Missiles iraniens : une dangerosité surfaite ?

11 janvier 2020

Avant-propos : Tout comme les obus, les missiles sont des armes meurtrières. Le texte qui suit concerne leur utilisation comme outils de guerre et n’est donc pas une allusion à cet avion ukrainien récemment abattu par l’Iran.

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Introduction

À la suite d’un attentat terroriste commis par les États-Unis contre le général iranien Qassem Soleimani, ce pays a répliqué par des tirs de missiles visant deux bases américaines en Irak.

Ces frappes n’ont fait aucune victime.

Pour expliquer cela, certaines sources soutiennent qu’afin d’éviter un incident diplomatique avec l’Irak (avec lequel l’Iran entretient de bonnes relations), l’Iran aurait eu la courtoisie de prévenir ce pays ami peu de temps avant l’attaque (demeurée secrète jusqu’alors).

Celui-ci, en retour, aurait averti les Américains (dont les militaires se sont alors réfugiés dans des abris sous-terrain).

Par contre, certains analystes ont émis l’hypothèse que Téhéran a sciemment raté son coup afin d’éviter une escalade des tensions avec Washington

Ceci est extrêmement douteux. Un pays menacé de guerre ne fait pas exprès pour prouver la vulnérabilité de ses défenses ou l’inefficacité de ses moyens d’attaque.

De plus, on ne gaspille pas des millions$ en missiles pour ‘faire semblant’ de se venger alors qu’on pourrait avoir bientôt besoin de cet argent (ou de ces missiles) pour se défendre.

D’autres sources estiment, au contraire, que les missiles iraniens seraient devenus tellement précis que l’Iran aurait choisi — à l’aveugle puisqu’on était en pleine nuit — de faire la distinction entre les casernes (où les soldats dormaient) et les hangars qui ont été ciblés et détruits. D’où l’absence de victimes.

Quinze ou seize missiles ont été tirés. Onze ont frappé la base militaire d’Ayn al-Assad (photo ci-dessus) tandis qu’un autre a frappé une base américaine située près d’Erbil.

Une première constatation : les bases américaines en Irak ne sont pas protégées par des missiles antimissiles.

De plus, trois ou quatre missiles se sont écrasés dans la campagne irakienne et donc, ont complètement raté leur cible.

D’où la question : les missiles iraniens sont-ils aussi précis qu’on le prétend ?

Les missiles russes

Les missiles iraniens proviennent de deux sources : ceux importés de Russie et ceux fabriqués en Iran.

La technologie antimissile russe est la plus efficace et la plus précise au monde.

En 2007, l’Iran avait obtenu 29 véhicules antiaériens mobiles Tor-M1 en vertu d’un contrat de 700 millions$ signé deux ans plus tôt avec Moscou.

Quoique très efficace, le système antimissile Tor-M1 n’est pas le plus sophistiqué de l’arsenal russe puisqu’il est maintenant vieux de deux décennies. Le cout unitaire de chaque véhicule est de 25 millions$.

En 2010, à l’époque du président russe Dmitry Medvedev, des pressions américaines et israéliennes avaient provoqué l’annulation d’un contrat de vente à l’Iran des redoutables missiles russes S-300.

Depuis le retour de Poutine à la résidence russe, Moscou se dit prêt à vendre des missiles S-300VM (encore plus puissants) à l’Iran. Une offre que Téhéran ne semble pas avoir acceptée.

Ce qui fait sans doute hésiter l’Iran, c’est le prix unitaire de ces véhicules antiaériens; 120 million$. Il s’agit d’une somme considérable pour un pays dont l’économie est étranglée par les sanctions américaines.

L’Iran peut évidemment pratiquer le troc avec Moscou. Mais quoi donner en retour ? La Russie est déjà un des principaux exportateurs de pétrole.

En raison des couts élevés de la technologie antimissile russe, l’Iran fabrique ses propres missiles. C’est sa principale source d’approvisionnement.

Les missiles faits en Iran

En 2018, le budget militaire iranien était de 13 milliards$US (environ le cinquième de celui de l’Arabie saoudite).

Son arsenal de drones et de missiles est le plus important du Moyen-Orient. Les Américains estiment que l’Iran en aurait des milliers, d’une douzaine de variétés.

Ceux dont la portée est la plus courte sont des missiles sol-air destinés à abattre des avions de chasse et des bombardiers ennemis.

