Angélisme vs les réalités de la guerre

10 juillet 2018

Préambule : Le quotidien Le Devoir publiait ce matin une lettre adressée à Justin Trudeau dans laquelle plusieurs signataires demandaient que le Canada exige un cessez-le-feu immédiat destiné à secourir les civils d’une province située au sud-ouest de la Syrie.

Légèrement modifié, voici le commentaire que j’adressais aux signataires de cette lettre.


 
La guerre en Syrie prendra fin lorsque le régime syrien prendra le contrôle de l’ensemble du pays.

L’opposé — la victoire des rebelles — signifierait le début d’une autre guerre; celle des diverses factions de mercenaire entre eux.

Mais pour que le régime étende son contrôle sur le sud-ouest du pays, le front de la guerre doit s’y déplacer. Or dans toute guerre, les civils fuient à l’approche du front.

C’est l’armistice et non un cessez-le-feu qui marque la fin de la guerre. Un cessez-le-feu permet aux belligérants de reprendre leurs forces et de se taper dessus plus fort lorsque le conflit reprend.

Jusqu’ici, les cessez-le-feu ont été demandés par l’ONU lorsque des milices affiliées à Al-Qaïda étaient encerclées.

Dans le sud-ouest de la Syrie, les milices d’Al Qaïda sont soutenues par Israël en vertu du principe selon lequel les ennemis de mes ennemis (l’Iran et le Hezbollah) sont mes amis.

Si cette guerre a fait près d’un demi-million de morts et plus de douze-millions de personnes déplacées (dont plus de cinq millions de réfugiés) ce n’est pas à cause de la répression sanglante du printemps arabe en Syrie, mais parce que cette révolte a été le prétexte à une guerre de procuration qui a suivi.

Cette guerre de procuration a été financée par trois pays (l’Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie), appuyés par les pays occidentaux, toujours heureux de foutre le bordel dans un pays producteur de pétrole, surtout quand c’est un allié de Moscou.

Bref, le Canada, comme bien des pays occidentaux, a du sang syrien sur les mains et il devrait apprendre à se mêler de ses affaires.

Animés par de nobles intentions, les signataires de cette lettre servent une mauvaise cause; le prolongement de la guerre sous de beaux grands principes creux.

Référence :
La situation est désespérée à Deraa, en Syrie

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Tuer pour sauver des vies

17 avril 2018

En 1939, si Hitler n’avait pas quitté plus tôt que prévu une brasserie de Munich — où la bombe de Georg Elser devait le tuer à 21h20 — combien de millions de vies humaines aurait-on épargnées au cours de la Deuxième Guerre mondiale ?

Tuer préventivement pour protéger la Patrie, pour délivrer un peuple ou pour sauver des personnes en danger, est la motivation habituelle des comploteurs.

Obsédé depuis des mois par le danger d’attaques terroristes contre ses proches, l’auteur de l’attentat de Québec était convaincu qu’en tuant les fidèles dans une mosquée, il sauvait des gens des attaques terroristes.

« Je me suis dit hier que, peut-être grâce à ce que j’ai fait, il va peut-être y avoir une centaine de personnes qui vont être sauvées.»

Devant un tel raisonnement, il est facile de présumer que le jeune auteur de l’attentat est un simple d’esprit.

Mais n’est-ce pas aussi notre cas lorsque nous applaudissons les dirigeants de nos pays qui ordonnent des bombardements ‘humanitaires’ à l’Étranger ?

Les Américains ont cru majoritairement que leur pays avait le devoir de faire une guerre ‘préventive’ en Irak dans le but de sauver des millions d’Européens à portée de tir des armes de destruction massive de Saddam Hussain.

Et ce, malgré le fait que la vaste majorité des Européens s’opposaient à cette guerre et doutaient (à juste titre) de l’existence de ces armes.

D’autre part, nos éditorialistes et nos lecteurs de nouvelles, n’ont-ils pas critiqué nos gouvernements, les accusant d’être impassibles devant la répression cruelle du Printemps arabe en Syrie ? Une répression qui faisait des centaines de morts, parmi lesquels de pauvres petits enfants.

Et n’ont-ils pas applaudi à cette guerre qui a causé entre 350 000 à 500 000 morts, principalement des civils, dont beaucoup plus de pauvres petits enfants ?

Quand un remède est mille fois plus mortel que la maladie, quel médecin s’entête à le prescrire ? Grâce à Dieu, médecine et journalisme sont des professions différentes.

Le plus sérieusement du monde, nos dirigeants militaires nous ont promis qu’avec plus de bombardements, nous réussirons enfin à délivrer les gens qui ont survécu à nos bombardements antérieurs.

Malheureusement, plus on bombarde, moins il en reste. Mais, dans la mesure où ce sont des gens qu’on ne voudrait surtout pas voir immigrer chez nous, un peu plus un peu moins, quelle importance…

Même après sept ans de guerre, nous n’apprenons pas de nos erreurs. Il suffit de nous monter les images choquantes des gens gazés en Syrie pour que, de nouveau, nous réclamions vengeance.

Il y a eu en Syrie des dizaines d’attaques chimiques depuis le début de cette guerre, dont trois qui ont scandalisé l’opinion publique internationale.

L’attaque chimique à Kan al-Assad

La première eut lieu en mars 2013, soit environ un an après que le président Obama ait tracé sa célèbre ligne rouge.

L’enquête de l’ONU effectuée sur place a conclu qu’elle avait commise par les rebelles et non par les forces gouvernementales. Ces rebelles étaient affiliés à Al-Qaida.

L’attaque chimique à Khan Cheikhoun

La deuxième attaque chimique eut lieu en avril 2017.

Cliquez sur l’image pour démarrer

Le premier témoignage à ce sujet a été une vidéo diffusée par les médias européens. On y voyait un secouriste présenter les conséquences horribles de cette tragédie.

