Le racisme systémique en mode binaire

11 février 2021

Racisme et racisme

Lorsque j’étais adolescent, le racisme, c’était tout ou rien; ou bien on était raciste, ou bien on ne l’était pas.

Depuis, je me suis rendu compte qu’il y a des degrés dans le racisme.

On peut être indifférent aux problèmes éprouvés par les membres d’une communauté ethnique. Ce manque d’empathie généralisé est une forme minimale de racisme.

On peut aussi craindre ou ne pas aimer leur présence. Ou croire qu’ils partagent les mêmes défauts ou les mêmes insuffisances. Parce que, dit-on, ils sont tous comme ça

Au-delà du préjugé, on peut leur souhaiter collectivement du mal.

Et finalement, on peut prendre des moyens pour leur infliger soi-même des sévices ou leur causer la mort.

À des degrés divers, tout cela est du racisme.

Même si chaque personne raciste est susceptible d’évoluer (positivement ou non), on doit distinguer les degrés de sévérité du racisme. En effet, on n’applique pas les mêmes remèdes lorsqu’une maladie est bénigne ou sévère.

Il en est de même du racisme systémique.

Les degrés du racisme systémique

Le Canada et les États-Unis sont deux pays nés de la dépossession violente de territoires occupés par des peuples autochtones et l’assujettissement de ces derniers à un apartheid juridique qui vise à leur extermination physique ou à leur assimilation culturelle.

Sans entrer dans de longues discussions quant au sens qu’on doit donner au qualificatif systémique, il est clair qu’une politique coloniale l’est toujours dans la mesure où elle s’appuie sur tous les pouvoirs répressifs de l’État.

Justin Trudeau, premier ministre du Canada, a donc raison de reconnaitre le racisme systémique exercé contre les peuples autochtones du pays.

Là où le Canada se distingue de son voisin du Sud, c’est à l’égard des groupes ethniques dispersés au sein de la population, notamment les personnes à la peau pigmentée.

Depuis des décennies, les Québécois qui sont membres de la communauté haïtienne de Montréal sont l’objet de contrôles d’identité alors qu’aucun méfait n’a été commis.

Ceux-ci ont raison de s’en plaindre puisqu’il s’agit de microagressions qui, à la longue, constituent une forme de harcèlement. Un harcèlement contre lequel les autorités politiques n’ont pas fait grand-chose jusqu’ici.

À titre de comparaison, de toute ma vie, il ne m’est jamais arrivé d’être interpelé par un policier pour rien.

Comparons cela à la situation aux États-Unis.

Le cas de George Floyd — étranglé publiquement par un policier (avec la complicité de trois autres) — est mondialement connu.

Ce qu’on ignore généralement, c’est que dans ce pays, tous les parents ‘Noirs’ doivent un jour procéder à The Talk auprès de leurs adolescents.

The Talk est un exposé au sujet de la soumission dont doit faire preuve tout ‘Noir’ interpelé par un policier ‘Blanc’; s’adresser à lui en l’appelant ‘Sir’, ne pas élever la voix, obéir sans discussion à chacune de ses requêtes même celles qui semblent humiliantes, ne faire aucun geste brusque, etc.

À défaut de quoi ce dernier pourrait abattre le ‘Noir’ sans préavis et être innocenté ultérieurement de toute accusation sous le prétexte qu’il s’est senti menacé.

Références :
En marge du meurtre de George Floyd
Kenosha : les mauvaises fréquentations policières
Le meurtre de Rayshard Brooks
Le transport aérien d’urgence d’enfants autochtones malades : la cruauté de l’État québécois
Racisme systémique : la complicité de Washington à l’égard du KKK
Risk of being killed by police use of force in the United States by age, race–ethnicity, and sex
Trois viols masculins célèbres aux États-Unis

Complément de lecture : L’invention des races humaines

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Kenosha : les mauvaises fréquentations policières

28 août 2020

Les supplétifs

Tout comme la marine royale anglaise comptait autrefois sur des corsaires pour attaquer de leur côté les navires de la flotte ennemie, le système répressif américain compte sur des supplétifs pour faire les sales besognes.

Ces supplétifs sont des justiciers (ou ‘vigilantes’ en anglais) qui estiment que la criminalité n’est pas suffisamment punie et qui se donnent comme mission de faire respecter la loi à leur manière.

La relation entre les supplétifs et les forces de l’ordre est incestueuse.

Selon un rapport du FBI, depuis vingt ans, les groupes suprémacistes blancs ont infiltré les forces de l’ordre dans toutes les régions des États-Unis, plus particulièrement dans les États suivants : l’Alabama, la Californie, le Connecticut, la Floride, l’Illinois, la Louisiane, le Michigan, le Nebraska, l’Oklahoma, l’Oregon, le Texas, la Virginie, l’État de Washington, et la Virginie-Occidentale.

Depuis le début de ce millénaire, des centaines de policiers américains ont été pris à poster des messages racistes sur les médias sociaux.