Les missiles dont la portée est plus longue sont des missiles sol-sol. Les missiles Fateh ont une portée entre 200 et 300 km. Ce sont ceux que l’Iran a utilisés la semaine dernière contre les deux bases américaines.

Ceux qu’Israël craint sont des missiles sol-sol dont la portée est encore plus longue; les Shahab.

Les plus puissants d’entre eux pourraient atteindre des cibles situées à deux-mille kilomètres.

En balistique, l’écart circulaire probable (ÉCP) est le rayon du cercle à l’intérieur duquel tombent la moitié des frappes. En somme, c’est une mesure de la précision des missiles.

L’ÉCP des missiles Shahab-3 originels (ceux de 2002) était de 2,5 km. Une telle imprécision est inacceptable.

Membres de cette famille, les missiles Ghadr-1 sont apparus en 2015. Ces derniers sont cinq fois plus précis; leur ÉCP est de 300 mètres.

Le 12 juin dernier, l’aéroport saoudien d’Abha — situé à 306 km du Yémen — a été bombardé par les rebelles de ce pays.

À cette occasion, le missile (probablement d’origine iranienne) a raté la tour de contrôle. Si bien que c’est la salle d’arrivée des voyageurs qui a été endommagée.

Cette imprécision est compatible avec les renseignements qu’on possède au sujet de l’ÉCP actuel des missiles iraniens.

Cela contraste avec la précision ‘chirurgicale’ des frappes du 14 septembre dernier contre les sites pétroliers saoudiens.

Ce qui donne plus de poids à l’hypothèse — avancée sur ce blogue — selon laquelle ces frappes ont été tirées à bout portant par la dictature saoudienne contre ses propres installations dans le but de forcer les États-Unis à entrer en guerre contre l’Iran.

Conclusion

Le complexe militaro-industriel américain a continuellement besoin de nouvelles guerres pour maintenir l’emploi.

Ce complexe est un allié de l’OTAN. Afin de justifier son existence, ce dernier doit absolument exagérer la dangerosité des menaces ennemies.

D’abord, la Russie.

Alors que l’armée américaine est cinq à dix fois plus puissante que l’armée russe — en d’autres mots, alors que le risque de guerre mondiale est nul — l’OTAN s’est lancée depuis 2014 dans une course aux armements.

Le prétexte en a été l’annexion russe de la Crimée. L’OTAN feint d’ignorer que cette annexion était souhaitée par les Criméens eux-mêmes (qui l’ont adoptée par référendum). Ce que l’OTAN compare abusivement à l’invasion de la Pologne par l’Allemagne nazie en 1939.

Puis, la Chine.

Les États-Unis (et les ONG qu’ils financent) estiment qu’un million d’Ouïgours sont emprisonnés en Chine.

S’il ne fait aucun doute que la Chine a créé des ‘camps de rééducation’ afin de venir à bout des violences inter-ethniques dans l’ouest du pays, on se demande comment la Chine pourrait loger un million de personnes sans qu’on ait des photos satellites pour prouver l’ampleur de cette incarcération.

De plus, il ne faudrait pas oublier qu’il y a officiellement deux millions de prisonniers aux États-Unis, un pays quatre fois moins populeux.

Donc, même si un million d’Ouïgours étaient vraiment emprisonnés, les États-Unis demeureraient le champion mondial de l’incarcération.

Et l’Iran.

De la même manière, l’Iran nous est présenté comme une grande menace terroriste.

Selon les dépêches diplomatiques américaines révélées par Wikileaks, l’Arabie saoudite est le principal financier du terrorisme international.

L’Iran n’est impliqué que dans un terrorisme de portée régionale, comme le sont eux-mêmes presque tous les autres pays de la région.

Il est indiscutable que le général Soleimani planifiait de tuer des soldats américains. Toutefois, on doit admettre que tous les généraux au monde planifient de tuer des ennemis. Pour n’importe quel pays, à quoi ça sert d’avoir une armée si les soldats refusent de tuer des envahisseurs ?

Menacé de guerre par les États-Unis — le seul pays qui, jusqu’ici, ait utilisé l’arme nucléaire — l’Iran sait que seule son adhésion au club des détenteurs de l’arme atomique est susceptible de faire hésiter les Américains à l’envahir. Comme c’est le cas pour la Corée du Nord.

D’ici à ce qu’elle obtienne suffisamment de combustible nucléaire pour créer sa première bombe, l’Iran a choisi de développer son programme de missiles.

