Ordinateur, informatique et digital

6 mai 2019


 
De ces trois mots, il en existe un qui n’a pas de rapport aux deux autres. Pouvez-vous deviner lequel ?

Ordinateur

Au début de l’histoire de l’informatique, les ordinateurs n’étaient que de puissantes machines à calcul. On les appelait justement computer en anglais et calculateur en français.

Dans la mentalité légèrement machiste de l’époque, les comptables des petites entreprises effectuaient leurs calculs sur les calculatrices de bureau. Mais lorsqu’on voulait effectuer des calculs complexes sur des machines puissantes, il fallait évidemment quelque chose de plus masculin, d’où le mot calculateur

En 1955, François Girard n’est pas satisfait. Responsable de la publicité chez IBM France, il anticipe le potentiel des machines IBM au-delà de leur utilité mathématique.

Afin de trouver un nom plus approprié, il s’adresse à son ancien professeur de lettres à la Sorbonne, Jacques Perret. Ce dernier est également philosophe et spécialiste du latin.

Il prendra un vieux mot, ordinateur, et proposera de lui donner un sens nouveau.

Du latin ordinator (celui qui commande, qui donne des ordres), ordinateur apparait en français à la fin du XVe siècle dans le sens de celui qui organise, qui met en ordre.

Le mot sera si peu utilisé qu’on ne se donnera même pas la peine d’en parler dans le dictionnaire de l’Académie française de 1935.

La suggestion du professeur Perret sera adoptée d’autant plus facilement que le directeur d’IBM France est également un de ses anciens élèves.

La compagnie tentera de faire breveter le nom afin de distinguer ses produits de ceux de ses concurrents. Sans succès puisqu’on démontra que le mot existait déjà en français depuis longtemps.

Le géant informatique se résolut à le promouvoir en tant que nom commun.

Informatique

Créé par la fusion d’information et d’automatique, le mot informatique est né en France sept ans après ordinateur. L’Académie française l’adoptera dès 1967.

On doit ce mot à la compagnie BULL qui, à l’époque, était le grand concurrent d’IBM.

Si ordinateur (et ses déclinaisons) n’a pas été tellement plus loin que la France et l’Espagne, le succès d’informatique a été mondial.

Digital

En français, l’adjectif digital qualifie ce qui est relatif aux doigts. Exemple : nos empreintes digitales.

En anglais, ‘digital’ se rapporte aux chiffres, appelés ‘digits’. En réalité, il y a deux mots en anglais pour parler d’un chiffre : ‘digit’ et ‘numeral’.

C’est ainsi que le nombre 127 est un ‘numeral’ composé des ‘digits’ 1, 2 et 7. Alors que 2 est un ‘numeral’ composé d’un ‘digit’, ‘two’ (écrit au long) est un ‘numeral’ composé des lettres ‘t’, ‘w’ et ‘o’, mais d’aucun ‘digit’.

Conclusion

Des trois mots du titre, ‘digital’ est le seul qui n’ait pas de rapport aux deux autres. En informatique et en électronique, l’adjectif ‘digital’ est un anglicisme qui doit être remplacé par numérique.

Références :
Jacques Perret (philologue)
Les mots du numérique
Numbers, Numeral and Digits

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Une révolution scolaire dont on pourrait s’inspirer

9 mai 2011

Les Chinois : unis par l’écrit, divisés par l’oral

Le mandarin (la langue chinoise) requiert couramment la connaissance de 3,000 à 5,000 caractères appelés sinogrammes. C’est beaucoup plus que le nombre de touches sur le clavier d’un ordinateur. Alors comment les Chinois font-ils pour écrire leur langue à l’ordinateur ?

Prenons le mot « brochette » (en français) qui s’écrit avec un seul caractère chinois. Ce caractère se prononce « chuan ».

Sur le clavier, on doit taper son équivalent phonétique (en lettres occidentales), soit « chuan ». Malheureusement, cinq autres sinogrammes se prononcent de la même manière mais ont des sens différents. Ce sont des homophones comme, en français, « pain », « pin » et « peint » ou, pour prende un autre exemple, « vin », « 20 », « vain » et « vainc ».

