Universitaires syriens réduits à la misère en Turquie

19 septembre 2016

Introduction

En matière de nouvelles internationales, peu de quotidiens sont suffisamment riches pour embaucher leurs propres correspondants à l’Étranger.

Nos médias se contentent généralement d’être les clients d’agences de presse dont ils reproduisent aveuglément les communiqués. Voilà pourquoi ils répètent les mêmes clichés.

Un des rares quotidiens occidentaux à posséder une véritable signature journalistique et éditoriale est The Guardian de Londres.

On y apprend ce matin que la Turquie bloque la sortie de son territoire des réfugiés syriens qualifiés.

Réfugiés ‘de ville’ et réfugiés ‘de camp’

Sur les millions de Syriens que la Turquie a accueillis, seulement le huitième vit dans des camps de réfugiés installés le long de la frontière syrienne.

La grande majorité vit donc dispersée dans des villes turques, dont 350 000 à Istanbul.

Les réfugiés ‘de ville’ habitent des appartements souvent insalubres qu’ils partagent à plusieurs familles et qu’ils louent à la semaine. Les loyers sont augmentés arbitrairement d’une semaine à l’autre par les propriétaires turcs qui les exploitent.

Puisque la Turquie délivre au compte-goutte les permis de travail aux réfugiés ‘de ville’, environ 40% d’entre eux chôment. Les autres tirent des revenus du travail au noir : ils reçoivent souvent une rémunération équivalente au huitième ou dixième de ce que reçoit un Turc effectuant un travail équivalent.

Dans presque tous les cas, les réfugiés ‘de ville’ obtiennent une rémunération insuffisante à combler leurs dépenses. Lorsque leurs économies atteignent un seuil critique, ceux-ci sont forcés à l’exil.

La ‘contrôlite’ d’Erdoğan

Chaque pays possède ses propres critères en matière d’immigration.

Pour des raisons sécuritaires, le Canada a choisi de n’accueillir que des réfugiés apparaissant sur les listes du Haut-Commissariat pour les réfugiés des Nations unies

De leur côté, les États-Unis ont une grille d’évaluation où les réfugiés syriens sont évalués davantage comme des immigrants que comme des demandeurs d’asile. Les considérations humanitaires (un handicap physique ou mental, par exemple) comptent moins que l’employabilité et, plus généralement, l’aptitude à s’adapter à la vie américaine.

En principe, la Turquie devrait être indifférente à toutes ces considérations.

Mais la ‘contrôlite’ dont sont atteintes les autorités turques n’a apparemment pas de limite.

Alors que leur venue avait été approuvée par les États-Unis (entre autres), plus de mille diplômés universitaires ou travailleurs surqualifiés syriens ont été empêchés de quitter la Turquie par décision des autorités de ce pays.

Pour se justifier, ces derniers déclarent que les réfugiés les plus vulnérables doivent être aidés avant les autres.

Pourtant, les réfugiés surqualifiés dont il est question sont réduits au chômage en Turquie.

Jusqu’ici, les considérations humanitaires n’ont pas empêché la Turquie d’être l’artisan (avec l’Arabie saoudite et le Qatar) de la pire crise humanitaire depuis la Seconde Guerre mondiale.

La destruction minutieuse de l’État syrien et l’appui aveugle aux mercenaires qui travaillent à créer une république islamiste en Syrie sont autant de faits qui rendent suspecte la décision turque de s’acharner à réduire à la mendicité les réfugiés syriens les plus talentueux.

Références :
La sélection des réfugiés syriens au Canada
Le terrorisme judiciaire d’Erdoğan
Turkey blocks Syrian refugees from resettlement in the US – for having degrees


Compléments de lecture :
L’ABC de la guerre syrienne (1re partie)
L’ABC de la guerre syrienne (2e partie)
L’ABC de la guerre syrienne (3e partie)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Crise migratoire syrienne et morale chrétienne

22 novembre 2015
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La plupart des Chrétiens ont perdu de vue ce que signifient concrètement les principes religieux auxquels ils adhèrent.

