Le meurtre de Rayshard Brooks

15 juin 2020

Introduction

Vendredi soir dernier, à Atlanta, des clients se plaignent qu’une voiture bloque la file des commandes à l’auto d’un Wendy’s.

Un policier arrive sur les lieux. Effectivement, un jeune ‘Noir’ est endormi au volant de sa voiture. Un deuxième policier le rejoint au bout de dix minutes.

Un peu plus d’une heure plus tard, le suspect est abattu par les policiers.

Que s’est-il passé entre les deux ?

Du réveil à la tentative d’arrestation

Lorsque le premier policier cogne à la vitre de l’automobile blanche, le conducteur dort d’un sommeil profond.

Même après que le policier ait ouvert sa portière et s’être adressé à lui à plusieurs reprises, le conducteur mettra plus d’une minute à se réveiller.

Encore confus, le conducteur se rendort et doit être réveillé de nouveau.

Mais après s’être garé à la demande du policier, le voilà réveillé pour de bon. Il déclare ne pas être armé et consent à la fouille corporelle.

Son haleine sent l’alcool. Pourtant son élocution est normale. Il ne montre pas de signe évident d’ébriété et la discussion est respectueuse.

Il a 27 ans. Il s’appelle Rayshard Brooks. Il est propriétaire du véhicule.

Il revient de la fête célébrant le 8e anniversaire de naissance d’une de ses trois fillettes, fête à l’occasion de laquelle il a consommé de l’alcool. Et il vient ici acheter la bouffe du repas du soir pour toute la famille.

À son arrivée, un deuxième policier, Garrett Rolfe, procède au test d’alcoolémie.

L’ivressomètre révèle qu’il a une alcoolémie de 108 mg %, ce qui est au-delà de la limite légale de 80 mg %.

À Montréal, les policiers auraient appelé un taxi, lui aurait demandé de rentrer à la maison et de revenir chercher son auto une fois sobre. Peut-être lui auraient-ils expédié une contravention par la poste.

Mais les deux policiers d’Atlanta voient les choses autrement; ils décident d’arrêter Rayshard Brooks pour ivresse au volant.

Strictement parlant, les policiers n’en ont pas la preuve.

Le suspect a bien une alcoolémie excessive. Mais alors qu’il ne circule plus sur la voie publique. Tout au plus, les policiers l’ont vu se garer tout près, à leur demande, dans un stationnement privé.

Avait-il une alcoolémie excessive en route vers le Wendy’s ? C’est possible, mais ce n’est pas certain.

Le seul devoir des policiers, c’est de s’assurer que le suspect ne prend pas la route dans l’état où il est. Ce n’est pas nécessairement de le placer en état d’arrestation.

Une tentative d’arrestation qui tourne au vinaigre

Au moment où les policiers allaient lui passer les menottes, nous sommes deux semaines après le décès de George Floyd, coopératif au moment de son interpellation, mais étranglé quand même après être devenu, une fois menotté, à la merci de ses bourreaux.

Rayshard Brooks panique alors et résiste à son arrestation.

Pendant que les deux policiers et lui sont tombés au sol et luttent au corps-à-corps, un des policiers tente d’activer son pistolet à impulsion électrique.

Rayshard Brooks frappe un des deux policiers, s’empare du Taser du premier policier arrivé sur les lieux et réussit à s’échapper.

L’agent Garrett Rolfe décharge son Taser sur Brooks, sans résultat apparent.

Dans sa fuite, Rayshard Brooks pointe le Taser quelque part derrière lui.

Voyant le suspect courir plus vite qu’eux, Garrett Rolfe sort son arme à feu et tire trois coups consécutifs dont deux atteignent mortellement le fuyard dans le dos.

Coup de pied de Garrett Rolfe à Rayshard Brooks agonisant

Encore sous l’effet de l’adrénaline, Garrett Rolfe déclare fièrement : « Je l’ai eu », puis frappe violemment du pied Rayshard Brooks, aggravant volontairement les dommages internes causés par ses deux coups de feu alors que Brooks est allongé au sol, agonisant.

