Les émeutes iraniennes de l’hiver 2025-2026

Publié le 29 avril 2026 | Temps de lecture : 5 minutes

Les émeutes survenues en Iran entre le 28 décembre 2025 et le 23 janvier 2026 n’ont aucun rapport avec celles consécutives à la mort de Mahsa Amini à Téhéran en septembre 2022 (assassinée pour ne pas avoir porté le voile islamique ‘correctement’).

Celles survenues plus tôt cette année, beaucoup plus meurtrières, ont été déclenchées par la faillite de la banque Ayandeh et instrumentalisées par le gouvernement israélien.

C’est en 2010 que l’homme d’affaires iranien Ali Ansari a fondé la banque privée Ayandeh à partir d’un capital de départ de deux-cent-millions de dollars.

Cette banque a attiré sept-millions d’épargnants en offrant des taux d’intérêt environ quatre pour cent plus élevés que ceux offerts par les banques concurrentes.

En 2017, la banque Ayandeh détenait 76 % de tous les dépôts du pays.

À plus des deux tiers, cet argent servait à financer les investissements immobiliers de son fondateur, notamment le centre commercial de deux-millions de mètres carrés qu’Ali Ansari avait fait construire dans la banlieue ouest de Téhéran.

À la suite du retrait des États-Unis de l’Accord de Vienne sur le nucléaire iranien en 2018 et le retour des sanctions américaines, l’économie iranienne s’est contractée. Conséquemment, les marques de luxe qui se proposaient d’ouvrir boutique à l’Iran Mall ont abandonné leurs projets.

Si bien que ce complexe, à la fois commercial et récréotouristique, est devenu un éléphant blanc. Ce qui, peu à peu, a drainé les liquidités de la banque Ayandeh.

Au moment de sa liquidation en octobre 2025, la banque devait 5,1 milliards de dollars américains.

Pour pallier la colère de ceux qui avaient tout perdu, le gouvernement a promis de rembourser la clientèle de la banque en donnant la priorité aux petits épargnants.

Pour ce faire, la Banque centrale iranienne se proposait d’imprimer 550 millions de millions de millions de millions de rials. Aussitôt, les économistes les plus compétents du pays ont fait valoir que cela créerait une poussée inflationniste qui nuirait à la stabilité économique iranienne.

Et pendant que la controverse faisait rage parmi les économistes, des millions d’Iraniens ne pouvaient plus payer leur loyer ni leur épicerie. Conséquemment, deux mois plus tard, d’immenses manifestations ont embrasé le pays.

La colère légitime du peuple iranien a été amplifiée sur les médias sociaux américains par une multitude de messages qui accusaient les autorités de laxisme, voire de connivence, avec les responsables de la faillite.

Rétroactivement, il est facile d’imaginer qu’une partie de ces messages étaient été publiés de l’Étranger.

Le 5 février dernier, devant le Comté sénatorial des banques, le secrétaire au Trésor américain (l’équivalent du ministre des Finances) s’est vanté d’avoir provoqué les émeutes en empêchant les Iraniens de se protéger de l’inflation en échangeant leurs rials pour des dollars américains.


 
Cela est douteux. La devise iranienne s’échangeait à 30 720 rials pour un dollar canadien au début des émeutes et au taux de 30 701 rials aujourd’hui.

Quant à l’inflation, elle était de 37,1 % en 2024, de 45,0 % en 2025, puis d’environ 50,0 % depuis le début de l’année 2026.

La vantardise du secrétaire au Trésor américain est un écran de fumée.

À quelques détails près, la participation israélo-américaine dans les émeutes iraniennes de l’hiver dernier a été calquée sur le modèle du coup d’État de la place Maïdan, en Ukraine, en février 2014.

À la différence que dans ce cas-ci, des armes étaient entrées illégalement au pays par le biais du Kurdistan iranien. De plus, après avoir piraté toutes les caméras de circulation de Téhéran, les services secrets israéliens pouvaient diriger les opérations de leurs tireurs d’élite infiltrés sur place.