Lorsqu’on prête l’oreille aux commentaires relatifs à la crise migratoire syrienne, on ne peut qu’être étonné par l’insensibilité de certains face à la misère humaine.

En écoutant tous ceux dont le discours se termine par « God bless America » et toutes ces grenouilles de bénitier qui s’agitent dans les médias sociaux, je constate qu’ils pratiquent une religion hypocrite, aux antipodes de ce que prêchait Jésus de Nazareth.

À ma connaissance, ce dernier n’a jamais mentionné l’importance de se méfier et de craindre les étrangers.

Au contraire, on m’a appris que si on pouvait résumer le Nouveau Testament en une seule phrase, celle-ci serait : « Aime ton prochain comme toi-même ».

Si on pouvait faire revenir Jésus de Nazareth sur Terre et lui demander conseil au sujet de l’accueil des réfugiés syriens, je ne peux pas imaginer une seule seconde que sa première réaction serait de se demander : « Oui, mais comment ça va couter ? »

L’argent, on en trouve toujours quand il est temps de faire la guerre. Je ne vois pas où est l’immensité de la tâche d’accueillir au Canada 0,1% de personnes de plus sur un territoire déjà peuplé de 30 millions de citoyens, tous descendants d’immigrants (si on tient compte que les peuples autochtones eux-mêmes descendent d’humains qui ont traversé le détroit de Béring en provenance d’Asie).

Lorsqu’un homme public est appelé à participer à une émission télévisée, a-t-on besoin de savoir qu’il a hâte que l’entrevue soit terminée parce qu’il a envie d’uriner ? Dans la crise migratoire syrienne, les préoccupations comptables sont du même niveau.

Pour terminer, j’inviterais les prêtres et pasteurs chrétiens à occuper davantage l’espace médiatique. Il est temps que l’Église rétablisse la morale dans le discours public. Faire la morale, n’est-ce pas démodé ? Oui. Mais l’Église a le devoir de porter le message chrétien en dépit des modes.

Parus depuis :
Mille rabbins américains se mobilisent pour les réfugiés (2015-12-04)
Jésus, ce réfugié (2015-12-27)

Détails techniques : Olympus OM-D e-m5, objectif PanLeica 25mm F/1.4 — 1/800 sec. — F/1,4 — ISO 200 — 25 mm

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Crise migratoire : pourquoi maintenant ?

27 septembre 2015

Introduction

Dans un article paru le 17 septembre 2014, j’écrivais : « En déstabilisant la Syrie, la Turquie devient le seul tampon qui protège l’Europe de l’invasion de centaines de milliers de réfugiés provenant d’une région mise à feu et à sang par des puissances étrangères. »

Tel que prévu (mais en sous-estimant l’ampleur du phénomène), presque trois millions de Syriens ont trouvé refuge principalement en Turquie et au Liban, sans compter les 8 à 12 millions de personnes déplacées à l’intérieur de la Syrie.

On peut se demander pourquoi cette crise migratoire vers l’Europe n’est pas survenue plus tôt.

La vie de réfugié

Sur les 2,2 millions de Syriens que la Turquie a accueillis, seulement 260 000 personnes vivent dans des camps de réfugiés installés le long de la frontière syrienne.

Ces camps sont dotés d’infirmeries, d’épiceries et d’écoles (où est enseigné l’arabe et non le turc). Ces camps sont même équipés d’un réseau WiFi.

Comment se fait-il que de ‘pauvres’ réfugiés aient les moyens de se payer un téléphone portable ? Parce qu’ils ont tout vendu et qu’un tel téléphone est pour eux le seul moyen pour eux de s’assurer que leurs proches sont encore vivants. Le réseau WiFi est accessible à l’aide de cartes SIM qu’ils doivent acheter.