Une aggravation des dommages internes qui a probablement contribué à rendre irréversible la descente de Rayshard Brooks vers la mort.

Analyse

L’incident a duré 75 minutes : 40 avant la tentative d’arrestation et 35 minutes après.

Rayshard Brooks a commis trois délits, tous trois survenus dans la seconde partie de cette affaire : il a volé un Taser, il a frappé un policier et il a résisté à son arrestation.

Trois délits qui ne sont pas punissables de la peine de mort.

Il s’agit également de trois délits qui n’auraient pas été commis si le suspect avait été traité à la manière montréalaise plutôt qu’américaine.

En vertu de la jurisprudence des États-Unis, le Taser n’est pas une arme létale.

Donc, à aucun moment, Rayshard Brooks ne représentait une menace mortelle pour les policiers. Conséquemment, il n’existe pas de justification légale pour son exécution.

S’il avait réussi à leur échapper, les policiers auraient pu demander des renforts, faire établir un périmètre dans les environs, utiliser des chiens renifleurs et effectuer une recherche assistée d’un hélicoptère…

Mais pourquoi faire appel à tous ces moyens ‘hollywoodiens’ ? Ils ont sa voiture blanche. Ils ont le numéro de sa plaque d’immatriculation. Ils connaissent son nom. Ils savent où il demeure.

Quelle était l’importance de tuer Rayshard Brooks avant qu’il leur échappe ?

Conclusion

Jusqu’à la fin de sa vie, une des trois fillettes de Rayshard Brooks pensera à la mort de son papa à chacun de ses anniversaires de naissance.

Un papa qui rêvait peut-être à elle, endormi paisiblement au volant de sa voiture, moins d’une heure avant de mourir.

Référence : What do we know about Rayshard Brooks?

Votre évaluation :
 Appréciation moyenne : 0 — Nombre de votes : 0

Laissez un commentaire »

| Fait divers, Racisme, Sociologie | Mots-clés : , , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Le néo-racisme multiculturel du NPD

10 juin 2020

C’est en 2004 qu’on a fait la preuve scientifique que les races n’existent pas.

Depuis le séquençage du génome humain cette année-là, on sait qu’un ‘Blanc’ typique et un Noir ‘pure race’ ont en commun entre 99,5% et 99,9% de leurs chromosomes. Or cette proportion est la même entre deux membres d’une même ‘race’.

Le racisme ne consiste pas à distinguer des différences de pigmentation de la peau entre deux personnes, mais à y attacher une importance démesurée.

Les États-Unis trainent un lourd passé de ségrégation raciale dont ils n’arrivent pas à se libérer. Même quand ses citoyens croient lutter contre le racisme, ils perpétuent involontairement cette importance démesurée.

Alors on ne parle pas de race, mais de personnes ‘racisées’, ce qui revient au même.

Dans ce pays, il n’est pas étonnant qu’on ait senti le besoin de colliger des données relatives aux taux d’infection et de mortalité au Covid-19 selon la ‘race’. Ces données ont révélé, sans surprise, que les personnes considérées comme ‘Noires’ étaient davantage victimes du Covid-19.

Lorsqu’on est persuadé que la vulnérabilité aux infections dépend de caractéristiques physiques inhérentes à l’individu, on est probablement moins motivé à entreprendre la lutte contre les inégalités sociales, cause véritable des taux d’infection différents.

Au Québec, l’Institut national de Santé publique ne compile pas de données en fonction des ‘races’ ni des origines ethniques.

Lorsqu’on lance une campagne de sensibilisation dans l’arrondissement de Montréal-Nord, on ne le fait pas parce qu’on y trouve des ‘Noirs’, mais parce que le nombre de cas y est plus élevé qu’ailleurs.

Et les masques qu’on y distribue gratuitement ne sont pas donnés exclusivement aux minorités ‘visibles’, mais à tous puisque la contagion affecte tous les pauvres du quartier, peu importe la pigmentation de leur peau.