Il ne s’agit pas d’une stratégie offensive puisqu’on ne gagne pas de guerre à coups de missile ou de bombardements; l’échec américain en Syrie en est la preuve.

Il s’agit d’une stratégie de dissuasion. L’Iran sait que ses voisins hostiles (notamment l’Arabie saoudite) hésiteront à lui faire la guerre si leurs villes sont susceptibles d’être bombardées par des missiles iraniens alors que la technologie antimissile américaine sera impuissante à les protéger.

Références :
Emad, Ghadr (Shahab-3 Variants)
Fateh-110
How strong is Iran’s military?
Le mystère des attaques contre les champs pétroliers saoudiens
L’Iran riposte aux États-Unis
Russia offers to sell anti-aircraft missiles to Iran
Russia will supply new anti-aircraft missiles for Iran
S-300VM missile system
Tor missile system
2020 Iranian attack on U.S. forces in Iraq

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Talibans et Trump, des iconoclastes modernes

6 janvier 2020

Peu après avoir jeté les troupes russes hors d’Afghanistan, les nouveaux maitres du pays (les Talibans) avaient résolu de purger le pays des traces de son passé pré-islamique.

Leur dynamitage en mars 2001 des trois Bouddhas de Bâmiyân (sculptées entre le IIIe et le VIIe siècle) a suscité une réprobation planétaire.

Indignée, Washington se drapait alors de la parure vertueuse du défenseur de la Civilisation.

Mais deux décennies plus tard, la barbarie a changé de camp et contamine maintenant les plus hauts sommets de l’État le plus puissant du monde.

Pour venger la simple humiliation subie par les États-Unis lors de la Crise des otages américains en Iran en 1981 —  au cours de laquelle 52 Américains furent otages de ravisseurs Iraniens (sans y perdre la vie) — Donald Trump a menacé de détruire 52 sites ayant une grande importance culturelle aux yeux des Iraniens.

Pour avoir une idée de ce que Trump menace de détruire, on cliquera sur ceci.

Soyons optimistes et parions que tout ceci n’est que du bluff.

Toutefois, on peut s’inquiéter du fait que la pensée de détruire de tels trésors ait traversé l’esprit d’un des chefs d’État les plus belliqueux de l’Histoire moderne (pourtant riche à ce sujet).

Et on peut craindre encore plus de le voir se glorifier de posséder le pouvoir de les anéantir.

Comme dans ce film de Chaplin où un chef d’État grisé par sa puissance s’amuse avec un globe terrestre qu’il traite comme un ballon de plage…

Si j’étais Américain, je serais humilié de voir que la moitié de mon peuple ait porté au pouvoir quelqu’un dont personne ne peut garantir qu’il est sain d’esprit (pensez à sa volonté d’acheter le Groenland) ou qu’il possède la maturité nécessaire à la fonction qu’il occupe (dans ce cas-ci).

On ne peut promouvoir la démocratie américaine quand celle-ci donne de si pitoyables résultats.

Références :
Bouddhas de Bâmiyân
Crise des otages américains en Iran
Donald Trump’s belligerent threats to Iran’s cultural sites are grotesque
Trump menace de frapper 52 sites en Iran

Paru depuis :
Menaces contre les sites patrimoniaux iraniens: Donald Trump isolé (2020-01-07)
Ispahan brûle-t-il? (2020-01-11)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


L’Iran joue avec le feu

7 janvier 2012
© 2009 — Pethrus (pour Wikipedia)

Du point de vue de la navigation maritime, le golfe persique est un cul-de-sac dont il n’existe qu’une seule issue : le détroit d’Ormuz.

C’est par là que transite le tiers du pétrole transporté par voie maritime dans le monde (et le cinquième du trafic, tous modes confondus). L’essentiel du pétrole exporté d’Arabie saoudite, d’Iran, des Émirats arabes unis, du Koweït et de l’Irak transite par ce passage étroit de 6,4 km.

Pendant dix jours à partir du 22 décembre dernier, l’Iran y menait officiellement des exercices militaires, sans toutefois interrompre le trafic maritime.

Mais voilà que quelques jours après le début des exercices, ce pays donne une idée de ce qui pourrait être ses véritables intentions. En effet, le premier vice-président iranien déclare que son pays n’hésitera pas à fermer le détroit si l’ONU devait adopter de nouvelles sanctions économiques contre son pays. Comme si cet exercice n’était qu’une préparation en vue de cette fermeture.

