Le Canada et les masques N95

5 avril 2020

La guerre des masques

Puisque la pandémie au Covid-19 se propage principalement par l’air que nous respirons, toute personne qui désire se protéger à l’aide d’un masque N95 devrait pouvoir le faire.

Mais voilà, on en manque. Ce qui oblige nos gouvernements à les réserver pour ceux qui sont au front de la lutte contre la pandémie. À juste titre.

« Ça joue dur.» C’est par ces mots que le premier ministre du Québec faisait allusion à la compétition féroce que se livrent les pays afin d’acquérir du matériel médical de protection.

Le 15 mars, on apprenait la tentative des États-Unis de s’approprier l’exclusivité — pour la somme d’un milliard de dollars — d’un vaccin que cherche à mettre au point un laboratoire allemand.

Ces jours-ci, sans viser directement Washington, la présidente du Conseil régional d’Ile-de-France accuse ‘des Américains’ d’avoir détourné des masques destinés à la région parisienne.

Dans un pays aussi contrôlé que la Chine, on voit mal comment des contrebandiers américains pourraient exercer sur le tarmac d’aéroports chinois sans que les États-Unis aient officieusement obtenu la permission des autorités chinoises de les laisser opérer.

Une accusation analogue a été formulée par le ministre terre-neuvien de la Santé et le président français du Conseil régional du Grand Est.

Le 2 avril, un importateur québécois recevait une partie de sa commande de masques chinois; il a bien reçu les masques sanitaires, mais pas les 10 000 masques KN95 qui, eux, ont été expédiés par erreur en Ohio. On ignore si l’erreur a été corrigée par le transporteur.

Le 3 avril, un ministre de la cité-État de Berlin a accusé les États-Unis de piraterie après que 200 000 masques N95 destinés à la police berlinoise eurent été détournés à Bankok vers les États-Unis.

Cette semaine, les États-Unis ont officiellement interdit à un fabricant américain de masques N95 d’exporter une partie de sa production vers le Canada.

La France fait pareil. En vertu d’un décret adopté récemment, les masques fabriqués par la succursale française de Medicom seront uniquement destinés à la France.

La Chine fait l’inverse. Dans ce pays, les simples citoyens ont de la difficulté à obtenir des masques parce que leur pays préfère vendre au plus vite (et aux plus offrants) des milliards$ d’équipement de protection médicale pendant que les pays occidentaux se battent pour en avoir.

Bref, c’est la foire d’empoigne entre les pays pour obtenir des masques.

L’atout secret du Canada

Ces jours-ci, la France attend la livraison de près de deux-milliards de masques chinois.

Dans la lutte contre le Covid-19, vouloir une telle quantité de masques est raisonnable pour un grand pays.

Le Canada pourrait, lui aussi, obtenir autant de masques et même, les obtenir assez rapidement.

Mais comment est-ce possible ?

Parmi tous les pays qui se battent pour obtenir des masques, le Canada possède un atout qui vaut de l’or, à donner à la Chine en plus du prix usuel pour les masques; Mme Wanzhou, une des dirigeantes de Huawei.

Celle-ci est détenue au Canada en vertu d’un mandat d’arrestation que les États-Unis mirent trois mois à justifier.

Essentiellement, cette affaire est une farce, pour les raisons expliquées dans le texte ‘L’affaire Huawei : dure pour le Canada, la vie de caniche américain’.

Donald Trump a déjà déclaré que si elle était détenue aux États-Unis, il l’aurait libérée en échange d’un bon accord commercial avec la Chine.

Au Canada, elle pourrait être exfiltrée vers la Chine et remplacée par un sosie. Cela serait fait clandestinement puisque la résidence où elle est confinée est certainement épiée par des espions américains.

Lorsque la substitution sera découverte après l’élection présidentielle américaine, on fera semblant d’être surpris. Ce qui justifiera une enquête-bidon qui aboutirait à un cul-de-sac, raison d’État oblige.