Certains ne le voient pas ainsi. Le député néo-démocrate Matthew Green souhaite que le gouvernement fédéral force les provinces à colliger des données au sujet des décès au Covid-19 dans les ‘communautés racialisées’ (sic).

Concrètement, en remplissant le questionnaire, l’employé de la Santé publique devrait évaluer quel choix de réponses raciales définit le mieux la personne devant lui ou, si c’est cette denière qui répond elle-même, elle devra préciser à quelle race elle appartient.

Bref, on entretient le concept de la race.

Le député Matthew Green devrait se mêler de ses affaires et éviter de nous forcer à adhérer au néo-racisme multiculturel de sa formation politique.

Dans les milieux défavorisés, la promiscuité est plus grande que dans des milieux aisés.

La raison en est simple; les personnes riches ont les moyens d’habiter une résidence spacieuse alors que les gens pauvres ont tendance à louer des appartements trop petits parce qu’ils n’ont pas les moyens d’en louer de plus grands.

Si on devait colliger des données au sujet du taux d’infection au Covid-19 selon les milieux socio-économiques, on découvrirait que la pandémie fait davantage de victimes au sein des milieux défavorisés.

Peut-on croire sérieusement qu’une personne à la peau foncée qui habite une luxueuse maison à Outremont est plus à risque d’attraper le Covid-19 que son voisin à la peau claire ? Ou à l’inverse, que deux mendiants au centre-ville de Montréal ont des risques différents d’être atteints de la pandémie selon la couleur de leur peau ?

Colliger des données selon les ‘communautés racialisées’ favorise les stéréotypes. Par exemple, que les ‘Noirs’ ou les ‘Latinos’ sont plus contagieux (donc plus dangereux) que les autres.

Je n’arrive pas à comprendre comment les milieux qui se disent de gauche peuvent être à ce point aveugles pour ne pas réaliser que le multiculturalisme est le nouveau visage du racisme anglo-saxon.

Références :
Appropriation culturelle et racisme anglo-saxon
COVID-19 : les provinces devraient-elles colliger des données sur l’ethnicité?
L’invention des races humaines
Plaidoyer pour recueillir les données sur la COVID-19 liées à l’ethnicité

Votre évaluation :
 Appréciation moyenne : 5 — Nombre de votes : 1

Un commentaire

| Politique canadienne | Mots-clés : , , , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


La poudrière américaine

1 juin 2020

Préambule

En 2012, George Zimmerman, fils d’un magistrat, s’était donné la mission de sécuriser son quartier. Le soir du 26 février, cette sentinelle bénévole remarque et suit un jeune ‘Noir’ qu’il juge suspect. Excédé par sa longue traque, Trayvon Martin, 17 ans, se retourne contre son harceleur et exprime sa vive contrariété. Les deux en viennent aux coups. George Zimmerman sort alors son arme et tue Trayvon Martin, non armé.

Invoquant la légitime défense, l’assassin sera innocenté par un jury. La cause ne sera pas portée en appel.

La banalité de l’assassinat aux États-Unis

Les émeutes qui perdurent ces jours-ci aux États-Unis étaient parfaitement prévisibles.

Depuis des siècles, ce pays se caractérise par l’exploitation de l’homme par l’homme. Une exploitation verrouillée par un système juridique d’extrême-droite toujours prête à innocenter le meurtre d’un ‘Noir’ américain par un ‘Blanc’, qu’il soit policier ou non.

Les faits relatés en préambule à ce texte ne constituent pas qu’une simple anecdote dans un grand pays où il est normal que quelques bizarreries surviennent; ces faits sont l’illustration parfaite de la violence banale exercée quotidiennement contre les ‘Noirs’ et légitimée par un système juridique raciste.

Les États-Unis sont un pays où règne l’importance démesurée accordée à la pigmentation de la peau. Où même l’antiracisme perpétue malgré lui cette démesure. Ce qui explique, par exemple, le concept d’appropriation culturelle dont l’effet est de museler les artistes ‘Blancs’ qui critiquent l’esclavage.

