La technologie, talon d’Achille de la démocratie américaine

26 avril 2019

Un pays peut-il se présenter comme un modèle de démocratie lorsqu’une partie importante de ses citoyens exercent leur droit de vote sur des machines sujettes à l’erreur et aux bris mécaniques, vulnérables à la piraterie, et dont personne ne peut garantir le bon fonctionnement ?

C’est le cas des États-Unis.

Au début des années 2000, le vote à l’aide d’écrans tactiles a été testé dans un petit nombre d’États afin de réduire le cout des dépenses électorales.

À l’époque, l’informatique dématérialisée n’avait pas été créée. Le vote dit ‘électronique’ s’effectuait donc sur des machines à voter.

Brevetées, ces machines sont conçues et fabriquées par des entreprises privées. Le code source de leurs logiciels est secret.

Depuis 17 ans, les machines à voter se sont répandues dans douze États américains. Elles servent lors de référendums d’initiative citoyenne et lors des élections locales ou nationales.

Au cours des années, de nombreuses lacunes ont été corrigées. Toutefois, les machines de première génération, vendues depuis dix-sept ans, souffrent d’une conception déficiente :
• leur bon fonctionnement n’est validé par aucune firme de vérification indépendante,
• elles ne remettent aucun reçu ‘garantissant’ à l’électeur que son vote a été enregistré correctement à partir de l’écran tactile, et
• elles ne fournissent aucun de moyen de vérifier où elles en étaient rendues au moment d’une panne.

Est-ce mieux dans les États où les électeurs votent sur papier ?

Dans ces États, les résultats sont compilés sur des ordinateurs fonctionnant sous Windows™. Or des vérifications ont révélé que sur ces appareils, on n’a pas installé de mise à jour sécuritaire depuis des années.

Bref, l’infrastructure électorale des États-Unis souffre de lacunes sévères, peu importe la technologie utilisée.

Si Donald Trump avait perdu de justesse l’élection présidentielle de 2016, est-on certain qu’il aurait eu la noblesse de reconnaitre la victoire d’Hillary la malhonnête (‘crooked Hillary’), selon ses propres mots ?

Puisqu’il était impossible de recompter des dizaines de millions de votes effectués sur des écrans tactiles, qu’aurait-on fait si le multimillionnaire égocentrique avait plutôt refusé de reconnaitre le résultat du scrutin ?

Ce n’est pas la seule menace qui plane sur le système électoral américain.

Afin d’éviter que des puissances étrangères ne faussent le résultat d’un scrutin aux États-Unis, l’Académie nationale des Sciences américaine recommandait récemment que tous les électeurs votent sur des bulletins en papier destinés à être lus par des lecteurs optiques et compilés par des machines. Les bulletins eux-mêmes seraient conservés dans l’éventualité d’un recomptage. Quant à ces machines, l’Académie déconseille leur connexion directe à l’internet ou par le biais d’un réseau.

Évidemment, les fabricants des anciennes machines à voter proposent aujourd’hui de nouveaux modèles, de seconde génération, qui répondent parfaitement aux normes les plus sévères, disent-ils. Au premier coup d’œil, les nouveaux modèles semblent répondre aux exigences de l’Académie.

Sur certains d’entre eux, le vote se fait encore par le biais d’un écran tactile. Mais la machine remet à l’électeur une confirmation sur papier. L’électeur dépose ensuite la confirmation dans une urne qui sera rouverte en cas de contestation.

D’autres systèmes reposent sur l’utilisation de deux machines complémentaires. L’électeur vote d’abord sur l’écran tactile d’une machine qui ne fait qu’imprimer lisiblement son bulletin de vote. L’électeur présente ensuite ce bulletin imprimé à une deuxième machine qui numérise et enregistre son choix. Le bulletin est ensuite déposé dans une urne.

Dans un cas comme dans l’autre, certains indices laissent croire que beaucoup d’électeurs ne se donnent pas la peine de vérifier si la confirmation ou le bulletin imprimé est conforme à leur choix.

Dans le système à deux machines, le premier appareil ne fait pas qu’imprimer lisiblement le choix de l’électeur; il imprime également un code zébré qui — lui seul — sera lu par la deuxième machine. Or l’électeur n’a aucun moyen de savoir si ce code (incompréhensible) correspond à ce qu’il peut lire en clair sur son bulletin imprimé.