Le rôle de ceux-ci était d’accéder aux toits de divers édifices de la capitale et, du haut des airs ou par petits groupes à l’écart dans la foule, de tirer à la fois sur les protestataires et sur les forces policières afin de les dresser les uns contre les autres.

Le bilan de l’Iran Human Rights fait état de 3 428 manifestants tués. L’Human Rights Activists News Agency (HRANA) estime plutôt ce nombre à 5 777 personnes. Parmi les forces de l’ordre, l’HRANA évalue le nombre de morts à 214 agents.

Après avoir ainsi manipulé l’opinion publique internationale, il ne restait plus au gouvernement israélien que de convaincre Donald Trump pour déclencher la Troisième guerre du Golfe.

Références :
Accord de Vienne sur le nucléaire iranien
Ayandeh Bank collapse lays bare Iran’s economic rot
Iran : la police lance un ultimatum aux participants aux « émeutes » pour se livrer
Les services secrets israéliens ont passé des années à pirater les caméras de surveillance de Téhéran pour localiser, espionner et finalement tuer le guide suprême iranien Ali Khamenei
Manifestations consécutives à la mort de Mahsa Amini
‘Rats leaving the ship,’ Bessent says of Iranian capital flight
Répression des manifestations iraniennes en 2026
Ukraine : l’histoire secrète de la révolution de Maïdan

Pour consulter tous les textes de ce blogue consacrés à la Troisième guerre du Golfe, veuillez cliquer sur ceci.

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Un ‘pogrome’ à Amsterdam : vraiment ?

Publié le 9 novembre 2024 | Temps de lecture : 6 minutes

Je ne sais pas qui est ce petit génie qui a décidé d’inviter un club israélien à participer cette semaine à un match de football à Amsterdam.

Si on boycotte les équipes sportives russes en Occident, je ne vois pas pourquoi on devrait inviter des équipes israéliennes, tant que durera le massacre des civils dans la bande de Gaza.

Déjà, en mars dernier, des partisans de cette équipe de foot avaient causé du grabuge à l’occasion d’une joute à Athènes.

Après que des immigrés eurent scandé ‘Free Palestine’, certains de ces partisans se sont attaqués à eux pour leur infliger une solide correction.

De plus, ils ont battu un homme d’origine égyptienne à une sortie de métro. Selon certaines sources, le jeune homme s’était drapé d’un drapeau palestinien. La victime fut hospitalisée.

Au sujet des violences survenues en marge du match disputé à Amsterdam, j’ai soigneusement analysé les clips vidéos publiés par les médias occidentaux.

Deux de ces clips documentent des attaques antisémites.

Dans le premier, un partisan des Jaunes — c’est la couleur du maillot de l’équipe israélienne lorsqu’elle joue à domicile — est assis par terre, entouré de gens hostiles qui veulent lui faire dire ‘Free Palestine’.

Dans l’autre, un passant terrorisé déclare ne pas être juif, apparemment pour éviter qu’on s’en prenne à lui. Toutefois, puisque cela ne n’a pas empêché d’être battu, on peut penser qu’il s’est trompé quant à l’identité de ses assaillants.

Mais la plupart des autres prouvent, au contraire, les méfaits commis par les partisans des Jaunes.

Dans deux clips, on les voit s’attaquer à deux propriétés privées en prenant l’initiative de déchirer les drapeaux palestiniens qui pendaient à la fenêtre de deux maisons différentes.

Ils ont brisé les fenêtres d’une troisième maison parce que le drapeau palestinien était trop haut pour qu’ils puissent le retirer.

Un autre clip montre une foule de partisans des Jaunes qui descendent un escalier mécanique. Leur chant joyeux indique qu’on les voit avant le match puisqu’ils l’ont perdu. Mais que chantent-ils donc ?

Sur l’internet, on en trouve plusieurs traductions légèrement différentes, mais qui reviennent au même. La version qui me semble la plus plausible est celle-ci :
— olé, olé. Mort aux Arabes !
— olé, olé. Nous vaincrons.
Laissons l’armée israélienne gagner. ‘Phoque’ les Arabes !