Ce policier de Minneapolis — agenouillé sur la gorge d’un ‘Noir’ menotté (donc impuissant) qu’il étrangle froidement — se sait filmé. Il opère en plein jour. Il l’assassine publiquement pendant huit longues minutes. Sourd aux supplications de sa victime. Pourquoi le fait-il sans gêne ?

Parce qu’il sait qu’il s’en tirera. Que derrière lui, un système juridique profondément raciste l’innocentera de tout reproche. Qu’il sera même grassement dédommagé pour les sanctions qu’on lui imposera pour calmer l’indignation éphémère de protestataires sans pouvoirs réels.

Ces émeutes ne sont pas les premières contre le racisme aux États-Unis. Depuis des décennies, toutes les autres ont échoué à changer durablement ce pays. Parce que le respect de l’ordre établi y prévaudra. Seule une seconde révolution américaine pourrait y parvenir.

Les Américains y sont-ils prêts ? Je n’en suis pas certain.

Conclusion

Il y a moins de dix jours, j’écrivais un texte prémonitoire intitulé ‘Les États-Unis : sur la voie d’une guerre civile ?’.

Ce texte permet de comprendre que ces émeutes actuelles sont l’expression de la perte de confiance d’une partie des Américains (surtout les jeunes) à l’égard des institutions de leur pays.

Le tout s’inscrivant dans un contexte où les cent-mille morts américains du Covid-19 ont laissé derrière eux un grand nombre de citoyens endeuillés qui croient les dirigeants politiques du pays partiellement responsables de ce bilan meurtrier. Et où plus de quarante-millions de chômeurs — sur une population adulte de 209 millions de personnes — ont tout le loisir d’exprimer leur ras-le-bol et leur colère.

Références :
Affaire Trayvon Martin
Appropriation culturelle et racisme anglo-saxon
De Minneapolis à Washington, une 6e nuit de fureur
Les États-Unis : sur la voie d’une guerre civile ?

Votre évaluation :
 Appréciation moyenne : 0 — Nombre de votes : 0

2 commentaires

| Politique internationale, Racisme, Sociologie | Mots-clés : , , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


L’invention des races humaines

6 juin 2019

 

Cliquez sur l’image pour démarrer

Introduction

Il y eut une époque où la pigmentation de la peau n’était qu’une parmi les nombreuses caractéristiques qui permettaient de distinguer les êtres humains.

Évidemment, il y avait les femmes et hommes, aux attributs vestimentaires et anatomiques très différents. Il y avait aussi les grands et les petits. Les gros et les maigres. Ceux aux yeux noirs, bleus ou gris. Les moustachus, les rasés et les imberbes. Les personnes aux cheveux noirs, châtains, blonds ou blancs.

Pour ce qui est de la peau, elle pouvait être ridée et basanée comme celle du travailleur aux champs ou être lisse et rose comme celle d’une religieuse cloitrée. Et les gens pouvaient avoir différentes carnations, ce qui implique différentes pigmentations cutanées.

Quand le groupe ethnique se fait race

Le mot ‘race’ a toujours été imprécis.

Selon le contexte, le mot pouvait désigner l’ensemble des membres d’une lignée (ex.: ‘Par ses manières, on devinait qu’il était de race noble’), les détenteurs d’une caractéristique physique ou morale (ex.: ‘Rendons hommage à celui qui fut de la race des grands bâtisseurs de la Patrie’), l’appartenance à un groupe ethnique (ex.: ‘Longue vie à la race britannique’), et pouvait même se transformer en insulte (ex.: ‘Race de vipère ! Voilà ce que tu es’).

Dans les trois derniers couplets de l’hymne national canadien —  ceux qu’on ne chante jamais — on fait référence deux fois à la race.

La première fois pour rappeler que le Canadien est né d’une race fière. Et la seconde fois pour en appeler à la loi pour nous guider parmi les races ‘étrangères’.

Le rationalisme du XIXe siècle

Une des grandes obsessions du XIXe siècle fut de comprendre et de chercher à mettre de l’ordre dans le chaos de l’univers.

