L’église Saint-Paul-Saint-Louis (1627-1641)

29 décembre 2015

Préambule

L’église Saint-Paul-Saint-Louis fut la première église française que j’ai visitée. C’était en octobre 2003, au début de mon premier voyage en Europe.

Je m’étais acheté des marrons grillés — servis dans un cornet de papier journal — auprès d’un vendeur ambulant, au sortir d’un grand magasin de la rue de Rivoli.

Tout préoccupé à éviter que les morceaux d’écorce ne tombent par terre, j’avais effectué une longue marche, sans m’en rendre compte, jusqu’à la rue Saint-Antoine (un prolongement vers l’Est de la rue de Rivoli).

L’église Saint-Paul-Saint-Louis s’y trouvait, les portes grandes ouvertes.

Il suffisait de lever les yeux pour admirer la richesse de sa façade. Et il suffisait de les baisser pour voir des mendiants assis sur ses marches ou étendus sur son parvis.

Même si j’ai vu depuis à Paris et à Prague des églises encore plus belles, celle-ci demeurera toujours la première qui m’ait émerveillé.

Histoire

Fondée 1534 par un gentilhomme espagnol venu à Paris pour y étudier, la Compagnie de Jésus migre à Rome en 1537 afin d’y obtenir la reconnaissance papale.

Une fois celle-ci obtenue, les prêtres jésuites se tournent principalement vers l’enseignement et s’établiront dans différents pays. Ils ne retourneront à Paris qu’en 1561.

Le 27 décembre 1594, un ex-élève des Jésuites tente d’assassiner Henri IV. Par amalgame, les Jésuites sont accusés d’avoir inspiré son acte. L’ordre est banni de France de 1594 à 1603.

Mais en 1603, Henri IV choisit un prêtre jésuite, Pierre Coton, comme prédicateur. Ce dernier deviendra son confesseur en 1608.

Dès 1603, il convainc le roi de révoquer l’expulsion des Jésuites de France.

Résultat : deux décennies plus tard, la chapelle Saint-Louis, adjacente au siège social de la communauté à Paris, est devenue trop petite.

Son remplacement par une nouvelle église est une occasion de marquer la réussite sociale de l’ordre religieux. Et puisque de nombreux nobles ont élu domicile dans le quartier, on décide d’en faire un lieu de culte dont la décoration ostentatoire est susceptible de les éblouir.

C’est Louis XIII lui-même qui pose la première pierre, le 7 mars 1627. Une fois complétée, la première messe de l’église fut dite par le cardinal de Richelieu en présence de la famille royale.

Architecture

Au moment de son inauguration en 1641, l’église Saint-Louis-des-Jésuites devenait le troisième lieu de culte à dôme de Paris, après l’église Saint-Joseph-des-Carmes (1613-1620) et l’église du couvent des filles de la Visitation (1632-1634). Cette dernière est située à 450m, sur la même rue.

L’église Saint-Louis-des-Jésuites fut réalisée par trois architectes jésuites : Étienne Martellange (qui crée les plans et conduit les travaux jusqu’en 1629), François Derand (qui lui succède et s’occupe principalement de la façade et de la coupole), alors que Charles Turmel s’occupe de la décoration intérieure.

Façade de l’église

La façade actuelle est presque identique à ce qu’elle était originellement.

Seuls quelques petits détails décoratifs ont disparu à la Révolution. Au milieu de la façade, le sceau de la Compagnie de Jésus a été remplacé par une horloge dont les aiguilles sont en attente de dorure. Et les trois statues actuelles datent du XIXe siècle.

Détail de la façade

Au dernier niveau, on trouve une statue de Saint Louis, œuvre d’Eugène-Louis Lequesne (1815-1887), en remplacement de celle d’origine. Il est à noter que l’église porte les noms de Saint-Paul-Saint-Louis depuis la destruction en 1799 de l’église Saint-Paul-des-Champs, située à proximité (voir la gravure au début du texte).

Les deux statues du premier étage représentent Sainte Catherine — à gauche, d’Auguste Préault (1809-1879) — et Sainte Aure, à droite, d’Antoine Étex (1808-1888).