Depuis 2011, la Turquie a dépensé 6,6 milliards d’euros (environ 9 milliards$) à l’accueil des réfugiés, une somme en grande partie commanditée par les pétromonarchies (qui ne veulent pas de réfugiés chez elles) et par les pays européens qui préfèrent eux aussi sédentariser les réfugiés dans des camps situés loin de leurs frontières.

Les 1,9 million de réfugiés syriens qui vivent en Turquie hors des camps habitent dans les villes du pays, dont 350 000 à Istanbul.

Généralement sans emploi, ces réfugiés vivent jusqu’à l’épuisement de leurs économies dans des logements souvent insalubres partagés à plusieurs familles.

Le prix des rares loyers disponibles atteint des records et sont parfois facturés à la semaine à ceux qui songent à quitter le pays incessamment.

Pendant ce temps, les enfants n’ont pas accès à l’éducation, accessible seulement à ceux des contribuables turcs.

Les rues de la capitale sont envahies de milliers de mendiantes à même le sol, leurs bébés dans les bras, tandis que les enfants pieds nus vendent des bouteilles d’eau aux passants ou des babioles aux touristes, au grand dam des boutiquiers de souvenirs.

82% des réfugiés éprouvent des difficultés à trouver du travail. Ceux qui en trouvent sont rémunérés au tiers ou à la moitié de ce que gagne un citoyen du pays. C’est ainsi qu’un manœuvrier syrien sur un chantier de construction gagnera environ 8 euros par jour (environ 12$).

56% des réfugiés se plaignent du manque d’accès aux services sociaux et 90% trouvent les loyers onéreux.

Une partie seulement des sommes promises par les pays donateurs a effectivement été versée à la Turquie, au Liban et à la Jordanie.

Avant qu’éclate la crise migratoire, l’austérité budgétaire avait incité les pays donateurs à diminuer de plus en plus l’importance des sommes promises. La vie des camps s’est donc détériorée, notamment au Liban, au point où de nombreux réfugiés ont décidé de quitter le pays.

En Jordanie, où vivent plus d’un demi-million de réfugiés syriens, les deux tiers d’entre eux vivent avec moins de 3 dollars par jour (le seuil de pauvreté dans ce pays), et un sur six avec moins de 1,30 dollar.

La fermeture des frontières

Après les espoirs provoqués le 26 aout dernier par la politique d’ouverture de la chancelière allemande, les réfugiés sont conscients des barrières que les pays balkaniques sont en train d’ériger sur leur chemin. Un à un, les pays qu’ils doivent traverser afin d’atteindre l’Allemagne leur sont de plus en plus hostiles.

D’où l’urgence de quitter la Turquie, le Liban et la Jordanie pendant qu’il est encore temps.

La conscription obligatoire

Pour remplacer les décès et les défections, les forces en présence utilisent des moyens de plus agressifs pour rechuter de nouveaux combattants.

Les rapts d’adolescents et des jeunes hommes dans les territoires nouvellement conquis par les rebelles, de même que la conscription obligatoire relevée à plus de quarante ans (42 ou 50 ans, selon les sources) par le gouvernement de Bachar el-Assad, incitent de nombreuses familles à quitter le pays plutôt que voir tous leurs hommes partir à l’abattoir.

Le désespoir

Après quatre ans de guerre, l’obstination des pays étrangers à poursuivre ce conflit par milices interposées laisse peu d’espoir aux Syriens que la vie dans leur pays pourrait reprendre normalement dans un avenir prévisible.

Selon certains experts, le chaos au Moyen-Orient — qui a débuté en 2003 avec l’invasion américano-britannique en Irak — pourrait se poursuivre une ou deux décennies de plus tellement sont nombreux pays producteurs d’armement qui ont intérêt à prolonger les hostilités.

S’il est possible de se résigner à partager temporairement le quotidien monotone et oisif de la vie de camp de réfugiés, il est normal pour n’importe quel parent de vouloir quitter cette vie sans espoir pour leurs enfants lorsqu’elle est appelée à se prolonger indûment.

