Le faux 20$

9 juin 2020

À l’origine de l’affaire George Floyd, un commerçant appelle la police de Minneapolis parce qu’un suspect tente de lui passer (ou a réussi à lui passer) un faux billet de 20$.

À Montréal, n’importe quel policier lui aurait simplement répondu de refuser le billet (s’il ne l’a pas encore accepté) ou de le mettre de côté alors qu’un de ses collègues passera le voir d’ici 48 heures afin de recueillir son témoignage et d’emprunter la cassette de l’enregistrement vidéo.

De manière générale, au Canada, on lutte contre le faux-monnayage non pas en embauchant plus de policiers, mais en fabricant des billets plus difficile à contrefaire.

On ne saura jamais si Georges Floyd a tenté sciemment d’écouler un faux billet ou s’il a refilé sans le savoir un faux billet reçu de quelqu’un d’autre.

Mais son arrestation sur-le-champ a nécessité l’intervention de quatre agents dans deux voitures de police.

Le cout de cette intervention policière est considérablement plus élevé que le méfait. Du simple point de vue des couts-bénéfices, cette intervention est un gaspillage des fonds publics.

D’où la question : pourquoi était-ce si important de l’arrêter ?

Cette arrestation se justifie dans une société répressive, obsédée par le respect de la loi et de l’ordre; avec leurs deux millions de prisonniers, les États-Unis ont le plus haut taux d’incarcération au monde.

À l’issue de la guerre en Irak, l’armée américaine a vendu aux enchères son matériel militaire excédentaire aux villes du pays.

La militarisation des corps de polices se justifie par le désir de protéger la vie des agents de la paix; il y tellement de détenteurs d’armes à feu dans ce pays que toute arrestation fait courir aux policiers un péril mortel.

Si bien que de plus en plus, les arrestations policières sont d’une brutalité — en particulier dans les quartiers défavorisés — qui se caractérise par un déchainement de violence longtemps cachée, mais dont on mesure aujourd’hui l’ampleur grâce à la publication de clips vidéos réalisés à l’aide de téléphones multifonctionnels.

Longtemps diffusés par le biais de YouTube et des médias sociaux, ces clips vidéos se sont frayé depuis peu un chemin jusque dans les bulletins de nouvelles des grandes chaines de télévision américaine.

Depuis deux semaines, il ne se passe plus une journée sans que l’Américain moyen assiste horrifié à la barbarie de certaines arrestations policières.

Si bien que l’image qu’on retient est celle d’un État policier où les forces de l’ordre sont devenues les ennemies du peuple.

Une fois dissipé le vent actuel de révolte des jeunes Américains, on reviendra sans doute à ces nouvelles de gentils agents de la paix qui sauvent des chatons pris dans les arbres.

D’ici là, un certain nombre d’Américains commencent à se demander s’il ne serait pas approprié de démilitariser les corps policiers du pays et/ou de rediriger une partie des fonds publics qui leur sont consacrés vers la correction des racines de la délinquance.

Il est indéniable que les policiers jouent un rôle essentiel dans notre société. Mais ils ont une petite tendance innée au ‘power trip’ souvent associée à la testostérone.

Une tendance que nos voisins Américains n’ont pas su encadrer, aveuglés par l’idéologie de la Droite omnipotente de leur pays… avec les résultats qu’on voit.

En 2019, trois personnes étaient tuées par la police américaine à chaque jour. Pour l’année, cela faisait 1 098 morts.

Ramené à taille du Québec, c’est 28 personnes par année. De 2000 à 2017, il y a eu une moyenne annuelle d’environ 5 personnes tuées par la police québécoise, soit cinq fois moins qu’aux États-Unis.

Même s’il est vrai que nos propres corps policiers sont eux aussi capables de violence extrême — on l’a vu lors de la répression du printemps érable par le gouvernement libéral — la répression policière au Québec n’est absolument pas comparable à celle au sud de nos frontières.

Si vous en doutez, essayez de passer un faux billet de 20$ dans un commerce d’ici…

Références :
Contacts mortels avec la police (2000-2017)
Tirs de balles de plastique : attend-on de tuer quelqu’un ?

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2 commentaires

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Écrit par Jean-Pierre Martel


La démocratie américaine à la sauce széchuan

21 novembre 2011

Imaginez la scène. Des moines tibétains ont érigé des campements sur le campus de l’université du Tibet, à Lhassa. Alertée par les autorités de l’université, la police chinoise investit les lieux. Pendant que les policiers démantèlent les abris de fortune, une partie des moines décident de s’assoir et de former un cordon silencieux et pacifique.

Afin de les déloger, les policiers les aspergent aussitôt d’un gaz irritant. Dans le cas des protestataires qui ont réussi à s’en protéger en baissant la tête et en retenant leur respiration, les policiers leur redresse la tête, leur ouvre la bouche et leur vaporise leur gaz irritant directement dans les yeux et dans la bouche.

On peut imaginer les vives protestations des États-Unis contre cette violation des droits de l’Homme et la condamnation internationale qui en suivrait…

…Malheureusement ce récit est inspiré de ce qui s’est passé récemment aux États-Unis.

Dans la mouvance d’Occupy Wall Street, des jeunes avaient décidé de créer un campement sur le campus Davis de l’Université de la Californie. Ce campus est situé à 130 km à l’est de San Francisco.

La direction de l’université a demandé l’aide des policiers. Ceux-ci ont rapidement détruit les installations de fortune érigées par les protestataires. Toutefois, une douzaine d’étudiants se sont assis par terre afin de former une courte chaine humaine.

Afin de les déloger, les policiers les ont copieusement aspergés de poivre de cayenne.

Des témoins déclarent que des policiers ont ouvert les yeux et la bouche de certains manifestants afin d’asperger le gaz irritant directement sur leurs muqueuses : l’un d’eux a été vu 45 minutes plus tard, crachant du sang. Plusieurs manifestants ont été conduits à l’hôpital.

La décision d’employer le poivre de cayenne a été prise par les policiers. Selon ces derniers, ils se sentaient pris au piège par les manifestants et ont craint pour leur propre sécurité.

Jugez-en par vous-même en regardant la vidéo ci-dessous :

Référence :
Délogement musclé en Californie

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Écrit par Jean-Pierre Martel


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