De plus, durant le match, ces partisans ont refusé de respecter la minute de silence en hommage aux victimes des inondations à Valence. Pourquoi ? Parce que l’Espagne a récemment annulé une importante vente d’armement destiné à Israël.

Que s’est-il passé après la défaite du club des Jaunes ? Apparemment, l’esprit n’était plus à la fête.

Leurs partisans ont passé leur mauvaise humeur sur les manifestants propalestiniens hostiles venus à leur rencontre. Les affrontements ont provoqué cinq hospitalisations et 62 arrestations.

Les médias occidentaux ont beaucoup fait circuler un clip vidéo qui montre, parait-il, un partisan de l’équipe des Jaunes fuyant des personnes déchainées contre lui. Puisque ce clip ne montre que des gens habillés de noir, cela est plausible.

Toutefois, lorsqu’on voit l’ensemble du clip de 33 secondes (et plus précisément son début), on voit qu’un petit nombre des agresseurs portaient du jaune.


 
Annet de Graaf, la créatrice de ce clip, a accusé ceux qui le diffusent de propager des nouvelles fallacieuses puisqu’il montre, au contraire, quelques-uns des partisans des Jaunes qui, ce soir-là, frappent des gens et des véhicules avec la boucle métallique de leur ceinture.

Finalement, dans un autre clip, on voit un homme évanoui au sol recevant des coups de pieds de personnes qui l’injurient en israélien.

Toutes les agences de presse occidentales (et conséquemment, tous les médias qui publient leurs dépêches) ont aussitôt relayé comme un fait avéré l’accusation du gouvernement israélien selon laquelle, les Pays-Bas ont été complices d’un ‘pogrome’.

Rappelons qu’un pogrome est une émeute, tolérée ou soutenue par les autorités, dirigée contre les Juifs, et accompagnée de pillage et de meurtre.

Sans remarquer qu’il y a là une très légère exagération, les plus hauts dirigeants des Pays-Bas et de l’Union européenne se sont empressés de blâmer ceux parmi leurs citoyens qui s’en sont pris à ces voyous étrangers, racistes et violents, qui sèment la bisbille partout sur leur passage.

Références :
A mob of Israeli thugs (fans of Maccabi Tel Aviv) attack a Palestinian in ATHENS (vidéo)
Avant les violences, des hooligans du Maccabi Tel-Aviv avaient semé le trouble à Amsterdam
Chaos in Athens: Maccabi fans unleash unrest at Syntagma Square
Comment la guerre au Moyen-Orient a plongé Amsterdam dans la violence (en néerlandais)
Des hooligans du Maccabi Tel Aviv agressent un chauffeur de taxi à Amsterdam (en néerlandais)
Du silence du boycott pour Valence à « la mort des Arabes »
Israeli soccer fans assault foreigner in downtown Athens
Un premier avion transportant des Israéliens évacués d’Amsterdam atterrit à Tel-Aviv
When far-right football fans take to the streets in Israel

Parus depuis :
Des témoins oculaires filment comment les supporters du Maccabi sont eux-mêmes entrés sur le sentier de la guerre après avoir perdu un match (en néerlandais) (2024-11-09)
Images du ponçage dur du Maccabi : « Ils ont donné des coups de pied à notre porte et ont essayé d’entrer dans notre maison » (en néerlandais) (2024-11-09)
Hoologans israéliens : quand un adolescent donne des leçons de journalisme aux médias dominants (vidéo) (2024-11-09)
Muslim Rights Watch dépose une plainte contre les supporters du Maccabi : « Des gens ont reçu des crachats et des coups de pied » (en néerlandais) (2024-11-11)
Amsterdam : cinq hommes condamnés pour violences contre des supporters israéliens du Maccabi Tel-Aviv (2024-12-24)
Amsterdam : quatre hommes condamnés pour violences contre des supporteurs israéliens du Maccabi Tel-Aviv (2025-03-19)
Dutch foreign minister quits over failure to secure sanctions against Israel (2025-08-23)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


La poudrière américaine

Publié le 1 juin 2020 | Temps de lecture : 4 minutes

Préambule

En 2012, George Zimmerman, fils d’un magistrat, s’était donné la mission de sécuriser son quartier. Le soir du 26 février, cette sentinelle bénévole remarque et suit un jeune ‘Noir’ qu’il juge suspect. Excédé par sa longue traque, Trayvon Martin, 17 ans, se retourne contre son harceleur et exprime sa vive contrariété. Les deux en viennent aux coups. George Zimmerman sort alors son arme et tue Trayvon Martin, non armé.