Conclusion

Après 240 0000 morts, le conflit syrien semble toujours sans issue.

Seuls les pays d’Europe continentale ont intérêt au règlement de ce conflit. Même l’Allemagne, dont l’apport de réfugiés soulage la pénurie de main-d’œuvre non spécialisée, n’a intérêt qu’à une crise migratoire d’ampleur limitée.

Pour l’instant, la précarité des camps de réfugiés, l’impression que les portes de l’Europe sont en train de se fermer sur eux, l’enrôlement obligatoire dans un conflit de plus en plus meurtrier, et un avenir complètement bouché, détermine l’urgence pour des millions de réfugiés à chercher le bonheur sous d’autres cieux.

Références :
Accueil des réfugiés : les réponses aux questions que vous vous posez
Crise migratoire : pas d’issue sans paix
La guerre civile syrienne et ses enjeux
La Turquie a du mal à retenir les réfugiés venus de Syrie
Réfugiés : l’UE débloque plus d’un milliard d’euros

Parus depuis :
Fewer than 0.1% of Syrians in Turkey in line for work permits (2016-04-11)
From war to sweatshop for Syria’s child refugees (2016-05-06)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Crise migratoire : les excuses sécuritaires de M. Harper

15 septembre 2015
« La Franchise de Stephen Harper » ( © 2015 — Frederick Hendy)

Introduction

Depuis le début de cette année, le Canada a accueilli 1 074 réfugiés syriens, soit en moyenne six réfugiés par jour.

Pressé par ses adversaires politiques de faire davantage, le premier ministre sortant a promis d’accélérer le processus de sélection et de revoir à la hausse le nombre d’immigrants autorisés à entrer au pays.

Et si on peut en juger par les promesses environnementales de M. Harper — constamment revues à la baisse — il y a peu d’espoir que M. Harper, s’il est réélu, réalise des promesses faites contre son gré.

Pour justifier la tiédeur de son gouvernement face à la crise migratoire, M. Harper a invoqué son souci de protéger la sécurité du pays et conséquemment, de s’assurer que des terroristes ne soient pas admis accidentellement au pays en profitant de cette crise.

Assumer le risque

Les pays européens, qui font face à des arrivées massives de demandeurs d’asile, renoncent aux vérifications préalables, ce qui ne les empêche pas de les commencer une fois les réfugiés arrivés.

Un haut responsable français de la lutte antiterroriste déclarait à l’Agence France-Presse que les djihadistes n’avaient pas besoin de se mêler aux réfugiés. Ils ont déjà des combattants occidentaux dans leurs rangs : ceux-ci peuvent prendre le premier avion à destination de leur pays d’origine sans demander l’asile puisqu’ils en sont déjà citoyens.

Quant aux autres combattants, s’ils ont besoin d’un passeport, les pétromonarchies qui les soutiennent se feront un plaisir de leur en fabriquer un faux gratuitement.

Selon Alain Chouet — ancien directeur du service de renseignements extérieurs français — si jamais l’État islamique veut se lancer dans une offensive de terreur internationale, il ne va pas envoyer ses soldats parmi les réfugiés.

Par mer, « il leur faudrait un mois pour arriver, avec une chance sur deux de se noyer… Du coup, la mission serait à l’eau. » ironise-t-il.

Le directeur du Centre français de recherches sur le renseignement, Éric Dénécé, abonde dans le même sens : « Le vrai problème, c’est que cela accroit encore le nombre de personnes à surveiller alors que les services sont déjà submergés par le nombre actuel de cibles. »

Des questions sans réponse

Face aux raisons douteuses invoquées par M. Harper pour justifier la lenteur du processus d’acceptation des réfugiés syriens, plusieurs questions demeurent sans réponse.

Qui sera responsable de vérifier les antécédents des requérants : le ministère fédéral de l’Immigration ou les services de renseignements canadiens ?

Si on veut augmenter la cadence des personnes acceptées au pays bien au-delà de six par jour, il faudra embaucher de nouveaux fonctionnaires arabophones : où sont publiées les offres d’emploi ? En a-t-on fait l’annonce publique afin d’accélérer le processus de sélection ?

Lors d’une guerre, rien n’est plus facile que de prendre l’identité d’une personne décédée et de recommencer sa vie sous un nom d’emprunt.

Auprès de qui va-t-on vérifier les dires des demandeurs d’asile ?

Va-t-on vérifier la validité des passeports syriens auprès des fonctionnaires du gouvernement de Bachar el-Assad (que le Canada veut abattre) ? Qui nous assure de sa collaboration ?

Espère-t-on vérifier la validité des diplômes académiques en tentant de rejoindre les directeurs d’école, les doyens de faculté ou les professeurs du requérant, et ce dans un pays à l’intérieur duquel 8 à 12 millions de personnes sont déplacées, sans compter les millions qui vivent présentement dans des camps de réfugiés ?

Quand le chaos s’empare d’un pays, y rejoindre quelqu’un est souvent plus difficile qu’on pense.

Si on doit demander des références auprès d’ex-employeurs, qui nous dit que ces personnes ne sont pas complices d’un malfaiteur, voire d’un terroriste ?

Conclusion

Face à cette crise, le choix est donc entre deux manières de procéder.

Soit la manière pragmatique, adoptée dans le passé à chaque fois que notre pays a voulu soulager une crise migratoire, c’est-à-dire l’entrevue sommaire qui écarte arbitrairement le moindre témoignage suspect mais qui permet d’accepter un grand nombre de réfugiés apparemment sincères.

Ou soit la manière conservatrice, c’est-à-dire une longue enquête quasi policière, semée d’embûches, couteuse pour le contribuable, et inefficace quant aux résultats, dessinée à écarter un risque sécuritaire déjà très faible au départ.

Bref, les justifications de M. Harper ressemblent beaucoup à des excuses cousues de fils blancs.

Références :
Crise des réfugiés : Harper invoque l’importance de « protéger notre sécurité »
ÉI et Al-Qaïda n’ont pas besoin d’infiltrer les groupes de migrants, clament les experts
Le Canada rattrapé par ses missions militaires

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Crise migratoire : pas d’issue sans paix

12 septembre 2015

Importance de cette crise

Plus d’un demi-million de personnes sont entrées illégalement en Europe depuis le début de 2014, soit 280 000 en 2014 et 365 000 de janvier à aout 2015.

Depuis 2011, cette croissance est liée à l’augmentation du nombre de réfugiés syriens.

Pays d’origine des réfugiés 2011 2012 2013 2014
Afghanistan 16,3% 18,2% 8,8% 7,8%
Albanie 3,6% 7,5% 8,0% 3,1%
Érythrée 1,1% 3,6% 10,5% 12,2%
Gambie 0,4% 0,8% 2,6% 3,1%
Kosovo 0,4% 1,4% 5,9% 7,8%
Mali 1,8% 0,9% 2,7% 3,7%
Nigéria 4,9% 1,1% 3,2% 3,1%
Syrie 1,1% 10,9% 23,8% 27,9%
Divers 68,1% 48,5% 29,3% 29,0%

Selon les voies — maritimes ou terrestres — utilisées par les immigrants, la composition ethnique des personnes concernées varie.

En 2014, l’agence Frontex estimait que 60% des entrées illégales en Europe se faisaient par voie maritime (par l’Italie, la Grèce et l’île de Malte) alors que 40% se faisaient par voie terrestre (par la Turquie).

Or la Turquie est, de loin, la principale porte d’entrée des réfugiés syriens. Ces derniers empruntent ensuite la route des Balkans vers l’Europe du Nord.

Et parce que leur nombre a considérablement augmenté dernièrement, l’opinion publique a focalisé sur eux. Si bien qu’on a tendance à croire, à tort, que cette crise se résume simplement à une conséquence de la guerre qui règne en Syrie.