Cette vidéo a été retirée des ondes dès qu’on s’est rendu compte que ce secouriste était un médecin tortionnaire d’Al-Qaida condamné pour terrorisme en Grande-Bretagne.

Il y a plusieurs autres vidéos qui circulent sur l’internet à ce sujet.

Lorsque le jour s’est levé en Amérique, les médias québécois ont choisi de nous montrer celle où on voit un garçon aux yeux bleus suffoquant dans un décor stylisé qui aurait pu être construit à Hollywood.

Trois jours plus tard, les États-Unis réagissaient en bombardant une base aérienne syrienne, tuant un petit nombre de militaires syriens.

Cette fois, les enquêteurs de l’ONU ne se sont pas rendus sur place : ils ont basé leurs conclusions sur les preuves présentées par différents pays occidentaux, dont la Turquie. L’ONU a conclu à la responsabilité du régime de Bachar el-Assad.

L’attaque chimique à Douma

La troisième attaque est celle survenue il y a dix jours. De nouveau, l’attaque a eu lieu dans un fief d’Al-Qaida.

Les pays occidentaux ont immédiatement blâmé le régime de Bachar el-Assad pour cette attaque au chlore.

Trump manipulé par la dictature soudienne

Sans attendre une résolution habilitante de l’ONU, les États-Unis, la Grande-Bretagne et la France ont illégalement bombardé des sites de production et de stockage d’armes chimiques (notamment de chlore) en Syrie.

Malheureusement, dans ce pays comme chez nous, le chlore — sous forme gazeux, sous forme d’hypochlorite de sodium ou de bioxyde de chlore — sert principalement à l’épuration des eaux.

On peut donc craindre l’apparition d’épidémies de choléra dans certaines villes syriennes qui auront été incapables de s’approvisionner en chlore. Et ce, au grand scandale des pays occidentaux qui accuseront le cruel régime syrien de procéder à une guerre bactériologique contre son propre peuple.

Quand cesserons-nous de tuer dans le but de sauver des vies et de suivre le raisonnement simpliste du terroriste de Québec ?

Références :
Attaque chimique de Douma
Attaque chimique de Khan Cheikhoun
Attaque chimique de Khan al-Assal
Georg Elser
Guerre d’Irak
Le tueur qui croyait sauver des vies
Menaces de tirs américains en Syrie : « Ça peut déraper », estime un observateur
Trump : un président manipulable et impulsif

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Syrie : du vide américain au flop élyséen

2 avril 2018

Préambule

Le 30 mars dernier, cinq douaniers français armés ont pénétré en territoire italien afin d’y mener une enquête. Cette violation de la souveraineté italienne a fait grand bruit. Si bien que l’ambassadeur français a été sommé de venir s’expliquer auprès des autorités italiennes.

Il est donc ironique de se rappeler que ces deux pays, si soucieux du respect des frontières, ont assisté, impassibles, à l’invasion de la Syrie par l’armée turque en janvier dernier.

La reconquête de la Ghouta orientale

Le 20 janvier 2018, sous le nom charmant d’Opération ‘Rameau d’olivier’, des soldats et chars d’assaut turcs ont envahi la province d’Afrin, située à l’extrémité nord-ouest de la Syrie. Ils ont fait la conquête de la capitale de cette province le 18 mars suivant.

En vertu du droit international, le régime de Bachar el-Assad était justifié de déclarer la guerre à la Turquie.

Mais ses soldats avaient d’autres choses à faire. Ils en ont profité pour procéder à la conquête de la Ghouta orientale, la banlieue orientale de Damas (la capitale syrienne).

Depuis janvier dernier, les rebelles qui s’y trouvaient ont fait pleuvoir plus de 2 575 obus et missiles sur la population de la capitale. Ce qu’aucun pays au monde ne tolèrerait.

C’est dans cette banlieue qu’est né le Printemps arable syrien. Huit ans plus tard, c’est là que se trouvaient encore les derniers vrais rebelles modérés de Syrie, de même que des mercenaires d’Al Qaida. Se détestant les uns les autres et tous armés jusqu’aux dents, ces milices possédaient jusqu’à des chars d’assaut.

On devine donc la férocité des combats.

La conquête de cette banlieue était une étape indispensable à la pacification du pays. De manière générale, il ne peut y avoir de paix en Syrie sans que l’État syrien étende son autorité sur l’ensemble du territoire national, au premier rang duquel se trouvent les abords de la capitale.

La conquête turque d’Afrin

Dans la province d’Afrin, les choses se sont assez bien déroulées. L’armée turque a fait relativement peu de pertes civiles. Relativement peu si on tient compte qu’il s’agit d’une guerre, ce qui cause inévitablement des morts.

Les ‘supplétifs’ de l’armée turque — c’est le joli nom donné aux mercenaires islamistes qui l’ont aidé à conquérir cette province — ont évidemment commis des exactions dans le but de terroriser les Kurdes syriens et de les inciter à quitter les lieux. C’est voulu. Ils en ont profité pour piller les maisons abandonnées par ces derniers.

Le but de la Turquie est de procéder à une épuration ethnique en remplaçant les Kurdes syriens d’Afrin par des Syriens arabophones. Or personne ne veut déménager dans un champ de ruines.

Voilà pourquoi la Turquie y a fait relativement peu de dommages matériels. Ce qui, de toute façon, n’était pas nécessaire, la population y étant peu armée.

Je soupçonne qu’Erdoğan en a profité pour vider quelques uns de ses camps de réfugiés syriens et d’installer ceux-ci dans leurs nouvelles demeures d’Afrin.

La levée du verrou américain

L’intention avouée d’Erdoğan est de nettoyer tout le nord de la Syrie de la présence kurde.

Mais voilà. Quelques centaines de soldats américains sont stationnés à 97 km d’Afrin, dans la ville de Manbij, capitale de la province du même nom. Or si la Turquie envahissait ensuite la province de Manbij, ses soldats se retrouveraient face à face avec des soldats américains.