Note : Pour consulter un guide illustré des termes techniques d’architecture religieuse, on cliquera sur ceci.

Aperçu de l’intérieur de l’église

L’intérieur est relativement lumineux, éclairé par des fenêtres translucides plutôt que par des vitraux.

Chaire

En empruntant l’allée principale vers le chœur, on rencontre la chaire, adossée au pilier situé juste avant le transept. La chaire d’origine, disparue à la Révolution, a été remplacée par celle-ci en 1806.

Tambour, coupole et lanterneau

La croisée du transept est surmontée d’un dôme. Les pendentifs qui supportent le tambour et la coupole représentent les quatre évangélistes (aux quatre coins de la photo ci-dessus).

Grisaille représentant Saint Louis

La coupole repose sur un tambour percé de fenêtres et décoré de grisailles peintes en 1873 par Paul-Joseph Blanc. Ce sont quatre représentants de dynasties françaises; Clovis (roi mérovingien), Charlemagne (roi carolingien), et Robert II le Pieux (roi robertien), et Saint Louis (roi capétien).

À la différence de nombreuses églises, ce n’est pas la coupole qui est peinte, mais plutôt son lanterneau.

À la croisée du transept

Sous la coupole, le maitre-autel moderne est décoré d’un bronze doré de François Anguier (1604-1669) intitulé Les Pèlerins d’Emmaüs.

Derrière le chœur, l’abside est décorée de toiles représentant les quatre évangélistes, peintes par Henri de Caisne (1799-1852).

Selon le Grand Dictionnaire géographique historique et critique d’Antoine-Augustin Bruzen de La Martinière (publié en 1732), le chœur de l’église était dominé originellement par un retable monumental à trois étages qui rappelait la façade de l’église.

Décoré de colonnes de marbre noir dont les chapiteaux corinthiens étaient en bronze doré, ce retable de marbre blanc était surmonté d’un crucifix qui montait presque jusqu’à la voûte. Au centre de chacun de ses étages se trouvait une toile qui était remplacée alternativement par d’autres, selon les périodes de l’année.

Sous les arcades donnant accès aux chapelles situées de chaque côté du chœur — appelées chapelles absidiales — deux anges d’argent drapés de vermeil étaient suspendus, présentant à Dieu les cœurs embaumés de Louis XIII (arcade de gauche) et de son fils Louis XIV (arcade de droite).

L’église ayant été saccagée à la Révolution, puis pillée en 1831 et en 1871, tout ce décor a disparu. Le maitre-autel actuel date de 1836.

Bas-côté de gauche

Surmontés d’une tribune, les bas-côtés sont des galeries qui franchissent quatre portes (ou ‘passages’) tapissées de boiseries qui traversent autant de piliers.

Chapelle du Sacré-Cœur

En empruntant le bas-côté gauche, après la troisième de ces portes, on atteint la chapelle du Sacré-Cœur, aménagée dans le bras gauche du transept. La statue du Sacré-Cœur fut sculptée par Jean-Marie Bonnassieux (1810-1892).

Entrée de la sacristie et chapelle absidiale de gauche

Après la quatrième porte, nous voici devant l’entrée de la sacristie et devant la chapelle Notre-Dame-des-Sept-Douleurs, dont l’autel est surmonté de la statue intitulée La Vierge des douleurs de Germain Pilon (1528-1590), un des plus importants sculpteurs de la Renaissance française.

Chapelle de la Vierge

En empruntant le bas-côté droit, on atteint au transept la chapelle de la Vierge (1828).

À gauche et à droite de son autel, se trouvent les sculptures allégoriques en plâtre La Religion instruisant un jeune Américain (1745) de Nicolas-Sébastien Adam (1705-1778) et L’Ange de la Religion fouettant l’idolâtrie (1745) de Jean-Joseph Vinache (1697-1754).

Chapelle absidiale de droite

Au fond du bas-côté droit est situé un autel sobre, surmonté d’un crucifix.

Orgue

En nous dirigeant vers la sortie de l’église, on admirera l’orgue. Il date de 1871. Les tourelles de son buffet sont surmontées de Saint Paul, entouré de deux anges musiciens.

