Le film ‘Ceux qui font les révolutions à moitié…’

24 août 2019

Cette semaine, j’ai vu à la télé le film collectif ‘Ceux qui font les révolutions à moitié n’ont fait que se creuser un tombeau’.

Les échos que j’en avais eus ne m’avaient pas incité à le voir au cinéma. Je l’ai donc regardé avec réticence, prêt à en interrompre le visionnement si le film ne me plaisait pas.

Après l’avoir vu, je crois qu’il s’agit du film québécois le plus significatif paru depuis une décennie.

En architecture, en sculpture et en musique, il existe des œuvres qui sont caractéristiques de leur temps.

La cantate ‘Ecclesia militantis’ de Guillaume Dufay et la basilique de Saint-Denis témoignent de l’intense foi religieuse du Moyen-Âge.

De la même manière, ces églises richement décorées nées de la Contre-réforme avaient pour but de créer chez les fidèles une stupéfaction qui les rendait vulnérables à la prédication religieuse.

Le cinéma est un art plus récent dont certaines œuvres sont typiques de l’époque qui les a vues naitre.

C’est le cas de ce film qui puise sa source dans le souffle de révolte qui s’est emparé d’une bonne partie de la jeunesse étudiante lors du Printemps érable.

À l’instar de certains films de gangsters qui rendent intéressants les quartiers sales et délabrés de New York, les lieux glauques du tournage sont rehaussés par une direction artistique qui les magnifie (notamment par l’éclairage) au point que certains plans sont beaux en dépit de la pauvreté des moyens pour y parvenir.

Au cours de ce film engagé, le récit est parfois interrompu par des plans fixes qui présentent un texte jugé utile à la réflexion du spectateur.

Ce didactisme est évidemment de nature à irriter ceux qui sont hostiles à l’idéologie du film.

Tout comme le meilleur du Hip-Hop, les dialogues ont été écrits avec soin. Ils sont très littéraires en dépit du fait que certaines scènes sont probablement issues de séances d’improvisation.

Mais à la différence des chansons d’un groupe comme Loco Locass, le film évite la virtuosité formelle des dialogues qui, dans le flot continu d’un film, aurait été un obstacle à la compréhension immédiate du spectateur.

Une des scènes les plus saisissantes du film est celle où un comédien nu fait son autocritique devant les membres de sa cellule révolutionnaire. En équilibre sur le mince fil qui sépare la vraisemblance du ridicule le plus complet, l’acteur réussit à livrer une performance qui suscite la pitié du spectateur.

Alors que triomphent de nos jours les messages infantilisants qui deviennent viraux, ce film nécessaire est un document phare qui anticipe l’ère des révoltes qui s’annonce à l’issue de la faillite des mirages du néolibéralisme.

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le film ‘Salafistes’

25 avril 2016
Le coréalisateur François Margolin, venu présenter son film

Samedi dernier, j’ai vu le documentaire Salafistes, réalisé et coproduit par François Margolin et le journaliste mauritanien Lemine Ould Salem.

Présenté en France depuis janvier dernier, le film prenait l’affiche au Québec la semaine dernière dans le cadre du festival Vues d’Afrique (puisque la majorité de plans se déroulent sur ce continent).

Tourné pendant trois ans au Mali, en Mauritanie, en Tunisie, en Syrie et en Irak, le film de 72 minutes laisse la parole aux théoriciens djihadistes et aux personnes qui vivent sur les territoires contrôlés par des milices islamistes radicales.

Des imams fondamentalistes y présentent librement leur conception de l’Islam. Seul le témoignage d’un vieillard africain, à la fin du film, montre quelqu’un en désaccord avec eux sur un point mineur (l’interdiction de fumer).

Pendant certains témoignages, le documentaire montre des extraits de la propagande filmée de l’État islamique, des scènes crues d’exécutions, d’amputations, et des clips vidéos amateurs réalisés lors d’attentats terroristes.

L’absence de voix hors champ ne permet pas de relativiser les points de vue exprimés. Si bien que le spectateur qui ne sait rien de l’Islam pourrait en venir à penser que ce qu’il entend est la manière la plus authentique d’envisager la religion musulmane, illustrée par des images de ce que cela signifie concrètement.

À l’opposé, celui déjà bien informé à ce sujet n’apprendra rien.

Quant au jeune qui a déjà entamé un processus de radicalisation, le documentaire légitime — en la présentant sur grand écran — une conception étriquée de l’Islam qu’il a commencé à faire sienne plus ou moins clandestinement. Notamment, il pourra entendre des héros qu’il n’a vus que dans des vidéos de qualité médiocre sur l’internet.

Pour toutes ces raisons, je n’ai pas aimé ce film. Ceci étant dit, je reconnais que plusieurs scènes du film sont des documents exceptionnels, pour lesquels les coréalisateurs ont risqué leur vie.