Il suffirait de l’indiscipline de quelques ‘supplétifs’ islamistes — détestant par-dessus tout les mécréants occidentaux — pour mettre le feu aux poudres.

Afin d’éviter cela, la Turquie fait pression depuis des semaines afin que les Américains quittent les lieux.

Mais comment les Américains peuvent-ils céder à la Turquie sans passer pour des lâches ?

Le 29 mars, Donald Trump a trouvé la solution. Les États-Unis, dit-il, ont gagné la guerre contre Daech : ils n’ont plus rien à faire en Syrie. Ils vont donc partir très vite de ce pays.

Même s’il est toujours hasardeux de prévoir si demain Donald Trump dira la même chose que la veille, il est probable qu’il maintiendra cette position puisque celle-ci est du Trump tout craché.

En d’autres mots, Donald Trump demande à Erdoğan de patienter encore quelque temps : les Américains lui laisseront le champ libre pour poursuivre son nettoyage ethnique vers l’Est syrien.

Le flop diplomatique de l’Élysée

Comme dans bien d’autres domaines, en politique internationale, la nature a horreur du vide.

Avec l’effondrement du califat et la diminution du financement saoudien de cette guerre, Emmanuel Macron y a vu une occasion pour la France d’accroitre son influence dans cette partie du monde.

Le 29 mars, l’Élysée a donc reçu une délégation de Kurdes syriens.

À l’issue de cette rencontre, les représentants kurdes se sont dit heureux d’apprendre que la France enverra des troupes dans le territoire syrien sous leur contrôle. Précisons qu’il s’agit d’une déclaration que la France n’a pas commentée ce jour-là.

Mais le lendemain, après avoir appris que Trump voulait que des États-Unis déguerpissent de Syrie, le Palais de l’Élysée s’est empressé de préciser qu’il était hors de question que la France envoie des troupes en Syrie. Tiens, tiens.

Résultat : Erdoğan est furieux que l’Élysée ait reçu officiellement des gens qui sont des ‘terroristes’ à ses yeux.

Et les Kurdes sont déçus de découvrir que la France mobiliserait en leur faveur une armée de mots, mais rien de plus.

L’initiative de Macron visait évidemment à faire rayonner la diplomatie française.

Mais à la suite de ce flop, on se demande comment Emmanuel Macron pourrait espérer passer pour un Jules César lorsque son ami américain le contraint à jouer les Ponce Pilate…

Conclusion

La dure réalité est que l’Occident a perdu la guerre en Syrie et que moins les pays étrangers se mêleront des affaires de ce pays, mieux celui-ci s’en portera.

Quant à la reconstruction éventuelle de la Syrie, nous savons par expérience que même si cette dernière devait se soumettre à toutes les conditions qu’exigeront les pays occidentaux, ceux-ci verseront à peu près rien de ce qu’ils auront promis.

Parlez-en aux Afghans et aux Irakiens.

Quant à Daech, vaincu sur les champs de bataille, il fait comme Al Qaida après sa défaite militaire en Afghanistan : il disparait dans la clandestinité.

Délivré de la gestion administrative de son califat, Daech pourra dorénavant se consacrer à ce pour quoi ses mécènes le paient et là où il excelle; l’attentat terroriste. Celui du 30 mars dernier en France nous en donne un aperçu…

Références :
Attaques dans l’Aude : Daech vise une nouvelle fois le cœur de la France
Bataille d’Afrine
Bataille de la Ghouta orientale
L’Élysée dément l’envoi de troupes en Syrie en soutien aux Kurdes
Les Etats-Unis vont partir « très vite » de Syrie, assure Donald Trump
Macron assure les Kurdes syriens du « soutien » de la France lors d’une rencontre à l’Elysée
Syrie: Macron assure les FDS du soutien de Paris dans le nord-est
Syrie: scènes de pillage à Afrine après l’entrée des forces pro-turques
Un contrôle douanier de la police française en Italie vire au clash diplomatique
Washington et Ankara tentent de régler leurs différends sur la Syrie

Paru depuis :
Only Assad’s victory will end Syria’s civil war. The west can do nothing (2018-04-09)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


La leçon de géopolitique de Juan Branco

27 juin 2017

 

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Écrit par Jean-Pierre Martel


L’attentat du 15 avril 2017 à Rachidine, en Syrie

21 avril 2017

Il y a une semaine, on apprenait qu’un attentat avait fait une centaine de morts au sein d’un convoi de Syriens délocalisés.

Voici le fond de l’histoire.

Au cours d’une partie de chasse au faucon dans le sud de l’Irak en décembre 2015, vingt-six membres de la famille royale qatarie sont tombés dans une embuscade et sont faits prisonniers par un groupe d’une centaine de rebelles chiites supportés par l’Iran.

Depuis seize mois, leur libération est négociée par le Qatar et l’Iran. À cela se sont ajoutés les négociateurs de quatre groupes de rebelles : le Hezbollah et deux milices chiites du côté iranien, et une milice d’Al Qaida du côté qatari.

L’entente intervenue prévoit la libération des otages qataris en contrepartie d’un important échange de population dans le cadre de l’épuration ethnique qui prévaut en Syrie.

L’entente prévoit également le versement d’une colossale rançon aux rebelles. Non seulement à ceux qui détiennent les otages royaux, mais également aux différentes milices rebelles et gouvernementales rencontrées sur le trajet de plus de 300km que doivent effectuer les convois de 30 000 à 50 000 Syriens relocalisés.

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D’une part, cette épuration concerne les Musulmans sunnites de deux villages situés près de la capitale (dans le sud-ouest du pays). Ils doivent retrouver les leurs dans deux villages sunnites situés dans le nord-ouest du pays.

En contrepartie, les Musulmans chiites des deux villages dont on vient de parler doivent être transférés dans les deux villages situés près de la capitale.

Le 14 avril, le premier groupe de Chiites (cinq-mille personnes) fut placé à bord de 45 à 75 autobus. En raison du caprice du réseau routier et des droits de passage négociés vers leur destination finale, le début du trajet prévoit un détour par Rachidine, une localité tenue par les rebelles près d’Alep.