L’amiral Mahmoud Moussavi, porte-parole des manoeuvres navales, précise : « À partir (du 31 décembre), une majorité de nos unités navales — de surface, sous-marine et aérienne — vont se positionner selon une nouvelle formation tactique destinée à rendre impossible le passage de tout navire par le détroit d’Ormuz si la République islamique en décide ainsi. »

Or la libre circulation par ce détroit est essentielle à l’économie mondiale. Tout blocus iranien représente un risque certain d’un conflit armé dans la région.

Il existe deux alternatives terrestres à Ormuz; par le pipeline qui court d’Arabie saoudite vers la mer Rouge et par celui qui relie les Émirats arabes unis à la mer d’Oman. Mais ces alternatives ne concernent pas la production pétrolière du Koweït et du Qatar.

Le blocus du détroit est une arme à double tranchant puisqu’il toucherait aussi la production du pétrole iranien. Toutefois l’économie de l’Iran est beaucoup plus diversifié que celle de son grand rival régional, l’Arabie saoudite. En effet, le pétrole ne représente que 8% du Produit intérieur brut (PIB) de l’Iran — mais 80% de ses exportations — alors que le pétrole représente 53% du PIB d’Arabie (et 90% de ses exportations).

On comprend donc que l’Arabie saoudite, dont l’économie est à la merci de l’Iran, souhaite ardemment une guerre éclair qui anéantirait la menace iranienne. Rien ne ferait plus plaisir à l’Arabie que les “Impies” américains tuent des hérétiques iraniens (car à 89% chiites) pendant que l’Arabie saoudite (officiellement à 100% sunnite) assiste au spectacle gratuit de l’autre côté de la rive en sirotant son thé à la menthe.

Or il est très improbable que les États-Unis déclarent une troisième guerre en une décennie contre autant de pays musulmans. Pour plusieurs raisons.

Premièrement, le peuple américain a été très complaisant relativement à la guerre en Irak : il a supporté l’entrée en guerre comme il appuie généralement aveuglément son club de football local. Il regrette aujourd’hui cet engagement. C’est pourquoi une nouvelle guerre, aussi justifiée soit elle, est politiquement indéfendable auprès des Américains.

Deuxièmement, l’organisme National Priorities Project estime à plus de 800 milliards de dollars le coût de la guerre en Irak et à plus de 488 milliards de dollars le coût de la guerre en Afghanistan. Les guerres républicaines récentes représentent donc une dépense de plus de quatre mille dollars pour chaque Américain (homme, femme ou enfant). Or une guerre totale contre l’Iran sera définitivement plus coûteuse que la somme des deux guerres précédentes.

L’Iran a une population de 78 millions de personnes, soit d’avantage que l’Irak (31.2 millions) et l’Afghanistan (29.8 millions) réunis. Alors que le régime de Saddam Hussein ne pouvait pas compter sur la mobilisation enthousiaste des minorités qu’il avait faites massacrer — soit les Kurdes (dans le nord du pays) et les Irakiens chiites (au sud) — la population iranienne est beaucoup plus homogène du point de vue ethnique (perse à 70%, turcophone à 26%) et religieux (chiite à 89%). Des envahisseurs y rencontreraient une population beaucoup plus hostile et beaucoup plus unie derrière ses dirigeants.

Non seulement une telle guerre porterait le prix du pétrole à 150$ ou 200$ le baril, mais l’Iran pourrait être tenté d’envahir le sud de l’Irak afin de “délivrer” ses coreligionnaires chiites, victimes des attentats terroristes dans ce pays, et réunir des populations qui faisaient partie autrefois de la Perse antique (et qui se distinguent aujourd’hui par la langue; les Iraniens parlent surtout le perse alors que les Irakiens sont arabes).

Références :
Guerre d’Afghanistan (2001)
Guerre d’Irak
L’Iran teste des missiles sur fond de nouvelles sanctions
La guerre en Irak ou L’aveuglement collectif américain
Le détroit d’Ormuz fermé en cas de nouvelles sanctions
L’Iran dément toute intention de fermer le détroit d’Ormuz
L’Iran menace Ormuz pour éviter des sanctions
La guerre en Irak ou L’aveuglement collectif américainL’Iran teste des missiles sur fond de nouvelles sanctions
Paix mondiale – L’Iran représente la plus grande menace, selon Harper
« Plus une goutte de pétrole ne passera par Ormuz » en cas de sanctions, avertit l’Iran
Un accord sur le brut iranien difficile à mettre en oeuvre

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Programme nucléaire iranien : ça joue dur

16 novembre 2011

Shahriar est une ville iranienne d’environ 200 000 habitants située à 45 km à l’ouest de Téhéran. En périphérie se trouve deux bases militaires appartenant aux Gardiens de la Révolution islamique. L’une d’elles sert d’entrepôt à des missiles balistiques Shahab-3, dont la portée maximale peut atteindre 2 000 kilomètres, soit une autonomie suffisante pour frapper Israël.