Dimitri Mendeleïev publie en 1869 son tableau périodique des éléments. Tout le règne minéral y trouve sa place, y compris des métaux alors inconnus.

À la suite des travaux du naturaliste Carl von Linné, des botanistes et des naturalistes s’affairent à découvrir des espèces vivantes et à les hiérarchiser soigneusement en règnes, en embranchements, en classes, en ordres, en familles, en genres et en espèces.

Linné fut le premier à suggérer l’existence de variétés humaines (comme il y avait des races canines), sans suggérer que certaines variétés étaient supérieures à d’autres.

Contrairement à d’autres caractéristiques physiques — retrouvées de manière variable au sein de tous les peuples — la couleur de la peau était une caractéristique spécifique des membres d’une même population.

D’où l’idée que cette caractéristique, associée à la morphologie (largeur du nez, protubérance de l’arcade sourcilière, forme des yeux, etc.) permettait de classer les êtres humains en différentes races.

À l’époque, cette démarche scientifique était soutenue par les pouvoirs publics car elle donnait une justification morale à la domination des Européens sur les peuples des colonies, notamment en Afrique.

La renaissance du racisme

Le grand paradoxe des pays au lourd passé colonial (comme le Canada et les États-Unis), c’est que même en tentant d’échapper à un passé qu’ils jugent honteux, la population de ces pays perpétue l’importance démesurée attachée à la pigmentation de la peau.

C’est ainsi qu’on croit faire mieux en parlant, non pas de races, mais plutôt de ‘peuples racisés’. Ce néologisme signifie ‘peuples à qui une race a été attribuée…’. (sous-entendu : ‘…par ceux qui croient faussement au concept de race’).

Malheureusement, l’utilisation d’euphémismes ou de néologismes pour parler de collectivités définies selon la pigmentation de leur peau perpétue l’importance excessive accordée à cette pigmentation, un excès qui est à la base même du racisme.

Minorités visibles désigne les ‘non Blancs’ dans une société majoritairement blanche. Entre nous, a-t-on déjà vu un être humain invisible ? Il s’agit donc ici d’un pléonasme puisque toutes les minorités raciales sont visibles.

De la même manière, on parlera d’Afro-Américains — une désignation basée sur la géographie — plutôt que sur la pigmentation de la peau.

Le problème, c’est qu’en réalité, le mot ‘Afro-Américain’ signifie ‘Noir’.

Voilà pourquoi un Algérien qui émigre aux États-Unis ne sera jamais un Afro-Américain — même si l’Algérie est en Afrique — si la couleur de sa peau est seulement olivâtre.

Quant au concept d’appropriation culturelle appliquée aux arts de la scène, c’est une manière de perpétuer le racisme anglo-saxon et sa manie de créer des zones d’exclusion pour ceux dont la couleur de la peau n’est pas la bonne.

Conclusion

L’isolement géographique, l’interdiction des mariages interreligieux, et la peine de mort infligée aux coupables de relations sexuelles interraciales maintenaient autrefois la spécificité de la pigmentation cutanée comme vecteur identitaire.

Mais l’abolition de la ségrégation raciale et l’immigration intercontinentale ont brouillé les contours de la race.

S’il est facile de qualifier de ‘Métis’ ou de ‘Mulâtres’ ceux issus d’un premier croisement interethnique, ces mots perdent leur sens après une multitude de croisements qui ont considérablement ‘dilué’ les caractéristiques qui les définissaient.

À partir de quelle pigmentation cutanée cesse-t-on d’être un Blanc ? À partir de quelle ‘dilution génétique’ cesse-t-on d’être Noir ?

Depuis le séquençage du génome humain en 2004, on sait qu’un Blanc typique et un Noir ‘pure race’ ont en commun entre 99,5% et 99,9% de leurs chromosomes. Or cette proportion est la même entre deux membres d’une même ‘race’.

Références :
Carmen vs SLĀV
Histoire du racisme
Ô Canada et la laïcité
Race humaine
Y-a-t-il des races humaines ? Pourquoi autant de couleurs de peau ?