Et c’est dans cette ville qu’eut lieu l’attentat. Un véhicule qui distribuait des sachets de croustilles aux enfants a explosé à proximité des autobus transportant les évacués.

L’attentat fit 126 morts et 300 blessés, mettant en péril l’accord intervenu entre l’Iran et le Qatar.

Depuis samedi dernier à Bagdad (lieu choisi pour l’arrivée de la rançon), un jet privé qatari est immobilisé sur le tarmac de l’aéroport en attente de prendre possession des otages royaux qui doivent être libérés.

Puisque l’attentat a tué non seulement des civils loyalistes au régime de Bachar el-Assad mais également une trentaine de combattants rebelles, on présume que ce serait l’œuvre d’une autre milice exclue de l’entente et qui aurait voulu une part du butin.

En raison de l’importance de la rançon, les évacuations ont repris quelques heures plus tard et se poursuivent depuis.

Références :
Attentat de Rachidine
Attentat en Syrie: les auteurs déguisés en humanitaires
Qatari jet sits on tarmac in Baghdad as royal hostages await release

Parus depuis :
Qatari royals released from captivity as part of Syria population swap deal (2017-04-21)
En Syrie, le grand marchandage de Doha (2017-04-24)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Trump : un président manipulable et impulsif

10 avril 2017


 
Introduction

Lorsque l’aviation canadienne bombarde n’importe quelle région du monde, elle le fait avec l’accord du pays concerné ou à la suite d’une résolution habilitante de l’ONU.

Cela s’appelle respecter le droit international.

Quand les Russes bombardent la Syrie, ils n’ont pas besoin d’une autorisation de l’ONU parce qu’ils ont déjà celle du gouvernement de la Syrie, soit celui de Bachar el-Assad.

Plus tôt cette semaine, le président américain Donald Trump a ordonné le bombardement de la base russe de Shayrat, située en Syrie.

Ce bombardement est la réponse américaine à une attaque chimique survenue deux jours plus tôt dans la ville syrienne de Khan Cheikhoun. Cette attaque chimique a provoqué la mort d’une centaine de civils et fait environ 500 blessés.

Dans cette région s’affrontent l’armée syrienne et les milices de deux organisations terroristes financées par l’Arabie saoudite : Ahrar al-Cham (accusé de crimes de guerre par Amnistie internationale) et Hayat Tahrir al-Cham (classé comme organisation terroriste par les États-Unis le mois dernier).

Le président américain s’est dit ému des images qui lui ont été présentées à ce sujet.

Dans le but évident de nous faire partager l’émotion présidentielle, les télévisions canadiennes nous ont présenté en boucle ces gros plans d’enfants suffoquant ou d’infirmiers essayant désespérément de sauver les personnes affectées par des gaz toxiques.

Selon Newsweek, l’armée américaine a tué mille civils en Irak et en Syrie durant le seul mois de mars 2017. C’est dix fois plus que l’attaque qui a suscité l’indignation de Trump. Or nos médias n’ont pas cru bon nous montrer les gros plans des gens tués ou agonisants sous les frappes américaines.

Il faut être très naïf pour croire que les États-Unis bombardent quoi que ce soit pour des raisons humanitaires.

C’est la paix, et non la guerre, qu’on fait pour le bien d’un peuple. Surtout quand il s’agit de gens qu’on ne veut surtout pas accueillir aux États-Unis.

Sans attendre que la responsabilité de l’aviation syrienne ait été prouvée et sans posséder de résolution habilitante de l’ONU, le président américain a ordonné le bombardement de cette base militaire deux jours plus tard.

Il s’agit de son premier Casus belli, commis moins de cent jours après son entrée en fonction.

Pour les chefs d’État occidentaux et les journalistes qui rapportent leurs propos, la culpabilité de Bachar el-Assad est évidente puisqu’il s’agit ici, croit-on, d’une récidive.

La ligne rouge

Le 20 aout 2012, l’ex-président Obama avait prévenu que l’utilisation d’armes chimiques dans le cadre du conflit syrien constituerait une ligne rouge à ne pas dépasser.

À plusieurs occasions, de telles armes ont été utilisées, causant un petit nombre de victimes.

Toutefois, le 21 aout 2013 — un an plus tard — un bombardement à l’arme chimique eut lieu dans l’oasis de la Ghouta, près de Damas. Ce bombardement fit entre 322 et 1 729 morts. De plus, 3 600 personnes furent atteintes de symptômes neurotoxiques.

À l’époque, ce crime de guerre provoqua une indignation planétaire.

Mais la Maison-Blanche invoqua l’insuffisance de preuve pour ne pas intervenir et sauva la face (plus ou moins) en acceptant l’engagement russe à procéder à la destruction de toutes les armes chimiques encore en possession du régime de Bachar el-Assad.

Quatre ans plus tard, cette nouvelle attaque chimique a provoqué de nombreux commentaires. Toutefois, j’ai été très surpris de lire celui d’un lecteur du Devoir affirmant que l’enquête de l’ONU au sujet du massacre de Ghouta avait innocenté le régime de Bachar el-Assad.

À la lecture du texte sur Wikipédia, on apprend effectivement que l’ONU a produit deux rapports à ce sujet.

Publié le 16 septembre 2013, le premier n’avança aucune responsabilité dans cette attaque puisque cela n’était pas son but.

En décembre 2013, le journaliste d’investigation Seymour Hersh révèle que le gouvernement américain, pour mieux soutenir les accusations contre le régime de Bachar el-Assad, aurait volontairement caché les informations selon lesquelles le groupe djihadiste Front al-Nosra (soutenu par l’Arabie saoudite) disposait de gaz sarin.

