Trump et Cuba : nuire pour nuire

Publié le 22 février 2026 | Temps de lecture : 4 minutes


 
On ne sait pas très bien quel est le but du président Donald Trump en ajoutant un blocus pétrolier aux ‘sanctions’ américaines déjà en vigueur contre Cuba.

Avant d’aller plus loin, précisons qu’on punit une personne ou une entreprise pour une faute commise. En réalité, on appelle ‘sanctions’ les divers volets de la guerre commerciale et financière asymétrique livrée par les États-Unis contre Cuba. Asymétrique parce ce que sans contrepartie de cette dernière.

Si Trump veut recourir à la force militaire pour provoquer un changement de régime, ou faire effondrer l’économie cubaine afin que la population cubaine se révolte contre ses dirigeants, cela a peu de chance d’arriver.

L’industrie touristique cubaine s’est déjà mise à l’arrêt au cours du confinement sanitaire. Et deux décennies plus tôt, l’économie cubaine s’est sévèrement contractée lors de l’effondrement de l’URSS. Ce qui arrive de nos jours, c’est la somme des deux.

Contrairement à ce que pense Donald Trump, Cuba n’est pas un ‘fruit mûr’; c’est un diamant poli par l’épreuve.

La jeunesse cubaine d’aujourd’hui ne partage pas les idéaux révolutionnaires de ses prédécesseurs. Mais en dépit de ces différences générationnelles, ce qui fait la résilience de Cuba et son aptitude à travers les crises, c’est la solidarité de son peuple.

Parce que l’individualisme a du bon, mais pas en période de crise.

Tous les Cubains aimeraient vivre dans l’aisance matérielle. Mais ils savent que la mauvaise situation économique du pays est le résultat de la guerre économique que Washington leur livre depuis trop longtemps.

Contrairement à l’objectif poursuivi par Washington, les six décennies de ‘sanctions’ américaines ont tellement appauvri Cuba qu’elles y ont rendu le communisme indispensable.

Ce qui distingue le communisme du socialisme ou du capitalisme, c’est l’importance de la redistribution de la richesse par l’État. C’est d’ailleurs la distinction fondamentale entre un régime d’extrême gauche et un régime d’extrême droite.

Si j’exclus la Corée du Nord (que je connais mal), Cuba est probablement le pays au monde où l’État attache la plus grande importance à combattre les inégalités sociales. Elles existent, mais moins que partout ailleurs.

Ceux qui croient la propagande américaine selon laquelle Fidel Castro menait une vie de château ne connaissent rien. Il suffit de consulter les innombrables reportages au sujet de la maison que le chef révolutionnaire habitait dans le quartier autrefois chic de Vedado pour constater que le luxe dont il était entouré correspond à celui d’une maison moyenne en banlieue de Montréal.

Comme l’a démontré mon récent photoreportage au sujet des complexes touristiques sur l’ile de Cayo Largo, les véritables écarts sociaux à Cuba se situent entre la population du pays et les touristes qui le visitent.

À Cuba, la redistribution de la richesse prend la forme de mesures sociales qui permettent à ce pays d’avoir une mortalité enfantine moindre que celle des États-Unis, une espérance de vie plus grande et un taux d’alphabétisation supérieur.

Les Cubains savent très bien que sans cette répartition de la richesse — en somme, sans communisme — ceux qui sont en position de profiter de l’effondrement du régime connaitront un enrichissement colossal aux dépens du reste de la population.

En conclusion, depuis plus de six décennies, Cuba est le grain de sable dans le soulier des États-Unis.

En s’acharnant contre ce pays inoffensif, Donald Trump ne fait pas la démonstration de la puissance américaine puisque selon l’alexandrin de Pierre Corneille, à vaincre sans péril, on triomphe sans gloire.

Ce que prouve Donald Trump, c’est le pouvoir de nuisance d’un grand pays aux mains d’un tyran.

Détails techniques : Olympus OM-D e-m5, objectif Lumix 12-35mm — 1/100 sec. — F/5,6 — ISO 200 — 20 mm

Laissez un commentaire »

| Géopolitique | Mots-clés : , , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel