoudien, le mieux organisé et le mieux financé de tous.

Face à la montée de l’intolérance à l’égard des Musulmans d’ici, il est du devoir du premier Ministre d’affronter les préjugés en disant et en répétant à satiété que croire à la Bible juive, aux Saints Évangiles chrétiens ou au Coran, c’est pareil aux yeux de l’État; cela n’est pas identique, mais cela revient au même. Voilà ce que M. Couillard doit dire aux Québécois.

De plus, une mosquée, ce n’est rien d’autre qu’un local. Ce local n’est pas dangereux. Ce qui pourrait être dangereux, c’est ce qu’on prêche dans ce local.

Si on y prêche le Coran, pas de problème. Par contre, si on y prêche le respect scrupuleux de la Charia, on y promeut des croyances arriérées contraires aux valeurs québécoises. Voilà ce que M. Couillard doit dire.

Malheureusement, son refus de condamner l’intégrisme musulman et son refus d’utiliser ses bonnes relations personnelles avec le régime saoudien afin d’obtenir la libération inconditionnelle de Raïf Badawi, l’ont rendu suspect à beaucoup de Québécois et lui ont fait perdre l’autorité morale dont il a besoin pour calmer les esprits.

On ne peut pas maintenir la paix sociale au Québec, en laissant se répandre les préjugés, la suspicion, voire même la haine, à l’égard de citoyens respectables.

De plus, il est futile d’essayer d’empêcher des croyants de se réunir pour prier; cela est de la persécution religieuse.

L’islamophobie qui s’est emparée récemment du Québec est une honte. Et j’accuse publiquement M. Couillard d’en être partiellement responsable en s’abstenant de rassurer les Québécois.

Ce dernier n’a pas su faire preuve de leadership en défendant des citoyens au-dessus de tout soupçon accusés injustement. Ce que M. Couillard défend depuis le début, ce sont les intégristes alors qu’il laisse les Musulmans qui partagent nos valeurs en proie aux préjugés et à la suspicion.

Je ne comprends pas comment un parti politique responsable du Printemps érable et — par son immobilisme — de la montée de l’intolérance religieuse, puisse accuser ses adversaires d’aimer la chicane. Au contraire, le parti de la chicane, c’est le Parti libéral du Québec.

Depuis le début, M. Couillard fait preuve d’un grossier manque de jugement. Nous savons tous que des intérêts saoudiens sont au coeur du financement du terrorisme international. C’est peine perdue de tenter de nous convaincre que les intégristes saoudiens sont nos amis. Ils ne le sont pas.

Lorsqu’on sait que l’Arabie saoudite n’a même pas de constitution et que la Charia y fait office de code pénal, il est clair que tout dans nos valeurs s’oppose à l’obscurantisme de la dictature monarchique de ce pays.

De plus, confier implicitement la lutte à l’intégrisme aux municipalités du Québec, c’est abdiquer de ses responsabilités. C’est laisser l’esprit de clocher décider des enjeux sociaux du Québec.

M. Couillard doit se ressaisir, cesser les petites manigances idéologiques et se comporter en chef d’État.

Références :
L’Arabie saoudite et le financement d’Al-Qaida
L’intégrisme est un choix personnel, juge le premier ministre
Radicalisme: Péladeau et Drainville dénoncent les propos de Couillard
Sécurité: Couillard se fait rassurant

Paru depuis : Le Forum musulman affirme que les musulmans sont instrumentalisés (2015-02-20)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Définitions : radicalisme, islamisme, fondamentalisme et intégrisme

9 février 2015

Le radicalisme

Le radicalisme est l’expression d’une pensée en totale opposition avec la mentalité dominante dans une société donnée. Un communiste sera radical dans un pays démocratique alors qu’à l’opposé, le partisan de la démocratie parlementaire sera un contrerévolutionnaire (donc un radical) dans un pays communiste.

Le radicalisme est donc relatif. Le Carré rouge — c’est le surnom donné aux participants du Printemps érable — sera radical aux yeux d’un premier ministre chargé de maintenir la loi et l’ordre alors que les mesures destinées à réprimer les insurgés seront jugées excessives, voire radicales, par les protestataires, convaincus de la justesse de leur cause.