Mais présentés bruts, tels quels, sans la confrontation avec d’autres conceptions de l’Islam, ils font du film une longue infopublicité pour des idées que je réprouve.

Détails techniques : Olympus OM-D e-m5, objectif M.Zuiko 75mm F/1,8 — 1/200 sec. — F/1,8 — ISO 6400 — 75 mm

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Muhammad, un film merveilleux

4 septembre 2015

Introduction

C’est à Montréal qu’a eu lieu la première mondiale du film iranien Muhammad.

Dans toute l’histoire du 7e art, c’est la deuxième fois qu’un film est consacré à celui qu’on appelle en français Mahomet. Le premier fut le film hollywoodien Le Message (1976), du réalisateur syrien Moustapha Akkad.

En comparaison, il y a 200 films portant sur la vie de Jésus, une centaine sur différents personnages bibliques et 42 à propos de Bouddha.

La difficulté vient du fait que la majorité des Musulmans sont sunnites et que les courants majoritaires du sunnisme contemporain interdisent toute représentation du prophète. Il s’agit d’un handicap sérieux pour tout réalisateur. C’est comme faire un film sur Dieu sans jamais le voir ni entendre sa voix.

Par contre, les Musulmans chiites, majoritaires en Iran et en Irak, permettent toute représentation respectueuse du prophète. C’était le cas dans l’ensemble du monde musulman avant que l’intégrisme saoudien s’y répande.

Dans le film, on voit du jeune Mahomet que les pieds, les mains, l’arrière de la chevelure, le bout du nez et le bas du visage (du menton au nez).

Au festival, il ne devait originellement y avoir que deux représentations puisque le film doit sortir en salle d’ici un mois. Mais à la demande générale, on a ajouté deux supplémentaires, elles aussi à guichet fermé. Au total, environ deux mille Montréalais ont déjà vu ce film.

En Iran, le film est sorti simultanément dans 57 salles. Il est question d’étendre la distribution à la moitié des salles du pays.

L’œuvre

Réalisée au coût de 40 millions $US, cette ambitieuse reconstruction historique est très crédible par le soin que sa direction artistique a apporté à la création des décors et des costumes.

Les meilleurs acteurs iraniens ont été mis à contribution pour incarner les personnages principaux et des milliers de figurants ont été embauchés pour les scènes de combat, notamment dans l’attaque de La Mecque par le général Abraha d’Abyssinie alors que cette ville est défendue par le grand-père de Mahomet

Le film frappe d’abord par la beauté de ses paysages et des villages reconstitués. Le spectateur qui n’est pas déjà familier avec la vie du prophète risque de se perdre un peu dans la multitude des rivalités tribales qui existaient à l’époque et qui ont obligé le jeune Mahomet de mener une vie errante afin d’échapper aux menaces qui pesaient sur lui en tant qu’héritier dynastique de son clan.

Toutefois, la distribution des rôles caractérise bien les bons (à l’apparence physique flatteuse) et les méchants (laids), ce qui fait qu’on s’y retrouve grosso modo dans le récit du film.

Dans le style des films hollywoodiens comme Ben Hur ou Les dix commandements, Muhammad ne se donne pas pour but de renouveler le style des films consacrés à des sujets sacrés.

Le prophète n’y est donc pas représenté comme un simple personnage historique, comme le serait César ou Bonaparte. À l’instar de la représentation cinématographique de Jésus de Nazareth, le jeune prophète — dont on suit la vie de la naissance jusqu’à 13 ans — est montré comme bon et charitable, plein d’empathie envers les faibles et les persécutés, nimbé d’un aura de lumière qui le sacralise, et porté par une trame musicale qui le glorifie.

C’est donc à la fois un film édifiant et merveilleux au sens littéral du terme (c’est-à-dire qui suscite une grande admiration en raison de son caractère exceptionnel).

D’où les reproches, adressés par les critiques occidentaux, selon lesquels Muhammad serait un film de propagande musulmane.

Un film trop musulman ?

Muhammad-2À la suite de chacune des représentations montréalaises, le réalisateur (ici au centre) s’est prêté à une séance de photos avec les festivaliers.

En conférence de presse, il a déclaré avoir voulu casser l’image de violence associée à l’Islam et offrir un apaisement aux luttes entre Chiites et Sunnites.

« L’islam est une religion de paix, d’amour et d’amitié » a-t-il déclaré, en expliquant avoir essayé de montrer le vrai visage de sa religion. « Cela n’a strictement rien à voir avec l’image violente qui en est faite à cause de radicaux qui l’ont détournée de son sens. »

Le film se compare donc aux grands films bibliques qui connaissent une popularité ininterrompue chez nous depuis des décennies à chaque fois qu’on les présente à la télévision à l’approche de Pâques.

Est-il trop long ?