Invoquant la légitime défense, l’assassin sera innocenté par un jury. La cause ne sera pas portée en appel.

La banalité de l’assassinat aux États-Unis

Les émeutes qui perdurent ces jours-ci aux États-Unis étaient parfaitement prévisibles.

Depuis des siècles, ce pays se caractérise par l’exploitation de l’homme par l’homme. Une exploitation verrouillée par un système juridique d’extrême-droite toujours prête à innocenter le meurtre d’un ‘Noir’ américain par un ‘Blanc’, qu’il soit policier ou non.

Les faits relatés en préambule à ce texte ne constituent pas qu’une simple anecdote dans un grand pays où il est normal que quelques bizarreries surviennent; ces faits sont l’illustration parfaite de la violence banale exercée quotidiennement contre les ‘Noirs’ et légitimée par un système juridique raciste.

Les États-Unis sont un pays où règne l’importance démesurée accordée à la pigmentation de la peau. Où même l’antiracisme perpétue malgré lui cette démesure. Ce qui explique, par exemple, le concept d’appropriation culturelle dont l’effet est de museler les artistes ‘Blancs’ qui critiquent l’esclavage.

Ce policier de Minneapolis — agenouillé sur la gorge d’un ‘Noir’ menotté (donc impuissant) qu’il étrangle froidement — se sait filmé. Il opère en plein jour. Il l’assassine publiquement pendant huit longues minutes. Sourd aux supplications de sa victime. Pourquoi le fait-il sans gêne ?

Parce qu’il sait qu’il s’en tirera. Que derrière lui, un système juridique profondément raciste l’innocentera de tout reproche. Qu’il sera même grassement dédommagé pour les sanctions qu’on lui imposera pour calmer l’indignation éphémère de protestataires sans pouvoirs réels.

Ces émeutes ne sont pas les premières contre le racisme aux États-Unis. Depuis des décennies, toutes les autres ont échoué à changer durablement ce pays. Parce que le respect de l’ordre établi y prévaudra. Seule une seconde révolution américaine pourrait y parvenir.

Les Américains y sont-ils prêts ? Je n’en suis pas certain.

Conclusion

Il y a moins de dix jours, j’écrivais un texte prémonitoire intitulé ‘Les États-Unis : sur la voie d’une guerre civile ?’.

Ce texte permet de comprendre que ces émeutes actuelles sont l’expression de la perte de confiance d’une partie des Américains (surtout les jeunes) à l’égard des institutions de leur pays.

Le tout s’inscrivant dans un contexte où les cent-mille morts américains du Covid-19 ont laissé derrière eux un grand nombre de citoyens endeuillés qui croient les dirigeants politiques du pays partiellement responsables de ce bilan meurtrier. Et où plus de quarante-millions de chômeurs — sur une population adulte de 209 millions de personnes — ont tout le loisir d’exprimer leur ras-le-bol et leur colère.

Références :
Affaire Trayvon Martin
Appropriation culturelle et racisme anglo-saxon
De Minneapolis à Washington, une 6e nuit de fureur
Les États-Unis : sur la voie d’une guerre civile ?

Parus depuis :
FBI Affidavit About the Plot to Kidnap and Kill Governor of Michigan (2020-10-07)
Six people charged in plot to kidnap Michigan governor Gretchen Whitmer (2020-10-08)
Rochester Officers Will Not Be Charged in Killing of Daniel Prude (2021-02-23)

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Écrit par Jean-Pierre Martel