Mais puisque ce conflit donne à cette crise migratoire toute son acuité, voyons-en les causes.

Les causes syriennes

En Syrie, la guerre éclate au printemps 2011. Originellement, deux groupes d’opposants s’affrontent. D’une part, l’armée syrienne et ses alliés, soit l’Hezbollah libanais, des milices chiites irakiennes, la Russie et l’Iran. D’autre part, une kyrielle de milices islamistes soutenues diversement par les États-Unis, l’Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie.

Au début, cette guerre épargnait certaines régions. C’est ainsi que les habitants de Damas, la capitale, en étaient venus à croire que tout cela était une grossière exagération des médias occidentaux… jusqu’à ce que le conflit gagne les portes de la capitale.

Et le conflit originel entre l’État syrien et des rebelles soutenus par l’Étranger, s’est transformé depuis en une série de sous-conflits opposant tous les belligérants entre eux.

Plus aucun centimètre du territoire syrien n’est épargné par la guerre ou la menace imminente de celle-ci. Dans les faits, le pays est morcelé en une multitude de mini-États contrôlés par des seigneurs de la guerre.

On voit donc que l’effondrement espéré du régime de Bachar el-Assad ne règlerait absolument rien, tout comme le départ de Mouammar Khadafi en Libye a simplement résulté en un chaos qui menace maintenant la sécurité de la Tunisie et, dans une moindre mesure, celle de l’Égypte.

Résultat de la guerre en Syrie

Jusqu’ici cette guerre a fait 240 0000 morts et 3,8 millions de réfugiés et ce, sans compter les déplacements non comptabilisés de population à l’intérieur du pays (estimés grossièrement entre 8 et 12 millions de personnes).

Dans les pays voisins, le nombre de réfugiés syriens a explosé depuis le début du conflit.

Carte de la Syrie
 

Million de réfugiés syriens 2011 2012 2013 2014 2015
en Égypte 0,10 0,11 0,23 0,24 0,13
en Irak 0,04 0,10 0,25 0,27 0,25
en Jordanie 0,45 0,30 0,64 0,65 0,63
au Liban 0,09 0,13 0,86 1,15 1,11
en Turquie 0,14 0,27 0,61 1,59 1,94

Selon le quotidien Le Monde, l’Arabie saoudite et le Qatar, pourtant parmi les responsables du chaos syrien, n’auraient accueilli aucun réfugié de ce pays. Ce que conteste l’Arabie saoudite; celle-ci prétend avoir accueilli 2,5 millions de réfugiés syriens.

Cela est tout simplement impossible. En effet, la Turquie — pays limitrophe de la Syrie — a accueilli près de deux millions de Syriens : on voit mal comment l’Arabie saoudite, séparée de la Syrie par l’Irak et la Jordanie, aurait pu en accueillir davantage.

Faute d’ouvrir leurs portes aux réfugiés, les États du Golfe ont dépensé plus d’un milliard de dollars afin d’amortir les conséquences de leur exode. En pourcentage de leur PIB, le Koweït et les Émirats arabes figurent parmi les donateurs les plus généreux des agences qui viennent en aide aux réfugiés.

Tout comme les pétromonarchies, le Royaume-Uni est un important donateur des camps de réfugiés — à hauteur de 1,5 milliard$ jusqu’ici — mais ne veut surtout pas de Syriens chez lui; le gouvernement anglais ne désire accepter que 4 000 Syriens annuellement pour chacune des cinq prochaines années.

En raison du nombre élevé de réfugiés, les sommes consacrées au financement des camps, pourtant importantes, s’avèrent insuffisantes; en Jordanie, près d’un tiers des réfugiés (essentiellement syriens) vit sous le seuil de pauvreté tandis qu’au Liban, cette proportion grimpe à la moitié.