Vendredi dernier, cette base a été le théâtre d’une importante explosion alors qu’on procédait à un retrait de missiles de l’arsenal sous la supervision du major général Hassan Moghaddam. Celui-ci a été tué, de même que seize gardiens de la Révolution. L’explosion a été d’une telle violence qu’elle a été entendue jusqu’à la capitale iranienne.

Ingénieur de formation, le général Moghaddam a étudié les sciences balistiques en Chine et en Corée du Nord. C’était l’architecte en chef du programme iranien de missiles sol-sol. Parmi les dignitaires présents lors de ses funérailles d’État se trouvait le Chef suprême du pays, l’ayatollah Ali Khamenei, ce qui témoigne de l’importance du disparu.

L’an dernier, le 12 octobre 2010, une explosion similaire avait fait au moins dix-huit morts au dépôt de munitions de Khorramabad, situé à 375 km au sud-ouest de Téhéran, où des missiles Shahab-3 étaient également entreposés.

Au cours des deux dernières années, trois scientifiques impliqués dans le programme nucléaire iranien ont été assassinés dans les rue de la capitale. (Note : Un quatrième assassinat s’est ajouté à cette liste, le 11 janvier 2012, soit après la publication de ce billet). De plus, un des principaux responsables de ce programme, Fereydoun Abbasi-Davani, a échappé de peu à une tentative d’assassinat le 29 novembre 2010 alors qu’il était au volant de sa voiture, en plein Téhéran.

L’an dernier, le virus informatique Stuxnet a infecté trente mille ordinateurs iraniens, soit environ 60% de tous les ordinateurs touchés par ce virus à travers le monde. Ce ver informatique dérègle les systèmes utilisés pour le contrôle de procédés industriels. Il est responsable des dommages logiciels survenus à l’usine iranienne d’enrichissement d’uranium de Nataz, ce qui a entrainé la fermeture temporaire de cette usine en novembre 2010.

Références :
Duqu
Escarmouches informatiques
Explosion at Shahab Missile Depot
Fereydoon Abbasi
Iranian missile architect dies in blast. But was explosion a Mossad mission?
Iran missile development commander killed in explosion
Iran wrestles Duqu malware infestation
Shahab-3
Shahriar
Tehran: blast at military base kills 17

Depuis la parution de ce billet :
(2012-01-11) La guerre feutrée du Mossad en Iran
(2012-01-11) Un scientifique nucléaire tué dans un attentat à Téhéran
(2012-06-01) Obama derrière l’augmentation des cyberattaques contre l’Iran
(2012-06-20) Le virus Flame est une création des États-Unis et Israël

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Écrit par Jean-Pierre Martel


La lapidation ou la barbarie participative

4 septembre 2010


 
La mort par lapidation est un supplice auquel recourent les pays où la Charia a force de loi : l’Afghanistan, l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, l’Iran, le Nigeria, le Pakistan, le Soudan et le Yémen. Des cas de lapidation ont aussi été signalés au Kurdistan irakien et au Népal (commis par la guérilla maoïste). C’est le seul mode d’exécution par torture encore employé au XXIe siècle.

Le Coran ne mentionne la lapidation dans aucun de ses textes. Par contre, la loi islamique — c’est-à-dire la Charia — cite la lapidation comme peine de mort dans les cas d’adultère commis par une personne mariée ayant eu un rapport sexuel hors mariage avec pénétration si et seulement si quatre témoins ont clairement vu la pénétration. À moins d’une orgie, peu fréquente dans les pays musulmans, il est impossible que des rapports sexuels avec pénétration aient été vus par quatre personnes. On s’étonne donc que des personnes soient condamnées à être exécutées de cette manière.

En réalité, les pays qui pratiquent la lapidation sont souvent des pays qui pratiquent aussi la torture : rappelez-vous de la photographe canadienne Zahra Kazemi violée et battue à mort lors de son interrogatoire dans une prison iranienne. Dans le cas d’une personne accusée d’adultère, ses aveux — spontanés ou obtenus sous la torture — suffisent alors à la faire condamner.