Islamisme

L’islamisme se dit d’un mouvement politique et religieux prônant l’expansion et le respect de l’islam et visant l’islamisation complète et totale du droit, des institutions, et du gouvernement.

Islam et islamisme sont donc très différents.

L’Islam est une religion. C’est la plus récente des trois grandes religions monothéistes (religions où les fidèles n’adorent qu’un seul Dieu). Essentiellement, ces trois religions ont beaucoup plus de points en commun qu’elles ne se distinguent entre elles. C’est ainsi que l’Ancien Testament des Chrétiens est calqué sur la Bible juive et que Jésus de Nazareth est considéré comme un prophète par les Musulmans.

L’islamisme est un mouvement politique qui s’appuie sur l’exemple du prophète Mahomet. Ce dernier fut originellement un chef religieux, puis un chef militaire et un chef d’État. C’est à partir de cet exemple que certains imams soutiennent que la religion musulmane doit non seulement être du domaine privé, mais que le droit de leur pays doit être basé sur la Charia, c’est-à-dire la jurisprudence du temps de Mahomet. En réalité, la Charia date des premiers siècles de l’Islam et reflète la mentalité qui prévalait probablement à l’époque du prophète.

En Arabie saoudite, il n’y a pas de constitution; la justice grossière qu’on y pratique s’appuie sur la Charia.

Au Québec, où les Musulmans ne représentent que 3% de la population, l’islamisme ne représente aucun danger. Non seulement le désir de voir la Charia avoir force de loi est combattu ici par de nombreux Musulmans eux-mêmes (notamment des Musulmanes), mais il est démographiquement impossible qu’une majorité de la population québécoise soit d’accord avec l’abandon de nos Chartes des droits et libertés au profit d’un texte dont de nombreuses dispositions sont d’un ridicule consommé.

Un exemple de ce ridicule ? Au moment de déféquer ou d’uriner, la Charia précise qu’il faut s’accroupir de façon à ne pas faire face ou à ne pas tourner le dos à La Mecque, la ville où Mahomet est né. Uriner en direction de La Mecque est une insulte à l’Islam. On doit donc conclure que nous devrions tous sortir de chez nous en possession d’une boussole et d’une carte du monde.

Malheureusement, on urine toujours en direction de quelque chose. En direction de La Mecque, cela manque de respect pour le Prophète. En direction du Vatican, cela pourrait offenser des Catholiques susceptibles. En direction de l’Arc de triomphe de l’Étoile, quel affront à la tombe du Soldat inconnu. En direction du Parlement canadien, c’est un manque flagrant de patriotisme. Bref, il est préférable de pisser couché, en direction des étoiles afin de n’offenser personne… du moins personne habitant notre système solaire. Quant à déféquer, je n’ose y penser…

Le blogueur Raïf Badawi a été condamné à dix ans de prison et mille coups de fouet pour avoir, entre autres, ridiculisé un imam saoudien qui soutenait que les astronomes devraient être punis lorsqu’ils publient des découvertes qui sont en contradiction avec l’interprétation littérale de la Charia.

Le fondamentalisme et l’intégrisme

Le fondamentalisme désigne l’attachement strict aux principes originels d’une doctrine religieuse.

L’intégrisme est l’attitude de certains croyants qui refusent toute évolution au nom d’un respect intransigeant et intégral de la tradition. Dans les faits, intégrisme et fondamentalisme sont synonymes.

L’intégriste prend le passé comme une référence absolue et voit le présent à la lumière d’une époque lointaine et fantasmée.

Ce phénomène n’est pas exclusif à la religion musulmane.

D’une certaine manière, on peut dire que les Juifs orthodoxes sont des fondamentalistes.

Au début de la réforme protestante, plusieurs chefs religieux incitèrent à la destruction des images religieuses — statues, peintures et reliques — dont la vénération était assimilée par eux à de l’idolâtrie et relevait donc du paganisme. Basé pourtant sur l’Ancien Testament — Tu ne te feras point d’image taillée, ni de représentation quelconque des choses qui sont en haut dans les cieux, qui sont en bas sur la terre, et qui sont dans les eaux plus bas que la terre — ce mouvement iconoclaste peut être qualifié de fondamentaliste.