Un témoignage :
Pour que l’histoire ne se répète pas! (2020-06-06)

Votre évaluation :
 Appréciation moyenne : 0 — Nombre de votes : 0

Laissez un commentaire »

| Racisme, Sociologie | Mots-clés : | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Trois viols masculins célèbres aux États-Unis

27 février 2017

New York 1997

Il y a vingt ans cette année, un noir de trente ans était sodomisé dans la toilette d’une station de police new-yorkaise à l’aide d’un manche à balai brisé.

La victime eut la vessie et le colon perforés et passa deux mois à l’hôpital.

Le policier responsable fut condamné à trente ans d’emprisonnement et la ville versa 8,7 millions$ à la victime.

Chicago 2004

Le 28 aout 2004, un policier de Chicago et un patrouilleur ont arrêté un suspect noir de vingt ans, l’ont menotté, l’ont amené dans une ruelle où ils l’ont dévêtu, puis lui ont inséré profondément un tournevis dans le rectum.

La plainte en déontologie policière a été rejetée pour insuffisance de preuve.

Le plaignant s’est alors tourné vers les tribunaux civils. En dépit du parjure des policiers, le plaignant a eu gain de cause en raison de la présence de matières fécales trouvées dans le coffre à gants où se trouvaient plusieurs tournevis dans la voiture de police utilisée ce soir là.

La ville de Chicago a été condamnée à payer au plaignant quatre-millions$ plus ses frais d’avocat. Mais les policiers blâmés par le tribunal n’ont pas été punis; l’officier a conservé son poste (rémunéré à raison de 90 618$US), de même que le patrouilleur (87 384$US).

Dietrich 2015

Le village de Dietrich, dans l’État américain de l’Idaho, compte 334 habitants.

Le 22 octobre 2015, trois étudiants blancs (dont deux mineurs) ont attaqué le fils adoptif d’un de leurs professeurs de sciences.

Âgé de 17 ans au moment de l’incident, ce jeune noir attardé était victime de harcèlement à l’école. En plus d’insultes raciales, on le forçait à réciter les paroles de chansons célébrant le lynchage de noirs par le Ku Klux Klan.

Au cours de l’attaque, son harceleur principal a inséré un cintre dans l’anus de sa victime après que ses deux complices aient plaqué au sol l’adolescent noir.

En échange d’un plaidoyer de culpabilité sous des chefs d’accusation réduits, les procureurs ont laissé tomber les accusations de nature sexuelles contre l’accusé, ce qui aurait pu lui valoir un emprisonnement à perpétuité puisque la victime était encore mineure au moment de l’incident.

Si bien que dans le jugement rendu le 24 février dernier, l’accusé s’en est sorti avec 300 heures de travail communautaire et une période de probation de trois ans.

La famille du jeune noir a quitté l’Idaho depuis. La victime vit maintenant en institution après plusieurs tentatives de suicide.

Une pétition en ligne destinée à obtenir la destitution du juge a recueilli plus de 150 000 signatures en trois jours.

Références :
Idaho judge rules attack on high school football player was ‘not a rape’ or racist
The Abner Louima Case, 10 Years Later
US police officer who ‘sodomised black man with screwdriver’ allowed to keep working
White classmate avoids jail in coat-hanger assault of disabled black teenager

Votre évaluation :
 Appréciation moyenne : 0 — Nombre de votes : 0

Laissez un commentaire »

| Racisme, Sociologie | Mots-clés : , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Quand les relations publiques servent de paravent au racisme

2 juillet 2015

Jacky Alciné est un jeune noir américain. En voulant trier ses photos à l’aide de Google Photos, ce dernier fut choqué de voir que le module de reconnaissance faciale l’identifiait — lui et une de ses amies — comme des gorilles.

Très vite, Google a réagi en présentant ses excuses et en retirant la catégorie « gorille » parmi la multitude de catégories offertes par défaut par Google Photos.

Alors que les géants de Silicone Valley essuient des critiques de plus en plus vives relativement à la place insignifiante des Noirs au sein de leur personnel, ces compagnies ont adopté un certain nombre de mesures qui, malheureusement, se limitent au domaine des relations publiques.

