Climat : le déni australien

8 janvier 2020

 

 
Introduction

Depuis aout dernier, les feux de brousse australiens ont détruit la végétation sur 84 000 km², réduit en cendres plus de 2 500 bâtiments (dont 1 300 maisons), tué une vingtaine de personnes et plus d’un demi-milliard d’animaux (dont des dizaines de milliers de koalas).

Jusqu’ici, les feux ont produit 250 millions de tonnes de gaz à effet de serre.

Le 18 décembre, l’Australie a connu la journée la plus chaude de son histoire (avec une moyenne nationale de 41,9°C). Le lendemain, dans la Plaine de Nullarbor (au sud-ouest du pays), le mercure a atteint 49,9°C.

Les deux pieds dans l’âge thermo-industriel

Depuis un demi-siècle, l’Australie a multiplié par sept sa production de charbon. Annuellement, elle est passée de 67,3 millions de tonnes en 1970, à 118,0 en 1980, à 210,4 en 1990, à 312,0 en 2000, à 434,4 en 2010 et à 492,8 en 2016.

Le pays est le quatrième producteur de charbon (derrière la Chine, les États-Unis et l’Inde) et le premier exportateur mondial.

En 2018, la production d’électricité était tirée à 82,9 % des combustibles fossiles; essentiellement le charbon (60,4 %) et le gaz (20,6 %).

Selon Greenpeace, les centrales au charbon australiennes comptent parmi les plus polluantes au monde quant au dioxyde de soufre : le pays ne possède aucune législation à ce sujet.

Les vastes étendues désertiques du centre du pays se prêtent très bien à la production d’énergie solaire. Pourtant, celle-ci ne représente que 3,8 % de la production nationale d’électricité.

Le pays produit 15,6 tonnes de CO2 par habitant, soit 3,6 fois la moyenne mondiale (et 7 % de plus que chaque Américain).

Si bien que c’est le pays à la plus forte empreinte écologique par habitant. Si chaque personne dans le monde consommait comme la moyenne des Australiens, l’Humanité aurait besoin de 5,2 planètes Terre pour subvenir à ses besoins.

Selon le 2020 Climate Change Performance Index, l’Australie est le 56e pire pays au monde (sur les 61 évalués) quant à ses émissions de gaz à effet de serre, à sa consommation énergétique, à son utilisation des énergies renouvelables et à ses politiques environnementales.

Le pouvoir de News Corporation

L’Australie est aux prises avec une importante concentration de la presse.

Contrôlé par la famille Murdoch, News Corporation possède près de 70 % des quotidiens du pays.

Depuis des années, cet empire médiatique nie l’importance des changements climatiques et fait ouvertement campagne contre ceux qui tentent d’alerter l’opinion publique à ce sujet.

Dans l’édition d’aujourd’hui du plus influent quotidien du pays, The Australian, les nouvelles au sujet des feux de brousse du pays occupent une place insignifiante.

Même chose pour The Courrier-Mail et le Herald Sun.

Résultat de cette manipulation de l’opinion publique, le pays est dominé depuis des décennies par des gouvernements climatosceptiques voués à la promotion des intérêts des producteurs de combustibles fossiles.

C’est ainsi que depuis 1996, l’Australie tente de miner les efforts internationaux en vue de limiter la production de gaz à effet de serre.

Pourtant.

Entre 2000 et 2013, 22 % des forêts intactes de ce pays ont été détruites. Un tiers des espèces d’insectes recensées en Australie est en risque d’extinction.

Depuis 2014, le pays a connu trois gouvernements dirigés par le Parti libéral d’Australie.

Durant son mandat d’un peu moins de deux ans (de 2013 à 2015), Tony Abbott supprimait le ministère des Sciences, l’Autorité du changement climatique, la Commission du climat et la taxe carbone (instaurée un an plus tôt).

Son gouvernement a approuvé en 2014 le rejet — dans les eaux de la Grande Barrière de corail — des déchets de dragage provenant des travaux d’extension d’un port d’exportation de charbon. Or la Grande Barrière avait déjà perdu plus de la moitié de ses coraux entre 1987 et 2014.

De 2015 à 2018, son successeur (Malcom Turnbull) a tenté en vain de faire en sorte que l’Australie s’engage à réduire des émissions polluantes. Mais il a dû y renoncer en raison de la fronde d’une dizaine de ses députés.

Depuis aout 2018, il a été remplacé par Scott Morrison, un climatoseptique notoire. Celui-ci a répété ces dernières semaines qu’il en faisait déjà assez contre le réchauffement climatique et que sa politique environnementale ne pouvait pas être tenue responsable des incendies.

Conclusion

Le cas de l’Australie montre comment la concentration de la presse aux mains de quelques uns peut conduire tout un peuple à l’aveuglement collectif.

Références :
Australia Is Committing Climate Suicide
Australia ranked worst of 57 countries on climate change policy
Australie
Énergie en Australie
Feux de brousse en Australie (2019-2020)
L’Australie brûle dans l’indifférence de ses journaux
Liste des pays par production de charbon
News Corporation

Paru depuis :
Une catastrophe prévisible (2020-01-16)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


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