Tout dépend d’Ottawa : est-ce que les vies de centaines ou de milliers de Canadiens — qu’on pourrait sauver en se procurant suffisamment de masques — valent plus que l’issue d’une affaire juridique qui est une source d’embarras pour le pays depuis plus d’un an ?

Références :
Coronavirus: anger in Germany at report Trump seeking exclusive vaccine deal
COVID-19 : des Américains rachètent en Chine un lot de masques destinés à la France
Des masques destinés au Canada détournés vers d’autres pays?
Des masques perdus à cause d’une erreur informatique?
La guerre des masques
La France a commandé près de 2 milliards de masques en Chine
La République Tchèque aurait détourné des masques et des appareils respiratoires destinés à l’Italie
Les États-Unis demandent à 3M de ne plus envoyer de masques au Canada
US accused of ‘modern piracy’ after diversion of masks meant for Europe
Washington assure n’avoir jamais acheté à la Chine de masques destinés à la France

Parus depuis :
Plus d’un million de masques commandés pour le Canada resteront en Inde (2020-04-23)
90 000 masques destinés au Québec disparaissent à l’aéroport de Toronto (2020-05-28)

Complément de lecture :
La bataille pour fabriquer du liquide désinfectant québécois (2020-04-20)


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| Covid-19, Politique canadienne, Politique internationale, Santé | Mots-clés : , , , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Covid-19 : l’utilisation ‘judicieuse’ des masques

30 mars 2020

Introduction

Ce matin, en conférence de presse, la ministre québécoise de la Santé a déclaré :

« Les établissements [de santé] se sont organisés pour que les opérations d’approvisionnement [en masques] se fassent de façon optimale.
(…)
Il faut vraiment insister sur l’utilisation judicieuse des masques. Que ce soit les N95 ou les masques de procédure.
(…)
Il faut vraiment s’assurer que les masques, par exemple les N95, soient pour les bons intervenants dans les bonnes procédures. Je ne pense pas que c’est normal qu’un gardien de sécurité porte un N95.
(…)
Je sais que les gens qui sont dans le maintien à domicile, les CHSLD, la protection de la jeunesse sont préoccupés. Ils ont ce qu’il faut. Mais il faut absolument qu’ils les utilisent dans les bonnes constances.
(…)
C’est la condition pour en avoir suffisamment pour la suite des choses.
»

Traduction

Ce que la ministre veut dire, c’est qu’on manque de masque.

Voilà pourquoi on estime que des ‘subalternes’ (comme des gardiens de sécurité) devront accepter de courir un certain risque afin qu’on ait suffisamment de masques N95 pour ceux qui sont au cœur de la lutte contre la pandémie.

La ministre a raison de fixer des priorités. Dans une guerre, il arrive qu’un général doive sacrifier un bataillon si cela lui permet d’infliger à l’ennemi une défaite plus décisive sur un autre front.

Or dans ce cas-ci, le front, il est aux urgences, aux soins intensifs, aux cliniques de dépistage, et non à la porte de l’hôpital.

Si on avait tellement de masques qu’on ne savait pas où les mettre, la ministre ne serait pas obligée de les rationner au bénéfice des ‘bonnes personnes’ aux ‘bons endroits’.

Ces temps-ci, on insiste beaucoup sur l’importance du lavage des mains. Effectivement, l’eau et le savon tuent plus efficacement le virus du Covid-19 que n’importe quel désinfectant.

Mais cela ne doit pas nous faire oublier que si la pandémie du Covid-19 se propageait par le toucher, elle n’aurait pas fait le tour du globe en trois mois.

Pour que l’épidémie se soit répandue aussi facilement, c’est que son principal mode de transmission, c’est par voie pulmonaire. En somme, par des particules virales en suspension dans l’air.

Dans le contexte d’une pénurie de masques, la distanciation sociale devient la seule alternative.

Comment en est-on arrivé là ?

Réponse : on a mal évalué ce qui fait partie des ressources stratégiques. Au Canada, comme dans tous les pays du G7, on a cédé aux chantres de la mondialisation aveugle.