Les homophones sont très nombreux parce que le mandarin ne compte que 404 unités syllabiques ; en d’autres mots, il n’y a que 404 sons uniques pour prononcer les milliers de caractères chinois.

Dans ce cas-ci, à l’écran, les six homophones de « chuan » apparaissent : on choisit le bon et on passe au mot suivant. Et ainsi de suite pour chacun des autres caractères qu’on doit écrire. Vous l’aurez deviné : c’est un peu long.

La reconnaissance vocale — c’est-à-dire dicter son texte à l’ordinateur — ne résout pas ce problème. Au contraire, elle l’empire puisqu’un caractère chinois qui a le même sens partout en Chine peut se prononcer différemment en mandarin (parlé à Beijing), en wu (parlé à Shanghai) et en cantonais (parlé à Hong Kong). C’est comme si le mot « cheval » était représenté par la silhouette de cet animal. Devant cette silhouette, le Francophone dira « cheval », mais l’Anglais dira « horse » et l’Allemand dira « Pferd ».

Imaginez que les langues occidentales s’écrivent avec des symboles comme dans l’exemple du cheval. Cela aurait pour résultat que tous les Occidentaux pourraient lire les mêmes journaux. Toutefois, lus à voix haute, leurs articles donneraient des résultats complètement différents.

C’est ce qui arrive en Chine; les Pékinois, les Shanghaïens et les Cantonnais se comprennent lorsqu’ils s’écrivent mais pas lorsqu’ils se parlent.

Si on veut éviter de taper l’équivalent phonétique (« chuan », dans l’exemple du début), on pourrait recourir à la reconnaissance optique des caractères écrits : c’est-à-dire qu’un Chinois n’aurait qu’à écrire un sinogramme sur une ardoise électronique (par exemple, un iPad) et l’appareil déchiffrerait instantanément ce qu’il a écrit.

Cette solution est beaucoup plus avantageuse pour eux et c’est pourquoi ils y ont consacré beaucoup de ressources.

Une compagnie chinoise, Hanvon (ou Hanwang en mandarin), est le leader mondial à ce sujet depuis une décennie. Fort de sa suprématie, elle a développé toute une série de produits dérivés dont une ardoise électronique appelée hPad.

Sur un hPad, on peut lire n’importe quel des 150 000 livres électroniques offerts par Hanvon. Car cette compagnie est le deuxième plus important libraire électronique au monde, après Amazon.

La révolution scolaire de Shanghai

Hanvon mène présentement un projet pilote dans des écoles de Shanghai qui risque de révolutionner l’édition de manuels scolaires. Dans cette ville, l’école est gratuite (sauf pour les migrants) et est obligatoire. Les pouvoirs publics dépensent annuellement 300 yuans (50$) pour l’achat de manuels pour chaque collégien. Or les études collégiales durent trois ans.

Dans cette expérience, chaque étudiant reçoit plutôt une ardoise électronique équipée d’un logiciel de reconnaissance de caractères chinois écrits à la main.

En début d’année, l’élève télécharge la version électronique de tous les manuels dont il aura besoin. Il fait ses devoirs dans des cahiers d’exercices électroniques que ses professeurs corrigent le lendemain.

Cette expérience ne fait que commencer. Le tout devrait être opérationnel d’ici deux ou trois ans.

Si l’expérience s’avère concluante, 300 millions d’écoliers chinois pourraient bénéficier de cette révolution. En effet, cela entrainerait rien de moins que la disparition des manuels imprimés, des cahiers d’exercice et des bibliothèques dans les écoles.

Si les Chinois prennent une longueur d’avance sur nous, il nous suffirait de sauter l’étape de la reconnaissance des caractères écrits — puisque taper son texte est beaucoup plus simple en français qu’en mandarin — et nous pourrions les rattraper. Si évidemment nous nous grouillons le derrière…

Référence : Barbier M, Le roi du e-Book reader – Maître chez lui, ChinePlus, 2011; 18: 40-3.

Parus depuis :
Tablet PCs speak kids’ language (2015-04-13)
L’enjeu du numérique à l’école (2016-09-24)
De l’école et des écrans (2019-05-04)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


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