Ainsi, Twitter a créé un poste de vice-président à la Diversité et à l’Inclusion. La titulaire, Janet Van Huysse, a publié l’an dernier un texte relatif aux efforts de sa compagnie pour augmenter la proportion de femmes et de membres de minorités ethniques au sein du personnel.

À la lecture de ce document, on ne peut que constater le gouffre qui sépare les propos dithyrambiques de Mme Van Huysse en faveur de Twitter, et les données factuelles qui illustrent ce texte et qui prouvent exactement le contraire.

Diversite_ethnique_Twitter
 
Ci-dessus, en jaune, la proportion de Noirs employés de Twitter (entre 2 et 4%, selon les catégories), alors que les Noirs constituent 13,6% de la population américaine.

L’exagération des propos de la vice-présidente de Twitter est à ce point grotesque que son texte en est drôle.

Mais Twitter n’est pas la seule compagnie à nier l’évidence.

Facebook est très fier d’annoncer qu’il a presque doublé le nombre de ses employés Afro-Américains au cours de la seule année de 2014. En embauchant cinq fois plus de Noirs en 2014 — comparativement aux 7 embauchés en 2013 — la compagnie a fait passer le nombre de ses employés Noirs de 45 à 81… parmi les 5 479 personnes de son personnel américain.

En raison de la croissance générale de ses effectifs, la proportion des Noirs est demeurée tout aussi insignifiante, passant de 1,1% à 1,5%.

Ce qui n’empêche pas Maxine Williams — la chef globale de la Diversité chez Facebook — d’affirmer que sa compagnie est déterminée à créer un environnement de travail qui reflète la diversité ethnique et culturelle du pays.

Quant à Google, seulement 2% de son personnel est Noir. On murmure que si davantage de ses programmeurs étaient Noirs, Google Photos saurait peut-être distinguer les Noirs des gorilles…

Références :
Building a Twitter we can be proud of
Facebook’s black employees still only 1.5% of staff despite diversity gains
Google confond le portrait d’Afro-américains avec des gorilles et s’excuse
La technologie de reconnaissance faciale est-elle raciste?
Twitter employs only 49 African Americans despite diversity pledges

Votre évaluation :
 Appréciation moyenne : 0 — Nombre de votes : 0

Laissez un commentaire »

| Racisme | Mots-clés : , , , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Une injustice de moins

5 février 2011

Partout dans le monde, de jeunes gens sont déshérités et rejetés par leur communauté parce qu’ils ont contracté un mariage (souvent inter-religieux) à l’encontre de la volonté de leurs parents. Dans des cas extrêmes, ce rejet peut aller jusqu’à la lapidation de la personne qui a enfreint ainsi les tabous de sa secte.

Au Canada, les rejets les plus fréquents concernent les autochtones expulsés de leur réserve.

Depuis toujours, un autochtone de sexe masculin peut épouser une « blanche », conserver son statut d’indien et le transmettre à ses enfants. À l’opposé, avant 1985, une autochtone de sexe féminin qui épousait un « blanc » perdait automatiquement son statut d’indien. Cette « malédiction » s’étendait également à sa progéniture.

Dans certains cas, elle pouvait bénéficier de la tolérance de sa communauté et demeurer dans la réserve pendant un certain temps. Mais inévitablement, un ordre d’expulsion la chassait de sa communauté. Certaines réussissaient à refaire leur vie à l’extérieur : d’autres, moins chanceuses, connaissaient la misère.

En 1985, on a aboli partiellement cette différence de traitement : les femmes pouvaient conserver leur statut d’indien. Toutefois, elles ne pouvaient toujours pas transmettre ce titre à leurs « bâtards », contrairement à la progéniture née de l’union entre un homme indien et une « blanche ».

Il a fallu un jugement de Cour d’appel de la Colombie-Britannique, en 2009, pour forcer le gouvernement fédéral à corriger cette discrimination.