Dans une guerre conventionnelle, si on manque de pétrole, les bombardiers sont cloués au sol et les chars d’assaut ne peuvent plus avancer. Alors qu’on a toujours suffisamment de chair à canon pour continuer les hostilités.

Voilà pourquoi l’accès à des réserves pétrolières est qualifié de stratégique; l’issue de la guerre en dépend.

Le Canada a perdu la presque totalité de sa capacité de produire des ingrédients actifs et des médicaments finis, laissant l’industrie pharmaceutique internationale délocaliser sa production en Chine ou en Inde afin de réaliser des économies d’échelle.

De la même manière, on n’a pas jugé stratégique la production nationale de tout ce qui est essentiel pour lutter efficacement contre de graves pandémies.

L’Inde n’a pas encore été touchée par le Covid-19. Au moment où ces lignes sont écrites, on y compte vingt-neuf morts. Deux de plus qu’hier.

Dans ce pays de 1,3 milliard d’habitants, la distanciation sociale est impossible à faire respecter. On doit donc s’attendre d’ici peu à ce que ce pays détrône facilement les États-Unis au premier rang des pays les plus touchés par la pandémie.

On ne sera donc pas surpris d’apprendre qu’un million de masques destinés au Québec sont présentement bloqués en Inde. Les dirigeants du pays savent ce qui s’en vient. À leur place, que ferions-nous ?

Conclusion

Lorsqu’ils auront enterré leurs morts, les peuples occidentaux seront mûrs pour une révolution.

L’annonce que des centaines de milliards de dollars seront dépensées pour sauver l’économie ne doit pas nous faire oublier que cet argent sera puisé dans nos poches ou, comme toute dette, puisé dans celles de nos enfants.

Pour nous convaincre qu’ils sont réellement au service du peuple, nos dirigeants politiques devront financer la relance de l’économie en faisant main basse sur les sommes colossales cachées dans les paradis fiscaux et en taxant substantiellement le chiffre d’affaires des géants de l’Internet.

Comment nos dirigeants peuvent-ils être à ce point inféodés au grand capital international pour se soumettre volontairement à des traités internationaux qui leur interdisent d’assurer la sécurité de leur population ?

Alors que la pandémie débute en Amérique du Nord, le nombre de morts par million de personnes est déjà de 8 aux États-Unis et de 2 au Canada.

Dans certains pays d’Extrême-Orient, il y a presque plus de nouveaux décès. À l’issue (ou presque) de la pandémie, le nombre de morts par million de personnes est de 2 en Chine, 0,5 à Hong Kong, 0,4 au Japon et de 0,2 à Taïwan.

La Chine, le Japon, Taïwan et la Corée du Sud ont retenu les leçons de l’épidémie du SRAS en 2003. Cette fois-ci, ils ont agi promptement avec force.

Mais aucun pays occidental n’a fait de même.

Le temps des explications approche donc…

Références :
La pandémie va frapper le Canada de plein fouet, dit le Dr Joanne Liu, qui propose trois axes de lutte
Les pénuries de médicaments
Plan canadien de lutte contre la pandémie d’influenza
Plus d’un million de masques retenus en Inde

Parus depuis :
Les commandes de masques arriveront-elles à temps? (2020-03-31)
Bataille pour des masques chinois entre la France et les États-Unis (2020-04-01)
En Inde, le confinement peut tuer (2020-04-01)
Ne pas porter de masque pour se protéger du coronavirus est une « grande erreur » (2020-04-01)
Pénurie appréhendée de matériel médical (2020-04-01)
Les États-Unis demandent à 3M de ne plus envoyer de masques au Canada (2020-04-03)
La guerre des masques (2020-04-04)
Derrière les masques (2020-04-08)
Qu’attend Québec pour imposer le masque? (2020-04-18)
A Hongkong, la prise en charge au plus tôt des malades a permis d’éviter la crise sanitaire (2020-05-07)


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Écrit par Jean-Pierre Martel


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