Des chercheurs universitaires se sont procuré des machines à voter afin de vérifier leur vulnérabilité à la piraterie. Leurs résultats ont provoqué la décertification des machines à voter de Virginie. Les fabricants de ces machines ont répliqué par des menaces de poursuite envers tous ceux qui s’opposent à leurs intérêts.

Alors que les autorités américaines tentent de renforcer la protection du système électoral contre des cyberpirates opérant de l’Étranger, on découvre une menace encore plus pernicieuse provenant de l’intérieur même des États-Unis.

Cette menace est reliée à l’opacité qui entoure la propriété des entreprises qui fabriquent et vendent les machines à voter. Ces entreprises sont souvent issues de montages financiers complexes.

En 2015, ByteGrid (le principal fournisseur de machines à voter au Maryland) a été acquis par une société ayant des liens d’affaires avec un oligarque russe.

Or il y a deux catégories d’oligarques russes : les amis de Vladimir Poutine, et ceux qui sont en prison…

C’est seulement trois ans après cette acquisition inquiétante que les responsables des élections au Maryland en ont été informés par le FBI. Depuis, la maison-mère russe s’est départie de ses intérêts dans ByteGrid.

D’autre part, les agences de renseignements américains ont découvert que parmi les entreprises ciblées par les douze agents russes expulsés l’an dernier des États-Unis, se trouvaient les éditeurs des logiciels qui font fonctionner les machines à voter.

Dans un cas précis, des pirates russes ont réussi à installer un logiciel malveillant sur le réseau d’un des fabricants de ces machines.

Pour réussir, une puissance hostile n’a pas besoin de prendre le contrôle du système électoral des États-Unis; il lui suffit de jeter le doute sur son bon fonctionnement.

Une fois le doute installé dans l’esprit des électeurs, on vient de saper la légitimité de la classe politique américaine…

Références :
America’s new voting machines bring new fears of election tampering
Securing the Vote: Protecting American Democracy
Russia is aiming to interfere in US midterm elections, warns CIA chief
‘They think they are above the law’: the firms that own America’s voting system
Why US elections remain ‘dangerously vulnerable’ to cyber-attacks

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le mensonge des statistiques

10 novembre 2016

Ceux qui ont cru les statistiques qui prédisaient la victoire de Mme Clinton à l’issue du scrutin américain ne sont pas au bout de leurs peines.

Ce que je lis à pleines pages des grands quotidiens ce matin, c’est le mépris généralisé de gens qui espéraient la victoire de Mme Clinton et qui imputent sa défaite-surprise au vote d’imbéciles, sans toutefois le dire de cette manière.

Le plus sérieusement du monde, ces éditorialistes écrivent que l’élection de Trump est le résultat du ressac des électeurs blancs qui sentent leur suprématie menacée par la croissance démographique des autres groupes ethniques du pays. Ce qu’on appelle le Whitelash.

C’est l’équivalent de la déclaration malheureuse d’un ex-premier ministre québécois un soir de défaite référendaire. Remplacez ‘vote ethnique’ par ‘vote raciste’ et c’est pareil.

Trump a été élu par 47,5% des électeurs. Peut-on croire un seul instant que les suprémacistes blancs forment près de la moitié de la population américaine ? C’est pourtant ce que suggèrent ces journalistes.

De leur côté, les éditorialistes féministes accuseront les mâles blancs — encore eux — d’avoir voté contre Mme Clinton en raison de leur misogynie plus ou moins consciente. Pourtant, les femmes blanches ont voté majoritairement (à 53%) pour Trump. Doit-on en déduire que même les femmes blanches sont misogynes ?

À l’opposé, les femmes noires ont voté majoritairement contre Trump à cause de ses propos racistes plutôt qu’en raison de sa misogynie. Les femmes noires en ont vu d’autres; les propos dégradants de Trump à l’égard des femmes ne se distinguent pas vraiment de ceux qu’on entend de rappeurs noirs très populaires.

La vérité est que l’Amérique profonde a voté pour Trump et les régions côtières, ouvertes à l’immigration, ont voté majoritairement pour Clinton.

Le résultat, c’est que Mme Clinton a obtenu 47,7% des votes et M. Trump, 47,5% (moins qu’elle).