Depuis l’entrée en vigueur, le lundi 31 janvier dernier, de la Loi sur l’équité entre les sexes relativement à l’inscription au Registre des Indiens, 45 000 descendants autochtones ont retrouvé leur statut d’indiens.

Cette bonne nouvelle ne doit pas nous faire oublier que le contexte législatif canadien concernant chaque indien — dont l’identité est consignée dans un registre national — découle de vieux traités anglais coloniaux. Leurs dispositions racistes, basées sur la pureté du sang, seraient aujourd’hui invalidées par n’importe quel tribunal international.

On doit se rappeler que le pape Jean-Paul-II a condamné publiquement le sort que réserve le Canada aux premières nations de ce pays et que le système des réserves indiennes au Canada et aux États-Unis a servi de modèle à la création de l’apartheid en Afrique du Sud.

Donc à défaut d’avoir renégocié ces vieux traités honteux à la satisfaction de toutes les parties concernées, on en est rendu à rapiécer une législation raciste pour lui donner un semblant de justice et d’équité.

Référence : 45 000 Canadiens pourront retrouver le statut d’Indien

Votre évaluation :
 Appréciation moyenne : 0 — Nombre de votes : 0

Laissez un commentaire »

| Politique canadienne, Racisme | Mots-clés : , , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Mini « Nuit de Cristal » à Montréal

17 janvier 2011
Cliquez sur l’image pour l’agrandir

Dans la nuit de samedi à dimanche dernier, trois synagogues, une école et une garderie juives ont été vandalisées dans l’ouest de Montréal. Cela n’est pas une coïncidence : il s’agit clairement d’actes racistes concertés, perpétrés par les même gens.

À mon avis, cette mini « Nuit de cristal » est totalement inacceptable.

On peut fermer les yeux, se dire qu’après tout personne n’en est mort, que ce ne sont pas des bombes, que c’est seulement quelques dommages matériels insignifiants, mais on aurait bien tort puisque nous sommes en présence d’actes haineux. Or la haine, on sait quand elle commence mais on ne sait pas quand elle finit.

Nous sommes tous québécois, peu importe notre religion ou notre groupe ethnique. Si quelqu’un a des griefs contre l’État d’Israël, il peut s’exprimer librement mais il n’a pas à tenter de se venger sournoisement sur les Québécois de religion hébraïque ou sur les institutions juives du Québec.

Voulons-nous voir des actes d’intimidation pousser des Québécois appartenant à des ethnies impliquées quelque part dans le monde dans des conflits — Juifs vs Arabes, Chiites vs Sunnites, Sikhs vs Indiens, Arméniens vs Turcs, etc. — sentir le besoin de créer leur propre milice armée pour se protéger ? Voulons-nous voir la multiplication des permis pour port d’arme ? Laissons s’installer un sentiment d’insécurité et c’est exactement ce qui va arriver.

Le pharmacien Gaston Beauchesne, de Hull, est décédé dans l’explosion du vol 182 d’Air India perpétré par des terroristes Sikhs du Canada pour se venger de l’assaut de l’armée indienne contre un temple dans lequel des rebelles Sikhs armés étaient retranchés. On a donc tort de croire que la violence interculturelle n’affecte que les groupes concernés. Par conséquent, que les peuples qui se détestent règlent leurs différents chez eux, pas ici.

Quant aux auteurs de ces actes de vandalisme, je leur souhaite une punition exemplaire qui fera réfléchir tous ceux qui seraient tentés de les imiter.

Référence : Cinq établissements juifs vandalisés

Détails techniques de la photo :
Canon Powershot G6 — 1/125 sec. — F/2,2 — ISO 50 — 7,2 mm


Post-scriptum : Ce texte a été publié dans le quotidien Le Devoir. On pourra lire les commentaires qu’il a suscités en cliquant ici.
 

Votre évaluation :
 Appréciation moyenne : 0 — Nombre de votes : 0

Laissez un commentaire »

| 2003-2012 (années Charest), Politique québécoise, Religion | Mots-clés : , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


%d blogueurs aiment cette page :