Tout fondamentalisme s’appuie sur la croyance à une pureté originelle des textes sacrés qui se serait perdue avec les siècles. En réalité, les religions monothéistes sont toutes aux prises avec des textes sacrés dont certains commencent à montrer leur âge.

Par exemple, la Lévitique est un des cinq livres de la Torah. Il fait partie de l’Ancien Testament et exprime donc la Volonté présumée de Dieu. À l’alinéa 13 du chapitre 20, la Lévitique dit : « Si un homme couche avec un homme comme on fait avec une femme, ils ont fait tous deux une chose abominable; ils seront punis de mort. Leur sang est sur eux. ».

À l’alinéa 10 du même chapitre, la Lévitique dit également : « Si un homme commet adultère avec une femme mariée, et s’il commet adultère avec la femme de son prochain, ils seront tous deux punis de mort, l’homme et la femme adultères. ».

C’est donc à dire que si la Volonté de Dieu avait préséance sur la volonté des hommes (interdisant l’homicide), on serait habilité à tuer tous les homosexuels et tous les hétérosexuels (hommes ou femmes) qui ont participé à une aventure extra-conjugale. Cela représente probablement quelques milliards d’homicides.

En séparant l’État de l’Église et en assujettissant les doctrines religieuses aux lois civiles, on prévient un tel carnage.

Malheureusement, cette séparation n’existe pas dans certains pays. Dans ceux-ci, les fidèles se sentent investis de la Mission divine de faire respecter la doctrine qui leur est enseignée. Voilà pourquoi il suffit à un imam de rédiger une fatwa (c’est-à-dire un avis religieux) pour condamner à mort l’apostat ou le blasphémateur pointé du doigt.

Chez les Musulmans sunnites, l’équivalent du Vatican est l’Arabie saoudite. Puisque chez les Sunnites, n’importe qui peut devenir imam, il est fréquent que des imams sunnites se tournent vers leurs collègues d’Arabie saoudite afin d’obtenir un éclaircissement doctrinal relativement à un problème soulevé par un fidèle. Cet avis est très souvent utile.

Mais l’Arabie saoudite est également un pays où prévaut une mentalité arriérée. C’est par le biais des écoles coraniques fondamentalistes financées par l’Arabie saoudite et par le biais des fatwas de ses imams, que ce pays répand sournoisement son fondamentalisme.

Tout comme le Vatican passe sous silence les exigences gênantes de la Lévitique, les Musulmans d’ici sont confrontés à l’impossibilité de concilier les exigences tatillonnes de la Charia avec le monde moderne dans lequel ils vivent. Ces pionniers sont en train d’inventer — souvent malgré eux — un Islam moderne. Par leurs écrits et leurs combats, ces Musulmans influencent déjà les parents et amis qui demeurent ailleurs et qui doivent, eux, lutter au quotidien contre la montée de l’intégrisme.

L’exemple de nos Musulmans est superflu pour des pays comme la Tunisie, la Turquie et l’Indonésie, trois pays musulmans déjà évolués qui ont réussi à marier Islam et valeurs démocratiques.

D’autres pays auront besoin de cet exemple. Chez eux, le pouvoir est basé sur des alliances tribales et le citoyen n’a pas de valeur intrinsèque; il se juge à son ethnie, à sa religion et à sa relation avec le chef de sa tribu. Ces pays ont déjà un déficit technologique important. Dès qu’ils réaliseront à quel point le passéisme de leurs imams les a maintenus en marge de l’Histoire, leur colère pourrait entrainer le déclenchement d’un véritable Printemps arabe. Ainsi soit-il.

Références :
Iconoclasme
Le chapitre 20 de la Lévitique
Le petit livre vert de l’ayatollah Khomeyni
Les blasphèmes de Raïf Badawi

Parus depuis :
Oui, l’islamisme radical existe ici (2015-09-14)
Portland man accused of fatal train stabbing has outburst in court (2017-05-31)

Compléments de lecture :
Analyse de la haine antimusulmane au Québec
Arabes vs Musulmans
Bilan de la déradicalisation islamiste dans le Nord de l’Europe

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Écrit par Jean-Pierre Martel


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