La majorité de Mme Clinton aurait été plus grande si les jeunes aptes à voter s’étaient acquittés de leurs devoirs civiques. Mais ils sont trop paresseux pour faire la file pour aller voter.

Si Mme Clinton, majoritaire, n’est pas présidente des États-Unis, c’est à cause du Collège électoral. Celui-ci est le verrou mis en place au XVIIIe siècle par les élites révolutionnaires pour se protéger, en cas de besoin, de l’immaturité politique du peuple américain (dans lequel ils n’avaient pas confiance).

Paru depuis :
Élection de Trump: la colère d’un grand électeur (2016-11-14)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le choix de l’Amérique profonde

9 novembre 2016

C’est fait : Donald Trump a été élu 45e président des États-Unis.

Il ne s’agit pas d’un météorite soudainement apparu dans le ciel politique américain. Pendant des décennies, Donald Trump a joué le rôle de la mouche dans la fable Le coche et la mouche de Lafontaine, se payant au besoin des pages réservées à la publicité pour promouvoir ses idées politiques.

Il a frayé avec toutes les personnalités publiques. Il connait bien le milieu politique et lui voue un mépris qui n’a d’égal que celui que lui vouent la plupart des Américains.

Parce que Donald Trump s’est fait l’écho de cette Amérique profonde, avec ses contradictions, ses préjugés, sa xénophobie, son racisme et sa misogynie.

Il a dit tout haut ce que des millions de personnes pensent tout bas et n’osaient pas avouer parce que depuis toujours, on leur a dit que cela était laid, que cela ne se disait pas.

Trump a donné une légitimité aux opinions dites honteuses de ceux qui, jusqu’ici, n’avaient que les médias sociaux pour se défouler sous un pseudonyme.

Sa victoire électorale, c’est celle des dépossédés du centre des États-Unis et des États riverains des Grands Lacs, des travailleurs de l’industrie lourde, mis au chômage et à qui il a promis le retour du bon vieux temps.

Et aux yeux de cet électorat, tous les défauts de Trump — ses contradictions, ses déclarations intempestives, son manque de rectitude politique et ses sauts d’humeur — font vrai.

Au cours de cette campagne, il a dit tout et parfois son contraire, éclaboussant d’insultes tous ceux qui tentaient de s’opposer à ses ambitions.

Le domaine où un président américain a un pouvoir presque absolu, c’est en matière de politique extérieure. Pour les pays étrangers, Donald Trump n’est pas une boite à surprises comme on aime à le représenter; il est parfaitement prévisible.

C’est un président qui s’entendra avec n’importe quel pays qui sera favorable au développement de ses intérêts financiers personnels.

Le seul problème, c’est qu’à part ses biens immobiliers, on ne connait pas grand-chose de ses intérêts financiers puisqu’il a toujours refusé de dévoiler ses déclarations de revenus, contrairement à la coutume au cours des campagnes présidentielles américaines.

On compte donc sur une fuite de son dossier fiscal pour nous en informer.

En raison de son égocentrisme et de sa vanité, il sera le président plus manipulable de l’histoire américaine, tant par des puissances étrangères que par le complexe militaro-industriel de son pays.

Mais il n’est pas fou. Seule, la flatterie ne sera pas convaincante; elle le deviendra si elle est associée à une faveur, à un privilège accordé à son empire financier.

Quant aux conflits d’intérêts, les États-Unis en ont vu d’autres puisque le financement politique dans ce pays n’est que de la corruption légalisée.

Et s’il se dit maintenant contre la guerre en Irak, c’était pour incriminer sa rivale Mme Clinton qui, elle, avait voté pour.

Ce sera sans gêne qu’il adoptera des politiques semblables à celles qu’il condamnait en campagne électorale, justifiant des conflits militaires par leur nécessité à rendre glorieuse la nation américaine.

On peut donc s’attendre à une croissance des dépenses militaires. Et pourquoi pas, une belle guerre qui recueillera l’appui de ces blancs trop vieux pour être enrôlés et qui fauchera au front ces jeunes noirs si prompts à se révolter lorsqu’on tue sans raison l’un d’entre eux.

Est-ce que ce sera une catastrophe ? Je ne le pense pas. Dans le fond, n’est-ce pas ce qui se fait déjà depuis des décennies ?

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Écrit par Jean-Pierre Martel


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