Arrière de la nef

De chaque côté de la sortie principale, on peut voir les statues de Saint Paul (à gauche sur la photo) et de Saint Pierre (à droite), au-dessus des bénitiers en coquillage offerts par Victor Hugo.

Détails techniques : Olympus OM-D e-m5, hypergone M.Zuiko 8 mm F/1,8 (7e, 10e et 12e photos), objectifs PanLeica 25 mm F/1,4 (4e et 13e photos) et M.Zuiko 12-40 mm F/2,8 (les autres photos)
 1re photo : 1/250 sec. — F/2,8 — ISO 200 — 15 mm
 2e  photo : 1/320 sec. — F/2,8 — ISO 200 — 22 mm
 3e  photo : 1/60 sec. — F/2,8 — ISO 600 — 12 mm
 4e  photo : 1/80 sec. — F/1,4 — ISO 400 — 25 mm
 5e  photo : 1/80 sec. — F/2,8 — ISO 640 — 18 mm
 6e  photo : 1/80 sec. — F/2,8 — ISO 320 — 40 mm
 7e  photo : 1/80 sec. — F/1,8 — ISO 320 — 8 mm
 8e  photo : 1/80 sec. — F/2,8 — ISO 5000 — 12 mm
 9e  photo : 1/60 sec. — F/2,8 — ISO 1000 — 12 mm
10e photo : 1/80 sec. — F/1,8 — ISO 400 — 8 mm
11e photo : 1/80 sec. — F/2,8 — ISO 640 — 15 mm
12e photo : 1/60 sec. — F/1,8 — ISO 800 — 8 mm
13e photo : 1/60 sec. — F/1,4 — ISO 400 — 25 mm
14e photo : 1/60 sec. — F/2,8 — ISO 1600 — 12 mm

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Voyage à Paris : jour 2

8 octobre 2014

Pour un supplément de 6,5 euros, on m’apporte le petit déjeuner à ma chambre, à l’heure que j’ai choisie.

Donc à 7h45, on m’apporte un plateau sur lequel on trouve une bouteille de 250ml de jus d’orange, un tiers de baguette de pain, un pichet de métal contenant deux tasses de café (délicieux, au goût particulier), des sachets de sucre, deux ou trois petits contenants de confiture et des ustensiles. Cela me sauve beaucoup de temps.

Aujourd’hui mon programme est simple; visiter deux églises du quartier : St-Eustache et St-Germain l’Auxerrois. Ce sont deux églises que j’ai vues il y a une décennie mais que je désire revoir.

La première était l’église paroissiale de mon ancêtre, Honoré Martel, né en 1632 et fils d’un vendeur de chevaux à Paris. La deuxième était l’église paroissiale de mon ancêtre Marguerite Lamirault, née en 1645 et fille d’un cocher de la reine de France.

Leurs pères respectifs se sont probablement connus pour des raisons professionnelles. On suppose qu’Honoré et Marguerite étaient des amis d’enfance puisque le premier part pour l’Amérique en 1664 et s’établit en Nouvelle-France en 1665, alors que la seconde traverse l’océan deux ans plus tard pour l’épouser. Leur histoire ferait peut-être un beau film d’amour…

Ancienne façade de l’église St-Eustache

Construite de 1532 à 1633, l’église St-Eustache est de style gothique, avec une façade totalement inappropriée de style néo-classique. Ce qu’on voit ci-dessus, c’est l’ancienne façade, maintenant du côté droit de l’église actuelle.

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Les parties de l’intérieur qui ont été restaurées depuis ma dernière visite sont de toute beauté.

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Quant à la rosace du transept de gauche, ses bords se terminent par un motif de coeur qu’on retrouve également au sommet des vitraux de tout le premier étage.

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L’église St-Germain l’Auxerrois était non seulement l’église où Marguerite Lamirault a été baptisée (de même que Molière), c’était également l’église paroissiale de la cour puisqu’avant la construction du château de Versailles, le roi habitait une bonne partie de l’année au Louvre, situé l’autre côté de la rue.

Si la basilique Saint-Denis était le mausolée des rois de France, St-Germain l’Auxerrois était celui de beaucoup de grands serviteurs de l’État sous l’ancien régime.

C’est le tocsin de cette église qui annonça le début du massacre de la Saint-Barthélemy.