Publié en janvier 2014, le deuxième rapport de l’ONU en vint à la conclusion que le régime syrien ne pouvait pas être tenu responsable du massacre. En particulier l’analyse de l’impact au sol des ogives permettait de préciser que l’endroit d’où elles avaient été tirées ne pouvait provenir des positions occupées par le régime au moment de l’attaque.

Évidemment, ce rapport fut aussitôt critiqué par un grand nombre d’experts occidentaux et, à l’opposé, applaudis par ceux des pays alliés de Bachar el-Assad.

Si j’exclus tous les rapports d’organismes ou d’États qui avaient conclu à la culpabilité ou à l’innocence de Bachar el-Assad avant même d’entreprendre leurs travaux, le seul rapport crédible est celui de l’ONU.

Le scénario le plus plausible

En traçant sa ligne rouge, le président Obama commettait une imprudence.

Il suffisait à l’Arabie saoudite d’orchestrer une attaque chimique ayant l’air d’avoir été commise par le régime syrien pour forcer la main d’Obama et l’amener à déclarer la guerre contre Bachar el-Assad.

Cette stratégie ayant échoué, la dictature saoudienne a donc recommencé le même scénario moins de cent jours après l’arrivée au pouvoir de son successeur.

Et voilà ce pauvre Trump qui tombe dans le panneau.

La pire erreur que peut commettre un chef de guerre, c’est de révéler son talon d’Achille.

C’est ce qu’a fait Donald Trump en ordonnant le bombardement de la base russe de Shayrat.

Il aura suffi qu’on lui montre les gros plans de jeunes enfants suffoquant pour qu’il réagisse comme le taureau devant lequel le toréador agite sa muléta.

Mais il y a plus grave encore.

À en juger par la réaction contrariée des Russes aux frappes américaines, il est évident que Trump n’a pas demandé la permission aux Russes avant de bombarder une de leurs bases militaires en Syrie.

Imaginons que les Russes, prévenus de l’attaque, aient décidé de tester l’efficacité des missiles sol-air S-300 qu’ils ont déjà déployés en Syrie.

Si toutes les ogives américaines avaient atteint leur but quand même, cela aurait prouvé la supériorité de la technologie américaine.

Mais si ce coup de poker avait tourné au désastre, on ferait présentement la queue à Moscou pour acheter des armes russes.

Et puisque les missiles S-300 n’auraient causé aucune victime américaine mais n’auraient fait que bloquer des ogives ‘made in USA’ et humilier les États-Unis, Trump aurait été réduit à accuser Poutine d’hypocrisie sans avoir matière à déclarer une troisième guerre mondiale.

Ce qui, dans le cas de Trump, n’est peut-être que partie remise…

Références :
Armes chimiques pendant la guerre civile syrienne
Attaque chimique en Syrie : trop tôt pour tirer des conclusions, disent Moscou et Damas
Massacre de la Ghouta
Obama ne regrette pas l’épisode de la «ligne rouge»
Under Trump, U.S. military has allegedly killed over 1,000 civilians in Iraq, Syria in March
Whose sarin?

Paru simultanément :
Guerre en Syrie et lutte pour le pouvoir aux États-Unis

Parus depuis :
Saudi Arabia stroked Trump’s ego. Now he is doing their bidding with Qatar (2017-06-07)
Trump’s Red Line (2017-06-25)
Menaces de tirs américains en Syrie : « Ça peut déraper », estime un observateur (2018-04-11)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Universitaires syriens réduits à la misère en Turquie

19 septembre 2016

Introduction

En matière de nouvelles internationales, peu de quotidiens sont suffisamment riches pour embaucher leurs propres correspondants à l’Étranger.

Nos médias se contentent généralement d’être les clients d’agences de presse dont ils reproduisent aveuglément les communiqués. Voilà pourquoi ils répètent les mêmes clichés.

Un des rares quotidiens occidentaux à posséder une véritable signature journalistique et éditoriale est The Guardian de Londres.

On y apprend ce matin que la Turquie bloque la sortie de son territoire des réfugiés syriens qualifiés.

Réfugiés ‘de ville’ et réfugiés ‘de camp’

Sur les millions de Syriens que la Turquie a accueillis, seulement le huitième vit dans des camps de réfugiés installés le long de la frontière syrienne.

La grande majorité vit donc dispersée dans des villes turques, dont 350 000 à Istanbul.

Les réfugiés ‘de ville’ habitent des appartements souvent insalubres qu’ils partagent à plusieurs familles et qu’ils louent à la semaine. Les loyers sont augmentés arbitrairement d’une semaine à l’autre par les propriétaires turcs qui les exploitent.

Puisque la Turquie délivre au compte-goutte les permis de travail aux réfugiés ‘de ville’, environ 40% d’entre eux chôment. Les autres tirent des revenus du travail au noir : ils reçoivent souvent une rémunération équivalente au huitième ou dixième de ce que reçoit un Turc effectuant un travail équivalent.

Dans presque tous les cas, les réfugiés ‘de ville’ obtiennent une rémunération insuffisante à combler leurs dépenses. Lorsque leurs économies atteignent un seuil critique, ceux-ci sont forcés à l’exil.

La ‘contrôlite’ d’Erdoğan

Chaque pays possède ses propres critères en matière d’immigration.

Pour des raisons sécuritaires, le Canada a choisi de n’accueillir que des réfugiés apparaissant sur les listes du Haut-Commissariat pour les réfugiés des Nations unies

De leur côté, les États-Unis ont une grille d’évaluation où les réfugiés syriens sont évalués davantage comme des immigrants que comme des demandeurs d’asile. Les considérations humanitaires (un handicap physique ou mental, par exemple) comptent moins que l’employabilité et, plus généralement, l’aptitude à s’adapter à la vie américaine.

En principe, la Turquie devrait être indifférente à toutes ces considérations.

Mais la ‘contrôlite’ dont sont atteintes les autorités turques n’a apparemment pas de limite.

Alors que leur venue avait été approuvée par les États-Unis (entre autres), plus de mille diplômés universitaires ou travailleurs surqualifiés syriens ont été empêchés de quitter la Turquie par décision des autorités de ce pays.