Le cas de Kenosha

Kenosha est une ville de cent-mille habitants située au Wisconsin (au sud-ouest des Grands Lacs).

L’État du Wisconsin est voisin du Minnesota, où George Floyd a trouvé la mort le 25 mai dernier.

Le 23 aout, à Kenosha, un policier blanc tire sept balles à bout portant dans le dos de Jacob Blake, un ‘Noir’ américain de 29 ans non armé qui refusait de lui obéir.

Après deux jours de protestations qui se sont terminées, la nuit tombée, par des actes de vandalisme, 250 soldats de la Garde nationale du Wisconsin se sont joints aux policiers de la ville.

Parallèlement, sur des médias sociaux, les milices de justiciers ont été appelées en renfort. Pour l’instant, on ignore l’identité des personnes qui ont lancé cet appel aux armes.

Dès le soir du 25 aout, des justiciers ont accouru de toute la région et se sont postés loin des manifestants, mais à dix pas des véhicules blindés de la Garde nationale du Wisconsin.
 

Cliquez sur l’image pour démarrer

Un de ces justiciers a 17 ans. Il vient d’Antioch, une petite ville située à 35 km en auto. Il est venu seul puisque dans cet État, on obtient son permis de conduire à 15 ans.

C’est lui qu’on voit de dos dans l’image-titre du clip vidéo ci-dessus.

On le suit alors qu’il va réclamer une des bouteilles d’eau que les soldats de la Garde nationale distribuent gratuitement aux justiciers venus les aider.

Un des militaires se permet alors cette confidence : « We appreciate you.» (traduction : Nous vous apprécions).

Le jeune justicier les quitte pour se diriger droit vers les manifestants. Croyant naïvement que la seule vue de sa Kalachnikov AK-15 les ferait fuir, il s’est bientôt retrouvé seul, entouré de manifestants hostiles.

Au cours de la confrontation qui a suivi, il tue deux personnes et en blesse une autre.

Maintenant craint pour vrai, le jeune tueur poursuit sa route vers les policiers de la ville postés à l’autre bout de la rue.

L’arme à feu bien en vue, les policiers le laissent passer en dépit des passants qui leur crient que ce gars-là venait de tuer des gens. Ce qu’ils savent déjà, ayant vu cela d’eux-mêmes à l’aide des jumelles dont sont équipées toutes les autopatrouilles de la ville.

Le lendemain, en conférence de presse, le chef de police de Kenosha résume les évènements de la veille :

« Le couvre-feu [que nous avons imposé] sert à protéger des vies. S’il n’y avait pas eu ces personnes sur la rue en violation du couvre-feu [en parlant des manifestants], la situation d’hier ne serait pas arrivée.

Par ailleurs, la nuit dernière, un individu de 17 ans d’Antioch, en Illinois, a été impliqué dans l’usage d’une arme à feu afin de résoudre le conflit

Ses mots exacts : « …to resolve whatever conflict was in place.»

Alors récapitulons.

À Kenosha, un policier tire sept balles dans le dos d’un jeune ‘Noir’ non armé alors que ce dernier n’était pas une menace à la sécurité de ce policier.

Trois jours plus tard, un jeune ‘Blanc’ déambule publiquement alors qu’un couvre-feu est en vigueur, tue deux personnes sous les yeux des policiers qui le laissent calmement rentrer chez lui pour la nuit.

Pendant ce temps, les forces policières se sont assurées que Jacob Blake — paralysé de la taille aux pieds et sous forte médication antidouleur — ait la cheville enchainée à son lit d’hôpital comme s’il s’agissait d’un animal.

Conclusion

Le cas de Kenosha illustre la connivence qui existe présentement entre les forces de l’ordre et des supplétifs armés appartenant généralement à des organisations d’extrême droite.

Cette connivence est la partie visible et éloquente du racisme systémique qui s’est enraciné profondément dans la société américaine.

Changer cela prendrait une révolution. Celle-ci est en cours; c’est le mouvement Black Lives Matter.

Mais avant même que cette révolution ait porté le moindre fruit, les forces policières — infiltrées depuis des décennies par des suprémacistes ‘blancs’ — s’allient à des extrémistes armés pour étouffer ce mouvement de libération et tenter de perpétuer ce racisme systémique qui prévaut aux États-Unis depuis des siècles.

Références :
California police worked with neo-Nazis to pursue ‘anti-racist’ activists, documents show
En marge du meurtre de George Floyd
Hidden in Plain Sight: Racism, White Supremacy, and Far-Right Militancy in Law Enforcement
Jacob Blake : ce que l’on sait sur les événements qui ont précédé les tirs de la police
Less than 3 minutes passed between when Kenosha police arrived and when Jacob Blake was shot, according to dispatch audio
Portland suffers serious street violence as far right return ‘prepared to fight’
White supremacists and militias have infiltrated police across US, report says

Paru depuis :
Nearly 1,000 instances of police brutality recorded in US anti-racism protests (2020-10-29)

Complément de lecture :
Far-Right Extremism Taints German Security Services in Hundreds of Cases (2020-10-06)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


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