Convertie notamment en magasin de fourrage sous la Révolution, l’église redevient un lieu de culte sous la Restauration pour être sérieusement endommagée lors d’une émeute en 1831. Elle ne s’en est jamais vraiment remise.

L’intérieur a été nettoyé et certaines fresques ont été restaurées. De façon générale, l’intérieur est en meilleur état que lors de ma visite précédente.

En gros, cela termine ma visite du quartier.

Et puisqu’il s’est mis à faire soleil, j’entame ma visite du Marais, un de mes quartiers favoris.

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L’hôtel de ville de Paris a été construit sur un terrain où on déchargeait la cargaison des navires. C’était la Place de la grève (au sens d’une plage). De nombreuses personnes disponibles s’y rendaient dans l’espoir d’y être embauchées. De ceux qui en revenaient bredouilles, on disait qu’ils avaient fait la grève (d’où le double sens du mot).

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Au passage, je vois ces voitures électriques en libre-service en train d’être rechargées…

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…et ces maisons à colombages sur la rue François-Miron.

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Puis je visite l’église Saint Gervais et Saint Protais qui renferme de nombreux trésors dont ce vitrail intitulé La sagesse de Salomon (réalisé en 1531), et cette clé de voûte spectaculaire.

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Je m’achète des biscuits à la maison Georges Larnicol et visite l’église Église Saint-Paul-Saint-Louis, la toute première église parisienne que j’ai visitée en 2003.

Puis je prends le repas du soir Au Bouquet St-Paul : oeufs au bleu d’Auverge, saumon à l’aneth et verre de Chardonnay pour 18,90 euros.

Je me rends ensuite à la succursale de la FNAC (l’équivalent d’Archambault Musique à Montréal) prendre deux billets achetés sur l’internet et en profite pour acheter les DVD des saisons 3, 4 et 5 de la série télévisée Nicolas Le Floch, diffusée chez nous sur TV5 mais qui n’est jamais sortie en DVD au Québec.

Signalons que Le Floch est un personnage de fiction dont le nom de famille est extrêmement courant en Bretagne (l’équivalent des Tremblay au Lac-St-Jean). Cette série rend hommage à la naissance des enquêtes policières scientifiques sous Louis-XV.

Avant, on arrêtait un suspect qui avouait son méfait spontanément ou sous la torture, ce qui permettait de clore l’enquête. S’il décédait sous la torture sans avoir avoué, cela permettait à la fois de clore l’enquête et d’avoir puni le coupable présumé.

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Le magasin offre en vente des coffrets réunissant l’oeuvre de différents cinéastes, dont un consacré au jeune Xavier Dolan.

Après avoir pris 294 photos aujourd’hui, je rentre à l’hôtel pour la nuit.

Détails techniques : Olympus OM-D e-m5, objectifs M.Zuiko 40-150 mm R (la 4e photo) et M.Zuiko 12-40 mm F/2,8 (les autres photos)
  1re photo : 1/1000 sec. — F/2,8 — ISO 200 — 12 mm
  2e  photo : 1/60 sec. — F/2,8 — ISO 800 — 22 mm
  3e  photo : 1/80 sec. — F/2,8 — ISO 2000 — 32 mm
  4e  photo : 1/125 sec. — F/4,5 — ISO 640 — 62 mm
  5e  photo : 1/80 sec. — F/2,8 — ISO 1250 — 17 mm
  6e  photo : 1/160 sec. — F/4,5 — ISO 200 — 12 mm
  7e  photo : 1/60 sec. — F/2,8 — ISO 2000 — 12 mm
  8e  photo : 1/3200 sec. — F/2,8 — ISO 200 — 12 mm
  9e  photo : 1/80 sec. — F/6,3 — ISO 200 — 16 mm
10e  photo : 1/1250 sec. — F/6,3 — ISO 200 — 23 mm
11e  photo : 1/30 sec. — F/6,3 — ISO 6400 — 28 mm
12e  photo : 1/250 sec. — F/2,8 — ISO 200 — 15 mm
13e  photo : 1/80 sec. — F/2,8 — ISO 200 — 17 mm


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Écrit par Jean-Pierre Martel


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