Pour se justifier, ces derniers déclarent que les réfugiés les plus vulnérables doivent être aidés avant les autres.

Pourtant, les réfugiés surqualifiés dont il est question sont réduits au chômage en Turquie.

Jusqu’ici, les considérations humanitaires n’ont pas empêché la Turquie d’être l’artisan (avec l’Arabie saoudite et le Qatar) de la pire crise humanitaire depuis la Seconde Guerre mondiale.

La destruction minutieuse de l’État syrien et l’appui aveugle aux mercenaires qui travaillent à créer une république islamiste en Syrie sont autant de faits qui rendent suspecte la décision turque de s’acharner à réduire à la mendicité les réfugiés syriens les plus talentueux.

Références :
La sélection des réfugiés syriens au Canada
Le terrorisme judiciaire d’Erdoğan
Turkey blocks Syrian refugees from resettlement in the US – for having degrees


Compléments de lecture :
L’ABC de la guerre syrienne (1re partie)
L’ABC de la guerre syrienne (2e partie)
L’ABC de la guerre syrienne (3e partie)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


L’empathie, le mensonge et les affaires internationales

30 mars 2016

Fabien Deglise, chroniqueur au Devoir, se faisait récemment l’écho d’un texte de Paul Bloom publié en septembre dernier dans The Atlantic.

Dans celui-ci, l’auteur américain écrivait : « On s’engage dans une guerre par empathie pour une poignée de victimes sur lesquelles le regard se concentre sans voir que, ce faisant, l’on va entrainer plus de morts et de nouvelles victimes par cette guerre.»

Carte de la Syrie
 
Par ailleurs, dans le même quotidien montréalais, un éditorialiste dénonçait hier le mensonge de la Russie lorsque celle-ci avait annoncé son retrait de Syrie.

Ici même sur ce blogue, j’ai plutôt qualifié ce retrait de ‘limité’.

Être bien renseigné sur la guerre en Syrie, cela consiste à distinguer le vrai du faux. Parce que dans ce conflit, tous les pays mentent.

La palme d’or revient incontestablement à la Turquie. Celle d’argent va à l’Arabie saoudite. La médaille de bronze, au régime de Bachar el-Assad. En ordre alphabétique, des mentions spéciales vont au Canada, aux États-Unis, à la France, au Royaume-Uni, à la Russie et, de manière générale, à tous les pays impliqués.

Mais ces pays ne font pas que mentir; ils disent aussi une part de vérité. La difficulté consiste à distinguer le vrai du faux.

Une des vérités qu’on doit savoir est que cette guerre est une infopublicité.

À de multiples reprises sur ce blogue, j’ai écrit qu’avant les attentats de Paris, les Américains n’avaient pas pour but d’anéantir l’État islamique (ÉI).

Cette organisation terroriste est née contre leur volonté. Toutefois, les dirigeants américains sont des gens pragmatiques. Très vite, ils ont compris que l’ÉI constituait une occasion d’affaires pour leur complexe militaro-industriel.

L’unique souci des Américains était d’éviter la convergence de l’ÉI et d’Al-Qaida afin que l’ÉI demeure une menace régionale. Comme si l’ÉI ne pouvait pas de lui-même se transformer un jour en une organisation terroriste de classe internationale.

En bombardant l’ÉI de manière à limiter son expansion territoriale sans toutefois chercher à l’anéantir, les dirigeants américains faisaient perdurer l’insécurité qui amenait les pays voisins à multiplier les contrats militaires auprès d’eux afin de se protéger.

Voilà pourquoi depuis cinq ans, seulement deux pour cent de leurs 10 600 frappes aériennes ont ciblé les sites d’extraction pétrolière de l’ÉI. S’ils en avaient fait leurs cibles prioritaires, les coffres de l’ÉI seraient aujourd’hui vides et la guerre serait finie depuis longtemps.

Mais l’entrée en guerre de la Russie a changé la donne. En cinq mois, l’intervention militaire directe de la Russie a davantage fait évoluer la situation en Syrie que la coalition américaine l’a fait en cinq ans.

Si les Russes ont déployé en Syrie des batteries antiaériennes d’une redoutable efficacité (d’une portée de 400 km), les bombardiers russes utilisés sont loin de représenter leurs meilleurs modèles. Et pourtant, leur utilisation marqua un tournant dans cette guerre.

Depuis, des pays du Tiers-Monde se bousculent aux portes de Moscou pour acheter du matériel militaire russe.

On estime que les contrats en cours de négociation représentent six ou sept milliards$ de ventes supplémentaires pour la Russie.

Sur les rangs, on trouve l’Algérie, l’Indonésie, le Vietnam et le Pakistan.

En démontrant sa détermination et ses capabilités, la Russie a imposé le respect. Or personne n’achète de l’armement des perdants.

Un autre effet de l’intervention russe, c’est de créer une surenchère avec les Américains.

En prenant le contrôle de l’espace aérien syrien, les Russes ont chassé la coalition internationale de ce pays, l’obligeant à concentrer ses bombardements aériens sur l’Irak. C’est ainsi que la France a dû redéployer le porte-avion Charles-de-Gaulle de la Méditerranée vers le Golfe persique.

De plus, l’aviation turque ne se risque plus à survoler la Syrie; lorsque la Turquie bombarde une ville frontalière syrienne, ce sont des tirs d’artillerie à partir de son territoire. Quand aux Américains, leurs frappes ne se font plus en Syrie que par des drones. Par leur précision, ceux-ci nécessitent beaucoup de compétence de la part de leurs services de renseignements.

En janvier dernier, j’écrivais que ce redéploiement était un autre signe annonciateur de la reconquête de Mossoul (la deuxième ville irakienne, actuellement aux mains de l’État islamique).