De plus, les pays qui pratiquent la lapidation ne sont pas des États de droit. Par exemple, l’Arabie saoudite est une dictature obscurantiste où les tribunaux ne sont pas liés de respecter scrupuleusement les règles de droit écrites. Si les autorités saoudiennes veulent la condamnation de qui que ce soit, cette personne sera condamnée sans qu’elle ait la moindre chance de se prévaloir des dispositions du droit en sa faveur.

Comment se fait la lapidation ?

Lorsque le tout se fait formellement, on creuse d’abord une fosse suffisamment profonde pour que la personne condamnée puisse y être ensablée presque jusqu’au niveau des épaules. Les fossoyeurs se guident sur leur propre taille pour juger s’il ont suffisamment creusé. Puis la personne condamnée revêt un linceul et est ensablée.

La lapidation est publique. Les articles 102 et 104 du Code pénal iranien définissent les conditions de la lapidation : « Les pierres utilisées pour infliger la mort par lapidation ne devront pas être grosses au point que le condamné meure après en avoir reçu une ou deux. Elles ne devront pas non plus être si petites qu’on ne puisse leur donner le nom de pierre. La taille moyenne est choisie généralement afin de faire expier la faute par la souffrance ».

Selon le site Iran-Resist, les lapideurs doivent rester à distance d’une quinzaine de mètres de leur cible et choisir avec soin leurs pierres : les pierres coupantes sont choisies pour leurs arrêtes effilées qui provoquent les saignements les plus spectaculaires. Une pierre coupante doit de préférence être lancée au visage du condamné. Les pierres rondes nécessitent moins de précision car elles sont efficaces partout. Elles sont idéales pour briser les os et provoquer les hémorragies internes fatales.

Si la lapidation était exécutée par des bourreaux professionnels, les règles ci-dessus seraient respectées à la lettre. Toutefois, dans les faits, ce n’est pas le cas. On doit comprendre que la lapidation est une mise à mort à laquelle tous sont invités à participer. Elle ressemble très souvent à ces émeutes où les participants fracassent les vitrines de magasins aux sommets économiques du G20 sauf que dans ce cas-ci, la cible est un être vivant.

Parce qu’elle s’est opposée publiquement à la lapidation de Sakineh Mohammadi Ashtiani, l’épouse du Président de la République française a été l’objet d’une violente campagne de dénigrement de la part de la presse iranienne. Je ne veux pas répéter ici les insultes et les calomnies utilisées par le régime au pouvoir à Téhéran. Toutefois, quand vient le temps d’inciter le public à tuer une condamnée à la lapidation, cette campagne contre Mme Sarkozy donne une idée des moyens de propagande mis en oeuvre et des propos haineux qui sont utilisés afin de susciter la colère populaire.

En effet, il n’y a pas de lapidation sans haine; les autorités doivent s’assurer que les lapideurs haïssent la personne condamnée au point de vouloir contribuer eux-mêmes à sa mise à mort. Après la décision des tribunaux, la campagne de haine est donc un pré-requis à la lapidation.

En 2007, Du’a Khalil Aswad, une adolescente de 17 ans membre d’une tribu de Yézidi, non musulmane, fut lapidée à mort au Kurdistan irakien à la demande de son oncle car celle-ci était tombée amoureuse d’un Musulman. Ce lynchage — qui prouve bien que la lapidation n’est pas exclusive au monde musulman — a été fait en présence de policiers du gouvernement régional du Kurdistan autonome. Toute la scène a été filmée à l’aide de téléphones portables. Particulièrement choquante, la vidéo qui en témoigne est déconseillée aux personnes sensibles (note : ceux qui la regarderont sont priés de le faire sans la trame sonore qui n’est pas originale et qui n’ajoute rien) : Lapidation de Du’a Khalil Aswad.

Références :
Iran-Resist
Wikipédia

Paru depuis : La lapidation d’une femme enceinte force le premier ministre à intervenir (2014-05-30)

Compléments de lecture :
Arabes vs Musulmans
Impopularité d’Al-Qaida chez les Musulmans
Les boucs-émissaires
Nourriture halal : controverses futiles

Photo d’une roche peinte par Hélène Morency en 1980 :

Panasonic GF1, objectif Lumix 20mm F/1,7 — 1/125 sec. — F/1,7 — ISO 100 — 20 mm

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Écrit par Jean-Pierre Martel


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