Pour ce qui est de l’Irak, il est à noter que si ce pays n’a accueilli qu’un quart de million de réfugiés syriens, c’est pour deux raisons; premièrement, l’Irak est lui aussi une zone de guerre et deuxièmement, le nombre total de personnes déplacées (toutes origines confondues, y compris irakienne) y est déjà de quatre millions de personnes.

On voit donc que le million de réfugiés que l’Occident s’apprête à accueillir cette année n’est que la pointe de l’iceberg. Une fois cela fait, un autre million de réfugiés frappera aux portes de l’Europe, et ainsi de suite jusqu’à vider le Moyen-Orient de toute la population apte à entreprendre le long exode vers sa sécurité.

Les solutions

Dans l’immédiat, l’accueil de réfugiés syriens est une nécessité. D’abord un impératif humanitaire. De plus, cela est une occasion unique de démontrer aux peuples du Moyen-Orient que leur sécurité n’est assurée que dans des pays où ils peuvent compter sur un État de droit où, du moins en principe, tous les citoyens sont égaux.

À l’opposé, chaque variante de l’Islam est une hérésie par rapport aux autres. Conséquemment, partout où la Charia a force de loi, des Musulmans tuent d’autres Musulmans, notamment pour raison d’apostasie.

Ceci étant dit, il ne saurait y avoir de solution durable à la crise migratoire sans retour à la paix au Moyen-Orient.

Or cette paix ne viendra pas d’elle-même puisque trop de pays ont intérêt à maintenir et à propager l’insécurité dans cette partie du monde.

Malheureusement, plus un pays est responsable du chaos au Moyen-Orient, plus il rechigne à en assumer les conséquences.

C’est ainsi que les pays qui y ont semé la guerre au Moyen-Orient — et conséquemment, l’insécurité des populations affectées — sont également les pays qui prétendent que davantage de guerres, davantage de bombardements, résoudront les problèmes causés par le fiasco de leurs guerres et de leurs bombardements antérieurs.

Et ce qui est vrai pour les pays l’est également pour leur population. Au Canada, plus les électeurs sont favorables à ce que le pays bombarde l’État islamique, plus ils s’opposent à ce qu’on accueille davantage d’émigrés syriens. Ce paradoxe s’explique par le fait qu’ils ne voient pas de rapport entre les deux.

Au contraire, cette crise migratoire est la conséquence de la guerre et elle n’aura pas d’issue sans instauration de la paix. Mais cette dernière ne se fera qu’à la suite de deux transformations majeures.

Premièrement, la sécularisation des gouvernements de ces pays, en d’autres mots la séparation entre l’État et l’Église. Ce qui commence par le renversement de la dictature saoudienne, foyer du terrorisme international et commanditaire de presque tous les conflits armés de la région depuis des décennies.

Deuxièmement, le redécoupage des frontières héritées du démantèlement de l’Empire ottoman et ce, en vue de la création du Kurdistan et de la Palestine.

Références :
Comprendre la crise des migrants en Europe en cartes, graphiques et vidéos
David Cameron: EU countries must do more to fund refugee camps
Guerres de religion
La France suspend une consule honoraire en Turquie qui vendait des canots aux réfugiés
L’Arabie saoudite dévoile le nombre de migrants accueillis
Le changement climatique, facteur de déstabilisation et de migration
Le drame des migrants est politique, cessons de le voir seulement sous l’angle humanitaire
Le PNUD cherche à « maintenir des populations en Syrie, dans les zones sécurisées »
Les Etats du Golfe refusent d’ouvrir leurs frontières
Syrie, Erythrée, Afghanistan… ce que fuient migrants et réfugiés
UK to take up to 20,000 Syrian refugees over five years, David Cameron confirms

Parus depuis :
Plus de 500 000 migrants sont entrés dans l’UE en 2015 (2015-09-15)
West ‘ignored Russian offer in 2012 to have Syria’s Assad step aside’ (2015-09-15)
« Nous avons perdu tout espoir » : les quatre raisons de l’exode des réfugiés syriens (2015-09-24)
Why the west should listen to Putin on Syria (2015-09-29)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


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