Mais on hésite. À la fin du mois de février, les Américains exprimaient publiquement leur crainte que la rupture du barrage hydroélectrique de Mossoul puisse entrainer la mort par noyade d’un million de personnes.

Comme si la conquête de ce barrage ne pouvait pas être un prérequis à l’assaut contre la ville.

Dans le pays voisin, la reconquête toute récente d’une ville syrienne symbolique — celle de Palmyre, par les forces gouvernementales appuyées par les Russes — crée de la pression sur les Américains.

Partout en Occident, les éditorialistes et les commentateurs aveuglément acquis aux thèses américaines se désolent que la reconquête de Palmyre serve à la propagande russe.

On veut de l’action. Si bien que les Américains sentent monter la pression sur eux pour qu’ils livrent la marchandise et fassent reculer l’ÉI.

Leur problème, c’est que leur coalition est faible, minée par des pays qui n’y sont que sur papier (sans y jouer de rôle actif), alors que d’autres ne savent plus comment cacher leur sympathie pour l’ÉI et Al-Qaida.

Il y a cinq jours, le quotidien The Guardian rendait public un mémo confidentiel révélant que le roi de Jordanie avait confié secrètement à des congressistes américains qu’à son avis, le but d’Erdoğan (le président turc) était de remplacer le régime de Bachar el-Assad par un régime islamiste fondamentaliste.

Évidemment cette opinion ne prouve rien. Mais c’est un indice supplémentaire du double-jeu pratiqué par certains membres de la coalition américaine.

Entourés de traitres, les Américains devront surmonter les incohérences de leur politique étrangère et s’appuyer sur une poignée de fidèles alliés pour remporter prochainement quelques victoires en Irak contre l’ÉI : leur crédibilité en dépend.

Références :
Iraqi PM and US issue warnings over threat of Mosul dam collapse
L’ABC de la guerre syrienne (3e partie et fin)
Le cadeau à Bachar
L’éclipse russe de la Syrie
Paradoxe : l’empathie serait néfaste à la bonne marche du monde
Russia’s campaign in Syria leads to arms sale windfall
SAS deployed in Libya since start of year, says leaked memo
The Dark Side of Empathy

Paru depuis :
Opérations aériennes contre l’EI depuis le porte-avions « Charles-de-Gaulle » (2016-09-30)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


L’éclipse russe de la Syrie

15 mars 2016

Carte de la Syrie
 
Bilan militaire de l’intervention russe

En entrevue à la télévision russe le 11 octobre 2015, Vladimir Poutine avait déclaré au sujet de l’intervention de son pays en Syrie : « Notre tâche est de stabiliser le pouvoir légitime et de créer les conditions pour assurer la recherche d’un compromis politique.»

En y consacrant seulement 2% du budget militaire national, l’aviation russe a effectué 9 000 sorties, détruit 209 sites d’extraction pétrolière ou de points de transit d’hydrocarbures, et libéré 400 agglomérations (sur les 25 000 que compte le pays).

La proportion du territoire syrien contrôlé par le régime de Bachar el-Assad est passée de 16 à 20%, soit un gain de 10 000 km² en quelques mois.

Par endroits, cela a permis de ralentir ou de stopper l’approvisionnement des rebelles islamistes en armes et munitions, de même que mettre un terme à leur trafic d’hydrocarbures.

Au cours de l’avancée des forces gouvernementales sous le couvert des bombardements russes, des négociateurs russes et syriens ont conclu des centaines de serments d’allégeance au régime de la part des chefs de villages et seigneurs de la guerre. Par le biais de ces ententes, des milliers de combattants ont fait défection des milices islamistes rebelles.

Pour terminer, l’armée gouvernementale syrienne a fait le plein d’équipement neuf.

Un retrait limité

Le retrait annoncé par Moscou ne signifie pas que la Russie abandonne toute présence militaire en Syrie.

Depuis des décennies, la Russie possède à Lattaquié, sa seule base maritime en Méditerranée. Et le port de Tartous, sans avoir été cédé officiellement à la Russie, accueille en permanence des navires de la flotte russe.

C’est à Tartous que se trouve aussi une base de radars russes.

En préparation de son intervention militaire, la Russie a ajouté à son dispositif deux bases aériennes (à Jableh et à Shaayrat). Un communiqué du Kremlin précise qu’une présence aérienne serait maintenue pour contrôler l’application du cessez-le-feu.

La Russie est le seul pays étranger qui possède des bases militaires en Syrie. Elle y maintiendra ce qu’il faut pour assurer leur défense et préparer son retour en force si jamais la situation devait se dégrader.

Ses conseillers militaires resteront en Syrie tandis que se poursuivra la livraison d’armes au régime de Bachar el-Assad.

En somme, la Russie retirera une partie de la cinquantaine de bombardiers déployés en Syrie depuis le début de son intervention directe et une partie de ses troupes au sol.

Quant à ses redoutables missiles sol-air, la Russie n’en a pas fait mention. Qu’ils soient rapatriés ou non, aucun pays étranger ne voudra courir le risque de voir ses chasseurs-bombardiers abattus en Syrie. Conséquemment, la Syrie continuera d’être soustraite aux bombardements occidentaux comme est l’est depuis le début de l’intervention russe.

N.D.L.R.: Le lendemain de la publication de ce texte, la Russie a annoncé que ses missiles sol-air en Syrie y demeureraient.

Bilan géostratégique de l’intervention russe

Jusqu’à tout récemment, la Russie comptait trois alliés dans les pays arabes soit l’Irak, la Libye, et la Syrie. Or les États-Unis ont privé la Russie des deux premiers sans que celle-ci se porte à leur défense. Pour Poutine, il devenait important de stopper la politique d’isolement de la Russie et de démonter — sur le tard il est vrai — que son pays n’abandonne pas ses amis.

C’était d’autant plus important que dans ce cas-ci, les seules bases militaires russes de la région dépendent de cette amitié.