À Montréal, le film de 171 minutes est présenté dans sa version originale en farsi — c’est-à-dire en langue perse moderne ou en ‘iranien’ — sous-titrée en français et en anglais. Il a été montré à une audience composée majoritairement de Musulmans montréalais, mais également de cinéphiles curieux d’autres confessions religieuses.

Au cours de la représentation à laquelle j’ai assisté debout près de la sortie, à peine quelques personnes sont sorties au cours de la projection, essentiellement pour y revenir quelques minutes plus tard. Je présume que ces gens ont simplement été soulager des besoins naturels. Deux mamans sont également sorties par crainte que leur bébé (qui s’était réveillé) de dérange leurs voisins.

Bref, presque tout le monde — hommes, femmes et enfants — a assisté à la totalité de cette projection qui débutait à 21h et qui se terminait aux environs de minuit.

Est-il, au contraire, une insulte à l’Islam ?

Quelques jours après la sortie du film, le grand mufti d’Arabie saoudite a prononcé une fatwa contre ce film, interdisant sa projection sous le prétexte qu’on y voit le corps du prophète et que ce film serait hostile à l’Islam.

Conséquemment, dans tous les pays sunnites du Moyen-Orient, le film sera probablement interdit. Dans ces pays, les exploitants de salles de cinéma qui se risqueront à braver cette fatwa le feront au péril de leur vie puisqu’un grand nombre de croyants zélés de ces pays se croient investis de la mission de réaliser la Colère Divine.

À Montréal, les Musulmans ont été nombreux à voir ce film avant que soit connue cette fatwa. Sur les médias sociaux, leur appréciation déjà publiée contribuera à la popularité du film en Occident et, involontairement, à mettre en doute la crédibilité du grand mufti et des imams d’ici qui relaieront l’interdit saoudien.

Que ce film représente physiquement le prophète, cela est indéniable : qu’il soit hostile à l’Islam est une accusation totalement burlesque, à laquelle ne pourront croire que les fidèles naïfs qui se priveront de voir ce film remarquable.

Quant à moi, non-musulman qui ai vu cette production, je recommande ce beau film à tous les Musulmans et à tous les cinéphiles.

Références :
Entre Mahomet et tout ce qu’on voudra
Film Review: ‘Muhammad: The Messenger of God’
« Mahomet », une oeuvre « hostile à l’islam »
Muhammad biopic director calls for more movies about the prophet’s life
« Muhammad » de Majid Majidi: long, ennuyant et pompeux
Muhammad: Messenger of God review – evocative account of Islam’s gestation
Muhammad: un film religieux à l’ancienne

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Les neiges du Kilimandjaro

7 décembre 2011
Affiche du film
Présentation du film

C’est devant une salle comble qu’avait lieu hier soir la première montréalaise du film Les neiges du Kilimandjaro qui prendra l’affiche vendredi prochain au cinéma Excentris.

Le film raconte l’histoire d’un chef syndical dont l’entreprise doit procéder à des licenciements par tirage au sort. Le film débute au moment de l’annonce des résultats.

Lui-même parmi les licenciés, ce chef syndical est ensuite célébré pour son trentième anniversaire de mariage. À cette occasion, des parents et amis se sont cotisés afin d’offrir au couple des billets pour un voyage en Tanzanie (où se trouve le Kilimandjaro).

Voilà les prémisses film. C’est assez : je ne vous raconte pas le reste.

Son réalisateur, Robert Guédiguian, est un humaniste. (Note : on le voit ici à droite, en compagnie de l’acteur Jean-Pierre Darroussin). Déjà, Marius et Jeannette lui avait valu deux Césars en 1997; celui du meilleur film et du meilleur réalisateur. Les neiges du Kilimandjaro renouvelle l’enchantement et, lui aussi, met en scène des gens ordinaires, rendus attachants en dépit de leurs défauts et de leurs erreurs.

Les scénaristes ont donc pris bien soin d’expliquer les raisons personnelles qui poussent des gens à poser des gestes asociaux. Le résultat, c’est qu’on a affaire non pas à des caricatures, mais à des personnages qui sont tous crédibles et aimables (au sens littéral du terme).

Le film traite de la solidarité entre les gens ordinaires, un thème que le réalisateur a souvent abordé. Subtilement, il plaide pour un ordre social plus vaste et plus fraternel. En somme, c’est un « feel good movie » sans les mièvreries généralement attachés à ce genre.

Bref, un très bon film que j’ai beaucoup aimé.

Détails techniques : Panasonic GH1, objectif M.Zuiko 12mm f/2,0
1re photo : 1/30 sec. — F/2,0 — ISO 320 — 12 mm
2e photo  : 1/10 sec. — F/2,0 — ISO 800 — 12 mm
Imagette  : 1/8 sec. — F/2,0 — ISO 800 — 12 mm

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Écrit par Jean-Pierre Martel


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