Le prestige de la Russie est également rehaussé par le fait qu’elle a davantage fait évoluer la situation en Syrie en cinq mois que la coalition américaine l’a fait en cinq ans. Avant l’intervention russe, qui aurait pensé que les rebelles islamistes et le régime en place auraient pu entamer des négociations de paix ?

En réalité, ces négociations ne peuvent pas aboutir à la fin de la guerre en Syrie. D’une part parce que l’État islamique et Al Qaida en sont exclus et d’autre part parce que les autres rebelles islamistes ne sont que des marionnettes. Les véritables décideurs sont leurs commanditaires, soit l’Arabie saoudite, la Turquie et le Qatar. Or rien n’indique que ceux-ci veulent cette paix.

En quittant les lieux maintenant, la Russie ne pourra pas être blâmée d’être responsable de l’échec de négociations auxquelles aucun expert ne croit. Et une fois de plus, les États-Unis sont confrontés à leur impuissance apparente et la perte de prestige qui en découle.

Actuellement, l’Arabie saoudite, la Turquie et le Qatar songent sérieusement à entrer en guerre contre la Syrie afin d’en finir avec le régime de Bachar el-Assad et de le remplacer par un régime islamiste fondamentaliste. En s’éclipsant, la Russie tend un piège à la Turquie tout en se lavant les mains de ce qui pourrait survenir.

Croyant le régime de Bachar el-Assad laissé à lui-même — alors que la Russie est à quelques heures de vol — si la Turquie entre en guerre, elle sera aux prises avec cinq problèmes simultanés; son effort de guerre en Syrie, l’insurrection kurde dans l’Est de la Turquie, les millions de réfugiés syriens supplémentaires qui frapperont à ses portes, la multiplication des attentats terroristes en Turquie (probablement financés par la Russie) et conséquemment, l’effondrement de son industrie touristique. Qui veut visiter un pays en guerre ?

On estime que l’intervention russe a couté entre 2,2 et 3,6 millions d’euros par jour. Autrement dit, pour une somme totale équivalente à celle de la ‘mission’ canadienne en Syrie, la brève intervention russe a prouvé la puissance militaire et stratégique de ce pays et placé les États-Unis dans une position d’échec et mat puisqu’il leur sera impossible de réaliser les espoirs de paix qu’ils ont suscités à Genève.

Références :
Le retrait de Syrie, coup stratégique pour la Russie
Les 8 thèses principales de l’interview de Vladimir Poutine
Russia’s exit from Syria a move military analysts never saw coming
Vladimir Poutine annonce le début du retrait des troupes russes de Syrie

Parus depuis :
Putin: Russia could redeploy forces in Syria within hours if needed (2016-03-17)
Exclusive: Russia, despite draw down, shipping more to Syria than removing (2016-03-30)


Compléments de lecture :
L’ABC de la guerre syrienne (1re partie)
L’ABC de la guerre syrienne (2e partie)
L’ABC de la guerre syrienne (3e partie)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le radicalisme des rebelles syriens

23 décembre 2015

La Tony Blair Faith Foundation est une organisation sans but lucratif qui vise à étudier et combattre l’extrémisme religieux.

Le 20 décembre 2015, cet organisme publiait les résultats d’une étude portant sur l’idéologie des groupes rebelles en Syrie (indigènes ou venus de l’Étranger).

Il est à noter qu’il ne s’agit pas d’un sondage effectué auprès de répondants choisis par échantillonnage, mais d’une analyse de la propagande (écrite ou verbale) issue de 48 groupes de rebelles.

L’État islamique (ÉI) et 15 autres groupes — totalisant 96 000 combattants — partagent une idéologie identique. C’est le tiers des groupes étudiés.

Ils combattent afin de reproduire en Syrie le monde musulman idéalisé qui prévalait au temps de Mahomet, soit ce que fait déjà l’ÉI dans le territoire qu’il contrôle.

Parmi eux, huit (excluant l’ÉI) déclarent ouvertement souhaiter commettre des attentats terroristes en Occident. Ces huit groupes comptent 30 000 combattants. Si on ajoute l’ÉI, cela fait 61 000 terroristes potentiels.

À cela s’ajoutent douze autres groupes qualifiés d’islamistes; sans chercher à reproduire les coutumes qui prévalaient il y a 1 500 ans dans cette partie du monde, ils souhaitent néanmoins que le Coran et la charia aient dorénavant force de loi en Syrie.

Douze autres groupes de rebelles luttent pour renverser le régime de Bachar el-Assad, sans professer d’idéologie particulière.

Suivent trois groupes de rebelles qui luttent pour l’indépendance du Kurdistan, et cinq groupes de milices qui ne visent qu’à assurer la protection de leur communauté.

Au total, la majorité des groupes rebelles dits ‘modérés’ (excluant donc l’ÉI et Al-Qaida) visent à remplacer le régime séculier de Bachar el-Assad par un régime où les textes de la doctrine et de la jurisprudence musulmane auront force de loi auprès de l’ensemble de la population.

Seuls 38% des groupes de rebelles souhaitent diriger une démocratie parlementaire.

Et puisque ces groupes s’unissent et s’affrontent selon les circonstances, les auteurs du rapport écrivent : « Toute tentative de faire la distinction entre des rebelles ‘modérés’ d’une part et des extrémistes de l’autre, est impossible. »

Les lecteurs assidus de ce blogue ne seront pas surpris par cette conclusion puisque c’est exactement ce que j’écris depuis deux ans.

En s’alliant aux pétromonarchies et à la Turquie pour renverser Bachar el-Assad, les pays occidentaux sont en train de commettre une grave erreur; celle de transformer un régime séculier brutal par un régime islamiste tout aussi brutal, voire barbare.

Références :
Most Syrian rebels sympathise with Isis, says thinktank
If the Castle Falls: Ideology and Objectives of the Syrian Rebellion


Compléments de lecture :
L’ABC de la guerre syrienne (1re partie)
L’ABC de la guerre syrienne (2e partie)
L’ABC de la guerre syrienne (3e partie)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


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